vendredi 30 juillet 2021

Train d'enfer pour ange rouge, Franck Thilliez (2004; Pocket)



Train d'enfer pour ange rouge, Franck Thilliez (2004; Pocket)

💛💛💛💛 

C’est après avoir lu le dernier Thillez, sorti cette année, « 1991 », que j’ai décidé de me lancer dans la lecture de tous ses précédents romans, dans l’ordre chronologique. En effet, « 1991 » nous racontait les débuts de Franck Sharko, tout juste débarqué d’une brigade de Lille, au mythique 36, Quai des Orfèvres. L’occasion était donc trop belle pour remonter le fil des enquêtes de ce personnage de flic récurrent dans l’œuvre de Franck Thilliez.

 

« J'ai tout essayé. Le saut en parachute, à l'élastique, les pires manèges de foire, les élans fulminants à moto et pourtant, rien ne me secoue autant que l'explosion d'une scène de crime sur le film cristallin de la rétine. Je me sens, aujourd'hui encore, incapable d'exprimer ce qui me retourne à ce point. Peut- être la peur ou, tout simplement, le réflexe humain de ne pouvoir supporter le visage de l'horreur dans sa plus fracassante expression. » Sharko aime son métier, viscéralement, malgré les horreurs auxquelles il est confronté au quotidien. Le voilà appelé sur une scène de crime atroce : une jeune femme a été retrouvée mutilée, décapitée, ses yeux énucléés, et son corps, de surcroit suspendu au plafond, porte les traces de longues séances de tortures. Des éléments de l’autopsie vont mener le commissaire en Bretagne, dans une carrière de granit où il va découvrir qu’un accident de travail récent va s’avérer troublant ; la victime en question étant une femme associée à des réseaux de BDSM. Voilà Sharko embarqué dans les milieux les plus pervers et les plus secrets ; celui des sadomasochistes. Et pourtant, son esprit est loin d’être disponible pour faire face à la complexité de ces réseaux qui agissent dans l’ombre ; en effet, son épouse, Suzanne, a été enlevée six mois auparavant, et aucun indice ne permet au commissaire de savoir si elle est toujours en vie, ni, si c’est le cas, d’en connaître les conditions.

 

« En général, plus l'acte sadique s'étale dans le temps, et je crois que dans notre cas nous frôlons un record, plus le tueur a la certitude de ne pas être pris. Il se sent invulnérable, s'appliquant à passer inaperçu, ce qui le rend redoutable. » Le pire, c’est que le sadisme, la perversité, ne sont pas que des effets de la société actuelle. Une collègue de Sharko va retrouver des textes datant du Moyen Age qui feront état de l’existence de religieux adeptes de l’expiation par la torture. L’Homme aime faire mal, depuis la nuit des temps…

 

Au final, un récit dans lequel j’ai eu du mal à entrer dans un premier temps, tant les scènes décrites me semblaient être d’une cruauté excessive d’un côté, et le récit des actions de second plan me paraissait, d’un autre côté, totalement dénué d’intérêt. Et puis, au fur et à mesure des pages, j’ai aimé suivre l’évolution de l’enquête grâce au fait que Sharko en soit le narrateur. J’ai vécu sa colère et ses étonnements en direct avec lui. Alors, cap sur la suite !

mercredi 28 juillet 2021

Hantée, Mikaël Ollivier et Nicolas Pitz (Jungle! 06/2021)



Hantée, Mikaël Ollivier et Nicolas Pitz (Jungle! 06/2021)

💛💛💛💛

 J’aime beaucoup les romans jeunesse qu’a écrit Mikaël Ollivier. Il y a une sensibilité dans sa plume qui permet au lecteur de ressentir des émotions avec douceur mais aussi de réfléchir, de se poser des questions. En tant qu’enseignante, j’ai quelques extraits de ses précédents romans que je fais étudier à mes élèves tant je les trouve bien écrits et déclencheurs de réflexions sur la société actuelle. Ici, avec cette bande dessinée créée avec Nicolas Pitz, il prend le prétexte du surnaturel pour parler du deuil, de l’acceptation de la disparition d’une personne aimée.

 

Tilda est une adolescente dépressive : elle a perdu sa sœur jumelle, Manon, dans un accident de scooter. Elle culpabilise énormément, se jugeant responsable du drame pour une histoire de casque. Ses parents l’ont donc envoyée au Refuge, un centre d’aide pour adolescents en difficulté, afin qu’elle puisse se reconstruire auprès de professionnels et d’autres jeunes sensibilisés, comme elle, par des tragédies familiales. Mais voilà que suite à une séance de spiritisme, Tilda va obtenir le « don » de voir les esprits qui se cachent parmi nous. Une chasseuse de fantômes va se révéler très intéressée par les capacités de l’adolescente, qui elle, nourrit simplement l’espoir de rencontrer le spectre de sa soeur ; mais dans quel but ?

 

« Personne ne choisit. Personne ne décide. C'est la vie ! La mort, c'est la vie ! Il faut l'accepter, on n'a pas le choix... » Tilda va au fil du récit comprendre qu’elle doit accepter de faire ce travail de deuil pour pouvoir envisager la possibilité d’un avenir.

 

Bref, une bande dessinée très bien réalisée, les dessins sont très agréables à regarder (j’adore la planche représentant un paysage marin, p.124), et l’histoire est captivante. Les jeunes lecteurs devraient y prendre beaucoup de plaisir. Dans le contexte actuel où la Covid a endeuillé de nombreuses familles, on peut dire que ce genre de récit s’avère nécessaire pour débloquer la parole chez les plus jeunes. Personnellement, j’aurais aimé que certains éléments de l’histoire soient davantage exploités (le devenir du don de Tilda notamment) mais ce n’était visiblement pas l’objectif premier de ce livre. En tout cas, je le recommande vivement pour les adolescents.

mardi 27 juillet 2021

Section Némésis, Tome 4, Les glaces du Phoenix, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)

 


Section Némésis, Tome 4, Les glaces du Phoenix, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)

💓💓💓💓💓 

Dans ce quatrième et dernier tome, disons- le, le monde que nous connaissons est en proie aux démons de toutes sortes, annonciateurs d’une apocalypse sanglante. Si c’est au tour du personnage d’Ethan d’être mis en avant, c’est finalement toute la Section Némésis qui va devoir se mobiliser : « Nous devons tous risquer notre vie pour celle de l’humanité ».

 

« Mon cœur saigne à la pensée de ce que nous avons perdu, mais aussi en raison de son indifférence à mon égard, de son oubli de nous. » Ethan retrouve enfin, dans ce tome, son âme- sœur, Aziliz. Celle- ci, après avoir subi mille traumatismes par Woodstorm et ses comparses, est une sauvageonne amnésique. Il va falloir à notre phœnix énormément de patience, mais aussi l’intervention de pouvoirs surnaturels annexes pour pouvoir enfin entrer en contact avec elle, et tenter de renouer le lien, devenu si ténu, qui existe entre eux.

 

« Mon amnésie me protège d'atroces souvenirs. Ma sœur et mon thérapeute me l'ont affirmé. Mon cerveau a disjoncté, comme un réseau surchargé. Pourtant, quand mon esprit n'est pas trop anesthésié, je voudrais savoir ce qui s'est passé pour en être arrivée là. » La double narration Ethan / Aziliz permet au lecteur d’aborder les scènes d’action en comprenant les enjeux personnels – et les complexités- de chacun de nos deux héros. Car le destin de l’humanité est avant tout lié à la prophétie d’Aziliz concernant Amy : « Ton âme est importante, tu es importante. L’avenir n’existera pas sans toi. » Mais tous les membres de la Section Némésis auront un rôle essentiel à jouer, chacun avec ses forces et ses faiblesses, avec son abnégation ou son égocentrisme, pour tenter de redonner à la Terre l’équilibre nécessaire à une cohabitation entre Humains et Surnaturels.

 

Au final, un épilogue à la mesure des tomes précédents de la saga ; captivant ! Les actions s’enchainent, les retournements de situations sont habiles et souvent inattendus. La double narration interne fait que l’on s’attache aux personnages – phares que sont ici Ethan et Aziliz (malgré les troubles de l’identité de celle- ci !). J’apprécie énormément la fin qu’a donnée l’auteure à cette saga ; plaçant ses protagonistes dans un cadre enfin positif. Il ne me reste plus qu’à aller à la rencontre d’Aloïs, rencontré vers la fin de l’histoire ; personnage principal troublant d’une autre saga de l’auteure, en cours d’écriture…  

dimanche 25 juillet 2021

Section Némésis, Tome 3, La tourmente de la sylphide, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)


 

Section Némésis, Tome 3, La tourmente de la sylphide, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)

 💚💚💚💚💚

C’est avec un plaisir intact que j’ai retrouvé les membres de la Section Némésis dans ce troisième tome. Après les duos composés de Luc et Eve, puis Sean et Chann, c’est au tour du personnage de la sylphide prénommée Amy d’être mis en avant. La jeune femme de vingt- trois ans va en effet quitter Kenai, pour retourner sur ses terres d’origine, en Ecosse, afin d’enquêter sur une histoire de troupeaux dévastés de manière fulgurante. Mais ce que va découvrir la sylphide est bien plus troublant que prévu…

 

« Nous n'avons jamais à agir sur la nature, elle maintient elle- même son équilibre parfait. Par contre, dès que l'homme - que ses gènes soient à cent pour cent humain ou pas - s'en mêle, tout peut basculer d'un côté ou de l'autre. » En Ecosse, Amy se rend compte que l’équilibre entre le Bien et le Mal est menacé. Des démons divers pullulent et envisagent de mettre le pays à feu et à sang. Et le blackout du réseau électrique, à un niveau mondial, ne va pas l’aider dans la mise en œuvre de sa mission.

 

« Le monde n'est pas aussi rationnel que vous l'imaginez. Il n'y a pas que des Hommes et des animaux. » Amy va rencontrer Henry, un reporter humain venu enquêter lui aussi sur les animaux qui meurent sans explication logique. Il devient son amant et va se retrouver bien malgré lui au cœur d’événements surnaturels qui vont questionner sa rationalité.

 

« Je ne suis plus qu'un élément, l'air, avec une conscience de femme. Dans cet état, je garde toutes mes capacités, je vois, j'entends, pourtant je ne ressens rien, ni tristesse ni joie, je suis en paix, barricadée contre la douleur et le bonheur. Je ne suis pas un être sensible, juste une créature en osmose avec le vent. » Amy a beau puiser des forces quasi inépuisables dans son élément, le vent, elle va devoir lutter contre des souffrances liées à son passé qui vont risquer de la dévaster. Et puis il y a cette prédiction qu’Aziliz, la sybille, a proférée à la fin du tome 2… Et il y a Henry…

 

Bref, encore une fois, Charlie Genet a su m’emmener dans son univers imaginaire riche en surprises et en retournements de situation étonnants. Je ne m’attendais pas du tout à la fin proposée ici et je vais me jeter dans la lecture du tome 4 de la saga car j’ai vraiment BESOIN d’avoir le fin mot de cette histoire !!!

lundi 19 juillet 2021

66 Histoires de revenants, Roger Maudhuy (De Borée, 05/2021)


 

66 Histoires de revenants, Roger Maudhuy (De Borée, 05/2021)

 💙💙

En voyant la couverture de ce livre, j’ai eu peur d’avoir quelques frayeurs nocturnes. En effet, je suis facilement impressionnée par tout ce qui touche aux revenants, même si je suis irrémédiablement attirée par les histoires dans lesquelles leur présence engendre bien des frissons. Roger Maudhuy est parti sur les routes de France (et d’ailleurs) pour recueillir les histoires, souvent partagées à l’oral, qui ont trait à des apparitions de fantômes ou à la présence d’esprits de défunts parmi les vivants.

 

« Qu'y a- t- il après la mort ? Qu'est- ce que la mort ? Depuis qu'il réfléchit, l'homme se pose cette question qui reste sans réponse. C'est son dernier grand questionnement, celui qui l'occupe depuis toujours, en tout cas depuis qu'il n'est plus une brute dont le seul but était de remplir son estomac. »  Cette question, que tout le monde se pose au moins une fois dans sa vie, soulève bien des hypothèses… Des fantasmes aussi. Les dames blanches, et autres cavaliers sans tête s’expliquent souvent par des vengeances imaginaires, les êtres invisibles par une réécriture des légendes liées à l’Histoire de France : l’invisible « bruyant » fait parler.

 

« Comme un archéologue qui rassemble des tessons de poterie, je recueille des bribes de littérature orale, des légendes, un peu de croyances anciennes, des superstitions, des historiettes (...) » L’époque où l’on se racontait des histoires tout bas, près de la cheminée, avant d’aller se coucher, et belle et bien révolue. Roger Maudhuy est donc allé à la recherche de ces récits pour les retranscrire avant qu’ils ne disparaissent. La tradition orale gardera dans ce recueil une trace des folklores locaux qui ont fait frissonner des générations de Français.

 

Personnellement, j’ai trouvé ces récits racontés de manière un peu trop factuelle pour me passionner réellement. J’aurais apprécié que chaque histoire ait un côté romancé, histoire de pouvoir laisser à mon imagination la liberté d’interpréter chaque légende avec une touche d’onirisme. Mais ce recueil est parfait pour toute personne avide de connaître les histoires de revenants de notre pays. L’écriture fluide de l’auteur permet d’en comprendre les tenants et les aboutissants.  

samedi 17 juillet 2021

L'œil du chaos, Jean- Marc Dhainaut (Taurnada, 07/2021)



L'œil du chaos, Jean- Marc Dhainaut (Taurnada, 07/2021)

💘💘💘💘💘 Coup de cœur!

 Alors là, c’est un véritable coup de cœur que ce dernier roman de Jean- Marc Dhainaut ! Je l’ai lu d’une traite – ou presque- renâclant lorsqu’il fallait le poser pour m’occuper des tâches du quotidien. L’histoire m’a littéralement happée ! Je pensais lire une fable écologique, mais l’auteur a su mettre un petit grain de paranormal qui m’a tenue en haleine. Pour un peu, j’ai pensé qu’Alain Lamblin, personnage principal des quatre précédents romans de l’auteur allait y faire une apparition !

 

« Le détail de trop, celui qui le foudroya. Sur ce cliché se trouvait le calendrier accroché au- dessus de son bureau : un calendrier quotidien sur lequel on enlevait une feuille chaque jour. La date qu'il indiquait était celle du 1er juillet. Et le 1er juillet, c'était dans trois semaines. » Théo, 17 ans, est passionné de photographie. Pour donner un effet aux clichés qu’il prend, il a un jour l’idée de modifier son objectif en y insérant un kaléidoscope. Quelle n’est pas sa stupeur quand il prend ses premières photos avec son appareil modifié : ce dernier produit des clichés du futur…

« Comment, lui, Théo Langevin, un jeune garçon de 17 ans pouvait- il en être arrivé là ? Comment un gamin sans histoires, fondu dans le décor de la société, qui se demandait encore quel métier il ferait un jour, pouvait avoir trouvé la clé déverrouillant le pire ? » Mais ce que découvre Théo n’est pas réjouissant. Alors que la canicule s’amplifie de jour en jour, il découvre que le monde qu’il connait (et nous aussi) va basculer dans le chaos dans un délai de trois semaines, les restrictions et la chaleur modifiant les habitudes de vie mais aussi le comportement de l’homme en société.

 

« Imagine un ultimatum mondial. Le truc de dingue qui nous aurait dit, quelques années plus tôt, que pour éviter ce qui vient de se passer ou n'importe quelle autre catastrophe qui nous pendrait au nez, que l'humanité toute entière aurait dû renoncer à son confort, à sa technologie, ses énergies. Même rien que quelques années, même une seule. Se taire, se figer. Bref, plus rien, le temps de laisser la nature se refaire une santé et pour nous sauver tous. Nous, et nos gosses. Eh bien... pour l'économie, personne ne l'aurait fait. Faut croire que la nature a tranché. » Personne n’a voulu croire les prémonitions de Théo, déduites des clichés pris par son appareil photo, et voilà qu’il est l’heure de fuir. Malheureusement, la famille de Théo n’ira pas loin. Théo ne devra compter que sur lui- même, et sur la soudaine amitié d’un ermite nommé Drazic, pour espérer survivre.


Au final, un récit qui coupe le souffle. Je suis allée de surprise en surprise. Jamais je n’aurais imaginé de tels retournements de situation, ni pareil dénouement ! Jean- Marc Dhainaut a très bien utilisé le prétexte du réchauffement climatique pour montrer les travers de notre société hypocrite. Les personnages de Théo et de Drazic (mention spéciale pour celui- ci !) sont parfaitement dressés d’un point psychologique et je me suis retrouvée à 200% accrochée à leurs semelles pour connaître quel destin les attendait. Et de la même manière, je recommande cette lecture à 200% !!! 

vendredi 16 juillet 2021

Section Némésis, Tome 2, Les ténèbres du déchu, Charlie Genet (Elixyria, 07/2020)


 

Section Némésis, Tome 2, Les ténèbres du déchu, Charlie Genet (Elixyria, 07/2020)

💙💙💙💙💙

Quelle plaisir de retrouver l’équipe de la section Némésis !! J’avais lu le tome 1 de cette saga il y a un an déjà, et je me souvenais de tous les personnages et de tout ce qui leur était arrivé ; signe que j’ai vraiment adhéré à l’univers créé par l’auteure !

 

« L'apparence, le paraître, la façade, ma vie se résume à être celui qu'on voit, à brider celui que je suis, celui que Woodstorm a créé et que je muselle. » Ce tome 2 s’ouvre sur le personnage de Sean. Cet ange déchu est le chef de la section, mais aussi ranger dans le parc national de Kenai, en Alaska. Persuadé d’être un homme maudit, il refuse le lien qui s’est créé avec Chann, une ondine, et qui fait d’eux des âmes sœurs. Cette dernière va quitter Paris où elle a travaillé pendant un an pour revenir auprès de ses amis de la Section, à Kenai. De son côté, elle est très amoureuse de Sean, et elle compte bien lui faire accepter le lien qui les unit, quelque soit le moyen d’y parvenir !

 

« - Je viens avec vous, car tu es mon âme sœur et que je dois te protéger, ou j'en crèverai. » Sean a beau résister, il n’est pas insensible aux charmes de la belle ondine. Et quand il apprend que des meurtres atroces sont perpétrés par Woodstorm, cet être odieux qui a détruit son enfance, mais aussi celle des autres membres de la Section, le chef se lance dans une enquête musclée, sans pouvoir empêcher Chann d’y prendre part. Il n’a alors d’autre choix que de veiller sur elle ; le lien lui interdit de passer outre. D’ailleurs, le destin va s’en mêler et il n’aura bientôt plus d’autre possibilité…

 

Dans ce second tome, il n’y a pas de place pour le repos ; les actions et les retournements de situations s’enchainent à un rythme fou. L’intrigue avance au fur et à mesure d’un double point de vue, grâce à une alternance de narration entre Sean et Chann. Ce procédé est des plus efficaces pour intégrer le lecteur au récit mais aussi pour lui rendre les deux principaux protagonistes attachants. Mais ce qui a de bien avec Charlie Genet, c’est sa capacité à mettre en valeur les personnages secondaires. Ici encore, Clovis, Luc, Ethan, Eve, Amy et Damian ont des rôles bien définis qui les rendent incontournables dans l’avancée de l’histoire.

Et quel bonheur : le tome 3 m’attend !

mercredi 14 juillet 2021

L'été de la sorcière, Kaho Nashiki (Picquier, 03/2021)



L'été de la sorcière, Kaho Nashiki (Picquier, 03/2021) 

💓💓💓💓

La littérature japonaise a véritablement pris le parti de la délicatesse, et du respect du temps qui passe. Ce n’est pas la grand- mère de Mai qui dira le contraire. Anglaise d’origine, elle est venue au Japon par amour pour son mari qui en était originaire. Désormais veuve, elle reste dans ce pays qui lui a permis de s’épanouir, et de vivre en harmonie avec la nature. Et durant un été, elle va accueillir sa petite- fille, Mai, adolescente souffrant de phobie scolaire.

 

Le récit débute deux ans plus tard, alors que la grand- mère vient de décéder. Le retour de Mai dans la maison de son aïeule est l’occasion pour l’adolescente de se remémorer cet été durant lequel elle a vécu une espèce d’initiation à la « sorcellerie », plutôt une ouverture sur la nature et sur ses propres émotions. Le point de vue interne du récit permet au lecteur de ressentir cette évolution progressive dans l’esprit de l’adolescente.

 

« Ce que possédaient ces humains un peu spéciaux s'est transmis de génération en génération, des parents aux enfants. Pas seulement les connaissances, mais aussi d'autres compétences particulières. » La grand- mère de Mai prétend que sa propre aïeule était une sorcière. La petite Mai en est toute impressionnée. Et quand elle apprend que ce don se transmet de génération en génération, elle va souhaiter acquérir la connaissance des plantes et des herbes, à son tour. Le jardin, que l’on devine immense, de la grand- mère va devenir un lieu sacré, dans un quotidien rythmé par les semis, les récoltes et les préparations diverses, mais aussi les soins à donner aux poules.

 

Au final, un roman initiatique ressourçant et très apaisant. Les mots de l’auteure sonnent juste, il n’y a pas d’excès, de changements de rythme, de retournements de situation. Le texte coule comme l’eau de source, limpide et pur. Un véritable moment de paix et de sagesse.

dimanche 11 juillet 2021

Café vivre (chroniques en passant), Chantal Thomas (Points, 05/2021)


 

Café vivre (chroniques en passant), Chantal Thomas (Points, 05/2021)

💓💓💓💓💓

 Je connaissais Chantal Thomas « visuellement », ses romans étant régulièrement mis en valeur chez mon libraire. Mais j’avoue, je n’avais jamais eu la tentation de lire l’un de ses romans. Et puis en janvier de cette année, la voilà élue au sein de la trop masculine Académie française. Alors là, je me suis dit : « tu dois la lire » et j’ai choisi de découvrir sa plume au travers des chroniques que l’auteure a rédigées pour le journal « Sud Ouest » de 2014 à 2018, publiées sous la forme d’un recueil.

 

"Café vivre", dénué de toute vision rétrospective, répète au présent l'instant où l'on fait une pause, où l'on s'assoit sous un arbre, à une terrasse, où l'on s'arrête à un carrefour, sur une plage, au milieu du chemin, pour, simplement, regarder autour de soi. » Ainsi ces chroniques, d’une page et demie, font voyager le lecteur de Paris à New York, à travers les yeux rêveurs de l’auteure.

 

« Désinvoltes quant à l'ordre des temps, ces textes ne le sont pas quant à celui des saisons. » Je dirais même qu’ils sont intemporels. Les citations des auteurs du siècle des Lumières sur l’éducation des femmes semblent toujours d’actualité, la ghettoïsation des quartiers peuplés par les vagues successives de l’immigration aussi. Et que dire du détachement du livre, de la lecture, de la part des jeunes générations, cette « catégorie en voie d'extinction, comme des survivances ou des fantômes d'une époque disparue » ?

 

Chaque phénomène de société est pris dans son ensemble, analysé d’un point de vue éminemment culturel (n’oublions pas que nous lisons une Académicienne !), saupoudré d’une réminiscence personnelle, et enfin, Chantal Thomas va proposer au lecteur une perche qui lui permettrait de donner, à son tour, un avis sur le phénomène observé. Ainsi, pour les cadenas accrochés aux ponts en guise de serment d’amour : « Il est troublant qu'aujourd'hui, dans une société où femmes et hommes ont en principe la même liberté sexuelle et la même conscience de la fragilité des sentiments, un cadenas puisse à ce point paraître l'objet parfait pour symboliser le rêve d'aimer. » L’histoire d’amour que vous vivez peut- elle être symbolisée par un cadenas ? Qu’en pensez- vous ?

 

Au final, j’ai adoré lire ces chroniques de-ci de-là, à la façon d’amuse- bouches introductifs à ses œuvres romanesques. Chantal Thomas est une Grande Dame à la plume érudite mais accessible. Ses romans feront partie de mes prochaines lectures et je vous invite sincèrement à découvrir cette auteure si ce n’est pas encore fait.   

samedi 10 juillet 2021

Ce que tu as fait de moi, Karine Giebel (Belfond, 11/2019)


 

Ce que tu as fait de moi, Karine Giebel (Belfond, 11/2019)

💚💚💚💚

Quand on se lance dans la lecture d’un roman de Karine Giebel, on sait à coup sûr que l’on n’en ressortira pas sans un certain sentiment de malaise. L’auteure a pris ici pour thématique la passion obsessionnelle et l’emprise qui peut en découdre. Elle place d’entrée de jeu son intrigue au cœur d’un commissariat des stups, dans un double huis clos étouffant, durant lequel un commandant et un lieutenant vont devoir répondre d’actes ayant entrainé la mort et de graves blessures chez deux de leurs collègues de brigade. Comment en sont- ils donc arrivés là ?

 

« Quand je repense à ces discussions surréalistes, ces conversations qui ressemblaient à du marchandage, je me demande comment nous avons pu être si odieux. Aussi inconscients de la gravité de ce que nous étions en train de dire. En train de commettre. » Quand la jeune recrue, Laëtitia Graminsky intègre la brigade des stups sous le commandement de Richard Ménainville, ce dernier ne s’attendait pas à en tomber follement amoureux. Commandant charismatique et respecté, il mène une vie familiale épanouie entre sa femme et ses deux enfants. Mais ce quadragénaire va se retrouver dépasser par la force de ses sentiments. Son statut de supérieur hiérarchique va même lui servir de prétexte pour abuser de la jeune femme, et lui imposer un marchandage ignoble.

 

« Il y a des moments où on aimerait disparaître, se fondre dans le néant pour ne pas avoir à subir la pire des déchéances. Des moments où on aimerait être mort ou n'avoir jamais existé. » Laëtitia tient bon, malgré la pression subie, malgré la honte ressentie. Elle a tellement voulu accéder au poste de lieutenant de police, elle souhaite tellement que son mari et sa fille soient fiers d’elle…

 

« La passion, la vraie. Extrême. Sans limite. Sans règles.
Cette chose fabuleuse et meurtrière, cet incendie qui ne peut être maîtrisée, ce raz de marée que rien ne peut arrêter.
Cette chose fabuleuse et mortelle. »

Des liens étranges vont se créer au fil des mois entre Richard et Laëtitia. Lui se montre machiavélique, malveillant, et elle va se montrer à la hauteur de cette obsession malsaine. A tel point que les enquêteurs de l’IGPN vont avoir à démêler la culpabilité de l’un et de l’autre… Et que même le lecteur n’aura pas lui non plus l’exacte vérité sur ce qui s’est passé le soir du drame.

 

Au final, une intrigue rondement menée, parfois déstabilisante car il y a quatre narrateurs : Laëtitia, Richard, et les commandants Delaporte et Jaubert qui prennent leur déposition chacun de leur côté. Le rythme est parfois un peu long, mais Karine Giebel sait choisir les mots qui prennent son lecteur aux trippes, qui font qu’il parvient à s’assimiler à l’un ou l’autre des personnages et à se poser des questions existentielles, dont l’essentielle ; « et si c’était moi, qu’aurais- je fait ? »

lundi 5 juillet 2021

La mer à boire, Valentine Stergann (MxM Bookmark, 06/2020)


 

La mer à boire, Valentine Stergann (MxM Bookmark, 06/2020)

💙💙

Gaspard, trente ans, est prêt à tout pour faire plaisir à sa maman. Cette dernière, Rosa, est en effet bien déprimée : son mari, le père de Gaspard, vient de la quitter pour une femme plus jeune que lui. Alors le fiston, le cœur sur la main, décide de lui offrir une croisière, histoire qu’elle puisse se changer les idées, notamment à l’aide de la prime de licenciement qu’il vient de toucher. Mais ce qu’il n’avait pas envisagé pas, c’est qu’elle l’obligerait à l’y accompagner !

 

« Chaque fois que ma mère râle, je sais que mes gènes atypiques et débraillés ne viennent pas de n'importe où. Comparée à mon paternel, qui est le calme incarné, maman est terriblement loufoque et enflammée. D'ailleurs, dès qu'elle a appris que mon père la quittait pour une fille plus jeune que moi, elle lui a jeté un verre de punch à la figure en le traitant de, je cite : "saleté de cliché sur pattes de merde". » Sur le paquebot, la mère et le fils Barbelette, de Tourcoing, forment un duo plutôt tapageur. Boire, chanter et s’amuser sont leurs objectifs premiers sur le paquebot. On peut dire qu’ils mettent l’ambiance ! Mais ils sont là aussi à la recherche d’un flirt qui les accompagnera le temps du voyage, histoire d’adoucir leurs peines de cœur.

 

 « Il n'y a pas de plus beau coup de foudre qu'entre une mère et son enfant. » Rosa et Gaspard se montrent très complices, très protecteurs l’un envers l’autre. Ainsi quand la sexagénaire s’amourache de Giacomo, le directeur de la croisière, et que son fiston adoré se sent irrémédiablement attiré par Lino, les relations s’enveniment. Et pour cause ; Lino est le fils de Giacomo. Les voilà donc obligés de jouer au bout d’une semaine à la famille recomposée. Là, d’un coup, on ne s’amuse plus !

 

Voilà un roman parfait pour l’été, pour tout oublier des soucis du quotidien, et totalement décrocher. J’ai beaucoup aimé la première partie, même si j’ai trouvé le personnage de Gaspard un peu surfait, un peu trop « cliché » avec sa vulgarité de bas étage. Les relations entre les vacanciers et les deux Italiens de l’équipe de bord ont été l’occasion de passages cocasses qui m’ont fait sourire à plusieurs reprises. Mais j’ai regretté que la deuxième partie s’essouffle si vite ; on y retrouve les mêmes scènes et les mêmes « fausses » discussions ; et on se doute très vite, trop vite du dénouement des intrigues amoureuses. C’est dommage car j’aime beaucoup la plume de Valentine Stergann. Avec quelques chapitres en moins, j’aurais passé un meilleur moment de lecture.  

dimanche 4 juillet 2021

Les femmes qui craignaient les hommes, Jessica Moor (Belfond, 05/2021)


 

Les femmes qui craignaient les hommes, Jessica Moor (Belfond, 05/2021)

💛

 Jessica Moor s’est incontestablement inspirée de son quotidien de travailleuse sociale auprès des femmes victimes de violences conjugales pour rédiger son premier roman. Celui- ci se déroule dans la banlieue de Manchester et débute à la manière d’un roman policier : le corps de Katie, une jeune femme travaillant dans une résidence sécurisée réservées aux femmes battues, vient d’être retrouvé. Si tout laisse à penser qu’il s’agit d’un suicide, le lieutenant Whitworth, lui, est persuadé qu’une autre vérité se cache derrière le passé et l’entourage de la victime.

 

« Il n'avait jamais personnellement eu affaire à Valerie Redwood, la directrice du refuge pour femmes où avait travaillé Katie jusqu'à sa mort, mais tout le commissariat la savait aussi coopérative qu'un sac de ciment. » C’est une sorte de sanctuaire, ce refuge. Les femmes qui y sont accueillies ont perdu toute confiance en la gent masculine. La directrice, surprotectrice, veille à ce qu’aucun homme ne vienne troubler la tranquillité de son refuge. Mais voilà ; l’équipe policière chargée d’enquêter sur le potentiel meurtre de Katie est essentiellement masculine…

 

L’auteure joue sur deux temporalités, « Avant » et « Maintenant ». Dans la première, nous remontons le fil de l’histoire d’amour qu’a vécu Katie avec un certain Jamie. Dans la seconde, nous sommes au cœur de l’enquête policière, découvrant par bribes le passé violent et douloureux des pensionnaires de Redwood.

 

Malheureusement, je n’ai accroché ni à l’une ni à l’autre. Les personnages m’ont semblé superficiels, même au niveau de la description physique puisque j’ai vraiment eu du mal à me les représenter. La relation qui se noue entre Katie et Jamie est plate, les sentiments ne sont pas exprimés et à vrai dire, j’ai eu l’impression d’avoir deux pantins que l’on approchait l’un de l’autre en démonstration d’une théorie. L’enquête est inintéressante au possible (on peut dire qu’il ne se passe rien), au point que j’ai arrêté de lire ce roman avant la fin, ignorant le fin mot de l’histoire, m’en fichant totalement…

 

Bref, une immense déception.    

mercredi 30 juin 2021

F.L.I.C. Tome 2 – Résurgence, Abby Soffer (Elixyria, 10/2020)


 

F.L.I.C. Tome 2 – Résurgence, Abby Soffer (Elixyria, 10/2020)

💙💙💙💙

J’avais quitté Ashley Johnson il y a quelques temps, à deux doigts de démissionner de la Police de New- York pour intégrer une unité d’intervention gouvernementale américaine secrète nommée FLIC. Cette tête brûlée qui ne mâche pas ses mots et cultive un cynisme acerbe à l’encontre de ses contemporains n’est en rien impressionnée par l’équipe de surdoués qui entourent Ayden Moore, le boss. Dans ce second tome de la saga, Ash va apprendre à travailler avec cette nouvelle équipe.

 

« Tu es humaine, et c'est humain de poursuivre sa route, malgré la douleur, c'est humain de regarder demain, qui abritera peut- être un peu moins de douleur qu'aujourd'hui. » Ashley est toujours éplorée suite à la mort de son ancien collège, Zyan, qui était aussi son meilleur ami et le père de sa filleule adorée, Cassie. C’est sur ce terrain meurtri que vont devoir éclore ses nouvelles relations de travail.

 

« [On t'aime.] Je n'y répondrai pas, je ne le fais jamais. Je ne sais pas ce que c'est "aimer". C'est un mot qui n'a pas de sens à mes yeux. Je me soucie des personnes qui me sont proches, j'essaie de leur rendre la vie plus facile. Si c'est ça "aimer" alors, peut- être, mais rien n'est moins sûr. » L’amour est un sentiment qu’Ash ne comprend pas, ne perçoit pas. Dans ce tome 2, d’ailleurs, des réminiscences douloureuses et dérangeantes de son enfance vont remonter mystérieusement à la surface… Mais néanmoins sans lui permettre de tisser le fil lui permettant de retrouver son identité initiale complète ni d’ancrer ses premières années dans un contexte spatio- temporel concret. L’amnésie de ses débuts dans la vie persiste...

 

« Qui s'autoproclame juge et bourreau, quand la tolérance et le pardon sont les préceptes fondateurs de tout ce en quoi ils prétendent croire.
Qui distribue la haine, quand les croyances prônent l'amour.
Qui offre la mort pour honorer la vie. »

C’est donc parti pour la première enquête d’Ashley au sein du FLIC ; elle aura lieu en France, dans la petite ville de Chessa, où un attentat terroriste extrêmement meurtrier vient d’avoir lieu. Son intuition, à coup de « glop » instinctifs terriblement efficaces, va permettre à l’enquête d’avancer de manière concluante. Et c’est sans compter sur les compétences hors normes de ses collègues, qui, en plus de surprendre la jeune femme par leur efficacité, vont lui assoir une place parmi eux, même si les nombreuses prises de bec avec Moore vont la laisser (et nous avec !) bien perplexe !

 

J’ai vraiment bien aimé ce deuxième tome dans lequel, l’empathie d’Ashley pour les petites filles victimes de la cruauté du monde résonne comme une quête initiatique dans laquelle elle semble se jeter inconsciemment. Vivement le tome 3 qu’on en apprenne davantage !

lundi 28 juin 2021

Voyage au centre d’un cerveau d’autiste, Babouillec (05/2021)



 Voyage au centre d’un cerveau d’autiste, Babouillec (05/2021)

💓💓💓💓

« Je me sens prisonnière dans un bocal, un aquarium à taille humaine. » Difficile de parler de ce petit livre d’Hélène Nicolas, surnommée Babouillec. Cette trentenaire a été diagnostiquée autiste très déficitaire dès son plus jeune âge. Elle est enfermée dans le silence, incapable d’écrire, de parler, du fait d’une habilité motrice insuffisante. C’est sa mère qui va lui apprendre pas à pas, durant des années, à utiliser les 26 lettres cartonnées qu’elle lui a confectionnées, pour lui permettre d’exprimer ses pensées. Un documentaire a d’ailleurs été réalisé sur cette expérience d’un « apprendre à apprendre » inédit ; « Dernières nouvelles du cosmos ». Il a été nominé aux Césars 2017 du meilleur film documentaire.

 

« Toutes ces années à user tes fonds de culotte sur les bancs de la certitude ne racontent pas toujours la profondeur, ni la taille des espaces aménagés pour comprendre. » Babouillec a tout à fait conscience de sa différence. Elle a suivi l’école maternelle durant deux ans, et elle sait que c’est dans les établissement scolaires que l’on est censé apprendre. Là où elle ne peut pas aller. Mais aucun regret : elle a compris que son cerveau n’était pas modelé comme le voudrait la « norme sociale ».

 

« Le cerveau stimulé depuis la naissance dans le processus de ressemblance apprend.
Il apprend la grandeur de l'autre dans sa loi des limites humaines, la survie sociale. »
La jeune femme est capable de formuler une analyse extrêmement éclairée de ce qu’elle vit au quotidien. Et c’est troublant !

 

« Tout est noir dans l'escarcelle du cerveau reptilien. Pas de croas, croas dans ma mémoire animale. » Babouillec assume sa différence ; la regarde même avec humour. Ce n’est pas parce qu’elle ne peut pas parler à voix haute, ni écrire d’un geste fluide sur une feuille ou sur un ordinateur qu’elle va refreiner ses envies de s’exprimer, de partager ses réflexions sur le monde, sur ce qu’elle ressent dans son corps, dans son âme.

 

« C'est tous feux éteints que sans crier gare, l'esprit se faufile dans les limbes, assoiffé de visiter le paradis dont il ne connait pas l'adresse. » Emplis de poésie, ces courts textes m’ont fait sourire, m’ont fait réfléchir, m’ont perdue aussi parfois, mais je ressors de cette lecture très émue, et troublée. Une auteure à découvrir !

Pietà, Daniel Cole (Robert Lafont, 07/2021)


 

Pietà, Daniel Cole (Robert Lafont, 07/2021)

💓💓💓💓

 Ce n’est pas la première fois que je lis un roman policier dans lequel un criminel s’inspire d’œuvres d’art pour mettre en scène ses victimes, mais j’avoue avoir été bien étonnée ici par le machiavélisme du personnage du meurtrier. J’ai lu ce livre en deux jours ; avide de connaître la suite des événements mais aussi, et surtout, de voir jusqu’où Daniel Cole allait s’aventurer. Et je n’ai pas été déçue…

 

« - "Le penseur" de Rodin, annonça-t-il. Ce qui signifie que sur les deux scènes de crime, les corps ont été disposés de façon à imiter des sculptures célèbres. » Le sergent Chambers est envoyé sur une bien étrange affaire : on a découvert des corps disposés à la manière de statues légendaires. Cette particularité l’amène à rapidement faire un lien entre les deux meurtres qui ont été perpétrés. Aidé par l’agent Winter, Chambers remonte vite la piste de deux suspects potentiels. Mais voilà que leur chef refuse d’aller dans leur direction… Et qu’un accident met nos deux enquêteurs hors service.

 

« Au fil des ans, son apparence non conformiste lui avait souvent valu d'être comparée à un vampire, comparaison qui sonnait encore plus juste quand elle travaillait de nuit en hiver. » Marshall, jeune recrue de la Metropolitan Police, assume complètement son look de gothique et ses tatouages qui détonnent dans l’univers policé des flics londoniens. Stagiaire au stups, elle va avoir l’audace de remonter le fil de l’enquête menée sept années plus tôt sur cette affaire qu’elle n’a jamais pu oublier. Sa hardiesse va lui permettre de faire une découverte déterminante. Mue par la force de ses nouvelles pistes, elle va contacter Chambers et Winter.

 

« - Et tu cherches un démon sous forme humaine. Tu savais déjà que ce tueur était intelligent. Maintenant, tu sais aussi qu'il peut être violent. Tu es là à sourire comme si c'était un jeu, mais ça n'en est pas un. C'est ta vie, et aujourd'hui elle se retrouve liée à la sienne, à celle d'un tueur en série. » Après sept années d’accalmie, le tueur reprend soudainement du service, titillé par les découvertes de Marshall, et au grand dam de Chambers.  En retrouvant Winters et en prenant Marshall sous son aile, il ne s’attendait certainement pas à vivre les cauchemars qui seront les siens durant les semaines qui vont suivre, s’épuisant à traquer un criminel à l’esprit terriblement tordu et sans scrupule ; celui d’un monstre se nourrissant de légendes antiques et artistiques.

 

Au final, un roman policier addictif, que j’ai vraiment dévoré. J’ai regretté le côté un peu confus de certains passages de la première partie, puis la deuxième partie, beaucoup plus fluide et explicite m’a embarquée jusqu’à la fin. Il n’y a pas à dire, Daniel Cole est un auteur que j’apprécie !

vendredi 25 juin 2021

F.L.I.C. Tome 1, Implosion, Abby Soffer (Elixyria, 02/2020)


 

F.L.I.C. Tome 1, Implosion, Abby Soffer (Elixyria, 02/2020)

💓💓💓💓

F.L.I.C. : Forte, Loyale, Intuitive, Charismatique. Quatre lettres, quatre adjectifs qui décrivent parfaitement le personnage d’Ashley Johnson, inspectrice à la brigade criminelle de New York. Cette femme athlétique, au caractère bien trempé, qui se nourrit de donuts et de chocolat, ne fait pas dans la dentelle. C’est plutôt un garçon manqué, toujours prête à se battre pour faire régner la justice à sa manière. Mais voilà qu’après avoir été trop imprudente sur une affaire, elle est sanctionnée d’une mise à pied. Rester tranquillement chez elle le temps qu’une enquête interne soit menée ? Certainement pas…

 

« Rares sont ceux qui ont réussi à percer cette armure pour découvrir celle qui se cache en moi. » Ashley vit seule, totalement dévouée à son travail. De nombreuses zones d’ombre entourent son passé, d’autant plus qu’elle souffre d’une amnésie partielle. L’auteure distille les éléments au compte- gouttes, mais parvient tout de même à en faire un personnage attachant grâce à un point de vue interne très enrichi au niveau des émotions et des sentiments ressentis par Ashley, qui est aussi la narratrice.


« Petit un : les adolescents ne pensent qu'au sexe, à l'alcool, à la fête et à la prochaine connerie qu'ils vont faire.

Petit deux : réfléchir et puberté sont deux notions totalement incompatibles.
Enfin petit trois : l'arrogance est l'apanage des imbéciles. »
Le récit opère plusieurs retours dans le passé pour permettre au lecteur de comprendre les rouages de l’affaire qui a mal tourné. Les réflexions satiriques de notre inspectrice sur ses semblables sont savoureuses !

 

« Parfois, reconnaître sa défaite est la seule chose intelligente à faire. » Un étrange personnage va intervenir dans la vie d’Ashley, lui donner des pistes, la protéger. La jeune femme va peu à peu baisser les armes, face à cet homme qu’elle se plaît à surnommer « Godzilla » ou « T. Rex ». Pourquoi toujours résister ?

 

Au final, un roman policier que j’ai lu avec énormément de plaisir car l’héroïne, Ashley, cache sous sa rudesse une personnalité touchante, et puis parce que la plume d’Abby Soffer est vraiment très plaisante. J’ai maintenant hâte de lire le tome 2 !

dimanche 20 juin 2021

Sans alcool, Claire Touzard (Flammarion, 01/2021)


 

Sans alcool, Claire Touzard (Flammarion, 01/2021)

💙💙💙

Alors que les terrasses des cafés viennent de rouvrir, que les gens, enfin libérés des obligations liées à la Covid, s’y sont précipités, j’ai trouvé intéressant de lire ce récit de vie, qui questionne la consommation d’alcool en France. Claire Touzard est journaliste, vit à Paris et il y a deux ans, elle a décidé d’arrêter de boire, un premier janvier. Elle raconte ici son parcours, jonché de difficultés et d’épreuves, pour tenir bon vers une sobriété durable et installée.

 

« J'étais ivre et titubante. J'avais atteint ce point. Celui où le cerveau s'arrête de tourner et où les anxiétés sont englouties. J'avais bu deux, cinq, dix verres. Voilà que je le trouvais. Cet oubli, ce moment où vous n'existez plus vraiment, où vous vous décollez de vous- mêmes. J'ai cherché ce point toute ma vie, depuis mes seize ans, frénétiquement. » La narratrice a clairement un problème avec l’alcool. Son milieu professionnel ne l’aide pas : les soirées dans le monde de la presse sont légion. Elle en ressort à chaque fois totalement ivre, et le matin, se retrouve dans l’incapacité de se remémorer les détails de la veille. Mais ce n’est pas grave, le soir- même elle recommence, car comme on le lui a si souvent répété : « on guérit le mal par le mal ».  

 

Claire Touzard porte quelques traumatismes de l’enfance, qu’elle dévoile au fur et à mesure des pages. Serait- ce là l’origine de son alcoolisme ? « J'avais la même relation à l'amour qu'à l'alcool. Cette peur de l'abandon héritée de l'enfance, cette fragilité me rendait accro à l'autre. J'étais peu regardante sur la qualité de l'amour, tant qu'on m'en filait la bonne dose. »

 

« En Bretagne, comme dans beaucoup de régions en France, boire est incontournable. L'alcool est le psy inexistant, le Lacan des âmes torturées du village. » On dit que certaines régions françaises sont plus touchées que d’autres par les ravages de l’alcool. Être née dans une famille où l’on biberonne les enfants au cidre, ne serait- ce pas là aussi une explication à sa consommation excessive d’alcool ? D’ailleurs, lorsque Claire Touzard apprend à son entourage qu’elle a décidé de devenir sobre, sa famille et ses amis ont des réactions étonnantes, comme si elle reniait ses origines, son sang…

 

Au final, un récit de vie très intéressant à lire car il pose les bonnes questions sans jamais jeter l’opprobre sur quiconque. L’auteure a été alcoolique et elle en prend la responsabilité. Elle interroge nos habitudes, cette manie française de déboucher une bouteille à la moindre occasion et à regarder d’un drôle d’œil celui qui reste sobre dans le groupe. Si au début du récit j’ai eu l’impression de lire une snobinarde, j’ai apprécié de découvrir au fil des pages une jeune femme plus humble qu’il n’y paraissait. Quelques zones d’ombres du passé demeurent et j’espère quelles seront dévoilées si jamais il y a, comme évoqué, une suite à ce récit. 

jeudi 17 juin 2021

Le cerf- volant, Laetitia Colombani (Grasset, 06/2021)



Le cerf- volant, Laetitia Colombani (Grasset, 06/2021)

💛💛💛💛 

Laetitia Colombani, pour son troisième roman, a choisi de repartir en Inde, dans l’esprit de La tresse, son premier roman au succès désormais mondial. Elle reprend ainsi la recette qui a fait sa renommée : des filles, des femmes en détresse, soumises à des diktats ancestraux et de fait désuets, mais surtout particulièrement révoltants quand on appartient soi- même au beau sexe. Ici, c’est un cerf- volant qui va servir de lien entre Léna, Française anéantie par un drame personnel, Lalita, petite orpheline de dix ans déjà exploitée, et Preeti, chef d’une brigade de jeunes femmes qui pratiquent les sports de combat dans le but de porter secours aux trop nombreuses filles agressées.

 

« Léna observe son visage, ses cheveux tressés, sa silhouette menue dans cet uniforme d'écolière qu'elle arbore tel un étendard, cette tenue qui n'est pas seulement un morceau de tissu mais une victoire. » Léna est enseignante en France. Venue en Inde pour essayer de se retrouver après un drame qui l’a anéantie, c’est sa rencontre avec la petite Lalita qui va lui donner une motivation capable de lui redonner envie de vivre : fonder une école dans un petit village indien pour éduquer les filles, afin de leur offrir la possibilité d’avoir un emploi et d’échapper aux trop nombreux mariages forcés.

 

« Le long de la célèbre Falkland Road, il n'est pas rare de voir des fillettes de douze ans en cage : les plus jeunes sont les plus chères et les plus prisées. » Il ne fait pas bon naître fille d’une caste inférieure en Inde. Laetitia Colombani appuie son récit sur des données chiffrées implacables et des informations dûment documentées. Son personnage, ultra- attachant, de Preeti s’en fait le porte- parole : « Naître femme et "Dalit" est ainsi la pire des malédictions. Elle- même peut en témoigner, comme chaque membre de sa brigade. Toutes sont des rescapées, toutes victimes d'un cruel paradoxe : ces filles qu'on ne doit pas toucher, on n'hésite pas à les violer. »

 

« Pas besoin d'avoir le même sang pour être sœur, fille ou mère, songe Léna. » L’esprit de sororité est bien le seul élément capable de faire évoluer les choses dans certains pays comme l’Inde, même en 2021. L’auteure dénonce ces violences faites aux femmes par le biais d’une jolie histoire, richement documentée et agrémentée d’une plume fluide et pleine d’émotion. Son trouble se perçoit dans certains passages, comme si elle s’adressait directement à son lecteur : « tu te rends compte ? ».

 

Au final, un roman très bien écrit, très émouvant, frustrant aussi car on aimerait tellement venir en aide à ces filles qui n’ont d’autre destin que d’être asservies de leur naissance à leur mort. Par contre, j’ai peur que ce récit ne soit un peu trop catalogué « pour les femmes » alors qu’il faudrait que les hommes, aussi, et surtout, prennent conscience de ce qui se passe pour celles qui sont leurs égales, à un niveau mondial.

dimanche 13 juin 2021

Seule la haine, David Ruiz Martin (Taurnada, 06/2021)


 

Seule la haine, David Ruiz Martin (Taurnada, 06/2021)

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Un cabinet de psychanalyste, en centre ville. Elliot, quinze ans, n’a pas rendez- vous mais il parvient à s’y incruster. Larry Barney pense que cet adolescent a besoin de s’épancher, mais il va vite déchanter. Le voilà menotté à son fauteuil, face à un gamin armé venu se venger…

 

« L'être humain est faible et Elliot en est conscient.
Notre monde va mal et Elliot en est conscient.
Son frère s'est logé une balle dans la tête et Elliot en est conscient. »
Simon, le frère du jeune garçon, s’est suicidé. Elliot, qui ne parvient pas à faire son deuil, est persuadé que si son aîné a mis fin à ses jours, c’est de la faute du psychanalyste qui le suivait.

 

« Pour une raison que j'ignore, ce gosse se joue de moi. Il prend un plaisir non dissimulé à me faire perdre mes moyens. A me détourner de mes pratiques habituelles, et je n'aime pas ça. J'ai soudain très chaud. J'ai soudain envie de hurler. J'ai soudain envie de lui coller la gifle qu'il mérite depuis son arrivée ! » Elliot va alors se mettre à narrer une drôle d’histoire, dans laquelle Larry se retrouve bien plus impliqué qu’il n’y paraît. Ses certitudes vacillent face aux propos de l’adolescent intellectuellement précoce.

 

« L'être humain est une espèce lâche, Doc, vous le savez bien. Les gens préfèreraient laisser couler un môme au fond d'un lac plutôt que de prendre le risque de saloper leur précieux costard. » L’adolescent, désabusé, semble prêt à tout, même au pire. Jusqu’où cette confrontation en huis clos va -t- elle aller ? Comment vont-ils, l’un et l’autre, s’en tirer ?

 

Les personnes qui aiment se perdre dans les thrillers psychologiques à huis clos vont sûrement adorer cette lecture qui retourne bien les méninges dans touts les sens. Qui dit vrai ? Le doute s’installe dans la tête du narrateur, Larry, mais aussi dans la tête du lecteur, de manière durable. Les faits racontés par Elliot sont monstrueux et on compatit rapidement à son envie de venger son frère. Mais personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le récit, puis j’ai trouvé quelques longueurs, et répétitions, qui m’ont fait décrocher de l’histoire. Je n’arrivais plus à y croire. C’est dommage.