vendredi 31 mars 2023

Vivre et revivre encore, Adèle Van Reeth (LE UN en livre / De l'aube, 03/2021)

 

Vivre et revivre encore, Adèle Van Reeth (LE UN en livre / De l'aube, 03/2021)

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Je connais Adèle Van Reeth en tant qu’animatrice d’une émission philosophique que j’appréciais sur France Inter. Je ne savais pas qu’elle écrivait également des chroniques pour l’hebdomadaire « Le 1 » et je suis tombée sur ce recueil tout à fait par hasard. Le fait que j’emprunte actuellement les transports en commun a été un hasard bienvenu : j’ai pu ponctuer mes trajets en métro par la lecture de ces articles, dans lesquels j’ai retrouvé les talents de la philosophe pour vulgariser les notions philosophiques de grands penseurs et en les confrontant à la société actuelle.

 

« "Si tu ne peux pas utiliser ton cerveau, utilise ton corps à la place » ; c'est en suivant les conseils de son père que Rocky Balboa devint champion du monde de boxe. » J’ai retrouvé avec plaisir ce côté grinçant de l’auteure. Sans que je sois une adepte de philosophie, j’ai toujours apprécié ses émissions parce qu’elles me faisaient réfléchir et sourire. On retrouve ici, à l’écrit, ce côté moqueur, jouissif,
concernant les références de notre époque.

 

« La culture ne fait pas le bonheur ; elle aide à moins souffrir, ce qui n'est pas rien. Quelle différence, dès lors, entre la culture et le divertissement ? Comment distinguer ce qui relève du soin de l'âme humaine de ce qui la conduit vers l'oubli d'elle- même ? » L’auteure est indéniablement une personne très cultivée. Mais elle navigue aisément entre l’élitisme et l’idéologie de Nietzsche, Rousseau et Kant, et le bling- bling de notre époque capitaliste. C’est ce qui fait sa particularité.

 

Au final, des articles vraiment agréables à lire. On les avale comme des M&M’s, toujours en réfléchissant, en souriant. L’avantage est qu’ici, on peut relire plusieurs fois le même passage pour mieux s’en délecter. Mais deux regrets me sont vite apparus : ils sont trop courts, et vu la date de publication, j’aurais aimé avoir des textes post- Covid. 

mercredi 29 mars 2023

A cœur perdu, tome 1 : Tu m’as blessé, Sarah West (Evidence éditions, 07/2021)


 

A cœur perdu, tome 1 : Tu m’as blessé, Sarah West (Evidence éditions, 07/2021)

 💓💓💓💓

Sarah West a encore une fois réussi à me tenir éveillée jusqu’au bout de la nuit ! Pourtant, au début, j’avoue avoir été un peu désappointée en réalisant que ce tome 1 était en fait un spin- off du premier roman de l’auteure, « A cœur et à sang ». Sauf qu’ici, le narrateur est le terrible Logan, ce professeur de français exerçant dans un lycée américain. Outre sa profession, c’est avant tout le personnage le plus déjanté, le plus sadique et le plus abject que j’ai rencontré jusqu’à ce jour.  

 

« Dans la vie, il y a les bonnes personnes, celles qui ont un cœur, une âme, celles qui sont prêtes à aider leur prochain. Des personnes qui sont capables de vivre d'amour et de bienveillance, et puis il y a moi, Logan. Je suis sans cœur, sans pitié, sans amour. » Le roman commence sur ces phrases, comme un avertissement aux futurs personnages qui vont se trouver sur sa route, mais surtout à notre adresse, nous, lecteurs : si vous cherchez une histoire douce et romantique : passez votre chemin !

 

« Les échanges, la mort, les sévices, et tout ce que je peux imaginer dans ma tête de tordu, sont le quotidien des femmes qui partagent ma vie. » Nous retrouvons Logan alors qu’il débute sa carrière d’enseignant dans un lycée. Bel homme, il sait déjà que ses collègues et ses élèves féminines vont tenter de le séduire. Et pourtant, elles feraient toutes bien de se méfier !

 

« Je suis comme mon père, je le sais, c'est dans notre sang. Plus jeune, je réprimais mes instincts, je trouvais que c'était mal, que mes pensées étaient monstrueuses. J'en ai beaucoup souffert et quand, enfin, j'ai arrêté de me réprimer, je suis devenu heureux. » Nous redécouvrons ici l’enfance ignoble de Logan, le totalitarisme sadique du père sur sa famille, le milieu immoral dans lequel le gamin a grandi. Et ce qui ressemble au bonheur pour lui est loin, très loin de celui que nous, personnes « saines », envisageons…

 

Au final, une plume captivante qui flirte avec les limites du gore. Comme souvent, avec Sarah West, il faut avoir l’estomac bien accroché pour lire certaines scènes. On sent bien le travail effectué avec un psychologue dans les divers portraits des personnages mis en scène. A réserver à un public averti.

mardi 28 mars 2023

Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon (audiolivre, 03/2023)


 

Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon (audiolivre, 03/2023)

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Un texte bouleversant, lu avec émotion par Irène Jacob ; j’en ai été très émue. J’ai retrouvé cette main qui m’avait étreinte lorsque j’avais lu le texte d’Anne Franck à l’adolescence, puis relu à l’âge adulte. Ici Lola Lafon a été invitée à passer une « nuit au musée » dans l’Annexe, la cachette dans laquelle Anne Franck et sa famille, ainsi que quatre autres juifs, se sont cachés pour échapper aux Nazis durant la Seconde guerre mondiale. Ce lieu est devenu la Maison Anne Franck, à Amsterdam. Elle en profite pour questionner la romantisation de la Shoah, mais aussi son rapport à sa propre judéité.  

 

« Toutes ses décisions sont celles d'une autrice, qui pense à de futurs lecteurs. Si elle a commencé à écrire sans intention de se faire lire le 12 juin 1942. A compter du mois de mars 1944, elle dit "je" mais elle commence à penser à "nous". Elle en est persuadée, son texte saura trouver le futur, il viendra nous chercher. Aujourd'hui, il est venu me chercher. Comment l'appeler, ce récit que je ne me décide pas à relire avant ma nuit dans l'annexe. Ce livre est un décompte auquel nous assistons ; nous en redoutons l'issue. Nous savons qu'après le 4 août, date de l'arrestation des Franck, il n'y aura plus de mots. Ce livre, nous en connaissons la fin. L'autrice, elle, l'ignore. » Otto Franck a longtemps été face à un dilemme : respecter la promesse faite à sa fille de ne jamais lire ses écrits, ou au contraire, rendre hommage à son désir de devenir un jour auteure, et publier son journal.

 

« Elle n'est pas une sainte, pas un symbole. Son journal est l'œuvre d'une jeune fille victime d'un génocide perpétré dans l'indifférence absolue de ceux qui savaient. N'utilisez pas le mot "espoir", s'il vous plait. » Lola Lafon va rencontrer, après son expérience dans l’Annexe, une survivante de Bergen- Belsen qui a côtoyé la jeune Anne. Qu’aurait écrit cette dernière si elle avait elle aussi survécu ?

 

Au final, un texte grave qui laisse une sensation de trouble ; comment passer une nuit dans la chambre qui fut celle d’Anne Franck ? Même si le Journal n’a jamais pu être terminé, nous en connaissons tous la fin. Lola Lafon ne parviendra à entrer dans la chambre qu’au petit matin ; se confrontant ainsi à ses propres fantômes, marqués eux aussi par la Shoah. Un texte profond, à lire et à écouter, pour réfléchir, s’émouvoir, mais surtout ne jamais oublier cette adolescente à jamais gravée dans cette posture de jeune auteure en noir et blanc.  

lundi 27 mars 2023

La chambre des diablesses, Isabelle Duquesnoy (Robert Laffont, 02/2023)


 

La chambre des diablesses, Isabelle Duquesnoy (Robert Laffont, 02/2023)

💚💚💚💚 

Si vous êtes adeptes des anecdotes historiques et des manigances des gens de pouvoir, ce roman est pour vous ! Isabelle Duquesnoy a mené des recherches sur les accusations de sorcellerie sous le règne du Roi- Soleil. Une personne en particulier va être visée ici, celle que l’on surnomme « la Voisin », considérée comme la plus redoutable empoisonneuse de Paris.

 

« Vous faisant face, ma mère vous aura certainement montré sa nature : deux visages pour une seule femme. Raffinée en présence de la noblesse dont elle a tiré ses plus gros revenus, poissarde au langage abominable dans les moments privés.
A ses clients, la Voisin s'adressait avec obligeance.
A nous, ses proches, elle postillonnait des horreurs.
Vous ferez le tri... »
La Voisin n’a aucun scrupule. Après avoir exercé le métier de sage- femme, elle a élargi ses compétences en développant ses connaissances en matière de soins à base de plantes. De fil en aiguille, la voilà devenue empoisonneuse. Ses liens pervers avec les gens d’Eglise vont lui permettre d’accéder à la haute société ; celle même de la cour du roi !  

 

« Lorsqu'ils parlent des femmes, ils rient. J'imagine leurs dents gâtées, leur gros ventre par- dessus la ceinture, et les œufs de puces pondus dans la raie de leurs fesses. » C’est la  fille de La Voisin, Marie- Marguerite, qui va raconter le parcours étonnant de sa mère, alors qu’elle est elle- même arrêtée en tant que complice. Le fait qu’elle soit séquestrée dans un cachot crasseux donne l’occasion à l’auteure de raconter la crasse et la grossièreté du peuple parisien du XVIIe siècle. Truculent !

 

Au final, un roman étonnant. Le côté historique est enrichi des recherches menées par l’auteure, mais il n’est jamais plombant. Certaines scènes sont glauques mais on sent qu’elles collent à la réalité. Nos us et coutumes ont évolué en parallèle du progrès ; ouf ! Isabelle Duquesnoy parvient, grâce aux jeux de langages entre l’oral de l’époque et l’écrit d’aujourd’hui, à nous faire voyager dans le temps de manière plaisante et cohérente. A lire !   

mercredi 22 mars 2023

The price of sacrifice, tome 2: The princess, Sarah West (Auto- édition, 02/2023)


 

The price of sacrifice, tome 2: The princess, Sarah West (Auto- édition, 02/2023) 

💜💜💜💜

 

Deuxième tome de cette saga qui se déroule au Texas, dans un lieu malsain, où l’on séquestre et vend des êtres humains pour la prostitution ou les combats illégaux. Un territoire tenu caché par une organisation criminelle nommée le « Cercle ». Après avoir découvert l’univers de perversion dans lequel ont évolué Caleb et Lana, nous retrouvons Lilly, la fille de cette dernière, alors qu’elle a dix-sept ans et qu’elle vit avec James, qui a su lui redonner une enfance digne de ce nom, prenant la place d’un père attentionné. Mais les années ont passé et les sentiments de Lilly ont évolué…

 

« Depuis quelques temps, les mots intimité, décence ou même pudeur ont disparu de nos comportements. Nous entrons sans gêne dans les chambres ou salle de bain, sans demander la permission ni savoir si nous sommes présentables. » Lilly est devenue une jeune fille, mais elle a gardé avec James des habitudes de petite fille apeurée de six ans. En se blottissant contre lui en pleine nuit, elle sait portant parfaitement ce qu’elle fait : elle veut qu’il la regarde comme une femme. SA femme.  

 

« - Bon retour chez toi, ma belle ! Il était temps que tu rentres à la maison. Ils vont être fous de toi, au Cercle. » Alors que Lilly met tout en œuvre pour se construire un avenir commun épanouissant avec James, voilà qu’un agent du Cercle la kidnappe. C’est à son tour de plonger dans l’horreur de ce milieu abject, où le corps n’est plus qu’une monnaie d’échange à la survie. Saura- t- elle affronter Aleksander et son père, anciens propriétaires et tortionnaires de son propre père ?

 

Au final, un second tome qui joue avec les nerfs du lecteur. On dirait que les personnages principaux sont des éternels insatisfaits qui n’attendent que de tomber plus bas pour vérifier que tout compte fait, leur situation n’était pas si mal. Sauf que…. C’est trop tard ! Vivement le tome 3, qu’on malmène un peu ce bon vieux James !!!

dimanche 19 mars 2023

Mémoires de la forêt, Tome 1 : Les souvenirs de Ferdinand Taupe, Mickaël Brun- Arnaud (L'Ecole des Loisirs, 03/2022)


 

Mémoires de la forêt, Tome 1 : Les souvenirs de Ferdinand Taupe, Mickaël Brun- Arnaud (L'Ecole des Loisirs, 03/2022)

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Comme je comprends le succès de ce roman jeunesse sorti récemment. Considérons déjà l’objet- livre : il est tout simplement magnifique ! La couverture et les pages sont épaisses, donnant une superbe tenue au livre, et que dire des illustrations !!! Elles sont splendides tout en dégageant une délicieuse sensibilité. Même s’il est estampillé « jeunesse », c’est un roman poétique et délicat, sans jamais être mièvre, à mettre entre toutes les mains, des plus potelées aux plus fripées !

 

« J'ai retrouvé chez moi un papier qui mentionnait un rendez- vous avec le docteur Hibou auquel je ne me souviens pas m'être rendu - et c'est la maladie de l'Oublie- tout, celle qui vient et qui prend tout, des souvenirs les plus fous aux baisers les plus doux... » Ferdinand Taupe est un animal âgé. Sa mémoire est de plus en plus défaillante ; on lui a même posé le diagnostic de la maladie de « L’oublie- tout », que nous nommons dans notre univers humain du nom du médecin qui l’a définie, la maladie d’Alzheimer. Ferdinand est ici désespéré lorsqu’il pousse la porte de la librairie d’Archibald Renard : il doit retrouver le livre qu’il a naguère rédigé afin de retrouver les aléas de sa vie oubliée.

 

« Dors si tu veux, rêve si tu le souhaites,
Mais ne grandis qu'un peu dans la forêt secrète.
Vois, mon amour, comme le temps s'arrête,
Et les arbres autour seront notre cachette. »
Les animaux vivant dans ce roman ont tous un lien passionnel avec la littérature : ils lisent et ils écrivent tous (ou presque). Prose, vers, même les expressions oralisées sont des perles d’originalité sonore.

 

« Ce que Ferdinand avait toujours admiré chez son épouse, c'était que chacune de ses petites habitudes était comme un sonnet ; chaque mouvement était le vers d'un poème qu'elle composait à l'encre de ses pattes. » Ferdinand, en cherchant à remonter le fil de ses souvenirs, cherche avant tout à se rapprocher de sa chère Maud, cette épouse adorée dont il a perdu la trace. Où est-elle donc ?

 

Au final, un roman doux et émouvant, dont l’intrigue est construite à la manière d’une enquête policière. Difficile de poser le livre, tant on aime cheminer avec Archibald Renard et Ferdinand Taupe. Un petit clin d’œil à La Fontaine qui en son temps avait su se servir du monde animal pour dénoncer les maux des humains. Mickaël Brun- Arnaud renouvelle le genre avec talent et délicatesse.

vendredi 17 mars 2023

Chaotic mind, Maze Perkins (Plumes du web, 02/2023)


 

Chaotic mind, Maze Perkins (Plumes du web, 02/2023)

💙💙💙💙

Si vous aimez les personnages torturés, et les romances qui sortent de l’ordinaire, Chaotic mind devrait vous plaire ! Cette histoire se déroule sur deux temporalités différentes, ce qui permet de suivre l’évolution des principaux protagonistes, notamment celle de Scarlett, enfant maltraitée par ses parents qui va développer un trouble de la personnalité. La famille d’accueil dans laquelle elle est placée va devoir s’adapter à ses sautes d’humeur ; ce qui ne va pas être de tout repos, puisque ces parents de substitution ont déjà deux jumeaux aux profils bien différents.   

 

« Les nuages cachent les étoiles parfois, pourtant, elles ne disparaissent jamais réellement, contrairement à la douleur. Un matin, tu souffres et puis le soir même, tu comprends que tout est éphémère. Comme les nuages qui cachent les étoiles, rien ne dure jamais éternellement, pas même la douleur. » Scarlett s’est créé un mantra, qu’elle se répète à chaque fois que son père la bat. La douleur, elle connaît, les coups et les insultes l’accompagnant au quotidien depuis son plus jeune âge. Et puis un accident, celui de l’arbre, mentionné à plusieurs reprises le long du récit puis intégralement dévoilé en troisième partie, va faire basculer l’existence de la petite.

 

« Je vois les bleus sur son corps. Je perçois la peur dans son regard lorsqu'il va au lycée. Je discerne ses mains trembler quand il entend un verre tomber ou un bruit inhabituel. Je connais cette terreur, je vis avec elle depuis des années. Je partage sa souffrance, car aussi tragique que soit cette vérité, elle fait écho à la mienne. » L’adolescente narre ce qu’elle vit dans sa famille d’accueil. Elle constate que l’un des jumeaux, Heath, est battu, lui aussi, mais à l’extérieur, par une bande de voyou qui le harcèle. Sa souffrance l’attire, mais elle préfère rester dans le cocon protecteur que l’autre frère, Owen, lui a élaboré. Sa priorité, c’est de se reconstruire, se laisser le temps de grandir.  

 

« Parce que la vérité, c'est que Scarlett Black est absolument tout. Le feu et la glace. Le blanc et le noir. Le Yin et le Yang. Le pile et le face. Un ange et un démon. Mon salut et ma chute. » Heath et Scarlett, se retrouvent dans leur noirceur respective. Les années vont passer et ils vont se retrouver dans un cadre on ne peut plus flippant : qui veut la peau de Scarlett, et dans quel dessein ?

 

Au final, un roman captivant, appréhendant avec finesse des sujets lourds comme la maltraitance, le harcèlement et les addictions ; avec en point de mire, un désir de vengeance à tout prix. Les retournements de situation sont inattendus et bien amenés. Le seul petit bémol réside dans le manque de dialogues, qui aurait pu donner davantage de dynamisme au récit. Mais ça a été un très bon moment de lecture, très noir, mais bien original. Je recommande.

lundi 13 mars 2023

La saga d’Auren, Tome 1 : Gild, Raven Kennedy (Hugo, 02/2023)


 

La saga d’Auren, Tome 1 : Gild, Raven Kennedy (Hugo, 02/2023)

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C’est une agréable surprise que cette lecture ! Je la voyais passer sur tous les réseaux sociaux, qualifiée comme un « phénomène de la romantasy ». Et très vite, il y a eu un lever de bouclier : ce n’était pas de la romantasy, ce n’était pas du young adult, c’était honteux, patati, patata… Moi, j’avais mon exemplaire ; j’allais donc me faire mon propre avis.

 

« Je suis une curiosité, un objet de convoitise et de rumeur. Je suis la favorite du roi. Sa précieuse pouliche. Celle qu'il a changée en or et qu'il garde dans une cage au sommet de son château, celle dont le corps porte la marque de sa propriété et de sa préférence.
Son animal de compagnie doré. »
Le roman s’ouvre sur une scène d’orgie à laquelle participe le roi Midas, sous les yeux de sa favorite, Auren, une femme constituée d’or. Une scène déstabilisante, qui m’a questionnée sur l’intérêt du livre. J’ai passé outre et j’ai continué…

 

« Alors je me suis cachée dans une cage et j'étais contente de le faire. Tout ce que j'ensuite, je l'ai voulu. J'ai accepté mes barreaux, je les ai même chéris, non pour y rester, mais pour empêcher les autres d'entrer. » Auren a connu une enfance difficile. Midas est arrivé au bon moment pour la sauver, la protéger, la faire sienne. Tout ce que touche Midas se transforme en or, comme le dit la légende, et Auren, va elle aussi en bénéficier.

 

« S'il est une chose que j'ai apprise, c'est que tant de richesse... devient insignifiante au bout d'un moment. Vide. Vous pouvez posséder tout l'or du monde et pourtant manquer de tout ce qui a une vraie valeur. » Orea est un royaume complexe dans lequel chacun des rois des six royaumes tente d’être plus fort que les autres. Des alliances se sont faites en opposition au roi « Putride », mais en réalité, chacun envie les possessions des autres, et Raven, cette femme en or, est l’objet de convoitise de tous les mâles du royaume.

 

Au final, un roman qui dérange par ses prises de position envers la gent féminine. Rien que le terme de « pouliches » pour désigner les femmes qui partagent la couche du roi est particulièrement dérangeant. Et pourtant, la magie dégagée par le récit est vraiment intéressante, le lexique est riche et varié, le style est d’un bon niveau, et le mystère qui perdure autour de notre narratrice, Auren, fait que l’on a toujours envie d’en savoir plus. L’histoire, elle, est captivante, entre récit historique et onirisme fantastique. Bref, je lirai le tome 2 ; c’est évident !  

jeudi 9 mars 2023

Equinox – Tome 1, Cheval de Lune, Aurélie Wellenstein et Aurora Gate (Drakoo, 2023)



Equinox – Tome 1, Cheval de Lune, Aurélie Wellenstein et Aurora Gate (Drakoo, 2023)

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Je lis rarement des Bandes dessinées, mais j’ai été influencée, je l’avoue, par une booktubeuse, Stephanie de Pikiti Bouquine, qui a interviewé Aurélie Wellenstein, la romancière, et Aurora Gate, l’illustratrice (la vidéo se trouve ici : https://www.youtube.com/watch?v=zhECZDoP504)

Je connaissais déjà la romancière, dont j’ai souvent aimé les univers qu’elle a pu créer et les histoires originales. Alors J’ai eu envie de la découvrir en version jeunesse et illustrée !

 

« Ayline avait raison. Mes quatre protégées n’étaient pas sœurs de sang, mais sœurs de cœur, inséparables, miroirs les unes des autres. Si toutes les quatre avaient pour totem le même animal, ce n’était pas par hasard. » Nous voilà aux côtés de jeunes filles prénommées Kamara, Ayline, Sohalia et Céliane, qui ont la particularité de se transformer en cheval ou en licorne les nuits de pleine lune. Sur Equinox, c’est la règle ; les nuits de pleine lune, tous les êtres humains se transforment en animaux, et ceci en lien avec leur personnalité.

 

« Les meilleures amies, ce sont les sœurs que la vie a oublié de vous donner. »  Les quatre filles cultivent un lien très fort, mais celui- ci va être mis à mal lorsqu’une comète va entrer en collision avec la Lune. Comme cela se déroule la nuit de la pleine Lune, tout le monde va être affecté par des manifestations étranges. Très vite, la prêtresse et ses filles vont être accusées d’en être la cause. Les quatre adolescentes vont devoir fuir.

 

Au final, j’ai beaucoup aimé cette histoire, même si je reste terriblement sur ma faim, concernant le but ultime des apprenties prêtresses. Heureusement, les illustrations, notamment les couleurs utilisées, sont magnifiques. J’ai aimé en scruter les détails et j’ai très envie de lire la suite !

mercredi 8 mars 2023

Justice indienne, David Heska Wanbli Weiden (Gallmeister, 01/2021)

 



Justice indienne, David Heska Wanbli Weiden (Gallmeister, 01/2021)

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Ce roman américain est un véritable coup de cœur ! J’ai aimé tout ce que l’auteur a proposé ici : la confrontation de ce qui reste des mœurs et rituels d’une tribu d’Indiens d’Amérique, les Lakotas, avec l’une des problématiques de la société américaine actuelle : l’invasion de la drogue dure auprès de la population des adolescents. Les personnages principaux, Virgile, homme de main au grand cœur, et Marie, ambitieuse pour l’avenir de sa tribu, sont des personnages finement élaborés auxquels on s’attache rapidement. Cap sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud.

 

« C'était un sale con - un ivrogne de première, un voleur et un menteur. Il avait toujours une arnaque sur le feu. Sans parler du fait qu'il était le leader de la bande de gamins qui m'avaient tourmenté quand j'étais à l'école, le roi des brutes, celui qui était toujours sur le dos des faibles. J'étais le plus faible, en ce temps- là. Mais ce n'était plus le cas. »  Virgil Wounded Horse gagne sa vie en tant que redresseur de torts. Ne supportant pas l’injustice depuis son plus jeune âge et ayant été harcelé petit, il a décidé de mettre son imposante carrure et ses muscles à disposition des personnes ayant été agressées ou lésées. Quand Ben Short Bear, conseiller de la réserve indienne de Rosebud, lui demande de retrouver le responsable de l’introduction d’héroïne de la communauté, il ne se fait pas prier. Ce qu’il ignore, c’est l’impact inoubliable et inattendu que cette mission va avoir sur les siens…

 

« Elle croyait qu'on pouvait raisonner les voyous, qu'on pouvait les convaincre de changer de comportement. Mais moi, je savais. »  Marie est la fille du conseiller Short Bear. Très engagée dans les missions humanitaires mises en place dans la réserve, elle souhaite encore élargir son champ d’action en allant étudier la médecine, afin de mettre en place un système de soins mêlant médecine « officielle » et rites spirituels ancestraux. Ancienne petite- amie de Virgil, elle va insister pour enquêter avec lui sur les trafiquants de drogue.

 

Au final, un roman captivant, aux nombreux rebondissements, qui instruit le lecteur sur l’évolution des Indiens d’Amérique depuis que les colons européens les ont chassés, parqués, et asservis, sans que cela soit au détriment de l’intrigue policière. Cette dernière tient la route, avec ses soupçons, ses fausses pistes et une résolution progressive, mais aussi un retournement de situation final à couper le souffle ! Une lecture que je ne peux que recommander !  

dimanche 5 mars 2023

Scarlett et Novak, Alain Damasio (Rageot, 03/2021)



 Scarlett et Novak, Alain Damasio (Rageot, 03/2021)

💙💙💙💙

 

Ah, les adolescents et leur smartphone ! On peut en parler pendant des heures !!! Alain Damasio a poussé le concept dans une nouvelle futuriste où les nouvelles technologies ont tellement évolué qu’il est devenu impossible de vivre sans, de manière autonome.

 

« Il songe un instant à couper son téléphone parce qu'il n'arrive plus à écouter, parce que les indications chiffrées lui polluent le cerveau, parce qu'il ne voudrait que fuir, fuir, se tailler. Il esquisse un geste pour éteindre son brightphone mais il n'ose pas couper. Parce que Scarlett est là. Qui parle encore. Qui l'aide. Qui reste objective tandis que lui panique. » Le récit commence alors que Novak est poursuivi par des délinquants. Pratiquant la course à pied grâce à une application de son smartphone, et encouragé par le guidage vocal de Scarlett, il est persuadé d’être capable de les semer.

 

« L'app RescueMe propose alors le coup de boule. Novak arme sa nuque, mais Davor esquive facilement et lui fracasse la mâchoire d'un coup de coude. L'appli déroule des schémas de parade et de prise au sol sur le verre des Gapple Glass mais Novak n'y pige absolument rien. » Mais voilà, Davor se révèle mieux équipé (ou mieux entraîné dans les côtes ?) que Novak, et il s’empare aussitôt du Brightphone de l’adolescent. Les coups pleuvent. Novak, meurtri par son agression, va se réveiller quelques temps plus tard. Mais comment retrouver sa maison alors qu’il n’a jamais regardé le chemin qui l’y emmenait en vrai ? Comment appeler ses proches dont il n’a jamais eu à retenir le numéro de téléphone ?

 

Au final, un récit court qui s’adresse aux adolescents mais qui fait aussi réfléchir les adultes sur leur utilisation des smartphones. Qui connaît encore le numéro de ses proches par cœur ? Qui suit encore les panneaux routiers pour se rendre dans une nouvelle destination ? Qui s’entraîne sans outil numérique ? Alain Damasio interpelle sur la nécessité de rester relié à l’essentiel ; le réel. Un récit un peu court, mais éclairant. 

The price of sacrifice, Sarah West (Auto- édition, 10/2022)



 The price of sacrifice, Sarah West (Auto- édition, 10/2022)

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J’ai plongé de nouveau avec plaisir dans l’univers dérangeant des romans de Sarah West estampillés « dark romance ». Si ses récits sont de pures fictions, force est de constater qu’il suffit de lire le journal pour retrouver des exemples de faits divers aussi sordides que ceux développés dans ses écrits : séquestration, torture, viol, prostitution et trafics d’êtres humains existent bel et bien dans notre monde réel. Rencontre avec Caleb, enlevé dans la rue à l’âge de dix ans…

 

« J'essaie de crier mais, avec la valse du matin, personne ne m'entend. Je vois une camionnette blanche se garer juste devant l'allée, on dirait celle que j'ai vue hier. Deux hommes en sortent et viennent nous attraper, la fille et moi. Cette dernière ne se laisse pas faire non plus, mais ils nous jettent dans la camionnette et démarrent avant qu'on ait pu faire quoi que ce soit. » En se rendant à l’école privée hyper select dans laquelle il est inscrit, Caleb assiste à l’enlèvement de Lana, une voisine lycéenne. Le chef du kidnapping décide d’emmener le petit garçon aussi, histoire de ne pas avoir de témoin. Les deux enfants se réveilleront dans un box appartenant à un réseau de trafic d’êtres humains, appelé le Cercle.

 

« Elle a vécu un cauchemar bien pire que le mien quand ils ont failli la tuer il y a cinq ans. C'est à ce moment- là que je suis devenu le Killer, le combattant le plus impitoyable, le plus meurtrier qu'ils n'ont jamais eu ici. Celui qui, avec une simple droite, arrive à te faire un traumatisme crânien. Je ne suis pas fier de ce que je suis devenu, mais je suis fier de la protéger, elle. » Les sévices subis au quotidien par les deux enfants développent un lien très fort ; plus que frère et sœur, ils se considèrent au bout de plusieurs années comme un couple. Et pour qu’elle soit épargnée, il va devenir « The Killer », remportant tous les combats du Cercle.

 

« Il me connaît depuis longtemps, il sait exactement de quoi je suis capable et tout ce que je peux faire pour arriver à mes fins. Pots de vin, meurtres, tortures, quand je veux quelque chose, je n'ai aucune limite. » Quelques années plus tard, Caleb va être de nouveau enlevé. Que va-t-il découvrir auprès de son nouveau « propriétaire », James ? Peut-on se sentir libre après tant d’années passées en tant qu’esclave ?

 

Au final, un roman qui plonge son lecteur dans les milieux les plus dépravés, les plus déviants de l’espèce humaine. La psychologie des personnages est impeccablement élaborée ; on ne peut que s’attacher à Caleb, et s’émouvoir face aux tourments qu’il rencontre. Un récit à ne pas mettre entre toutes les mains car certaines scènes sont crues et dérangeantes.

jeudi 2 mars 2023

A prendre ou à laisser, Lionel Shriver (Belfond, 01/2023)


 

A prendre ou à laisser, Lionel Shriver (Belfond, 01/2023)

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Avec l’actuelle réforme des retraites, il est intéressant de lire un roman dont l’intrigue se base sur la fin de vie. Lionel Shriver se sert de ses personnages pour poser une question d’éthique : ne devrait- on pas prendre la responsabilité d’écourter notre vie lorsque celle- ci impose un coup conséquent à la société dans laquelle on vit ?  

 

« Avec le temps qu'il a mis à mourir, mon père a pompé toute la vie autour de lui. Il nous a peut- être même privés du peu de vitalité dont nous aurions eu besoin pour enfin fêter son décès. »  Kay a bien du mal à pleurer le père qu’elle vient d’enterrer. Durant dix années, Alzheimer avait fait de lui un homme sénile, violent et s’occuper de lui s’est révélé, pour toute la famille, être un véritable chemin de croix. Plus soulagés qu’attristés, son mari, Cyril et elle- même prennent la décision de se suicider ensemble durant l’année de leurs quatre- vingt ans.

 

« Il avait eu ses errements politiques, certes, mais Godfrey s'était toujours exprimé avec distinction, avait toujours été bien élevé, impeccable, tout ça pour finir à un stade inférieur à celui d'un animal. Au moins, les vrais animaux peuvent être euthanasiés chez le véto avant que leur état ne se dégrade. Je suis prêt à n'importe quoi pour éviter ça. » Cyril est un médecin généraliste à la retraite qui voit d’un mauvais œil l’endettement de la N.H.S. (l’équivalent britannique de notre Sécurité sociale) et accusent les personnes âgées d’en être responsables ; leur maintien en bonne santé étant plus coûteux d’année en année. Se suicider est un acte politique pour lui. Kay, elle, voit cette idée de suicide comme l’occasion de profiter pleinement de la vie (voyages, dépenses, etc.) avant le « jour J ». A partir de là, l’auteure va décliner la suite du récit en douze possibilités.

 

« Parfois la voix la corrigeait sévèrement : "Non, ce n'est pas une grosse dame inconnue venue voler le service en porcelaine ton mariage, c'est ta fille", et à ce moment- là, elle était prête à fondre en larmes. »  Dans certains cas, le suicide est annulé et on retrouve nos personnages dans des situations cocasses.

 

Au final, j’ai aimé ce roman à la forme originale. L’auteure s’amuse avec un certain vice à se moquer de nos travers d’Européens. Sa plume est acerbe et piquante. On rit et on s’énerve. J’ai toutefois regretté le côté répétitif des débuts de chapitre ; à la longue, cela m’a agacée. Mais je reconnais que l’auteure a relevé haut la main un exercice littéraire innovant. 

lundi 27 février 2023

A la folie, Cindy Lia (Plumes du web, 01/2017)


 

A la folie, Cindy Lia (Plumes du web, 01/2017)

💛💛💛

Je passe d’un roman se déroulant dans un hôpital psychiatrique à un autre, mais dans une ambiance totalement différente. Cindy Lia nous entraîne dans un récit à tendance initiatique, dans lequel une enquête policière va déboucher sur une romance. Alicia, jeune infirmière récemment diplômée en psychiatrie va se retrouver en effet la pièce maîtresse bien involontaire d’un imbroglio ponctué de faux- semblants et de prises de risque dangereuses.

 

« "Le tout est de ne pas résister, Alicia, pas de panique inutile. Laissez la vague vous envahir jusqu'à ce que la marée ne la reprenne." Conseil de psy, conseil débile. » Alicia est une jeune femme fragile, mais qui est bien décidée à faire carrière dans le domaine de la psychiatrie. Son premier jour de travail est terriblement angoissant, mais elle a tellement hâte de pouvoir aider les patients qui lui seront confiés que la motivation prend le dessus. Mais voilà, à peine arrivée au Center Hospital, elle se fait agresser sur le parking par l’un des patients. Saura- t- elle réagir déontologiquement ?  

 

« Je m'apprête à reprendre mon chemin quand un bruit se fait entendre. Pas celui du vent qui s'infiltre dans la bâtisse, sifflant les charpentes et qui en soi, me terrifie déjà. Non, un bruit de pas. Le son d'une chaussure qui craquèle quelque chose au sol. Je me fige dans mon arc- en- ciel. Mon sang se glace, anesthésie mon cerveau et tout réflexe de survie. Et j'ouvre grand les yeux, ramenée soudain à l'effrayante réalité : je ne suis pas seule. » Alors qu’elle souffre de la peur du noir, voilà Alicia obligée de faire une garde de nuit. La découverte pour elle de bien des mystères que les patients, mais aussi les soignants tiennent à garder secrets.

 

« J'aurais pu céder à mes pulsions parce qu'elles sont là. Elles sommeillent quelque part, ne tenant qu'à un fil avant de se déchainer au grand jour. J'aurais pu prendre un tout autre chemin que celui dans lequel je piétine depuis des années, mais je ne l'ai pas fait. Je n'ai pas sombré. Je ne suis pas folle. » Alicia ne veut pas s’engager avec Tom, se sent attirée par Julian, veut protéger Milla alors qu’elle ne cesse de se mettre en danger elle- même… C’est un personnage bien étrange que l’on suit là, qui semble marcher sur un fil séparant la raison de la folie.

 

Au final, un récit qui m’a happée pour les premiers deux- tiers, avec des éléments surprenants et des révélations qui se succèdent. Puis le rythme s’essouffle, les mêmes événements se répétant sans forcément se justifier une fois que les liens entre les personnages ont été révélés. Une lecture agréable, mais qui ne me marquera pas. 

samedi 25 février 2023

La nuit est mon jour préféré, Cécile Ladjali (Actes sud, 01/2023)


 

La nuit est mon jour préféré, Cécile Ladjali (Actes sud, 01/2023)

💛💛

 

Un nouveau livre écrit par Cécile Ladjali ? J’ai aussitôt envie de le lire ! Je ne peux oublier l’émotion ressentie à la lecture d’ « Illettré » et ses chroniques mensuelles dans le magazine « LIRE » sont chaque fois un plaisir de lecture. Je me réjouissais donc de lire son dernier roman ; mais malheureusement, je n’ai pas adhéré au récit, trop tourné vers la politique (le conflit israélo- palestinien), mais aussi vers l’abstrait. Même si la qualité littéraire de l’écriture est indéniable, c’est le fond qui ne m’a pas plu ici et je n’ai pas pu m’attacher aux personnages, ni donc à ce qui leur arrivait.

 

« Quand je vois Roshan, elle refuse de me parler. Je suis juif. La situation n'aide pas. Or la politique ne suffit pas é expliquer son silence. Je suis un homme et Roshan est seule face aux hommes. Deux hommes déjà ont décidé de sa vie à sa place : l'amant d'un soir (certainement) et le père qui l'a amenée ici. Elle ne me le dit pas, mais je sais qu'elle me hait parce que je suis un homme. » Roshan, étudiante, a fait un déni de grossesse jusqu’au 32ème mois. Elle a alors voulu se suicider ; ce qui l’amène à être suivie par Tom, psychiatre israélien. Etant Palestinienne, elle le rejette, lui et tout ce qu’il représente.

 

« L'angoisse me définit (terreurs nocturnes, hébéphrénie, agoraphobie). J'ai passé mon enfance en analyse et étant, comme il se doit, tombé amoureux de ma psy, j'ai décrété à l'acmé du transfert que j'exercerai un jour sa profession. » Tom a beau être psychiatre, il n’en demeure pas moins un homme profondément dérangé. Sous couvert de recherches sur les liens « in utéro » des fœtus avec leur mère, il développe des théories liées à son propre vécu.

 

Au final, un roman dans lequel j’ai eu du mal à me retrouver. Les cent premières pages m’ont surprise, m’ont plu, et puis j’ai eu l’impression de me trouver dans une spirale répétitive : le soignant amoureux de sa patiente, la femme qui repousse l’homme qui revêt le manteau opportuniste du « sauveur », la navette Soyouz qui n’en finit pas de disparaître et de réapparaître, et la tantine qui voit tout en noir parce qu’elle a été larguée par son amoureux du lycée. Les voix s’entendent de partout, mais à trop répéter, on finit par se noyer dans le bruit (ou le silence). 

vendredi 24 février 2023

Toxic hell, Anita Rigins (Editions Addictives, 02/2023)



 Toxic hell, Anita Rigins (Editions Addictives, 02/2023)

💘💘💘💘💘 

Quelle histoire !!! Un coup de cœur ! Je ne m’attendais pas à tant de densité, à tant de revirements de situations, à tant d’émotions fortes, en lisant une romance. Alors, certes, je savais que je m’engageais sur une histoire plutôt sombre, entre une rescapée d’une secte et un fils de malfrat qui gagne sa vie dans des combats illégaux à la force de ses poings ; mais rien ne prédisait les mauvaises passes qui suivraient leur rencontre. Et cela jusqu’à la fin !!!

 

« Il ne semble pas beaucoup plus vieux que moi, mais ses blessures le rendent... sauvage. Létal. Toxique. Et ça, c'est flippant si vous voulez mon avis. Il évolue dans un joli petit enfer toxique pour tout et pour tous. » Hena tente de se reconstruire après avoir pu s’échapper d’une secte dans laquelle sa mère, son frère et elle- même ont subi des atrocités. Son besoin d’argent la met dans l’urgence : seul le vol lui semble être la solution rapide et valable. Mais voilà qu’elle détrousse la mauvaise personne : Nasser, ex- enfant des rues, organisateur de combats clandestins dans lesquels il aime lui aussi jouer du poing. Il ne tardera pas à retrouver la jeune voleuse et à lui demander réparation.

 

« Nous sommes tous mauvais à notre manière. Ceux qui disent être purs et innocents sont les pires. Le vice les ronge encore plus que les autres. Ce ne sont que des mensonges destinés à redorer leur image fallacieuse, qui finira tôt ou tard par se briser. » Nasser, sous ses muscles, est un homme brisé qui a bien compris le fonctionnement de l’humain : il est capable de déterminer lequel est fondamentalement bon ou mauvais. Hena sera-t-elle celle à la hauteur de ses attentes ?

 

« Une sensation que je n'ai jamais ressentie me parcourt. Le temps de la chute, j'ai eu l'impression de mourir et de revenir à la vie. Je n'ai jamais autant savouré mes bouffées d'oxygène que celles qui remplissent actuellement mes poumons. Je me sens vivante. » De rapprochements en heurts, Hena et Nasser vont s’apprivoiser, trouvant dans l’autre, l’être écorché qu’il est lui- même. Mais le passé peine à s’effacer : les frères respectifs de nos protagonistes sont là pour le leur rappeler.  

 

Au final, un roman captivant, habité par des personnages attachants, à la psychologie élaborée et souvent surprenante. On sent que l’auteure a fait des recherches sur les dérives sectaires et les conséquences psychologiques qui en découlent sur ceux qui parviennent à en sortir. J’ai été happée par l’histoire des deux protagonistes principaux, espérant qu’après tant de noirceur (jusqu’à la fin ou presque !) et de souffrance, ils pourraient enfin trouver un certain apaisement. Une réussite !

mardi 21 février 2023

Aponi, Poppy et Monsieur Cantrell, Barjy L. (Milo, 12/2022)


 

Aponi, Poppy et Monsieur Cantrell, Barjy L. (Milo, 12/2022)

 💟💟💟

Envie d’un roman tout doux et émouvant, qui se lit tout seul et vous fait sourire tout en vous prenant aux tripes ? Ce livre est pour vous. Découvrez le quotidien de Poppy, de sa « presque » fille Apony et de Monsieur Cantrell ; une famille hors norme avec un cœur sur la main, et de bien beaux sentiments, qui font du bien en ce moment.

 

« Le choc qui suit est tellement brutal que son chariot dévie de 90 degrés. Obnubilé par l'heure, Warren en a oublié de regarder devant lui. Il relève les yeux pour croiser plusieurs clients à la mine accusatrice. Il leur offre un rictus de contrition puis se tourne vers la droite et l'autre chariot qu'il vient littéralement de défoncer.
Derrière celui-ci, un homme hébété et entre ses mains, à hauteur de poignée, une petite fille apeurée. »
Warren Cantrell est le vice- président d’une société de télécommunications, mais il passe ses week-ends à fabriquer des déguisements de tous genres pour les « cosplayeurs ». Un jour où il s’approvisionne en matériaux dans un magasin de bricolage, un moment d’inattention fait que son chariot heurte brutalement celui d’un autre client, Todd, accompagné de sa fille de sept ans, Apony.

 

« Il vient juste de décider que Todd et sa fille, qui ne l'est pas vraiment, feront partie de sa vie, d'une manière ou d'une autre. Peu importe la place qu'ils accepteront de prendre dans son existence. Tant qu'ils voudront bien partager un bout de route avec lui, tout lui va. » Entre les deux hommes, on ne peut pas parler de coup de foudre, mais d’une attirance très forte l’un pour l’autre. Un téléphone oublié, un coup de fil, et le rapprochement se met en place, lentement, respectant les deux expériences de vie de nos deux principaux protagonistes.

 

Au final, un roman très doux, dans lequel les sentiments ont la part belle. On compatit avec Todd sur l’histoire de la petite Apony, née d’un père démissionnaire et d’une mère du genre irresponsable, qui vit comme un électron libre, à la découverte des quatre coins du monde. J’ai aimé la poésie du texte malgré quelques maladresses textuelles ; j’ai aussi aimé la tension palpable entre les différents protagonistes du fait de leurs histoires respectives, mais j’ai regretté la répétition de certaines situations. En bref, à lire si vous aimez les histoires pleines de bons sentiments et sortant des sentiers battus.  

mercredi 15 février 2023

Une saison pour les ombres, R.J.Ellory (Sonatine, 01/2023)

 


Une saison pour les ombres, R.J.Ellory (Sonatine, 01/2023)

💙💙💙

 

Premier roman de R.J. Ellory que je lis. Une ambiance glaciale, au nord du Canada, dans une cité hantée par les esprits indiens dans laquelle l’industrie minière permet aux nouveaux venus d’espérer un avenir prospère. Sauf que les conditions de vie à Jasperville sont âpres ; peu de lumière du jour, peu de chaleur, une nature hostile et des animaux sauvages menaçants. La famille Deveraux va aller s’y installer dans les années 70. Alors que l’aîné, Jacques, a six ans, une jeune fille est assassinée. Le coupable semble être un loup, ou un ours ; mais le corps d’une autre adolescente va être retrouvée peu de temps après… Et si l’assassin était finalement un homme ?

 

« Au moins, il était arrivé. Et désormais, instant après instant, souvenir après souvenir, il lui faudrait affronter les raisons qu'il avait eues de fuir. Il était rentré chez lui, qu'il le veuille ou non. » Jacques Devereaux est appelé car son petit frère, Calvis, vient de se faire arrêter après avoir tenté de tuer un homme. Mais voilà, cela fait vingt- six ans qu’il a pris la fuite, qu’il s’est sauvé de Jasperville en laissant sa famille, et même sa petite- amie derrière lui. Le retour sur les terres de son enfance va nécessiter un règlement de comptes avec son passé.  

 

« Il y avait des êtres, dehors dans l'obscurité, qui retenaient leur souffle, qui attendaient leur heure. Leurs yeux étaient d'une lumière noire, aussi terne qu'éclatante, qui ne les trahissait pas. Ils pouvaient rester tapis toute la nuit, sur leur séant, les narines tressaillant au même rythme que des cœurs d'enfant. » Calvis semble obsédé par l’idée que les « wendigos », ces esprits maléfiques issus de la croyance indienne, existent réellement. Leur grand- père leur en parlait durant des heures, persuadé lui- même de voir des choses imperceptibles à l’œil cartésien de tout être humain. Pour Calvis, aucun doute, l’homme qu’il a agressé est un wendigo et les meurtres d’adolescentes qui se sont succédés lui sont imputables. Comment en est-il arrivé là ?

 

Au final, un roman noir qui débute sur une double temporalité, entre la naissance du couple Devereaux, leur installation à Jasperville et la vie de Jacques à Montréal, exilé et dégagé de tout ce qui peut avoir un lien avec sa jeunesse. Les premiers chapitres sont passionnants, puis j’ai trouvé une espèce d’essoufflement dans le milieu du roman ; des répétitions, des situations qui tournent en rond, et enfin, les dernières pages ont accéléré le rythme de l’enquête. Une bonne intrigue, mais un peu languissante à mon goût.

samedi 11 février 2023

Captive, tome 1, Sarah Rivens (BMR, 08/2022)


 

Captive, tome 1, Sarah Rivens (BMR, 08/2022)

💙💙💙💙

 La sortie de ce livre avait fait beaucoup de bruit, et je me souviens avoir dû patienter quelques semaines avant de recevoir enfin mon exemplaire. Mais ce laps de temps m’avait permis de lire autant d’avis positifs que négatifs, et incitée à attendre un peu, histoire d’entrer dans ma lecture en terrain neutre. Mais force est de constater que la trilogie de Sarah Rivens déchaîne encore les passions sur les réseaux sociaux, collant idéalement avec la citation notée sur la couverture ; « De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas… »

 

« Est- ce que j'avais hâte de quitter cette maison qui renfermait mes pires douleurs ? Certainement.
Est- ce que je savais qui était cet inconnu et pourquoi il m'avait embauchée ? Absolument pas.
Est- ce que j'avais peur ? J'étais terrorisée. »
Ella est une jeune femme n’ayant connu que la maltraitance et l’abandon. Quand son « possesseur » la revend à un chef de la mafia, Asher Scott, elle se demande si elle va encore tomber plus bas.

 

« J'avais même appris l'origine du terme "captive" : les personnes qui avaient créé le poste avaient adopté ce terme pour mettre le gouvernement sur une fausse piste de kidnapping et séquestration, afin de faire passer leur affaire de trafics d'armes sous son nez. » Ella n’a aucun diplôme, elle a donc accepté de devenir « captive » ; c’est- à- dire de travailler aux côtés de trafiquants en accomplissant des missions d’espionnage. Si John, son ancien possesseur s’est servi d’elle comme un proxénète, elle découvre ce qu’est réellement sa fonction dans le réseau Scott. Elle se lie d’amitié avec les divers membres du gang, mais Ash reste dédaigneux, voire méprisant, avec elle.

 

« Je commençais à croire que nous étions comme des aimants : on s'attirait, mais il suffisait d'un rien pour créer de la répulsion. » De missions périlleuses en conflits d’intérêts, nos deux protagonistes vont finir par s’apprivoiser. Mais s’aimer lorsqu’on est en tête du plus gros réseau de trafic d’armes à l’internationale, c’est mettre l’autre en danger…

 

Au final, j’ai apprécié ma lecture même si j’ai trouvé le personnage d’Asher un peu trop caricatural. L’intrigue basée sur des secrets de famille fonctionne bien, les rebondissements divers font avancer le récit et les personnages sont globalement bien identifiés. La plume est fluide même si le vocabulaire utilisé est parfois répétitif. En tout cas, je lirai la suite.