mardi 29 mars 2022

Le Pain perdu, Edith Bruck (Editions du sous- sol, 01/2021)



 Le Pain perdu, Edith Bruck (Editions du sous- sol, 01/2021)

💔💔💔💔

 

Vous allez vous dire « encore un récit sur Auschwitz et les camps de concentration », et vous aurez raison. Mais personnellement, en ces temps troublés par l’invasion de l’Ukraine, je pense qu’il est nécessaire de rappeler, encore et encore, ce que l’homme a été capable de faire subir à ses semblables. Et puis ce qui est remarquable dans ce récit, c’est que l‘auteure nous apporte un témoignage sur ce qu’a été sa vie avant et après sa détention dans les camps de la mort.

 

« La peur, que les parents tentaient de dissimuler aux plus jeunes de leurs enfants, s'exprimait par une impatience, une nervosité, des interdictions de sortir ou de se défier à la course dans les ruelles. » Edith Bruck est née en Hongrie en 131. Enfant, elle se rend très vite compte qu’une différence est faite entre ses deux amies juives, elle- même et les autres enfants. Même si son jeune âge ne lui permet pas de tout comprendre, elle perçoit très bien la menace grandissante qui pèse sur la tête de toute sa famille et de celle de ses amies.

 

« - Si une nullité merdeuse, une Juive immonde a le courage de porter la main sur un Allemand, si elle le fait, elle mérite de survivre. Dieu vous maudisse ! » Un matin, les militaires les emmènent dans un ghetto, puis les embarquent dans un wagon à Bestiaux à destination d’Auschwitz, où le docteur Mengele décidera du destin de chacun dès leur descente du train. Faim, saleté, coups et humiliations deviennent le quotidien d’Edith et de Judit, sa sœur aînée.

 

« Nous avons vécu dans l'agonie, au milieu des morts, dans le froid, la faim jusqu'au dernier appel du 15 avril, mais de l'aube à neuf heures, personne n'est venu nous compter. La kapo qui nous mettait en rang à coups de bâton, parce que certaines d'entre nous ne pouvaient tenir debout, avait disparu.
L'abandon total signifiait- il la mort ? »
Et puis les Américains, et puis les marches de la mort et une arrivée au milieu de nue part, fantômes faméliques et hagards. Peu à peu, on réapprend à vivre, mais à quel prix ? L’Histoire a fait table rase du passé ; plus de maison, plus de famille ; on fait comment pour se reconstruire ?

 

Au final, un témoignage touchant qui m’a fait penser à celui de Marceline Loridan- Ivens, dans son désir de vivre hors les murs, loin de la promiscuité et avec un accès illimité à la liberté. Quand on se rend compte, à treize ans, de la violente brièveté de la vie, on ne peut que rêver d’en profiter au maximum, non ? Un récit parfois complexe à lire du fait de la langue mais essentiel à l’Histoire.    

dimanche 27 mars 2022

Père de sang, frère de cœur, Arthur Hopfner (Elixyria, 01/2021)


 
Père de sang, frère de cœur, Arthur Hopfner (Elixyria, 01/2021)

💖💖💖💖💖

 

J’avoue avoir été sceptique un moment en débutant ma lecture. Quoi ? Un récit qui se déroule dans le milieu des commandos, avec des militaires, des armes et des missions risquées en pays hostile ? Je n’avais jamais lu ça ! Allais – je aimer un roman bourré de testostérone et de corps meurtris par des exercices physiques à la limite du supportable ? Hé bien, figurez- vous que oui, j’ai aimé le roman pas si romancé que cela d’Arthur Hopfner. Les pages sentent le vécu de cet ancien de la Marine nationale, et c’est ce qui donne un sel bien savoureux à son récit.

 

« Depuis tout petit déjà, je sais que je serai commando marine, je me suis toujours nourri des histoires de mon père, des histoires de ses amis et très tôt je me suis mis à rêver de ce béret. Je voulais devenir, comme mon père, un héritier de ceux du 6 juin 1944 ! » Michael rêve depuis tout petit de marcher sur les pas de son père, un fusilier marin de renom. Mais en a-t-il le cran ?

 

« - Ah ! Tu veux faire commando ? Eh bien ! On va voir, mais pour l'instant tu n'es rien, tu n'es personne. Moi, des Mandrier, je n'en connais qu'un, alors tu ne seras personne ! A partir de maintenant ton nom est "Personne" ! » Michael souhaite faire partie de l’élite des fusiliers marins de Lorient. Le voilà qui s’engage dans un stage commando dans le but de pouvoir porter le fameux béret vert réservé aux meilleurs. Les blessures, la fatigue, la sueur, le froid ; rien n’est épargné aux jeunes combattants. Chaque jour voit son lot de candidats éliminés. Michael, qui a trouvé en Guillaume un compagnon de souffrance, sera- t- il suffisamment fort pour aller jusqu’au bout de ce chemin de croix ?

 

« - Mon fils, j'ai toujours autant peur aujourd'hui qu'hier sous l'uniforme. Cette peur, il faut que tu t'en fasses une alliée, une amie. Elle va devenir pour toi la plus belle et la plus fidèle des compagnes. » Pour trouver le courage de se dépasser, Michael ressasse les paroles réconfortantes de son père. Il sait que quoi qu’il lui arrive, il pourra toujours compter sur lui.

 

Au final, un roman très intéressant, et captivant même pour les personnes qui ne connaissent rien à l’univers militaire ! Les chapitres sont courts et s’enchaînent très vite. L’auteur sait nous faire ressentir les émotions de ses personnages. Il y a d’ailleurs beaucoup de chaleur humaine dans ce récit. J’ai beaucoup aimé voir Michel évoluer par rapport au regard de son père, et l’entraide qui se transforme en amitié sincère avec Guillaume. Un beau roman !   

vendredi 25 mars 2022

Red Stories, tome 1 : Dark shadow (Plumes du web, 01/2022)



 Red Stories, tome 1 : Dark shadow (Plumes du web, 01/2022)

💓💓💓💓

 

Ce qui est bien avec les romans de Geny H. David, c’est que l’on a l’assurance de lire des histoires de femmes fortes rédigées avec une plume pleine d’élégance et de délicatesse ! Dans ce premier volet d’une duologie concernant deux combattantes qui appartiennent à deux clans différents évoluant au cœur du conflit nord- irlandais, nous suivons Jennifer Flannighan sur deux temporalités. En 1997, elle est membre active de « Troid », une faction républicaine dirigée par son père. Mais voilà qu’elle tombe dans les bras de Sean Griffin, capitaine d’une milice loyaliste adverse : le drame. Après avoir semé des morts sur son passage, la belle rousse se voit obligée de fuir.

 

« Il n'y a pas de répit, pas de pause pour moi, juste une longue agonie qui se poursuit jour après jour. Sauf que, depuis quelque temps, j'ai décidé de reprendre le combat là où je l'avais interrompu. Je suis partie un matin de Cork et j'ai roulé autant que possible. J'ai oublié la fatigue, la route et jusqu'à mon propre nom. » Jennifer revient sur ses terres, avide de trouver des réponses aux questions qui la rongent depuis son départ. Elle retrouve Sean. Entre eux deux, c’est comme avant ; une évidence que n’acceptent pas leurs clans.

 

« Sara n'a pas tort : un coup de fil et une vieille connaissance auront suffi à réveiller le capitaine de milice. J'en viens à penser que la mort vous marque de son ADN, quoi que vous fassiez. Combattre sans sourciller, serait- ce plus une affaire d'inné que d'acquis ? » Le couple, aussitôt reformé, se retrouve derechef au cœur de règlements de compte et de tentatives d’assassinat. Qui est donc le traitre derrière tout cela ?

 

« C'est la petite- fille de Dolorès, c'est pas du sang qu'elle a dans les veines, c'est du whisky. Quand tu respires son souffle, tu sens la poudre. Cette fille, c'est un général ! » Jennifer ne lâche jamais l’affaire, mais l’identité du traitre va la faire tomber de haut…

 

Au final un roman captivant. La romance est secondaire au récit qui traite davantage des complots entre les divers clans qui séparent l’Irlande du nord. G.H. David a fait de nombreuses recherches documentaires et j’ai apprécié d’en apprendre plus sur ce conflit que je ne connais que très peu. L’auteure possède un véritable talent d’écriture ; j’adore son style littéraire au registre soutenu mais jamais pompeux. N’hésitez pas à la découvrir !

mercredi 23 mars 2022

La familia grande, Camille Kouchner (Points, 01/2021)



 La familia grande, Camille Kouchner (Points, 01/2021)

💔💔

Mais pourquoi ce livre a-t-il reçu un accueil si favorable lors de sa publication ? Je ne peux m’empêcher d’être persuadée que c’est uniquement par la faute d’une curiosité malsaine façon « Paris Match » de lecteurs avides de découvrir la face obscure (ou « poker face », comme le dit si bien l’auteure) de la déchéance familiale des noms de la « jet set » française. Kouchner, Pisier, Duhamel ; des noms que l’on a vu à outrance dans les journaux, à la télévision, entre paillettes et déchéance juridique.

 

« A table, ce qu'il reste de nous : un aîné, Colin, deux jumeaux, Victor et moi, deux adoptions, Luz et Pablo. Cinq en tout. Fierté de ma mère : cinq enfants, deux accouchements. Qui dit mieux ? !" Un groupe de rock un peu cabossé. » La « familia grande » c’est un regroupement de familles et d’amis autour des couples Pisier – Kouchner (puis Duhamel) et de leurs amis du quartier Saint- Germain- des- Prés dans une villa agrandie de Sanary- sur- Mer. Tout le monde y vit nu, on y pratique l’échangisme et les adultes se plaisent à l’idée de « déniaiser » les plus jeunes…

 

« Ma mère, mon Evelyne à moi, ne mise que sur l'intelligence. Celle de son étudiant, de sa fille à 5, 8 ou 16 ans. Elle appelle la discussion, essaye de convaincre, et présuppose toujours, chez ses interlocuteurs, les plus hautes qualités. » Evelyne Pisier est une femme intelligente, politologue respectée mais au mœurs franchement délétères…

 

« Le jour où ma grand- mère s'est suicidée, c'est moi que ma mère a voulu tuer. L'existence de ses enfants lui interdisait de disparaître. Nous étions le rappel de sa vie obligée. J'étais sa contrainte, son impossibilité. » Les rapports mère- fille sont complexes. L’auteure se sent rejetée par celle qui lui a donné la vie et qui porte la Liberté comme un étendard ; liberté de se détacher de ses enfants en fermant les yeux quand surtout ça l’arrange. « Ma culpabilité est celle du consentement. Je suis coupable de ne pas avoir empêché mon beau- père, de ne pas avoir compris que l'inceste est interdit. » Victor, le frère jumeau de l’auteure a, durant son enfance, été victime d’abus sexuels de la part du compagnon d’Evelyne Pisier, Olivier Duhamel. Une fois le secret révélé, les amis élégants et puissants leur tournent vite le dos. Quel courage !

 

En 2022, tout le monde est au courant de ce crime étant donné le battage médiatique qu’il y a eu autour de ces révélations, dans la foulée du « Consentement » de Springora et du courant #Metoo. Au final, un témoignage mal écrit, surfant sur un sujet à la mode aux dépens d’un frère ; mais quelle moralité a donc cette famille ? L’écriture est abrupte, saturée de phrases non verbales, sans talent d’écriture. A lire par curiosité mais pas par plaisir…  

dimanche 20 mars 2022

Le résident, Frédéric Livyns (Elixyria, 12/2017)

 



Le résident, Frédéric Livyns (Elixyria, 12/2017)

💙💙💙💙 

Vous avez envie de frissonner, mais pas trop ? Vous êtes irrémédiablement attirés par les romans catégorisés « horreur » mais êtes vite impressionnés ? Tentez la lecture de ce court roman, vous aurez bien quelques moments de doute mais pas de quoi faire des cauchemars. De plus, l’histoire est bien écrite et intéressante, notamment en ce qui concerne les liens familiaux.

 

« En effet, lorsque le générique commença, Bertrand vint s'asseoir aux côtés de sa fille. Delphine, quant à elle, débarrassait la table. Le feuilleton n'en était pas encore à la moitié qu'un hurlement les fit sursauter. » Bertrand, Delphine et leur fille Alice viennent d’emménager dans une maison située dans un village, ravis d’être enfin propriétaires. Mais des manifestations étranges viennent peu à peu perturber le quotidien de la famille

 

« - C'est ridicule ! Les maisons hantées n'existent pas ! C'est une invention de romanciers à quatre sous. » De regards en coin en messages sous- entendus étranges, Alice, 16 ans, va chercher une explication au changement d’humeur de son père et à ses propres cauchemars. Et si tout venait de cette maison ?

 

« - Il a été prouvé scientifiquement que certaines demeures enregistrent les événements qui s'y sont passés, et sous certaines conditions, restituent ces scènes par après. » Et si cette explication apportée par la jeune Sophie expliquait tout, mais alors quelles seraient ces scènes, quelles seraient leur origine, et surtout, comment faire pour que cela cesse ? Alice n’est pas au bout de ses surprises, ni de ses déconvenues.

 

Au final, un roman que j’ai lu quasiment d’une traite. J’ai été absorbée par les déboires de la famille Deltend, et j’ai bien aimé le personnage d’Alice, cette jeune fille qui, malgré son jeune âge, pose un regard objectif sur ses parents et les phénomènes paranormaux qui viennent progressivement entacher leur quotidien. Je suis facilement impressionnable mais ici je n’ai pas été effrayée au point de risquer de faire des cauchemars ces prochaines nuits. Et puis, décidément, j’aime vraiment la plume stylée de Frédéric Livyns !

samedi 19 mars 2022

30 secondes, Xavier Massé (Taurnada, 02//2022)



30 secondes, Xavier Massé (Taurnada, 02//2022)

💓💓💓💓💓 

Le temps, vous en avez ? Car ici, il en est fortement question ? 30 secondes, c’est le temps imparti pour que Billy, membre de l’équipe de football universitaire des Panthers de la Caroline, marque le but qui fera de son équipe la championne de l’année. Mais il faut savoir aussi que le temps, vous ne le verrez pas passer à la lecture de ce roman. Il est tellement captivant, prenant, addictif ! Au contraire, prévoyez une heure ou deux de lecture devant vous, car une fois le livre ouvert, vous ne pourrez rien faire d’autre que le lire !

 

« Comme un air de déjà- vu… Mais oui… Je me souviens. Rien n’a bougé, je suis dans ma chambre. Au même endroit que ce matin- là, où je suis parti avec Tina en voiture, le jour de l’accident. » Billy se retrouve immobilisé dans un lit d’hôpital. Et le docteur Borg, neurologue, va lui permettre de remonter dans ses souvenirs, par le biais de séances d’hypnose, car Billy a complètement oublié son passé récent. Le problème ? Sa compagne, Tina, a disparu de la circulation. Personne n’est en mesure de la retrouver.

 

« Mais, Billy, t’as quel âge ? Tout ça, on s’en fout, bon sang ! Si t’arrêtes le football, on change de plan, je change de métier… je m’en fiche. J’ai fait ça pour toi, on s’est dit ça parce que ça nous faisait marrer ! Mais je n’en ai plus rien à faire. Demain, si tu me dis on se casse, on y va ! » Billy découvre son immaturité. Il passe ses soirées à boire et à jouer et ce qu’il gagne au fil des matches est aussitôt dépensé dans les paris et les jeux. A ce rythme- là, les mauvaises rencontres et les mauvais conseilleurs vont tenter mille approches. Ce jeune sportif est prometteur et il attire les parieurs frauduleux… Mais quel sera le prix à payer ?

 

Au final, un roman qui démarre doucement, le temps d’instiller le doute. Puis les révélations et les retournements de situations prennent le lecteur aux tripes ! Jamais je n’aurais imaginé cela ! Je ne connais rien au monde du football américain mais Xavier Massé a su me captiver par les autres directions de son histoire, inattendues et révoltantes. Un roman noir parfaitement maîtrisé que je recommande fortement. Retenez votre souffle (plus de 30 secondes tout de même) !

jeudi 17 mars 2022

Coups tordus, Clarissa Rivière et Julie- Anne de Sée (Elixyria, 01/2019)

 


Coups tordus, Clarissa Rivière et Julie- Anne de Sée (Elixyria, 01/2019)

💕💕💕💕💕


« Ce n’est pas parce que la vie n’est pas élégante qu’il faut se conduire comme elle » a écrit Françoise Sagan. Julie- Anne de Sée et Clarissa Rivière se sont saisies de cette phrase pour nous livrer quelques courts récits sur les désappointements divers de la vie amoureuse, qu’elle soit officielle, ou – surtout – officieuse !

 

« Elle aime leurs rendez- vous, elle est gourmande, elle aussi, et elle aime plus que tout le regarder, l’écouter discourir sur l’actualité, la politique, les livres. Mais cela ne lui suffit plus. Elle voudrait ses mains sur sa peau, son souffle sur son cou. » Le recueil favorise ce moment précieux et si court des premiers émois, des premiers désirs. Nos protagonistes sont la plupart du temps des amoureux déçus de leur couple au long cours, et qui se réveillent de manière sensuelle auprès d’une autre personne suite à une rencontre fortuite.

 

« Elle ne le reverra pas. Tout le sel de ces aventures, c’est leur côté éphémère. Un moment de folie ne se vit qu’une fois ». Le sel de ces récits, c’est aussi, et surtout, le côté éphémère des relations qui y est relaté. Un sel agrémenté de piments, brûlants et piquants, incompatibles avec la tiédeur molle du couple lambda un peu plan- plan sur les bords !

 

Au final, un recueil que j’ai dévoré, un sourire aux lèvres. Comment ne pas se reconnaître dans certaines mesquineries subies ou assénées après une déception amoureuse ? Les textes sont très bien écrits, sans vulgarité ni rien de choquant. Ce sont avant tout des récits de vie, ponctuels et liés au côté sensuel des relations amoureuses. On ne peut que s’y retrouver !   

samedi 12 mars 2022

La solitude des grandes villes, Pauline Perrier (Hugo, 02/2022)

 


La solitude des grandes villes, Pauline Perrier (Hugo, 02/2022)

💙💙💙💙

Pour un premier roman, c’est une jolie réussite ! J’ai beaucoup aimé cette histoire servie par une plume sensible et aux accents humoristiques. La narratrice de ce récit, Eve, est une jeune femme rongée par une timidité maladive depuis l’enfance. Elle a depuis peu quitté la Vienne de son enfance pour s’installer à Toulouse, tenter de trouver sa voie professionnelle et construire les bases de sa vie d’adulte.  

 

« Dans les grandes villes, on se croise sans se regarder. Il a beau y avoir quantité d'habitants déracinés, les rues les brassent sans les rapprocher. Et cette solitude peut vite vous consumer. » Eve va souffrir très rapidement de solitude. Sa timidité ne lui permet pas de se faire des amis. Elle va alors décider de s’inventer une identité et de fréquenter divers groupes de parole. En effet, pour coller au thème de chacun des groupes, elle doit mentir sur son identité ; celle d’une jeune femme de 27 ans célibataire, qui gagne sa vie en vendant des matelas. Enfin, qui travaille en tant que vendeuse, mais qui se réfugie dans la réserve du magasin dès qu’un client potentiel en ouvre la porte...

 

« Parfois, j'ai l'impression que tu ne te rends pas compte de ce que tu dégages. Comme si tu ne remarquais même pas ce qui t'anime, ou que tu cherchais à l'enterrer au plus profond de toi, de peur de prendre trop de place. » June, sa patronne, est à l’origine de sa fréquentation des groupes de parole, prise de compassion pour cette jeune femme si seule et si introvertie. Et un jour, voici que Thomas, un libraire au style vestimentaire désuet, franchit la porte du groupe des timides. Eve craque aussitôt pour ce jeune homme.

 

« Je n'ai aucune idée de la façon dont j'aimerais gagner ma vie, alors j'ai voulu imaginer un truc cool. Je voulais savoir ce que ça faisait, d'être la file populaire du groupe. » Mais Eve, empêtrée dans ses mensonges, ne sait pas comment faire résonner la vérité aux yeux de Thomas. Son parcours inventé de dessinatrice à succès lui revient en pleine face. La solitude également. Il lui faudra repartir vers ses origines, histoire de comprendre qui elle est véritablement, et enfin donner vie à ses véritablement talents.

 

Au final, un roman très agréable à lire. Le personnage d’Eve est vraiment touchant. Sa quête initiatique, certes réalisée tardivement, est une véritable réflexion sur la personnalité de tout un chacun. Qui n’a jamais menti sur son parcours pour paraître plus « intéressant » aux yeux des autres ? L’émergence des réseaux sociaux favorise cette envie de paraître « mieux » que ce l’on est ; un roman tout à fait en accord avec la société actuelle donc. Par ailleurs, mention spéciale à la Play- List de tubes des années 80 qui ouvre chaque chapitre a été pour moi comme un « doudou » très appréciable des années insouciantes de mon enfance. Une auteure à suivre !

lundi 7 mars 2022

Rien ne t’efface, Michel Bussi (Presses de la Cité, 02/2021)



 Rien ne t’efface, Michel Bussi (Presses de la Cité, 02/2021)

 💙💙💙

Je n’avais jamais lu de roman de Michel Bussi avant celui- ci – probablement ma propension à fuir tout « fabricant » de best – seller. Et c’est le sujet de « Rien ne t’efface » qui m’a clairement attirée vers cet auteur : un récit dans lequel un enfant de dix ans disparaît et où le surnaturel intervient par le biais des théories de la réincarnation, ici illustrées par les travaux entamés par un psychiatre américain, le professeur Ian Stevenson (1918 – 2007).

 

« - Il faut donc considérer le problème différemment et nous poser une première question. Pourquoi êtes- vous persuadée que ce garçon, dont vous ignorez tout, ressemble à ce point à votre fils ? » Maddi, médecin généraliste, ne se remet pas de la disparition de son fils, Esteban, le jour de ses dix ans. Mère célibataire, elle avait noué avec son fils unique une relation très fusionnelle, basé sur une confiance sans faille… jusqu’à ce qu’advienne la tragédie. Et voilà que dix ans plus tard, sur le lieu même de la disparition d’Esteban, apparaît Tom, lui aussi dix ans… et parfait sosie du fils de Maddi ! Ni une ni deux, la voilà qui quitte la Normandie pour l’Auvergne, histoire de se rapprocher de Tom ; persuadée que ce gamin n’est autre que la réincarnation de son regretté fils.

 

« J’entre dans la mairie. Je me doutais que j’y trouverais les deux inséparables. Le couple d’enquêteurs le plus mal assorti de toute la chaîne des Puys. L’assistante sociale méfiante et énergique, et le secrétaire de mairie maniaque et roublard, assis côte à côte. Un attelage improbable, et pourtant sacrément efficace. » Une fois installée dans la petite commune de Murol, Maddi trouve en Savine et Nectaire, employés de mairie, d’inattendus partenaires à son enquête concernant Tom. D’abord suspicieux par rapport aux propos tenus par la doctoresse, leur environnement teinté de magie depuis des millénaires – Aster, la sœur de Nectaire, est la sorcière du village ! – les décide à prêter main forte à Maddi. Mais les événements tragiques et étranges qui vont soudainement s’enchaîner dans la vallée enneigée vont venir brouiller les pistes.  

 

Au final, un roman qui m’a captivée sur une bonne moitié du livre. Puis une fois Maddi arrivée en Auvergne, des détails concernant les personnages annexes m’ont paru surfaits. L’apparition de Gabriel m’a ensuite agacée et n’a fait que pointer des incohérences que j’avais pressenties. Je reste donc sur ma faim car l’idée de départ était très attrayante, elle était même très bien traitée. Mais une fois déplacée en Auvergne, je n’y ai plus cru une seconde.

Par ailleurs, si quelqu’un peut me dire ce qu’il est advenu de Salomon, le flic parti à la rescousse de Tom en pleine tempête de neige, je suis preneuse ; me suis- je endormie en cours de route ou l’auteur l’a-t-il oublié au milieu des flocons ? 

samedi 5 mars 2022

Victorine, Lola T. (Elixyria, 01/2022)

  



Victorine, Lola T. (Elixyria, 01/2022)

💜💜💜💜💜

Voilà un roman qui me paraît indispensable dans les PAL du mois de mars des lecteurs participant aux divers challenges de lectures féminines (et féministes) que l’on voit fleurir sur les réseaux sociaux. En effet, Victorine, personnage principal éponyme de ce livre représente un véritable modèle de femme forte se révoltant contre les diktats machistes et paternalistes du milieu du XIXe siècle.

 

« Insouciante encore à l'aube de ce nouveau jour, je devins en même temps que le coucher du soleil, une femme bien plus déterminée, prête à me battre pour contrer une union arrangée. Mon enfance s'acheva en cette fin de journée. Même si je savais pertinemment que ce moment arriverait, je me désespérais déjà de perdre cette légèreté que je chérissais tant. » Victorine, jeune fille orpheline de mère, née dans la noblesse française, ne comprend pas l’obstination de son père de la voir rapidement mariée au comte d’Ambroise. Cet homme a, certes, été le meilleur ami de feu son frère, mais jamais Victorine ne l’avait envisagé comme un époux potentiel !

 

« - Je ne suis pas femme à taire mon mécontentement, n'en déplaise à ces messieurs. » Victorine se retrouve subitement propulsée dans les réceptions les plus prisées du comté, en compagnie de sa cousine Jeanne. Si elle devait se choisir un prétendant, autre que le comte d’Ambroise, lequel choisirait- elle ? Son aplomb en déstabilise plus d’un !

 

« Si j'avais tenu un journal sur ma vie, j'aurais écrit, en ce mois de juillet, mille huit cent cinquante - quatre, que mon existence de femme avait réellement commencé, tout comme celle d'une femme aux sentiments sincères pour son époux. » Et puis les événements perturbants apparaissent, se succèdent, et vont finalement pousser Victorine dans ses retranchements. Alors que des secrets de famille ressurgissent, il va lui falloir ouvrir les yeux sur ses relations et choisir à qui se fier réellement.

 

Au final, une romance historique que j’ai dévorée. La plume de Lola T. est incontestablement addictive, et elle sait parfaitement mener son lecteur par le bout du nez pour lui montrer qu’une femme n’est pas une petite chose faible, et grâce à son imagination intelligente et sensible, elle offre là, à Victorine, un sacré beau rôle, bien inspirant pour les femmes d’hier et d’aujourd’hui ! Un très bon et très beau roman, à lire en ce mois de la femme et en hommage à Lola, partie bien trop vite…

mercredi 2 mars 2022

Pour tes ténèbres, Loïs- Ly (Elixyria, 05/2021)


 

Pour tes ténèbres, Loïs- Ly (Elixyria, 05/2021)

💗💗💗💗 

Quand Charlie Parker découvre, abasourdie, que son père, pour rembourser ses dettes de jeu, l‘a vendue au vampire propriétaire du casino, elle comprend qu’il ne lui reste qu’une issue : fuir, et le plus rapidement possible ! Il faut dire qu’appartenir à un vampire signifie devenir une « familière », une réserve de sang vivante qui permet aux monstres sanguinaires de se nourrir, mais aussi de déverser leur trop- plein de violence à travers de terribles séances de torture…

 

« Mais devenir une familière...
Pas une seule fois, je n'ai perçu ce choix de vie comme une possibilité, si tant est qu'on puisse encore nommer cela une vie. Ces êtres humains, sans don apparent pour la plupart, qui se donnent librement comme banquet auprès d'un ou de plusieurs vampires, cela ressemble à du suicide, et dans un sens c'en est un à mes yeux. »
Certains humains acceptent pourtant de servir les frères Keland. Inimaginable pour Charlie qui chérit sa liberté plus que tout !

 

« Ils ont l'apparence d'êtres humains, mais n'en sont pas. Conçus pour les combats ou la guerre, leurs corps sont robustes, solidement bâtis et difficilement meurtris. Ils sont des armes létales à eux tous seuls. Il arrive d'en croiser à la surface. On dit que les Strikers n'ont peur de rien, qu'ils sont violents. Ils vivent essentiellement entre eux, comme les meutes de loups. En défier un révèle une envie certaine de voir la mort de près. » Lors de sa fuite, Charlie va trouver refuge auprès des Strikers, des géants qui vivent entre eux, et qui gagnent leur vie en participant à des combats extrêmement violents. Et pourtant, Charlie va se sentir attirée par Zoran, le futur chef du clan.

 

« - Bordel, la demi- portion ! soupire- t- il. Je ne suis pas à l'aise avec les mots, les grandes déclarations. Tout va sortir de travers, sûrement maladroitement. Ne te braque pas si je m'exprime mal. » Zoran est aussi brutal dans ses gestes que dans ses paroles. Difficile de baisser les armes pour un guerrier qui a été élevé pour se battre et dont la vie, jusqu’à l’arrivée de Charlie, ne tournait qu’autour des rixes – organisées ou non. Tous deux vont découvrir que sous son franc- parler et ses pectoraux massifs, il y a un cœur qui bat et qui va se laisser attendrir par la jeune humaine. Mais à l’heure où Cannon Kerland va venir réclamer son dû, il faudra opérer un choix : lui rendre Charlie ou protéger son clan ?

 

Au final, un roman très agréable à lire grâce à une plume très rock n’ roll, et un sens du suspens maîtrisé : les retournements de situations et les surprises concernant les personnages s’enchainent et donnent un côté très addictif à la lecture ! J’ai aimé l’univers créé par Loïs- Ly et les personnalités des divers protagonistes. Mention spéciale à Lachlan Keland qui m’a particulièrement intriguée !