vendredi 30 septembre 2022

Knight of shadow, tome 2 : Amour éternel, Loïs - Ly (Elixyria, 07/2019)



 Knight of shadow, tome 2 : Amour éternel, Loïs - Ly (Elixyria, 07/2019)

💖💖💖💖💖 

Le tome 1 de cette saga se terminant en fanfare, avec une découverte tout à fait inattendue qui remettait en cause certains postulats de départ, je ne pouvais faire autrement que me précipiter sur la suite ! Hé bien, je n’ai pas été déçue ! Que de surprises, de pistes inattendues ! J’ai juré plus d’une fois dans ma moustache (si, si) en lisant ce que Loïs- Ly, en romancière sadique avait concocté pour ses personnages.

 

« Le sentiment de trahison s'insinue aussitôt dans mes veines comme un poison. Il me paraît évident que tout ce que je vais entendre à partir de maintenant va me rendre folle de rage ou me briser à jamais. » Avery va tomber de Charybde en Scylla dans ce tome. Nombre de personnes de son entourage vont voir leur masque tomber et les déceptions vont se succéder pour la jeune femme.

 

« - La lueur dans ton regard, celle d'un lendemain serein. Tes soupirs d'inquiétude, que tu combles aussitôt par des promesses cachées dans des sourires en coin ; mais surtout, tes silences d'amour qui crient tellement de choses qu'on ne peut qu'y croire. Tout ce qu'une femme dotée d'un cœur aime entrevoir chez un homme. »  Heureusement que Rayden, garde du corps, devenu garde du cœur, veille et protège Avery mieux que quiconque ; quitte à en oublier ses propres préoccupations identitaires.

 

« Je reste un instant pétrifiée devant ce qui me détruit et me fait grincer des dents. Chaque hurlement est un supplice. "Sors de là ! Va - t’en maintenant ! " me crie ma conscience. Je recule, effrayée, soudainement perdue, sans reconnaître le chemin par lequel je suis passée. » Avery va se retrouver acculée dans ses derniers retranchements, prête à perdre son esprit, voire son âme. Rayden a beau être présent à ses côtés, les enjeux vont très vite dépasser le couple, mais aussi le cercle de leurs amis.

 

Au final, un second tome mené tambour battant, qui appelle un troisième tome que j’attends de pied ferme ! Si vous aimez les enquêtes policières mettant en scène des laboratoires médicaux aux pratiques contre- nature, l’esprit dystopique saupoudrée de romance, et que vous avez les nerfs solides, n’hésitez pas à découvrir cette saga ! 

mercredi 28 septembre 2022

Knight of shadow – Tome 1 : hybride, Loïs - Ly (Elixyria, 11/2018)



 Knight of shadow – Tome 1 : hybride, Loïs - Ly (Elixyria, 11/2018)

 💘💘💘💘💘

Vous avez rêvé, fantasmé (vous aussi) devant le film « Body Guard » (bon, ok 1992…) qui réunissait Kevin Costner et la regrettée Whitney Houston, si talentueuse, belle et tourmentée (même en fiction) ?  Ajoutez une pincée de vampires, quelques métamorphes saisis sur le vif et projetez- vous à San Francisco en 2255. Vous y êtes ? Très bien, accrochez maintenant votre ceinture car les remous arrivent ; et ils vont être nombreux…  

 

« Il y a environ deux cents ans, le monde surnaturel, jusqu'alors partie immergée de l'iceberg, a brisé le cours tranquille de la petite vie des humains et rompu leur règne sans partage en se révélant à eux. Alors, la pléiade de créatures mythologiques, supposément légendaires, qui captivaient les ados à la télévision ou dans les livres, telles que les vampires, les métamorphes, les lycanthropes, les sirènes, les berseks, sorcières et autres démons, ont brusquement fait leur apparition en chair et en os. On en croisait au coin de la rue. » Le monde n’est plus tel que nous le connaissons. Certes, le dérèglement climatique a bel et bien fait des siennes et les journées sont aussi caniculaires que les nuits sont glaciales. Mais le changement majeur réside dans l’émergence de créatures surnaturelles que l’on pensait cantonnées aux pages de nos romans préférés.

 

« J'étais déjà impulsif et nerveux de nature quand je n'étais qu'un humain, j'imagine que les expériences que l'on a pratiquées sur mon corps n'ont fait qu'exacerber ces traits de caractère, sans compter maintenant l'instinct meurtrier qui prend le dessus sur mon ancienne personnalité... » Rayden est un ancien flic. Il s’est réveillé un soir dans un laboratoire déserté ; son corps et son esprit profondément modifiés. Qu’est-il donc devenu ?

 

« Rayden me désirait, cependant, dès lors que j'ai parlé de mon père comme une idiote, son patron, il s'est refermé comme une huître. Il n'y a plus eu de "Avery, tu me rends dingue !", mais un "je vous laisse terminer de vous préparer, Mademoiselle Grover, je vous attends dans le salon". » Le nouveau job de Rayden ? Garde du corps d’Avery Grover, fille d’un milliardaire désagréable et distant. Mais voilà, entre Avery et Rayden, l’attirance est rapide et réciproque. Mais quid d’une histoire employée / patron, et peut-être encore plus problématique ; humaine / surnat’ ?

 

Au final, un roman fantastique sur fond d’enquête policière, agrémentée d’une jolie romance. Les personnages sont charismatiques à souhait ; on grogne avec Rayden et on s’épuise avec Avery, cette bourgeoise capricieuse, mais pas si délurée que ça. Et ce premier tome qui se termine sur un « cliffhanger » de malade ; on en dit quoi ? Ben qu’on est au taquet pour entamer le tome 2 (parce que non, ça ne peut pas en être autrement !) !

dimanche 25 septembre 2022

Orgone, Lana M. (Elixyria, 06/2021)


 

Orgone, Lana M. (Elixyria, 06/2021)

💜💜💜

Et si vous faisiez votre rentrée scolaire aux côtés d’Elysa et Connor ? Vous seriez bien vite surpris de découvrir que derrière leur apparence d’étudiants biens sous tous rapports se cachent des êtres aux pouvoirs inouïs, et qui se trouvent régulièrement aux prises avec les démons et autres demi- dieux ! Le hic ? Car oui, il y en a un ; c’est qu’Elysa ignore encore tout de sa véritable identité…  

 

 « J'ignore ce qui me rend si inapte aux relations humaines, je déteste cette facette de ma personnalité. Quelque part, c'est ce qui m'a rendue solitaire durant mes années de lycée : la peur des autres, de ce qu'ils peuvent me faire. » Elysa a toujours été du genre solitaire. Elle vivait avec sa mère, son grand- père et son chien, dans une petite île sans histoire, avant de venir intégrer l’université située dans une grande ville continentale. Heureusement, son ami d’enfance, Connor, sera encore à ses côtés car il y étudie lui aussi.

 

« - Nous, cambions, pouvons sentir l'énergie des êtres vivants qui nous entourent, celle des humains, des plantes, et la tienne, qui est bien différente des autres. Quand tu posséderas tous tes pouvoirs, ton énergie sera décuplée et tu deviendras la cible préférée des démons. » Très rapidement, Elysa est abordée par un étudiant très séduisant, prénommé Lashen. L’attirance entre les deux jeunes gens est évidente, mais Connor ne voit pas cette relation naissante d’un très bon œil… Jaloux ?

 

« Il y a quelques jours, je n'aurais jamais pu croire de pareilles histoires, mais aujourd'hui, mon esprit s'est considérablement ouvert à ce monde dont j'ignore tout. J'ai envie de comprendre comment cette société secrète fonctionne, ses règles, ses lois, ses combats, et son histoire, pour qu'elle devienne la mienne. » Des événements flirtant avec le surnaturel vont intervenir, et se succéder dans le quotidien de notre jeune héroïne, et lui faire prendre conscience de l’existence d’un monde parallèle, peuplé de créatures surnaturelles, et dans lequel elle a elle- même un rôle à jouer. Sera- t- elle à la hauteur de ce nouvel enjeu ?

 

Au final, un roman bien sympathique porté par deux personnages charismatiques. Le déroulement de l’intrigue est un peu attendu mais quelques retournements de situation surprises permettent de garder le suspens sur les origines d’Elysa jusqu’aux dernières pages. Un bon moment d’évasion. 

lundi 19 septembre 2022

Philae d’îles en ils, Julie- Anne de Sée (Elixyria, 09/2019)



 Philae d’îles en ils, Julie- Anne de Sée (Elixyria, 09/2019)

💝💝💝💝💝

J’ai été agréablement surprise par ce roman, catalogué comme un texte érotique alors qu’il s’agit avant tout d’un témoignage autobiographique. Certes, la narratrice évolue dans des milieux plutôt tendancieux, utilisant souvent son corps comme un gagne- pain, mais l’essentiel du récit porte sur son incroyable road- trip, qui l’a emmenée onze ans durant, sur les pistes les plus dangereuses des pays orientaux, destination à la mode pour tous les hippies – mais surtout tous les drogués – avec qui elle va partager les moyens de transports aléatoires, mais aussi les manques et les addictions…

 

« En fait, je ne sais pas vraiment comment je me suis mise à danser et à me dévoiler sur scène, me déshabiller en public en y prenant vite goût... Peut- être à cause de l'absence de pudeur due au fait que mes parents étaient naturistes et que la nudité a toujours été naturelle pour moi ? Ou bien, parce que je ne percevais pas alors toute la portée érotique de ce tableau auquel je prenais beaucoup de plaisir, sans trop avoir conscience de mon exhibitionnisme. » Philae a grandi dans une famille aux mœurs particulières : nudité et partage de partenaires sexuels sont la norme. Alors quand on lui propose de se mettre en scène pour des strip- teases et des shows érotiques, elle accepte sans se poser de questions : son compagnon, Yannick et elle- même ont bien trop besoin de doses d’héroïne pour se permettre de refuser.

 

« Philae n'est pas le prénom que mes parents m'ont donné à la naissance. Cependant, c'est celui que j'ai toujours porté, celui que j'aime. Il a été mon nom de scène, dont j'étais fière, même lorsqu'il a été japonisé en Philaway. Il s'est ensoleillé au Brésil. Il est aussi devenu Philadamnada, Philae la damnée, l'infernale, comme les enfants pas très sages... » Changer de nom, n’est- ce pas la meilleure manière de tourner la page de son enfance ? Une période bien trouble et troublante pour Philae…  

 

« Je ne peux pas encore savoir que bientôt, je parcourrai la planète en tous sens, de continent en continent, d'îles en ils au gré de rencontres et d'amours de toutes nationalités, de toutes les couleurs, en amoureuse du monde et des hommes qui le peuplent. » Quelle expérience que celle menée par Philae ! Si je l’ai trouvée bien naïve par moment, à s’amouracher du ou de la premier(e) venu(e), j’ai ensuite vu cet attachement rapide et spontané comme la bouée de secours dont a besoin celui qui est en train de se noyer. Un moyen de vivre, de survivre.

 

Au final, un récit véritablement dépaysant. Julie- Anne de Sée a su prêter sa plume élégante à une femme si particulière qui a pourtant préféré rester anonyme. Et pourtant, que d’expériences vécues, que de personnalités rencontrées pour un petit bout de femme aux cheveux blonds dans les années 70 et 80 ! Un récit que je recommande aux amateurs de témoignages sur Goa, Manille et les quartiers malfamés de l’Inde ou de la Thaïlande !

vendredi 16 septembre 2022

Peindre la pluie en couleur, Aurélie Tramier (Le Livre de Poche, 2020)


 

Peindre la pluie en couleur, Aurélie Tramier (Le Livre de Poche, 2020)

💜💜💜💜💜

 Aurélie Tramier a écrit là une bien jolie histoire autour du deuil, de l’amour entre sœurs et de la résilience ; cette faculté de se reconstruire après avoir subi des traumatismes dans le passé. Car oui, c’est bien cela qui empêche Morgane, 35 ans, d’être heureuse : le rejet de la part de sa mère et un événement traumatique qui la conduite à aller se réfugier quelques années à l’autre bout du monde. Alors le quotidien de cette femme ressemble à une journée de pluie sans fin… jusqu’à ce que deux petites touches de couleur viennent iriser sa vie.

 

 « J'ai confiance. Mon Emilie chérie. Quinze ans déjà. Si belle. Si parfaite. Pour toi, j'ai tout donné. Et je prie le ciel pour que tu ne le saches jamais. C'est ce que font les grandes sœurs, non, protéger les petits ? » Morgane a dix- sept ans quand elle prend la décision de partir loin de chez elle, mais aussi, loin de sa sœur adorée. Mais leur complicité perdurera malgré la distance et les années.  

 

« Elle me pétrifiait. Il n'y en avait que pour Emilie, si belle, si parfaite. L'image, l'apparence, ce que les gens allaient penser, voilà ce qui comptait plus que tout. » La préférence d’un enfant de la fratrie aux dépens des autres par l’un des parents est toujours source de souffrance pour ceux- ci, et Morgane en est venue à éviter sa mère, qui clamait trop souvent bien haut sa préférence pour sa cadette et son dédain pour l’aînée. Au point que lorsqu’Emilie décède dans un accident de voiture avec son époux, la grand- mère va remuer ciel et terre pour pouvoir récupérer les enfants d’Emilie, que cette dernière a souhaité confier à Morgane.    

 

« Je pose un baiser sur sa joue et me traîne jusqu'à mon lit, les boyaux retournés, la tête en morceaux, le cœur en friche. Orpheline. Marâtre. Indigne. Coupable. Vouée à l'opprobre. Galeuse. Mais débordant d'un amour violent pour cette petite fille qui dort juste à côté. Et qui n'est pas la mienne.
Je ne savais pas qu'on pouvait aimer comme ça. »
Difficile pour Morgane, qui a toujours vécue seule depuis sa prise d’indépendance, de jouer le rôle de maman d’un garçon de dix ans, Eliott, et d’une fille de six ans, Léa. Désemparés par la disparition subite de leur parents, les difficultés d’adaptation vont dans les deux sens et les habitudes du quotidien vont être sérieusement chamboulées, avant de laisser place à un amour inconditionnel entre les enfants et leur tante.

 

Au final, un roman très touchant sur les relations familiales. On se dit qu’il suffit d’un drame pour que tout vole en éclat, même les secrets les plus enfouis et les rancœurs les plus tenaces. L’alternance du récit entre le point de vue de Morgane et celui du petit Eliott, à travers des lettres qu’il rédige à sa mère, donne encore plus de profondeur au récit. Une histoire triste au final plein de tendresse. 

mardi 13 septembre 2022

Priceless, L.S. Ange et Callie J.Deroy (Elixyria, 08/2018)


 

Priceless, L.S. Ange et Callie J.Deroy (Elixyria, 08/2018)

💓💓💓💓💓

 

J’ai découvert les éditions Elixyria en mars 2020 et je me suis rendu compte qu’il s’agissait pour moi du centième livre que j’ai lu qui soit publié par leurs soins ! Le hasard veut, par ailleurs, que la fondatrice de cette maison d’édition en soit l’une des auteures, et force est de constater que la ligne éditoriale « Parce que vous méritez les émotions les plus intenses » a encore une fois fonctionné sur moi !

 

« Quand on a tout perdu du jour au lendemain, qu'on est passé d'une enfance dorée à une jeunesse en HLM, on sait à quel point tout peut changer en une fraction de seconde. Personne ne sait de quoi demain sera fait, à moins... A moins d'épouser Nicolas Dambre - Villiers dans deux mois. » Emy revient de loin. Sa famille a été décimée par un méchant coup du sort. Son seul espoir réside dans un mariage intéressé : Nicolas Dambre  Villiers efface les dettes familiales et en échange, elle devient sa propriété, corps et âme, dès lors qu’il lui passe la bague au doigt.

 

« Après être revenue à la vie le temps de quelques heures, je dois mourir à nouveau. Mais j'ai l'habitude d'être morte à l'intérieur. Ça ira. » Voilà que Vanessa, la meilleure amie d’Emy, met en place une rencontre entre cette dernière et un gigolo jeune et séduisant, Stephen….

 

« Je suis tellement fou de rage que rien ne se mettra sur mon chemin. Je dois voir cette saloperie de bonne femme pour lui dire ce que je pense de son coup foireux. » Stephen vend ses « services » depuis déjà plusieurs années à de vieilles rombières qui en ont fait leur joujou préféré en échange de liasses de billets. Mais l’une d’entre elles va se révéler plus vicieuse que les autres. Non, l’argent ne permet pas d’acheter des gens pour en faire un objet : Emy et Stephen vont devoir se battre contre cette idée choquante et indécente.

 

Au final, une romance qui fait sourire grâce aux réparties savoureuses des principaux protagonistes, qui ne se font pas de cadeaux, puis qui émeut par la force des sentiments qui se dégagent du récit. Les nombreux rebondissements et retournements de situation rendent la lecture addictive ; on a réellement envie d’apprendre ce qui va arriver à Emy et Stephen tant les deux auteures s’amusent à les malmener ! 

lundi 5 septembre 2022

Les enfants sont rois, Delphine de Vigan (Gallimard, 02/2021)


 

Les enfants sont rois, Delphine de Vigan (Gallimard, 02/2021)

💓💓💓💓

« Les enfants sont rois », c’est avant tout le portrait de deux femmes de nos jours, deux femmes que tout oppose. La première, Mélanie, est la première fan de Loana dans « Loft story », toute première émission de téléréalité produite en France en 2001. Elle rêve de vivre la même expérience, mais lorsqu’elle sera retenue sur un casting, elle ne fera malheureusement pas long feu dans l’émission… Clara, elle, a contrario, est la fille d’enseignants militants anti- téléréalité, devenue procédurière à la Crime du 36.  

 

« Dorénavant chacun existerait grâce à la multiplication exponentielle de ses propres traces, sous forme d'images ou de commentaires, traces dont on ne tarderait pas à découvrir qu'elles ne s'effaceraient pas. Accessibles à tous, Internet et les réseaux sociaux prendraient bientôt le relais de la télévision et décupleraient le champ des possibles. Se montrer dehors, dedans, sous toutes les coutures. Vivre pour être vu, ou vivre par procuration. » Que de progrès dans l’évolution des technologies liées à la communication, en peu d’année ! La télévision est entrée dans tous les foyers, mais nous sommes aussi entrés dans les écrans par le biais d’émission de téléréalité puis de vidéos postées sur les réseaux sociaux.

 

« - La plupart des gens nous aiment. Ils nous le disent, nous l'écrivent, ils font des centaines de kilomètres pour nous voir... C'est fou, tout cet amour qu'on reçoit. Vous ne pouvez pas imaginer. Mais récemment, il y a eu des rumeurs, des médisances, et maintenant certaines personnes nous en veulent. Nous veulent du mal. » Mélanie entre à pieds joints dans ce nouveau spectacle grandeur nature qu’est la vie par procuration. Inspirée par des Youtubeurs américains, elle filme ses enfants matin, midi et soir et engendre très vite des millions d’euros en signant des contrats publicitaires avec de grands groupes commerciaux. Mais alors que sa petite Kimmy, 6 ans disparaît, l’heure d’une remise en question de ses pratiques sonne…

 

« Ils croyaient que Big Brother s'incarnerait en une puissance extérieure, totalitaire, autoritaire, contre laquelle il faudrait s'insurger. Mais Big Brother n'avait pas eu besoin de s'imposer. Big Brother avait été accueilli les bras ouverts et affamé de likes, et chacun avait accepté d'être son propre bourreau. » Comment mener une enquête sur une disparition alors que le monde entier possède les coordonnées d’une famille qui se met à nue devant les écrans depuis des années ?

 

Au final, un roman vraiment très intéressant, qui aborde un sujet d’actualité qui pose déjà des problèmes depuis plusieurs années. Les droits des enfants, et les devoirs des parents, sont justement mis en question. On sent que la romancière s’est solidement documentée et elle maîtrise, comme toujours, l’art de dénoncer avec intelligence, sans crier, mais en poussant son lecteur à réfléchir. 

mardi 30 août 2022

Ciao Bella, Serena Giuliano (Pocket, 03/2019)


 

Ciao Bella, Serena Giuliano (Pocket, 03/2019)

💙💙💙💙

Anna a peur de tout, ou presque, et ses troubles en viennent à l’empêcher de vivre normalement. Alors qu’elle entame une deuxième grossesse, elle décide de se prendre en main et de se faire suivre par une psychologue. Ce sont ici les séances entre les deux femmes qui sont narrées, et en parallèle, le fil de l’histoire d’Anna, qui se déroule entre l’Italie de son enfance et la France de sa vie d’adulte.

 

« Ce jour- là, ce lundi, est le plus beau et le plus horrible de ma vie. J'ai cru mourir mais, pire, j'ai cru te perdre, toi, mon bébé. C'est là que j'ai réalisé à quel point une mère pouvait aimer. Quand j'ai compris que, plus qu'à ma propre vie, je tenais surtout à la tienne. » Les peurs d’Anna, déjà terriblement anxieuse de nature, se développent rapidement suite à un premier accouchement prématuré et difficile à vivre. Alors qu’elle entame une deuxième grossesse, les peurs les plus primaires remontent à la surface et Anna ne parvient plus à les surmonter…  

 

« - Oui, l'enfance joue un rôle primordial dans notre vie adulte. Elle est le socle de notre existence. Si celui- ci n'est pas stable, tout le reste risque de s'écrouler tôt ou tard. » Anna rencontre une psychologue qui va lui faire remonter le temps, histoire de trouver l’origine des peurs qui envahissent son quotidien et génèrent des crises d’angoisse répétées. Pas de surprise, ce sont bien les souffrances vécues dans l’enfance qui ont creusé chez la patiente des incertitudes, des manques, qui l’empêchent de profiter de la vie.

 

« Tu crois être la prunelle des yeux de tes parents. Puis, un jour, tu fais des enfants, et c'est à eux que celle qui t'a mis au monde offre des calendriers de l'Avent Kinder. Tout fout le camp dans ce monde de merde. TOUT. » Anna est une maman qui panique, mais elle sait garder un certain sens de l’humour. En se confiant à sa psy, et en créant un blog pour les mamans en détresse, elle se découvre un véritable talent dans l’écriture et dans le partage des confidences.

 

Au final, un roman dans lequel toutes les mamans, mais aussi toutes les filles se reconnaîtront (désolée messieurs). Les douleurs du passé sont génératrices de bien des anxiétés adultes, mais la plume de Serena Giuliano sait nous donner le sourire, en pointant du doigt certaines névroses qui s’avèrent ridicules après coup, mais qui font partie de la vie de mère et d’épouse. Un premier roman qui laisse deviner des qualités de romancière, mais aussi humaines, qui feront le succès des suivants ! 

samedi 27 août 2022

The Salt wolves – Tome 2 : Si tu veux de moi, Delphine Clever (auto- édition, 04/2022)



 The Salt wolves – Tome 2 : Si tu veux de moi, Delphine Clever (auto- édition, 04/2022)

🎸🎸🎸🎸

 

Dans ce deuxième tome de la tétralogie consacrée à l’histoire fictive d’un groupe de rock américain nommé « The Salt wolves », l’auteur centre le récit sur la naissance d’une relation amoureuse entre John et Rebecca. Le jeune homme est le frère de Cassie, héroïne du premier tome, sauvée inopinément, par Jared, d’une famille dangereuse de désaxés qui gardaient leurs enfants loin de toute forme de société, en totale autarcie. John a choisi de rester du côté de Cassie suite aux événements survenus dans le tome précédent. Jouant de la guitare avec habileté, il a très vite intégré le groupe de Jared. Et le voici qui se sent attiré par la rebelle qui y joue également de la guitare et des synthés, Becky.

 

 « J'avais pourtant décidé de ne plus utiliser le prénom que mes parents m'ont donné à la naissance, d'être une personne plus forte, plus indépendante... plus seule. Tellement seule. » Rebecca demeure une jeune femme mystérieuse, sous son diminutif de Becky. Son agressivité est légendaire et la majorité des personnes de son entourage savent qu’il faut la manipuler avec des pincettes pour communiquer avec elle. Ceci dit, c’est une musicienne et une chanteuse douée, dont Jared ne voudrait surtout pas se séparer. Et même si Cassie lui a dérobé la place de chanteuse, tous les membres du groupe ont insisté pour garder Becky parmi eux.

 

« Je ne veux pas me retrouver dans un foyer d'accueil, entourée d'autres gamins à problème qui me détesteront tous. Dans la rue, tous les gars m'aiment et ils me donnent ce dont j'ai besoin, c'est- à- dire pas grand- chose : une dose, un sandwich, une bière... Suffit d'écarter les jambes. C'est un deal acceptable. De toute façon, ma mère m'a souvent traitée de petite pute. » Dans ces pages, nous en apprenons davantage sur l’enfance et la jeunesse de Rebecca : abandon, rejet et souffrance l’ont conduite directement dans la rue. Les élans caractériels qui lui sont propres trouvent ici une explication et on ne peut que compatir à son profond mal- être, qu’elle tente, tant bien que mal, de cacher.   

 

« J'ai voulu faire comme si ça ne me dérangeait pas, comme si j'avais juste à ne pas y penser, mais je me rends compte que je ne peux pas agir ainsi. Je dois faire face aux faits. A sa réalité, à son passé. Est- ce que je dois oublier l'idée d'être un jour avec elle parce que je ne supporte pas ce qu'elle a vécu avant moi ? Ou est- ce que je suis prêt à accepter cette partie d'elle ? » John est perturbé par son attirance envers Becky ; lui qui n’avait jamais eu de petite- amie de sa vie et qui ne pouvait même pas s’imaginer qu’on puisse vivre à la rue. Comment vivre une relation sereine et épanouie en étant si différents ?

 

Au final, un second tome passionnant tant le personnage de Rebecca y est finement développé. Le côté « mauvaise fille » du premier tome trouve ici ses justifications et le lecteur peut comprendre les réactions d’un tel personnage, d’autant plus au sein d’un groupe d’individus si différents les uns des autres. Delphine Clever écrit décidément très bien, et je suis maintenant curieuse de découvrir la face cachée de Matt, ce Casanova assumé, dans le tome 3 de cette saga !  

mercredi 24 août 2022

Lulu, Léna Paul - Le Garrec (Buchet - Chastel, 08/2022)



 Lulu, Léna Paul - Le Garrec (Buchet - Chastel, 08/2022)

 💚💚

Lulu n’est pas un petit garçon comme les autres. Premièrement, il déteste son prénom, Lucien, choisi par sa mère du fait de son amour pour les mélodies de Gainsbourg (Lucien Ginsburg de son vrai nom), ensuite il n’aime pas les autres, ne peut leur parler, et préfère rester en solitaire avec ses divers TOC. Les autres gamins de son âge le lui rendent bien, se moquant de lui dans la cour de récréation et l’ignorant trop souvent superbement. Mais lui, ne semble pas si malheureux ; de son point de vue aux contours candides, Lulu s’émerveille de chacune de ses trouvailles rejetées sur le sable par l’océan…

 

« Je suis le créateur du "Piscis detritivore".
Poisson d'un nouveau genre. A la constitution robuste, de la taille et de la forme d'un dauphin, pourvu d'un incommensurable système digestif, il se nourrit exclusivement de détritus. Il nettoie les mers de la pollution humaine, il rétablit l'équilibre salutaire. »
La passion pour les découvertes réalisées sur la plage devient très vite envahissante pour Lulu. Les habitants de nos océans n’ont plus aucun secret pour cet écolier qui passe son temps libre à dévorer les encyclopédies sur le monde marin pendant que ses camarades mènent leur vie d’enfant de manière plus « conventionnelle ».

 

« Si nous savions, si nous avions le pouvoir de savoir qu'un geste dérisoire répercuterait son écho sur l'ensemble de notre sablier, le ferions- nous ? On se focalise toujours sur les grandes décisions. Finalement, ce sont les petites, irréfléchies, qui bouleversent nos vies. » Lulu porte un regard innocent sur l’univers qui l’entoure. Que ce soit son quotidien à l’école et avec sa maman, ou la taille des étoiles composant le cosmos, il ne cesse de se poser des questions.

 

« Je lève le doigt, la main, le bras, le corps. Trop agacé, j'en oublie mon toc- toc. Et une fois debout, je déclare haut et fort :
"Je récupère ce que la plage refoule, ce que la mer rejette. Qui est malade ? La mer ou moi ? "
Silence. Un silence profond, un silence qui ensevelit en un claquement de mots la pitié et le dégoût. Un silence de honte. »
Une bouteille contenant un message va donner une autre dimension au quotidien de Lulu. Le voilà qui s’ouvre aux autres, mais uniquement par le biais de la correspondance. Et puis voilà le collège et le lycée où notre personnage va cultiver sa différence. Pour quel avenir ?

 

Au final, un roman plutôt court dans lequel j’ai eu du mal à trouver mes marques. L’écriture est certes poétique et habile, mais difficile de contextualiser le parcours de Lulu avec des éléments précis. Je n’aime pas me poser tant de questions au sujet d’un personnage et cela m’a ici clairement empêchée de m’attacher à Lulu, et encore moins à sa mère, dont l’histoire arrive à la toute fin. L’écriture est belle, mais le sujet reste trop imprécis, à mon avis.  

mardi 23 août 2022

Destinés, tome 1 – Nouveau départ, Lucie Barnasson (Elixyria, 12/2020)


 

Destinés, tome 1 – Nouveau départ, Lucie Barnasson  (Elixyria, 12/2020)

💜💜💜💜💜

Vous imagineriez vous vivre dans un monde sans bruit ? A la première pensée, vous êtes certainement comme moi, à penser que ça doit être génial (il faut dire qu’il y a des travaux de BTP à côté de chez moi alors que je rédige cette chronique !!!) ! Sauf que, sans bruit, cela signifie aussi sans musique, sans chant des oiseaux au réveil, sans le clapotis des vagues qui viennent s’écraser à vos pieds… Quelle tristesse, non ??! Hé bien Lénia évolue dans un monde post- nucléaire qui a interdit toute mélodie… Les humains qui ont survécu à la catastrophe vivent dans des dômes insonorisés. Mais, heureusement pour elle, Lénia est différente : elle peut entendre les sons sans se tordre de douleur et ne rêve que d’une chose, vivre en- dehors des dômes, en toute liberté.

 

« La propagande sur les méfaits de la musique avait eu un tel impact que personne ne s'était alors opposé à l'idée d'intégrer dans l'ADN de chacun un gène "amusique" à caractère héréditaire ; le gène Z. A cause de ce dernier, toute suite de notes harmonieuses, volontaire ou non, procure de telles douleurs que même le chant des oiseaux est devenu insupportable. » Les gouvernements du monde entier se sont entendus pour décréter que la musique était dangereuse, car capable de fédérer des rebelles contre l’ordre établi. A partir de là, mise en place d’une interdiction de produire la moindre mélodie et mise au point d’une vaccination de masse dans le but de modifier le caryotype de l’être humain.

 

« A l'instant où ma peau touche la sienne, je prends une puissante décharge électrique et on entend un bruit étrange, comme des dizaines de petits éclats. Et pour cause ! Toutes les ampoules des lampadaires alentour viennent de se briser les unes après les autres. » Le destin met sur la route de Lénia un jeune homme, prénommé Tristan, qui présente les mêmes particularités qu’elle. Leurs premières rencontres sont explosives. Mais au sein de leur internat, il leur faudra être discrets ; la différence est mal vue… D’autant plus que des événements extérieurs semblent menacer l’ordre établi.

 

« Certains diront que c'est à cause de notre destinée, moi, je suis certain que, même sans toute cette magie, j'aurais été époustouflé, intrigué et attiré par elle. » Des liens de plus en plus forts se développent entre Lénia et Tristan ; mais est ce de l’amour ou leur destin extraordinaire qui leur fait ressentir autant de sentiments ?

 

Au final, un premier tome très bien construit, qui pose les bases de l’histoire et bascule d’une réalité tout à fait acceptable à un univers surnaturel tout à fait crédible. Le point de vue alterné entre Lénia et Tristan donne de l’harmonie et de la force au récit. Les personnages sont vraiment attachants et on s’imagine facilement à leurs côtés pour les aider à accéder à la vérité et à défendre leur différence. Un plaisir de lecture que je vais poursuivre rapidement en dévorant le tome 2 de la saga !  

jeudi 18 août 2022

Le livre des sœurs, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2022)

 


Le livre des sœurs, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2022)

💛💛💛

C’est le 31ème roman publié par la romancière belge la plus connue, en cette rentrée littéraire. Une nouvelle fois la famille est au cœur du récit ; après le père dans l’opus de l’an dernier, ce sont les sœurs qui sont mises à l’honneur dans le cru 2022. Quoi de plus normal pour Amélie Nothomb, qui a toujours parlé du lien très fort qui l’unit à sa propre sœur, prénommée Juliette.

 

« Dès qu'ils se rejoignaient, recommençait le mystère. S'effleurer provoquait des étincelles. S'embrasser donnait le vertige. » Florent rencontre Nora alors qu’il se rend dans un garage pour faire vérifier ses pneus. Entre eux, c’est l’amour fou immédiatement. Les tourtereaux deviennent très vite fusionnels, ne vivant plus que l’un pour l’autre. Mais poussé par leur entourage, le couple décide d’avoir un enfant. Tristane naît.

 

« Deux âmes se découvrirent et résonnèrent l'une en l'autre. Deux planètes s'alignèrent de manière si exacte que s'éleva, audible pour ces seules enfançonnes, une musique qui ne devait jamais s'assourdir. Ce phénomène mi- son mi- lumière se répercuta de l'une à l'autre soixante fois par minute et pour les siècles des siècles. » Florent et Nora n’ont pas envie de quitter leur lune de miel, et finalement, Tristane les gêne. Ils décident donc de faire un deuxième enfant pour occuper la gamine. Laetitia naît.

 

« Les autres sœurs, elles ne s'aiment pas autant que nous. Les autres parents, ils ne s'aiment pas autant que les nôtres. » Tristane et Laetitia fusionnent à leur tour, comme en réponse au couple exclusif de leur parent. L’aînée, surdouée, partage ses savoirs et ses dons avec sa petite sœur. Elles se créent un univers bien à elles, dans lequel seule leur cousine Cosette parvient à s’intégrer. Ensemble, elles forment un groupe de rock, qu’elles appellent « Les Pneus ».

 

« - C'est quoi, illusions ?
- C'est de croire quelque chose de joli et de pas vrai.
- Pourquoi ?
- C'est agréable. »
Amélie Nothomb, comme à son habitude, multiplie les dialogues courts, percutants et souvent déstabilisants. Ses idées énoncées passent du coq à l’âne et proposent des issues souvent étonnantes. Le vocabulaire est expert, très littéraire, comme toujours ; c’est devenu en quelque sorte sa marque de fabrique ! L’auteure est la meilleure pour promouvoir les figures de style oubliées dans les livres de rhétorique ! Malheureusement, ce dernier roman d’Amélie Nothomb ne restera pas longtemps dans ma mémoire. Il manque d’affect pour les personnages et les situations, sans parler de la fin, catastrophique à mes yeux, sont souvent tirées par les cheveux. J’espère que le cru 2023 me plaira davantage !

mercredi 17 août 2022

L’inattendu, Rose Lorente (Lov Editions, 08/2021)

 


L’inattendu, Rose Lorente (Lov Editions, 08/2021)

💗💗💗

 1er novembre 2020. Emma et son mari Christian se rendent à une réunion de famille en ce jour de la Toussaint. Mais voilà que le brouillard se met à devenir si dense que l’on ne voit plus rien à deux mètres. Christian se voit obligé de stopper le véhicule. Pour ne pas trop empiéter sur la voie de circulation, il demande à Emma de sortir de la voiture et de le guider pour qu’il puisse stationner sans gêner. Mais à peine Emma a-t-elle lâché la portière que celle- ci se retrouve seule au milieu de nulle part, cernée par des maisons aux murs sombres. Sous le choc, elle s’évanouit… Et se réveille en 1995.

 

« Cette nouvelle réalité est une deuxième chance. Je connais la partition, j'ai de nouvelles cartes en main, n'est- ce pas ? La question n'est plus de savoir si je veux retrouver ma vie (si je regrette la vie que j'ai eue jusque-là), mais seulement si, plus avisée, je saurai m'en offrir une autre. » Emma se réveille d’un coma post- traumatique. Elle a trente ans et découvre avec stupeur que dans la chambre d’hôpital dans laquelle elle revient à elle, se trouvent ses parents, pour elle décédés, et son premier compagnon, disparu depuis bien longtemps. Comment supporter ce retour dans le passé avec un bagage de trente ans de vie en plus ? Doit-elle se servir de cette deuxième chance qui lui est donnée pour ne pas réitérer les erreurs précédemment commises ?

 

« Plus de vingt ans de ma vie semblent s'être envolés, comme ça, en un claquement de doigts ! Supposer que j'ai tout simplement rêvé cette autre vie n'est pas concevable. Je n'ai jamais été fantaisiste à ce point ! » Dans sa nouvelle réalité, Emma est toujours en couple avec Marc et leur petit garçon, Quentin, n’est âgé que de quatre ans. Les vingt années du couple formé avec Christian, son mari, se sont envolées. Que s’est- il donc passé ?

 

« Aurait- ce été différent si j'avais attendu, si je n'avais pas fait le choix de partir ? Cela nous aurait-il donné une chance ? » Emma tente tant bien que mal de cacher son trouble à ses proches, de faire comme si de rien n’était. Pour soulager ses doutes, elle se met à écrire, mais voilà que Marc tombe sur le manuscrit…

 

Au final, j’ai beaucoup aimé la façon d’écrire de Rose Lorente, ainsi que l’originalité de son idée. J’ai été agréablement surprise par l’orientation fantastique qu’a pris le récit à la moitié du livre. Le seul petit bémol concernerait la première partie du roman que j’ai trouvée chargée en moments d’introspection ; vu le thème, c’est un peu normal, mais j’aurais aimé qu’il y ait un peu plus d’actions pour introduire ces réflexions. Hormis cela j’ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman qui porte très bien son titre, et cela à plusieurs niveaux, tant ce qui s’y déroule est « inattendu » !!!

Dans les brumes de Capelans, Olivier Norek (Michel Lafon, 04/2022)


 

Dans les brumes de Capelans, Olivier Norek (Michel Lafon, 04/2022)

💙💙💙💙

Un flic disparu des radars de la police officielle depuis six ans se voit chargé de surveiller une jeune femme qui a été séquestrée durant dix ans par un monstre, lequel a enlevé et tué neuf autres adolescentes. Pourquoi a-t-elle été épargnée ? Coste saura- t- il lui tirer les vers du nez afin d’identifier et de pouvoir arrêter le criminel en question ?

 

« Puis, un raclement au fond de la pièce, quelque chose dans l'ombre. Retour de tension. Les canons se dirigèrent vers la source du bruit et les faisceaux des lampes intégrées éclairèrent une seconde silhouette... recroquevillée dans un coin, la vingtaine à peine dépassée, recouverte d'un drap dégueulasse, tremblante et sale. » Suite à une enquête sur la disparition d’une adolescente, une équipe de policiers débarque dans une maison dans laquelle une cave est aménagée comme un cachot. L’adolescente recherchée y est retrouvée assassinée, mais à la plus grande surprise des flics, une autre victime est découverte, vivante, elle.

 

« Ainsi, de neuf victimes, on passait à dix, et Anna devenait la première. Malgré cette "victoire", l'état des lieux n'était pas en faveur de la police judiciaire. Deux mortes, Garance et Salomé, une retrouvée, et absolument rien sur les sept autres. Voilà pourquoi Anna était une chance et une candidate parfaite pour le Service de protection des témoins, la seule à pouvoir remplir les blancs d'une enquête vieille d'une décennie aussi trouée qu'une partition d'orgue de Barbarie. » La découverte d’Anna, dix ans après son enlèvement, soulève bien des interrogations, mais surtout une vague d’espoir : grâce à elle, on espère retrouver sept autres victimes de ce tueur en série, mais également arrêter ce monstre.

 

« C'est un être au cerveau unique. Totalement dérangé, mais unique. Anna aussi, à sa manière, est unique. Intellectuellement. Physiquement. » Coste, loin du 93, traîne sa peine depuis qu’il a perdu l’un de ses coéquipiers. Sa nouvelle mission, qui consiste à prendre en charge des témoins qui risquent leur vie parce qu’ils ont dénoncé des criminels puissants, en étant isolé sur l’île de Saint- Pierre, lui permet de contenir une part de sa peine. Mais l’arrivée d’Anna, puis du tortionnaire de celle- ci sur l’île, va réactiver ses anciens réflexes d’enquêteur.

 

Au final, un thriller captivant, aux nombreux retournements de situation qui tiennent en haleine. Norek écrit vraiment très bien, usant de métaphores habiles et de jeux de mots intéressants. Par contre, j’avoue avoir été un peu déçue par le manque de rythme du récit ; je m’attendais à davantage de surprises. J’ai eu l’impression d’avoir déjà trop lu (ou entendu) ce genre d’histoires. C’est vrai que les médias nous en racontent beaucoup, des récits terribles tel celui de Natasha Kampusch… A lire pour la qualité de l’écrit et le dépaysement !

samedi 13 août 2022

Le temps passé avec un chat n’est jamais perdu, Véronique Aïache (J'ai Lu, 06/2022)


 

Le temps passé avec un chat n’est jamais perdu, Véronique Aïache (J'ai Lu, 06/2022)

 💙💙💙💙

Et si la compagnie des chats nous permettait de vivre mieux ? La narratrice de ce roman – essai va développer le concept et l’éprouver elle-même. Récemment abandonnée par un homme dont elle était tombée éperdument amoureuse après son divorce, Juliette peine à remonter la pente. Un séjour à Goa auprès de sa sœur et la commande de son éditrice d’un essai intitulé « La méthode chat » vont lui demander des temps d’observation et d’analyse du comportement félin qui se révéleront salvateurs.

 

« Maintenant, c'est grâce aux pieds que nous nous déplaçons, mais c'est aussi à cause d'eux que nous restons immobiles, bloqués dans un lieu ou sur nos positions, incapables de nous extraire d'une situation insatisfaisante pour nous mettre en quête d'une meilleure. » Juliette est partie en Inde, rejoindre sa sœur, histoire de sortir de son état dépressif. Mais une petite blessure, du fait des conditions d’hygiène locale déplorables, va se compliquer et nécessiter l’intervention d’un médecin. Ce dernier fait rapidement un lien entre le physique et le moral de sa patiente française. Le départ d’un questionnement existentiel est lancé.  

 

« Être soumise à sa volonté parce que j'avais égaré la mienne. M'endormir avec lui pour profiter de quelques instants d'oubli. Interdire aux heures qui passent de rompre ce bref instant de grâce et chercher, chercher encore la cohérence de la vie. » A Paris, Juliette vit avec trois chats. Ceux-ci sont d’un réconfort incomparable ; leur sixième sens leur indiquant la détresse émotionnelle de leur maîtresse. Rien d’étonnant pour cette quinquagénaire qui a déjà écrit plusieurs traités sur les chats.

 

« Comment font-ils pour si bien savoir profiter de l'instant présent sans craindre le futur ni souffrir du passé ? Quel est leur secret pour ne jamais s'ennuyer, pour tirer profit de toutes circonstances, pour marcher droit en direction de leurs buts sans jamais trébucher sur l'impatience ? Par quel moyen réussissent-ils à vivre si pleinement l'attachement tout en fuyant la dépendance ? » Juliette observe ses chats, compare leur comportement avec celui des êtres humains, et s’appuie sur des citations de penseurs ou d’auteurs pour énoncer des lignes de conduite plus zen, susceptibles de nous aider à affronter les aléas de la vie.

 

Au final, un livre très agréable à lire puisque le récit fictif est disposé en alternance des extraits de l’essai que la narratrice est en train de rédiger, à la manière d’une mise en abyme.  Les amoureux des chats apprécieront de découvrir la description des habitudes de leurs compagnons favoris, illustrée de citations d’auteurs connus, et complétée par un récit aux accents de développement personnel. 

vendredi 12 août 2022

Insanity love, L.S.Ange (Elixyria, 07/2022)



 Insanity love, L.S.Ange (Elixyria, 07/2022)

💙💙💙💙💙

Mélorine est une jeune femme cabossée par la vie. Fille d’une schizophrène qui se shoote à longueur de journée et d’un père alcoolique et violent, elle a fui le domicile familial dès sa majorité, son petit frère, Tobias, sous le bras. Mais difficile pour une jeune femme sans diplôme de trouver un travail digne de ce nom, et les factures s’accumulent, en plus de divers déboires, y compris sentimentaux. Mais de toute façon, l’Amour, Mélorine n’y croit pas ; sa mère le lui a assuré maintes fois : l’amour, « ça n’existe pas ! »

 

« Je préfère être seule que de dépendre de quelqu'un. Parce que l'amour, c'est ça : on aime et on devient dépendant de l'autre. On ne peut plus vivre ni respirer sans lui et lorsqu'il vous abandonne, parce qu'il ne faut se faire aucune illusion, il le fera, eh bien vous êtes à l'agonie. Vous avez tout perdu, même votre âme. » Mélorine est une jeune femme brisée. Son passé, qu’elle partage avec le lecteur par le biais de cauchemars récurrents, est abominable. La faim, les coups, la saleté et la maltraitance psychologique ont formé un terreau fragile sur lequel elle a poussé, en s’érigeant une forteresse émotionnelle. Elle ne fait confiance à personne et les hommes, pour elle, ne sont pas plus que des rendez- vous d’un soir ; impossible d’envisager une relation suivie et encore moins un engagement affectif à plus ou moins long terme…

 

« Les médecins nous avaient dit que ce n'était pas héréditaire, peuvent-ils se tromper ? Est- ce que je deviens cinglée, comme ma mère ? Non, je ne peux pas être schizophrène... » Suite à une candidature pour un emploi dans l’entreprise Dangelo, Mélorine est convoquée pour un entretien qui va se dérouler de manière catastrophique. Mais, chose étrange, suite à cet échec, des phénomènes étranges vont troubler le quotidien de la jeune femme. Est-elle en train de perdre la tête comme sa mère avant elle ? Quelqu’un cherche-t-il à lui faire une mauvaise blague ? Pourquoi ?

 

« La honte m'envahit. Moi-même, je ne comprends pas mes réactions. J'ai peur, juste peur de me faire avoir, alors je me barricade derrière des barrières imaginaires. Je provoque des conflits pour mettre de la distance entre nous. La vérité c'est que je l'apprécie beaucoup trop, je suis sous son charme, c'est effrayant. » Alors que Mélorine tombe sous le charme de Roméo Langlois, le collaborateur de Dangelo, elle se sent la proie d’émotions et de sensations inédites, qui la terrifient ; pour cause, elle ne les a jamais expérimentées et ne sait pas comment les gérer. Le doute, la crainte puis la peur n’engendrent qu’une issue ; la fuite. Mais que fuit – elle réellement ?

 

Au final, un roman certes axé sur une romance, mais davantage porté sur la thématique de la résilience. L’auteure explore avec finesse la reconstruction difficile de jeunes gens suite à une enfance baignée dans la maltraitance familiale. Comment se construire socialement et émotionnellement lorsqu’on vous a continuellement rejeté ? L.S.Ange a élaboré avec Mélorine un personnage éminemment attachant. Ses fragilités psychologiques sont palpables et on ne peut que se poser tout un tas de questions quant à l’issue de l’intrigue. Roméo est lui aussi un personnage complexe, et la finesse de sa caractérisation permet au récit de produire des rebondissements divers et inattendus. L’histoire tient en haleine, et le dénouement, proche de celui d’un thriller est étonnant ! Si vous voulez des frissons et des émotions, foncez !

mercredi 10 août 2022

The lion, Jess DogStar (Elixyria, 01/2018)



 The lion, Jess DogStar (Elixyria, 01/2018)

 🦁🦁🦁🦁

Cap sur l’Afrique ! Au cœur d’une réserve naturelle gérée par Alana, jeune française courageuse et passionnée par les animaux. Son quotidien est constitué de soins portés aux animaux sauvages blessés ou abandonnés, mais aussi à la recherche de subventions pour faire perdurer le refuge. Alors quand survient Aaron, le neveu de son mentor, Christian, qui semble plus désabusé par la situation qu’on lui impose que par le projet, de nombreux doutes apparaissent. Pourquoi est-il là ?

 

« Depuis mes trois ans, je fais une fixation sur les lions et autres félins. Pas de chambre de princesse pour moi, mes murs recouverts de posters les représentant, mon lit était le refuge d'une nuée de peluches. Je me prenais pour Noé sur son arche, à sauver ces animaux, à refaire le monde, à viser avec la mitraillette de la panoplie de Rambo de mon grand frère, les chasseurs et autres braconniers. » La passion, l’amour des animaux, on la retrouve souvent chez les enfants, mais il est rare de voir cet intérêt perdurer dans leurs projets professionnels. Les places sont chères, de toute manière, que ce soit pour devenir vétérinaire ou soigneur animalier. Nos amis à poils ou à plumes ne connaissent pas les 35h et seules les personnes qui leur sont dévouées à 200% sont aptes à s’occuper réellement des animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages.

 

« "L'animal ne possède rien, sauf sa vie, que si souvent nous lui prenons." Marguerite Yourcenar. » Alana va vite se rendre compte que tout le monde ne partage pas son amour des animaux. Pour certains, ils ne sont que des moyens de s’enrichir ; une corne de rhinocéros, une peau de lion ou de guépard sont des produits de choix pour des milliardaires avides de luxure et des braconniers sans scrupules. Ces derniers tentent régulièrement de pénétrer dans l’enceinte de la réserve, sous couvert de la mafia.

 

« Elle ne mourra pas ce soir, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, et même au-delà, pour revoir son sourire, sa joie devant les animaux et ses soupirs de bonheur dans mes bras. »  Aaron va finalement devenir le seul espoir d’Alana quand la mafia russe viendra s’en prendre à elle parce qu’elle contrarie leurs projets. Le début d’un avenir commun ?

 

Au final, un roman vraiment chouette pour les amoureux des animaux, dont je fais partie. Quel plaisir de découvrir le fonctionnement d’une réserve africaine, de partager les inquiétudes justifiées des protagonistes quant à la perpétuation de certaines espèces, et de se rendre compte, certes dans la fiction, que c’est toujours l’argent qui décide de la destinée de la vie animale. Un récit peut-être un peu trop court, mais justement documenté, proche de la triste réalité, mais avec une pointe d’optimisme.  

mardi 9 août 2022

Nos cœurs en chute libre, Valentine Stergann (Hugo, 07/2022)



 Nos cœurs en chute libre, Valentine Stergann (Hugo, 07/2022)

💗💗💗💗

Ah, les vacances entre copains lorsqu’on a la vingtaine et qu’on est célibataire ! Des moments de délire qui procurent des souvenirs uniques ! Et pourtant, pour Félicie, la semaine qui se profile avec la « Team Rockett », la bande de potes de sa meilleure amie Gladys, s’annonce épouvantable. En effet, la jeune femme souffre d’être en surpoids mais aussi d’un grand manque de confiance en soi.

 

« A J-1 avant le départ, je n'ai plus qu'une envie : recevoir enfin ma lettre pour Poudlard et quitter le monde des Moldus. Gladys m'envoie une multitude de messages pour s'assurer que ma valise est prête. Ma valise l'est. Pas moi. » Félicie a accepté la proposition de son amie Gladys et la voilà en sa compagnie, toutes deux prêtes à rejoindre la bande d’amis, dans un premier temps, pour une semaine en Corse. Mais elle y va en traînant des pieds !

 

« Sartre avait tort. L'enfer, ce n'est pas les autres. L'enfer, c'est le camping. » Bye- bye la Corse, suite à un souci de location. Ce sera finalement un camping près des gorges du Verdon qui accueillera Félicie et les amis de Gladys. Difficile de se réjouir pour une jeune femme complexée, qui craint toutes les situations où il faut se mettre en avant et où l’intimité n’est plus qu’un lointain souvenir. Sur place, c’est l’horreur : étant donné que la bande a invité deux personnes de plus, Félicie, au lieu de partager le mobil- home avec les autres, se retrouve à devoir partager une tente avec un inconnu.

 

« - Je t'apprécie vraiment, Félicie. Tout ce que j'ai pu dire ou faire était sincère. Je ne vois pas pourquoi ça pose problème que je puisse être à la fois attiré par Joséphine et par une fille comme toi.
Mes yeux s'écarquillent.
- Une fille comme moi ?
J'avais oublié à quel point les mots peuvent faire mal. »
L’inconnu avec qui Félicie partage la tente, Andrès, se révèle être un véritable Play- boy : professeur de sport blond aux yeux bleus ; le jeune homme fait craquer aussi bien les femmes que les hommes du camping… Mais au plus grand étonnement de Félicie ; c’est sur elle que le beau blond va jeter son dévolu. Mais est-il sincère, ou est- ce encore un jeu de séduction destiné à se moquer d’elle ?

 

Au final, une romance estivale que j’ai dévorée. Il est rare de voir évoluer dans ce genre de récit une héroïne portant du 46 et j’ai beaucoup aimé que l’auteure mette le doigt sur les diverses discriminations que subissent les personnes en surpoids tant de la part de leur famille, que dans le regard des gens dans la rue. Valentine Stergann utilise la thématique de la différence avec intelligence et empathie. Les émotions mais aussi les réflexions sont au rendez- vous, servis par des personnages charismatiques et une plume habile. Je recommande !