samedi 10 janvier 2026

La place, Annie Ernaux (Gallimard, 1984)

 





La place, Annie Ernaux (Gallimard, 1984)

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Retrouver Annie Ernaux est toujours un grand plaisir. S’il s’est passé une année depuis ma lecture de « La Femme gelée », les mots de l’auteure étaient toujours présents dans mon esprit et je suis entrée sans peine dans la suite de son œuvre autobiographique, centrée, ici, sur le personnage de son père.

« Je voulais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé. » Annie Ernaux a centré son projet d’écriture sur son ascension sociale. Forcément, il était temps d’écrire sur son père, pour justifier la nécessité de son objectif, cet homme étant un paysan, puis un ouvrier, ayant quitté l’école à douze ans, quand son propre père était lui, analphabète.

« Naturellement, aucune de ces personnes "haut placées" auxquelles mon père avait eu affaire pendant sa vie ne s'était dérangée, ni d'autres commerçants. Il ne faisait partie de rien, payant juste une cotisation à l'union commerciale, sans participer à quoi que ce soit. » Le père de l’auteure, après la guerre, a ce projet fou d’acheter un commerce. Ce sera ce café- épicerie d’une petite ville de Normandie, pour lequel la famille se sera tant serré la ceinture. Mais impossible d’intégrer le cercle des bourgeois quand on n’en est pas issu.

« Souvent sérieux, presque tragique : "Ecoute bien à ton école !" Peur que cette faveur étrange du destin, mes bonnes notes, ne cesse d'un coup. Chaque composition réussie, plus tard chaque examen, autant de pris, l'espérance que je serais mieux que lui. » Le père de la narratrice sent très vite qu’elle sera différente de lui, de ses origines. S’il a souvent honte, ce n’est pas de ce qu’il est mais de ce qu’il dit. Il n’a pas le langage des gens de la haute société, à laquelle sa fille semble promise, ni les références culturelles. Il préfère se taire. Au risque de ne pas pouvoir exprimer clairement ses sentiments.

Au final, un récit percutant, intelligent et parfois émouvant. Annie Ernaux fait l’état des lieux de la société d’après- guerre, en prenant ses parents pour témoins. On se rend compte de la difficile évolution des mœurs, de la constance des étiquettes dans lesquelles on range le premier quidam. C’est comme si c’était hier… mais, non,  pas vraiment. 

Les petits meurtres du mardi, Sylvie Baron (J'ai lu, 09/2024)

 



Les petits meurtres du mardi, Sylvie Baron (J'ai lu, 09/2024)

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Je trouve que l’hiver est la bonne saison pour lire des romans de type « cosy mystery » et j’avais déjà vu passer plusieurs romans de Sylvie Baron dans ce genre, sans en avoir encore lus. C’est désormais chose faite avec ce récit mettant en scène des fans d’Agatha Christie vivant dans un village du Cantal. Ces fervents lecteurs ont l’habitude de se retrouver le mardi, à la médiathèque, pour décortiquer l’œuvre de « la Reine du crime ».

« - Nous savons maintenant tellement de choses sur Agatha Christie que c'est presque dommage de les garder pour nous, vous ne pensez pas ? » Odile Lavergne, médiathécaire à Marcolès, a créé le « Club du mardi », qui réunit des amateurs de polars, qui placent tous Agatha Christie comme la meilleure auteure de romans policiers. Désireux de partager leurs avis, ils décident d’organiser un colloque en son honneur, dans le château local, celui d’Archibald de La Rochette, qui fait d’ailleurs partie du club.

« "Un meurtre sera commis le... samedi 14 avril au château de La Rochette.
A.C." »
Alors que tout est prêt pour le colloque, une lettre vient ternir l’ambiance… Nos passionnés ne vont pourtant pas baisser les bras. Il faut dire qu’ils se sont donné énormément de mal pour rendre le château un peu moins insalubre et réunir des invités – plus ou moins – de prestige.

« Ils sont tous complètement piqués avec cette manie de se prendre pour les meilleurs criminologues du monde parce qu'ils ont lu tous les bouquins de cette romancière anglaise. » Alors que le premier jour du colloque vient de se terminer, un cadavre est découvert dans un placard du château. Qui est coupable ; un hôte ou un invité ? Le commandant « Butternut » va devoir se mettre à la lecture pour comprendre ce qui s’est passé durant ce week-end dédié à Agatha Christie.

Au final, un roman vraiment très plaisant à lire grâce à l’écriture fluide de l’auteure, sa connaissance de l’œuvre d’Agatha Christie et la construction habile de ses personnages, qui deviennent très vite attachants. Une lecture que je recommande pour les fans du genre. 

vendredi 9 janvier 2026

Astérix, tome 31 : Astérix et Latraviata, Goscinny & Uderzo (Albert René, 03/2001)

 



Astérix, tome 31 : Astérix et Latraviata, Goscinny & Uderzo (Albert René, 03/2001)

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De retour dans le village des irréductibles Gaulois ! C’est l’anniversaire d’Astérix et d’Obélix et leurs mères viennent au village pour assister à la fête. Alors qu’elles insistent pour que les garçons trouvent une fiancée, voilà que Falbala revient en prétextant être amnésique. Mais Obélix, toujours sensible aux charmes de la jeune femme, risque de tomber dans un sombre piège…

« J'ai invité des voisines et leurs filles pour prendre une tasse de lait de chèvre, alors tâche d'être aimable, mon Ririx ! » Dans ce tome, nous rencontrons les parents de nos deux héros gaulois. On découvre deux mamans très attachées à leur fils et des papas plus distants, préoccupés avant tout par leurs affaires commerciales. Des attitudes qui paraissent bien actuelles !

« Venue du théâtre de Rome, voici la grande tragédienne Latraviata ! Après quelques retouches, elle est devenue la copie conforme de cette Falbala. Son charme et son talent feront le reste ! » Latraviata est engagée pour se faire passer pour Falbala dans le but de récupérer l’équipement appartenant à Pompée. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme elle l’espérait…

« Tu vois, Idéfix, sans l'amitié d'Astérix, je n'ai plus de cœur au ventre. » Les histoires de couple sont très présentes dans ce tome, et Idéfix ne va pas déroger à la règle !

Au final, un tome très sympathique mais un peu moins plaisant, moins marrant que les autres que j’ai pu lire jusqu’à aujourd’hui. 

dimanche 4 janvier 2026

Riquet à la houppe, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2016)


 


Riquet à la houppe, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2016)

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Riquet à la houppe est l’un des cinq romans d’Amélie Nothomb que je n’avais pas encore lus. Je fais bien de rattraper ces lectures puisque ce livre fera incontestablement partie de mes préférés de l’auteure !

« Enide observait le visage de ceux qui découvraient son petit; chaque fois qu'elle constatait le tressaillement de dégoût, elle était au supplice. Après un silence crucifiant, les gens finissaient par hasarder un commentaire d'une maladresse variable : "C'est le portrait de son arrière- grand- père sur son lit de mort." Ou: "Drôle de tête ! Enfin, pour un garçon, ce n'est pas grave." » Enide, à quarante- huit ans, est enfin maman. Mais sa joie va durer peu de temps : le nouveau- né, en effet, est hideux. Ils vont donc le cacher au maximum durant ses premières années, puis viendra la scolarité obligatoire et la confrontation du garçon au regard cruel des autres. Heureusement, Déodat a du caractère et un haut potentiel intellectuel : il saura tirer parti de ses capacités pour passer outre son physique. De plus, une passion pour les oiseaux va lui permettre de se détacher du commun des mortels.

« Ils voyaient d'un mauvais œil le refus de Passerose que leur fille aille à l'école maternelle :
- Cela ne sert qu'à désenchanter l'enfance, disait la grand- mère.
- Non. Cela sert à sociabiliser les tout- petits, répondait la mère.
- Quel vocabulaire barbare, ma pauvre chérie ! »
Trémière, de son côté, est d’une beauté époustouflante mais ne possède que peu d’esprit. Seule sa grand- mère saura faire émerger des compétences spirituelles et sensibles chez la petite.

« Les livres que l'on se sent appelés à lire sans savoir pourquoi étant souvent l'expression du destin, Trémière tomba dans une librairie au rayon "Enfants" sur "Riquet à la Houppe" de Perrault et su qu'il lui fallait le lire. » Si ce roman est clairement une réécriture du conte de Perarault, c’est avant tout une ode à la littérature et aux contes qui enchantent les enfants tout en faisant réfléchir les adultes.

Au final, une lecture que j’ai vraiment adorée ; entre les deux protagonistes qui se révèlent vite attachants et les nombreuses réflexions sur l’intelligence humaine ainsi que les références nombreuses aux classiques de la littérature européenne. J’ai également beaucoup aimé les passages concernant les oiseaux. Et toujours, ces petites piques satiriques sur la nature humaine ! Une réussite !

samedi 3 janvier 2026

8,2 secondes, Maxime Chattam (Albin Michel, 11/2025)

 


8,2 secondes, Maxime Chattam (Albin Michel, 11/2025)

💙💙💙

Maxime Chattam a choisi de rédiger son dernier roman à base d’une théorie scientifique non avérée : un délai pour le moins paradoxal : « 8,2 secondes pour tomber amoureux, 8,2 secondes pour mourir. » Pour illustrer ce point de départ, deux histoires de femme vont se dérouler en parallèle : May, jeune enquêtrice solitaire, et Constance, quadragénaire en deuil.

« Constance venait ici pour effectuer un choix complexe qu'elle résumait en deux verbes. L'un était déclinable à l'infini ; l'autre, irrémédiable.
Vivre ou mourir. »
Constance vient se réfugier dans le chalet familial, au bord d’un lac. Elle ne sait plus que faire de sa vie depuis que son mari et leur fils sont décédés dans un accident. Revenir aux sources, là où son arrière- grand- père a bâti ce qui deviendra pour leur famille une maison de vacances, voilà qui devrait lui permettre d’y voir clair après une difficile période de deuil.

« May sut alors ce qu'elle était en train de détailler.
Sans l'ombre d'un doute, c'était l'œuvre du Mal, signée par le monstre en personne.
Le Grand Méchant Loup venait de frapper à sa porte.
 » May, de son côté, souffre du mépris de son nouvel équipier, surnommé Rouquemoute. Son statut de célibataire en fait la proie idéale pour tous les séducteurs patentés qu’elle rencontre dans le cadre de son métier. Mais elle reste prudente… jusqu’au coup de foudre inattendu. En parallèle de sa vie sentimentale, on la suit sur une affaire qui défraie les chroniques : un tueur en série, surnommé « Le Grand Méchant Loup » du fait de ses méthodes cruelles, sévit à New- Tork.

Au final, j’ai trouvé l’histoire proposée intéressante, notamment lorsque les deux récits se rejoignent. Pourtant j’ai eu du mal à adhérer à ce qui arrive au personnage de Constance, entre réalité et fantasmagorie saupoudrée de références à l’Ancien Testament. Le parcours de May m’a davantage captivée. Une lecture sympa, mais pas plus (pour moi).