dimanche 24 mai 2020

Arte Corpus, Tome 1 : Tori et Noah, Jenny Rose

Arte Corpus, Tome 1 : Tori et Noah, Jenny Rose (Plumes du Web, 03/2020)

★★★★★

« Le cœur des hommes n'est pas toujours une machine bien huilée, je peux en attester. L'insouciance flirte parfois avec la peur, l'imprudence avec la sagesse. » Victoria en parle en connaissance de cause : elle vit depuis toujours entourée d’hommes : des frères, des colocataires masculins, son métier de tatoueuse… Et pourtant, celle que l’on surnomme Tori est tombé dans les serres d’un prénommé David, monstre d’égocentrisme et de sadisme, qui a réussi à anéantir toute la confiance que la jeune femme avait en elle. Ses amis l’aident à se reconstruire, mais elle est encore fébrile. D’autant plus que sa meilleure amie, Rose, est en train de préparer son mariage et a tendance à placer cet événement bien avant les soucis sentimentaux de Tori.

Lors des fiançailles de Rose, la jeune femme rencontre pour la première fois Noah, le frère de la future mariée. « Je ne suis pas un exemple de sociabilité, c'est de notoriété publique, alors me retrouver seule devant ce mythe devenu réalité me met mal à l'aise. » Tori a de quoi se sentir complexée : elle qui arbore ses tatouages et ses piercings se retrouve devant un psychiatre issu de la bourgeoisie, costumé, cravaté et parfumé « grand luxe ». De surcroît, il est grand, blond musclé, distingué ; un vrai cliché ! Et pourtant, petit à petit le courant va passer…

Un rendez-vous, deux, malgré leurs différences, malgré l’étonnement des amis de Tori et les craintes de celle- ci. Une histoire d’amour voit le jour… Mais la méfiance, les non- dits et les secrets liés au passé commencent à peser dans les relations du jeune couple. Sauront-ils y faire face ?

Une romance que j’ai dévorée en deux jours, tellement emportée dans ce tourbillon d’émotions et cette plume habile. Le récit est rythmé, ne laissant aucun répit au lecteur qui enfile les chapitres avec curiosité et avidité.

Un tome 2 relatant la suite de l’histoire de Tori et Noah est prévu : j’ai déjà hâte de le lire ! 

vendredi 22 mai 2020

Engrenage, tome 1, Une braise dans la nuit, Lucie Goudin

Engrenage, tome 1, Une braise dans la nuit, Lucie Goudin (Elixyria, 01/2019)

★★★★★

Je vais me répéter, mais tant pis. Si vous n’avez pas le moral, si vous avez besoin de vous évadez du quotidien, laissez tomber la littérature « blanche » et lancez- vous dans les domaines de l’imaginaire : fantasy, bit lit, ici dystopie… C’est vraiment un moyen d’évasion par excellence. Je peux dire que le Covid 19 aura profondément modifié mes habitudes de lectrice !

Ici, je me suis laissée embarquée en 2132. Une troisième guerre mondiale a ravagé la planète Terre. Les seuls humains ayant réussi à survivre se sont terrés dans des mégalopoles souterraines qui fonctionnent par un système d’engrenages d’où leur dénomination.
Nous allons y vivre le quotidien de Heaven, habitante du niveau 6 et du quartier 2 d’un Engrenage inégalitaire au possible. Les riches vivent en haut, pillant les ressources des pauvres du niveau 8, en bas.

« La vie était- elle mieux cent ans plus tôt ? J'avais beau me poser cette question tous les jours, plus personne ne pouvait témoigner. » Heaven est une jeune femme qui cumule trois emplois pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Le père a disparu depuis des années, la mère a perdu son emploi et le fils aîné s’est fait arrêter pour vol. Le gros problème de leur vie réside dans le manque flagrant de nourriture. Autour d’eux, on meurt de faim. Les magasins sont vides (ça rappelle quelque chose, là, non ?)
Alors quand elle rencontre le capitaine Kragen Knight de manière fortuite et que celui- ci lui propose de travailler pour lui en échange de nourriture, Heaven va mettre de côté sa haine des nantis pour assurer le confort minimum à sa famille.
Mais la mission de Knight au sein de cet Engrenage va entraîner quelques remous…

Quelque soit son niveau de vie, l’être humain se révèle égoïste : « Le sang était l'encre de ce monde. Il vivait par lui, par notre tendance à nous déshumaniser. Ce que l'homme faisait me fatiguait. Ne pouvions-nous pas juste vivre pour nous, sans être assez hautain et égoïste pour décider du sort des autres ? »
Quelle sera l’issue au projet de Knight qui vise un autre fonctionnement de l'Engrenage, prônant la non- violence ? La population est à bout, désespérée, déshumanisée…

La lutte sera de taille et j’ai hâte, maintenant de lire le tome 2, car je me suis énormément attachée aux personnages imaginés par Lucie Goudin. Que vont-ils devenir ?
Viiiite ! La suiiite ! 

lundi 18 mai 2020

Secret girl, Adeline Dias

Secret girl, Adeline Dias (Elixyria, 01/2020)

★★★★☆

Deux regards qui se croisent dans un train qui roule vers le Nord. Gabriel, libraire à Valenciennes, est venu chercher son fils qui vit en région parisienne avec sa mère, pour l’emmener chez lui le temps des vacances de la Toussaint. Alice, elle, est une jeune femme de 22 ans, qui fuit. Les raisons de cette fuite, nous ne les apprendrons que bien plus tard dans le récit.

En attendant, le train arrive à destination, il fait froid, il pleut (on est dans le Noooord !) et Alice doit trouver un endroit où se mettre à l’abri. Le hasard va vouloir que l’escalier sous lequel la fragile jeune femme trouve refuge, est justement celui qui mène au logement de Gabriel !
Celui- ci, n’écoutant que son grand cœur (pour ça aussi on est dans le Noooord !), la prend sous son aile et lui propose de l’héberger le temps qu’elle trouve un endroit où se fixer.  
Le temps passe, Alice, sans se départir des secrets liés à son passé, va s’intégrer dans la vie de Gabriel, lui apportant une aide précieuse à la librairie, et se liant d’amitié avec Natacha et Elsa, la sœur de Gabriel, qui gèrent le restaurant situé juste à côté de la boutique.

Très vite, elle devient un élément du petit groupe, intégrée comme si elle était un membre de la famille : « Mais ici, il y a des gens qui s'inquiètent pour toi. En trois jours, tu as bouleversé notre quotidien à tous et, même si tu crois qu'en si peu de temps, tu ne t'es pas attachée à nous, nous, par contre, nous ne sommes pas prêts à te laisser retourner dans la rue... »
Les sentiments partagés entre Gabriel et Alice vont évoluer petit à petit… jusqu’à ce que le passé de la jeune femme revienne brutalement frapper à la porte de la boutique et saccager ses nouveaux projets.

Que vont devenir ces sentiments tout neufs et pourtant déjà si forts ?
Plongez donc dans cette romance toute douce, bien écrite sans pathos ni passages « cucul- la -praline », et laissez- vous emporter comme si vous étiez dans un train en direction du Nord !

dimanche 17 mai 2020

Liz, tome 2 – Sombre naufrage, G.H. David

Liz, tome 2 – Sombre naufrage, G.H. David (éditions Elixyria, 11/2019)

★★★★★

Ce tome 2 de la sage « Liz » commence sur les chapeaux de roues. Nous l’avions quittée alors qu’elle était effondrée suite à l’enlèvement de sa meilleure amie, Maud. Elle avait réalisé que ce rapt était en lien avec le milieu du trafic de drogue, d’alcool et d’armes qu’elle- même avait quitté quelques années auparavant. Liz voulait pourtant tirer un trait sur son passé sulfureux, mais il est évident qu’il va falloir qu’elle entre en contact avec ses anciens amis peu recommandables pour pouvoir mettre à l’abri ses proches, mais aussi protéger sa propre peau. L’occasion de réfléchir sur ce qui fait d’un individu lambda un être en marge des normes de la société : « La plupart de ceux qu'on accuse de maux : violence, dépendance, instabilité, phobies, sont des êtres blessés en souffrance. Le connard authentique ne représente qu'une part infime de la population. Si tu savais ce que vivent les gens, à quels drames ils sont confrontés, la nature humaine est si cruelle ! Que nous passions de l'autre côté du miroir n'est l'affaire que d'un pas, d'un seul. »

Côté cœur, c’est de nouveau la grande confusion. Entre son histoire passionnée et torride avec le bouillonnant Alex et son attirance irraisonnée pour la force tranquille de Max, voici que s’incruste Cyril, le sosie de Stéphane, son ex tragiquement disparu, et voilà que Sylvain, autre ancien petit- ami de Liz revient, après s’être racheté une conduite.
La jeune femme ne va plus savoir où donner de la tête, à qui donner son cœur. Dans cette période trouble où son esprit ne pense qu’à la vengeance, Liz va devoir endosser à nouveau ce costume de femme imperturbable, celui de la Joconde.

Au final, un tome dynamique qui lève le voile sur le passé des principaux protagonistes et ouvre la voie sur une suite prometteuse, pleine de retournements autant dans le domaine de la romance que dans l’avenir de Liz suite à son retour dans le milieu des gangsters !

mercredi 13 mai 2020

Les victorieuses, Laetitia Colombani

Les victorieuses, Laetitia Colombani (Grasset, mai 2019)

★★☆☆☆

Le premier roman de Laetitia Colombani avait été pour moi un coup de cœur. Je me souviens encore très bien de ce récit croisé de trois femmes dont le destin s’unissait avec délicatesse.

Dans son deuxième roman, il est de nouveau question de destinées féminines. En priorité, celui de Solène, avocate victime d’un burn- out, qui cherche des raisons de reprendre goût à la vie : « Des comprimés et du bénévolat, voilà tout ce qu'il a à lui proposer ? Onze ans d'études de médecine pour en arriver là ? Solène est déconcertée. Elle n'a rien contre l'action bénévole, mais elle ne se sent pas l'âme d'une mère Teresa. Elle ne voit pas qui elle pourrait aider dans son état, alors qu'elle parvient à peine à sortir de son lit. »

Solène va tout de même accepter une mission, celle d’écrivain public au Palais de la Femme, foyer pour femmes ayant tout perdu en plein cœur de Paris. L’occasion pour l’auteure de rendre un hommage à Blanche Peyron, femme entièrement dévouée à la cause de l’Armée du Salut, et grâce à qui ce refuge a pu voir le jour. Son rêve : offrir un lieu à toutes les exclues de la société afin qu’elles puissent se reconstruire : « L'estime de soi, c'est ce qu'il y a de plus difficile à regagner. »

L’idée de départ était intelligente, pleine de promesses, mais je suis restée sur ma faim, avec l’impression de lire un livre trop vite écrit, et manquant souvent de profondeur. Les anecdotes, telle la parabole du colibri de Pierre Rhabbi, y sont répétitives. Résultat : je me suis ennuyée…

lundi 11 mai 2020

Talion, Santiago Diaz

Talion, Santiago Diaz (Cherche Midi, mars 2020)

★★★☆☆

« Quand j'étais en dernière année de fac de journalisme, j'assistais aux conférences que donnait un criminologue réputé, et j'ai découvert à cette occasion que je présentais toutes les caractéristiques des deux pour cent de la population mondiale incapables de ressentir de l'empathie pour leurs semblables. » En plus de cette insensibilité pathologique, la journaliste Martha Aguilera apprend qu’une tumeur au cerveau ne lui laisse plus que deux petits mois à vivre. Qu’en faire ? La jolie quadragénaire va choisir de se transformer en justicière…

Armée jusqu’aux dents, la voilà qui traque les pédophiles, les proxénètes, les trafiquants de drogue et les terroristes. Le sang coule à flot, mais c’est le sang de la gangue qui pullule dans les bas- fonds de Madrid, alors celle qui signe ses méfaits du nom de Talion est très vite encensée par le public, au désespoir de l’enquêtrice Daniela Guttierrez ; quoique…

L’auteur mène son récit à un rythme effréné, croisant la narration de Marta et un point de vue externe de manière originale et efficace. J’ai été emportée par les 300 premières pages, captivée par la force du récit, puis j’ai commencé à douter, à trouver des incohérences de- ci de- là, pour enfin me désintéresser du récit à partir du moment où l’ETA est entré dans l’intrigue.

Sans cette partie du roman, je pense que cela aurait été pour moi un coup de cœur ; ceci dit c’est tout de même un très bon thriller !

jeudi 7 mai 2020

C’est juste un collègue, Margherita Gabbiani


C’est juste un collègue, Margherita Gabbiani (Fyctia, Février 2020)

★★★★★ 

« Je me suis longtemps considérée comme une fille sans histoires. Ma vie, sans être monotone ou ennuyeuse, a rarement été ponctuée de revirements inattendus ou d'aventures rocambolesques. » Ces phrases, c’est Margaux, 27 ans, héroïne touchante de cette romance qui les prononce. L’auteure nous la présente en effet comme une jeune femme responsable et raisonnable, en couple avec Jean avec qui elle envisage de prochainement se marier. Il ne manque plus à Margaux de décrocher un emploi stable conforme à ses qualifications pour que tout soit parfait.

Alors quand elle décroche le job de ses rêves dans une jeune entreprise de prestations de services numériques innovants, elle vit sur un petit nuage. D’autant plus que ses collègues sont des jeunes de sa génération qui s’entendent comme larrons en foire et multiplient les occasions de faire la bringue.

Jean étant souvent retenu loin de leur domicile pour des déplacements professionnels, Margaux se laisse tenter par ces rendez- vous festifs qui lui donnent l’occasion de mieux connaître ceux avec qui elle travaille, mais qui lui ouvrent aussi les yeux sur d’autres détails un peu plus embarrassants : « Je me rends alors compte que contrairement à ce que j'ai toujours cru, j'ai bien un "type de mec". Et il se tient actuellement devant moi... »
Un fiancé aux abonnés absents, l’effet désinhibant de l’alcool lors de soirées désinvoltes, des collègues taillés en V… Vous l’avez deviné, Margaux va craquer…

Et alors là, c’est parti pour l’ascenseur émotionnel ! Margherita Gabbiani excelle dans l’art de souffler le chaud et le froid sur les sentiments de ses personnages, et les nombreux aléas de leurs parcours sentimentaux tiennent le lecteur en haleine, le faisant passer par nombre d’émotions parfois contradictoires : amusement, incrédulité, peine, colère…
A cela, on peut ajouter une bonne dose d’humour ponctuant un style fluide : « Après, tu ne viendras pas te plaindre si t'es le seul mec en smoking Babou à faire la fête au Ritz. ».

Au final, une romance qui détonne, qui vous emmène dans un grand- huit des émotions et dans lequel les pages se tournent sans répit tant les personnages sont attachants et leurs péripéties inédites. Auteure à suivre ! 

lundi 4 mai 2020

Je ne suis pas un monstre, Carme Chaparro

Je ne suis pas un monstre, Carme Chaparro (éditions Plon, septembre 2019)

★★★★★

Une phrase de ce roman m’a interpellée : « Nous sommes accros à la douleur des autres. » Je me suis dit qu’effectivement, pour lire ce genre de récit, c’est qu’il y a quelque chose chez moi qui m’attire dans le malheur d’autrui. Lire un thriller étiqueté « disparition d’enfant », c’est forcément de la douleur psychologique que je choisis d’affronter. Etant moi-même maman d’un enfant, je ne peux que compatir, que ressentir au plus profond de mes tripes le déchirement que vivent ces mères à qui on enlève un enfant. Et Carme Chaparro est justement très forte pour décrire cette culpabilité d’avoir lâché cette petite main pourtant serrée si fort dans la nôtre. J’en ai eu les larmes aux yeux, l’envie de serrer très fort mon fils entre mes bras…

Tout commence avec l’enlèvement d’Enrique dans un centre commercial de Madrid. Le petit garçon de quatre ans a été enlevé au même endroit et selon le même mode opératoire que le petit Nicolàs deux ans plus tôt. L’inspectrice- chef du commissariat central de Madrid, Ana Arén, s’en veut encore de ne pas avoir résolu l’affaire malgré son entêtement et la dévotion qu’elle porte à son métier. Elle va donc se lancer à corps perdu pour tenter de retrouver le petit garçon, et qui plus est, le retrouver en vie. Mais c’est sans compter sur les journalistes, avides de scoop, qui la pousseront dans bien des retranchements.

Plus loin, nous pouvons lire : « On a tous un monstre en nous, qui a juste besoin qu'on le pousse, parfois juste un peu, pour sortir et dévorer le monde. » C’est tellement vrai ; il suffit d’ouvrir le journal, d’allumer la télévision.

Un thriller intelligent dans son sujet, dans sa structure et son écriture, que j’ai eu du mal à lâcher, qui va me marquer un moment… Et que je ne conseillerais qu’avec des pincettes aux jeunes mamans émotives ! 

samedi 2 mai 2020

La prophétie des sept, Christelle Da Cruz

La prophétie des sept, Christelle Da Cruz  (Editions Plumes du Web, avril 2020)

★★★★☆

Si vous avez besoin de vous changer les idées, de sortir du marasme ambiant, tournez- vous vers un bon roman de fantasy : dépaysement garanti ! Enfin, sur le fond, il y a une similitude avec ce que nous vivons actuellement avec le Covid 19 : dans ce récit, les Ténèbres engloutissent peu à peu l’Europe et mettent à mal l’humanité. Ce n'est pas un virus qui les attaque, mais des monstres venus de l’Obscurité : vampires, loups-garous, goules et autres gargouilles vivantes.

L’ Angleterre est quasiment recouverte par l’Obscurité, et si Hazel, jeune fille de bientôt vingt ans, parvient à y survivre, c’est grâce aux sortilèges de sa tante Mary, avec laquelle elle vit depuis l’assassinat atroce de sa mère. La disparition d’Arthur, le grand-père, qui vit dans une zone encore épargnée, en Dordogne, va intriguer les deux femmes. Elles vont donc rejoindre le vieux continent pour tenter de retrouver leur aïeul, qui était d’autant plus protégé par un vampire de confiance, puisque appartenant à l’Union, association d’êtres magiques et de créatures vivant en harmonie avec les êtres humains : « Un humain qui disparaît en même temps que son protecteur vampire... C'est très mauvais, ça veut peut-être dire que quelqu'un n'a pas respecté les accords inter- espèces. »

L’Union va d’ailleurs envoyer un protecteur qui veillera sur Hazel ; il s’agit de Stellan, vampire assagi par ses milliers d’années d’existence mais toujours aussi séduisant auprès de la gente féminine grâce à ses incroyables yeux vairons.
Arrivés dans le Sud- Ouest de la France, Mary, Hazel et Stellan vont aller de déconvenues en surprises. La plus grande sera la découverte qu’Hazel, fille d’une sorcière et d’un ange, est reliée à une étrange prophétie : « Enfant de sang mêlé, née au solstice d'hiver, avant l'Obscurité, la fille sans père saura mettre fin aux Ténèbres en usant de la Clé. » Il va donc falloir résoudre l’énigme tout en se préparant à mener un combat de taille puisque, en plus du grand-père d’Hazel, c’est toute l’humanité qui va se révéler être en danger.

Au final, c’est un roman classé « urban fantasy » qui reprend les codes des créatures fantastiques tout en ancrant son intrigue dans un univers existant (Sarlat, Stonehenge, le Millenium Bridge, etc). Le seul petit bémol a été à mes yeux le nombre important de personnages appartenant à des espèces différentes ; je n’en ai peut-être pas l’habitude et je me suis parfois perdue au niveau des identifications. Mais j’ai passé un très bon moment de lecture, sans ennui, avec des rebondissements et une fin que je n’attendais pas. A conseiller !

mercredi 29 avril 2020

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins, Alejandro Palomas

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins, Alejandro Palomas (Cherche Midi éditeur, janvier 2020)

★★★★★

Alejandro Palomas m’avait fait rire dans son premier roman intitulé « Une mère » ; là, il m’a émue profondément...
L’absence est de nouveau la problématique centrale du récit. Ici c’est la maman de Guille qui manque à l’appel : elle a accepté le travail d’hôtesse de l’air pour une ligne d’aviation basée à Dubaï. Le petit garçon de neuf ans et son papa sont donc obligés de s’adapter à une vie à deux, pas forcément évidente dans une société aux mœurs latines, dans laquelle les hommes doivent être forts et virils. Alors quand le petit garçon demande à faire de la danse plutôt que du rugby, et que, surtout, il s’entiche du personnage de Mary Poppins, tout le monde s’inquiète.

Le récit est polyphonique, le narrateur étant tour à tour le petit Guille, Manuel, son papa, et Maria, la conseillère d’orientation de l’école qui va s’intéresser à ce petit garçon qui tient absolument à jouer le rôle de Mary Poppins dans le spectacle de fin d’année de l’école, avec son unique amie Nazia, une petite Pakistanaise tout juste arrivée dans le quartier.

On ne peut qu’être touché par les mots puérils de Guille, l’innocence de son regard de petit garçon sur le monde compliqué des adultes. Vient le moment où la malle aux secrets va s’ouvrir pour que tout le monde puisse démêler le vrai du faux : « Quand on cherche la vérité depuis longtemps, c'est le jour où on la découvre enfin qu'arrive le plus difficile : savoir quoi en faire. »

Et la dernière page s’est tournée, déjà, le cœur gros, mais sûre que ce petit bonhomme restera dans ma mémoire de lectrice un moment…

lundi 27 avril 2020

La Chaîne, Adrian McKinty

La Chaîne, Adrian McKinty (Mazarine, février 2020)

★★★★★


Un jour, un numéro inconnu vous appelle sur votre portable. Son message : « Deux choses dont vous devez vous souvenir, dit une voix étrange, comme rendue méconnaissable par quelque machine. Primo, vous n'êtes pas la première et vous ne serez certainement pas la dernière. Secundo, rappelez- vous toujours que ce n'est pas l'argent qui compte - c'est La Chaîne. »
Vous raccrochez et vous sombrez dans un cauchemar infernal. En effet, on a kidnappé votre enfant. Et si vous voulez le retrouver en vie, vous allez devoir payer une rançon conséquente, mais pire encore, enlever un autre enfant en espérant que les parents de celui-ci soient aussi obéissants que vous…
Mon dieu, quelle angoisse, que d’oppression en lisant ce thriller diabolique !!!
L’auteur joue habilement avec les nerfs du lecteur. Quand les événements donnent l’impression qu’un dénouement heureux se profile, très vite, un incident survient, remettant en cause les moindres efforts des protagonistes.

La victime principale ici est Rachel, dont la fille, Kylie est enlevée alors qu’elle attend le bus pour le collège. Cette femme est une « survivante » : à peine guérie d’un cancer du sein, tout juste remise de son divorce, et à deux pas de pouvoir exercer le métier dont elle rêve depuis longtemps, professeur de philosophie, qui lui permettra de vivre avec sa fille de manière plus décente. L’enlèvement de Kylie est l’épreuve de trop dans cette existence qui la déjà tant malmenée… Et pourtant, elle va trouver des ressources remarquables en elle-même et retourner ciel et terre pour retrouver la chair de sa chair, sa seule raison de vivre.

Je n’en dirais pas plus tant j’ai envie de vous laisser découvrir par vous-mêmes ce thriller incroyablement angoissant et royalement mené (la résolution du puzzle final : wouah !), mais aussi ce personnage féminin de Rachel, extraordinaire de modestie et de courage : quel cran !

samedi 25 avril 2020

Love me Lou, Eva de Karlan


Love me Lou, Eva de Karlan (éditions Elixyria, juin 2019)

★★★☆☆

« Être sous- fifre n'était pas dans ma destinée. La mienne, elle s'est écrite dans l'hémoglobine du boss quand je l'ai approché pour lui découper le visage avec mon cran d'arrêt et une lame de rasoir. Une simple formalité à laquelle j'ai pris beaucoup de plaisir. » C’est ainsi que se définit Xander, un homme terriblement dangereux, très certainement psychopathe de naissance.
Dan, lui, est tout le contraire. Un être profondément bon et courageux qui a su déployer des tactiques de survie et de protection dès l’âge de douze ans afin de se protéger et surtout, d’élever sa petite sœur, Aby, à la mort de leur mère. Pour vivre tranquille et avoir un minimum de respectabilité, il a appris à se battre et à manier les armes. Il a un objectif : trouver un emploi stable pour pouvoir vivre dans des conditions décentes.
Car ces trois personnages vivent en zone 13, un quartier mal- famés qui regroupent les criminels, les junkies, les trafiquants en tous genres et les prostituées.

Cependant, un jour qu’il rentre de sa formation d’ambulancier, Dan va défendre une jeune femme de la « city » qui se fait sauvagement agresser. Un regard et c’est le coup de foudre. Elle s’appelle Lou et exerce le métier de conférencière dans la partie de la ville où l’on vit davantage en sécurité et de manière plus confortable, plus aisée.
Quelques œillades, un premier rendez-vous, un second… Dan vit sur un petit nuage, tout en doutant : vu d’où il vient, Lou n’est- elle pas trop bien pour lui ?
Mais voilà qu’un coup tordu de Xander remet l’avenir de Dan en question...

La première partie de ce roman met en place les personnalités des trois personnages principaux et les enjeux des liens qui les unissent. C’est un passage que j’ai trouvé un peu lent au niveau du rythme et j’avoue m’y être ennuyée. Par contre, la deuxième partie donne un véritable second souffle à l’intrigue et là, j’ai été captivée par les sombres péripéties des protagonistes de l’histoire. Seule la scène finale, trop onirique à mon goût, m’a décontenancée…


Au final, une lecture que j’ai trouvée bien agréable mais qui manquait d’intensité pour me plaire totalement.



jeudi 23 avril 2020

La fille de personne, Cécile Ladjali


La fille de personne, Cécile Ladjali (Actes sur, mars 2020)

★★☆☆☆

J’aime beaucoup ce que fait Cécile Ladjali, sa détermination à faire vivre la littérature, notamment dans les dialogues sur scènes avec des auteurs contemporains qu’elle met en ligne sur Instagram, son désir de l’enseigner, aussi, auprès de personnes que l’on pense « exclues » de l’univers de la lecture, comme les sourds ou les illettrés. J’avais d’ailleurs adoré son roman éponyme paru en 2016.
Alors quand elle a proposé l’idée de parler des bibliothèques brûlées, des destructions de livres par divers autodafés à travers les siècles et dans le monde entier, tout en mettant en parallèle des auteurs ayant réellement existé, Kafka et Hedayat, qui eux- mêmes prenaient la décision étrange de brûler leurs créations, je me suis jetée sur ce roman.
Malheureusement, j’avoue avoir été déçue. J’ai même quelques doutes quant à la dénomination de « roman » pour ce récit qui me paraît plutôt être un essai enrobé d’un peu de fiction.

L’autodafé est un prétexte ici pour parler des deux grands écrivains que sont Kafka et Hedayat, probablement pour raviver la curiosité des lecteurs d’aujourd’hui. Le personnage féminin qui fait le lien entre ces deux hommes est lui, fictif. Luce Notte, qui est en pleine rédaction de sa thèse consacrée aux « bibliothèques à l’épreuve du feu », va, par le plus grand des hasards, se retrouver jeune fille au pair chez les Kafka durant plusieurs mois. Le jeune Franz n’a encore rien publié, étant étouffé par un père arrogant qui méprise la trop grande sensibilité de son fils. Luce va l’encourager à prendre la plume. Mais Franz demandera quelques années plus tard, à l’un de ses amis de brûler tous ses manuscrits.

Quarante ans plus tard, Luce est devenue bouquiniste, à Paris. Elle va rencontrer Sadegh Hedayat, auteur iranien censuré dans son pays, et l’aider, à son tour, à brûler ses manuscrits : « Dans le cendrier du poêle, tes mots se sont changés en poudre grise et couvrent les charbons ardents. »


A travers ces deux hommes, c’est l’image d’un père qu’elle n’a jamais connu, que Luce recherche ; le regard protecteur d’un homme. Et son mal-être transpire dans toutes les pages du récit.
Ce qui est dommage, c’est qu’on s’y ennuie… De longues descriptions en longues introspections, les mots, certes habiles, ont tendance à endormir le lecteur, et il n’y a pas un seul dialogue pour dynamiser les scènes narrées.

Le postulat de départ était vraiment intéressant et aurait mérité d’être développé d’une manière plus vivante. Je me suis réellement ennuyée tout en restant sur ma faim…



mardi 21 avril 2020

La maison bleu horizon, Jean- Marc Dhainaut

La maison bleu horizon, Jean- Marc Dhainaut (éditions Taurnada, 2017)

★★★★★

« Nom d’une pipe de nom d’une pipe ! », comme le dirait si bien Alan Lambin, je me suis encore retrouvée piégée par les intrigues paranormales de Jean- Marc Dhainaut !!! Impossible d’arrêter de tourner les pages avant d’avoir eu le fin mot de l’histoire !

4 janvier 1985, il gèle à pierre fendre à Villers – Bretonneux, dans la Somme. Notre enquêteur mi- ch’ti mi- breton, Alan Lambin accepte néanmoins de s’y rendre pour deux raisons : participer à une conférence de son ami Paul, para-psychologue spécialiste lui aussi des phénomènes spectraux, et porter secours à Hélène, jeune mère de famille qui pense que sa maison est hantée : « Mais il ne fallait plus se mentir : cela faisait quelques jours qu'ils avaient l'impression de ne pas être que quatre à la maison. »

Arrivé sur place il va découvrir une famille totalement terrorisée par les phénomènes paranormaux se déroulant entre les murs d’une magnifique maison de maître du siècle dernier. Les portes qui claquent, les lumières qui s’éteignent toutes seules, les pleurs et les cris sont des manifestations qui se produisent chaque soir, sans faute, à la nuit tombée.

Alan Lambin va avoir besoin de son matériel spécifique à la captation d’ombres et d’énergies, mais surtout de son sens aiguisé de la déduction pour remonter dans les strates de l’histoire de la maison, mais surtout dans celles de l’Histoire, la grande, et plus spécifiquement celle de la Grande Guerre.

Au final, c’est un roman captivant qui mêle habilement intrigue fantastique et récit historique, tout en étant porté par une écriture cinématographique rythmée qui fait s’accrocher le lecteur à son fauteuil !!! Si vous aimez frissonner, n’hésitez pas !

dimanche 19 avril 2020

Supplice, L.S. Ange


Supplice, L.S. Ange (éditions Elixyria, avril 2018)

★★★★★


Une détonation et la vie de Luna s’effondre, juste après un dernier regard à sa mère : « Je croise son regard, ses superbes yeux noirs identiques aux miens, et lui rends son sourire, sans me douter une seule seconde que c'est le dernier que j'échange avec elle. » La voilà seule, ayant perdu son père cinq ans auparavant et sa mère ainsi que son petit frère, Max, dans l’explosion de la voiture familiale.

Un événement traumatisant, d’autant plus que Luna vit à Antario, une cité du futur dans laquelle les humains sont « classés » en trois zones : la zone 1 où tout le monde est « beau » et évolue dans un monde « parfait » ; la zone 2 étant celle de la classe moyenne, au service des habitants de la zone 1, pas moins beaux mais moins privilégiés… Et puis vient la zone 3, celle des soldats chargés de refluer hors des remparts de la ville des personnes surnommées les « Défaillants ». Ceux- là, ce sont les handicapés mentaux ou physiques, des « erreurs de la nature » dans ce monde qui a réussi à survivre à plusieurs accidents nucléaires.

Mais voilà, Luna, suite à son accident, se retrouve couverte de cicatrices. Impossible donc de rester en zone 1. Elle rejoint alors sa grand- mère en zone 2 et attend de savoir ce qu’il va advenir d’elle. En effet, elle vient d’avoir 18 ans, et les règles d’Antario lui impose de participer à une cérémonie d’accouplement : elle sera exposée face à des hommes susceptibles de la choisir afin de l’accepter pour compagne : « - Voici devant vous, prête pour l'accouplement, Luna Laroche, née le 18 juin de l'année 70. Que toute personne qui souhaite s'unir à elle pour la vie approche. » Qui va oser s’avancer ? Luc, son ami d’enfance ? Kylian, son nouveau voisin si craquant ? Fred, rencontré lors d’une soirée arrosée ?


Vous l’avez certainement compris, rien n’est simple pour Luna et les épreuves et péripéties diverses vont se cumuler dans son chemin de vie. La jeune fille va devoir supporter de nombreuses épreuves, dont celle de la quarantaine qui s’apparente davantage à un passage dans un camp de concentration conforme à ceux mis en place par les nazis. Ses sentiments vont aussi connaître les aléas d’un grand- huit. Ceux du lecteur aussi.

J’avoue, au début, Luna m’a passablement agacée ; jeune fille défigurée, elle parvient tout de même à avoir trois « beaux mecs » à ses pieds !!!! Et puis, son passage dans le camp de la quarantaine, dans lequel elle va faire acte de bravoure, m’a fait changer d’avis sur cette jeune fille…

L’écriture de L.S. Ange m’a une fois de plus emportée, m’agaçant, puis me tirant les entrailles quant au devenir de son héroïne, Luna, si fugace… Plaisir de lecture à 200%.

vendredi 17 avril 2020

Lux et tenebrae, Amélie Marion


Lux et tenebrae, Amélie Marion (Fyctia - Hugo et Cie, février 2020)

★★★☆☆

Amélie Marion a été sélectionnée par la plateforme d’écriture Fyctia suite au concours portant sur le thème de la sorcière, pour être publiée par la maison d’édition Hugo et Cie en format numérique. Ayant eu la chance de participer à cette même aventure éditoriale, je me suis lancée à mon tour dans la lecture de « Lux et tenebrae ».

Nous sommes ici aux côtés d’Abigail, jeune princesse de bientôt dix-huit ans qui s’apprête à fêter son mariage le jour de son anniversaire. Son futur époux lui est inconnu, mais cet événement va lui permettre de quitter enfin le château dans lequel elle est enfermée depuis sa naissance. Elle y a été élevée dans le culte du silence et dans l’interdiction de tout contact corporel. Seule son imagination lui a permis jusque-là de mettre un peu de fantaisie dans son quotidien : « Il m'arrive de me plonger dans les créations de mon inconscient de façon si intense que j'entends le rire des enfants, les murmures des vieillards et le vent chanter à mes oreilles. »
Et pourtant, en apprenant qu’un étranger est retenu dans les geôles du château, elle va oser faire un pas de côté à l’habituel protocole qui lui est imposé, et cet écart va entraîner bien des rebondissements dans sa destinée !


Je peux dire que j’ai été charmée par l’univers fantasmagorique plutôt « soft » imaginé par cette auteure de fantasy. Nous sommes en présence de sorcières aux pouvoirs divers évoluant en marge de notre monde peuplé de simples êtres humains. J’ai apprécié la présence de Charon, ce passeur d’âmes évoluant sur le Styx car Amélie Marion a su utiliser ce personnage mythologique avec originalité !
J’ai beaucoup aimé la poésie de l’écriture, notamment dans les incantations :
« A minuit, ose, il en va de ta vie.
Ta destinée est entre tes mains.
Notre avenir en dépend.
Sois brave, et le monde te paraîtra plus grand. »

Le seul bémol que j’ai pu relever réside dans les maladresses lexicales et grammaticales que mon œil de professeur de français a tendance à relever facilement.

Au final, un récit original, poétique et très agréable à lire. Je le classerais volontiers au rayon « Young adults » ; sûre qu’il plairait à des adolescents dès l’âge de quatorze – quinze ans.

jeudi 16 avril 2020

Le testament de l'oubli, Louis Malaune


Le testament de l'oubli, Louis Malaune (Ravet- Anceau, septembre 2018)

★★★★★

Bienvenue à Boulogne- sur- mer, premier port de pêche de France, sa vieille ville fortifiée, son musée de la mer et ses voyous du quartier du Chemin vert. Une voiture brûle sur la RN42 et le conducteur qui en sort a complètement perdu la tête. Le commandant Talmon est appelé sur place. C’est le début d’une nouvelle enquête. Elle sera des plus macabres : des corps de femmes suppliciés et sans tête sont découverts à un rythme terrifiant. Quel fou a été lâché dans la nature ?

Talmon, policier irascible aux méthodes non conventionnelles, est sur les nerfs. Lui qui a récemment résolu avec succès l’affaire du Bourreau Belge espérait un peu de répit. Or, il en est loin. Le nouveau criminel – tortionnaire lui fait rapidement comprendre que c’est lui, Gabriel Talmon, qu’il vise à travers ses cruels méfaits. Seul un retour dans un passé douloureux va permettre de mettre le policier sur la piste du tueur. Celui-ci est particulièrement sadique : « Il avait lu des tas d'ouvrages avant de passer à l'action. Des livres sur la torture au Moyen Age, les récits de bourreaux, allant même jusqu'à se délecter d'un document plus contemporain sur la gestion de la barbarie, le manuel du parfait petit djihadiste, pensé et écrit par et pour des tortionnaires modernes. » Talmon va devoir s’armer de patience, même si cela n’est pas son fort, pour pouvoir espérer épargner ses collègues et ses proches.


Une intrigue menée tambour battant ! Aucun répit n’est accordé au commandant Talmon pour qui on ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie malgré son comportement exécrable ! Les crimes perpétrés sont horribles – âmes sensibles s’abstenir ! – voire machiavéliques. L’auteur , de plus, positionne le lecteur aux premières loges grâce à une écriture cinématographique, dense et précise.

Bref, j’ai vraiment été captivée par l’ambiance et la densité de ce polar rondement mené. N’hésitez pas à vous y plonger !

dimanche 12 avril 2020

Yennès, Jean Vigne

Yennès, Jean Vigne (Editions Elixyria, mars 2019)

★★★★☆

Jean Vigne signe là un thriller fantastique efficace, parvenant à intégrer un univers irréel dans la réalité commune.
Les premiers chapitres font des allers- retours entre le passé (1992), le présent (« de nos jours ») et le futur (2038). C’est un peu confus mais en tournant les pages, le puzzle temporel se met en place et permet au lecteur de comprendre le pourquoi du comment.

Nous sommes ici aux côtés de la capitaine Agnès Philipetti. Celle- ci est appelée à l’hôpital de Grenoble, au chevet d’un homme retrouvé inconscient dans un appartement loué via Airbnb. La location est saccagée, du sang recouvre les murs et le sol et une étrange substance remplit la baignoire. Bizarrement, on va y retrouver l’ADN d’une fillette de onze ans, Yennès Jasquier, qui a mystérieusement disparu dans le petit hameau montagnard de Aime sept ans plus tôt.

Agnès n’est pas au bout de ses soucis… Les assassinats, tous plus étranges et cruels les uns que les autres, vont se multiplier et engendrer bien des interrogations qui mettront Agnès sur le chemin de la catastrophe de Tchernobyl…

Bref, un roman très intéressant, inquiétant par moment, qui pose pas mal de questions sur l’avenir de l’humanité et sur l’angoissante interrogation de la vie après la mort. 

vendredi 10 avril 2020

L’horizon qui nous manque, Pascal Dessaint

L’horizon qui nous manque, Pascal Dessaint (éditions Rivages / Noir, août 2019)

★★☆☆☆

Soyons clairs, j’ai choisi ce roman parce qu’il se situe là où j’ai grandi. J’avais déjà entendu parler de l’auteur sans l’avoir déjà lu, et je n’avais aucune connaissance de l’intrigue.

Question description, des lieux, j’ai été ravie, plongée dans mes propres souvenirs : « Cette mer se retirait si loin parfois que l'on pensait que même en courant à perdre haleine, des heures, une journée entière, on ne pourrait jamais atteindre les vagues qui se confondaient longtemps avec les brumes de chaleur. ». Cette mer du Nord, qui se mérite à coups de longues marches dans le sable, la réserve naturelle du platier d’Oye, la Tour penchée, le cochon Noir, le café du Col Vert à Marck sont des lieux que j’ai foulés et fréquentés durant trente ans, avant de descendre en Occitanie.  Quel plaisir de les retrouver sous une plume qui a su les apprécier !

Mais niveau intrigue, je suis restée sur ma faim…
Nous sommes en présence de Lucille, jeune institutrice qui vient de démissionner de l’Education nationale pour s’occuper des migrants dans la jungle de Calais. Elle vient de faire un burn- out et cherche un lieu où se réfugier ; ce sera dans une caravane que lui loue Anatole. Ce vieux monsieur ne vit que pour la chasse (il vit mal le fait de ne jamais avoir pu s’acheter une hutte), les films de Jean Gabin et les bons de réduction valables au supermarché de la ville d’à côté. C’est un bon bougre qui a le cœur sur la main. D’ailleurs, Loïk, sorti de nulle part (enfin, de « zonzon » quand même), va en profiter en venant s’installer dans le troisième « logement » de l’impasse, c’est-à-dire l’ancienne baraque à frites d’Anatole.

Les envies et les besoins des uns et des autres vont s’entrechoquer et produire de bien tristes événements, qui seront le prétexte pour l’auteur de construire une espèce de morale à cette large fable basée sur la misère sociale : « L'humanité est en train de muer en quelque chose de singulièrement détestable. »