lundi 15 juin 2026

Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

 


Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

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Voilà un roman que j’ai failli abandonner au bout de cinquante pages ; je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire ni à m’attacher aux personnages. Peut- être ces derniers étaient- ils trop nombreux ? Ou alors le début était- il trop obscur ?

« Dès lors, ton visage a plané sur ma nuit, dans les pupilles stupides de mes yeux écarquillés, et ton sourire tendu au volant de la voiture, juste avant le braquage. Mon dernier baiser, mon regard sur tes mains qui serraient le volant. Puis l'une est venue se poser sur ma joue. Je me souviens de ton anxiété, tu m'as soufflé de faire attention. » Mano et Axelle font partie de la même bande ; des jeunes contre le système, contre le capitalisme, et qui voient dans les grèves de 1996 l’occasion d’exister. Au cœur du squat dans lequel ils vivent au jour le jour, les deux jeunes femmes, elles, se cherchent, se rapprochent, et s’aiment enfin.

« Ils étaient beaux, marchant d'un pas égal sur la place, dans un des premiers jours du printemps. Investis d'une mission, porteurs d'interdit, de résistance à l'ordre mondial capitaliste, à l'exploitation des pauvres, ils marchaient au- dessus du monde, au- dessus des pavés, au- dessus des lois. » Notre bande de jeunes va fomenter un braquage, pour défendre leurs idées et combattre le capitalisme. Mais les flics vont débarquer, bien plus tôt que prévu. Ce sera un carnage. Axelle écope de vingt- cinq années de réclusion. Mano tente de refaire sa vie…

« La lumière est délicate, un orangé printanier, c'est drôle comme rien, ce matin- là, ne prédispose à la violence de ce qui la précède. » La nature, le dehors, l’extérieur, a une place prédominante dans ce roman. Logique, quand l’une des protagonistes principales est enfermée pour l’équivalent d’un quart de vie. Mano, elle, va s’accrocher à cette nature, ses ambiances et ses couleurs, pour se réinventer, entière, dans une vie qu’elle a si peu choisie.

Au final, je dirais qu’il s’agit d’un roman « qui se mérite ». Il faut accepter une certaine langueur, une certaine pesanteur bien noire, qui obscurcit les cœurs et les âmes. On a envie de dire aux protagonistes qu’ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé, et puis, au fil des pages, on se ravise. On savoure la poésie des mots et des instants… et on soupire avec Mano. 

jeudi 11 juin 2026

Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

 


Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

💋💋

Après avoir lu Benjamin Dierstein, j’ai eu envie de me plonger dans un roman plus léger. « Crush », roman relatant la quête désespérée de l’amour d’une jeune Japonaise s’y prêtait parfaitement !

« Vingt- quatre ans, presque un quart de siècle, et vierge. Une anomalie, une espèce que ma mère préférerait voir éteinte tellement je fous la honte. » Mika est une jeune femme un peu farouche. Malgré une bonne situation professionnelle, elle peine à se rendre « populaire » et sa vie sociale est quasiment inexistante. Comment rencontrer des garçons quand on est solitaire et qu’on ressemble à un garçon ?

« Chaque fois que mon téléphone vibre pour m'annoncer un nouveau texto et que mon écran s'illumine avec son nom, une dose de sérotonine monte directement à mon cœur. Ce doit être ça, l'amour. » Et puis Mika rencontre Tai, un expatrié américain. Il sera son « presque » premier amant, mais pour elle, assurément, l’amour de sa vie. Mais lui ne voit pas les choses de la même manière. La première d’une série de longues désillusions….

Au final, un roman rigolo à lire, mais qui s’adresse avant tout à un lectorat jeune, mais pas trop, du fait des nombreuses vulgarités à caractère sexuel ponctuant le texte. La petite Mika fait pitié, pas rêver, et son histoire, parfois sarcastique concernant le monde de la séduction actuel, s’est révélée un peu trop superficielle pour que je m’y retrouve un tant soit peu. 

lundi 8 juin 2026

Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

 


Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

💙💙💙💙

La Bête du Gevaudan, tout le monde en a entendu parler et pourtant, encore aujourd’hui, le mystère quant à la véritable nature de cet animal monstrueux n’a toujours pas été élucidé. Pourtant, avec une centaine de morts, elle a su marquer les esprits à travers les époques, puisqu’il nous faut remonter à l’année 1765 pour revivre les attaques que même les meilleurs envoyés du roi, Louis XV, n’ont pas réussi à endiguer.

« Le roi a décidé que je serai élevé et éduqué aux frais du royaume. Je suis alors parti dans une école de Montpellier où j'ai pu apprendre à lire, à écrire, à compter et grâce à mon exploit face à la bête, moi qui étais destiné à être un simple petit paysan du Gévaudan, je pourrai peut- être, plus tard, réaliser mon rêve qui est de devenir officier dans l'armée de mon pays. » Jacques Portefaix, douze ans, a réussi à mettre la Bête en fuite alors qu’elle s’était attaquée à son petit groupe d’amis. Son exploit lui permettra d’être en mesure de mettre son histoire en mots.

« Cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes à chacune de la longueur d'un doigt, la gueule extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celui d'un cheval, le corps aussi long qu'un léopard, la queue grosse comme le bras, le poil de la tête noirâtre, les yeux de la grandeur de ceux d'un veau et étincelants, les oreilles courtes comme celles d'un loup et droites, le poil du ventre blanchâtre, celui du corps rouge avec une raie noire tout au long du dos ! » Comment décrire quelque chose qui n’existe pas ? En utilisant des comparaisons, lesquelles seront toujours hyperboliques quand on veut effrayer son auditoire !

« D'Enneval, c'est le nom de ce chasseur réputé, est arrivé ainsi en Gévaudan le 20 février 1765. Son premier travail a été de faire partir les soldats afin de pouvoir chasser seul et surtout de ne pas avoir à partager la récompense promise à qui tuerait la bête. » Le roi va tenter différents stratagèmes pour capturer la Bête, mais aucune ne portera ses fruits… De quoi entretenir le mystère pour encore de longs siècles…

Au final, un petit livre factuel sur les faits connus autour de cette Bête du Gevaudan qui fascine aussi bien les grands que les petits depuis tellement d’années. Le texte est fluide et accessible aux enfants dès dix ans, et je vais le proposer à mes élèves collégiens. Nul doute que certains seront intéressés par cette histoire bien rédigée.

dimanche 7 juin 2026

La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

 


La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

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Enorme ! Je ne vois que cet adjectif, « énorme », pour qualifier ma lecture de ce roman policier au suspens insoutenable et à l’intelligence remarquable ! Cap sur l’année 2001, ses élections présidentielles précédées de scandales et de magouilles en tous genres.

« La femme hurle de plus belle.
Tu exploses et tu sors de l'appartement : la porte des voisins est ouverte. Tu rentres.
Lui : en train de frapper sa femme, à terre. Dans le couloir : un petit garçon en pyjama, qui regarde la scène. Par terre : du verre brisé, une chaise cassée, un sac à main renversé, des pièces de monnaie. Sur les murs : du sang. »
Kertesz est une espèce de ripoux depuis que sa femme l’a quitté. L’alcool, la drogue et les filles émaillent son quotidien de flic au 36. Incessamment sur les nerfs, il règle ses comptes à coups de poing et de flingues ; il n’a rien à perdre, même si le pouvoir l’attire irrémédiablement.

« Elle pousse un soupir et retourne se coucher, et moi je reste dans le couloir comme un crétin, voilà ce que c'est la vie de flic, rentrer exténué après deux jours sans dormir, pour essayer de combattre l'horreur, pour protéger sa famille, puis rentrer à la maison et se retrouver seul, aussi seul qu'on l'est tout au long de la journée, quand on passe des heures à poursuivre des cadavres. » Gabriel Prigent débarque à la PJ parisienne. Il traîne derrière lui une rumeur de traitre, étant donné qu’il n’a pas hésité à dénoncer les travers d’anciens collègues à force d’idéalisme de justice. C’est aussi un ancien militaire profondément blessé psychologiquement parlant, après une opération désastreuse s’étant déroulée au Tchad.

« Silence de dix secondes pendant lequel j'essaye de l'imaginer vivante, sans sa peau verte, sans sa tête cramée, sans ses brûlures de cigarette, et j'ai beau y mettre toute mon énergie, dès que je la visualise je vois sa peau verte, sa tête cramée, ses brûlures de cigarette. » Nos deux policiers vont se retrouver à enquêter sur la même enquête, mais pas pour les mêmes raisons. La compétition entre les deux hommes va rapidement prendre les couleurs d’une vendetta personnelle, pour l’un tout comme pour l’autre.

Au final, un roman policier vraiment très dense, ancré dans la réalité de la vie politique de l’année 2011 (d’ailleurs, des extraits d’articles radiophoniques de l’époque sont retranscrits) et servi par une intrigue fictionnelle particulièrement efficace. Les personnages de Prigent et Kertesz sont attachants, criants de vérités avec leurs troubles affectifs et leurs défauts. J’ai vraiment hâte de les retrouver dans les deux tomes qui complètent cette saga nommée « Echos des années grises ». 

lundi 1 juin 2026

La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

 




La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

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J’ai découvert Nadia Daam cette année avec son roman « Des filles comme il faut ». Comme j’avais beaucoup aimé la prose de cette journaliste, j’ai eu envie de la lire encore et je me suis donc lancée dans « Ma gosse », un récit autobiographique dans lequel elle raconte son lien avec sa fille, les joies et désillusions de la maternité ; surtout au moment de l’adolescence !

« Et puis, ça m'a sauté aux yeux.
De toutes les familles que je zieutais de partout, aucune ne ressemblait à celle à laquelle j'appartenais quand j'étais petite. Aucune ne ressemble non plus à celle que je forme avec la gosse. »
L’auteure observe sans cesse son environnement, l’analyse, cherche à le comprendre sous toutes ses formes. Comment vivent les autres ? Entre son enfance au sein d’une famille immigrée et nombreuse et sa vie de maman ayant un poste que l’on peut estimer privilégié, un écart se creuse ; de quoi se remplit- il ?

« C'est seulement maintenant que je me demande quels peuvent être les motifs de ces garçons et de ces hommes qui s'émeuvent d'une juvénilité érotisée. La réclament même. » Alors que la « gosse » devient adolescente, Nadia Daam se souvient de certains hommes, croisés quelques années plus tôt dans des soirées, qui avouaient leur attirance envers les « Lolita ». Si, à l’époque, cela ne l’avait pas contrariée, maintenant que sa fille est devenue la cible potentielle de ces prédateurs, cet état de fait l’inquiète terriblement. Comment protéger nos filles ? Pourquoi ne pas éduquer mieux nos garçons ? Vaste sujet…

Au final, un récit lu avec intérêt. Même si je ne suis pas d’accord à 100% avec les idées de l’auteure, j’aime son regard ciselé sur la société d’aujourd’hui et sur le rôle donné aux femmes, son sarcasme envers ses propres travers, et la sincérité de ses mots qui font qu’on ne peut que se retrouver dans les situations évoquées, en tant que fille, mère ou femme en général.