jeudi 26 mars 2020

1902, Fabienne Lejamble

1902, Fabienne Lejamble (Kissilow éditions, 2019)

★★★★☆

Je découvre l’écriture de Fabienne Lejamble avec ce petit roman (ou longue nouvelle) intitulé « 1902 ». Ce titre, c’est l’indication d’une année durant laquelle d’étranges phénomènes vont se produire à différents endroits.
Bienvenue dans le monde du « Sentier noir », dans lequel les sortilèges les plus morbides permettent de faire aboutir les projets les plus fous d’aristocrates dégénérés.

A première vue, trois récits tout à fait différents s’offrent au lecteur. Et ce dernier va plonger de plein gré dans les abîmes de l’univers fantastique : la météo est maussade, la mer est agitée et il est impérieux pour le jeune Georges, qui mène le premier récit, de se rendre dans le petit cimetière du petit village breton dans lequel il est, à la base, venu se reposer. Dans la deuxième partie qui se déroule à Paris, nous sommes dans les bas-fonds de Paris, où Antoine enquête sur les disparitions mystérieuses de prostituées en pleine nuit. La troisième partie remonte, elle, aux origines des deux premiers récits et donne un dénouement à l’ensemble.

J’ai été captivée par l’atmosphère oppressante habillement distillée par Fabienne Lejamble. Aucun doute, voilà une auteure qui sait comment garder l’attention de son lecteur dès ses premiers mots jetés sur le papier. Les mots choisis sont justes et le rythme sert parfaitement l’intrigue.

Le seul petit bémol pour moi dans ce récit a été le dénouement, trop onirique à mon goût ; je suis un peu restée sur ma faim…
Mais une chose est sure : je vais lire les autres livres de Fabienne Lejamble… Et vite !

Liz – Tome 1,5 – Dangereux désirs , G.H. David

Liz – Tome 1,5 – Dangereux désirs , G.H. David (éditions Elixyria, 2019)

★★★★★

J’ai retrouvé avec délice la plume de G.H. David avec ce tome « compagnon » de la série « Liz ».  En effet, le tome 1 de la saga se déroule du point de vue de Liz, tandis que celui-ci est le récit de la même histoire de rencontre, mais du point de vue du protagoniste masculin, Max.

J’ai vraiment apprécié cette version de l’intrigue qui permet de découvrir notre héroïne sous un jour nouveau, tout en donnant une dimension plus humaine à la recherche des origines du côté sombre de Liz. On en apprend aussi beaucoup sur Max lui-même, qui paraissait pourtant un homme bien sous tout rapport dans le tome 1. On découvre ici que lui aussi possède des parts d’ombre liées à un passé douloureux : « Le regard du soldat que j'ai abattu me poursuivra jusque dans ma tombe. C'était lui ou moi et, dans sa pupille, j'ai vu tomber l'ombre de la fatalité, le voile de l'effroi. »

Mais Liz et Max ne sont pas seuls. C’est une valse à trois qui se danse car Liz (ou Elie) est en couple avec Alex. Et ce dernier est loin d’être un ami pour Max…
De rencontres furtives en soirées animées ou en mission sauvetage, les deux êtres se frôlent, se rapprochent, et toujours le regard est le sens le plus en alerte : « Il y a une vie entière contenue dans ce regard, les pensées s'y dessinent plus vite qu'un générique ne défile à l'écran. »

Max se croyait insensible, handicapé des sentiments et des sensations. Avec Liz, il redécouvre l’odorat (ah ! ce parfum vanille – ylang ylang !) et ouvre enfin les yeux sur la beauté (ah ! cette scène devant le tableau représentant une femme asiatique !). C’est une découverte on ne peut plus positive et inattendue, étant donné le monde de brutes dans lequel les personnages de la saga évoluent !

Je terminerai ma chronique avec cette phrase que je trouve si joliment construite : « Un jour, Dieu créa Elie, et pour lui donner substance, il concentra dans l'espace restreint de ses prunelles tous les flots de la terre, la violence des torrents, la splendeur des océans, la fragilité des sources, la quiétude des rivières. »
Et en ajoutant que j’ai bien de la chance puisque le tome 2 m’attend !!!!

mardi 24 mars 2020

L’Etoile d’Orion, Aymeric Janier

L’Etoile d’Orion, Aymeric Janier (Beta Publisher, 2019)

★★★★☆

« L'homme est une drôle de créature, vous ne croyez pas ? D'un côté, cette intelligence rare et supérieure qui lui permet de dominer toutes les autres. De l'autre, cet instinct sournois qui, tel un poison, le pousse à l'autodestruction. Le seul être de la Création capable de mentir, de trahir et de tuer, non par nécessité, mais à la demande. » Aymeric Janier est journaliste de formation, actuellement éditeur au service économique du journal « Le Monde », et expert dans ce qui traite de la géopolitique et des relations humaines au niveau international. Son expertise de « la marche du monde » est très prégnante dans « L’Etoile d’Orion », qui constitue son premier roman.
Dans ce thriller, qui mêle espionnage et manigances odieuses, le lecteur va découvrir les pratiques d’une mystérieuse organisation nommée SPECTRE. Pourquoi a-t-elle été mise en place ? Par qui ? Pour quels réels desseins ? Tout semble tourner autour d’un événement appelé « l’incident du 20 janvier 1986 » ; un pasteur avait été assassiné sauvagement par un fondamentaliste musulman sur le sol américain. En quoi ce crime peut-il être lié à ce qui ressemble à un complot international ?
Le lecteur, aidé par des vidéos d’informations complémentaires cachées sous des QR codes à plusieurs endroits du récit (celles-ci ne sont pas indispensables à la compréhension de l’histoire, pas de panique !), va évoluer aux côtés de trois personnages au profil différent : ¨le colonel Alexeï Koulikov appartenant à l’armée soviétique, Phyllis Danbury, journaliste au « New York Times » et Aaron Snyder, jeune capitaine de l’armée américaine qui rêve d’entrer dans les services secrets. Ces trois-là n’auraient jamais dû se rencontrer mais le complot qu’ourdissent les dirigeants de SPECTRE vont les pousser à s’unir pour mettre à jour la vérité.

C’est un thriller qui se lit tambour battant. L’écriture est fluide, riche (j’adore devoir aller chercher des mots dans un dictionnaire !) et le propos est intelligent. Voilà un roman qui instruit et divertit en même temps ; c’est tout de même assez rare !
Un seul petit bémol à mes yeux : les personnages m’ont paru « froids » ; j’ai eu du mal à avoir de l’empathie pour eux. Il m’a manqué un peu de profondeur psychologique pour mieux comprendre leurs réactions, leurs sentiments.

Ceci mis à part, c’est un excellent roman, l’objet- livre est magnifique (bravo aux éditions Beta Publisher !) et je ne peux que vous conseiller de le lire et de suivre l’auteur !

jeudi 19 mars 2020

La cave aux poupées, Magali Collet


La cave aux poupées, Magali Collet (Taurnada, 03/2020)

★★★★★

Pfiouh ! Quelle claque ! Un roman noir, très noir, qu’il est difficile de lâcher tant il est singulier par son côté glauque et oppressant.

" Quand on vit dans la merde, on finit par lui ressembler quoi qu'on fasse" répète Manon, comme un mantra. On peut dire qu’elle sait de quoi elle parle en tournant les pages de ce récit qui relate une partie de sa vie.
Enfermée depuis sa plus tendre enfance dans une maison perdue dans les montagnes, Manon, jeune fille d’une vingtaine d’années, passe ses journées à travailler chez elle selon un planning bien précis : ménage, lessive, repas à faire pour son père, avec qui elle vit seule depuis une dizaine d’années, et une mission bien plus sordide : faire la toilette et apporter les soins nécessaires aux jeunes filles que son père a enlevées pour assouvir ses pulsions malsaines. Ces dernières sont enfermées dans des cachots situés dans le sous-sol de la maison.
« C'était à moi de la laver aussi, ce que je faisais à l'aide d'une bassine que je remplissais directement à la douche de la cellule. Pendant ce temps-là, elle gardait les yeux fermés et je préférais ça. Le Père, ça lui allait de monter un fantôme et il continuait à le faire au même rythme qu'avant. »

Manon ne pose pas de question : au moindre faux pas, elle est rouée de coups…
Elle n’a aucune conscience de ce qu’est une vie que l’on peut qualifier de « normale ». Ses seuls repères sont ceux diffusés à la télé… Sa conception de la vie de famille est tellement faussée !

En tant que lecteur, on a envie d’aider Manon à ouvrir les yeux même si l’on sait très bien que nos conceptions sont tellement différentes des siennes. Cette jeune femme, outre les violences physiques innommables qu’elle subit depuis des années, est complètement brisée au niveau psychologique.

Pour un premier roman, Magali Collet frappe vraiment très fort ! Son style sert parfaitement son intrigue. Pas de pathos, ni de psychologie à deux balles. Elle raconte à travers la voix de Manon, ses observations factuelles, ses pauvres capacités de réflexion, ses pauvres petits rêves…

Un conseil : jetez-vous sur cette pépite !!! Moi, j’attends le prochain avec impatience !

mercredi 18 mars 2020

Les jumelles martyres, Isabelle et Mireille Grenier


Les jumelles martyres, Isabelle et Mireille Grenier ( Editions de Mortagne, 2018)

★★★☆☆

Un témoignage percutant, qui met mal à l’aise. Âmes sensibles, passez votre chemin…

Isabelle et Mireille Grenier ont décidé de raconter le calvaire qu’elles ont vécu petites filles pour deux raisons : témoigner des insuffisances des Services sociaux (même si cela se déroule au Canada, on a déjà lu des reportages dénonçant ces mêmes manquements chez nos Services sociaux français), et montrer qu’une résilience est possible, qu’une vie heureuse en tant qu’adulte équilibré peut s’envisager quand on a connu les pires cruautés dans sa plus tendre enfance.

Les jumelles ont été abandonnées à la naissance par une maman qui avait déjà eu trop d’enfants. Le fait qu’elles soient à adopter ensemble ne facilite pas la démarche. Elles devront attendre l’âge de deux ans pour qu’une famille, les Lavoie, jette leur dévolu sur elles. Cette potentielle famille adoptante voit surtout en ces deux gamines une source de revenus non négligeables…

Très vite, les deux petites se retrouvent dénudées, attachées à leur lit, à se nourrir de restes et à subir des brimades d’une cruauté inqualifiable au quotidien. Certaines scènes des sévices subis racontés sont insoutenables. Par la suite, les fils Lavoie vont ajouter d’autres cruautés au calvaire des gamines, en assouvissant leurs besoins sexuels et en permettant à leurs copains de faire de même sur ces pauvres petites ; encore justement si petites… C’est honteux, cruel, inhumain. Les animaux ne font pas subir ce genre d’atrocités aux leurs.

Les services sociaux se doutent que quelque chose cloche, mais leurs visites s’espacent et rien n’est fait. Mme Lavoie prétend s’occuper si bien des petites.

La suite de leur expérience des familles d’accueil ou adoptantes n’est guère plus joyeuse, et pourtant, Isabelle et Mireille l’attestent, main dans la main : elles ont réussi à s’en sortir.
Un exploit vu ce qu’elles ont vécu.

mardi 17 mars 2020

L’homme aux murmures, Alex North

L’homme aux murmures, Alex North ( Seuil, 03/2020)

★★★★★

Vous avez aimé le film « Sixième sens » de Night Shyamalan ? Précipitez-vous sur ce thriller !!!
Moi qui suis un peu froussarde par rapport à ce qui a trait au surnaturel, à la présence parmi nous d’esprits de défunts, j’avoue avoir frissonné plusieurs fois en lisant certaines scènes !

Nous sommes ici sur une intrigue de disparition d’enfants. Pete, notre enquêteur, a l’impression de se réveiller d’un vilain cauchemar lorsqu’il apprend la disparition de Neil Spencer, six ans. En effet, il a enquêté vingt ans auparavant sur une série d’enlèvements et de meurtres de petits garçons à Featherbank, ville qualifiée de tranquille. L’assassin avait été arrêté et il est toujours incarcéré. Qui donc vient perpétrer de nouveau ce genre de crime selon le même mode opératoire ?

« Les cas de disparition d'enfants se divisent en cinq catégories : les rejetés, les fugueurs, l'accident ou la mésaventure, l'enlèvement par un proche, l'enlèvement par un membre extérieur à la famille. » Pete n’aura qu’un seul indice : Neil s’est plaint d’entendre sous sa fenêtre « L’homme aux murmures »…

Pendant ce temps-là, Tom, veuf depuis peu, vient s’installer dans une maison que l’on dit hantée avec son fils de sept ans, Jake. Ce dernier aussi entend des murmures sous sa fenêtre…

Alex North signe ici un premier roman remarquablement maîtrisé. Aucune incohérence, aucun défaut de style. Un récit construit comme un puzzle dont les parties sont distillées au fil des chapitres. Et cette fin !!! Brrr !!!! J’en frissonne encore !!!

mercredi 11 mars 2020

Les Mystères de Rowlington, Clara Le Corre

Les Mystères de Rowlington, Clara Le Corre (Fyctia, 02/20)

★★★★★

Ce roman est une jolie surprise ! Moi qui ne suis pas fan de fantasy, j’ai pris un immense plaisir à lire ce récit dans lequel une jeune fille, Dawn, livre un combat féroce contre les « Animaudits », des animaux modifiés par quelques sortilèges magiques imaginés par des sorcières toutes plus impitoyables les unes que les autres ! Ces pauvres bêtes, que ce soient des chats, des chiens ou des vaches, sont devenues depuis leur transformation des créatures cruelles dévoreuses d’homme.

Pour l’heure, nous sommes au jour de la rentrée au lycée pour Dawn qui ne décolère pas. Elle a rompu depuis peu avec son petit-ami, Armand, et celui-ci se pavane déjà, dès le premier jour, avec une jeune fille prétentieuse et « m’as-tu vu » au possible. De plus, un chat noir qui parle et qui dit s’appeler Cacho, ne la quitte pas d’un poil alors que les animaux sont interdits dans l’enceinte de son établissement scolaire.
Alors quand une nouvelle élève, Leotta, est intégrée dans sa classe et se met immédiatement à provoquer Dawn, celle-ci sent que les ennuis vont très vite s’accumuler.

Il faut dire que Dawn est une écorchée vive. Elle culpabilise énormément, et on la comprend, car elle est responsable de la disparition de son petit frère, Jay. C’est entièrement sa faute si celui-ci est sorti la nuit alors qu’un couvre-feu avait été mis en place. Cela fait un an, mais Dawn ne pourra jamais se le pardonner ; elle est marquée à vie par ce drame dont elle se sentira à jamais coupable.

Les évènements vont s’accélérer, les pages se tourner à une vitesse folle tellement j’ai été captivée !  J’avais peur de me retrouver dans une copie de Poudlard, mais pas du tout ! L’univers créé par Clara Le Corre est original, mêlant la magie à des sujets de la société actuelles tels l’homosexualité et l’exploitation animale.

Les personnages sont très bien construits, et j’aimerais adresser une mention spéciale au grand lord Oscar von Hawk, dont j’ai adoré les réparties. Par exemple : « Jeune créature, je suis un revenant, l'interrompit le squelette en levant son doigt d'un air docte. J'ai été réanimé pour de tristes desseins contre mon gré. Oui, demoiselle, acquiesça-t-il quand Leotta porta ses mains à sa bouche. J'étais dans mon manoir avant que cette gueuse à crapaud ne s'y installe. C'est elle qui m'a ramené à la vie. Dépendeuse d'andouilles. Elle disait qu'elle avait besoin de moi. Or, j'ai refusé d'être esclave dans mon propre manoir. Je n'ai pas l'allure, ni la patience, ni la docilité d'une soubrette. »

Clara Le Corre est, j’en suis sûre, une auteure à suivre !

dimanche 8 mars 2020

Toute la violence des hommes, Paul Colize


Toute la violence des hommes, Paul Colize (Hervé Chopin éditions, 03/2020)

★★★★★

Ce roman est mon premier coup de cœur thriller de ce début d’année ! J’ai tout aimé ; la forme, le fond, la psychologie des personnages, l’ancrage dans l’Histoire de la fin du XXème siècle, et le style de Paul Colize, que j’ai trouvé innovant dans le genre.

« La violence des hommes éclaboussait les siècles. Leur cruauté était sans limites. Les temps de paix n’étaient que de brefs intervalles entre les guerres, les génocides et les massacres. »
Nikolas Stankovic, né en Croatie, est accusé du meurtre d’Ivanka Jankovic, originaire du même pays. Ce jeune homme reste mutique. On découvre rapidement qu’il est le « Funambule », un artiste qui, depuis plusieurs mois, peint des fresques monumentales et choquantes sur les murs des immeubles de Bruxelles. Malgré des preuves attestant de sa culpabilité, il ne sort de son mutisme que pour prononcer ces mots : « C’est pas moi ».
Pauline Derval, directrice de l’établissement de santé mentale dans lequel « Niko » est interné, ainsi que Philippe Larivière, avocat de son dernier, vont tenter de remonter le fil de la vie de cet étrange inculpé, qui ne semble s’exprimer qu’à l’aide de ses Posca.

J’ai adoré la sensibilité de l’auteur qui lui permet de centrer l’attention du lecteur sur quelques personnages qui, dès le début, présentent des failles que l’on devine profondes sans qu’elles ne soient évidentes. Ses chapitres sont courts, incisifs. Les pages se tournent avec avidité parce que les indices sont distillés avec une parcimonie justement et intelligemment dosée.

« Personne ne penserait à se battre pour une question d’écriture. » Et pourtant…

Ne passez pas à côté de ce roman captivant et intelligent !

jeudi 5 mars 2020

La Chinoise du tableau, Florence Tholozan


La Chinoise du tableau, Florence Tholozan (M+Editions, 2019)

★★★★☆

Une jolie histoire pleine de tendresse mais aussi de fantaisie puisque l’histoire d’amour racontée s’entoure de réminiscences mystérieuses liées à un mystérieux tableau acheté par un couple dans un vide-greniers.

La narration en relais par les divers protagonistes de l’histoire et à des époques différentes donnent un dynamisme appréciable au récit, comme une espèce de suspense.
« Il s'agit d'une histoire d'âmes. Et, par la plus extraordinaire des coïncidences, les inclinations que l'on éprouve, amicales ou bien amoureuses, débutent toutes par la lettre A, tout comme âme ! » nous dit Mélisende qui a rencontré Guillaume depuis peu, avec qui tout est comme une évidence… Comme cette impression de « déjà vu, déjà vécu » que nous ressentons tous un jour ou l’autre. Mais aussi comme la pièce manquante du puzzle qui nous constitue : « J'ai pris conscience de ma fragilité. J'ai besoin de toi à mes côtés, dorénavant. Ton amour me nourrit, m'épaule, et donne une justification à ma vie. Tu me rends forte. »

Suite à l’achat de cet étrange tableau qui semble les représenter, Mélisende et Guillaume vont partir en Chine à la recherche de la Chinoise qui est représentée comme troisième personne du tableau. Les coïncidences vont se cumuler au fil de leurs déambulations dans la région du Guangxi. C'est un récit de voyage intéressant, mais j'avoue que certaines descriptions se sont révélées un peu longues pour moi.

Au final, c’est une jolie fable sur l’amour éternel, dont la morale pourrait être la suivante : « C'est à cela qu'on reconnaît l'amour, le vrai. A cette certitude que l'on sera là pour l'autre, quoi qu'il arrive, et qu'il sera également là pour soi. »

samedi 29 février 2020

Tu seras mon arbre, Valentine Goby

Tu seras mon arbre, Valentine Goby (Thierry Magnier, 2018)

★★★★★

Un roman graphique qui réécrit le mythe de Daphné, poursuivie par les ardeurs d’Apollon dans les « Métamorphoses » d’Ovide. Elle court, elle court, elle court pour tenter de sauver sa peau. Implorant son père, celui-ci la métamorphosera en laurier pour échapper – façon de parler – aux ardeurs du jeune dieu grec.

Ici, Daphné est une jeune femme bien de nos jours. Elle travaille, prend les transports en commun, sort en boîte avec ses copines. Elle veut être libre. Le fait savoir. Pourquoi ce type s’incruste-t-il dans sa vie ? Pourquoi la suit-il ?

Valentine Goby réécrit ce conte et le dédier à toute « cette cohorte de femmes qui hurlent depuis des siècles la même prière vaine, l’écrivent dans la buée, la griffent aux visages, la bégaient, la jettent aux rafales, la martèlent de leurs bottes en courses effarées ». Cette prière tient en deux mots : « laisse-moi ».

Essentiel.

Le chant de nos filles, Deb Spera

Le chant de nos filles, Deb Spera (Charleston, 01/20)

★★★★★

Quel beau roman ! Deb Spera signe là son premier roman et nous offre une histoire envoûtante et percutante. Les personnalités de Gertrude, Retta et Annie vont rester longtemps dans mon esprit ; j’en suis sûre.

Nous sommes en 1924, en Caroline du Sud. Les alligators pullulent dans les marais et il faut bien faire attention à l’endroit où l’on pose le pied. Gertrude sait comment procéder. Elle a été élevée comme un garçon et sait chasser et manier les armes. Hélas, cela ne l’empêche pas d’être victime des coups de son mari alcoolique.

Retta est descendante des esclaves exploités par les colonialistes européens. Même si elle jouit d’une liberté relative, elle demeure au service des Blancs. Ceux-ci, ce sont les Coles. La mère, Annie, est tiraillée entre un mari autoritaire, ses deux fils si différents et le questionnement lié à la fuite de leurs deux filles qui ont brutalement coupé les ponts avec leur famille. Alors que le « Campement », grand rassemblement politique, s’annonce, elle va faire une découverte qui va la perturber profondément…

Le lecteur suit le destin croisé de ces trois femmes qui, malgré les coups, la misère, les trahisons et les terribles secrets, se tiennent droites, le poing levé et la tête haute. Le talent de l’auteure réside dans la construction de ses personnages. Ils sont si bien aboutis psychologiquement parlant, que l’on ne peut qu’avoir la sensation de vivre leurs mésaventures en même temps que les héroïnes !

Au final, je me suis vraiment régalée à lire ce roman, et je pense sincèrement que Deb Spera est une auteure à suivre.

jeudi 27 février 2020

L'enfant océan, Jean- Claude Mourlevat

L'enfant océan, Jean- Claude Mourlevat (PKJ)

★★★★☆

Ouvrir un roman écrit par Jean-Claude Mourlevat est toujours une jolie surprise. Que ce soit un roman destiné aux adultes ou un récit écrit pour les enfants, c’est toujours un plaisir de le lire. L’enfant océan ne déroge pas à la règle. Cette réécriture du conte du Petit Poucet à la sauce contemporaine se lit avec grand plaisir.

Un matin, très tôt, Yann, le petit dernier d’une fratrie composée de trois paires de jumeaux, réveille ses aînés, persuadé que leurs parents, pauvres comme Job, ont le projet de les tuer. Les sept gamins quittent donc le domicile familial à l’aube et sous la pluie. Cap sur l’ouest : Yann veut les emmener à l’océan.
Bien évidemment, le voyage ne sera pas de tout repos, les rencontres ne seront pas toutes motivées par de bonnes intentions et les garçons avanceront grâce à un sens de la ruse bien aiguisé !

La narration en relais permet au lecteur d’aborder l’histoire avec fantaisie ; j’ai adoré cette ronde de personnages !
Les mots sont choisis avec soin, accessibles aux plus jeunes sans forcément jouer dans la simplicité.

C’est au final une fable sociale touchante : « Pour moi, la seule vérité est que ce "gosse", comme ils disent, était un gosse justement. Un simple petit gosse. Qui demandait seulement qu'on le tienne au chaud et qu'on lui dise des gentillesses de temps en temps. Comme tous les autres gosses. »
A lire en famille !

samedi 22 février 2020

La machine à brouillard, Tito Desforges


La machine à brouillard, Tito Desforges (Taunada, 02/20)

★★★★☆

Waoh ! Quel récit ! A lire d’une traite !

Tito Desforges nous entraîne dans les méandres de l’esprit quelque peu perturbé de Mac Murphy, ancien soldat, un dur de chez dur, revenu traumatisé du Vietnam. Il est persuadé d’avoir une « machine à brouillard » dans sa tête… A l’aide d’un traitement, des médecins militaires vont essayer de l’aider, de trouver le moyen de mettre un terme au brouillard qui lui embrume l’esprit et qui a emporté une bonne partie de ses souvenirs. Les scientifiques vont lui demander de passer par l’écrit, et à l’aide d’une médication, lui intimer de transcrire par écrit des bribes de souvenirs :
« Seigneur, que c'est bon d'écrire.
J'aime ça. Vraiment.Ou bien c'est le produit, là, le métamachin. »

Pourquoi ce traitement ? Parce que Mac Murphy clame que sa fille a disparu dans le village australien de Grosvenor-Mine. Il est même persuadé que les habitants, tous ligués entre eux, l’ont volontairement enlevée. Que s’est-il réellement passé ?

L’intrigue avance à coups de comptes-rendus médicaux dans lesquels notre soldat perd souvent l’usage de la conjugaison, utilise des expressions qui m’ont fait bien rire et sème le trouble dans l’esprit du lecteur ! J’ai adoré le passage dans lequel un Aborigène intervient ; quelle loufoquerie !

C’est au final un très bon moment de lecture : le récit est récit captivant et original pour un thriller. Les références à un certain film célèbre s’accentuent jusqu’à l’explication du dénouement final ; que personnellement, je n’ai pas vu venir.

Bref, les éditions Taurnada, ont encore réussi à atteindre leur objectif avec moi : me captiver avec leur tourbillon de mots !!!

jeudi 20 février 2020

Crève, mon amour, Ariana Harwicz

Crève, mon amour, Ariana Harwicz (Seuil, 01/2020)

★☆☆☆☆

Mais qu’est-ce donc que ce « roman » ?!! Il faut qu’on m’explique le but de ce récit, là ! Si au début, j’ai cru comprendre l’histoire que raconte cette narratrice (notez que j’ai cru comprendre avoir affaire avec un narrateur à un moment…), à savoir une mère déjantée qui ne supporte plus son bébé au prétexte qu’il pleure tout le temps ; j’ai complètement décroché au fur et à mesure des chapitres.
Les phrases n’ont ni queue ni tête. Ajoutez à cela l’utilisation, excessive à mon goût, de grossièretés à foison et vous comprendrez ma lassitude, mon écœurement.
Oui, j’avoue, j’ai terminé la lecture de ce livre que j’ai vraiment du mal à qualifier de roman, en le lisant en diagonale.

Ce que j’en ai compris ? Une femme oisive qui se plaint de son bébé, de son compagnon, qui passe son temps allongée dans l’herbe, qui apprend aussi à conduire occasionnellement, qui se rappelle de son beau-père plutôt particulier. Ah oui, elle tue le chiot aussi ; seul moment dans ces 203 pages où elle m’a semblé lucide.

Bref, pour moi, c’est ce que j’appelle une « lecture catastrophique ».

La deuxième femme, Louise Mey

La deuxième femme, Louise Mey (Editions du Masque, 01/2020)

★★★★☆

C’est la première fois que je lis un roman de Louise Mey et je reconnais que sa popularité est méritée.
Ce thriller psychologique met en scène Sandrine, qui est une jeune femme timide, complexée par son corps, élevée par un père qui la traitait de « grosse vache » et qui avance dans la vie de la manière la plus discrète possible, embarrassée par son corps : « Elle a encore dû grossir, cette pensée lui coule dessus comme un souffle sur un cygne. Elle devrait se recroqueviller toute entière, paniquer, perdre pied à cette idée, mais comment faire tomber quelqu'un qui se débat déjà, à genoux, lentement et avec des gestes patauds, dans des méandres de sable mouvant ? »

Un jour, elle tombe sous le charme d’un « homme qui pleure » à la télévision parce qu’il a perdu sa femme, disparue mystérieusement alors qu'elle faisait son jogging quotidien. Sandrine va tout mettre en œuvre pour le rencontrer, pour se rendre indispensable, elle qui ne rêve que de donner de l’amour. L’homme est sous le charme de Sandrine. Il lui fait même une place chez lui, auprès de Mathias, son fils.

Mais voilà que quelques mois plus tard, la première femme réapparaît. Elle est vivante. Elle va donc revenir auprès de son homme, auprès de son fils. Que va alors devenir Sandrine, la « deuxième femme » ?

De fil en aiguille, c’est une réalité qui n’est pas belle à voir qui va se révéler. Le phénomène #Metoo a débloqué la parole des femmes victimes de violences conjugales dont l’emprise, manipulation psychologique, est une forme. L'homme positionne la femme plus bas que terre : « elle n'est pas cultivée, non, il le lui répète assez, elle vient de la crasse et elle n'a pas à péter plus haut que son cul ». C'est d'une violence inouïe...

Louise Mey utilise une narration particulière : les voix de la narratrice et du personnage de Sandrine s’entremêlent, sans indications concernant les personnages qui parlent, sans la typographie habituelle des dialogues, avec parfois des paroles relatées telles qu’elles le seraient dans le réel, avec des hésitations marquées… Cela permet au lecteur d’avoir l’impression d’entrer dans la tête de Sandrine afin de disséquer ses pensées, de comprendre son cheminement… de ressentir la violence de sa souffrance aussi... mais c’est parfois déstabilisant ! 

Ce qui est sûr, c'est que j'ai désormais très envie de lire les autres romans noirs de cette auteure talentueuse !

samedi 15 février 2020

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais (Préludes, 02/20)

★★★☆☆

J’ai trouvé ce roman bien particulier dans le paysage actuel du thriller français.
Par son thème, la chasse à l’homme ; personnellement je ne me souviens pas avoir déjà lu de récit dans lequel un groupe de « notables » organisaient une expédition punitive. Et par son style, un peu lourd parfois du fait de longues descriptions que l’on pense d’abord inutiles, et puis qui finalement, servent à introduire une scène narrée de manière plus brève ; mais une scène qui claque bien aux yeux du lecteur !!! J’avoue avoir été choquée, malaisée par moment par ce que Bussonnais me racontait ! C’est glauque, c’est cru, c’est vulgaire… et pourtant, ça doit tellement coller à la réalité (il n’y a qu’à regarder le JT pour s’en rendre compte) !

Nous sommes dans une petite ville de campagne, là où le vétérinaire, le médecin ou le juge qui y habitent forment le cercle de notables respectables qu’on ne doit surtout pas égratigner. Leur fonction intime « naturellement » le respect des autres habitants. Quand François, le vétérinaire, décide d’organiser une chasse nocturne, personne ne remet en question le principe. Les pervers de la haute société se frottent les mains devant l’inédit de la soirée, tandis que les « petites têtes » sont invitées là pour qu’elles ne puissent pas témoigner contre les premiers si cela se passait mal.

Nous avons également Claire, la fille de François, qui se retrouve bien embêtée ce vendredi soir car son petit- ami, Mehdi, n’est pas venu la chercher comme prévu. En six mois de relation, il n’a jamais fait faux bond. Son embarras est accentué par le fait qu’elle n’a pas encore parlé à ses parents de sa relation avec Mehdi ; ils sont extrêmement racistes…

Tous ces éléments, vous l’aurez compris, vont s’entremêler.

Le schéma narratif est vraiment très bien ficelé, les personnages sont très bien construits au niveau psychologie. Les choix de l’auteur peuvent s’apparenter à des clichés, c’est vrai. Les propos tenus par les personnages sont eux aussi d’une vulgarité qui aurait pu être évitée dans un roman. Malgré tout cela, malgré des moments malaisants, je l’avoue : j’ai été captivée par ma lecture.

jeudi 13 février 2020

La Catabase, Jack Jakoli

La Catabase, Jack Jakoli (Editions ifs, 01/2020)

★☆☆☆☆

Je sors de cette lecture avec un véritable sentiment de déception… L'intrigue proposée par Jack Jakoli est certes intéressante, conforme aux tendances actuelles du thriller : du sang, de la torture, du Dark web, mais pas trop de « gore » tout de même (histoire de toucher le lectorat le plus large possible).

Par curiosité, j'ai cherché l'origine du titre : le mot « catabase » vient du grec et il signifie « descente » ; vous comprenez donc que là où nous allons descendre, ce sera dans les souterrains obscurs de l'Enfer. De toute manière, l'Homme est devenu tellement mauvais que c'est là que nous allons probablement tous nous retrouver : « Les êtres que nous sommes ne sont heureux que lorsqu'ils se détruisent. Entre eux ou seuls. Tout est toujours prétexte à la querelle, à la guerre, à la jalousie, à l'envie, à la domination. Je ne peux pas croire en une humanité qui chercherait avant tout le bien- être de son voisin. Nous sommes tous égoïstes. »

Nous voici donc en compagnie de Matt Leymans, un policier qui vient d'être muté (on ne saura pas exactement pourquoi, dommage). Il se voit confier sa première enquête : un cadavre de femme atrocement mutilé vient d'être retrouvé dans le canal Nimy-Blaton à Ghlin, Belgique. Il découvre rapidement la vidéo de la torture et du meurtre chez le suspect numéro un, qui n'est autre que l'amant rejeté de la victime. Du sang, de l'ADN, et le coupable est bouclé à perpétuité.
Sauf que… quinze ans plus tard, le voilà libéré du fait d'une Grâce royale mystérieusement accordée. Et il est prêt à tout pour clamer de nouveau son innocence. Matt va se remettre sur l'enquête, et cette fois, faire preuve d'impartialité…

Il y a de bonnes idées, des rebondissements inattendus, mais certaines relations sont passées sous silence, comme si l'auteur les avait, lui, en tête, mais sans se rendre compte qu'il avait oublié de les expliquer à son lecteur. Des clichés aussi auraient pu être évités comme la scène avec le maton aux airs de John Coffey; tellement prévisible… Certaines révélations aussi sont annoncées et puis ne viennent jamais, c'est dommage. Mais le pire a été pour moi le nombre de maladresses lexicales, de non – sens, en plus des fautes d'orthographe.

Bref, un roman qui pourrait être plaisant à condition d'un gros travail de relecture et de correction, tant sur la structure en elle-même du roman que sur le langage ; et cela réalisé par un professionnel digne de ce nom.

lundi 10 février 2020

Quand on parle du diable, Joseph Denize

Quand on parle du diable, Joseph Denize (Juliard, 01/2020)

★★★★☆

« L'esprit, voyez-vous, nous joue constamment des tours. Il n'est jamais à court de doubles fonds. En réalité, quand il semble se dévoiler, il se dérobe et nous abuse avec autant d'habileté qu'un prestidigitateur. » Joseph Denize semble s’être emparé de cette idée pour construire son premier roman. Qualifié de « fantasmagorie historique », son récit même habilement le réel et l’irréel (nommé ici « L’Outremonde ») de manière à expliquer certains phénomènes qui interviennent dans la vie de tout homme en ce bas monde. Il réussit la prouesse de ne pas basculer dans la légèreté du propos fantastique et on sent combien le travail documentaire a dû être important pour nourrir de la sorte la fiction.

Paris, 1917, Aimé Grandin a réussi à échapper au Front grâce à un faux certificat médical. Son oncle, Géo, qui l’a élevé, vient de mourir d’une crise cardiaque. Les deux hommes menaient une vie de bohème, Géo étant un faussaire qui excellait à copier les grands maîtres de la peinture. Il était ami avec Modigliani, Picasso et tous ces artistes de l’époque qui traînaient dans les cabarets de Montmartre. Au sein de ce petit groupe de personnages extravagants se trouvaient également des prestidigitateurs de talent. Aimé a grandi parmi eux. Et lorsqu’il se rend chez le notaire pour récupérer ce que lui a légué Géo, c’est tout un pan bien occulte de la vie de son oncle qu’il va découvrir.

De la recherche d’un tableau aux pouvoirs morbides, à la découverte d’objets aux étranges pouvoirs, Aimé va vivre des aventures aux retournements de situations inexplicables. « Les événements extraordinaires qu'il avait traversés au cours des dernières semaines lui avaient montré que l'univers et l'existence échappaient totalement à la notion qu'en avait le commun des mortels, ce qui était sans doute une sorte de privilège. Ses mésaventures lui avaient appris à reconnaître l'œuvre de puissances occultes derrière les coïncidences qu'il rencontrait sur son chemin. »

Sa naïveté va l’amener au Front, mais aussi au Symposion, cérémonie où l’on cherche un éventuel successeur au Maître de l’Outremonde. Mais… tout ceci est-il réel ? L’auteur sème le trouble. Il pointe avec dérision cette étrange attirance de l’homme pour la cruauté, la barbarie.

J’ai aimé cette intrigue dense qui mêle personnages ayant vraiment existé et êtres de fictions, vérité historique, et fantasmes démoniaques. J’ai rarement lu d’ouvrages sur ce thème aussi bien construits. Seul le moment de la cérémonie du Symposion, avec toutes sortes de créatures imaginaires m’a semblé trop décalé. Le reste, notamment tout ce qui se passe dans la réalité d’Aimé, est captivant !  Et vous, succomberez-vous ???

dimanche 2 février 2020

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

★★★★★

« Les corneilles ne gardent pas les secrets mieux que la boue ; à peine ont- elles aperçu quelque chose de bizarre dans la forêt qu'il leur faut en parler à tout le monde. » Telle une corneille, j’ai envie de dire à tout le monde de se jeter dans la lecture de ce très beau roman. L’histoire de l’héroïne, nommée Kya est une ode à la nature, à la solitude, mais surtout à la vie.

Abandonnée petite fille par sa mère, ses frères et sœurs, puis par son alcoolique de père, elle doit trouver le moyen de survivre avec ses propres moyens dans la cabane familiale isolée au cœur des marais de la Caroline du Nord. Sa compréhension innée du fonctionnement de la nature et un sens aigu de la débrouillardise vont lui permettre de trouver toutes les ressources nécessaires pour se nourrir, se chauffer, s’éclairer, mais aussi utiliser la barque de pêcheur ayant appartenu à son père.

Aucune aide ne lui sera apportée par les gens de la ville, Barkley Cove, qui considère Kya, surnommée « La fille des marais » comme une souillon, une sauvageonne à éviter absolument.
Seul Jumping, un descendant des esclaves noirs, lui tendra la main en lui permettant de trouver les moyens d’assurer ses besoins basiques. Et Tate, un voisin qui était jadis l’ami de son frère Jodie, et qui la connait depuis sa plus tendre enfance. L’adolescent va prendre la petite Kya sous son aile en lui apprenant à lire, à écrire et à compter. Ensemble, ils vont partager cet amour incommensurable qu’ils ressentent tous deux pour la faune et la flore du marais. Mais Tate va partir pour l’université, abandonnant Kya à son tour.
De nouveau seule, l’adolescente va avoir envie de se rapprocher de ses semblables, les humains, mais la déception va être cruelle…

Ce roman est envoûtant : comment ne pas s’attacher à la petite Kya qui subit la solitude avant de s’en faire une amie, voire une arme de défense ? Ce personnage n’est pas sans rappeler « Turtle », la jeune héroïne de « My absolute darling » de Gabriel Tallent… Une jeune fille, puis une femme forte, construite par les mauvais coups du sort liés aux humains et par une harmonie avec la nature renforcée par une espèce de communion avec les animaux.
C’est beau, c’est fort ; bref : lisez-le !