samedi 23 octobre 2021

La résonance des cœurs, Mélane Lor (Elixyria, 08/2021)


 


La résonance des cœurs, Mélane Lor (Elixyria, 08/2021)

💜💜💜💜

Et si vous mettiez un peu de musique dans votre cœur ? Mélane Lor fait vibrer la corde sensible des émotions en racontant une romance qui se noue dans l’univers des concerts, l’une de ses passions, entre une chanteuse, nommée Elya, et un « roadie », le bel Adrien.

 

« J'avoue, j'ai la trouille. La trouille que nous ne soyons pas sur la même longueur d'onde, peur que s'il se passe quelque chose, ça finisse mal et que je perde mon job. Je ne peux pas prendre ce risque. »  Savez- vous ce qu’est un « roadie » ? Je ne le savais pas moi- même et je l’ai appris en lisant ce roman ; c’est ainsi que l’on nomme le personnel qui monte et démonte le matériel qui se trouve sur scène. Ils sont donc toujours sur les routes, suivant les artistes dans leurs tournées. Adrien, jeune et beau roadie, vient de décrocher un contrat pour suivre le groupe Arcange, qu’Elya vient d’intégrer, elle aussi, en tant que chanteuse.

 

« Elle a raison, je n'ai même pas pensé qu'elle se mettait en danger elle aussi. » Alors qu’ils se sentent irrémédiablement attirés l’un vers l’autre, la raison les empêche de céder à la tentation : Elya et Adrien sont sur cette tournée pour travailler ensemble, et si leur histoire venait troubler l’harmonie de la tournée, nul doute que l’on mette fin au contrat de l’un ou de l’autre…

 

« - De nos cœurs. Ils battent fort, mais le plus troublant c'est cette impression qu'ils s'accordent l'un avec l'autre, jusqu'à résonner ensemble. » Vous l’aurez deviné, nos deux amoureux vont finir par entamer une relation des plus passionnées ; et advienne que pourra…

 

Au final, une romance à la mode « montagnes russes », entre les désirs et les craintes de nos deux protagonistes, servie par une plume limpide et sensible, qui donne la parole alternativement à l’un et l’autre. On se rend compte que le fait d’être sur les routes à longueur d’année ne facilite pas les relations à long terme. Alors quand Arcange termine sa tournée, et qu’Adrien est bien obligé de suivre un autre groupe à travers le monde, on s’inquiète…. Leur couple résistera t- il à l’absence et à la distance ? Je vous laisse le découvrir à votre tour…

jeudi 14 octobre 2021

Artifices, Claire Berest (Stock, 08/2021)


 

Artifices, Claire Berest (Stock, 08/2021)

💙💙

 Ce roman à la couverture magnifique, je l’ai ressenti tout d’abord comme une invitation au monde de l’Art performatif. En effet, l’auteure mêle ici une enquête policière concernant Abel Bac, flic qui vient d’être suspendu, et réflexions sur le parcours de Mila, une artiste multimillionnaire dont les œuvres d’art sont particulièrement dérangeantes. Ce sont des indices, placés comme les pièces d’un puzzle, sur le chemin du lecteur qui vont permettre à celui- ci de dénouer les fils d’une intrigue dont les racines sont ancrées d’un un passé douloureux et tragique.

 

« Que doit- on faire quand on nous prive de la raison des heures jusqu'alors si parfaitement établie ? Il est un chien perdu. Son activité organisée depuis quinze ans : horaires précis, métro, dossiers, interventions, auditions, paperasse, collègues. Structure essentielle anéantie » Je n’avais encore jamais lu Claire Berest, et j’ai été surprise par son écriture « râpeuse », son style incisif, ses phrases nominales saturées d’adjectifs. Il faut avouer que cela colle pourtant bien au personnage d’Abel Bac, ce flic suspendu sans qu’on ne lui donne la moindre explication. Ce grand solitaire qui n’accepte que la compagnie de ses nombreuses orchidées et qui ne vit que pour enquêter jusqu’à pas d’heures.

 

« C'est curieux comme les artistes pensent que les gens qui ne s'intéressent pas à l'art sont paumés en plein désert. Ou les écrivains qui pensent que les gens qui ne lisent pas sont déboussolés. » Une nuit, Elsa, sa voisine du dessus, s’effondre devant sa porte, totalement ivre. Parce qu’elle se sent redevable envers Abel, qui lui a permis de rentrer saine et sauve chez elle, la jeune femme fantasque va s’immiscer dans la vie du flic bourru. Et comme elle est en pleine rédaction d’une thèse en histoire de l’Art ; cela va être l’occasion pour nos deux voisins d’enquêter ensemble sur les mystérieux coups d’éclat que connaît soudainement le monde des musées parisiens…  

 

 

Au final, comme dit plus haut, il m’a été difficile d’entrer dans la lecture du récit. La narration est dense, foisonnante, laissant peu de place aux dialogues, et j’ai eu du mal à m’y retrouver, à poser les bases de l’intrigue de manière claire. Autant j’ai aimé les passages du récit consacré à Abel, concrets mais conformes à l’étrangeté du protagoniste, autant les parties dédiées à Elsa m’ont rapidement agacée. Son côté loufoque n’est pas suffisamment construit, ni crédible. Et je n’ai pas aimé qu’ici Claire Berest revienne inlassablement sur Marina Abramovic, comme si le lecteur était un inculte, incapable de comprendre l’essence de ses performances artistiques. Si son roman m’a attirée, c’est justement parce que je m’intéresse au monde artistique ! Il n’y a pas que les Parisiens qui lisent, et se cultivent !!

Par ailleurs, je passerai sur les passages – peu nombreux, heureusement- consacrés à Camille Pierrat, la collègue flic dont la grossièreté fait suinter les mots… Déçue, avec un grand « D ».

mardi 12 octobre 2021

Quand le rire sucre nos souvenirs, Lindsay Lietin (autoédition, 01/2021)


 

Quand le rire sucre nos souvenirs, Lindsay Lietin (autoédition, 01/2021)

💛💛💛

Rosie est à la tête d’un salon de thé qu’elle a souhaité à son image : cosy et et rassurant grâce à un large choix de pâtisseries fines réalisées par ses soins. Ce havre de paix est fréquenté par une clientèle régulière et la jeune femme peut se féliciter d’avoir réussi à monter une affaire qui roule toute seule, sans l’aide de personne. Et pourtant, quelque chose l’empêche d’être heureuse, mais elle ne sait pas identifier ce sentiment de malaise avec certitude : est- ce le départ de sa Mémé Léontine, du jour au lendemain ? Est- ce ce sentiment de solitude qui l’étreint lorsqu’elle plonge dans ses souvenirs d’enfance ?

 

« Ces terrils s'érigent vers le ciel pour rendre hommage à ceux qui extrayaient du sol, au péril de leur vie, une ressource essentielle à la société. Aujourd'hui je n'ai pas le coup de grisou mais j'ai grise mine en y repensant. Dans le Nord, nous avons dans notre famille, ou nous connaissons pour la plupart, des descendants de mineurs de fond. » Dans le Nord de la France, c’est bien connu, les habitants ont dans leur cœur le soleil qu’ils n’ont pas au- dehors. Cette maxime se vérifie ici dans les personnages qui vont accompagner Rosie dans son quotidien suite à un accident : Fernande et Mauricette. Ces deux mamies au franc- parler ch’ti et aux manières rustres vont tout faire pour soutenir la jeune femme. Même si le salon de thé raffiné va vite être « transformé en un tour de main en bistrot bonne franquette ! »

 

« J'avais décidé de créer ce salon de thé de suite à la sortie de l'école en ayant qu'un simple certificat d'aptitude en poche et les secrets de grand- mère de Mémé Léontine. J'avais aussi en moi cette rage qui vous fait gravir les montagnes et construire des édifices. » Alors qu’un étrange personnage, Eustache, pointe son nez au salon de thé, accompagné par une jeune fille surnommée Lulu, qui, elle, a fui l’Italie pour de mystérieuses raisons, Rosie sent son mal- être s’intensifier. D’où lui viennent cette rage et ce sentiment de violence qui l’ont fait jusqu’alors tenir debout ?

 

« - Tourne- toi vers le soleil, ton cœur aura chaud ! » Pour Rosie, il est temps de se retourner vers son passé, de partir, grâce au van d’Eustache, dans une quête personnelle où elle trouvera les réponses aux questions qui l’empêchent d’être enfin une femme épanouie.

 

Au final, une lecture vraiment « feel- good », notamment grâce aux dialogues en Ch’ti des deux mamies. Etant originaire de la région, mais n’y vivant plus, j’ai bien ri en lisant certaines expressions « d’min coin » ! L’histoire est plutôt bien ficelée, le personnage de Rosie est sympathique, on se laisse facilement embarqué par le récit. J’ai cependant regretté quelques coquilles et des maladresses concernant les temps utilisés ; cela arrive dans l’autoédition.  *** L'auteure m'a informée du fait que la nouvelle édition de son roman a été corrigée avant publication***. En tout cas, c’est une lecture qui vous fera voir la vie en rose « Rosie » !!! 

Entrez…, Frédéric Livyns (Elixyria, 07/2019)

 



Entrez…, Frédéric Livyns (Elixyria, 07/2019)

💙💙💙💙💙

 

Halloween approche… Et si vous racontiez des histoires pour faire frémir votre entourage le 31 octobre ? Ce recueil de 22 nouvelles horrifiques sera le support adéquat ! Eteignez les lumières, sortez vos lampes de poche et cachez vous sous la couette, puis « Entrez… »

 

« - Qui est là ? demanda-t-il en priant intérieurement qu'on ne lui réponde pas. » Dans les maisons que nous fait visiter l’auteur, il y a toujours une chaise qui bouge, des objets qui changent de place sans qu’on les touche, des ombres qui se meuvent dans le dos des protagonistes. « Ils eurent alors l'impression d'entendre un bruit se rapprocher. Comme quelque chose que l'on frotte légèrement sur le sol. Le bruit produit par un délicat frôlement entre les murs se dirigeait vers eux. » Vite, il faut fuir ! Mais encore, faut-il que cela soit possible…

 

« On aurait dit un assemblage de sons gutturaux n'ayant pour lui aucun sens. Il essaya encore de s'enfuir, mais c'était peine perdue. » Frédéric Livyns est doué pour nous faire « entendre » ces bruits terrifiants sans qu’aucun son ne sorte de ces pages ! L’ambiance est à chaque fois cinématographique, sans que jamais ce ne soit grotesque ou caricatural. Les nouvelles sont courtes et vont à l’essentiel, et les chutes proposées sont redoutables ! Je me suis exclamée à plusieurs reprises, horrifiée !!!

 

Bref, j’ai beaucoup aimé ce recueil dans lequel le thème de la maison hantée est abordé sous divers angles : fantômes, créatures dignes de l’univers de Lovecraft, folie, et tableaux envoûtés dynamisent le concept de base et vous surprendront à coups sûrs ! Osez « Entrez… » !

samedi 9 octobre 2021

Ces orages- là, Sandrine Collette (JC Lattès, 01/2021)


 

Ces orages- là, Sandrine Collette (JC Lattès, 01/2021)

💔

 Mais qu’est- il donc arrivé à Sandrine Collette ? Où sont donc passés ses personnages aux actions dérangeantes et aux paroles qui claquent ? Quel ennui dans « Ces orages- là » !!!! Je suis péniblement arrivée à la moitié du roman parce que je m’attendais à ce que tôt ou tard, il y ait de l’action, un retournement de situation, du sang quoi !!! Mais non, rien qu’une narration sans fin, quasiment sans dialogue, qui nous relate la manière dont Clémence essaie de se reconstruire après trois ans d’une relation toxique avec un véritable pervers.

 

« Elle, elle court dans les bois. Elle voit mal. Elle devine, plutôt – pourtant elle le connaît, cet endroit. Plusieurs fois, des branches ont giflé son visage et elle a failli tomber en trébuchant sur des racines. » Ce prologue qui rejoue la légende de Daphnis et Apollon selon Ovide m’avait pourtant semblé être un bon signe : la nymphe est poursuivie jusqu’à l’épuisement par le Dieu des Arts puis se transforme en laurier pour enfin définitivement lui échapper. Comment Sandrine Collette, que l’on devine amoureuse de la nature, allait- elle réinterpréter ce mythe ? Que se passe t-il quand Thomas – Apollon rejoint Clémence – Daphnis ? Silence.

 

« Pourquoi elle, hein ? Pourquoi, si ce n’est qu’elle le portait sur la gueule ? Une petite fille trop maigre avec des grands yeux timides. Autant l’admettre : la victime idéale. » Pourquoi rapporter ces paroles ordurières du passé de manière indirecte, pourquoi ne pas remonter le temps et permettre au lecteur d’assister à la scène ? Cette passivité forcée m’a endormie…

 

« Je viens de servir de serpillière à un homme que j’ai pris pour le prince charmant pendant trois ans et j’ai l’impression que c’est entré dans mon ADN. Serpillière un jour, serpillière toujours. » Je me suis aussi lassée de cet auto- apitoiement récurrent. Pourtant, j’en ai lu des récits sur l’emprise, les violences faites aux femmes, notamment par ceux que l’on surnomme les « pervers narcissiques ». J’en ai été émue.  Mais ici, je n’ai ressenti aucune empathie pour Clémence, personnage tellement fuyant qu’il n’aura pas su s’inscrire dans mon âme de lectrice.

vendredi 8 octobre 2021

Mon mari, Maud Ventura (L'Iconoclaste, 08/2021)



Mon mari, Maud Ventura (L'Iconoclaste, 08/2021)

💚💚💚💚💚

 Maud Ventura signe là un premier roman autant déroutant que jouissif sur le quotidien d’un couple à l’apparence des plus banale mais au fonctionnement des plus loufoque ! Le narratrice prend le parti de nous raconter une semaine de sa vie conjugale, n’omettant rien de ses tracas, ô combien perturbants : elle aime son mari, passionnément, à la folie… et pour elle, il est évident que c’est un problème !

 

« Dans ma vie, le mauvais goût est toujours resté un péril constant, car j'ai vite compris que l'argent de mon mari ne m'achèterait ni l'élégance ni les bonnes manières. » Le choix de l’auteure d’utiliser une narration omnisciente permet au lecteur de ressentir très vite une certaine empathie envers cette quadragénaire qui doute d’être aimée par son mari autant qu’elle- même en est éprise. La différence sociale est- elle cependant un prétexte au comportement de la narratrice ? Certaines de ses pensées font en tout cas, bien sourire…

 

« J'espère que mon mari n'arrivera pas à se rendormir et que son insomnie lui laissera tout le temps nécessaire pour réfléchir à sa trahison. C'est important qu'il s'interroge : comment a-t-il pu réduire sa propre femme au rang de vulgaire clémentine ? Et pourquoi pas une banane ? » Alors qu’elle a une vie parfaite, un mari qui semble idéal et deux enfants bien élevés, cette professeure d’anglais et traductrice de romans à succès est persuadée d’être la femme la plus malheureuse du monde. Chaque moment passé avec son mari est analysé, décortiqué, et raconté dans un carnet.

 

« Quand j'aime, je deviens sévère, triste, intolérante. J'installe une ombre de gravité autour de mes amours. J'aime et je veux être aimée avec tellement de sérieux que cet amour devient vite épuisant (pour moi, pour l'autre). Bref, j'ai l'amour malheureux. » Et quel gâchis, peut- on penser ! Mais en même temps, cet amour fou à en être loufoque, ces rituels ridicules, ces raisonnements pitoyables que l’on découvre, éberlué, au fil des pages qui se tournent toutes seules, ne sont-ils là que pour pointer du doigt un phénomène sociétal poussé ici à son paroxysme?  Cette obsession qui tourne à la folie de ne pouvoir tout contrôler s'exprime dans une phrase du premier chapitre : « Mon mari n'a plus de prénom, il est "mon mari", il m'appartient. »

 

Au final, un très bon moment de lecture ! Maud Ventura possède un style bien particulier qui permet au lecteur d’avancer de surprise en surprise. J’ai bien cru que la narratrice se ferait tôt ou tard avoir à son propre jeu, et je n’ai absolument pas vu cet épilogue arriver !!! D’ailleurs, je ne sais toujours pas qu’en penser : époustouflant ou monstrueux ? Vous, qui l’avez lu ; vous en pensez quoi ?!!

jeudi 7 octobre 2021

La fille qui voyait le mal, Ludovic Bouquin (M+ Editions, 10/2021)


 

La fille qui voyait le mal, Ludovic Bouquin (M+ Editions, 10/2021)

💓💓💓💓

Un policier – thriller saupoudré d’ésotérisme et planté dans le décor du Vatican ; ça vous dit ? J’avoue qu’au début, j’étais sceptique… Encore un remâché du « Da Vinci Code » ? Hé bien, non, pas du tout. Pas de recherches symboliques ni bibliques ici. Nous sommes bien ancrés dans le présent, avec même un pied dans un futur que d’aucuns souhaitent rendre chaotique. Et pour lutter contre cet immonde complot, Ludovic Bouquin nous propose une héroïne attachante dotée d’un don particulier, celui de voir le Mal…

 

« Elle distinguait une personne et deux spectres colorés à gauche et à droite de cette personne. Le spectre de couleur variait du blanc jusqu'au noir, sans omettre une seule des couleurs qui existaient sur terre. Dans une version simplifiée, ça représentait le bien et le mal chez tout individu. » Dossi fait partie de la garde suisse qui a pour mission de protéger le Pape lors de ses déplacements. D’origine béninoise, elle a hérité de sa famille un don particulier : celui de percevoir l’aura des personnes et donc de pouvoir discerner les éventuels actes de violence à venir.

 

« - Je doute toujours de ce que je vois, c'est une accusation très grave. J'attends, impuissante, que le pire arrive et je ne me trompe pas jamais. » Malgré son talent inestimable, Dossi est une jeune femme humble, qui ne rêve que de vivre paisiblement, loin de l’agitation et de la foule. Mais voilà qu’on lui donne une mission à remplir : enquêter sur des actes brusques et violents qui se déroulent en plein jour et en plein Paris. Et on lui adjoint deux équipiers : Axelle, la policière rebelle, et Gédéon, le psychiatre farfelu. Ce trio improbable va devoir se serrer les coudes pour remonter la piste des ignobles comploteurs qui ont pour objectif de mettre le monde sans dessus dessous.

 

« Elle avait réussi à créer le chaos, elle pouvait toucher plus de personnes. Les applications étaient multiples et redoutables. Le monde allait changer profondément, et elle serait à l'origine de sa mutation. » Le Vatican cache bien des mystères, et quelques cardinaux à l’âme bien impure. L’argent, le pouvoir et l’orgueil sont des vices intrinsèques à la plupart des Hommes, quels qu’ils soient. Et quand des scientifiques promettent de trouver un moyen d’insérer la violence « à la demande » sur Terre, les billets s’abattent sur la table entre les mains de bien vils scélérats. Notre trio va devoir surmonter bien des épreuves pour arriver à faire tomber les coupables…

 

Au final, un roman qui se lit tout seul. La première moitié est menée tambour battant, et le rythme est intense, entre les rencontres et les revers de fortune de nos trois protagonistes. La dernière partie est un peu plus lente ; on sent un peu la fin arriver ! Sinon, j’ai énormément apprécié le personnage de Dossi ; j’aurais presque envie de la rencontrer en vrai !!! Gédéon est lui aussi très attachant. Personnellement, j’aimerais bien qu’il y ait une suite !

mercredi 6 octobre 2021

La Loi des hommes, Wendall Utroi (Le Livre de Poche, 09/2021)



La Loi des hommes, Wendall Utroi (Le Livre de Poche, 09/2021)

💛💛💛💛💛 

J’ai découvert la plume captivante de Wendall Utroi dans « Les yeux d’Ava » cet été ; je l’ai par la suite fait lire à tout mon entourage tellement je l’avais trouvé poignant ! J’avais donc précommandé « La Loi des hommes » dont la sortie en format poche était annoncée en cette fin septembre. Et je n’ai vraiment pas été déçue par ma lecture !

 

« A Houtkerque, ce Hardwell a été, pendant des décennies, le sujet de mille rumeurs, on le disait enfui d'Angleterre, endetté, criminel, rentier, chercheur et même écrivain raté, et Jacques va vider sa tombe. » Jacques est cantonnier à Houtkerque, commune située à quelques kilomètres de Dunkerque. C’est à lui que revient la tâche de déplacer les restes des personnes dont la concession vient d’expirer au cimetière. Une mission repoussante mais qui va permettre au quinquagénaire de faire une étrange découverte : un coffre rouillé se trouvait enterré aux côtés du mystérieux J. Wallace Hardwell… A l’intérieur se trouve un manuscrit rédigé en anglais très bien conservé : Jacques va en découvrir le contenu et le partager avec nous, lecteurs.

 

« Pendant ma courte carrière, j'avais vu des choses repoussantes, malodorantes, sanguinolentes, morbides, mais je n'avais jamais ressenti ce malaise, cette envie de me boucher les oreilles. Je n'avais jamais eu cette nausée qui me faisait désespérer de l'Homme. » Cap sur l’époque victorienne, en plein cœur de Londres, où Hardwell exerce le métier d’enquêteur au sein de Scotland Yard. Notre policier va se retrouver chargé d’une mission pour le moins délicate : il doit entendre des témoins aux attitudes fallacieuses afin d’éviter qu’un scandale mettant en cause la Couronne royale éclate.

 

« Une fois qu'on tombe dans la prostitution, c'est comme marcher sur une planche savonneuse, tu voudrais t'en sortir, mais à chaque tentative tu glisses un peu plus. » Hardwell, grâce à une intelligence tactique, va démêler les écheveaux d’une histoire de famille retors, dans laquelle la misère et la rue ont produit des mœurs inconcevables. Pour un esprit probe comme lui, il va être dur d’accepter l’hypocrisie des nantis qui maintiennent un voile sur les actes ignobles perpétrés sur des êtres misérables.

 

Au final, un roman qu’il est impossible de lâcher. L’auteur vous plonge dans les bas- fonds de Londres, ses relents nauséabonds, ses crimes ignobles sur fond d’histoire vraie. La double temporalité permet au lecteur de souffler momentanément lorsqu’il retrouve Jacques, de nos jours. Néanmoins, Wendall Utroi n’en oublie pas de nous glacer les sangs avec les révélations liées au réel de notre société actuelle dans les derniers pages… A LIRE !

jeudi 30 septembre 2021

L’ange noir – Tome 2 : résurgence (Elixyria, juillet 2021)


 

L’ange noir – Tome 2 : résurgence (Elixyria, juillet 2021)

💓💓💓💓💓 

Ah, comme je l’attendais ce tome 2 !!! Il n’était pas prévu à la base, mais le succès du tome 1 et les nombreuses demandes des lectrices à l’auteure ont poussé celle-ci à donner une suite à l’histoire tumultueuse de Logan et Lily. Et c’est cette dernière qui sera le fil conducteur de ce récit, centré sur Josh, qui était éperdument amoureux d’elle alors qu’ils fréquentaient ensemble les bancs du lycée.

 

« C'était la proposition la plus dangereuse et insensée qu'on m'ait jamais faite. Cependant, c'était la seule solution. Mes parents avaient assez souffert. C'était à moi de protéger ma famille. A moi de venger Lily! » Josh ne parvient pas à se remettre de la disparition de sa vie de celle qui a si longtemps électrisé son cœur. Sa décision est prise : il ne va plus vivre que pour se venger et laver toutes les traces de ce passé douloureux; quitte à tout perdre.

 

« Je ne connais cette fille que depuis une poignée d'heures, et puis, je ne suis pas ici pour trouver une nana... Tant pis pour elle, elle subira le même sort que les autres. Même si ça me sera très difficile, je vais devoir la tuer. » Le voilà habilement engagé par l'un des plus importants chefs locaux de la pègre, pistonné par le mystérieux Billy. Il est prêt à éliminer le vil homme, mais voilà, celui- ci garde, emprisonnée dans sa villa, sa petite- fille plus que séduisante, Joleen. Josh va devoir choisir entre aller au bout de sa vengeance ou écouter son cœur de Saint- Bernard…  

 

Au final, un second tome aussi addictif que le premier !!! Lucie Barnasson a su faire en sorte que je m’attache immédiatement à Josh, ce jeune homme écorché vif à la personnalité plus complexe qu’il n’y paraît. Après une première partie où il conserve la place de narrateur principal, le reste du roman va opter pour une double narration dès que Joleen apparait dans l’histoire. Cette alternance de points de vue permet au lecteur de découvrir les points obscurs du passé de chacun tout en suivant l’évolution de leurs sentiments. Une lecture totalement immersive, et je vous recommande d’écouter la playlist très plaisante de l’auteure durant la lecture de ce roman captivant : https://www.youtube.com/playlist?list=PLWUekQb0CXU00zbiJ_FXsXjQAnc8g6DII

samedi 25 septembre 2021

Bélhazar, Jérôme Chantreau (Phébus, 08/2021)



Bélhazar, Jérôme Chantreau (Phébus, 08/2021)

💙💙

« Bélhazar » ; qu’est- ce donc que ce mot ? Il s’agit du deuxième prénom d’un jeune homme, Antoine Bélhazar Jaouen, qui meurt à l’âge de dix-huit ans lors d’une interpellation de police. Un deuxième prénom choisi par une mère aux goûts originaux, Armelle, amie de Jérôme Chantreau ; lequel a accepté d’écrire ce livre en hommage aux enfants disparus.

 

« Si tu ne peux rien contre le scandale de notre mort, au moins dis- nous ce qu'il était. » L’auteur connaissait très bien le jeune homme. Professeur de français, il avait pu avoir Bélhazar (qui insistait pour qu’on l’appelle ainsi et non Antoine, trop banal pour lui) en cours. Le côté fantasque de son élève, ainsi que son haut potentiel, en faisaient depuis l’enfance un être à part. « Dans les faits, Bélhazar posait cette équation insoluble de faire entrer l'imaginaire d'un enfant dans les critères de l'Education nationale. C'est impossible. » Le garçon vivote au lycée tout en nourrissant chez lui une passion dévorante pour les armes à feu, pour le recueil de diverses antiquités et pour la peinture. « Pendant des années j'ai cherché là où il n'y avait rien. C'était avant que tu m'apprennes à regarder. » Belhazar va évoluer en adolescent mi- savant mi- illuminé… jusqu’à sa fin tragique et incompréhensible pour son entourage.

 

« Je dois ressusciter un fait- divers, le ramener à la lumière, trouver sa vérité. Le combat contre la thèse du suicide a toujours été la cause commune entre les parents et moi. Ce livre doit détruire cette ignominie, cette double peine : Bélhazar n'a pas pu se donner la mort. Pas lui, pas le preux chevalier, pas le Regardeur de soleils. C'est une question de style. » L’auteur remonte la piste de l’enquête, épaulé un moment par le célèbre avocat Olivier Metzner qui va se suicider quelques temps après avoir repris l’affaire, puis par Valentin Ribet, qui décèdera, lui, au Bataclan en 2015. La mort semble roder autour de cette étrange histoire que la Police ne veut pas voir resurgir. Où donc se cache la vérité ?

 

Au final, j’ai lu le début du roman avec intérêt, intriguée par la résolution de cette étrange disparition d’un jeune homme fantasque, fauché d’une manière trouble au seuil de sa vie d’adulte. Puis l’auteur a voulu donner une tournure plus onirique à son récit. L’enquête se transforme en espèce de conte éthéré. Et moi, je suis restée sur la terre ferme, déçue de ne pas avoir les clés de ce roman devenu trop « mollasson » au fil des pages. Dommage.

jeudi 23 septembre 2021

Transaction, Christian Guillerme (Taurnada, 09/2021)

 



Transaction, Christian Guillerme (Taurnada, 09/2021)

💛💛💛💛💛

Quelle histoire !!!! Si vous êtes adeptes des sites de revente d’articles, vous aurez de quoi faire de sacrés cauchemars avec le dernier thriller de Christian Guillerme ! C’est une petite annonce pas forcément très honnête et trois jeunes naïfs qui se font rouler qui constitue l’intrigue de départ. Ajoutez à cela un individu psychologiquement instable, et surtout particulièrement violent, dans l’équation, et vous obtiendrez un récit haletant qui vous fera à coup sûr frissonner…


« Le seul moyen de retrouver un peu de fric, c'est de repasser la patate chaude à un mec. Tu t'es fait arnaquer, tu arnaques, logique. Point ! » Alphonse, jeune mécanicien, est déçu par la caméra qu’il vient d’acheter sur un site d’articles d’occasion. Il s’est bien fait rouler, et ses deux meilleurs amis, Johan et Manal lui conseillent de revendre le bien en question, sans aucun scrupule. La transaction va se dérouler à merveille…


« Le suivi psychologique auquel il avait également droit ne serait pas nécessaire... plus maintenant avec tout ce qui s'était déjà passé. » Le roman débute alors qu’un jeune homme vient de se jeter sous un train. Le conducteur de ce dernier reste stoïque. Le monde est- il aussi cruel ? Quel est le lien avec notre arnaque de départ ? Remontons le temps avec le machiavélisme de l’auteur… 


« Le pouvoir de vie ou de mort sur un autre être humain avait été une sensation nouvelle, indescriptible, un peu comme la toute- puissance ultime. » Une arnaque, un individu à la dangerosité pathologique et ce qui ne devait être qu’un attrape- nigaud va se transformer en engrenage fatal.


Au final, j’ai adoré ce roman à la tournure spiralaire. L’intrigue, qui met en relation quatre individus qui passent du statut de victime à celui de coupable à des degrés divers, est rondement menée. L’alternance de la narration interne de chacun des protagonistes permet au lecteur de s’incruster dans le récit, comme s’il en faisait lui aussi partie. Et j’ai adoré frissonner en imaginant devenir moi aussi cette proie naïve et impressionnable qu’un prédateur aux dents longues poursuit jusqu’au terminus.  


dimanche 19 septembre 2021

Dans les choux, Julie- Anne Bastard (Elixyria, 08/2021)


 

Dans les choux, Julie- Anne Bastard (Elixyria, 08/2021)

💙💙💙💙

Anna est une « Madame Catastrophe ». Vous savez, cette amie qui oublie de déclencher son réveil pour le lendemain et qui, dans sa précipitation, s’ébouillante avec le café et fait tomber sa tartine du côté de la confiture ! Et niveau sentimental, c’est pareil ! Après deux ans de grand amour avec Antoine, cet homme parfait, voilà qu’il la laisse tomber du jour au lendemain pour une bombe aux longues jambes. Sauf que quelques jours après la rupture, Anna découvre qu’elle est enceinte…

 

« Quoi que je fasse, cela tourne irrémédiablement à la catastrophe. Je suis du genre poissarde congénitale experte en couacs en tous genres. » Anna, qui espérait prochainement se marier avec l’homme de sa vie, se retrouve brutalement célibataire, SDF et enceinte ! Et si elle trouve refuge chez ses meilleures amies, Camille et Lou ; cela ne se fera que de manière momentanée, tellement les maladresses d’Anna sont agaçantes à supporter au quotidien !

 

« Dire les choses, c'est aussi reconnaître qu'elles sont vraies. Et la vérité fait mal. » Anna n’a d’autre choix que de continuer son chemin, tête plus ou moins haute, même si c’est douloureux, surtout qu’elle n’est plus toute seule dans cette galère : elle a en effet choisi de garder le petit être qui grandit dans son ventre, alors qu’elle sait très bien qu’Antoine ne sera jamais un père exemplaire. Mais là encore, Anna a la chance d’avoir des amis fidèles, qui seront là, à ses côtés, à chaque épreuve qu’elle risquerait de rencontrer. Surtout Maël…

 

« Mon joli bébé, tu feras bientôt partie de cette aventure et tu seras initié aux joies indispensables de la survie dans ce monde moderne : le sucre pour les papilles et les écrits pour les pupilles. » Malgré ses nombreux déboires, Anna va chercher à rebondir dans un but : devenir enfin une femme épanouie socialement et sentimentalement.

 

Au final, un roman très agréable à lire, notamment grâce à la plume de l’auteure qui interpelle régulièrement le lecteur au nom du personnage d’Anna. Ces accroches m’ont souvent fait sourire et donné envie de tourner les pages pour en savoir plus sur les mésaventures mais aussi les succès de ce personnage fantasque et attachant de jeune femme sur qui le sort s’acharne. Les dernières pages m’ont énormément émue… Une lecture réjouissante, touchante, sans prise de tête, qui vous embarque bien loin des contrariétés de notre actualité. Et vraiment, ça, ça fait du bien… 

samedi 4 septembre 2021

Poussière d’homme, David Lelait (Pocket, 04/2006)

 



Poussière d’homme, David Lelait (Pocket, 04/2006)

💙💙💙

 Jamais je n’aurais lu ce roman si je n’avais pas entendu (et vu) un libraire (un certain Lionel) en parler avec passion lors d’un live organisé par une booktubeuse. Alors, oui, de la passion, il en est question ici. Il n’y a même que cela dans ce récit qui n’est autre qu’un cri d’amour destiné à l’être aimé qui vient de décéder.

 

« Au presque commencement de ma vie, je t'ai perdu, toi avec qui je voulais la finir. » Ce roman autobiographique raconte la trop brève histoire d’amour entre l’auteur et cet homme qui ne sera pas nommé mais dont on sait que le prénom n’est constitué que de trois lettres. Pourquoi tant de discrétion ? Parce que cette relation homosexuelle n’a jamais été vécue au grand jour, jamais assumée face aux trop nombreux préjugés de notre société.

 

« Je ne suis ni frère ni mari, je ne suis rien qui se nomme ou s'inscrive dans la pierre. Je ne suis que l'autre bout d'un lien de cœur aujourd'hui invisible à la face du monde. » Aux douleurs du deuil s’ajoute l’impossibilité de faire reconnaître son statut de compagnon de l’être aimé, de l’inscrire sur la pierre tombale qui représentera sa dernière demeure.

 

« J'aurais tant fait que ce conditionnel aurait été un futur simple. » Cet amour inconditionnel aurait tellement mérité de s’épanouir dans le futur. Mais le cancer en a malheureusement décidé autrement…

 

Au final, un roman vraiment émouvant, des phrases comme des cris du cœur qui ne peuvent que toucher le lecteur. J’ai été émue mais en ce qui me concerne, j’ai du mal à lire des récits essentiellement introspectifs, donc je n’ai pas réussi à m’attacher au couple de personnages, trop évanescents. Malgré cela, je reconnais que les phrases font mouche, atteignant le cœur d’une flèche douloureuse et directe. Mais à lire uniquement en cas de moral au beau fixe !

jeudi 2 septembre 2021

Le Voyage dans l’Est, Christine Angot (Flammarion, 08/2021)



 Le Voyage dans l’Est, Christine Angot (Flammarion, 08/2021)

 💓💓💓💓💓

Alors oui, je sais, Christine Angot n’est pas aimée, ses propos peuvent être douteux, non fondés, mais surtout, ouvrons les yeux, c’est ce qu’elle raconte depuis quelques années qui dérange. A l’heure où les langues se délient sur la pédocriminalité, c’est encore mal vu de dénoncer ce qui se produit au sein même des familles. Et oui, encore une fois, Christine Angot raconte l’inceste qu’elle a subi, les gestes déplacés de son propre père sur son corps d’adolescente de treize ans. Mais ici, le témoignage se transforme en voyage dans le passé, une recherche plus précise de la chronologie des actes subis, avec le vain espoir d’y trouver une explication…

 

« Je savais ce que signifiaient les actes de mon père. J'ai préféré me voir comme quelqu'un qui a son caractère, ses torts, qui fait ses erreurs, et qui les regrette en cherchant le sommeil. » Christine n’a connu son père qu’à l’âge de treize ans. Auparavant, elle ignorait qui était son géniteur. Et puis, un jour, il réapparait pour s’inscrire officiellement dans sa vie. Très vite, les gestes envers celle qu’il vient de reconnaître devant un notaire prennent une orientation qui dérange Christine. Sans vraiment en être sûre, elle sent que les caresses que lui prodigue son père ne sont pas acceptables… Mais par peur de le décevoir, elle subit en silence.

 

« Se taire. Ça permettait de ne pas avoir d'images dans la tête, de continuer à faire semblant. De ne pas savoir vraiment, de ne pas avoir peur, de ne pas donner corps à l'inquiétude, de ne pas donner de réalité à l'impression d'avoir une vie gâchée. » Christine essaie de se confier mais se retient, par peur de gêner, par peur d’attirer l’attention sur elle, cette fille si banale et inintéressante.

 

« Il y avait ceux qui savaient, ceux qui ne savaient pas. Ça ne changeait pas grand-chose. Les uns pensaient que j'allais bien, parce que je ne l'avais pas dit, les autres, parce que je l'avais dit. »  Un jour, la parole se délie… Et puis, ça ne change rien. Sa mère, et même son mari, Claude (quel imbécile !) ferment les yeux sur les agissements de cet homme qu’ils trouvent impressionnant !

 

« Vous ne vous rendez pas compte, de ce que ça fait d'avoir un père qui refuse que vous soyez sa fille. Pour vous, l'inceste, c'est juste un truc sexuel. Vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez pas. » A la lecture de ce texte autobiographique, plein de doutes, de révélations hésitantes, de confusions aussi, on se rend compte que l’auteure, cette femme qui se révèle une nouvelle fois sous des angles bien peu glorieux, n’a rien à voir avec le personnage médiatique que d’aucuns se plaisent à critiquer.

Lisez Christine Angot, l’auteure, et non Christine Angot, le personnage médiatique, découvrez sa plume incisive, et son message qui est avant tout une dénonciation de l’emprise masculine sur le corps de la femme.    

lundi 30 août 2021

Premier sang, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2021)

 


Premier sang, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2021)

💕💕💕💕💕

 Le cru 2021 de la dame au chapeau serait- il celui qui me réconcilierait avec l’œuvre de celle- ci ? Durant des années, j’ai attendu avec avidité la sortie du Nothomb annuel, le précommandant parfois même… jusqu’en 2008 : « Le fait du prince » m’a déçue au point de tirer un trait sur les écrits de cette auteure. Un autre essai en 2019 avec « Soif » m’avait d’ailleurs confirmé que la plume d’Amélie Nothomb m’agaçait bien plus qu’elle ne m’avait jadis emportée. Et voilà que cette année, les critiques littéraires lues jusqu’à ce jour sont unanimes : « Premier sang », son trentième roman, fait partie des incontournables de la rentrée et l’écriture d’Amélie Nothomb a changé !

 

« Le présent a commencé il y a vingt- huit ans. Aux balbutiements de ma conscience, je vois ma joie insolite d'exister. » Ici l’auteure se met dans la peau de son propre père pour s’exprimer à la première personne et revenir sur des éléments marquants de la vie de celui- ci. Une biographie intime, un hommage à un père au parcours familial insolite et au sang- froid remarquable et remarqué pour lequel « Il ne faut pas sous- estimer la rage de survivre ».

 

« Je n'avais jamais encore rencontré la haine. Il m'était donné d'y assister en direct et j'aurais payé cher pour être ailleurs. Je ne savais pas qu'à l'âge de Jean, mépriser son père allait de soi. » Orphelin de père très jeune et fils unique, Patrick Nothomb va longtemps être en manque de famille. A l’âge de six ans, il ira passer ses vacances d’été chez son grand- père, Pierre Nothomb, un poète noble et désargenté, dans un château ardennais, au Pont- d’Oye, où les us et coutumes se sont arrêtés au Moyen- Age. Au contact d’une floppée d’enfants de tous les âges, Patrick va apprendre à lutter contre la faim, le froid, mais aussi à se confronter aux autres.

 

« L'enfance a cette vertu de ne pas essayer de répondre à la sotte question : "Est- ce que j’aime ?" Il y a beaucoup d’Amélie dans ce Patrick, et beaucoup de Patrick aussi en Amélie. Le père s’exprime par le biais de la plume talentueuse de sa fille. Et cette dernière fait preuve de facéties que l’on devine toutes paternelles. Pas de mystification, de conte de fée (même si Shéhérazade est mentionnée…) ou d’historiette abracadabrantesque ici, mais beaucoup de délicatesse et de tendresse. Et au final, un Nothomb lu et adoré !

dimanche 29 août 2021

Malédiction, Tome 3 : L’apocalypse de Rosalie, Cécilia Armand (Elixyria, 02/2021)

 



Malédiction, Tome 3 : L’apocalypse de Rosalie, Cécilia Armand (Elixyria, 02/2021)

💔💔💔 

Troisième et dernier tome de cette saga qui réinvente les codes du Paradis et de l’Enfer tels qu’on les enseigne au catéchisme ! Elle en a fait du chemin, la jeune Rosalie, victime d’un accident sur Terre qui l’a propulsée dans un autre univers ! Après être tombée dans les bras d’un ange déchu, voilà notre jolie héroïne qui se sent attirée par le maître des Enfers… Mais face à un équilibre menacé sur Terre et dans le Ciel, Rosalie va devoir faire des choix.

 

« Dominer ne m'intéresse pas, je me contente d'essayer de survivre dans le marasme de mes tourments. J'ai beau vivre depuis des millénaires, je ne sais toujours pas où est ma place. » Azraël est lui aussi est en pleine tourmente existentielle ; entre ses amours d’antan et la jolie Rosalie, il ne sait plus où il en est. Exclu du Paradis, il se sait attiré par le Mal, mais là aussi, son cœur et son âme balancent…

 

« J'aurais pu adorer ce spectacle, j'aurais même applaudi pour le style plutôt poétique de cette vision, si ma compagne n'était pas l'objet de la représentation. » Lucifer se satisfait des scènes de torture et de violence. En tant que Maître des Enfers, il représente le Mal absolu. Mais le voilà qui tombe amoureux pour la première fois de sa longue vie. Ces doux sentiments ne vont- ils pas venir amoindrir son pouvoir ?

 

« La pestilence est partout, les gens périssent de faim, d'autres de maladie. Certains ont été écartelés, torturés, comme dans les temps anciens. » Les Cavaliers de l’Apocalypse sont descendus sur Terre pour tout exterminer. Rosalie et les deux hommes de sa nouvelle vie céleste vont devoir réagir en bonne intelligence afin de conserver le monde tel qu’ils le connaissent, avec son lot d’amour et de haine. Dure gageure !

 

Au final, un troisième tome agréable à lire : les actions s’enchainent à un bon rythme et les personnages sont malmenés à souhait ! Par contre, j’ai moins aimé la deuxième partie du roman dans laquelle les personnages sont davantage dans l’introspection. J’ai aussi été agacée par certaines coquilles dans le texte, c’est dommage. Dans l’ensemble, c’est tout de même une très bonne saga que je recommanderai volontiers aux fans de fantasy ou de bit- lit !

mercredi 25 août 2021

L’Evasion d’Arsène Lupin, Maurice Leblanc (édition présentée: Belin, 07/1905 pour la première publication)


 

L’Evasion d’Arsène Lupin, Maurice Leblanc (édition présentée: Belin, 07/1905 pour la première publication)

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Arsène Lupin est devenu un personnage à la mode depuis le début de cette année. En quelle raison ? La société américaine spécialisée dans la distribution et l’exploitation d’œuvres cinématographiques et télévisuelles qu’est Netflix a décidé de s’inspirer de l’univers créé par Maurice Leblanc pour en faire une série, « Lupin ; Dans l’ombre d’Arsène ». Le succès est immédiat, au point de classer la série dans le top 10 des contenus les plus regardés au monde (source : Wikipédia). Le moment était donc venu pour moi de me replonger dans les aventures de ce mystérieux cambrioleur, lues alors que j’étais adolescente.

 

« - C'est bien ici la prison de la Santé ?
- Oui.
- Je désirerais regagner ma cellule. La voiture m'a laissé en route, et je ne voudrais pas abuser. »

Arsène Lupin est enfermé dans une cellule de la prison de la Santé, attendant son jugement : il a été arrêté pour divers vols et détournements d’identité. Mais voilà que notre fanfaron parvient à informer les journaux à scandale de son envie d’évasion juste avant que ne se tienne le procès. Pour montrer aux policiers parisiens et au célèbre Ganimard, son célèbre adversaire, qu’il y parviendra, il réalise un premier essai, réussi, puis réintègre la prison de son plein gré, à la barbe du monde judiciaire.

 

« Des cris, des rires, des exclamations partaient de tous côtés dans la salle qu'agitait ce coup de théâtre inattendu.
Le président fit mander le juge d'instruction, le directeur de la Santé, les gardiens, et suspendit l'audience. »

Deux mois plus tard, le procès a bel et bien lieu ; Lupin est présent… En apparence. Car après moult questions, il semblerait que le coupable présenté devant le tribunal soit en fait un certain Désiré Baudru…

 

Au final, un très bon moment de lecture grâce à des répliques truculentes et une langue juste et élaborée. Le récit est court et j’aurais apprécié davantage de profondeur pour expliquer certaines situations, mais cela va certainement me conduire à relire d’autres aventures de ce coquin de Lupin !

mardi 24 août 2021

Une soupe à la grenade, Marsha Mehran (Picquier, 08/2021)


 

Une soupe à la grenade, Marsha Mehran (Picquier, 08/2021)

💕💕💕💕💕

Ce roman est une véritable friandise que j’ai pris grand plaisir à savourer ! Les couleurs vives de la couverture et la grenade du titre sont déjà une invitation à la gourmandise, mais c’est la plume de l’auteure qui s’est révélée être un pur régal. Pourtant, le destin de nos trois héroïnes, des sœurs ayant fui l’Iran au moment de la révolution islamiste, n’a rien eu de joyeux au départ, et les trois jeunes femmes comptent sur leur exil dans le petit village irlandais de Ballinocroagh pour enfin trouver le bonheur et la sérénité.

 

« C'était drôle qu'elle se souvienne de les avoir entendus avant même de les voir, les teintes funèbres de cette tente pour femme qui allait par la suite devenir si courante, même dans les banlieues plus aisées du nord de la capitale. Tchador, tchador. » Ces phrases résonnent terriblement avec l’actualité. Une part de ce récit est éminemment autobiographique et on retrouve un peu de Marsha Mehran dans chacune de ces trois sœurs. Bouleversant.

 

« Bahar et Layla mirent de côté leurs pensées pour examiner le fantastique butin de goûts et de couleurs autour d'elles. La nourriture délicieuse et les pièces douillettes témoignaient vraiment de leurs efforts, un grand exploit réalisé en quelques jours à peine.
Oui, elles avaient fait du chemin. Un long chemin, vraiment. »
Si Marjan est aux fourneaux avec talent, Bahar et Layla sont une aide indispensable au bon fonctionnement du Babylon Café. Les effluves épicés se dégageant de l’établissement vont d’abord dérouter les habitants très conservateurs de Ballinocroagh. Mais ceux qui vont oser en franchir la porte vont rapidement louer les arômes dégagés en bouche par la cuisine iranienne. Le succès naissant du café ne va pas plaire à tous…

« Le maussade baron de la bière grogna et cracha sur le trottoir craquelé au pied de la porte rouge de la boutique. C'était de la sorcellerie pure et simple, point barre. Aucun doute là- dessus. » Thomas McGuire est le patron de plusieurs restaurants et hôtels dans les environs. Il ne va pas supporter que des étrangères viennent piétiner ses plate- bandes… Sa colère va hanter le village.

 

« Le Babylon Café. Les jardins suspendus de Babylone. Cette rangée de devantures, songea-t-elle, ce Main Mall, était désormais leur jardin suspendu, leur petit coin de paradis. » Le parcours de ces trois filles, tellement éprouvant, est délivré au compte- gouttes ; une façon de procéder très pertinente puisqu’il est distillé en parallèle de l’installation de ces Iraniennes, et conduit le lecteur à se sentir solidaire avec leurs déboires, mais également heureux lorsqu’elles réussissent. Bref, des vagues d’émotions diverses m’ont animée durant cette lecture, amplifiée par une plume habile, qui adapte son registre à chaque chapitre, selon le personnage qui y sera abordé. Les recettes qui ponctuent le livre donneront envie à ceux qui aiment cuisiner de les tester. Quel dommage que cette auteure talentueuse ait mystérieusement disparu… A lire absolument !

mercredi 18 août 2021

Dullahan, Marine Kelada (Auto- édition, 06/2021)


 

Dullahan, Marine Kelada (Auto- édition, 06/2021)

💓💓💓💓 

Le Dullahan est une créature mythologique irlandaise. Il s’agit d’un personnage sans tête, chevauchant un étalon noir avec qui il partage la faculté de voir. Ce cavalier est par ailleurs équipé d’une épée et d’un fouet constitué des os tirés de la colonne vertébrale d’un humain (Beurk !). Autant vous dire qu’il ne fait pas bon le croiser lors d’une randonnée nocturne en pleine campagne irlandaise… C’est pourtant ce qui va arriver à la jeune Mila, 17 ans, partie camper dans la forêt avec ses quatre amis…

 

« Rien ne sert de courir,
Tu vas mourir,
Car le Dullahan arrive !
 » Rien ne prédisposait notre petit groupe de jeunes à vivre une tragédie. Les vacances se terminent, ils font griller des chamallows au- dessus du feu tout en se racontant des histoires à faire peur et en chantant des comptines folkloriques. Et pourtant, Mila, en s’écartant du campement va être enlevée, sur le dos d’un ténébreux destrier, et emmenée dans un château bloqué dans le temps à l’année 1601.

 

« Seul un être humain, avec l'aide de notre magie, pourra accéder aux visions du passé et reconstituer le puzzle de la fin du Dullahan. Et même si nous savions ce qui est arrivé, la vérité doit lui venir d'un humain pour briser la malédiction. » La jeune fille va se retrouver emprisonnée dans le château, prise au piège par quelques anciens domestiques du seigneur O’Siorai, qui vont la forcer à vivre comme une milady du XVIIème siècle. Si elle accepte de se plier à leurs rites magiques, alors elle pourra retrouver sa liberté d’adolescente du XXIème siècle. Mais sera-t-elle capable de remonter aux origines de la légende afin de dénouer la malédiction macabre qui a engendré le Dullahan ?

 

Voilà un récit qui m’a emportée dès les premières pages. Les chapitres sont courts, les actions défilent, la plume est déliée et un certain suspens pousse à la lecture de la suite. J’ai vraiment bien aimé cette histoire du cavalier sans tête abordée sous un double angle temporel, et faire des bonds entre le XVIe et le XXIe afin de faire avancer la double intrigue. Car oui, il y en a deux : la recherche des origines de la malédiction, mais aussi une romance assez inattendue !

J’avoue avoir eu quelques interrogations sur certains agissements des personnages satellites, mais dans l’ensemble, j’ai passé un excellent moment de lecture. Auteure à suivre !