dimanche 30 août 2026

Volare, Serena Giuliano (Calmann Lévy, 03/2026)

 


Volare, Serena Giuliano (Calmann Lévy, 03/2026)

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Serena Giuliano fait partie des auteurs dont j’achète chaque roman. Cette année, c’est « Volare » qui est sorti, de nouveau un titre de chanson italienne qui n’a cessé de me trotter dans la tête durant ma lecture, et pourtant, le récit n’avait rien de léger, puisqu’il y est question de dépression…

« N'importe quoi pour retrouver le goût de vivre. Car en fait, c'est ça que j'avais perdu. Cette chose implacable à laquelle on ne pense pas quand on va bien. La saveur tout simplement d'exister. » Ambre est une jeune femme à l’entourage attentionné et exerçant le métier qu’elle a toujours rêvé de faire : conseillère principale d’éducation dans un collège. Mais voilà, un matin, elle n’arrive plus à aller travailler, ni même à se lever. Le médecin diagnostique une dépression.

« Dès que j'approche de lui la petite coupelle, il déroule sa trompe, comme le ferait un minuscule éléphant ailé, la plonge dans le liquide sucré et s'en sert comme d'une paille.
"Bienvenue, Sylvain ! Puisqu'il paraît que c'est comme ça que tu t'appelles..." »
Recluse chez elle, Ambre va consacrer ses journées à rétablir un papillon qu’elle a trouvé blessé sur le capot de sa voiture. Une activité qui prête à sourire sur le moment, mais qui révèle une détresse bien plus profonde…

« Sur la table, j'aperçois la carte laissée par Manu hier soir, que j'hésite à jeter. C'est celle de sa cousine Piera, qui organise des retraites plus ou moins spirituelles en Sicile. Voilà ce que c'est d'avoir raconté à Manu mon histoire de signes, et débattu avec elle de ma "connexion" avec l'Univers ! » Manu, la meilleure amie d’Ambre, est désespérée par l’état émotionnel de son amie. Cette Sicilienne haute en couleur va alors lui donner les coordonnées de sa cousine, Piera, qui mène des retraites spirituelles sur son île d’origine, et permet à de nombreuses personnes en perte de repères de se retrouver.

Au final, un roman lumineux et touchant qui traite de santé mentale avec délicatesse. L’Italie est un atout majeur et on s’imagine facilement aux côtés d’Ambre, entre plages, volcan et pâtisserie à la ricotta sucrée ! J’ai trouvé le récit moins rythmé qu’à l’accoutumée, mais j’ai tout de même passé un très bon moment de lecture. 

vendredi 28 août 2026

Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

 


Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

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Je continue à lire ou relire les romans d’Annie Ernaux ponctuellement, et de manière chronologique. J’aime sa plume incisive et son regard sociologique sur l’évolution de la position des femmes dans la société et le phénomène de transfuge de classe. Ici, nous suivons la mère de l’auteure, dans une biographie romancée.

« Ce que j'espère écrire de plus juste se situe sans doute à la jointure du familial et du social, du mythe et de l'histoire. Mon projet est de nature littéraire, puisqu'il s'agit de chercher une vérité sur ma mère qui ne peut être atteinte que par des mots. (C'est- à- dire que ni les photos, ni mes souvenirs, ni les témoignages de la famille ne peuvent me donner cette vérité.) » Annie Ernaud a toujours eu le soin de raconter son histoire, en parallèle de celle de la société au moment où elle s’y trouve, sans se laisser influencer par des émotions risquant d’être envahissantes et de pervertir sa vision volontairement factuelle. Alors quand sa mère décède, elle décide de garder sa manière de faire.

« Fière d'être ouvrière mais pas au point de le rester toujours, rêvant de la seule aventure à sa mesure : prendre un commerce d'alimentation. Il l'a suivie, elle était la volonté sociale du couple. » L’auteure, en évoquant le désir de sa mère de s’élever socialement, fait écho à sa propre évolution. Ce qui ressort dans ses romans autobiographiques, ce sont ces différences de niveau social qui mettent des barrières entre les gens. Sa mère, avant elle, a été la seule de sa fratrie à vouloir s’extraire de la condition ouvrière, et elle s’est donné énormément de mal pour y arriver, doutant sans cesse.

« J'étais certaine de son amour et de cette injustice : elle servait des pommes de terre et du lait du matin au soir pour que je sois assise dans un amphi à écouter parler de Platon. » Annie Ernaux, avec le recul induit par le décès de sa mère, se rend compte que l’amour de sa mère a été plus profond qu’elle ne le pensait…

Au final, un court récit qui aborde le deuil de manière plus sociétale qu’émotionnelle. On y retrouve la plume courte, directe et réflexive de notre auteure nobélisée, mais aussi l’expression intime de quelques sentiments pudiques.   

jeudi 27 août 2026

L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

 


L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

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Un récit étonnant par sa forme linéaire ; une narration – fleuve sans indications chronologiques alors que l’intrigue est basée sur l’histoire d’une relation amoureuse débutée au moment de la rencontre et terminée par le décès des deux protagonistes. Le format court, à peine cent pages, offre étonnamment une densité qui happe le lecteur et le frappe en plein cœur une fois la dernière page tournée. Epatant !

« Jacques tire une brune de son paquet, et de la première taffe le courage de dire qu'il comptait emmener le chien en forêt est- ce que ça lui dirait de les accompagner ?
ça lui dirait mais pas longtemps, sa mère l'attend à manger ce soir.
Jacques décroche le panier pour le fixer à l'avant. Le chien y prend ses aises et les voilà partis : Jeanne derrière, Jacques au milieu, Boule à la proue. »
Jacques et Jeanne se rencontrent fortuitement alors qu’il vient, avec son père, rénover une pièce dans l’hôtel où Jeanne est employée à l’accueil. La balade du chien Boule sera le point de départ d’une relation amoureuse au long cours.

« Fort des verres de pinot accumulés, Jacques y va sans peur et fait tout comme Jeanne lui a appris. Il arrive même à chanter en même temps sans désynchroniser ses pas. Il y a juste un moment où il dit les paroles de Sylvie et passe son tour sur celles de Johnny. Il se reprend sur le refrain où les deux sont en chœur.
- Si tu n'es pas vraiment l'amour tu lui ressembles. »
Dans les années 70, on se marie rapidement, d’autant plus lorsqu’on appartient à un milieu modeste. On suit le jeune couple dans les premiers pas de la vie conjugale, ses tâtonnements et ses élans.

« Si on mange le pain du jour le lendemain du jour, on mange toujours du pain d'hier. Ce à quoi Jacques objecte que ben voyons. » Le style de l’auteur sert habilement ses personnages, en permettant à son lecteur d’entrer dans leurs raisonnements car ce sont aussi les siens ! On a l’impression d’être à table avec Jacques, ou de préparer le clafoutis avec Jeanne !

Au final, un roman surprenant mais terriblement émouvant. S’il est question d’amour, nous ne sommes pas dans une romance, mais dans l’essence même de ce sentiment, lorsqu’il dure quarante, cinquante, soixante ans, toute une vie… 

mercredi 26 août 2026

Les possibles, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 05/2022)

 


Les possibles, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 05/2022)

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Après avoir exploré l’expérience maternelle dans Et ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi se penche sur la paternité. Juliane, son héroïne, se retrouve perdue lorsque son papa, Jean, trouve refuge chez elle après l’incendie de sa maison. Comment accueillir ce père avec qui elle a perdu quelque peu le contact depuis quelques années ? D’autant plus que ce dernier mène une vie plutôt fantasque !

« Papa.
C'est le premier mot que j'aie su prononcer.
Un mot tout bête, qui sert sans qu'on y pense, sans demander la permission. Un mot comme un automatisme, comme une respiration. Un mot d'enfant, un mot d'amour.
Un mot comme un membre fantôme, qui fait mal quand il n'est plus là. »
En nous donnant cette information d’entrée, la narratrice, Juliane, nous confie un attachement primal à son père. Il les a tant amusée et rassurée, sa sœur et elle, avant de leur faire honte à l’adolescence. Et puis leur mère a demandé le divorce, et ce papa est parti faire sa vie ailleurs, tout en gardant un lien ténu avec ses deux filles.

« Arrêtée au feu rouge, j'assiste à la scène en prenant conscience de la situation. Je m'appelle Juliane, j'ai trente- neuf ans, et je suis l'heureuse maman de Charlie, sept ans, et de Jean, soixante- sept ans. » En accueillant son père à la suite d’un incident, Juliane se rend compte que la santé mentale de celui-ci est en net déclin. La voilà partagée entre les difficultés scolaires de son fils et la démence naissante de son père…

« On assiste à un spectacle déchirant sur lequel nous n'avons aucune prise. Le premier homme de notre vie disparaît peu à peu. On ignore combien de temps il nous reste avec lui. C'est terrible de vivre dans un compte à rebours. » Juliane emmène son père, avec bien du mal, consulter les spécialistes de la gériatrie et de la mémoire afin de l’aider au mieux. Au vu du diagnostic, Adèle, sa sœur, et elle, vont faire en sorte de réaliser ses rêves, avant qu’il ne soit trop tard.

Au final, un récit qui m’a une nouvelle fois troublée, émue, touchée. Ce papa Jean possède pas mal de points en communs avec le mien, y compris celui, inéluctable, de vieillir. La tendresse que met Virginie Grimaldi donne envie de prendre soin de nos aînés, pendant qu’il en est encore temps, et de réaliser les rêves de ceux qu’on aime au temps du présent.  

vendredi 21 août 2026

Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi (Le Livre de Poche, 06/2020)

 


Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi (Le Livre de Poche, 06/2020)

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Ce roman de Virginie Grimaldi est une ode à la maternité ; que l’on soit une jeune maman désemparée ou une maman désœuvrée souffrant du syndrome du nid vide. En effet, l’arrivée d’un nouveau- né est souvent synonyme d’un grand trouble dans le cœur et la vie d’une femme (d’un homme aussi, cela va sans dire, mais ici je me positionne en tant que maman – lectrice d’une autrice !).

« Le temps ne s'écoule plus de la même manière depuis que je suis mère. » Elise est seule, pour la première fois depuis une vingtaine d’année. Sa fille Charline vit en couple depuis un moment à Londres, et Thomas, son fils cadet, vient de quitter l’appartement bordelais familial pour aller poursuivre ses études à Paris. Elise a toujours vécu en fonction des activités de ses enfants, mesurant son temps, et là, alors qu’elle est seule, fini les exigences temporelles : hormis le travail, elle possède désormais un espace de liberté… qu’elle ne sait pas comment gérer…

« Devenir mère a donné un sens à ma vie. Enfin, j'étais utile. Enfin, je comptais pour quelqu’un. C'est égoïste, j'en conviens. Je ne l'ai pas calculé : la maternité a réparé en moi ce que l'enfance avait abîmé. » Lili et Elise partage ce point commun : la maternité leur a donné une raison d’être là, dans la vie, pleinement. L’amour qu’elles possèdent en elles, qu’elles ont tant voulu donner depuis des années, a désormais une raison d’être.

« Voilà, c'est ça. Tu es ma cible, mon talon d'Achille. Désormais, j'aime quelqu'un plus que quiconque, plus que moi- même. Désormais, je suis vulnérable. » La fille de Lili est née prématurément, à un stade où on doute de sa capacité à vivre. Je me suis retrouvée dans sa position de mère coupable de n’avoir pas su garder son enfant durant les neuf mois règlementaires., et compagne d’un jeune papa sous l’emprise de parents envahissants.

Au final, j’ai été énormément émue par ce roman, d’autant plus que je me suis retrouvée dans les deux principales protagonistes de l’histoire. La fin du roman m’a bluffée, même si je l’avais un tout petit peu devinée. Et comme toujours avec Virginie Grimaldi, quelques éclats de rire qui font qu’on se sent bien à la fin du livre !