dimanche 30 janvier 2022

Respire, Niko Tackian (Calmann- Levy, 01/2022)



Respire, Niko Tackian (Calmann- Levy, 01/2022)

 💙💙💙💙

Une histoire étonnante, voire déroutante, se cache derrière ce titre ô combien anecdotique au regard du virus des voies respiratoires qui obstrue les poumons du monde entier depuis maintenant deux ans. Ajoutez à cela la morosité ambiante et vous pouvez vous lancer dans la lecture du dernier roman noir de Niko Tackian qui entraîne Yohan, son personnage, respirer « ailleurs », sur une île mystérieuse où une autre vie lui sera offerte ; mais à quel prix ?

« Quand avait-il perdu son insouciance ? A bien y réfléchir, il avait oublié jusqu'à sa jeunesse. A quel moment était-il devenu cet ermite pédant et désespérément chiant ? L'écriture l'avait- elle sauvé ou, au contraire, était- elle responsable de tout ce gâchis ? » Yohan est devenu un auteur à succès, relativement jeune, grâce à un seul titre, son premier roman publié. La grosse tête ? Il l’a attrapée très vite, au détriment de son entourage, puis de son propre bonheur.

« Là il avait réussi à rentrer en contact avec plusieurs personnes nourrissant le même projet que lui : disparaître comme ces milliers de Japonais qui chaque année se volatilisent du jour au lendemain, et que l'on appelle les "évaporés". » Ces personnes, camouflées sous le nom de société « Blue sky », lui ont proposé une nouvelle vie. On fait table rase du passé, du présent, et on recommence tout à zéro, ailleurs, en total anonymat.  

« Marin avait raison, ce lieu était chargé des souvenirs du monde. C'était un point de jonction où passé et présent pouvaient s'incarner. "Memento mori", tout ce qui est corporel doit mourir. Cet endroit faisait naître en lui le sentiment de cette fragilité primordiale censé nous libérer de l'inauthentique, des distractions nous voilant les véritables mystères de l'existence. » Mais lorsqu’il se réveille sur une île quasi déserte, où il a tout pour être heureux (sic !), le voilà qui se met à chercher la petite bête. Après tout, on lui a donné un rôle de « détective ». Mais ce qu’il découvre le laisse sceptique… Quelle réalité se cache derrière cette étrange mise en scène ?

Au final, un livre vraiment très intéressant, captivant grâce à la chute de chapitres courts qui donnent irrémédiablement envie de connaître la suite. Mais j’avoue que la fin m’a un peu déçue ; peut- être un peu trop prévisible, mais je pense que c’est à chacun de se faire son propre avis. 

jeudi 27 janvier 2022

Première personne du singulier, Haruki Murakami (Belfond, 01/2022)


 

Première personne du singulier, Haruki Murakami (Belfond, 01/2022)

💛💛💛

Lire Haruki Murakami dans un recueil de nouvelles ; voilà qui est attirant ! Notre écrivain japonais préféré possède tant d’idées diverses et parfois farfelues que l’on se dit que sa prose doit s’épanouir dans ce genre de récits courts, et surtout, dans les chutes !

« Et lorsque, à l'aube, la tempête aura enfin cessé, les mots survivants réapparaîtront secrètement à la surface de la terre. » Murakami et ses expansions poétiques sont bien présents et rien que pour cela, lire ces huit nouvelles est réjouissant !

« Lorsque j'échouais à capturer de telles sensations dans le monde réel, je laissais tranquillement leur souvenir s'éveiller à l'intérieur de moi. De la sorte, la mémoire devint l'un de mes outils émotionnels les plus précieux, et même une manière de survivre. » La particularité des nouvelles ici publiées est qu’elles sont autobiographiques. On retrouve donc certaines impressions déjà perçues dans la lecture de ses précédents romans. L’écriture de Murakami est sensible au point de faire entendre, de manière presque intuitive, à son lecteur, que ce qui est narré là, dans ce passage, a vraiment eu lieu.

« Le thème ? Impossible de prétendre qu'il y en ait un. J'évoque juste un vieux singe qui sait parler la langue des humains, qui frotte le dos des clients dans l'espace des bains d'une petite ville thermale située dans la préfecture de Gunma, qui apprécie la bière bien fraîche, qui tombe amoureux de quelques humaines, et qui leur vole leur nom. Où y aurait-il un thème dans tout cela ? Ou un épilogue ? » Ah, ce singe de Shinagawa, le personnage de la nouvelle qu’incontestablement je préfère dans ce recueil ! Il réunit à lui seul ce que j’ai toujours aimé cet auteur : l’originalité, l’intervention du surnaturel, du doute, dans notre réalité ; bref, sa composante fantastique, qui sied à merveille au genre de la nouvelle ; et cela depuis des siècles.

Au final, un recueil plaisant à lire mais assez inégal au niveau de la qualité des nouvelles. Certaines m’ont semblé un peu trop inachevée… Mais la majorité des nouvelles (6/8) sont comme un ersatz des romans de Murakami. A lire comme un prologue ou une introduction à ces récits plus consistants, ou pour mieux connaître l’auteur étant donné le caractère autobiographique de ces écrits ; d’où le titre. 

lundi 24 janvier 2022

De l’or et des larmes, Isabelle Villain (Taurnada, 01/2022)


 

De l’or et des larmes, Isabelle Villain (Taurnada, 01/2022)

💘💘💘💘💘

Quel plaisir de retrouver les enquêteurs du groupe Lost et leur commandante, Rebecca ! J’avais peur de ne pas aimer cette histoire du fait de son ancrage dans le monde de la gymnastique – milieu obscur pour moi – mais comme l’intrigue se centre rapidement vers la personnalité des divers protagonistes, j’ai très vite adhéré et lu le roman quasiment d’une traite !

« Les Jeux à Paris, c'était l'ambition ultime de Jean- Luc. Il y pensait le matin en se réveillant et le soir en se couchant. » Quand le corps de Jean- Luc Provost est retrouvé disloqué dans sa voiture après un accident de la roue, rien n’indique dans un premier temps qu’il y ait eu une anomalie quelconque. Puis arrive un témoignage et la thèse du suicide est très vite écartée. L’entraîneur de l’équipe de France de gymnastique tenait bien trop à la consécration toute proche qui allait récompenser toute une vie de rigueur et d’investissement. Le sacre de toute une vie consacrée au sport, et surtout, à la compétition.

« Son mari est un hyperactif, incapable de prendre un peu de temps pour lui. Incapable de penser à autre chose qu'à l'objectif qu'il s'est fixé. Et tant qu'il ne l'aura pas atteint, aucun repos ne sera toléré. Ni pour lui, ni pour ses gymnastes. Après les Jeux, il sera toujours temps de se poser les bonnes questions. » Qui donc peut en vouloir à cet entraîneur, adulé par ses athlètes, présents et passés, à qui il mène la vie si dure ? Les enquêteurs du Lost de rencontrent que des témoins attristés, voire désespérés par la disparition de Jean- Luc Provost.

« La colère bien évidemment, mais très vite c'est le désir de vengeance qui doit prendre le dessus. Le cerveau, l'âme, le corps tout entier est rempli de ressentiment, de violence et de haine. » Et puis un témoignage, différent des autres. Un deuxième. Cela suffit pour que les langues, enfin, se délient. Et le côté obscur du sport de haut niveau s’effrite, laissant place à l’infamie.

Difficile de trop en dire au risque de dévoiler le nœud, inattendu, de l’intrigue. Les rebondissements se multiplient, et d’un coup, sans crier gare, la vérité, surprenante et dérangeante, éclate en plein jour. On s’inquiète, on craint, puis on fulmine, en même temps que Rebecca. D’autant plus que l’on sait très bien que la réalité rejoint encore une fois la fiction. C’est habilement mené, c’est terriblement poignant, la tension grandit au fur et à mesure que les pages se tournent, et c’est indubitablement à lire, pour le talent de l’auteure et pour le sujet qui nous touche, tous, de près ou de loin. 

Merci à l'auteure pour la dédicace!!!! Je ne m'y attendais pas du tout!

dimanche 23 janvier 2022

La porte rouge, Billie Ana (Elixyria, 11/2021)



La porte rouge, Billie Ana (Elixyria, 11/2021) 

💓💓💓💓

Vous aimez frissonner ? Alors n’hésitez surtout pas à ouvrir « La porte rouge » de Billie Ana ! Ce récit horrifique a la particularité d’emmener son lecteur aux côtés des personnes subissant la hantise d’un esprit, mais aussi aux côtés de celui-ci, dans un entre- deux mondes où se côtoient des âmes perdues ou torturées.

« Il va falloir me faire confiance. Tu te demandes sûrement pourquoi je te dis ça. Tout simplement parce que, si tu poursuis ta lecture, au fur et à mesure de l'encre noire qui va parcourir ces pages, tes idées risquent de changer. Je vais t'ouvrir les portes d'un monde que tu ne soupçonnes pas ou, au contraire, que tu soupçonnes un peu, inconsciemment, mais sans jamais y croire vraiment. » Ezra, le personnage principal, s’adresse à vous, lecteur, dès les premières pages ; aurez- vous le cran de le suivre ?

« Je sanglotais pendant des heures sans pouvoir m'arrêter. J'avais l'impression que j'allais pleurer toute ma vie. Le réservoir de la tristesse était en perpétuel renouvellement. » Ezra, la trentaine, partage la vie d’Emy, enceinte de leur premier enfant. Mais voilà qu’un soir, en rentrant d’une soirée, il perd la vie dans un terrible accident de voiture.

« Je la trouvais tellement belle en portant le plus simple habit : son ventre, le fruit de notre création ! » Ezra n’accepte pas son décès, essentiellement pour une raison : sa femme tant aimée attend le fruit de leur amour. Lui, qui a tant choyé la future maman, qui a fait au mieux pour préparer l’arrivée de leur bébé, n’accepte pas de quitter leur monde si près de cet heureux événement…

Au final, un roman que j’ai beaucoup aimé lire, même si un soir, j’avoue avoir laissé la lampe de chevet allumée au moment de m’endormir ! Les personnages sont très bien construits et j’ai cru à 200% à l’univers créé (l’est- il vraiment ?) par Billie Ana. J’ai frissonné lors des moments de hantise et je me suis questionnée durant les moments où Ezra se perdait dans des univers de perceptions extra- sensorielles. Un très bon moment de lecture et incontestablement une plume à suivre !

dimanche 16 janvier 2022

Les oubliées de Cadillac, Michel Lataste (Le Lys Bleu, 03/2021)


 

Les oubliées de Cadillac, Michel Lataste (Le Lys Bleu, 03/2021)

💓💓💓💓

Cadillac, ville périphérique de Bordeaux, connue pour son « cimetière des fous », nommé plus officiellement « cimetière des oubliés », dans lequel sont enterrés les patients d’un asile mais aussi des soldats revenus de la Première Guerre mondiale en y ayant perdu l’esprit. Mais c’est aussi là qu’une prison pour jeunes femmes, de 9 (oui, oui, 9 ans !) à 21 ans était tenue par les « Sœurs de la sagesse ». Les crimes et délit des prisonnières ? L’infanticide lorsqu’elles avaient perdu un enfant durant la grossesse ou le « vagabondage » lorsqu’elles en venaient à la prostitution pour pouvoir se nourrir ; mais aussi, et surtout, un endroit où emmurer des filles abusées par les notables du coin.

« - Embarquez- moi cette garce pour la prison de Cadillac, le directeur est un ami personnel, il saura mater cette criminelle. J'en avise le Garde des Sceaux. Tu n'auras pas besoin de procès, petite ! » Joséphine, âgée de dix- sept ans, est injustement envoyée au « château » de Cadillac, appelé alors « maison de préservation pour jeunes filles ». Alors qu’elle envisageait vivre avec Paul, son amoureux de toujours, voilà qu’elle se retrouve enceinte du patron de ses parents, un notable bordelais propriétaires de vignes. Cette grossesse, née de viols, est une menace pour Maître Lombard, qui n’hésite pas à licencier toute la famille de Joséphine dans la foulée.

« Sa carrière de proxénète était étendue à terre dans son costume beige à rayures bleues, où le sang faisait désordre, même son borsalino en feutre bleu l'abandonnait et roulait dans le caniveau. » Le policier Laborde, mandaté pour accompagner Joséphine au « château de Cadillac » a un drôle de pressentiment sur place. Il regrette très vite d’y avoir laissé la jeune fille et son instinct le pousse à enquêter sur les pratiques de la mystérieuse institution. Et très vite ses supérieurs vont lui mettre des bâtons dans les roues. Que se passe-t-il réellement entre les hautes murailles du château ?

Au final, un roman vraiment captivant, ponctué de renseignements historiques apportés de manière opportune par l’auteur, sans jamais donner de lourdeur au récit. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire certains passages où sont relatés les sévices que subissent ces pauvres filles, et cette phrase, ajoutée à la fin du livre fait froid dans le dos : « La réalité, bien pire que mon récit ». Et les quelques données historiques ajoutées dans les quelques pages l’attestent bel et bien. Un seul bémol : la présence de nombreuses coquilles alors que le livre est publié par une maison d’édition…  

jeudi 13 janvier 2022

La bibliothèque de minuit, Matt Haig (Mazarine, 01/2022)



La bibliothèque de minuit, Matt Haig (Mazarine, 01/2022)

💙💙💙 

Qui n’a jamais réfléchi à ce que serait sa vie s’il avait fait d’autres choix dans le passé ? C’est le postulat de départ de ce roman qui oscille entre quête initiatique et leçon de développement personnel. L’héroïne, Nora, trente- cinq ans, a en effet l’impression d’avoir raté sa vie. Sa tentative de suicide l’amène dans « La bibliothèque de minuit », dans laquelle Mme Elm, la bibliothécaire de son école, lui propose de choisir entre toutes les vies qu’elle aurait pu avoir en faisant d’autres choix.

« Tu as autant de vies que de possibilités. Il y a des vies où tu fais des choix différents. Et ces choix mènent à des vies différentes. Si tu avais fait ne serait- ce qu'une seule chose autrement, tu aurais vécu un autre chemin de vie. Et toutes ces vies existent dans la bibliothèque de minuit. » L’opportunité qui est offerte à Nora est exceptionnelle. Elle, qui a voulu mettre fin à ses jours parce que sa vie ne lui semblait d’aucun intérêt, la voilà prête à tester ce qu’elle aurait pu être en tant que nageuse de haut niveau, pop – star, ou jeune mariée épanouie. Mais est-elle capable de se saisir de cette seconde chance inouïe ?

« Les bibliothécaires ont des connaissances. Elles nous indiquent les bons livres. Les bons mots. Elles trouvent les meilleurs endroits. Comme des moteurs de recherche dotés d'âme. » Le choix d’une bibliothèque comme lieu – refuge est très pertinent. Les livres ne sont- ils pas, par définition, des portes ouvertes vers d’autres vies, d’autre possibilités d’existence ? Ce roman leur rend hommage.

« Elle se rappela avoir étudié Aristote en première d'année de philo. Et avoir trouvé un peu déprimante son idée que l'excellence n'était jamais un accident. Que d'excellentes conséquences étaient le résultat de "choix astucieux entre de nombreuses alternatives". Et elle était là, dans la position privilégiée de pouvoir échantillonner ces nombreuses alternatives. » Nora est une philosophe dans l’âme, fan des écrits d’Henri David Thoreau, surnommé le « poète naturaliste » ; elle s’est donc longuement interrogée sur la possibilité de l’existence de multivers, et cherche celui où tous les ingrédients (et les personnes) nécessaires à son bonheur personnel seraient réunis.

Au final, un roman intéressant mais dont l’intérêt est inégal selon les chapitres. Ceux- ci sont courts et peuvent s’enchainer rapidement, mais certains sont un peu trop axés « philosophie », en tout cas pour moi, et de ce fait, je les ai trouvés ennuyeux. Mais c’est un livre qui pousse forcément son lecteur à se poser des questions et qui le captive grâce au personnage charismatique et hautement empathique de Nora. Et puis l’écriture est fluide et les idées sont originales. De bons ingrédients pour passer un moment de lecture bien agréable. Enfin, il est à noter que l’objet- livre est magnifique !

mardi 11 janvier 2022

Les têtes minuscules, Benoît Preteseille (Biscoto, 09/2021)



Les têtes minuscules, Benoît Preteseille (Biscoto, 09/2021)

💛💛 


Une bande dessinée qui prend ses sources dans le chamanisme amazonien et les rituels ancestraux des têtes réduites. La petite héroïne, prénommée Chayeness, représente le public parfaitement préparé à adhérer à ces fantaisies : une gamine rêveuse absolument pas concernée par son quotidien, qui vit dans son propre monde intérieur intrinsèquement lié à la nature. Ainsi, quand sa tante excentrique Brigida lui offre une tête réduite au retour d’un stage de chamanisme, Chayennes est enchantée alors que sa famille est profondément dégoûtée ; ce qui – entre nous - se comprend !

« Ma sœur Zidra adore les nouveaux bidules techniques, moi je trouve que ça marche jamais très bien... Si on a des bonnes recettes qu'on se transmet de mères en filles depuis des siècles, c'est pas pour rien ! »

Chayennes parvient à remonter à l’origine de son cadeau et découvre un drôle de duo de sœurs mi- sorcières, mi- scientifiques. La gamine, elle, n’a pas froid aux yeux.

Au final, une bande dessinée intéressante car plutôt innovante du point de vue de l’idée de départ, la légende des « têtes réduites » ; susceptible de déclencher un élan de curiosité chez les jeunes adolescents. Par contre, l’histoire souffre de trop grands raccourcis à la limite de l’incohérence. J’ai eu l’impression de pouvoir trouver une « têtes réduites » dès la prochaine brocante du village… A réserver aux plus jeunes qui ne se posent pas trop de questions…

lundi 10 janvier 2022

L’appel de la forêt, Fred Simon, adaptation de Jack London (Hatier, 06/2012)

 



L’appel de la forêt, Fred Simon, adaptation de Jack London (Hatier, 06/2012)

💙💙💙💙

Une adaptation du célèbre récit d’aventures de Jack London plutôt réussie. Les illustrations font la part belle aux paysages glaciaires du Grand Nord-américain, sans s’attarder sur le sentimentalisme que peut éprouver le lecteur plongé dans le récit. Pour les amoureux des animaux, c’est en effet un texte âpre, dur à lire lors des passages où Buck et les autres chiens d’attelage subissent la maltraitance de leurs maîtres successifs.

« - Et si on l'a battu, ce record, c'est bien grâce à lui ! !
- Buck est le meilleur chien de tête qu'on ait vu dans ce pays ! »

Buck est un chien extraordinaire, qui s’adapte quelque soit la situation, quelque soit le maître qui se l’approprie (même si moi, j’aurais préféré, et de loin, que Buck puisse profiter d’une vie paisible auprès du juge, mais dans ce cas, il n’y aurait pas eu d’histoire…). Mais il est vrai qu’au XXIe siècle, nous avons une vision différente de l’animal de compagnie, même si je trouve que Jack London était plutôt précurseur dans l’expression significative de son empathie envers l’espèce canine.

 

Au final, une bande dessinée qui prend le parti de ne pas aborder le récit en profondeur, avec toute l’émotion qu’il peut susciter, mais qui raconte l’histoire d’un chien, qui passe de main en main dans le cadre de la ruée vers l’or en Amérique. Des animaux pris comme de simples objets, permettant aux Humains, ces êtres « supérieurs » de venir à leurs fins, purement matérielles. Une bande dessinée adaptée aux jeunes lecteurs de notre époque qui souhaiteraient découvrir le texte sans risquer d’être débordés par leur sensibilité.

dimanche 9 janvier 2022

Les blessures du silence, Natacha Calestrémé (Albin Michel, 03/2018)



 Les blessures du silence, Natacha Calestrémé (Albin Michel, 03/2018)

💓💓💓💓

Avec « Les Blessures du silence », Natacha Calestrémé revisite le roman policier en lui apportant une dimension didactique. Le point de départ de l’enquête est en effet la disparition d’une femme, Amandine Moulin, dans des conditions bien étranges au regard de Yoann Clivel, Major exceptionnel au troisième district de police judiciaire de Paris ; pourquoi cette mère dévouée de trois enfants en bas âge et épouse choyée par son mari s’est- elle évanouie dans la nature du jour au lendemain ?

« Mes yeux scrutent l'étrange, mon nez renifle le bizarre, mes oreilles écoutent les derniers mots de la victime, ma salive prend le goût du drame qui s'est peut- être joué là, mes mains fouillent le passé. » Clivel est connu pour avoir une espèce de sixième sens qui lui permet de résoudre des affaires à l’instinct. Et le cas Amandine le trouble jusque dans ses rêves...

« On a tout le temps peur pour Amandine. Une fois pour sa santé, une autre pour celle de ses filles mais le plus souvent à cause d'un drame déclenché par les réactions cyclothymiques de son mari. » Le cadre idyllique de la vie de la famille Moulin s’ébrèche sous les déclarations de la famille. Où est passé la mère de famille ? L’étau se resserre autour du mari mais rien ne prouve sa culpabilité.

« L'ennui, c'est que très peu de thérapeutes sont formés pour déceler la perversité et le harcèlement conjugal, et la plupart du temps on passe à côté. Cela vient du fait que les victimes parlent peu de leur conjoint lorsqu'elles consultent. Elles se plaignent d'une fatigue excessive, d'une perte de confiance en elle, ou d'un état dépressif. A cause de l'emprise, la personne n'arrive pas à exprimer sa douleur. » Alors que le corps d’Amandine reste introuvable, la question du harcèlement conjugal va se poser.

Au final, un roman captivant, intéressant. Le personnage de Clivel, avec ses forces et ses faiblesses avouées, sa sensibilité aussi, est des plus attachant. Le style d’écriture est limpide, même si on peut regretter l’absence de style au profit de la portée didactique du message amené par l’intrigue. En tout cas, j’ai trouvé l’ensemble très plaisant et passé un bon moment de lecture.

jeudi 6 janvier 2022

Démons de cendre, Tome 1 – Le chant du Phoenix, Laura Black (Elixyria, 05/2021)

 



Démons de cendre, Tome 1 – Le chant du Phoenix, Laura Black (Elixyria, 05/2021)

💜💜💜💜

Eh bien, chose n’est pas coutume, la transition entre 2021 et 2022 s’est faite pour moi à l’aune d’une lecture appartenant au genre de la « fantasy »; parenthèse nécessaire à cette période que l’on espère festive mais qu’un vilain virus rend plutôt morose depuis bientôt deux ans. Avec la saga « Démons de cendre », Laura Black m’a embarquée dans un univers sans masques ni gel hydroalcoolique, même si l’équilibre du monde y est toutefois menacé ; mais c’est pour d’autres raisons !

« Elle partageait son âme avec une démone, dont la principale aptitude était de se métamorphoser en Oiseau de feu. Les flammes, même celles créées par les enfers, ne pouvaient donc ni la brûler ni impacter la température de son corps. Pourtant, elle ruisselait bien de sueur, le front ceint dans un étau chauffé à blanc et les tempes battant au rythme d'un morceau de hard rock. » Rowane, notre héroïne, est une démone phœnix. Elle exerce le métier de pisteuse pour le Forum, structure sociale qui a entrepris naguère de sauver des espèces démoniaques en imposant la discrétion, en contre- partie, à ceux qu’elle protège. Elle doit sa situation à sa grand- mère, Servane, qui l’a élevée sans amour mais avec rigueur, et qui fait partie du cercle très fermé des dirigeants du Forum.

« - Crois- moi, Trent est trop sombre et intense pour entrer dans la catégorie "détente".
Le sourire de Berry s'élargit.
- Sombre et intense ? Eh bien, voilà peut- être pourquoi ton phénix a accepté sa revendication… »
Voilà que Trenton Black, dernier dragon pur- sang, chef de la Guilde des Indomptés, jette son dévolu sur Rowane à l’occasion d’une mission concomitante, et la marque de son sceau… Alors que son clan est le plus féroce ennemi du Forum ; comment pourraient- ils s’apprivoiser ? Et si un lien se créaient durablement entre eux, pourraient- ils avoir confiance l’un en l’autre au vu de la défiance ancestrale qui anime leur famille respective ?

Au final, en ce qui me concerne, un début de lecture contrasté : j’ai adoré la plume élaborée et un poil rock’n’roll de l’auteure, mais je n’arrivais pas à me créer de repères dans cet univers de la fantasy que je ne maîtrise pas encore. Il a fallu que je me fasse une fiche de lecture pour cibler ce qu’étaient les « casglwr sains », les « zalistes » et les « enaid- Chwaer », car très vite, je me suis sentie perdue. Et puis à force de persévérance (et de regards sur ma fiche), j’ai vraiment adhéré à l’histoire, fournie en personnages complexes mais attachants, en complots aux tenants inattendus, et en relations complexes mais habilement abouties. Un schéma explicatif en début de roman m’aurait probablement aidée. Mais en tout cas, ce fut une très bonne expérience de lecture, et j’attends le tome 2 de pied ferme !