mercredi 5 mai 2021

Rivalités et plus si affinités, Laura Emann (Elixyria, 11/2020)



Rivalités et plus si affinités, Laura Emann (Elixyria, 11/2020)

💜💜💜💜💜

 Olivia, jeune interne en chirurgie, est à un tournant de sa vie : étudiante prometteuse, elle voyait déjà sa carrière de médecin toute tracée. Mais c’était sans compter sur la rouerie de son mentor, le célèbre docteur McKenzie, de quinze ans son aîné, qui est aussi son amant. Celui- ci profite en effet de sa renommée pour accuser la jeune femme d’une erreur qu’il a lui-même commise. Olivia, désenchantée et amère, abandonne son internant et se met en quête d’un emploi.

 

« Dix minutes auparavant, je pensais que cette fille n'avait pas toute sa tête et maintenant, je me retrouvais en concurrence avec elle. » Mark McLean est le fils du propriétaire riche et antipathique de Medhealth Corp, l’une des sociétés de matériel médical les plus importantes d’Europe. Son père est à la recherche d’un successeur, et pour lui, son fils est celui qui doit prendre sa suite, mais il n’entend pas la lui laisser si facilement. En effet, trois concurrents vont tenter de se démener pour obtenir ce poste de manager. Olivia va être l’un d’eux. Elle se fera très vite remarquer par sa pugnacité mais aussi par sa capacité à répondre aux coups durs, quitte à passer pour une casse- pieds.

 

Mark est intrigué par sa rivale et s’il n’hésite pas à lui tendre des pièges, il ressent paradoxalement une certaine attirance pour elle. Il va donc se construire trois identités : celle de l’amoureux secret, celle du collègue à éliminer, et celle qui correspondra à sa véritable nature. Mais comment s’y retrouver ? L’amour demande une certaine dose de sincérité… « Alors que je faisais les cent pas à l'intérieur, je me rappelai que je m'étais promis de lui révéler, une bonne fois pour toutes, ma véritable identité. Je ne pouvais plus jouer ce double jeu à présent que je réalisais l'étendue de mes sentiments pour elle. »

 

Au final, un roman captivant aux rebondissements multiples. J’ai ri plus d’une fois en lisant les sales coups portés par l’un et l’autre des concurrents ! Je me suis vraiment attachée aux deux principaux protagonistes dont les profils sont finement élaborés, mais aussi aux personnages secondaires que sont les colocataires d’Olivia. Il y a beaucoup d’humanité dans ce roman qui traite pourtant de la concurrence impitoyable qui fait rage au sein des multinationales. L’écriture est fluide, les termes bien choisis et l’intrigue, complexe, est rondement menée. Une jeune auteure à suivre !

vendredi 30 avril 2021

Celles qui restent, Samuelle Barbier (Hugo et Cie, 09/2020)



 Celles qui restent, Samuelle Barbier (Hugo et Cie, 09/2020)

💜💜💜💜

« On pense toujours qu'on va avoir le temps. Le temps de vivre, de se tromper, d'aimer, et que l'on mourra paisiblement, vieille et ridée dans notre lit, en ayant accompli tout ce qu'on désirait. Jusqu'à ce qu'une fille de vingt- huit ans qu'on aime plus que tout se jette du haut d'un pont et fasse voler toutes nos certitudes en éclats. »

Cette fille de vingt- huit ans qui s’est suicidée un matin d’hiver, c’est Constance, la cadette d’un trio de sœurs. Clara, l’aînée, est dévastée. Elle culpabilise de ne pas avoir senti que quelque chose n’allait pas. Lucy, la benjamine, en choc, va, elle, remettre son mode de vie en question, et pour la première fois, prendre des responsabilités.

 

« Maman nous appelait ses "filles de l'aurore". Quand Lucy est née, elle nous a offert le même petit soleil en or. Comme si elle savait déjà, avec son instinct de mère, qu'on serait si différentes qu'il nous faudrait quelque chose de commun auquel nous rattacher. Aucune de nous ne l'a jamais enlevé. » Trois sœurs, trois personnalités différentes. Clara a vite dû abandonner la frivolité de la jeunesse pour pallier à une mère défaillante, souffrant de troubles psychiques. Elle s’est occupée de ses deux petites sœurs comme une seconde mère, les protégeant contre les vicissitudes de la société. Elle prend le suicide de Constance pour un échec personnel et s’effondre.

 

« Je savoure l'air du matin qui me griffe le visage, me comprime les poumons. Je me sens vivante une dernière fois avant de mourir. » Constance était une jeune fille discrète, effacée. Elle le sera jusqu’au bout de sa courte vie. Et de son côté, de petite dernière protégée, Lucy va se muer en responsable de famille protectrice et emmener son aînée sur le chemin d’une enquête leur permettant de comprendre le geste désespéré de Constance.

Dans cette intrigue viendront Antoine, l’ami d’enfance perdu de vue, et Marielle, 76 ans, qui a assisté au suicide, impuissante, et prend des mesures afin de ne plus se retrouver dans cette éprouvante situation. Deux beaux personnages rassurants.

 

Au final, un roman plein d’émotions. On compatit, on s’inquiète, on cherche à comprendre aux côtés de Clara et Lucy. Ce n’est pas un roman triste, mais il est tout de même bouleversant. Un récit doux sur les aléas de la vie, dont le deuil est l’une des facettes les plus tristes. La plume de Samuelle Barbier, limpide et délicate, sert formidablement bien cette histoire. A découvrir.

mercredi 28 avril 2021

Dans ma maison sous terre, Amélie De Lima (LBS Sélection, 05/2020)


 

Dans ma maison sous terre, Amélie De Lima (LBS Sélection, 05/2020)

💓💓💓💓💓

Ah, il ne fait pas bon être une fille dans l’univers d’Amélie De Lima ! Les pervers de tout âge et de toutes origines sont si souvent, trop souvent, attirés par le corps de fillettes prépubères que ça en devient malsain, pense la commissaire De Smet, son personnage principal. Et quand un village entier, Billy- Berclau, dans le Nord, décide de se taire pour protéger ses tortionnaires, c’est l’assurance d’une enquête policière jonchée de découvertes et de révélations horripilantes !

 

« Au fond de son petit cœur d'enfant, elle savait qu'elle ne survivrait pas. Elle ne se souvenait pas de la façon dont elle avait fini là- dedans. Elle ne connaissait pas non plus la raison pour laquelle on lui avait fait subir tant de souffrances et pourquoi on avait décidé de la reclure dans cette valise étriquée. »

Eté 2017, on retrouve le corps d’une fillette de huit ans dans une bouche d’égout. Elle porte autour du cou le collier de Clémence, petite fille du même âge ayant disparu en 1997. S’agit-il d’une coïncidence ? Véronique De Smet va devoir remonter le fil du temps, ouvrir de nouveau un dossier qu’elle va trouver bien incomplet et mener une double enquête. Mais elle va se retrouver très rapidement devant un mur de silence : ni les familles ni les témoins ne veulent parler…

 

« Tout ce qu'elle voulait, c'était vivre une existence normale, sans avoir à lutter contre ces chuchotements qu'elle seule pouvait percevoir. » Grâce à son obstination et à des collègues performants, Véronique va avancer pas à pas dans une sombre histoire. La psychologie complexe de certains protagonistes va semer le trouble dans le chemin qui la mènera à la vérité.

 

Au final, j’ai lu ce roman quasiment d’une traite. J’avais déjà beaucoup aimé « A fleur de bruine » (2018) de cette auteure, et ce nouveau thriller confirme son talent à monter des intrigues déroutantes. L’écriture est limpide, les mots bien choisis et la psychologie des personnages est bien élaborée, à coups de retours en arrière. Il n’y a aucun temps mort et les chapitres courts s’enchainent grâce à un suspens efficace. Mention spéciale à l’épilogue qui m’a glacé le sang !

Vivement la suite des enquêtes du commissaire De Smet !

Irish Renegades, Tome 1, Malone, Blandine P. Martin (Auto- édition, 02/2021)



Irish Renegades, Tome 1, Malone, Blandine P. Martin (Auto- édition, 02/2021)

 💚💚💚💚

 « On ne choisit pas sa famille, mais on choisit le clan auquel on appartient.

Le mien se résume à peu de personnes, mais des êtres sans qui je suis bien incapable de vivre. 

Ils sont tout ce pour quoi je me lève le matin.

Ils sont mon air, mon eau, ma raison de me battre chaque jour pour devenir meilleur. »

Malone Doherty, Irlandais d’origine, a reformé un clan aux Etats- Unis où il a émigré quelques années auparavant. Un clan qui comporte son frère Farrell, leur meilleur ami Keziah, leur mère, et la petite Hailey, sa fille de six ans.

Sauf que… « Le rêve américain, c'est rarement idyllique, en dehors des films. » Malone cumule deux jobs pour pouvoir loger et nourrir sa famille, et malgré son emploi du temps bien chargé, il peine à joindre les deux bouts. Être père isolé d’une petite fille n’est pas chose aisée et il culpabilise de ne pouvoir passer autant de temps qu’il le souhaiterait aux côtés de sa progéniture. Une série de mauvais coups du sort vont l’amener à trouver un nouvel emploi dans un bar. Il va y rencontrer une drôle de pickpocket au look de punkette, Sarah.

 « Madame fixe les limites du jeu sans concerter l'adversaire. Elle évolue dans ce bar comme une reine dans son royaume. » Les manigances de Sarah l’amusent, soir après soir. Et suite à une soirée mouvementée, ils vont devenir amis, et envisager de s’entraider, étant dans le même genre de galère financière.

 « Nous sommes des renégats. Un groupuscule de citoyens révoltés, prêts à tout pour lutter et bousculer le système en place, quitte à en passer par des méthodes peu scrupuleuses. » Sarah va intégrer le clan des Doherty, prête à tout pour mener une vie meilleure sur le territoire de l’Oncle Sam, mais aussi pour les beaux yeux de Malone…

 

Au final, c’est un roman que j’ai apprécié lire. Les personnages ont une psychologie et une histoire qui les rend attachants. L’auteure distille les éléments qui les concernent au compte- goutte, si bien que l’on a toujours envie de tourner les pages pour en savoir plus. La plume est limpide et dynamique, tout à fait dans l’air du temps et l’intrigue est plutôt bien ficelée. La fin, totalement inattendue, m’a laissée stupéfaite ! J’ai très envie d’en savoir plus et donc, de lire le tome 2, consacré cette fois à Pharrell Doherty…

vendredi 23 avril 2021

La lumière était si parfaite, Carène Ponte (Fleuve, 04/2021)



La lumière était si parfaite, Carène Ponte (Fleuve, 04/2021)

 💚💚💚💚💚

Ce matin, Megg a bien du mal à se lever. Serait- ce un petit coup de vieux alors qu’elle atteint la quarantaine ? Serait- ce un coup de déprime suite au décès brusque de sa mère six mois plus tôt ? Ou alors la fatigue, ayant deux enfants, dont elle s’occupe à temps plein du fait de son statut de mère au foyer ? A moins que ce ne soit le désintérêt de son mari, Stéphane, qui ne pense qu’à sa carrière professionnelle ? Megg a envie de pleurer, comme c’est le cas ces derniers temps, pour un rien, même suite à une pub pour la célèbre enseigne qui remplace les pare- brises fissurés. Que lui arrive-t-il donc ?

« Stéphane, lui, est déjà prêt, habillé en costume parfaitement coupé, comme chaque jour de la semaine. Il en possède une dizaine qu'il a tous achetés dans le même magasin. "A quoi bon aller ailleurs, quand on a trouvé ce qui convient", me répond- il chaque fois que je le taquine à ce sujet. Ces derniers temps, j'ai le sentiment que cette réplique est valable pour moi, comme si j'étais moi aussi une chemise sur mesure. » Vite, une journée chargée l’attend : les enfants à aller conduire puis rechercher à l’école, au sport, des papiers à signer, des courses à faire et un dîner d’affaires à préparer. Megg court dans tous les sens, sans penser une seule fois à elle, à ce dont elle a envie, ou besoin…

 

« Tu es à cran, Megg, tu ne peux pas le nier. Entre les enfants, ton mari et l'entretient de cette immense baraque, quand est- ce que tu as pris du temps pour toi pour la dernière fois ? Je veux dire, vraiment du temps pour toi ? » Le lendemain, lorsque Romy, la voisine et meilleure amie de Megg débarque, elle trouve la quadragénaire en piteux état. En lui proposant son aide pour aller débarrasser le grenier de la maison des parents de Megg, et en mettant la main sur une mystérieuse pellicule photographique, elle ignore qu’elle va entamer une démarche qui va les emmener dans un road trip jusqu’en Bulgarie !

 

« Et là, à Venise, dans cette ville que je visite pour la première fois, alors que nous nous sommes probablement perdues, je me sens vivante. Pour la première fois depuis bien longtemps, l'énergie pulse dans mes veines. Mon cœur bat la chamade, il fait si chaud que la sueur ruisselle le long de mon dos, pourtant je suis bien. » Il aura fallu à Megg quelques milliers de kilomètres pour pouvoir se retrouver, oser s’affirmer et s’autoriser un avenir qui lui plait. A un moment où le burn- out la menaçait, il était temps pour elle de reconnaître que la charge mentale qu’elle portait à elle seule pour toute sa famille était une charge de plomb sur ses frêles épaules.

 

Au final, un roman que j’ai dévoré tant la plume de Carène Ponte est addictive. Les personnages sont vraiment attachants – mention spéciale à Romy !!!!! Les événements s’enchainent avec légèreté tout en abordant des thèmes sérieux terriblement d’actualité. « Une véritable ode aux femmes » dit le bandeau ; j’approuve !

jeudi 22 avril 2021

Une fille comme les autres, Jack Ketchum (Folio policier, 2007)

 



Une fille comme les autres, Jack Ketchum (Folio policier, 2007)

💙💙💙💙💙


Stephen King a dit de ce livre : « Vous serez effrayés de tourner ces pages, mais vous ne pourrez pas vous en empêcher ». Je le rejoins totalement. Ce roman noir est terriblement malaisant et pourtant, j’ai été happée par cette lecture du début à la fin.

 « Parce que les enfants se remettent vite et réapprennent la confiance et la compassion.

Pas moi. Je n'ai pas pu. A cause de ce qui s'est passé après, de ce que j'ai fait et de ce que je n'ai pas fait. » David, devenu un adulte hanté par ce qu’il a vécu à l’adolescence, revient sur des faits qui se sont déroulés trente ans plus tôt. Alors âgé de douze ans, il rencontre la jolie Meg. Elle vient de perdre ses parents dans un accident de la route et elle se retrouve hébergée par une tante. Cette dernière, Ruth, est la voisine de David, mais aussi la mère de son meilleur ami. C’est l’été, et comme chaque année, l’occasion pour la bande d’amis et de voisins de se retrouver et de participer à un « Jeu » de leur invention. Mais l’amusement qui s’est mis en place dans la maison de Ruth, et dont Meg est l’élément principal, n’a rien de joyeux…

 « L'espace d'un instant, elle redevint une héroïne. Seule contre tous.

Mais cela ne dura pas. Parce que, brusquement, il m'apparut clairement qu'elle n'avait d'autre choix que d'encaisser, impuissante. Et de perdre. » Le caractère frondeur de la jeune Meg, plutôt que de calmer le jeu, va attiser la colère de Ruth, et la méchanceté des garçons.

 « Elle sait que la douleur ne se limite pas à la souffrance physique, à son propre corps – surpris – qui proteste contre une atteinte à sa chair.

La douleur peut venir de l'extérieur. » David va se révéler être le seul à prendre un peu de recul face à ce que ses camarades font endurer à Meg, comme s’il était le seul « bon garçon » de la bande. Mais sa culpabilité va demeurer quelque part entre ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait non plus…

 

Au final, une lecture qui m’a captivée, tout en provoquant chez moi un grand sentiment de malaise. J’ai eu le sentiment d’être dans une position de voyeurisme, attendant de voir jusqu’à quel point l’horreur trouverait son paroxysme. Certaines scènes sont à la limite du supportable ; et le pire, c’est de se dire que l’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie. Bref, âmes sensibles, s’abstenir.

mardi 20 avril 2021

A la folie, Joy Sorman (Flammarion, 02/2021)


 

A la folie, Joy Sorman (Flammarion, 02/2021)

💛💛

Joy Sorman signe ici son dixième livre. Pour en construire le contenu, elle s’est rendue chaque mercredi pendant un an dans deux unités psychiatriques française. Son projet était de dresser un état des lieux de la prise en charge dans le domaine psychiatrique dans notre pays. Son récit, sous couvert de fiction, se déroule dans un « pavillon B » créé de toutes pièces, dans lequel l’auteure nous propose de partager quelques heures d’échanges avec des soignants, mais aussi quelques patients…

 

« Des portes, des couloirs ; j'aurais bientôt la conviction de circuler dans un espace strictement délimité et organisé par ces deux éléments, qui signalent toujours l'institution, et activent une certaine anxiété. Pénétrer dans le pavillon 4B ranime confusément des images d'autres portes débouchant sur d'autres couloirs - prisons, internats, administrations en tous genres. » Le lieu est intimidant, presque sacralisé. C’est vrai que la parole du médecin est sacrée. Pourtant, Joy Sorman la rapporte rarement, préférant récolter les témoignages du personnel en contact direct et quotidien avec les malades, ceux- là même que l’on qualifie de « fous ».

 

« L'inventaire forme avec le pyjama un redoutable diptyque, les deux faces de l'intronisation psychiatrique, un rite de renoncement et de soumission. » Là, le lecteur ne peut que sentir un nœud coulant se resserrer autour de son cou si jamais il pensait s’identifier à l’un des patients témoignant ici. Certains témoignages sont édifiants. Et les propositions susceptibles d’apporter une guérison le sont tout autant...

 

« L'esprit entraîne le corps dans sa chute, l'angoisse ralentit la course du sang dans les veines, le désamour de soi atteint les deux ventricules du cœur et tout leur être s'affaiblit. » Au final, on ressort comme « essoré » de cette lecture, comme « rassuré » de ne pas être soi- même interné dans ce pavillon 4B. Mais en même temps, j’ai eu l’impression de lire un témoignage trop désincarné, peut- être même trop « clinique ». L’auteure nous explique l’histoire de la psychiatrie en France, le DSM, Pinel et la loi de 2005. Elle nous confie les témoignages de soignants et de patients rencontrés durant cette année d’étude. Mais jamais elle ne montre d’empathie, ni ne fait part de ses impressions, de ses sentiments. Et personnellement, c’est ce qui m’a manqué pour apprécier ce livre.

dimanche 18 avril 2021

L’Ancestral, Greg Hocfell (Elixyria, 03/2021)

 


L’Ancestral, Greg Hocfell (Elixyria, 03/2021)

💓💓💓💓 

La couverture de « L’Ancestral » vous immerge immédiatement dans une ambiance horrifique : deux mains aux ongles pourpres et acérés, une tête de mort aux yeux flamboyants, un rat trapu sur un plancher. Vous retournez le livre et là, apparaît une étoile à cinq branches tracée dans un cercle, le tout de couleur rouge sang. Vous l’aurez deviné, Greg Hocfell va vous entraîner sur des terres démoniaques…

 

« Claude entendit le poste de radio de sa fille saturer sur Slipknot. Tout à l'heure, ce serait au tour de Muse. A son âge, son père avait écouté du Metallica, du Sepultura, oh il en écoutait encore - ces "bands" n'étaient pas six pieds sous terre, ils avaient leur mot à dire et à hurler, mais voilà, les temps changeaient, et les sons aussi. Et les mœurs, ouch... » L’ambiance horrifique s’installe, entre chants lugubres de métalleux et odeurs de souffre. Claude, notre personnage principal, vit avec sa fille de vingt ans, Daphné, suite au décès de son épouse. Son métier de chef de projet lui permet de vivre confortablement dans une jolie petite maison située dans un quartier résidentiel. Sa vie intime semble inexistante, et centrée uniquement vers sa fille adorée, encore étudiante.

« Daphné avait glissé une barrette- araignée cinabre dans ses mèches pour les plaquer sur le faîte de sa chevelure, elle était prête à faire des ravages dans les cœurs, elle ne le savait que trop bien. Elle nouait ses bottes à semelles compensées sur le tapis de l'entrée. Rien ne pourrait plus l'empêcher de sortir. » Est-elle influencée par les goûts musicaux de son papa ? Daphné détonne ; elle possède tout l’apanage de la fille « gothique » dans lequel le noir se mêle au rouge sang dans ses tenues et sa vie contient une bonne dose de « sex, drug and rock’n’roll » !

 

C’est dans ce microcosme baigné de solitude et de noirceur que des événements glauques vont apparaître : traces sur les murs, cauchemars violents et sanglants, interférences paranormales… Claude bascule. « Sa fille devait penser qu'il avait replongé, lui en était à peu près sûr, et pas dans un simple cocktail, mais dans une piscine, pleine à ras bord d'un liquide hautement inflammable, autour de laquelle Monsieur et Madame Déprime, ainsi que tous leurs enfants, venaient de gratter une allumette... » Daphné va basculer avec lui.

 

Au final, un roman court qui se lit d’une traite, sous tension. On hésite à trouver une explication entre phénomènes hallucinatoires et interventions diaboliques. L’auteur instaure un suspens qui se maintient jusqu’à l’épilogue. Sa plume envolée et poétique nous permet de frôler les errances des personnages, leurs interrogations. J’ai beaucoup aimé même si j’avoue que j’aurais aimé en savoir plus, que ce soit sur le passé de Claude ou l’origine des troubles qui vont perturber sa vie. Une suite ! Une suite ! Une suite !

samedi 17 avril 2021

La librairie de la seconde chance, Jackie Fraser (Prisma, 03/2021)


 

La librairie de la seconde chance, Jackie Fraser (Prisma, 03/2021)

💙💙💙💙💙

Vous aimez les livres et vous avez envie de vous évader ? Ou alors de choisir une lecture de vacances, ou de week-end prolongé, qui vous permettra de vous vider la tête ? « La librairie de la seconde chance » est un roman pour vous ! Cap sur l’Ecosse !

 

"Et à ma petite- nièce Althea Lucy Mottram née Hamilton... blablabla... que je n'ai rencontrée qu'en quatre occasions, mais qui chaque fois était plus portée sur la lecture que sur la conversation, comme je l'ai toujours été moi- même." Nom d'un chien. Et ma mère, qui me disait que rien de bon n'en sortirait ! » Théa Mottram, la quarantaine, se retrouve au bord du gouffre après que son mari l’a quittée pour l’une de ses meilleures amies et que son patron l’a brutalement licenciée. Elle se sent trahie, salie, et sans plus aucun avenir. Alors ce courrier qui lui arrive, lui annonçant qu’elle hérite d’une maison en Ecosse de la part d’un grand- oncle amoureux des livres qu’elle connait à peine, est en quelque sorte une bouffée d’air frais, une sortie possible, pour cette grande émotive.

 

« Comme beaucoup de gens de la classe moyenne inférieure issus de la classe ouvrière, j'ai une réaction complexe devant les gens de la haute. Intriguée et rebutée. Horrifiée mais fascinée. Imaginez, connaître le nom de vos ancêtres jusqu'au XVIIIe siècle ! Imaginez si lesdits ancêtres savaient lire et écrire depuis cinq cents ans ! » Théa quitte donc le Sussex pour aller visiter cette maison dans la petite ville de Baldochrie, proche de la mer. Elle qui pensait la vendre s’y sent bien et s’y installe instantanément ; même si la « Loge Ouest » fait partie d’un domaine appartenant à un certain Lord Maltravers qui aimerait bien la lui racheter pour reconstituer l’intégralité de son patrimoine immobilier. Théa est certes impressionnée par l’entourage mondain du Lord, mais est- ce une raison pour fuir ?

 

« Mes orteils s'enfoncent dans le sable, mes oreilles s'emplissent du bruit des vagues, et à nouveau je prends conscience d'un instant précis de bonheur. » Théa revient à la vie, redécouvre des plaisirs inédits, en vivant loin de ceux qui appartenaient à sa « vie d’avant ». Elle se fait des amis et trouve même un emploi auprès du frère de Lord Maltravers, Edward, un quadragénaire grincheux qui tient la librairie du patelin.

 

Théa pourra-t-elle se reconstruire au fil des mois, des rencontres, de son ancrage en Ecosse ? Y trouvera-t-elle un équilibre, un nouveau départ amoureux, un nouvel avenir professionnel et social ? Je ne dirai rien ; excepté de vous conseiller de lire ce roman qui est particulièrement intelligent, qui vous fera avoir la larme à l’œil mais aussi vous faire sourire, et qui vous permettra de voir la vie sous un jour plus optimiste… Et en ce moment, ce que ça fait du bien !

lundi 12 avril 2021

Beignets d’ananas au rhum, Jo Ann Von Haff (MxM Bookmark, 08/2020)



Beignets d’ananas au rhum, Jo Ann Von Haff (MxM Bookmark, 08/2020)

💜💜💜💜


« Parce que la vie amoureuse et sexuelle d'une femme ne s'arrête pas à 29 ans et demi.
Parce que la beauté d'une femme ne se flétrit pas aux premiers cheveux blancs.
Parce que les rêves d'une femme ne s'arrêtent pas à la ménopause. »
Le prologue de ce roman annonce immédiatement la couleur : point de bluette délurée entre post- adolescents ici, non, on discute amour mâture. Enfin, pas vraiment. Ici, la romance qui va vous être racontée défie les clichés habituels encore profondément ancrés dans notre société actuelle : la dulcinée a en effet l’âge d’être la mère de son bien aimé…

 

« J'aime animer les ateliers et déjeuner avec mes apprentis à la fin de la séance. Quand j'organise des dîners à domicile, je fais en sorte d'intégrer les convives à la préparation. Pour moi, la cuisine se partage, il s'agit de convivialité, de créer des souvenirs. » Marie- Danièle Mebarak (surnommée « Dan ») est une cheffe de cuisine célèbre qui anime des ateliers réputés. Cette quinquagénaire dynamique est séduisante et profite de son charme pour collectionner les amants, refusant de s’engager dans une relation stable depuis un divorce douloureux. C’est une femme créative, qui fonctionne à l’instinct, aussi bien dans sa vie que dans sa cuisine. L’organisation n’est pas son fort. Et quand un éditeur lui propose un contrat pour la publication d’un livre de recettes, Dan panique.

 

« Trois mois que Maya s'était réveillée orpheline, avec pour tuteur un grand frère de vingt- six ans qui n'avait aucune idée de comment vivaient les gamines de cinq.
Trois mois que Patrice avait dû étouffer sa propre peine pour gérer celle de sa petite sœur, qu'il avait dû passer outre son deuil pour que Maya devienne sa seule inquiétude. »

Patrice, Martiniquais de deux mètres ne passe pas inaperçu, et pourtant, c’est un jeune homme effacé, anéanti par la peine et les responsabilités qui lui sont tombées sur les épaules depuis le décès accidentel de ses parents. Son emploi de vigile de nuit ne s’avère plus compatible avec la gestion d’une enfant de cinq ans. Ainsi, quand une amie, Nathalie, lui propose de passer un entretien pour devenir l’assistant d’une cheffe de cuisine, il accepte volontiers ; ne serait- ce que pour enfin travailler de jour.

 

Evidemment, il ne s’attendait pas à rencontrer une femme d’âge mûr aussi séduisante. Il ne pensait pas non plus pouvoir apprécier un travail de bureau. L’attirance entre Patrice et Dan se fait, jour après jour, de plus en plus forte. Mais comment assumer une histoire d’amour qui bousculerait tous les clichés tout en s’acquittant de responsabilités familiales ?

Au final, un roman que j’ai beaucoup aimé. Il traite avec intelligence et pudeur de tous ces stéréotypes que la société nous impose, mais aussi des difficultés et sensibilités liées à la période de deuil et à la responsabilité de l’aîné. Une histoire prenante, qui met en scène des personnages attachants, sous une plume intelligente et douce. Un roman – doudou ! 

samedi 10 avril 2021

Blanc d'os, Ronald Malfi (Seuil, 02/2021)


 

Blanc d'os, Ronald Malfi (Seuil, 02/2021)

💙💙💙💙


 La couverture de ce thriller est perturbante : que veut dire ce titre et pourquoi nous montre-t-on des traces de pas dans la neige ? Le « Blanc d’os », en fait, est une légende, celle d’un démon qui prendrait possession des hommes dans les bois encerclant la petite ville de Dread’s Hand (« la main d’effroi » en français), en Alaska. Cette commune est totalement isolée, inaccessible l’hiver à cause de la neige, et depuis que la mine qui y générait de l’emploi a été fermée, le patelin n’apparaît même plus sur les cartes. Danny Gallo y a disparu un an auparavant, laissant son frère jumeau, Paul, inconsolable.

 

« Un nouveau texte vint se substituer au précédent. Paul sentit des doigts glacés courir le long de son échine. "UN HABITANT D'UN VILLAGE ISOLE EN ALASKA Soupçonné DE PLUSIEURS MEURTRES".
Paul entendait son battement cardiaque se répercuter dans ses oreilles. »
Alors qu’un charnier est découvert à Dread’s Hand, Paul est saisi : et si son frère faisait partie des victimes ? Ni une, ni deux, il prend un congé et se rend sur place, dans l’espoir de savoir, enfin, ce qu’il a bien pu arriver à son frère.


« Elle prétendait qu'une présence maléfique hantait la forêt, que le village lui- même était maudit. Selon elle, certains sites s'apparentaient à des tâches sombres, des hématomes sur la carte des Etats- Unis. Dread's Hand en faisait partie. » Une fois sur place, Paul se retrouve face à un silence pesant de la part des habitants. Personne ne veut l’aider et il est même victime d’hostilités manifestes. On le pousse à partir. Mais Paul ne l’entendra pas de cette oreille. Il a besoin de savoir et de confronter ses propres croyances (et son « manikura ») aux légendes locales.

 

« Les lieux sont maudits. Tous ceux qui se rendent sur place sont la proie du désastre. Ils se perdent. Spirituellement, j'entends. » Le thriller va peu à peu glisser dans l’univers du fantastique, entraînant le lecteur dans une attente prenante quant à l’issue de l’intrigue ; appartiendra-t-elle au monde réel ou à l’univers onirique ?

 

Au final, un récit qui m’a captivée par son ambiance, du fait du glissement progressif de l’enquête menée par Paul, mais aussi celle dirigée par Jill Rearson pour la Police, de la cruauté humaine à des légendes de meurtres sacrificiels. L’intrigue est efficace. Un auteur à suivre !

jeudi 8 avril 2021

Kérozène, Adeline Dieudonné (L'Iconoclaste, 04/2021)



Kérozène, Adeline Dieudonné (L'Iconoclaste, 04/2021)

💙💙💙💙

 Bienvenue dans l’antre de l’imaginaire glauque d’Adeline Dieudonné. Après nous avoir entrainés dans l’univers terriblement (insupportablement) violent de la gamine de « La vraie vie », l’auteure nous dépose sur une aire d’autoroute lambda, quelque part dans les Ardennes françaises, au milieu d’âmes esseulées et des effluves de gasoil.

 

Douze personnes sont présentes à l’instant T ; comme si l’auteure avait pris une photographie. Douze personnes mais aussi un cheval, et un cadavre caché dans le coffre de l’un des véhicules stationnés là. Quatorze profils différents, à qui l’auteure a donné la parole. Des histoires de personnages qui seront agencées comme un recueil de nouvelles, mais aussi comme le panorama de notre société actuelle avec un gros doigt pointé vers ses défaillances : avec, entre autres, le malaise de l’épouse parfaite, celui de la mannequin psychologiquement perturbée par les dauphins, la prof de pool dance qui ne supporte plus les hommes faibles, le gynécologue à qui la femme a refilé la chaude- pisse et l’esclave asiatique exploitée en France en tant que nounou pour espérer donner un avenir à ses propres enfants qui eux, l’ont déjà oubliée ; « Alika se demande quel est ce monde tordu qui lui impose un choix aussi merdeux. Ça n'est pas une surprise, les signes qui démontrent la faillite de l'aventure humaine ne manquent pas. »

 

Au final, des portraits décapants, cyniques, qui, parfois, font sourire, mais qui, souvent, laissent amer. Le portrait du petit cheval Red Apple m’a retourné le cœur. Ce que nous raconte Adeline Dieudonné semble tellement vrai. La fiction n’est plus de mise. Elle flirte collé- serré avec la réalité. J’ai pourtant lu ce roman avec avidité, tant j’aime le style percutant de cette auteure, mais j’ai beaucoup moins aimé le format, plus proche du recueil de nouvelles, qui m’a empêchée de m’attacher aux personnages, comme cela avait été le cas dans « La vraie vie ». Après, j’intègre totalement le fait qu’un auteur ne peut pas répéter la même recette de son succès d’une publication à l’autre. Quoi qu’il en soit, je serai au rendez- vous pour la prochaine publication d’Adeline Dieudonné !

vendredi 2 avril 2021

Contrôle: Deux mondes différents, Audrey Jousserand (Encre Rouge, 01/2021)


 

Contrôle: Deux mondes différents, Audrey Jousserand (Encre Rouge, 01/2021)

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Quelle lycéenne passionnée d’écriture n’a jamais eu envie de voir ses écrits publiés ? Entre le rêve et la réalité, à cet âge-là, il y a un pas de géant à réaliser. Audrey Jousserand a eu le cran de le faire. Cette lycéenne habite ma ville et je me suis donc précipitée pour la rencontrer lors d’une séance de dédicaces, avide de découvrir sa jeune plume !

 

Nous voici donc aux côtés de Mia Young, une lycéenne d’origine coréenne qui vit aux Etats- Unis avec son père, suite au divorce de ses parents. Triste d’avoir quitté son pays d’origine où a dû rester sa mère et où vivent ses amis, elle tente de se créer de nouveaux contacts dans le lycée de Chicago où elle entre en Terminale. « Dès notre première rencontre, il a changé ma vie. Il a brisé ma carapace, il a découvert la fille que j'étais. » Mia tombe aussitôt sous le charme de Tyler Scott, le « bad- boy » de son nouveau groupe d’amis.

 

Mais voilà que quelques jours après la rentrée scolaire, la maison de Mia prend feu. Elle se retrouve réfugiée avec son père chez des amis de celui-ci. Et là, la jeune fille va découvrir avec stupeur que le fils de ce couple n’est autre que… Tyler ! Difficile de ne pas craquer face au beau jeune homme qu’elle croise chaque matin au petit- déjeuner ! « Ce garçon n'arrête pas de me faire tourner en rond et de se moquer de moi, mais bien sûr, trop aveugle pour m'en apercevoir, je suis tombée dans ses bras. »  

 

Au final, je me suis prise au jeu de l’histoire. Audrey Jousserand propose une romance originale, avec une héroïne troublée par les émotions fluctuantes de l’adolescence tout en étant déchirée par une situation familiale complexe. Mais mon plaisir a été terriblement gâché par l’absence totale de travail éditorial sur ce texte ! Que d’incohérences, de répétitions, de fautes de grammaires ou de lexique (grrr, cette confusion récurrente entre les verbes « attendre » et « entendre » !). Je doute fort que ce texte ait été relu par le personnel de cette maison d’édition (à compte d’auteur, je viens de vérifier, et là, tout s’explique, hélas…). J’ai failli refermer ce livre plus d’une fois, agacée par cet ensemble de fautes qui m’a donné l’impression que le texte a été publié tel qu’il a été frappé ! Il y a par ailleurs un gros manque de narration et de précisions spatio-temporelles.

 La faute n’en revient pas à cette jeune plume prometteuse qui doit absolument continuer à exploiter son don de raconter de belles histoires mais qui doit absolument trouver des personnes plus sérieuses et expérimentées pour l’accompagner dans le monde de l’édition.

mercredi 31 mars 2021

Le vallon des lucioles, Isla Morley (Seuil, 03/2021)



Le vallon des lucioles, Isla Morley (Seuil, 03/2021)

💓💓💓💓💓 

Ah, mais ce roman, quelle beauté ! C’est un véritable hymne à l’amour inconditionnel et à la nature bienveillante qui nous entoure ! Cela fait un petit moment que je n’avais pas été bouleversée par une histoire ; et le fait que cette fiction s’inspire de faits réels lui donne une dimension encore plus émouvante !

Tout commence avec une mission, portée par Clay Havens, photographe, et Ulys Massey, journaliste, envoyés dans le cadre du New Deal pour réaliser un reportage sur les paysans pauvres de l’Amérique des années 30 demeurant dans un coin reculé des Appalaches. Ces deux- là ont besoin de se refaire un nom et ils se sentent prêts à tout pour parvenir à obtenir un scoop. « Selon son patron, Pomeroy, Havens doit saisir la nature sauvage et inébranlable de ceux qui vivent en montagne, qu'elle soit réelle ou non, et montrer leur souffrance afin de susciter la compassion de l'opinion publique et faire voter chacun du bon côté. »

A peine arrivés dans le bourg de Chance, ils sont rapidement mis au fait : une famille vit à l’écart du fait de la couleur bleue de certains de ses membres. Mais si Massey sent la fortune lui sourire, Havens, lui, développe un autre point de vue : « Un esprit anti- Bleus se transmet à un enfant tout autant qu'un nez crochu ou que la bosse des maths, et Ronny a reçu une double dose. »  Et quand notre photographe rencontre Jubilee, la fille de cette famille, les Buford, le coup de foudre est immédiat. Mais alors, un dilemme cornélien surgit : peut- il publier ses photos, leur article pour dénoncer le racisme dont sont victimes les Buford, ou faut- il continuer à les préserver, au risque de voir le scoop leur passer sous le nez et de voir intervenir des journalistes moins délicats qu’eux ?

« Ce que l'on n'explique jamais au sujet des trains, c'est que, quelle que soit leur destination, la personne qui monte à bord n'est plus la même que celle qui en descend. » Havens et Jubilee, après bien des déboires, vont prendre chacun un train qui les mènera vers un avenir distinct, douloureux, et néanmoins, déterminant… Pourront- ils se retrouver un jour ?

Au final, j’ai été très émue, chamboulée, ébranlée par ce roman inspiré par un fait médical qui a autrefois existé. L’amour de la nature, l’acceptation de la différence et l’ode à l’amour véritable qui se dégagent de ce récit intelligent et poétique sont devenus si rares qu’il serait dommage de vous en priver… Personnellement, je n’oublierai pas Jubilee de sitôt. Impossible…

 

Un dernier extrait, une merveilleuse métaphore de l’acte d’amour, si beau pour vous convaincre, encore : « C'est ainsi que la forêt pousse lorsque personne ne regarde. D'épaisses racines s'entremêlent, les plantes grimpantes s'enchevêtrent et s'accrochent aux branches, l'écorce frémit lorsque la mousse s'éclipse, se détricote d'un coup, et l'arbre frissonne - et pendant ce temps le sol s'assouplit, se cambre, et la rivière, autrefois retenue par un barrage, surgit plus bas, dans le lit du ruisseau qui l'attendait. »

lundi 29 mars 2021

Dette de sang, tome 1 : Un paquet d’os et d’or, Hailey Turner (MxM Bookmark, 03/2019)


 

Dette de sang, tome 1 : Un paquet d’os et d’or, Hailey Turner (MxM Bookmark, 03/2019)

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 Le premier tome de cette saga met en place les éléments qui permettrons à Patrick Collins, le personnage principal, d’évoluer face aux divers obstacles que va lui opposer la secte de Dominion. Alors qu’il était prêt à prendre un avion pour rejoindre les plages de Maui, le voilà réassigné de toute urgence sur une affaire de meurtre surnaturel à New- York. Un corps a été retrouvé à moitié dévoré et la Police compte sur cet l’Agence des Opérations Surnaturelles, dont fait partie Patrick, pour résoudre rapidement cette affaire et surtout, arrêter le coupable.

 

« La magie noire était interdite pour bien des raisons, une des premières étant que la plupart des victimes finissaient raides mortes. Patrick en savait quelque chose. Il avait survécu à une attaque préméditée et portait toujours les cicatrices - physiques, mentales et magiques - du jour où, enfant, un démon avait presque réussi à lui arracher le cœur. » Patrick est un ancien soldat, une tête brûlée qui n’en fait plus qu’à sa tête. Mais face aux démons récalcitrants, il est d’une efficacité sans faille. Son sarcasme en fait un personnage sympathique, voire attachant.

 

Malheureusement, avec moi, ça n’a pas marché. J’ai eu du mal à trouver de quoi donner une consistance au personnage de Patrick, et l’univers dans lequel il évolue est bien trop confus pour moi : entre les métamorphes, les mages, les démons, les dieux de l’Olympe et les oracles nordiques, je me suis totalement perdue ! Force est de constater que je ne suis pas faite du tout pour ce genre de fantasy, ou qu’il faut que je me familiarise avec le genre de personnages et les rituels qu’on y rencontre, avant de me lancer de nouveau dans ce genre de lecture !

Le Cid en 4e B, Véropée (La Boîte à bulles, 05/2019)



 Le Cid en 4e B, Véropée (La Boîte à bulles, 05/2019)

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Ce que j’ai ri en lisant cette bande dessinée !!! Etant moi-même professeur de français en train de faire lire et étudier « Le Cid » de Corneille à mes classes de 4e, je ne pouvais que m’identifier dans cette situation et revivre en bulles des scènes de classe vécues !

 

« Allez, on se dépêche de s'installer, dans le calme. Aujourd'hui, on commence un chapitre sur le théâtre, on va travailler "Le Cid".
- On va encore faire Molière ?
- J'ai toujours confondu Molière avec les dents du fond.
- Le Cid, ça a rapport avec le sida ?
- Le cidre !
- ça va parler de "l'Âge de glace" ?

Le théâtre du XVIIe siècle est au programme de nos collégiens du XXIe siècle ; aberration ou souci de référence culturelle ? Sempiternel débat ! Quoi qu’il en soit, donner envie aux élèves d’aujourd’hui, de se frotter aux vers d’auteurs classiques comme Corneille, c’est toujours une sacrée paire de manches !

 

Cette bande dessinée montre que malgré toutes les craintes que l’on peut opposer à l’étude de ce genre de classiques, il suffit d’un enseignant motivé et tolérant, capable d’adapter son enseignement de façon à le rendre accessible à ses élèves, pour que ceux- ci puissent de rendre compte que les valeurs qui se confrontent dans l’histoire d’amour de Rodrigue et Chimène sont toujours d’actualité. Et que les 400 années qui nous séparent nous paraissent, d’un coup, insignifiantes.

 

Au final, des éclats de rire, de l’attendrissement, et une grande envie de partager cette bande dessinée avec ma propre 4eB !!!

samedi 27 mars 2021

Malédiction, Tome 1 - Les larmes d'Azraël, Cécilia Armand (Elixyria, 08/2020)



Malédiction, Tome 1 - Les larmes d'Azraël, Cécilia Armand (Elixyria, 08/2020)

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Je suis toujours frileuse face aux romans dont l’intrigue s’ancre dans les mythes de la Création. Le Paradis et l’Enfer ont été, à mon goût, déjà trop souvent le théâtre d’histoires bien trop rocambolesques, et je n’aime pas que ce que l’on m’a raconté, durant de longues heures de catéchisme, puis d’études littéraires, soit trop facilement dénaturé à coup d’anges défroqués et de démons lubriques. Heureusement, la saga « Malédiction » ne nous emmène pas dans ces détournements extrêmes !

« Mon peuple a l'interdiction de tomber amoureux des humains, sous peine d'en subir les conséquences. J'ai été égoïste et impétueux de penser que cela serait différent pour moi ». Azraël est un ange de grande valeur au Paradis : c’est celui qui donne le Baiser de la Mort, celui qui permet à l’âme du défunt de s’évader de son enveloppe terrestre pour être jugée et rejoindre, selon la sagesse de la vie qu’il a menée, soit le Paradis, soit l’Enfer. Mais voilà que pour la deuxième fois de sa perpétuelle existence, Azraël tombe amoureux d’une humaine, prénommée Rosalie (et surnommée Rose).

« Dès que mes lèvres se posent sur les siennes, tout signe de vie s'envole de son corps. Je suis parcouru d'un frisson quand son âme me traverse pour rejoindre son dernier royaume. La pluie inonde mon visage, je lève les yeux au ciel, amer, pour constater que l'averse a cessé. Je porte ma main à ma joue. Pour la première fois, la Mort verse des larmes de fer sur l'amour. » Désillusionné par sa première expérience, Azraël veut dans un premier temps tout faire pour ne pas s’attacher à Rose… Mais trop tard, le (M)al est fait…

« Quand on dit que l'amour rend aveugle, c'est vrai. Je suis tellement obnubilé par mes sentiments que je ne remarque même pas ce qu'il se passe sous mon nez. Lucifer doit bien rire de moi. » Dès qu’Azraël s’immisce dans la vie de la jeune fille, l’univers de Rosalie va être profondément bouleversé. Même son meilleur ami, Tristan, ne sera pas épargné. Des secrets liés au passé vont resurgir et pousser le joli couple de plus en plus près du portail des Enfers. Là où les attend, avec impatience, un Lucifer avide de vengeance.

 

Au final, j’ai beaucoup aimé l’univers proposé par Cécilia Armand. Les heures de recherches documentaires sur les mythes, les croyances et la lithothérapie sont bien palpables et elles n’alourdissent en rien le récit ; ce qui est remarquable – et appréciable ; j’adore apprendre en lisant ! L’intrigue tient la route, et les éléments qu’elle ne délivre qu’au compte- gouttes permettent de distiller un certain suspens. Quelques passages sont moins dynamiques que d’autres mais dans l’ensemble, j’ai eu du mal à poser le livre tant je me suis laissée embarquer par l’histoire. Maintenant, j’ai hâte de lire les tomes 2 et 3 !

jeudi 25 mars 2021

Missouri 1627 =>, Jenni Hendricks & Ted Caplan (Bayard, 02/2021)


 

Missouri 1627 =>,  Jenni Hendricks & Ted Caplan (Bayard, 02/2021)

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En lisant la page des remerciements, j’ai découvert que les auteurs de ce road-trip adolescent avaient pour but d’écrire « un livre drôle sur l’avortement », et je me suis dit qu’ils avaient effectivement bien atteint leur objectif ! Néanmoins si j’ai ri à plusieurs reprises, je dois avouer que j’ai failli tout de même verser une larmichette à deux ou trois reprises…

 

 « J'ai une moyenne de 18/20, je suis membre de la National Honor Society qui distingue les meilleurs élèves, et j'ai été admise à Brown University. Je suis quand même capable de pisser sur un bâton. » Veronica Clarke est la star de son lycée de Columbia ; cette élève brillante et populaire est promise à un bel avenir. Le couple qu’elle forme avec Kevin Decuziac, le joueur star de l’équipe de foot de l’établissement, fait fantasmer toutes les filles. Mais voilà ; malgré le port de sa bague de virginité qui n’est là que pour tromper les apparences, Veronica a « fauté » plus d’une fois avec son beau blond. Et malgré les précautions prises, la réalité, sous la forme de deux petites bandelettes roses, va faire s’écrouler son joli petit univers et remettre en question ses projets d’avenir.

 

Heureusement pour elle, la fin de l’année scolaire approche, et comme les années précédentes, Veronica a prévu d’aller passer un week-end de révisions avec ses trois meilleures amies, Kaylee, Jocelyn et Emily, dans une cabane à l’extérieur de la ville. C’est surtout l’occasion pour elles de se passer en boucle les films de Ryan Gosling et de se goinfrer de bonbons. Mais cette fois, Veronica leur fera faux bond : elle doit aller se faire avorter. Seule. « Ce sont mes meilleures amies, mais pas le genre de personnes à qui je peux parler ouvertement. Notre amitié s'est construite sur des succès, et non sur des échecs. »

 

Kevin n’étant pas fiable non plus, Veronica devra se fier à la seule personne capable de la comprendre et de l’aider : Bailey Butler, son ex- meilleure amie, à qui elle avait jadis tourné le dos. Et avec qui elle va donc devoir parcourir plus de 1600 kilomètres pour se rendre dans le centre d’avortement le plus proche dans lequel une mineure est acceptée, à Albuquerque, dans le Missouri…

 

Au final, un road trip plus qu’émouvant, qui s’appuie sur le thème de l’avortement mais qui révèle un sujet plus profond : la quête de sa véritable identité à l’adolescence. Veronica et Bailey auront appris beaucoup sur elles- mêmes lors de ce long voyage. Le lecteur, lui, aura ri et pleuré avec elles, mais aura aussi réfléchi à ce fameux culte des apparences, entretenu encore et toujours par les réseaux sociaux qui pervertissent si facilement la jeunesse actuelle. A lire et à faire lire !

mercredi 24 mars 2021

Une arête dans la gorge, Christophe Royer (Taurnada, 03/2021)



Une arête dans la gorge, Christophe Royer (Taurnada, 03/2021)

💓💓💓💓  

J’ai retrouvé avec grand plaisir Nathalie Lesage, capitaine de police, promue commandant à la fin du premier tome de ses enquêtes, Lésions intimes ; et mutée à la brigade de Lyon selon ses propres désirs. En quittant Paris, elle quitte la brigade de la répression du proxénétisme pour rejoindre celle des affaires criminelles. Nathalie est une femme d’action, de terrain. Elle est efficace. Elle arrive pourtant comme un cheveu sur la soupe dans sa nouvelle équipe, pilotée par une femme commissaire qui n’a pas l’attention de faire le moindre effort pour accueillir avec bienveillance celle qu’elle considère d’emblée comme une rivale.

 Cependant, dès son arrivée, de mystérieux crimes vont avoir lieu dans la capitale des Gaules. « Derrière ces deux meurtres, Nathalie percevait clairement une violence destructrice que rien ne pouvait arrêter. » La jeune femme et son adjoint, Cyrille, vont rapidement trouver des concordances entre les deux premiers crimes particulièrement violents ; ainsi qu’un lien certain avec l’univers secret et légendaire de la Franc- Maçonnerie…

Mais malgré les efforts et les entorses aux règles judiciaires, Nathalie et son équipe ne parviennent pas à faire cesser les meurtres. Elle va alors se lier avec un mystérieux informateur, prénommé Raphaël, qui va lui enseigner les mystères de la ville de Lyon, de ses légendes et de ses souterrains. Mais seul un esprit détraqué pourra la mettre sur la bonne voie… « Comme une mauvaise mélasse collante, tout se mélangeait dans son esprit : le passé, le présent, les raisons de sa colère. »

 

La plume de Christophe Royer m’a de nouveau entraînée dans un thriller haletant, rondement mené et à l’intrigue inscrite dans l’histoire de l’Art et du patrimoine lyonnais. Les habitants de cette ville devraient prendre un plaisir immense à lire ce récit ! De mon côté, j’ai très envie de découvrir les traboules, bouchons, et ce fameux quartier de la Croix- Rousse ! Mais je resterais sur mes gardes !!!

 

Au final, un roman qui se visualise vraiment bien mentalement à la lecture grâce à l’écriture cinématographique de l’auteur. La plume est enlevée et on sent les recherches documentaires préparatoires au récit. J’aime avoir l’esprit titillé par des questions ésotériques comme ce fut le cas ici. Par contre, j’avoue avoir préféré « l’énergie » de la précédente enquête !

vendredi 19 mars 2021

Les espionnes racontent, Chloé Aerberhardt et Aurélie Pollet (Arte éditions, 01/2021)



 Les espionnes racontent, Chloé Aerberhardt et Aurélie Pollet (Arte éditions, 01/2021)

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C’est une lecture vraiment plaisante que ce documentaire réalisé sous la forme d’un roman graphique ! Les illustrations d’Aurélie Pollet, en couleurs et noirs et blancs, sont magnifiques ! La journaliste Chloé Aeberhardt nous narre ici son enquête concernant les femmes ayant joué le rôle d’espionnes. Elles sont ici au nombre de six : Geneviève, Martha, Jonna, Gabriele, Ludmila et Yola…

 

« Aujourd'hui, moins d'un tiers des fonctionnaires de la DGSE sont des femmes, le plus souvent cantonnées à des postes administratifs de catégories B ou C. Une sous- représentation regrettable, soupire Edmond en sirotant son Earl Grey, car "d'ordinaire, dans le renseignement comme dans la vie, les femmes ont plus d'intuition que les hommes." C’est ce triste constat qui a donné à la journaliste envie d’en savoir plus sur ces femmes qui ont réussi à aller au- delà d’un simple rôle de secrétaire et ont risqué leur vie en voulant aller, comme les hommes, sur le terrain.

 

« Comment expliquer, s'il existe des professionnelles surpassant leurs collègues masculins, que l'imaginaire collectif continue de les associer à des James Bond girls juste bonnes à coucher ? » Geneviève, Martha, Jonna, Gabriele, Ludmila et Yola n’ont vraiment pas le profil de James Bond girls. Certaines d’entre elles sont même mères de famille. Leurs motivations, elles, sont différentes, entre un patriotisme exacerbé pour Gabriele, le souhait de suivre son mari dans la Police pour Geneviève, ou l’envie de vivre des aventures comme Yola…

J’ai aimé apprendre, à la fin du livre, ce qu’elles étaient devenues après avoir pris leur « retraite » du monde de l’espionnage !rtfgfv

 

Au final, un livre qui se lit avec intérêt, qui se révèle dépaysant grâce aux illustrations magnifiques et qui fourmille d’anecdotes instructives : « Il a fixé le rendez- vous à "dix- sept heures, moins deux, plus trois". Je m'étonne de cette précision horlogère. "Elle nous vient des Russes", m'éclaire- t- il. "Si le contact n'apparaissait pas sur zone entre deux minutes avant, et trois minutes après l'heure convenue, l'entrevue était reportée". Un très bon moment de lecture !