mardi 8 septembre 2026

L’anxiété de performance, Ariane Hébert (Mortagne éditions, 09/2026)


 

L’anxiété de performance, Ariane Hébert (Mortagne éditions, 09/2026)

👪👪👪👪👪

L’anxiété touche de plus en plus les enfants d’aujourd’hui, et cela pour plusieurs raisons : un monde qui va trop vite et qui nous presse d’agir, des réseaux sociaux qui nous font croire que tout le monde est beau et talentueux, mais aussi un système scolaire un peu trop normé dans lequel il est compliqué de s’épanouir.

« Tu sais, parfois la peur nous fige. On a l'impression que tout se bloque à l'intérieur. Même si on veut bouger, ça nous est impossible. » Jade joue du piano depuis plusieurs années ; elle adore ça ! Mais alors qu’elle doit jouer devant toute sa classe, elle perd tous ses moyens… Et si elle n’y arrivait pas ? Et si elle se ridiculisait ?

« Ce qui compte, c'est d'oser, de se relever et de continuer. » Jade a la chance de rencontrer Laurence, une éducatrice spécialisée qui va la soutenir en lui citant plusieurs exemples de situations particulièrement stressantes et en les dédramatisant de manière efficace.

« Les erreurs nous aident à nous améliorer. C'est en essayant qu'on devient plus solide. » La petite fille va apprendre à utiliser des tactiques lui permettant de passer par- dessus ses mauvaises sensations physiques : la respiration ventrale, la visualisation d’un succès, ou encore la rédaction de gratitudes. Un ensemble de rituels permettant à la grande anxieuse de surmonter les passages angoissants qu’elle est susceptible de rencontrer.

Au final, comme chacun des guides réalisés par Ariane Hébert, nous avons là une mine d’explications et d’idées pour aider les enfants à dépasser cette anxiété de performance. Les termes utilisés ne sont jamais alarmistes, ils sont au contraire vraiment rassurants, et poussent intelligemment les parents à solliciter une aide extérieure en cas de complications dans l’état de l’enfant. Un guide à avoir dans toutes les bibliothèques scolaires. 

mercredi 2 septembre 2026

L’adolescence du perroquet, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2026)

 


L’adolescence du perroquet, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2026)

💔💔

Lire le dernier Nothomb a été une habitude, un désintéressement, puis un regain d’intérêt depuis quelques années pour moi. Les derniers crus m’ont plu, mais alors là, et pourtant, j’avais été avertie par des chroniqueuses que je suis depuis quelques années, quelle déception ! J’ai eu l’impression de lire un amalgame de plusieurs parties de textes disparates, placés autour du récit centré autour du narrateur et de Jo, son perroquet, un gris du Gabon, au caractère bien trempé.

« Comment mon père et ma mère avaient- ils été capables de créer une telle harmonie, à la fois naturelle et civilisée ? Quand je voyais la quasi- totalité de mes collègues en conflit constant avec leur tendre moitié et leurs rejetons, je me félicitais de ma solitude. » Le narrateur est un quadragénaire qui cultive sa solitude avec détermination. Les relations avec les femmes s’enchainent sans réel affect. Et puis voilà le Covid et le confinement.

« Amusé, sans réfléchir, je sonnai au sixième. Un vieil homme ouvrit et me demanda si je venais pour le perroquet.
- Pour quel autre motif ? répondis-je. »
Juste avant le confinement, un voisin a affiché en bas de l’immeuble une proposition qui va bouleverser la vie de notre narrateur : il donne un perroquet nouveau- né.

« L'oiseau âgé de quelques jours possédait déjà l'intuition qui le fondait. Il était là pour élucider les noms. » Désormais en télétravail, notre journaliste a toute latitude pour observer son nouvel animal de compagnie. Ce psittacidé, un Gris du Gabon, va développer des capacités langagières étonnantes !

Au final, un récit assez loufoque en ce qui concerne la personnalité du narrateur et son attachement à l’oiseau, mais certains paragraphes (comme celui qui parle de Gottschalk) qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’histoire semblent avoir été ajoutés pour « meubler » et étoffer le livre. Globalement décevant.

dimanche 30 août 2026

Volare, Serena Giuliano (Calmann Lévy, 03/2026)

 


Volare, Serena Giuliano (Calmann Lévy, 03/2026)

🍋🍋🍋🍋

Serena Giuliano fait partie des auteurs dont j’achète chaque roman. Cette année, c’est « Volare » qui est sorti, de nouveau un titre de chanson italienne qui n’a cessé de me trotter dans la tête durant ma lecture, et pourtant, le récit n’avait rien de léger, puisqu’il y est question de dépression…

« N'importe quoi pour retrouver le goût de vivre. Car en fait, c'est ça que j'avais perdu. Cette chose implacable à laquelle on ne pense pas quand on va bien. La saveur tout simplement d'exister. » Ambre est une jeune femme à l’entourage attentionné et exerçant le métier qu’elle a toujours rêvé de faire : conseillère principale d’éducation dans un collège. Mais voilà, un matin, elle n’arrive plus à aller travailler, ni même à se lever. Le médecin diagnostique une dépression.

« Dès que j'approche de lui la petite coupelle, il déroule sa trompe, comme le ferait un minuscule éléphant ailé, la plonge dans le liquide sucré et s'en sert comme d'une paille.
"Bienvenue, Sylvain ! Puisqu'il paraît que c'est comme ça que tu t'appelles..." »
Recluse chez elle, Ambre va consacrer ses journées à rétablir un papillon qu’elle a trouvé blessé sur le capot de sa voiture. Une activité qui prête à sourire sur le moment, mais qui révèle une détresse bien plus profonde…

« Sur la table, j'aperçois la carte laissée par Manu hier soir, que j'hésite à jeter. C'est celle de sa cousine Piera, qui organise des retraites plus ou moins spirituelles en Sicile. Voilà ce que c'est d'avoir raconté à Manu mon histoire de signes, et débattu avec elle de ma "connexion" avec l'Univers ! » Manu, la meilleure amie d’Ambre, est désespérée par l’état émotionnel de son amie. Cette Sicilienne haute en couleur va alors lui donner les coordonnées de sa cousine, Piera, qui mène des retraites spirituelles sur son île d’origine, et permet à de nombreuses personnes en perte de repères de se retrouver.

Au final, un roman lumineux et touchant qui traite de santé mentale avec délicatesse. L’Italie est un atout majeur et on s’imagine facilement aux côtés d’Ambre, entre plages, volcan et pâtisserie à la ricotta sucrée ! J’ai trouvé le récit moins rythmé qu’à l’accoutumée, mais j’ai tout de même passé un très bon moment de lecture. 

vendredi 28 août 2026

Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

 


Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

💖💖💖💖

Je continue à lire ou relire les romans d’Annie Ernaux ponctuellement, et de manière chronologique. J’aime sa plume incisive et son regard sociologique sur l’évolution de la position des femmes dans la société et le phénomène de transfuge de classe. Ici, nous suivons la mère de l’auteure, dans une biographie romancée.

« Ce que j'espère écrire de plus juste se situe sans doute à la jointure du familial et du social, du mythe et de l'histoire. Mon projet est de nature littéraire, puisqu'il s'agit de chercher une vérité sur ma mère qui ne peut être atteinte que par des mots. (C'est- à- dire que ni les photos, ni mes souvenirs, ni les témoignages de la famille ne peuvent me donner cette vérité.) » Annie Ernaud a toujours eu le soin de raconter son histoire, en parallèle de celle de la société au moment où elle s’y trouve, sans se laisser influencer par des émotions risquant d’être envahissantes et de pervertir sa vision volontairement factuelle. Alors quand sa mère décède, elle décide de garder sa manière de faire.

« Fière d'être ouvrière mais pas au point de le rester toujours, rêvant de la seule aventure à sa mesure : prendre un commerce d'alimentation. Il l'a suivie, elle était la volonté sociale du couple. » L’auteure, en évoquant le désir de sa mère de s’élever socialement, fait écho à sa propre évolution. Ce qui ressort dans ses romans autobiographiques, ce sont ces différences de niveau social qui mettent des barrières entre les gens. Sa mère, avant elle, a été la seule de sa fratrie à vouloir s’extraire de la condition ouvrière, et elle s’est donné énormément de mal pour y arriver, doutant sans cesse.

« J'étais certaine de son amour et de cette injustice : elle servait des pommes de terre et du lait du matin au soir pour que je sois assise dans un amphi à écouter parler de Platon. » Annie Ernaux, avec le recul induit par le décès de sa mère, se rend compte que l’amour de sa mère a été plus profond qu’elle ne le pensait…

Au final, un court récit qui aborde le deuil de manière plus sociétale qu’émotionnelle. On y retrouve la plume courte, directe et réflexive de notre auteure nobélisée, mais aussi l’expression intime de quelques sentiments pudiques.   

jeudi 27 août 2026

L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

 


L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

💑💑💑💑💑

Un récit étonnant par sa forme linéaire ; une narration – fleuve sans indications chronologiques alors que l’intrigue est basée sur l’histoire d’une relation amoureuse débutée au moment de la rencontre et terminée par le décès des deux protagonistes. Le format court, à peine cent pages, offre étonnamment une densité qui happe le lecteur et le frappe en plein cœur une fois la dernière page tournée. Epatant !

« Jacques tire une brune de son paquet, et de la première taffe le courage de dire qu'il comptait emmener le chien en forêt est- ce que ça lui dirait de les accompagner ?
ça lui dirait mais pas longtemps, sa mère l'attend à manger ce soir.
Jacques décroche le panier pour le fixer à l'avant. Le chien y prend ses aises et les voilà partis : Jeanne derrière, Jacques au milieu, Boule à la proue. »
Jacques et Jeanne se rencontrent fortuitement alors qu’il vient, avec son père, rénover une pièce dans l’hôtel où Jeanne est employée à l’accueil. La balade du chien Boule sera le point de départ d’une relation amoureuse au long cours.

« Fort des verres de pinot accumulés, Jacques y va sans peur et fait tout comme Jeanne lui a appris. Il arrive même à chanter en même temps sans désynchroniser ses pas. Il y a juste un moment où il dit les paroles de Sylvie et passe son tour sur celles de Johnny. Il se reprend sur le refrain où les deux sont en chœur.
- Si tu n'es pas vraiment l'amour tu lui ressembles. »
Dans les années 70, on se marie rapidement, d’autant plus lorsqu’on appartient à un milieu modeste. On suit le jeune couple dans les premiers pas de la vie conjugale, ses tâtonnements et ses élans.

« Si on mange le pain du jour le lendemain du jour, on mange toujours du pain d'hier. Ce à quoi Jacques objecte que ben voyons. » Le style de l’auteur sert habilement ses personnages, en permettant à son lecteur d’entrer dans leurs raisonnements car ce sont aussi les siens ! On a l’impression d’être à table avec Jacques, ou de préparer le clafoutis avec Jeanne !

Au final, un roman surprenant mais terriblement émouvant. S’il est question d’amour, nous ne sommes pas dans une romance, mais dans l’essence même de ce sentiment, lorsqu’il dure quarante, cinquante, soixante ans, toute une vie…