Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)
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Voilà un roman que j’ai failli abandonner au bout de
cinquante pages ; je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire ni à m’attacher
aux personnages. Peut- être ces derniers étaient- ils trop nombreux ? Ou
alors le début était- il trop obscur ?
« Dès lors, ton visage a plané sur ma
nuit, dans les pupilles stupides de mes yeux écarquillés, et ton sourire tendu
au volant de la voiture, juste avant le braquage. Mon dernier baiser, mon
regard sur tes mains qui serraient le volant. Puis l'une est venue se poser sur
ma joue. Je me souviens de ton anxiété, tu m'as soufflé de faire attention. »
Mano et Axelle font partie de la même bande ; des jeunes contre le
système, contre le capitalisme, et qui voient dans les grèves de 1996 l’occasion
d’exister. Au cœur du squat dans lequel ils vivent au jour le jour, les deux
jeunes femmes, elles, se cherchent, se rapprochent, et s’aiment enfin.
« Ils étaient beaux, marchant d'un pas
égal sur la place, dans un des premiers jours du printemps. Investis d'une
mission, porteurs d'interdit, de résistance à l'ordre mondial capitaliste, à
l'exploitation des pauvres, ils marchaient au- dessus du monde, au- dessus des
pavés, au- dessus des lois. » Notre bande de jeunes va fomenter
un braquage, pour défendre leurs idées et combattre le capitalisme. Mais les
flics vont débarquer, bien plus tôt que prévu. Ce sera un carnage. Axelle écope
de vingt- cinq années de réclusion. Mano tente de refaire sa vie…
« La lumière est délicate, un orangé
printanier, c'est drôle comme rien, ce matin- là, ne prédispose à la violence
de ce qui la précède. » La nature, le dehors, l’extérieur,
a une place prédominante dans ce roman. Logique, quand l’une des protagonistes
principales est enfermée pour l’équivalent d’un quart de vie. Mano, elle, va s’accrocher
à cette nature, ses ambiances et ses couleurs, pour se réinventer, entière,
dans une vie qu’elle a si peu choisie.
Au final, je dirais qu’il s’agit d’un roman « qui se mérite ». Il faut accepter une certaine langueur, une certaine pesanteur bien noire, qui obscurcit les cœurs et les âmes. On a envie de dire aux protagonistes qu’ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé, et puis, au fil des pages, on se ravise. On savoure la poésie des mots et des instants… et on soupire avec Mano.




