jeudi 27 août 2026

L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

 


L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

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Un récit étonnant par sa forme linéaire ; une narration – fleuve sans indications chronologiques alors que l’intrigue est basée sur l’histoire d’une relation amoureuse débutée au moment de la rencontre et terminée par le décès des deux protagonistes. Le format court, à peine cent pages, offre étonnamment une densité qui happe le lecteur et le frappe en plein cœur une fois la dernière page tournée. Epatant !

« Jacques tire une brune de son paquet, et de la première taffe le courage de dire qu'il comptait emmener le chien en forêt est- ce que ça lui dirait de les accompagner ?
ça lui dirait mais pas longtemps, sa mère l'attend à manger ce soir.
Jacques décroche le panier pour le fixer à l'avant. Le chien y prend ses aises et les voilà partis : Jeanne derrière, Jacques au milieu, Boule à la proue. »
Jacques et Jeanne se rencontrent fortuitement alors qu’il vient, avec son père, rénover une pièce dans l’hôtel où Jeanne est employée à l’accueil. La balade du chien Boule sera le point de départ d’une relation amoureuse au long cours.

« Fort des verres de pinot accumulés, Jacques y va sans peur et fait tout comme Jeanne lui a appris. Il arrive même à chanter en même temps sans désynchroniser ses pas. Il y a juste un moment où il dit les paroles de Sylvie et passe son tour sur celles de Johnny. Il se reprend sur le refrain où les deux sont en chœur.
- Si tu n'es pas vraiment l'amour tu lui ressembles. »
Dans les années 70, on se marie rapidement, d’autant plus lorsqu’on appartient à un milieu modeste. On suit le jeune couple dans les premiers pas de la vie conjugale, ses tâtonnements et ses élans.

« Si on mange le pain du jour le lendemain du jour, on mange toujours du pain d'hier. Ce à quoi Jacques objecte que ben voyons. » Le style de l’auteur sert habilement ses personnages, en permettant à son lecteur d’entrer dans leurs raisonnements car ce sont aussi les siens ! On a l’impression d’être à table avec Jacques, ou de préparer le clafoutis avec Jeanne !

Au final, un roman surprenant mais terriblement émouvant. S’il est question d’amour, nous ne sommes pas dans une romance, mais dans l’essence même de ce sentiment, lorsqu’il dure quarante, cinquante, soixante ans, toute une vie… 

mercredi 26 août 2026

Les possibles, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 05/2022)

 


Les possibles, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 05/2022)

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Après avoir exploré l’expérience maternelle dans Et ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi se penche sur la paternité. Juliane, son héroïne, se retrouve perdue lorsque son papa, Jean, trouve refuge chez elle après l’incendie de sa maison. Comment accueillir ce père avec qui elle a perdu quelque peu le contact depuis quelques années ? D’autant plus que ce dernier mène une vie plutôt fantasque !

« Papa.
C'est le premier mot que j'aie su prononcer.
Un mot tout bête, qui sert sans qu'on y pense, sans demander la permission. Un mot comme un automatisme, comme une respiration. Un mot d'enfant, un mot d'amour.
Un mot comme un membre fantôme, qui fait mal quand il n'est plus là. »
En nous donnant cette information d’entrée, la narratrice, Juliane, nous confie un attachement primal à son père. Il les a tant amusée et rassurée, sa sœur et elle, avant de leur faire honte à l’adolescence. Et puis leur mère a demandé le divorce, et ce papa est parti faire sa vie ailleurs, tout en gardant un lien ténu avec ses deux filles.

« Arrêtée au feu rouge, j'assiste à la scène en prenant conscience de la situation. Je m'appelle Juliane, j'ai trente- neuf ans, et je suis l'heureuse maman de Charlie, sept ans, et de Jean, soixante- sept ans. » En accueillant son père à la suite d’un incident, Juliane se rend compte que la santé mentale de celui-ci est en net déclin. La voilà partagée entre les difficultés scolaires de son fils et la démence naissante de son père…

« On assiste à un spectacle déchirant sur lequel nous n'avons aucune prise. Le premier homme de notre vie disparaît peu à peu. On ignore combien de temps il nous reste avec lui. C'est terrible de vivre dans un compte à rebours. » Juliane emmène son père, avec bien du mal, consulter les spécialistes de la gériatrie et de la mémoire afin de l’aider au mieux. Au vu du diagnostic, Adèle, sa sœur, et elle, vont faire en sorte de réaliser ses rêves, avant qu’il ne soit trop tard.

Au final, un récit qui m’a une nouvelle fois troublée, émue, touchée. Ce papa Jean possède pas mal de points en communs avec le mien, y compris celui, inéluctable, de vieillir. La tendresse que met Virginie Grimaldi donne envie de prendre soin de nos aînés, pendant qu’il en est encore temps, et de réaliser les rêves de ceux qu’on aime au temps du présent.  

vendredi 21 août 2026

Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi (Le Livre de Poche, 06/2020)

 


Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi (Le Livre de Poche, 06/2020)

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Ce roman de Virginie Grimaldi est une ode à la maternité ; que l’on soit une jeune maman désemparée ou une maman désœuvrée souffrant du syndrome du nid vide. En effet, l’arrivée d’un nouveau- né est souvent synonyme d’un grand trouble dans le cœur et la vie d’une femme (d’un homme aussi, cela va sans dire, mais ici je me positionne en tant que maman – lectrice d’une autrice !).

« Le temps ne s'écoule plus de la même manière depuis que je suis mère. » Elise est seule, pour la première fois depuis une vingtaine d’année. Sa fille Charline vit en couple depuis un moment à Londres, et Thomas, son fils cadet, vient de quitter l’appartement bordelais familial pour aller poursuivre ses études à Paris. Elise a toujours vécu en fonction des activités de ses enfants, mesurant son temps, et là, alors qu’elle est seule, fini les exigences temporelles : hormis le travail, elle possède désormais un espace de liberté… qu’elle ne sait pas comment gérer…

« Devenir mère a donné un sens à ma vie. Enfin, j'étais utile. Enfin, je comptais pour quelqu’un. C'est égoïste, j'en conviens. Je ne l'ai pas calculé : la maternité a réparé en moi ce que l'enfance avait abîmé. » Lili et Elise partage ce point commun : la maternité leur a donné une raison d’être là, dans la vie, pleinement. L’amour qu’elles possèdent en elles, qu’elles ont tant voulu donner depuis des années, a désormais une raison d’être.

« Voilà, c'est ça. Tu es ma cible, mon talon d'Achille. Désormais, j'aime quelqu'un plus que quiconque, plus que moi- même. Désormais, je suis vulnérable. » La fille de Lili est née prématurément, à un stade où on doute de sa capacité à vivre. Je me suis retrouvée dans sa position de mère coupable de n’avoir pas su garder son enfant durant les neuf mois règlementaires., et compagne d’un jeune papa sous l’emprise de parents envahissants.

Au final, j’ai été énormément émue par ce roman, d’autant plus que je me suis retrouvée dans les deux principales protagonistes de l’histoire. La fin du roman m’a bluffée, même si je l’avais un tout petit peu devinée. Et comme toujours avec Virginie Grimaldi, quelques éclats de rire qui font qu’on se sent bien à la fin du livre !

lundi 17 août 2026

Fille de, Anne Pitteloud (Finitude, 08/2026)

 


Fille de, Anne Pitteloud (Finitude, 08/2026)

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C’est ma libraire qui m’a dirigée vers ce premier roman alors que je compulsais les premières publications de cette rentrée littéraire. La quatrième de couverture m’a immédiatement happée : une jeune femme découvre que les manuscrits de son père, écrivain à succès récemment décédé, sont vides, alors qu’elle- même rêve de voir ses propres romans publiés.

« Lentement, je les ai tirés à moi, je les ai ouverts, j'ai feuilleté leurs pages en faisant le moins de bruit possible, leurs feuilles immaculées comme les murs de la pièce, comme le silence d'un tombeau.
Dans chacun d'eux, le vide encore. »
Chloé Monnay pénètre pour la première fois dans le sacro- saint bureau où son père passait ses journées à écrire. Alors que ce dernier vient de décéder, son éditeur est sur les dents : il attend avec impatience les manuscrits que son auteur à succès lui a promis depuis des années. Mais voilà, Chloé ne trouve rien.

« J'ai repensé aux volumes alignés là- haut, inédits, prêts pour la postérité. Et si je les jetais directement dans l'étang, ces feuilles qui avaient pourri mon enfance ? » La jeune femme est dépitée. Son père a toujours été « absent » à cause du besoin d’isolement qu’imposait son écriture. Et elle lui en veut pour cette enfance solitaire.

« Je pensais aussi à d'autres manuscrits. Les miens. Deux romans que je n'osais faire lire à personne, dont je n'avais rien dit, pas même à Julien ou à mes parents. Je n'étais pas prête. Je ne les trouvais pas pires que bien des textes publiés et encensés par les médias, mais si on me disait que c'était mauvais, s'ils étaient refusés par les éditeurs, je ne saurais plus quoi faire de moi et de ma vie. » Et puis Chloé va proposer ses propres écrits, restés secrets, pour faire plaisir à sa mère, pour contenter l’éditeur et pour contrer les journalistes malveillants.

Un roman qui m’a happée du début à la fin. L’auteure, à coups de chapitres courts se terminant sur une chute haletante m’a poussée à ne pas quitter son histoire. Je me suis véritablement identifiée au personnage de Chloé, avec ses rêves, sa rancœur, son envie de vivre pour elle- même. J’ai eu du mal à quitter ce roman qui pose tant de questions sur le poids de l’imposture au sein de la famille et de la société avec brio. Une réussite.

dimanche 16 août 2026

L’Appel de la forêt, Jack London (Jungle, 2014)

 




L’Appel de la forêt, Jack London (Jungle, 2014)

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Après avoir lu l’adaptation en bande dessinée de Croc- Blanc, j’ai eu envie de lire celle de L’Appel de la forêt, que j’ai souvent fait lire et étudier à mes élèves de 6ème. L’intrigue de ce deuxième récit est totalement inversée par rapport à celle du premier étant donné que là, nous partons d’un chien domestique, appelé Buck, qui va retourner à la vie sauvage.

« Les jours passèrent. Buck perdit la mémoire de la douceur des jours écoulés et se résolut à souffrir l'inévitable. » Buck est un bon gros chien de famille tranquille, peinard, qui va malheureusement subir un enlèvement orchestré par un domestique. Nous sommes en pleine période de ruée vers l’or, et les chiens costauds sont recherchés pour la force qu’ils sont capables de déployer en tirant les traineaux chargés des colons. Pour lui, il en sera terminé des repas copieux et des caresses au coin du feu. A la place, il devra tirer des traineaux dans le froid, la violence et la faim… jusqu’à ce qu’un certain John lui sauve la mise.

Une bande dessinée fidèle au texte du roman, même si certains passages ont été occultés pour répondre au format de la bande dessinée. J’ai beaucoup aimé voir les animaux prendre parole dans les bulles qui leur sont dédiées !