Jeu de peaux, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)
❤❤❤❤
Ce thriller m’a intriguée
par son sujet, la technique ancestrale de l’art du tatouage japonais, appelé « Iremuzi ».
J’avais déjà lu plusieurs romans qui évoquaient cet art particulier, précis
dans les traits, la symbolique, la ritualité et réputé pour être extrêmement
douloureux ; bien plus que l’acte popularisé depuis quelques dizaines d’années
dans notre société.
« Le problème,
cher maître, c'est que ces tatouages sont venus sans leurs propriétaires. Et vu
leur dimension, ils ont apparemment été réalisés sur la quasi- totalité du
dos... » L’intrigue du roman débute sur une information stupéfiante : dix
peaux humaines tatouées et parfaitement tannées sont déposées anonymement chez
Sotheby’s pour une vente aux enchères hors normes. A qui ont appartenu ces
peaux ? Les propriétaires sont- ils encore en vie ?
« Tout
laissait présager que Juliano hériterait autant de la beauté et de
l'intelligence de ses parents que de leur fortune. Sa prestance et son
assurance ne pouvaient être ignorées. Grand et fort, d'un tempérament affirmé,
sûr de lui, il fut, jusqu'à la fin de son adolescence, un petit merdeux
prétentieux, conscient de son statut et des obligations qui lui incomberaient à
l'âge adulte. » Il apparaît que les tatouages ont été réalisés par un artiste à la mode. Milliardaire
déjà à la naissance, il n’a absolument pas besoin de revendre les pièces qu’il
a tatouées sur le dos de ses amis- amours- amantes. Alors qui cherche à s’enrichir
de manière immorale ?
« Son talent
était à l'origine de la renaissance du tatouage et de sa popularité, dès les
années quatre- vingt. Un artiste qui avait littéralement redoré, sur la scène
mondiale, le blason d'un art encore controversé sur ses propres terres. Il
attendait de lui l'initiation du plus pur des arts japonais : l'Irezumi - so.
Un tatouage traditionnel, dont la technique violente, en contrepartie de la
douleur, valorisait toute sa délicatesse dans la dimension picturale du dessin. »
Juliano Rizzoni s’est
lancé dans l’apprentissage du tatouage « Iremuzi », sans percevoir,
au préalable, la dangerosité potentielle des œuvres qu’il réalisait. Le
commandant Jourdain et la capitaine Bunevial vont s’arracher les cheveux – et non
la peau- pour détacher le vrai du faux.




