dimanche 21 juin 2026

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)


 

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)

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J’avais beaucoup aimé les deux premiers tomes de « La Trilogie du démon » (je me demande pourquoi je n’ai pas lu le troisième d’ailleurs) et je me suis jetée sur cette nouvelle parution de Mathieu Lecerf, intriguée par le titre, l’intrigue mais aussi par la couverture qui me faisait penser immédiatement à la série « Stranger Things » que j’avais beaucoup aimée.

« J'ai entendu les copains débarquer derrière, ils rigolaient toujours comme des sales gosses. Ils ne l'avaient pas remarqué. Ils étaient plongés dans ce qu'il leur restait encore d'innocence et d'insouciance, mais tout allait bientôt voler en éclats sans retour possible. » James (Jimmy) le narrateur raconte son enfance plutôt heureuse auprès de son père et d’une bande de copains avec qui il va faire les quatre cents coups ! Jusqu’à ce qu’un meurtre abominable ait lieu dans leur petit patelin pourtant réputé tranquille.

« Mon père était un homme beau, bon, intelligent, qui avait tout pour lui, pourquoi se serait - il livré à une atrocité pareille ? C'était insensé ! Il n'y avait aucune explication rationnelle à ça, je n'y croyais pas.
Mais j'étais bien le seul. »
C’est finalement le père de Jimmy qui va être accusé du meurtre. Une accusation incompréhensible pour l’adolescent qui subira par la suite son statut d’orphelin. Comment se construire sur ces incompréhensions et à la suite d’un tel drame ?

« Je ne pensais plus à Henri depuis des années, mais ces derniers jours je ressentais de nouveau sa présence, son ombre néfaste, tapie dans la pénombre de mon âme.
Que me voulait- il aujourd'hui ? »
Devenu écrivain à succès, Jimmy essaie désespérément de trouver un équilibre dans sa vie personnelle, alors qu’il s’est installé à Paris. Mais un jour, il va recevoir une lettre de son père qui lui confesse, alors qu’il va mourir, son innocence, trente- quatre ans après les faits. Jimmy ne voit d’autre possibilité que de retourner à La Saussaye, là où il a vécu ses meilleures et ses pires années. Il a besoin de mener ses propres investigations.

Au final, un roman à la pression grandissante. Le personnage du narrateur est rendu terriblement attachant grâce aux émotions qu’il exprime, que ce soit dans la partie « Enfant » ou dans celle qui est intitulée « L’adulte ». J’ai frémi avec lui, j’ai été surprises par les retournements de situation et j’ai été émue par la résolution de l’intrigue, que je n’avais absolument pas devinée. Une très bonne lecture ! 

mercredi 17 juin 2026

Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

 



Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

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Daniel Pagés est un auteur local que je souhaite faire intervenir l’année prochaine auprès de mes élèves de collège. Je me penche donc actuellement dans ses romans pour préparer de futures pistes de travail et d’échanges. En grande amoureuse de la mer, il me semblait évident de commencer ces lectures par « Des cris dans l’écume ».

« Les guetteurs qui l'habitaient autrefois avaient disparu depuis près de deux siècles et comme souvenir d'eux ne restait que le nom de la bâtisse : "Ar Geder", la vigie. » Lena passe ses vacances chez Marie – Anne, sa grand- mère qui vit en Bretagne, en bordure de l’Atlantique. Un bonheur pour cette adolescence qui adore nager et surfer en compagnie de son ami Erwan.

« "Il faut le délivrer. Vite !" Elle sentit tout à coup l'urgence. Quelqu'un était en danger. Epuisé.
"Vite !"
Elle entendit un cœur qui battait faiblement. Un souffle. »
Lena a hérité d’un don particulier lui permettant d’être en connexion avec la faune et la flore locale. Un talent lui permettant de sauver les êtres vivants en difficulté et qui va bien lui servir.

« Elle avait remarqué l'année précédente une nouvelle catégorie de sable qui colorait une laisse de mer. Le fruit d'une dizaine d'années de travail de l'océan pour digérer les emballages qui se balançaient au fond de l'eau. Des petits grains de plastique multicolores qui pouvaient remplir l'estomac de certaines espèces marines et les empoisonner. » Ce conte possède une belle portée écologique et dénonce la pollution incroyablement destructrice sur notre faune marine. Les discussions intergénérationnelles sont formidables concernant ce sujet.

Au final, un roman court à l’écriture fluide et aux chapitres courts qui saura séduire les jeunes lecteurs effrayés par les « pavés » ! Les personnages sont attachants et j’ai énormément apprécié les liens tendres que les protagonistes entretenaient entre eux, générations confondues. La mer est abordée avec une sensibilité poétique qui m’a touchée et charmée. Une belle découverte aux embruns vivifiants !

lundi 15 juin 2026

Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

 


Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

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Voilà un roman que j’ai failli abandonner au bout de cinquante pages ; je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire ni à m’attacher aux personnages. Peut- être ces derniers étaient- ils trop nombreux ? Ou alors le début était- il trop obscur ?

« Dès lors, ton visage a plané sur ma nuit, dans les pupilles stupides de mes yeux écarquillés, et ton sourire tendu au volant de la voiture, juste avant le braquage. Mon dernier baiser, mon regard sur tes mains qui serraient le volant. Puis l'une est venue se poser sur ma joue. Je me souviens de ton anxiété, tu m'as soufflé de faire attention. » Mano et Axelle font partie de la même bande ; des jeunes contre le système, contre le capitalisme, et qui voient dans les grèves de 1996 l’occasion d’exister. Au cœur du squat dans lequel ils vivent au jour le jour, les deux jeunes femmes, elles, se cherchent, se rapprochent, et s’aiment enfin.

« Ils étaient beaux, marchant d'un pas égal sur la place, dans un des premiers jours du printemps. Investis d'une mission, porteurs d'interdit, de résistance à l'ordre mondial capitaliste, à l'exploitation des pauvres, ils marchaient au- dessus du monde, au- dessus des pavés, au- dessus des lois. » Notre bande de jeunes va fomenter un braquage, pour défendre leurs idées et combattre le capitalisme. Mais les flics vont débarquer, bien plus tôt que prévu. Ce sera un carnage. Axelle écope de vingt- cinq années de réclusion. Mano tente de refaire sa vie…

« La lumière est délicate, un orangé printanier, c'est drôle comme rien, ce matin- là, ne prédispose à la violence de ce qui la précède. » La nature, le dehors, l’extérieur, a une place prédominante dans ce roman. Logique, quand l’une des protagonistes principales est enfermée pour l’équivalent d’un quart de vie. Mano, elle, va s’accrocher à cette nature, ses ambiances et ses couleurs, pour se réinventer, entière, dans une vie qu’elle a si peu choisie.

Au final, je dirais qu’il s’agit d’un roman « qui se mérite ». Il faut accepter une certaine langueur, une certaine pesanteur bien noire, qui obscurcit les cœurs et les âmes. On a envie de dire aux protagonistes qu’ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé, et puis, au fil des pages, on se ravise. On savoure la poésie des mots et des instants… et on soupire avec Mano. 

jeudi 11 juin 2026

Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

 


Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

💋💋

Après avoir lu Benjamin Dierstein, j’ai eu envie de me plonger dans un roman plus léger. « Crush », roman relatant la quête désespérée de l’amour d’une jeune Japonaise s’y prêtait parfaitement !

« Vingt- quatre ans, presque un quart de siècle, et vierge. Une anomalie, une espèce que ma mère préférerait voir éteinte tellement je fous la honte. » Mika est une jeune femme un peu farouche. Malgré une bonne situation professionnelle, elle peine à se rendre « populaire » et sa vie sociale est quasiment inexistante. Comment rencontrer des garçons quand on est solitaire et qu’on ressemble à un garçon ?

« Chaque fois que mon téléphone vibre pour m'annoncer un nouveau texto et que mon écran s'illumine avec son nom, une dose de sérotonine monte directement à mon cœur. Ce doit être ça, l'amour. » Et puis Mika rencontre Tai, un expatrié américain. Il sera son « presque » premier amant, mais pour elle, assurément, l’amour de sa vie. Mais lui ne voit pas les choses de la même manière. La première d’une série de longues désillusions….

Au final, un roman rigolo à lire, mais qui s’adresse avant tout à un lectorat jeune, mais pas trop, du fait des nombreuses vulgarités à caractère sexuel ponctuant le texte. La petite Mika fait pitié, pas rêver, et son histoire, parfois sarcastique concernant le monde de la séduction actuel, s’est révélée un peu trop superficielle pour que je m’y retrouve un tant soit peu. 

lundi 8 juin 2026

Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

 


Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

💙💙💙💙

La Bête du Gevaudan, tout le monde en a entendu parler et pourtant, encore aujourd’hui, le mystère quant à la véritable nature de cet animal monstrueux n’a toujours pas été élucidé. Pourtant, avec une centaine de morts, elle a su marquer les esprits à travers les époques, puisqu’il nous faut remonter à l’année 1765 pour revivre les attaques que même les meilleurs envoyés du roi, Louis XV, n’ont pas réussi à endiguer.

« Le roi a décidé que je serai élevé et éduqué aux frais du royaume. Je suis alors parti dans une école de Montpellier où j'ai pu apprendre à lire, à écrire, à compter et grâce à mon exploit face à la bête, moi qui étais destiné à être un simple petit paysan du Gévaudan, je pourrai peut- être, plus tard, réaliser mon rêve qui est de devenir officier dans l'armée de mon pays. » Jacques Portefaix, douze ans, a réussi à mettre la Bête en fuite alors qu’elle s’était attaquée à son petit groupe d’amis. Son exploit lui permettra d’être en mesure de mettre son histoire en mots.

« Cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes à chacune de la longueur d'un doigt, la gueule extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celui d'un cheval, le corps aussi long qu'un léopard, la queue grosse comme le bras, le poil de la tête noirâtre, les yeux de la grandeur de ceux d'un veau et étincelants, les oreilles courtes comme celles d'un loup et droites, le poil du ventre blanchâtre, celui du corps rouge avec une raie noire tout au long du dos ! » Comment décrire quelque chose qui n’existe pas ? En utilisant des comparaisons, lesquelles seront toujours hyperboliques quand on veut effrayer son auditoire !

« D'Enneval, c'est le nom de ce chasseur réputé, est arrivé ainsi en Gévaudan le 20 février 1765. Son premier travail a été de faire partir les soldats afin de pouvoir chasser seul et surtout de ne pas avoir à partager la récompense promise à qui tuerait la bête. » Le roi va tenter différents stratagèmes pour capturer la Bête, mais aucune ne portera ses fruits… De quoi entretenir le mystère pour encore de longs siècles…

Au final, un petit livre factuel sur les faits connus autour de cette Bête du Gevaudan qui fascine aussi bien les grands que les petits depuis tellement d’années. Le texte est fluide et accessible aux enfants dès dix ans, et je vais le proposer à mes élèves collégiens. Nul doute que certains seront intéressés par cette histoire bien rédigée.