samedi 15 février 2020

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais (Préludes, 02/20)

★★★☆☆

J’ai trouvé ce roman bien particulier dans le paysage actuel du thriller français.
Par son thème, la chasse à l’homme ; personnellement je ne me souviens pas avoir déjà lu de récit dans lequel un groupe de « notables » organisaient une expédition punitive. Et par son style, un peu lourd parfois du fait de longues descriptions que l’on pense d’abord inutiles, et puis qui finalement, servent à introduire une scène narrée de manière plus brève ; mais une scène qui claque bien aux yeux du lecteur !!! J’avoue avoir été choquée, malaisée par moment par ce que Bussonnais me racontait ! C’est glauque, c’est cru, c’est vulgaire… et pourtant, ça doit tellement coller à la réalité (il n’y a qu’à regarder le JT pour s’en rendre compte) !

Nous sommes dans une petite ville de campagne, là où le vétérinaire, le médecin ou le juge qui y habitent forment le cercle de notables respectables qu’on ne doit surtout pas égratigner. Leur fonction intime « naturellement » le respect des autres habitants. Quand François, le vétérinaire, décide d’organiser une chasse nocturne, personne ne remet en question le principe. Les pervers de la haute société se frottent les mains devant l’inédit de la soirée, tandis que les « petites têtes » sont invitées là pour qu’elles ne puissent pas témoigner contre les premiers si cela se passait mal.

Nous avons également Claire, la fille de François, qui se retrouve bien embêtée ce vendredi soir car son petit- ami, Mehdi, n’est pas venu la chercher comme prévu. En six mois de relation, il n’a jamais fait faux bond. Son embarras est accentué par le fait qu’elle n’a pas encore parlé à ses parents de sa relation avec Mehdi ; ils sont extrêmement racistes…

Tous ces éléments, vous l’aurez compris, vont s’entremêler.

Le schéma narratif est vraiment très bien ficelé, les personnages sont très bien construits au niveau psychologie. Les choix de l’auteur peuvent s’apparenter à des clichés, c’est vrai. Les propos tenus par les personnages sont eux aussi d’une vulgarité qui aurait pu être évitée dans un roman. Malgré tout cela, malgré des moments malaisants, je l’avoue : j’ai été captivée par ma lecture.

jeudi 13 février 2020

La Catabase, Jack Jakoli

La Catabase, Jack Jakoli (Editions ifs, 01/2020)

★☆☆☆☆

Je sors de cette lecture avec un véritable sentiment de déception… L'intrigue proposée par Jack Jakoli est certes intéressante, conforme aux tendances actuelles du thriller : du sang, de la torture, du Dark web, mais pas trop de « gore » tout de même (histoire de toucher le lectorat le plus large possible).

Par curiosité, j'ai cherché l'origine du titre : le mot « catabase » vient du grec et il signifie « descente » ; vous comprenez donc que là où nous allons descendre, ce sera dans les souterrains obscurs de l'Enfer. De toute manière, l'Homme est devenu tellement mauvais que c'est là que nous allons probablement tous nous retrouver : « Les êtres que nous sommes ne sont heureux que lorsqu'ils se détruisent. Entre eux ou seuls. Tout est toujours prétexte à la querelle, à la guerre, à la jalousie, à l'envie, à la domination. Je ne peux pas croire en une humanité qui chercherait avant tout le bien- être de son voisin. Nous sommes tous égoïstes. »

Nous voici donc en compagnie de Matt Leymans, un policier qui vient d'être muté (on ne saura pas exactement pourquoi, dommage). Il se voit confier sa première enquête : un cadavre de femme atrocement mutilé vient d'être retrouvé dans le canal Nimy-Blaton à Ghlin, Belgique. Il découvre rapidement la vidéo de la torture et du meurtre chez le suspect numéro un, qui n'est autre que l'amant rejeté de la victime. Du sang, de l'ADN, et le coupable est bouclé à perpétuité.
Sauf que… quinze ans plus tard, le voilà libéré du fait d'une Grâce royale mystérieusement accordée. Et il est prêt à tout pour clamer de nouveau son innocence. Matt va se remettre sur l'enquête, et cette fois, faire preuve d'impartialité…

Il y a de bonnes idées, des rebondissements inattendus, mais certaines relations sont passées sous silence, comme si l'auteur les avait, lui, en tête, mais sans se rendre compte qu'il avait oublié de les expliquer à son lecteur. Des clichés aussi auraient pu être évités comme la scène avec le maton aux airs de John Coffey; tellement prévisible… Certaines révélations aussi sont annoncées et puis ne viennent jamais, c'est dommage. Mais le pire a été pour moi le nombre de maladresses lexicales, de non – sens, en plus des fautes d'orthographe.

Bref, un roman qui pourrait être plaisant à condition d'un gros travail de relecture et de correction, tant sur la structure en elle-même du roman que sur le langage ; et cela réalisé par un professionnel digne de ce nom.

lundi 10 février 2020

Quand on parle du diable, Joseph Denize

Quand on parle du diable, Joseph Denize (Juliard, 01/2020)

★★★★☆

« L'esprit, voyez-vous, nous joue constamment des tours. Il n'est jamais à court de doubles fonds. En réalité, quand il semble se dévoiler, il se dérobe et nous abuse avec autant d'habileté qu'un prestidigitateur. » Joseph Denize semble s’être emparé de cette idée pour construire son premier roman. Qualifié de « fantasmagorie historique », son récit même habilement le réel et l’irréel (nommé ici « L’Outremonde ») de manière à expliquer certains phénomènes qui interviennent dans la vie de tout homme en ce bas monde. Il réussit la prouesse de ne pas basculer dans la légèreté du propos fantastique et on sent combien le travail documentaire a dû être important pour nourrir de la sorte la fiction.

Paris, 1917, Aimé Grandin a réussi à échapper au Front grâce à un faux certificat médical. Son oncle, Géo, qui l’a élevé, vient de mourir d’une crise cardiaque. Les deux hommes menaient une vie de bohème, Géo étant un faussaire qui excellait à copier les grands maîtres de la peinture. Il était ami avec Modigliani, Picasso et tous ces artistes de l’époque qui traînaient dans les cabarets de Montmartre. Au sein de ce petit groupe de personnages extravagants se trouvaient également des prestidigitateurs de talent. Aimé a grandi parmi eux. Et lorsqu’il se rend chez le notaire pour récupérer ce que lui a légué Géo, c’est tout un pan bien occulte de la vie de son oncle qu’il va découvrir.

De la recherche d’un tableau aux pouvoirs morbides, à la découverte d’objets aux étranges pouvoirs, Aimé va vivre des aventures aux retournements de situations inexplicables. « Les événements extraordinaires qu'il avait traversés au cours des dernières semaines lui avaient montré que l'univers et l'existence échappaient totalement à la notion qu'en avait le commun des mortels, ce qui était sans doute une sorte de privilège. Ses mésaventures lui avaient appris à reconnaître l'œuvre de puissances occultes derrière les coïncidences qu'il rencontrait sur son chemin. »

Sa naïveté va l’amener au Front, mais aussi au Symposion, cérémonie où l’on cherche un éventuel successeur au Maître de l’Outremonde. Mais… tout ceci est-il réel ? L’auteur sème le trouble. Il pointe avec dérision cette étrange attirance de l’homme pour la cruauté, la barbarie.

J’ai aimé cette intrigue dense qui mêle personnages ayant vraiment existé et êtres de fictions, vérité historique, et fantasmes démoniaques. J’ai rarement lu d’ouvrages sur ce thème aussi bien construits. Seul le moment de la cérémonie du Symposion, avec toutes sortes de créatures imaginaires m’a semblé trop décalé. Le reste, notamment tout ce qui se passe dans la réalité d’Aimé, est captivant !  Et vous, succomberez-vous ???

dimanche 2 février 2020

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

★★★★★

« Les corneilles ne gardent pas les secrets mieux que la boue ; à peine ont- elles aperçu quelque chose de bizarre dans la forêt qu'il leur faut en parler à tout le monde. » Telle une corneille, j’ai envie de dire à tout le monde de se jeter dans la lecture de ce très beau roman. L’histoire de l’héroïne, nommée Kya est une ode à la nature, à la solitude, mais surtout à la vie.

Abandonnée petite fille par sa mère, ses frères et sœurs, puis par son alcoolique de père, elle doit trouver le moyen de survivre avec ses propres moyens dans la cabane familiale isolée au cœur des marais de la Caroline du Nord. Sa compréhension innée du fonctionnement de la nature et un sens aigu de la débrouillardise vont lui permettre de trouver toutes les ressources nécessaires pour se nourrir, se chauffer, s’éclairer, mais aussi utiliser la barque de pêcheur ayant appartenu à son père.

Aucune aide ne lui sera apportée par les gens de la ville, Barkley Cove, qui considère Kya, surnommée « La fille des marais » comme une souillon, une sauvageonne à éviter absolument.
Seul Jumping, un descendant des esclaves noirs, lui tendra la main en lui permettant de trouver les moyens d’assurer ses besoins basiques. Et Tate, un voisin qui était jadis l’ami de son frère Jodie, et qui la connait depuis sa plus tendre enfance. L’adolescent va prendre la petite Kya sous son aile en lui apprenant à lire, à écrire et à compter. Ensemble, ils vont partager cet amour incommensurable qu’ils ressentent tous deux pour la faune et la flore du marais. Mais Tate va partir pour l’université, abandonnant Kya à son tour.
De nouveau seule, l’adolescente va avoir envie de se rapprocher de ses semblables, les humains, mais la déception va être cruelle…

Ce roman est envoûtant : comment ne pas s’attacher à la petite Kya qui subit la solitude avant de s’en faire une amie, voire une arme de défense ? Ce personnage n’est pas sans rappeler « Turtle », la jeune héroïne de « My absolute darling » de Gabriel Tallent… Une jeune fille, puis une femme forte, construite par les mauvais coups du sort liés aux humains et par une harmonie avec la nature renforcée par une espèce de communion avec les animaux.
C’est beau, c’est fort ; bref : lisez-le !

jeudi 30 janvier 2020

La Goulue, Maryline Martin


La Goulue, Maryline Martin (Les éditions du Rocher, 16/01/2019)

★★★☆☆



J’ai toujours été attirée par cette période de l’histoire de France nommée « Belle Epoque », qui va de 1880 jusqu’à la Première Guerre mondiale. Cette profusion d’artistes d’horizons divers, tous plus originaux les uns que les autres, rassemblés dans les cabarets de Montmartre où le soir venu, chacun raconte l’avancée de son œuvre en sirotant un verre d’absinthe… Quel spectacle ce devait être ! Autour d’eux gravitent une nuée de femmes bien évidemment. La plus célèbre d’entre elles est surnommée « La Goulue », en raison de son appétit, qui est impressionnant, que ce soit en denrée alimentaires… ou en hommes ! La Goulue est une jeune femme bien en chair qui n’a aucun complexe et dont le plaisir est même de choquer les spectateurs par ses gestes effrontés lorsqu’elle danse le cancan !


Dès l’adolescence, Louise Weber, de son vrai nom, a le diable au corps. Blanchisseuse dès l’âge de seize ans, elle va jusqu’à emprunter les robes de ses clientes pour aller danser le quadrille chaque soir. Sa gouaille et son appétit de vivre vont vite être remarqués. Entretenue par des hommes fortunés dont elle se lasse vite, elle va être embauchée comme danseuse professionnelle à l’Elysée Montmartre puis au Moulin Rouge où elle obtiendra un véritable statut de vedette. Elle y croisera notamment Toulouse-Lautrec et Renoir, pour qui elle servira de modèle. 


Cette docu-fiction m’a permis d’en apprendre davantage sur cette figure illustre que représente « La Goulue » : enfance, moments de gloire puis déchéance. Par contre, je regrette le ton purement journalistique de l’auteure. Les analyses de celle-ci, ses apports en connaissances culturelles et historiques sont entrecoupés d’extraits du journal intime de cette célébrité de la Belle Epoque. C’est dommage que tout ceci n’ait pas été mêlés avec des efforts de style ; cela aurait évité la fadeur du texte final et les nombreuses répétitions.
Un livre intéressant mais trop peu captivant.

lundi 27 janvier 2020

L’art du meurtre, Chrystel Duchamp


L’art du meurtre, Chrystel Duchamp

★★★★★


Un thriller complètement addictif, lu en 24h !!!



Le corps de Franck Tardy, avocat, est retrouvé atrocement mutilé et dans une mise en scène plutôt étrange. Un duo d’inspectrices est envoyé sur place, Patricia, commandant et Audrey, lieutenant. C’est cette dernière qui sera la narratrice du récit. Flic un peu perdue, qui boit et fume du cannabis pour soigner son état dépressif et qui multiplie les relations d’un soir. Elle détonne dans le milieu mais cela n’entache en rien son efficacité. Rapidement, elle découvre ainsi que l’homme de loi assassiné fréquente les clubs sadomasochistes. Elle se rue donc sur cette piste. C’est alors qu’un deuxième homicide est découvert, un homme, riche, collectionneur d’œuvres d’art lui aussi. Puis un troisième crime est commis, même profil et dans les mêmes conditions peu banales…

Où cela va-t-il s’arrêter ? Qui peut bien organiser pareil dispositif macabre ?



Ayant fait des études d’histoire de l’Art avant d’intégrer le 36, Audrey pressent que les mises en scène des assassinats sur lesquels elle enquête sont liées à un souci esthétique. Et pourtant, il n’y a rien de beau dans l’exposition de cadavres : « L'odeur de la mort est effroyable. Certes, la vue d'un cadavre est choquante, mais les jours passent et la vision s'estompe. L'odeur elle, reste à tout jamais. Elle vous colle à la peau, elle imprègne vos cheveux et vos vêtements. Vous avez beau vous laver deux fois, dix fois, mille fois, elle persiste. Les souvenirs olfactifs sont les pires. Ils ne vous quittent jamais. » Qui est donc ce meurtrier aux pratiques originales ?



Chrystel Duchamp nous fait soupçonner divers protagonistes au fur et à mesure du récit, sans que jamais, le lecteur ne parvienne à trouver l’identité du meurtrier (Ahhh ! Ce dernier chapitre !!!!). Elle nous balade avec intelligence dans le milieu de l’Art contemporain. J’avoue avoir fait des recherches sur Internet tant les artistes cités m’ont étonnée par leurs pratiques !!!

J’ai l’impression de ressortir de ce thriller avec des connaissances culturelles supplémentaires tout en ayant passé un excellent moment de lecture ! L’auteure m’a menée par le bout du nez du début à la fin de son récit et j’ai adoré cela !!!


Auteure à suivre !!!

samedi 25 janvier 2020

Te souviens – tu de nos promesses ? Théo Lemattre


Te souviens – tu de nos promesses ? Théo Lemattre

★★★★☆



« L'indifférence, il n'y a rien de pire. Il n'y a rien qui puisse blesser davantage. » Karen fait ce constat malheureux en pensant à son mariage. Elle a tout concédé à Philippe, par amour : orientation scolaire, déménagement, carrière et envie d’enfants. Elle est restée la femme de l’ombre, celle qui permet à son mari de briller. A l’approche de la quarantaine, elle n’en plus plu. Les disputes deviennent plus fréquentes, plus violentes et la nécessité d’un divorce s’impose.
   

« On dit que l'amour et la haine sont si proches qu'on ne parvient parfois pas à faire la différence entre les deux. » Mais voilà qu’une fois que les papiers sont signés Philippe se retrouve comme sous le choc. Une grande gifle le réveille brutalement : Karen est la femme de sa vie. En divorçant, il a fait l’erreur de sa vie. Est-il trop tard pour la reconquérir ? 


Il y en a eu des méchancetés échangées entre eux. Leur couple, vieux de vingt- cinq années semblait usé. Et la solution de la séparation a mis encore plus d’huile sur le feu : « C'est comme ça, les séparations. On n'a pas forcément besoin de ce qu'on réclame, mais on veut simplement faire du mal avant de partir, comme s'il fallait piétiner l'herbe du jardin de l'autre pour que plus rien n'y repousse. »

Il n’a pas été tendre avec Karen ces dernières années, ni ces derniers jours juste avant le passage chez le notaire… 


En rangeant ses affaires dans des cartons dans le garage, il va tomber sur une vieille enveloppe, scellée vingt-deux ans plus tôt et intitulée « Nos promesses ». Effectivement, à l’âge de dix-huit ans, Philippe et Karen avaient noté, chacun sur un côté de feuille, ce qu’ils promettaient de faire pour l’autre dans l’avenir…

Et si la solution pour réparer, au moins partiellement, ses erreurs passait par la réalisation des promesses de naguère ?


Un roman « guimauve » sur le couple en crise, que l’on pourrait classer entre « feel-good » et « romance ». Le style est fluide, l’écriture est limpide et les pages se tournent toutes seules. Un moment de lecture bien agréable en ces temps moroses !

jeudi 23 janvier 2020

Murène, Valentine Goby

Murène, Valentine Goby

★★★★★


« Il choisit le roman, sans doute parce que seule la fiction peut convaincre un lecteur de se risquer à entrer dans pareille histoire. » Cette phrase a attiré mon regard, fait tourner mes méninges… J’avais repéré ce roman dès sa sortie, mais je le tenais éloigné, volontairement, de mes mains. Il m’effrayait… J’ai travaillé quelques années avec des adolescents polyhandicapés ; j’en garde un souvenir ému et j’avais peur de tomber sur un cumul d’idées préconçues sur les personnes handicapées.  J’étais effrayée à l’idée de lire le portrait trop clinique d’un homme diminué.


Il aura fallu la venue de l’auteure dans une librairie située dans la ville où je vis pour que je me décide à lire ce roman contre lequel j’avais construit une barrière mentale.


Au final, c’est bien moi-même qui suis coupable de projections d’idées préconçues : ce roman, terriblement humain m’a emportée par la justesse de son récit. 


Hiver 1956, François, jeune homme dynamique va, suite à une imprudence, se voir amputé des deux bras. Deux choix vont s’offrir à lui : s’en vouloir et se laisser gagner par la rancœur : « Ce qu'ils font à ce corps il s'en fout, il pèse le poids d'un noyau de pêche, vingt et un grammes maximum, ce que pèse l'âme selon les calculs de Duncan MacDougall, médecin américain. » Ou alors, tout à l’inverse, tenter le pari de vivre… Survivre… 


En 1956, les appareillages ne sont pas les prothèses d’aujourd’hui. Il faut une sacrée rage de vivre pour pouvoir les utiliser. Mais François tâtonne sous la plume de Valentine Goby. L’auteure lui laisse le droit de se plaindre, de râler, de tout casser. François n’est pas un personnage lisse qui accepte toutes les contraintes. A eux deux, ils font appel aux classiques de la mythologie, aux « Métamorphoses » d’Ovide qui permettent aux humains qui souffrent de trouver un havre de paix dans le milieu naturel : « J'écris sur le pari de vivre, les métamorphoses qu'il engendre, et le réel n'est pas moins cruel que la fiction dans son obstination à défier notre préférence pour la vie. »

François trouvera son salut dans l’eau, d’où le titre. 

Mais la route  qui va le mener jusque-là sera un véritable chemin de croix que je vous invite à emprunter…

lundi 20 janvier 2020

Valentine Goby à la librairie Graffiti de Castres, ce dimanche 19 janvier 2020

Valentine Goby à la librairie Graffiti de Castres, ce dimanche 19 janvier 2020

Bonjour à tous! Hier, j'ai eu la chance de rencontrer Valentine Goby, venue lire des extraits choisis de "Murène", son dernier roman, avec un accompagnement à la guitare. C'était captivant!
Puis ce fut le temps des bavardages, des dédicaces, du grignotage entre les lecteurs présents, les libraires de Graffiti, l'auteure et le guitariste.
Un excellent moment qui m'a donné envie de lire les romans de cette auteure avec lesquels je suis repartie, dont "Murène"...






jeudi 16 janvier 2020

Cendrine, Paul Blanchot




Cendrine, Paul Blanchot

★★★★★

« Et le diable la toisait de là-haut. Debout. Nu. Rouge. Comme lorsqu'il l'avait prise. Ricanant d'elle. Dressé au sommet du mur d'enceinte comme à cet instant. » De qui ricane-t-il ainsi ? De Mylène, internée en asile psychiatrique. Cette femme de cinquante ans hurle, vocifère, griffe. Comment en est-elle arrivé là, à cet état qui n’est plus humain, mais pas animal non plus ?


Paul Blanchot a convoqué Faust et Méphistophélès pour réécrire une version actuelle du conte allemand qui narre leur pacte. Ici c’est Mylène, justement, qui va jouer le rôle du savant pauvre. Elle souffre d’un mal contemporain ; celui de ne pas pouvoir enfanter. 


Lorsqu’une voisine lui souffle l’adresse d’un magicien indien, elle se rue chez lui. Sacrifice, sortilèges et potions entrent en jeu. Elle se soumet. Elle se donne corps et âme. 

Neuf mois plus tard Cendrine et Delphine naissent. Mais attention, le démon va réclamer son dû : l’une des deux fillettes lui appartiendra. Mais laquelle ? Quand ? Comment ?
 


« Cendrine » est un conte cruel dans lequel le bien et le mal s’affrontent sur la place du village de Levain, situé en pays niçois. Le combat a lieu de nos jours. 


Le roman est dit « d’épouvante » mais vraiment, ce n’est pas le cas. C’est d’ailleurs parce que j’avais lu cette précision sur les blogs que je suis habituellement que j’ai osé me lancer dans cette lecture. D’habitude, il me suffit de lire un passage dans lequel se trouve un spectre entraperçu par le personnage principal  dans un rétroviseur pour me faire endurer trois nuits peuplées de cauchemars (cf « Le Signal » de Chattam !) ! Ici, pas de mauvais rêves, mais juste l’impression que des personnes vraiment mauvaises nous entourent ; il suffit d’ailleurs de regarder les informations à la télévision…

Bref, un roman noir, très noir, dans lequel on ne peut s’empêcher de se demander si effectivement, certaines personnes sont là, guidées par le bras du Mal absolu, ou si c’est simplement la nature qui dote certains d’un côté sombre, pour pouvoir éliminer les plus faibles de l’espèce. L’écriture, elle, est addictive. Son seul petit défaut a été pour moi de passer d’un personnage à un autre sans que cela soit spécifié, mais peut-être est-ce dû au format numérique adapté à ma liseuse (Kindle).



samedi 11 janvier 2020

Propagations, Lindsay Lorrens


Propagations, Lindsay Lorrens

*****

2025. Le monde a plongé dans le chaos depuis une épidémie foudroyante de leptospirose. Cette maladie infectieuse se transmet par le biais du rat, dont l’urine contamine tant les emballages des aliments lorsqu’ils sont stockés dans les entrepôts puis les supermarchés. Nous sommes arrivés à un stade où la leptospirose s’est étendue, à un stade où elle n’a plus été régulée et c’est une contamination monstrueuse qui s’est abattue sur la population humaine, qui ne peut même plus compter sur les chats pour éliminer ces rongeurs néfastes.


Sarah, 16 ans, se retrouve seule ; ses parents ayant péri rapidement après avoir contracté la maladie. Elle se terre dans la maison familiale, consciente que toute expédition extérieure risquerait de lui être fatale : « Je ne me fais aucune illusion : en plein désastre planétaire, c'est la course à la survie qui prime. Il ne faut plus compter sur des notions d'entraide, de solidarité, d'humanité. Nous vivons désormais dans un monde dévasté, ce qui signifie : chacun pour soi. »

De toute manière, l’odeur, à l’extérieur, est pestilentielle. Elle observe, derrière les rideaux qui obstruent les fenêtres de son domicile, ce qui reste de la société humaine qu’elle a connu : presque rien…


C’est d’ailleurs lors d’un de ces moments où elle espionnait le monde du dehors qu’elle aperçoit bouger un rideau à la fenêtre de la maison de ses voisins. Elle se rend compte très rapidement que leur fils, Mike, 17 ans, est lui aussi le seul survivant de sa propre famille. Elle, la jeune fille modèle et intello, l’avait toujours regardé de haut étant donné le statut de perturbateur de cours et la réputation de « mec pas fréquentable » qui collaient à la peau du jeune homme. 


Et pourtant, alors qu’ils semblent ne plus être que les seuls êtres vivants à la ronde ; Sarah va devoir se rendre compte d’une évidence : elle va devoir mettre de côté ses a priori du passé pour se lier avec le seul être qui visiblement est le seul à pouvoir l’aider à survivre…


Vont s’ensuivre diverses péripéties où le duo, accompagné par l’adorable bouledogue français nommé Bailey, va se retrouver confronté à des situations où seules des réactions sur le qui-vive vont leur permettre de vivre un jour de plus dans ce monde plus qu’hostile.


C’est au final un roman qui m’a totalement envoûtée, captivée… Jamais les mésaventures de notre duo d’adolescents n’ont été prévisibles et à chaque fois que cela se produisait, je restais en apnée jusqu’à ce que, enfin, quelque chose de positif n’advienne dans le récit.  L’esprit d’entraide entre nos deux protagonistes et d’autres personnages ou même animaux m’a énormément touchée. Sans jamais être mièvre ou bon enfant, l’auteure parvient à faire intercéder des sentiments profondément humains et justes.

Au final, je dirais que « Propagations »  est une dystopie des plus réalistes, en plus d'être véritablement intelligente et très bien écrite. Après tout, 2025, ce n’est pas si loin… 

Personnellement, j’aimerais tomber sur Sarah ou Mike si une épidémie de leptospirose se déclenchait. Ils ne sont pas savants. Mais ils sont humains au sens plein.

jeudi 9 janvier 2020

Blessures invisibles, Isabelle Villain


Blessures invisibles, Isabelle Villain

★★★★★


J’ai découvert les éditions Taurnada en fin d’année dernière et à chaque lecture, je suis surprise par la qualité de l’écriture des thrillers proposés. Dans « Blessures intimes », qui sort aujourd’hui, jeudi 9 janvier, on sent un travail documentaire approfondi de la part de l’auteure et personnellement, j’apprécie d’acquérir des connaissances dans des domaines divers, tout en étant captivée par l’intrigue du récit.


Celui-ci débute sur un assassinat mystérieux : le major Maraval est retrouvé mort d’une balle dans la tête dans son salon. La disposition du corps et des éléments du domicile laissent d’abord penser à un suicide ; mais cette thèse ne tiendra vraiment pas longtemps. En remontant dans le passé du militaire, Rebecca, commandant de Lost, brigade criminelle, va découvrir l’existence d’un trouble psychique diagnostiqué depuis peu : le trouble de stress post-traumatique, encore peu connu, il fait dire aux hommes touchés : « Vous vous sentez coupables, lâches, dégonflés? Vous avez tort. Votre blessure est invisible aux yeux du monde extérieur. » Maraval en souffrait depuis son retour d’une mission au Mali. Cette maladie, qui a profondément modifié le comportement du militaire, est-elle à l’origine de l’assassinat du major Maraval ? 


L’équipe du Lost va avoir bien des difficultés à interroger les membres de l’armée, soumis au secret professionnel le plus strict. Personne ne parle.  

En parallèle, Rebecca doit aussi s’occuper d’un meurtrier en série, « le tueur au marteau », qui a sévi en 2008 - 2009, et qui vient « reprendre du service » dans les quartiers de Paris, en cette année 2016. L’enquêtrice est sur les nerfs. Elle n’a pas réussi à l’arrêter naguère et elle sent la pression de ses supérieurs peser sur ses épaules.


J’ai aimé la psychologie du personnage de Rebecca, sa complexité, ses hésitations, ses doutes, son instinct, qu’elle a parfois du mal à suivre ; la relation qu’elle a avec les différents membres de son équipe et le cran qu’elle a face à ses supérieurs, au nom de la déontologie.

Son regard ironique envers les autres femmes m’a fait sourire aussi : « La femme au foyer, riche héritière, qui n'a jamais eu à travailler de sa vie, c'est tout de même beaucoup moins glamour qu'une commandante du 36 qui jongle avec des cadavres et tout le gratin de la police judiciaire. »

Une enquêtrice que j’ai regretté de ne pas avoir rencontrée plus tôt dans « Mauvais genre » (il faut que je me rattrape !) et que j’espère retrouver prochainement sous la plume adroite et captivante d’Isabelle Villain !

dimanche 5 janvier 2020

Marius, Marcel Pagnol 1ère partie de l'adaptation en bande dessinée


Marius, Marcel Pagnol
1ère partie de l'adaptation en bande dessinée 

★★★★☆


Marseille, Panisse, Piquoiseau, Escartefigue, quatre noms qui, si on les donnait en devinettes, mèneraient directement le joueur dans la Provence de Marcel Pagnol. Les cigales chantent, la brise marine transporte les bruits du port, et entre le bar de la Marine et le transbordeur, il règne une certaine langueur qui fait dire aux visiteurs : « je ne sais pas si c’est le climat, on resterait assis toute la journée ».


Les cœurs ont, semble-t-il, eux aussi tendance à être paresseux. Celui de Marius, c’est sûr. Le fils du cabaretier semble fermer les yeux devant la belle Fanny, qui vent des coquillages à deux pas de chez lui. Elle n’a d’yeux que pour lui mais Marius semble préoccupé par autre chose ? Est-ce une autre fille ? Est-ce un autre avenir ? Fanny ne sait plus que penser… Alors quand Panisse, vieux mais riche, commence à lui faire la cour, les tergiversations s’emparent de son esprit…


C’est un plaisir de retrouver l’univers de Marcel Pagnol dans cette bande dessinée. Les illustrations, très délicates, reflètent bien la Provence et ses couleurs chaudes. Les dialogues portent en eux l’accent marseillais si particulier et les exclamations font régulièrement sourire. De plus, l’intrigue présente dans ce tome est fidèle au récit initial.

Je pense donc qu’il s’agit d’une excellente mise en bouche à la trilogie marseillaise pour des collégiens, et j’ose espérer que lire cette bande dessinée leur donnera envie de se plonger dans les romans, plus complets quant à la description des portraits moraux des principaux protagonistes.

samedi 4 janvier 2020

Il aura fallu une seconde, Anne- Sylvie Pinel


Il aura fallu une seconde, Anne- Sylvie Pinel

★★★★☆

J’ai lu ce roman suite à une demande bien particulière puisque c’est le compagnon de l’auteure qui m’a contactée afin que je découvre la première publication romanesque de sa chère et tendre et que je puisse donner davantage de visibilité au talent de celle-ci. Force est de constater qu’il a bien fait d’insister car j’ai passé un bien bon moment en compagnie de la plume d’Anne- Sylvie Pinel. Notamment parce qu’il y a de la sincérité dans les pages de ce premier roman très bien écrit, mais aussi de l’empathie ; beaucoup d’empathie...


Pourtant, alors que l’on soupçonne rapidement une part autobiographique sous-jacente dans le récit de cette étape de milieu de vie, ce n’est en aucun cas un récit nombriliste. Bien au contraire, il s’agit plutôt d’un récit qui m’a fait penser à une quête initiatique qui aura pour but de pousser le lecteur à dresser, à son tour, un bilan sur les aspirations qu’il a pu avoir jadis et ce qu’il est advenu de tous ses rêves et de ses ambitions au moment présent.


Chaque chapitre de ce livre s’ouvre sur une citation d’auteur classique ou contemporain ; voire même de chanteuse à la mode (Clara Luciani, par exemple). De celles-ci, je retiendrais les mots d’Antoine de Saint-Exupéry : « Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ ». Pourquoi ? Parce que le récit commence par une fin, paradoxalement ; la fin d’une histoire d’amour longue de huit années déjà. En effet, Léa ne s’épanouit plus dans ce qu’elle pensait être l’histoire d’amour de sa vie : « Il fallait se rendre à l'évidence : à leur amour manquait l'harmonie, cet accord magique qui fait qu'une union peut vibrer, s'amplifier, et composer naturellement du Brel si on aime Brel, du Johnny si on aime Johnny, voire du Mozart si on est mélomane. »


Léa a 35 ans et elle s’ennuie dans un projet de vie banal déjà tout tracé. Elle aura le courage de réagir parce qu’elle en a assez de devoir coller à une société où « Les gens avaient tellement tendance à confondre le faire et l'être et à coller des étiquettes en fonction du job annoncé. » Elle veut revenir à ses rêves d’enfants : écrire, s’occuper des autres et danser. A bas les étiquettes !

Sa rencontre avec Carmen, danseuse de french cancan à l’esprit libre va l’aider à avancer dans son désir d’émancipation des carcans sociétaux. Et c’est en prenant conscience du fait que malgré ses airs enjoués et son éternelle bonne humeur, « Carmen avait verrouillé son cœur pour ne pas souffrir, et du même coup pour ne pas aimer », que Léa va sa lancer dans un projet tourné vers autrui, mais qui va lui permettre également de s’épanouir, au fil de rencontres bien étonnantes…

Le lecteur va s’attacher au personnage de Léa, c’est évident ! Son regard éclairé et sensible sur ses contemporains ne se fait pas sans une pointe d’humour qui déclenche quelques sourires. Si certains passages auraient pu être étoffés, l’ensemble de ce premier roman est une véritable réussite et nul doute qu’Anne- Sylvie Pinel fera partie des auteures à suivre dans les mois ou années à venir !