mercredi 25 mai 2022

Sutures, Frédéric Livyns (Elixyria, 04/2022)

 


Sutures, Frédéric Livyns (Elixyria, 04/2022)

💛💛💛💛💛

 

Je retrouve toujours avec plaisir la plume de Frédéric Livyns. Il sait manier l’art de la nouvelle fantastique avec originalité tant ses histoires sont variées, et les chutes font mouche à chaque fois ! Quelle imagination tout de même ! J’ai été horrifiée par certains récits, comme « Post mortem » ou « Le bracelet », mais aussi émue par d’autres, comme « La cave » ou « La mare aux morts ».

 

« Je le vois remuer dans le coin de la pièce. Les barreaux l'empêchent de se jeter sur moi. Il m'a repérée. Il me regarde et ses yeux noirs me transpercent jusqu'à l'âme. Toute la malice infernale dont il use me saute au visage. Je ne comprends pas comment il se fait que je sois la seule à être témoin de cette manifestation, mais l'heure n'est pas à la réflexion. » Qu’y a-t-il après la mort ? Pourquoi des défunts reviennent- ils hanter les vivants et leur faire vivre de véritables cauchemars ? La hantise est présente dans plusieurs des nouvelles, faisant frissonner le lecteur de manière croissante pour le cueillir dans une chute souvent déroutante.

 

« Le sourire qu'affichait l'enfant était effrayant, empli d'une malice ancienne. Il tenait à la main un flambeau, tête vers le bas, qui brûlait d'une flamme noire. Mais ce ne fut pas cela qui terrorisa le plus Loïc. » Outre la hantise, d’autres phénomènes paranormaux, comme ceux issus de nos légendes patrimoniales, sont sources d’idées pour l’auteur, mais c’est aussi l’occasion de dresser un panorama des croyances qui perdurent dans diverses régions de France et de Belgique. Un régal pour les curieux amateurs d’Histoire et bien des frissons pour les fans du genre fantastique !

 

Au final, un recueil qui se dévore car les nouvelles font frissonner mais sans terroriser. L’écriture est élaborée sans appartenir au lourd genre soutenu. Moi qui suis irrésistiblement attirée par les histoires horrifiques, je demeure malgré tout une grande froussarde et là, je n’ai déploré aucun cauchemar ni nuit blanche à déclarer après- lecture ! Encore un bon point pour Frédéric Livyns !

samedi 21 mai 2022

La quatrième feuille, Christophe Royer (Taurnada, 03/2022)

 


La quatrième feuille, Christophe Royer (Taurnada, 03/2022)

💓💓💓💓💓

 

La rancœur est un sentiment tenace, qui vous prend aux trippes et ne vous lâche plus durant des années. C’est ce que Sophie, qui a tout pour être heureuse maintenant qu’elle est adulte, va découvrir à ses dépens…

 

« Solidement collé à elle comme une sangsue avide de sang, quelqu’un la poussait à travers la pièce. Carole entendait le bruit rauque d’une respiration et sentait le souffle de son agresseur dans ses cheveux au niveau de sa nuque, l’horreur absolue pour elle. Elle était terrorisée. Tout son corps refusait de répondre à ses injonctions. » Sophie est photographe. Elle s’apprête à exposer ses œuvres pour la première fois. Carole, sa meilleure amie depuis le lycée, lui apporte un coup de main dans la préparation de l’exposition quand elle se fait brutalement agresser. Plus de peur que de mal ; Carole va s’en sortir et l’événement aura bel et bien lieu. Mais Sophie n’est pas tranquille : outre l’agression de son amie, elle se sent régulièrement épiée lorsqu’elle est chez elle, et voilà que ses deux chats viennent de mystérieusement disparaître… Malheureusement, elle n’est pas au bout de ses peines.

  

« Sans prendre de précaution, du pied, elle poussa à fond les deux variateurs. Aussitôt, les lampes crachèrent leur lame blanche sur les deux cellules de gauche : retenues par des crochets solidement scellés dans le mur de pierre, deux formes se mirent à se tortiller et à geindre. » C’est le brigadier Julien Mercier qui va vouloir se charger de cette nouvelle affaire. Fracassé émotionnellement par sa première enquête, qui touchait déjà Sophie alors qu’elle était lycéenne, il tient là l’occasion de prendre sa revanche sur ses erreurs du passé. A lui de tout faire pour ne pas que les horreurs qui se sont produites alors qu’il débutait sa carrière ne se reproduisent à nouveau.

 

Au final, un thriller glaçant ; encore plus quand on sait que l’auteur s’est inspiré de faits réels ! La psychologie des personnages est très élaborée et on frémit en tournant les pages en devinant les atrocités qui risquent de se produire. La double temporalité « passé des années lycée » et « présent de la vie adulte » permet une construction en parallèle d’une double intrigue basée sur la toxicité de certaines relations. C’est très habile et ça fait froid dans le dos !!! 

lundi 16 mai 2022

Morgane Fox, Louise Laborie (Sarbacane, 04/2022)

 



Morgane Fox, Louise Laborie (Sarbacane, 04/2022)

💛💛💛 

Morgane est une collégienne lambda. Le fait qu’elle récolte les bonnes notes l’empêche d’être populaire. Son meilleur ami, Simon, est dans la même situation. Ils encaissent ensemble les moqueries en faisant profil bas. A vrai dire, ils s’en fichent. La seule chose qui leur tient à cœur est l’épisode quotidien de la série policière « Tony Fox ». Ils peuvent en parler pendant des heures. Alors quand un jour, la série s’arrête, et que le lendemain, Morgane découvre le pistolet de son héros dans sa boîte de céréales, notre duo se met en action : il faut sauver Tony !

 

« - T'es déjà dead ?
- Tu veux faire un break ?
- Peanuts...
- J'te stopperai, no matter what.
- Speeder, il faut speeder, Tony... »
La série utilise de nombreux anglicismes et on comprend vite qu’il s’agit de sa marque de fabrique. Mais aussi que c’est ce qui plait à nos deux ados.

 

« Mais regarde- toi ! Si t'avais joué dans NCIS, peut- être ! Mais même le docu sur la boule nantaise a fait plus d'audience que toi hier matin ! » Mais voilà, la série est en perte d’audience, et « Tony » est éjecté de sa maison de production du jour au lendemain. Pourra-t-il compter sur ses deux fans les plus fervents, Morgane « Fox » et Simon, son acolyte, pour plaider sa cause devant les maîtres des médias ?

 

Au final, une bande dessinée qui m’a d’abord déroutée par ses nombreuses planches sans paroles. Les personnages sont tous dessinés grossièrement et j’ai trouvé leur environnement maussade. Et puis j’ai eu envie de continuer cette lecture loufoque pour voir où elle allait me mener. Et j’ai trouvé l’histoire intéressante même si elle aurait mérité d’être habitée par des personnages bien plus charismatiques (à mon avis).  

 

dimanche 15 mai 2022

Royal, Paula Alexander et Hedgye Canyon (Inceptio, 04/2022)


 

Royal, Paula Alexander et Hedgye Canyon (Inceptio, 04/2022)

💛💛

 Et si la Révolution de 1789 n’avait pas eu lieu ? Nous sommes en 2030, et la société française est divisée en deux mondes inchangés ; la noblesse et le tiers- état. Aliénor appartient à la première catégorie, et de nouvelles cérémonies instaurées par le Roi vont mettre sur sa route Arthur, qui, lui, appartient au peuple, en tant que fils de boulanger. La jeune femme est une rebelle- née, et sa fréquentation d’un homme du tiers- état va être pour elle l’occasion de tenter de renverser la monarchie dont elle fait partie, mais qui l’insupporte depuis son plus jeune âge…

 

« Je serre contre moi le journal intime de Jean Boudol, sans qui, grâce à son courage et sa loyauté au roi, nous ne serions pas là aujourd'hui. Je n'ose imaginer si le roi avait perdu la guerre en 1789. Si l'armée impériale n'avait pas réussi à entrer dans Versailles ou pire si elle n'était pas venue. Notre beau et prospère Royaume de France n'existerait certainement plus. » Arthur est fier de son ancêtre. Ce fils de boulanger est ravi d’avoir été sélectionné pour le rituel de Pan, qui permet à des garçons issus du tiers- état d’être choisis par des comtesses et d’envisager la possibilité d’intégrer la noblesse pas la voie du mariage.

 

« Dans notre beau royaume, notre commandant en chef est et restera le roi. Bien sûr, après la révolution avortée, Louis XVI a décidé d'ouvrir la Cour et le pouvoir au peuple. Il a instauré les Bels des Débutantes, le rituel de Pan, et il choisit un ministre, celui du tiers état, parmi les citoyens les plus méritants. Et en deux cent cinquante ans, le roi et sa famille n'ont jamais été autant vénérés. Le monde entier nous l'envie. La venue, ce soir, d'autant de journalistes, me le confirme encore un peu plus. » Arthur va très vite déchanter. La comtesse qu’il est censé séduire lui semble bien vulgaire. Et que dire des épreuves de sélection ?

 

« L'espoir... Il a raison, il n'y a plus que cela qui me fasse avancer en ce moment.
L'espoir de sauver Ella.
L'espoir que Léon arrive à convaincre son père.
L'espoir qu'Aliénor tienne sa promesse.
Et une petite voix me souffle, enveloppant mon cœur d'un sentiment nouveau.
L'espoir de revoir Aliénor.
L'espoir de l'embrasser à nouveau... »
L’inattendu, pourtant, se produit : Aliénor et Arthur tombent amoureux l’un de l’autre. Ils font fi des attentes de la cour du Roi et de la menace révolutionnaire qui gronde…

 

Le postulat de départ était vraiment prometteur, j’ai dévoré les cent premières pages, mais j’avoue avoir été déçue par son dénouement. J’ai eu du mal à cerner les personnages principaux et à m’intéresser véritablement à la fois à leurs objectifs et à leur histoire d’amour. Le contexte sociétal était intéressant et bien élaboré mais son évolution m’a déçue au fur et à mesure de l’avancée du récit. Je regrette aussi les nombreuses coquilles qui ont gâché mon plaisir de lecture. Bien tenté, mais mal abouti… 

mercredi 11 mai 2022

Je te vois, Audrey Rousselin (Elixyria, 05/2022)



 Je te vois, Audrey Rousselin (Elixyria, 05/2022)

💓💓💓💓💓

 

Cette histoire, c’est à la fois le récit initiatique d’une jeune fille de dix-huit ans, asociale, ainsi qu’un focus sur ces amours interdites parce que malvenues et inconvenantes qui vous tombent dessus sans crier gare. C’est ce qui attend Joanne, qui s’est renfermée depuis le départ de sa mère avec le voisin d’en face, et celui de sa sœur, Delia, l’ayant laissée seule, elle aussi, avec leur père du jour au lendemain. Elle vient d’avoir son bac et voilà que leur mère décide d’organiser des vacances en mode retrouvailles « mère- filles » dans le sud de la France. L’été où tout va changer.

 

« Je n'ai jamais été proche de ma sœur. En fait, je n'ai jamais été proche de qui que ce soit. Les gens, leurs sentiments, leurs opinions, leurs jugements, ça me terrifie. Je me sens vulnérable. » Joanne et Delia se redécouvrent. La première était encore une petite fille quand Delia, adolescente, multipliait les flirts avant de rejoindre leur mère.

 

« A mes yeux, Delia a toujours été la sœur ingrate qui m'a abandonnée du jour au lendemain, à l'instar de maman. Or, aujourd'hui, c'est moi qui enchaîne les bourdes et sombre dans le mépris. C'est moi la mauvaise sœur, la fille sans cœur, l'égoïste, l'insensible, la salope. Tant de rôles qui me collent désormais à la peau et dont je ne me déferai jamais, après tout ça. » Voilà cinq ans que Delia est en couple avec le beau Benjamin. Elle pense que Joanne est une jeune femme telle qu’elle- même l’a été, changeant de petit- ami chaque samedi soir. Mais Joanne n’est pas aussi frivole que sa sœur…

 

« Néanmoins, il s'en est fallu de peu pour qu'elle me démasque et renverse ce petit jeu malsain auquel nous nous livrons. On pourrait facilement assimiler celui- ci à la roulette russe. Le doigt sur la détente, l'arme sur notre tempe, nous appuyons encore et encore, jour après jour, l'adrénaline coulant à flots dans notre sang, jusqu'à ce que la seule et unique balle jaillisse et nous atomise le cerveau. » Joanne surprend une scène intime entre sa sœur et Benjamin. Mais cet épisode, au lieu d’engendrer de la honte, signe le début d’une attirance sensuelle irrésistible entre la jeune fille et son futur beau- frère. Mais aussi le top départ de jeux, certes à distances, mais néanmoins dangereux. Quelle sera leur limite ?

 

Un roman très agréable à lire car les pages initiant les chapitres sont imprimées sur fond noir et donnent bien visuellement l’ambivalence chaud / froid qui colorent les émotions de nos principaux protagonistes. Bravo aux éditeurs pour cette initiative originale ! La plume de l’auteure, elle, fait mouche et vous emmène dans des émotions dignes d’un grand- huit ! J’ai frémi avec nos deux protagonistes, imaginant mille solutions à leurs tourments ! J’ai aimé aussi le message transmis sur ce « foutu » culte des apparences. Une réussite ! 

mardi 10 mai 2022

Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra (J'ai lu, 09/2021)


 

Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra (J'ai lu, 09/2021)

💜💜💜💜

 C’est la publication sur FB d’un auteur de thriller (Jérémy Fel) s’avouant captivé par la lecture de ce premier roman qui m’a clairement donné envie de le sortir de ma PAL et de le lire. Et effectivement, j’ai trouvé ce récit vraiment bien construit, de manière à ce que les révélations, souvent hallucinantes, s’égrènent au compte- gouttes et éclatent de manière inattendue, à la fin de certains chapitres.

 

« Sous chaque toit abritant une adolescente, le cérémonial est identique : la parer avant de la lâcher dans le labyrinthe de ruelles et de ragots. Car toutes partagent cet ambigu dessein, façonné par leurs génitrices, qu'elles transmettent à leurs descendantes et qui tient en un ordre tacite : "Tu seras une pute, ma fille." Garance, quinze ans, vit avec sa maman, Ana, directrice de l’école de danse classique réputée nommée « Le Coryphée », à Ilarène, ville du sud-est de la France. Les deux femmes ont longtemps été fusionnelles, sans homme dans leur horizon. Ana a la réputation de tenir les filles « droites », de corps comme d’esprit. Un maintien digne des étoiles de l’Opéra, et qui a ancré sa marque de fabrique dans l’esprit des habitants d’Ilarène, à l’aube du XXIe siècle. Mais à l’entrée de Garance en seconde, la modernité de l’époque va rattraper cette maman idéaliste…  

 

« A dater de ce soir, la peur que la vérité surgisse l'accompagnera partout, tout le temps. » Garance, grandit vite. Trop vite. Plus vite que Souad, son amie d’enfance. Ses regards, ses envies se tournent vers un trio d’élèves de Terminale qui « font le buzz » sur les réseaux : Maud, Salomé, et Greg. A ces trois- là s’ajoutent deux garçons plus âgés : Yvan et Vincent. Ce dernier attise les premiers désirs de Garance. Alors quand le groupe invite cette dernière à une soirée, la voilà qui ose faire un premier pas de côté. Un pas qui va l’amener bien plus loin que tout ce qu’elle aurait pu imaginer.

 

« - J'entends mes collègues se plaindre en salle de profs parce que vous êtes tout le temps accrochés à vos smartphones mais, si vous voulez mon avis, vous n'avez pas le choix. Cette technologie qui vous connecte les uns aux autres était la seule évolution possible de l'espèce. Votre génération n'est que le produit d'une évolution déterminée. » Pour le prof de maths de Garance, tout est question de déterminisme. Outre sa théorie, il faut admettre que le culte de l’apparence véhiculé par les réseaux sociaux a pris une telle importance dans la génération actuelle de nos adolescents qu’il faudrait savoir, et pouvoir en prévenir les dérives. L’auteure en décrit ici les rouages, réels, sur fond fictionnel.

 

Au final, un roman bien écrit, qui prend souvent aux tripes et qui entraîne bien des questions. Le thème du cyber- harcèlement y est habilement traité, grâce à des personnages à la psychologie finement construite, et à des éléments théoriques de sociologie insérés de manière légèrement didactique. A découvrir, à lire, et une plume à suivre.

jeudi 5 mai 2022

Le jeune homme, Annie Ernaux (Gallimard, 05/2022)


 

Le jeune homme, Annie Ernaux (Gallimard, 05/2022)

💓💓💓💓💓 

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été simplement vécues. » Cette phrase est en exergue de ce très court récit autobiographique. Quelques pages qui racontent une relation intense mais hors norme, que ça soit lors de son déroulement en 1999, ou encore aujourd’hui : une histoire d’amour entre une femme de cinquante- quatre ans et un étudiant de trente ans son cadet…

 

« J'espérais que la fin de l'attente la plus violente qui soit, celle de jouir, me fasse éprouver la certitude qu'il n'y avait pas de jouissance supérieure à l'écriture d'un livre. » Pour Annie Ernaux, l’amour et les mots sont intimement liés, et cela depuis son plus jeune âge. Ce court texte n’échappe pas à la règle, voguant entre l’un et les autres.

 

« Il me vouait une ferveur dont, à cinquante- quatre ans, je n'avais jamais été l'objet de la part d'un amant. » Et malgré les regards en biais qui suivent le couple, on ne peut que se rendre compte de la véracité de l’adage : « l’amour n’a pas d’âge ». Alors pourquoi accepte- t- on qu’un homme soit en couple avec une femme de trente ou vingt ans de moins que lui, alors que, lorsque c’est la femme qui est l’aînée du couple, on ne croit pas une seconde à la véracité de leur relation, et on crie presque à l’inceste ?

 

« Il m'arrachait à ma génération mais je n'étais pas dans la sienne. » Malgré la force des sentiments qui les lient, l’auteure et son amoureux se retrouvent en décalage sur les souvenirs sociétaux qui les ont construits. Mais pour l’auteure, cette relation a clairement été l’occasion de replonger, durant quelques mois, dans ce qui fut sa jeunesse…

 

Au final, une vingtaine de pages qui se savourent d’une traite et qui remettent en bouche la saveur des phrases si bien tournées d’Annie Ernaux, et qui donne très envie de se replonger dans « L’Evènement » (2000), né à la fin de cette relation. 

mercredi 4 mai 2022

Elle et son chat, Makoto Shinkai, Naruti Nagakawa (Charleston, 10/2021)



 Elle et son chat, Makoto Shinkai, Naruti Nagakawa (Charleston, 10/2021)

😻😻😻😻

Un quartier de Tokyo. Ses chats et ses habitantes. Très peu d’hommes sont présents dans ce livre et le pronom « Elle » aurait mérité d’être écrit au pluriel, car s’il y a plusieurs chats dans l’histoire, il y a aussi plusieurs femmes propriétaires de félin !

 

« J'ai attendu les battements de son cœur. Elle s'est mise en marche et un grondement nous a dépassés. Nos pouls, à elle et moi, mais aussi celui du monde, battaient à l'unisson.
Ce jour- là, elle m'a recueilli. Depuis, je suis son chat à Elle. »
Le chaton Chobi est recueilli alors qu’il est en train de se laisser mourir dans un caniveau. Sa nouvelle maîtresse, Miyu, vit seule. Son quotidien est déprimant, et le petit Chobi se fait la promesse de la rendre plus heureuse.

 

« Dans les shôjo manga qu'on s'échangeait entre copines, à l'école primaire, l'héroïne finissait toujours par trouver un amoureux : le bonheur pour une fille, c'était d'avoir un petit ami. Mais j'ai appris que dans la réalité, l'histoire ne s'arrête pas là. » Miyu pensait vivre une histoire d’amour mais l’absence répétée de son bien- aimé l’amène à faire un triste constat : elle est célibataire malgré elle.

 

« Les chats, ils ont chacun leur territoire. Petit ou grand, ça dépend, mais ils y règnent seuls. Les humains, eux, se pressent à plusieurs sur le même territoire. Ils ont l'air d'entretenir des relations sympas, mais ça n'est qu'une façade, en réalité, chaque secteur est sous la coupe d'une seule personne. » Chobi parcourt le quartier à la recherche de ses congénères et de quelques conseils pour aborder le monde des humains. C’est John, le chien, qui va lui faire part de ses réflexions philosophiques, et lui permettre de rencontrer Mimi, Kuro et Cookie. Ces chats appartiennent, ou pas, à différents habitants du quartier. Mais tous sont nourris régulièrement, et ce sont les liens entre les chats et les humains qui vont amener ces derniers à se lier les uns avec les autres…

 

Au final, un petit roman très plaisant à lire, d’autant plus quand on est amoureux des chats. Il y a beaucoup de retenue dans l’expression des sentiments, comme c’est souvent le cas dans la littérature japonaise. Mais le message transmis de manière implicite par les auteurs sur la valeur de la vie est poétique, et de toute beauté.  

mardi 3 mai 2022

Le Jardin, tome 2, Audrey Rousselin (Elixyria, 01/2022)

 



Le Jardin, tome 2, Audrey Rousselin (Elixyria, 01/2022)

 💙💙💙💙

Kiaya se retrouve de nouveau enfermée dans un Jardin, expérimental, celui- ci. Elle y occupe le poste de reine de ce royaume de femmes et ne doit sa survie qu’à la promesse que les Détracteurs lui ont arrachée : accepter de conditionner de futures génitrices. Néanmoins, elle ne désespère pas de se sauver une nouvelle fois de ce monde construit sur des mensonges, un endoctrinement religieux et des lois horripilantes, et rejoindre à nouveau Isaac, et les Insurgés, qui lui ont ouvert les yeux sur la réalité de leur société. Mais comment faire alors qu’elle va, à son tour, devoir accoucher ?

 

« Je n'avais même pas pu le toucher ou respirer son odeur. Personne ne me dirait jamais ce qu'il adviendrait de lui. Il n'avait pas de prénom... Il n'était rien pour moi alors que je me sentais prête à mourir pour lui. Il incarnait mon dernier espoir.
- Mon bébé, gémis- je en pleurant dans l'oreiller. Rendez- moi mon bébé... »

En effet, les petites graines d’Isaac ont germé et la voilà prête à donner la vie. Mais il y a un problème de taille au Jardin : elle va avoir un garçon. On le lui enlève dès la naissance, comme l’exigent les lois des Détracteurs. La colère qui gronde dans les veines de Kiaya va chercher à s’exprimer dans ses actes du quotidien, n’ayant plus en tête qu’une envie de vengeance et de rébellion.   

 

« Une guerre grondait au loin et risquait d'emporter avec elle les restes de notre pauvre humanité. Détracteurs, insurgés, hommes, femmes, il n'y avait jamais de gagnants dans ce genre de conflits. La liberté ne se payait qu'au prix du sang. » La guerre est prête à éclater. Les Insurgés veulent mettre le système d’exploitation des Elus à feu et à sang. Il est temps pour tous d’accepter le réel, ce que les Hommes ont fait subir à notre Terre dans le passé, et tenter, à nouveau, de vivre tous ensemble. Luc, Isaac, Héloïse et une nouvelle combattante, Constance, vont appeler toutes les troupes de rebelles disponibles à prendre les armes à leurs côtés. Le sang et les larmes vont couler au nom de la liberté.

 

« Isaac et moi avions été réunis par le destin, nous avions évolué ensemble et franchi des limites qui nous paraissaient infranchissables. Fallait-il pour autant nous considérer autrement que comme deux géniteurs conçus pour la reproduction ? » Le hasard qui a conduit Kiaya et Isaac à se rencontrer dans un box de reproduction a bien fait les choses : leurs retrouvailles vont malheureusement se dérouler dans les terribles conditions d’un champ de bataille…

 

Au final, un deuxième tome aux multiples actions et retournements de situation. Les personnages de cette histoire ne sont pas épargnés tant ils vont au bout de leurs déterminations. Une dystopie captivante et bien écrite, qui m’a fait réfléchir à ce que pourrait être notre monde en 2070. Pourvu qu’on n’en arrive pas là !

vendredi 29 avril 2022

Le Jardin - Tome 1, Audrey Rousselin (Elixyria, 01/2022)


 

Le Jardin - Tome 1, Audrey Rousselin (Elixyria, 01/2022)

 💛💛💛💛

Comment sera notre futur ? Dans quel genre de société évolueront nos descendants, entre la planète qui se réchauffe inéluctablement et semble approcher de la fin de ses capacités nourricières et les hommes qui y vivent de manière de plus en plus égocentrique ? Difficile d’être optimiste… Audrey Rousselin ne l’est pas dans ce premier tome de cette duologie. Sa dystopie nous présente l’évolution d’une héroïne, Kiaya, ayant été élevée dans un lieu nommé « Jardin » où seules les femmes sont acceptées. Endoctrinées depuis le plus jeune âge dans une croyance qui présente l’Homme comme étant un être démoniaque, elles sont pourtant obligées, dès l’âge de vingt ans, à participer à la « Récolte » : un accouplement programmé pour perpétrer l’espèce humaine.

 

« A sucer son pouce comme il le faisait d'un air si charmeur, on aurait pu s'y méprendre, mais il ne s'agissait pas d'un ange, loin de là. J'avais la créature du diable tout contre moi. » Mais voilà, seules les filles sont acceptées au Jardin. Donc les nouveaux- nés masculins sont automatiquement écartés, confiés à une gardienne qui en fera, hé bien, on ne sait quoi…

 

« Faire croire à des monstres était sans doute plus facile que d'admettre nos points communs. » Alors que c’est au tour de Kiaya de pousser la porte du box dans lequel elle sera fécondée, une insurrection éclate et la jeune femme, ainsi qu’Isaac, le géniteur qui lui a été assigné, sont enlevés. L’occasion pour Kiaya de se rendre compte qu’un homme, ce n’est pas si différent d’une femme.

 

« Face à l'entrée, à un pas des ténèbres, je songeai à ma famille. Elle seule pouvait me donner la force d'avancer. Abandonner serait revenu à signer notre arrêt de mort, alors quand Isaac me tira en avant, je laissai ma fierté de côté et le suivis sans broncher. » Kiaya, naïve de la réalité du monde qui entoure l’espace protégé du Jardin, va se faire manipuler de tous côtés. Qui est- elle ? Que veut- elle ? Elle est totalement perdue entre mensonges, secrets et machinations ; qui croire et qui suivre ?

 

Au final, un premier tome très bien écrit. L’univers inventé par l’auteure est original. J’ai beaucoup aimé les passages durant lesquels l’héroïne se retrouvait confrontée à notre réalité actuelle. J’ai pourtant eu bien envie de la secouer, cette jeune Kiaya qui manque de personnalité. J’espère la voir plus affirmée dans le second tome ! Une histoire intelligente qui permet de prendre un certain recul par rapport à notre société, cette avidité de pouvoir, qu’elle soit masculine ou féminine, et qui nuit plus souvent qu’on ne le croit aux relations hommes – femmes… 

mardi 26 avril 2022

Ne te retourne pas, Jenifer L. Armentrout (J'ai lu, 02/2022)



Ne te retourne pas, Jenifer L. Armentrout (J'ai lu, 02/2022)

💗💗💗💗💗

 Depuis que j’ai élargi mon horizon de lecture à coups de fantasy et de romances, j’ai souvent vu cité le nom de Jennifer L. Armentrout. Jusqu’à ce thriller « young adult », aucun titre n’avait véritablement attiré mon attention. Ici nous sommes dans un lycée américain avec tous ses clichés : les filles riches et pas forcément futées y côtoient les beaux mecs qui jouent dans les équipes de foot ou de base- ball universitaires. On se trahit, on se venge à coups de griffes manucurées et de coups de sacs D&G.

 

« Pour une raison qui m'échappait, j'avais des difficultés à marcher. Je trébuchai sur l'asphalte glacé. En sentant le gravier coupant s'enfoncer dans la plante de mes pieds, je tressaillis.
Depuis quand étais-je pieds nus ? »
Le roman s’ouvre sur la jeune Samantha qui se réveille en pleine forêt. Que fait- elle là ? Que lui est- il arrivé ? Elle a tout oublié, même son identité…

 

« J'étais coincée dans cette vie que je ne me rappelais pas, enfermée dans l'enveloppe de cette fille, de cette Samantha Jo Franco, et plus j'en apprenais à son sujet, plus je la détestais. » Samantha a retrouvé ses parents, ses amies et son petit- ami, mais un malaise persiste : elle ne se reconnaît pas dans le portrait que ceux- ci font d’elle. Est-elle vraiment cette garce que tous décrivent sans hésitation ?

 

« Quand je me tournai vers les filles, mes amies, je m'aperçus que ce n'était pas de l'inquiétude pour moi qui se lisait dans leurs yeux. Je refusais d'abord d'y croire, puis je dus me faire une raison. Leurs regards sombres ne reflétaient qu'une chose :
Des soupçons.
 » Samantha n’était pas seule lors de la nuit de sa disparition ; sa meilleure amis, Cassie, avait passé la soirée avec elle, sous les yeux de nombreux témoins. Mais sauf que Cassie, elle, ne réapparaît pas… Où est-elle ? Que lui est- il arrivé ? Quel rôle Samantha a-t-elle joué dans sa disparition ?

 

Au final, un récit terriblement addictif, servi par une plume habile, très bien traduite au vu du déroulement de l’intrigue et de la retranscription du milieu universitaire américain, bien différent du nôtre. Je n’ai absolument pas deviné la fin, diabolique, et j’ai pris plaisir à avancer avec Sam au fur et à mesure de ses flashes, seuls détenteurs de la vérité. Une auteure que je vais continuer à découvrir ! 

dimanche 24 avril 2022

La nuit des anges, Anna Tommasi (Préludes, 03/2022)



 La nuit des anges, Anna Tommasi (Préludes, 03/2022)

💓💓💓💓💓 

Je referme avec stupeur cet excellent premier roman ! Anna Tommasi m’a menée par le bout du nez du début à la fin. J’ai cru identifier le coupable de l’intrigue à dix reprises, et à chaque fois, un retournement de situation m’a fait comprendre que j’avais fait fausse route, et cela jusqu’à la résolution de cette effrayante histoire !

 

« Dr Schreiber: J'aimerais que tu me dises pourquoi, à ton avis, tes parents n'ont pas envie de venir te voir.
Note: L'enfant lève enfin les yeux et sourit.
L'enfant: Parce qu'ils ont peur de moi. »
Le roman s’ouvre sur la retranscription d’une séance de psychothérapie. Il y en aura d’autres disséminées dans le livre. Leur contenu est déstabilisant. Seule la fin vous en donnera la clé !

 

"Protège ton petit, Alice. Ne le quitte pas trop longtemps des yeux. Les loups les plus dangereux sont eux qui attaquent près de leur tanière." Cela fait vingt- cinq ans qu’Alice n’est plus revenue sur les terres bretonnes de son enfance. Elle est partie faire sa vie à Paris, où elle s’est mariée et a eu un petit garçon prénommé Lucas, et comme celui-ci est porteur de troubles autistiques, il a été compliqué jusque là d’envisager sereinement tout déplacement. C’est le décès brutal de l’un des membres de sa bande d’amis de jeunesse qui va pousser Alice à revenir à Perros. Mais à peine arrivée, voilà que les tristes souvenirs qu’elle avait enfouis profondément ressurgissent à l’occasion de la disparition d’une petite fille ; Victoire, la meilleure amie d’Alice avait jadis elle aussi disparu dans d’étranges conditions…  

 

« - Ces dessins ne sont pas forcément l'œuvre d'un tueur en série, en théorie. Mais de quelqu'un qui n'est pas capable de ressentir du remords, de la culpabilité ou de l'anxiété à l'idée de transgresser les règles, très certainement. » Alice retrouve sur place Teddy, le frère de Victoire, mais aussi son ancien petit- ami. A deux, ils vont fouiller le passé et découvrir de bien vilains secrets… L’enfant dérangé n’est pas celui que l’on a jadis désigné.

 

Au final, un roman impossible à lâcher ! L’intrigue commence en douceur ; l’auteure disséminant des indices d’abord imperceptibles, puis de plus en plus troublants, jusqu’à ce que l’horrible vérité éclate ! J’ai aimé être bluffée à ce point ! Vivement le prochain !

mercredi 20 avril 2022

Luna, Serena Giuliano


 

Luna, Serena Giuliano (Robert Laffont, 03/2021 - 2022 pour la version poche)

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« J'ai pris conscience que la vue sur la mer ne servait à rien, si tu n'étais pas là pour l'admirer avec moi. » Cette phrase, c’est un père qui l’adresse à sa fille, une fois sorti de l’hôpital après avoir subi une attaque cardiaque. Une phrase qui paraît excessive, ou maniérée, livrée comme ça, mais qui vous retournera comme une crêpe quand vous la lirez dans les dernières pages de ce roman…

 

« Mon père ne mérite pas que l'on souffre pour lui. Il m'a si souvent répété qu'il ne fallait pas perdre son temps pour ceux qui n'en valent pas la peine. J'aimerais être aussi insensible que lui, mais il faut croire que les chiens font parfois des chats. » Luna se rend à l’hôpital dans lequel son père vient d’être pris en charge alors que cela fait des années qu’ils ont coupé tout lien. Va- -t- elle parvenir à lui pardonner les mauvaises décisions d’antan ?

 

« C'est peut- être à cause du souvenir de mon papa d'avant. Celui avec qui j'allais au bar le dimanche matin manger une sfogliatella - cette pâtisserie napolitaine dont je raffolais déjà gamine. Celui que j'entends encore rire de me voir avaler ça goulûment, comme si j'en découvrais chaque semaine la saveur unique. » Luna a quitté son père, mais aussi la ville de Naples, le jour où sa mère a quitté le domicile conjugal pour refaire sa vie à Milan. Luna a, elle aussi, abandonné à la fois son père mais aussi ses amis et sa cousine adorée, Gina, en suivant sa maman, tout en étant persuadée de bien faire. Mais les années ont passé et l’accident cardiaque de son père la met face à son passé : a- t- elle vraiment fait une croix sur les membres de sa famille qui avaient pourtant tellement compté durant son enfance napolitaine ?

 

« Ces dernières heures, Gina a commencé quasiment toutes ses phrases par : "Et tu te souviens de .... ?" Elle m'a remémoré tout un tas d'anecdotes, restitué de nombreux fragments de mon enfance que j'avais perdus en chemin, d'instants passés qui appartiennent à une autre vie, lorsqu'on était pleinement heureuses, et presque insouciantes.
Ce que l'on vit en ce moment même, je ne l'oublierai pas. Rien ni personne ne devrait séparer deux femmes qui s'aiment. »
Gina, la cousine de Luna, a longtemps fait office de sœur et de meilleure amie. Restée à Naples, elle a construit sa vie malgré les difficultés. Luna va alors se rendre compte de la valeur de ce qu’elle a perdu en s’exilant – aveuglément ? - avec sa mère à Milan…

 

Au final, un roman qui laisse monter les incertitudes au fil des pages. Qui sommes- nous loin de notre famille ? Les raisons qui nous font fuir sont- elles éternellement valables ? Qu’en est- il du pardon ? Que fait- on du droit à l’erreur ? Serena Giuliano prend une plume légèrement sarcastique, sur fond de proverbes napolitains, pour pointer nos décisions qui, sur fond d’éthique, brisent les sentiments sincères d’une histoire familiale. Vrai. Bouleversant.  

lundi 18 avril 2022

Quand dansent les âmes, tome 4 : L’étreinte des ténèbres, Lucie Goudin (Elixyria, 02/2022)


 

Quand dansent les âmes, tome 4 : L’étreinte des ténèbres, Lucie Goudin (Elixyria, 02/2022)

💓💓💓💓 

Je ferme ici le quatrième et dernier tome de la saga « Quand dansent les âmes », imaginée et rédigée par une jeune plume talentueuse nommée Lucie Goudin. Cap sur la Bretagne, ses menhirs et ses légendes ! Après Anna la scribe, Sélène la rebelle et Tristan l’Alpha inconsolable, c’est au tour de Brieg, le loup maudit, d’occuper le devant de la scène. Alors que les meutes de Konan et de Tilio continuent à semer la terreur en Bretagne, voilà qu’Erell, une sorcière appartenant à la catégorie des Vaillantes, semble capable de lui redonner un soupçon d’espoir…

 

« S'il a accepté son sort ? Non.
S'il pouvait ressusciter la sorcière qui l'a mis dans cet état pour la tuer à nouveau, il le ferait plutôt deux fois qu'une. »
Depuis deux années que Brieg est bloqué dans sa condition de loup, il ne rêve que de vengeance. Il a déjà bien du mal à accepter la présence d’une sorcière, Elisabeth, au cœur de sa meute, alors quand il se retrouve face à Erell, lors de leur repli de l’Autre côté, il a bien envie d’assouvir sa soif de sang envers cette espèce…

 

« Les belligérants ne sont pas censés pouvoir pénétrer les terres neutres, les informa Elisabeth. Un champ de force scanne les intentions des visiteurs. Tout mauvais dessein détecté entraîne une expulsion immédiate. En temps normal, je dirais que ces loups ne peuvent aller plus loin et que nous sommes désormais en sécurité, mais la présence de sorcières dans leur camp balaie toutes mes certitudes. De quoi sont- elles capables ? Nous l'ignorons. » Mais Brieg doit se mesurer. Sa meute a besoin de soutien. Il doit faire profil bas pour que les doléances de l’Alpha, Tristan, soient écoutées. Et peu importe si c’est une sorcière qui leur sert de faire- valoir.

 

« Le signal d'assaut avait dû être déterminé avant leur arrivée. Ils n'eurent aucune seconde d'hésitation, pas le moindre questionnement sur la signification d'un tel geste. Ils n'avaient donc jamais eu l'intention de repartir sans semer un carnage. Les transformations se multiplièrent. Les hurlements, les grognements, les mâchoires qui claquaient dans le vide en signe d'impatience créèrent une cacophonie sans précédent. » Le hasard, ou plutôt le destin, a fait que Brieg et Erell se sont rapprochés. D’ennemis désignés, ils sont devenus complices. Leur lien est une force à ne pas négliger pour faire face à une apocalypse menaçant l’équilibre du monde. L’abnégation sera leur ultime mission.

 

Au final, un tome qui conclue parfaitement la saga. Les interrogations et les mystères soulevés dans les précédents épisodes trouvent ici leurs réponses. Si j’avais un conseil, ce serait de lire les tomes de manière assez rapprochée car personnellement, au début, j’ai eu un peu de mal à me repérer au niveau des personnages secondaires. La saga complète est parfaitement élaborée, portée par les légendes ancrées dans l’histoire de la Bretagne, mais aussi servie par des personnages très charismatiques, auxquels on s’attache très vite. A lire pour s’évader, frémir et rêver…   

mardi 12 avril 2022

Le Royaume des cris, Mathieu Lecerf (Robert Laffont, 03/2022)


 

Le Royaume des cris, Mathieu Lecerf (Robert Laffont, 03/2022)

 💛💛💛💛💛

Mathieu Lecerf a de nouveau réussi à me bluffer avec ce deuxième volet qui forme une trilogie avec « La part du démon » et un opus encore mystérieux qui sortira probablement l’année prochaine ! Quel plaisir de retrouver Esperanza et Manny après les nombreuses mésaventures incroyablement risquées qu’ont subies nos deux policiers. La fin du premier tome annonçait déjà que l’auteur les malmènerait toujours autant par la suite ! Et je peux vous dire qu’il ne les ménage pas, nos flics du « Bastion ».

 

« Sept mois.
Sept mois qu'Esperanza, ses parents et leurs proches se débattaient dans la peur et le chagrin. Ce qu'avait d'intolérable cette disparition était redoublé par l'effroi de n'avoir pu obtenir aucune explication.
Sept interminables mois. »
Mia a disparu et le cauchemar qui a brisé Esperanza lorsqu’elle était adolescente revient la hanter au plus près. Mais qui donc lui veut autant de mal ? Aucune piste. Aucun indice. Aucun espoir. L’équipière favorite de Manny n’est plus mentalement disponible pour une nouvelle enquête. Et pourtant, un sniper fou a fait six victimes en plein cœur de Paris, et la PJ a besoin de tout le monde sur le pont. C’est l’occasion que choisit Cris pour réapparaître et fouiller comme seul un journaliste intuitif sait le faire.

 

« Soleil, argent, tranquillité. Tout se déroulait dans le meilleur des mondes pour eux, quand soudain, un jour qui ressemblait pourtant à n'importe quel autre, Ernesto décida finalement d'écouter la petite voix.
Cette voix qui chuchotait en lui depuis des années, et qui ce jour- là hurla dans toute son âme. »

Direction la Colombie, là où tout est possible pour qui vend son âme au Diable. La Colombie et deux démons qui sèment leur folie en Europe.

 

« Esperanza avait été traquée durant les mois suivants, épiée à chaque étape de sa quête, de Paris à Rouen. Dans tous les départements qu'elle avait visités, l'œil qui la suivait la scrutait sans intermittence. » Notre héroïne est prête à tout pour sauver Mia. Manny est prêt à tout pour sauver Esperanza. Mathieu Lecerf nous offre un final qui claque à la manière d’un feu d’artifice. Une fois la dernière ligne lue, refermez le livre… Et respirez !


Au final, un thriller palpitant, aux retournements de situation inattendus. Il y a des passages qui tordent les tripes mais pas par leur côté « gore », non, plutôt par les émotions qu’ils engendrent ! Vivement le troisième tome !!! 

samedi 9 avril 2022

T’inquiète pas, maman, ça va aller, Hélène de Fougerolles (Le livre de Poche, 03/2022)



 T’inquiète pas, maman, ça va aller, Hélène de Fougerolles (Le livre de Poche, 03/2022)

💙💙💙💙

 

Quand une actrice française prend la plume pour parler de sa vie, on peut avoir quelques a priori… Mais quand elle décide de s’exprimer pour témoigner de la dure réalité du quotidien d’un parent d’enfant différent, en l’occurrence porteur de troubles autistiques, le récit revêt un certain intérêt au regard de notre société qui ferme bien souvent les yeux (et plus…) aux personnes n’entrant pas dans la sacro- sainte « norme ».  

 

« Elle parle aux nuages et aux amis invisibles qu'elle porte sur ses épaules... Et puis il y a "les autres" aussi, ceux qui vivent dans sa tête.
Ma fille n'est jamais seule et moi tellement. »
Hélène de Fougerolles avait prévu d’avoir un enfant à l’âge de 30 ans. La petite Camille est née, mais voilà, les mois passent et une évidence se fait jour ; elle n’évolue pas comme les enfants de son âge. 

 

« En regardant ma fille grandir, en grandissant avec elle, j'ai cessé de pleurer sur mon sort, j'ai changé de point de vue et des centaines d'horizons nouveaux se sont ouverts. » Une petite fille qui n’exprime aucun désir élémentaire comme la faim ou la soif, qui ne parle toujours pas à quatre ans, qui reste assise des heures, enfermée dans son propre monde ; comment la comprendre ? C’est l’école qui va pousser les parents à ouvrir les yeux : Camille a besoin de voir des spécialistes pour qu’un diagnostic soit posé sur ses particularités.

 

« Je refuse toute réalité me rappelant que ma fille est différente. Rien que ce mot, "handicap", je n'en veux pas, je ne veux pas l'entendre. Je ne veux pas le lire et encore moins l'écrire. » Et pourtant, Hélène de Fougerolles va devoir l’accepter. Camille est porteuse de troubles autistiques. Son développement et sa manière de communiquer seront toujours différents de la norme. Après des années de déni du handicap, la maman ouvre enfin les yeux sur la réalité de sa fille et accepte sa différence, avec ce que cela implique comme contraintes mais aussi les nombreuses réussites, permises par des prises en charge structurelles adaptées.

 

Au final, un récit lu avec intérêt, qui montre bien le parcours du combattant que représente encore l’irruption du handicap dans une famille. C’est écrit simplement, avec humilité. N’hésitez pas à le lire si le sujet vous intéresse.

lundi 4 avril 2022

Valse froide, Pierre Thiry (auto- édition, 02/2022)



Valse froide, Pierre Thiry (auto- édition, 02/2022)

💙💙💙💙💙


Trop bien, ce petit bouquin ! En trois nouvelles, Pierre Thiry a su m’emmener dans un univers à la fois poétique et moqueur ! La première nouvelle, éponyme, souffle une ode à la nature et à la musique sur un fond dramatique, la deuxième, « Lia Métonymie » vous emmène sur un pas léger de danse dans des voyages éthérés et littéraires (avec un joli clin d’œil au premier récit !), et la dernière, « La Plume rebelle », prend des allures de fabliau des temps nouveaux.

 

« Sous ses yeux, un homme était étendu, un cadavre, froid dans la matinée froide. C'était un sinistre matin d'hiver glacial. Alors elle regardait dans le ciel les nuages mimer la valse de Berlioz. Pourquoi ce cadavre était- il étendu dans cette prairie ? La petite fille l'ignorait, mais elle était résolue à enquêter pour l'apprendre. » Cette petite fille, c’est Eve, que l’on retrouve adulte, artiste- plasticienne. Cette jeune maman contemplative est en admiration devant sa petite fille de quatre ans tout en se questionnant ; saura-t-elle la protéger des drames de la vie ?

 

« Ce jardin est splendide. Des effluves de beauté imprègnent le décor. Tu entres dans un univers romanesque. Tu passes au travers d'épisodes qui te débordent. Soudain, au milieu du parc, un livre qui traîne t'attire. Est- ce l'objet de tes rêves ? » Est- ce ici la métonymie adressée au lecteur, tenant l’objet de ses rêves dans ses propres mains ?  

 

« Il était beau, Léon. Il avait de la prestance, de l'aisance, de l'assurance. Quand il passait, elles gloussaient toutes. » Sacré Léon ! Il m’a bien fait sourire celui – là ! Même s’il finit en cocotte, on va encore longtemps parler de lui !

 

Au final, un recueil savoureux, à lire pour un moment 100% plaisir !