samedi 27 février 2021

Le Lion et le Corbeau, (MxM Bookmark, RB, 2018)

 


Le Lion et le Corbeau, (MxM Bookmark, RB, 2018)

💜💜💜💜💜 

J’ai été attirée par ce titre me rappelant les Fables de La Fontaine et j’ai pris énormément de plaisir à lire cette romance MM située dans l’Angleterre du XIVe siècle ! Que d’intrigues, de questionnements et de rebondissements ! Et quel plaisir de lire des phrases qui vous emportent directement au Moyen Âge grâce au lexique et à la syntaxe utilisés !

 

Angleterre, l’an 1300, Sir William Corbett, grand et puissant guerrier, surnommé Le Lion, vient participer aux joutes organisées par le Seigneur Brandon pour se faire remarquer : il souhaite avant tout plaider la détresse de sa sœur, Elaine, mariée à un véritable tyran domestique qui la bat à tout va. Et il a besoin de chevaliers pour le seconder dans sa mission.

Mais son regard va croiser celui du cadet des Brandon, Christian : « Ce jeune chevalier était pour sûr un plaisir de ces dames. Il avait une beauté que William n'avait jamais contemplée chez aucun homme. Et à dire vrai, chez aucune femme non plus. »

 

L’attirance, immédiate, se révèle réciproque. Et Christian va proposer son aide à William, bravant les décisions de son propre père. Le Lion ne pourra alors pas la refuser. « Dès que Christian avait obtenu ses éperons, il était devenu chevalier, et en tant que tel, il devait allégeance à son père.
Entre ceux qui le voulaient dans leurs lits, ceux qui le voulaient comme époux et ceux qui le voulaient mort, le château se trouvait être un lieu bien plus dangereux que n'importe quel champ de bataille. »
Ce qui pousse le jeune Brandon à fuir le château familial, c’est son sentiment de ne pas être comme ses frères, êtres sanguins, misogynes et tyranniques, à l’image de leur père. Lui, si délicat et doux, est la cible constante d’actes de malveillance. Partir est devenu un impératif de survie, et suivre Le Lion est une opportunité à saisir.

 

Les longues semaines de leur périple vers le domaine du Seigneur Somerfield, le mari d’Elaine, vont être l’occasion pour nos deux chevaliers d’éprouver le respect des valeurs qui les ont bercés depuis leur enfance. La confrontation entre les mœurs inculquées et les sentiments qu’ils ressentent tous deux va les mettre à rude épreuve…

 

Au final, un récit très bien écrit que j’ai lu d’une traite totalement immergée dans l’ambiance du Moyen Âge, ses odeurs, ses règlements de comptes aléatoires et ses us et coutumes incompréhensibles et qui semblent au premier abord tellement désuets, mais qui, quand on y pense, ne le sont pas tant que ça, hélas, au XXIe siècle.

vendredi 26 février 2021

La rue qui nous sépare, Célia Samba (Hachette, 01/2021)


 

La rue qui nous sépare, Célia Samba (Hachette, 01/2021)

💙💙💙💙 

Célia Samba signe là un joli premier roman ; un récit sensible sur un sujet que l’on commence à voir dans la littérature contemporaine : le sort des sans domicile fixe. On y sent quelques touches autobiographiques dans la jeunesse de Mia, l’héroïne principale, son statut d’étudiante et son empathie pour qui souffre d’une forme de rejet quelconque. Sa prise de conscience de la grande détresse des sans- abris est expliquée dans les notes à la fin de l’œuvre. Inventer une histoire d’amour entre une étudiante et un jeune homme qui vit dans la rue est devenu, on le comprend vite, une évidence pour elle.

 

« Chaque jour, en rentrant des cours, elle traversait la rue pour le croiser. Lorsqu'elle arrivait à sa hauteur, il la saluait dans un murmure ; parfois, ses lèvres s'étiraient furtivement, le temps d'éclairer les traits tirés de son visage. Elle ralentissait l'allure, fossettes aux coins des lèvres. Sa gêne se mêlait au désir de lui parler, nouait son ventre. Les secondes lui semblaient s'allonger quand il la regardait. Mais que dire ? » Un jour d’hiver, le regard de Mia rencontre celui de Tristan. Il fait froid, elle vient de s’acheter une crêpe chaude qu’elle s’apprête à savourer. Lui fait la manche, assis sur le trottoir froid. Et si elle lui donnait sa crêpe ? Non, elle n’ose pas. Son geste avorté va la tourmenter et la pousser à vouloir aider le jeune homme, à tenter de connaître son histoire et les raisons qui l’ont poussé à la rue…

 

« C'était un de ces matins où Tristan ne voulait pas ouvrir les yeux. L'air glacial empestait la pisse et le tabac froid, mais, caché dans le noir de ses paupières closes, il pouvait s'imaginer ailleurs que dans le squat miteux où il avait passé la nuit. L'obscurité lui faisait miroiter les délices d'une autre vie... » Les deux jeunes gens s’apprivoisent doucement, se cherchent, nouent un lien amical prêt à tout moment à basculer en histoire d’amour, mais les préjugés, le regard des autres vont entraîner un sentiment de honte partagée, des évitements, des rendez- vous loupés. Tristan saura- t- il accepter le regard des cousins de Mia ? Celle- ci saura-t-elle faire entrer le jeune homme officiellement dans sa vie, au mépris des « convenances » ?

 

Ce roman « young adult » se lit facilement même lorsqu’on a l’âge d’être les parents des protagonistes. C’est un récit plein d’empathie qui nous rend les personnages très sympathiques, tout en pointant du doigt notre égocentrisme. Qui parmi nous s’intéresse au sort des SDF qui mendient devant la porte de leur boulangerie ? C’est un roman qui m’a bien évidemment fait réfléchir. Et personnellement, j’aurais préféré que l’auteure ne nous propose pas de fin alternative toute douce,  pour laisser son lecteur sur un goût bien amer en bouche. Si je devais le relire, j’ignorerais la quatrième partie…

jeudi 25 février 2021

Main de fer et gant de velours, Agents virtuelles T.3, Virginie Platel (MxM Bookmark, 02/2021)



 Main de fer et gant de velours, Agents virtuelles T.3, Virginie Platel (MxM Bookmark, 02/2021)

💙💙

 J’ai lu ce tome 3 de la saga « Agents virtuelles » sans avoir lu les précédents. Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier les deux héroïnes, Elfi, la douce blonde et Ines, la brune musclée. J’ai vite compris que le lien qui les unissait était plus que professionnel ou amical et cette relation apporte une touche de sensibilité très appréciable dans ce récit teinté d’aventure !

 

L’auteure en effet nous projette dans un univers « rétrofuturiste » à la Jules Verne, celui du Steam punk, qui puise ses idées oniriques dans l’époque victorienne alors que la société était en plein essor industriel. Cet univers, c’est celui qu’affectionne Sir Lionel Vernet, un milliardaire qui a construit sa fortune en tant que concepteur de jeux vidéo. Sauf que ce dernier se fait assassiner lors d’une soirée qu’il a lui – même organisée.

 

« Vous allez participer à la soirée qui a précédé le drame, reconstituée grâce aux souvenirs du comte. Soirée durant laquelle vous incarnerez l'une des invitées présentes, et ce, sous votre nom véritable. Vous aurez alors à identifier plusieurs suspects potentiels, confondre un coupable éventuel et, en définitive, élucider l'énigme entourant la mort de Lionel Verney. » Nos deux jeunes femmes sont des agents dépêchés par l’agence Athanor, spécialisée dans l’utilisation de technologies avant – gardistes et défiant l’entendement pour braver les barrières spatio- temporelles de notre réalité et résoudre des enquêtes du passé.

 

« Elfi savait toutefois très bien que lorsqu’une femme vous confiait ses secrets intimes, c’était souvent avec l’intention qu’ils reviennent dans la face de celui qui lui avait fait du mal, à la manière d’un boomerang. » Les femmes se mesurent et s’affrontent autour du milliardaire. Elfi et Inès aussi, toujours à l’étape si touchante de la séduction dans leur propre couple…

 

Et pourtant, autant je me suis attachée aux deux héroïnes, autant j’ai adhéré à l’intelligence de la plume élégante de l’auteure, tout autant je n’ai pas réussi à me captiver pour le récit. Que m’a-t-il manqué ? J’avoue aimer que le décor soit posé dès le départ, et l’apparition régulière d’automates, d’avatars ou d’animaux étranges a entraîné chez moi une espèce de confusion mentale, propice à un décrochage immédiat…  

mardi 23 février 2021

Les yeux d’Ava, Wendall Utroi (Le Livre de poche, 09/2020)


 

Les yeux d’Ava, Wendall Utroi (Le Livre de poche, 09/2020)

💓💓💓💓💓

Je referme à peine ce roman et me pose encore une fois cette question : pourquoi est-il classé dans la catégorie « thriller » ? Pour moi, ce serait, certes un roman noir, mais avant tout un roman « de vie ». Même si c’est un peu étrange de dire cela tant la mort y est présente. Et pourtant…

 

« La vie, cette garce, cette grande manipulatrice, nous trimballe sur ses chemins tortueux, semés d'embûches, de carrefours, de voies sans issue, de rencontres, de ravins et de montagnes infranchissables, et tranquillement elle nous mène, quels que soient nos choix, vers ce bout du parcours qui s'ouvre toujours sur la même porte. » Le parcours d’Ava est incroyablement émouvant. L’auteur est très fort car son empathie envers son personnage principal permet au lecteur de se glisser dans la peau de celle- ci. Ava, est une jeune trentenaire heureuse : elle ne regrette pas d’avoir tourné le dos à ses parents et abandonné ses études pour épouser Léo, son amour de jeunesse. Ensemble, ils ont eu des jumeaux, Rose et Thomas, dont Ava s’occupe, ravie de cette vie paisible et douce.

 

Mais voilà qu’un terrible accident de voiture, survenu sur la route des vacances, va projeter Ava dans une suite d’événements tragiques : « Ma vie depuis cet accident était devenue un enfer où le malheur se repaissait de chaque minute et m'arrachait même les joies les plus fugaces. » Le deuil, la trahison, la ruine… Le destin semble s’acharner sur Ava avec une obstination rare, au point de la faire tomber plus bas que terre…

 

Dans la page des remerciements, l’auteur explique avoir voulu « pointer du doigt l’incroyable fragilité de nos vies », et il le fait avec brio ! J’ai été captivée par l’histoire malheureuse d’Ava ; certains passages m’ont tordu les tripes. Paradoxalement, Wendall Utroi nous rappelle, en filigrane, qu’il est bon de savourer des bonheurs simples ; au risque de les voir un jour s’échapper…Un auteur à découvrir, indubitablement !

vendredi 19 février 2021

Hate to love you, Emma Berthet (Elixyria, 02/2021)


 

Hate to love you, Emma Berthet (Elixyria, 02/2021)

💗💗💗💗💗

 Une romance qui commence très fort et de manière inattendue puisque la demoiselle assène une gifle retentissante au protagoniste masculin de l’histoire à la quinzième page ! Cela se passe dans un bar dans lequel Aria est serveuse, un soir où Allan Carter, une star locale du hockey sur glace, est venu boire une bière. La serveuse, va se faire licencier aussi sec par son patron…

Pourquoi tant de violence ? La faute aux non- dits du passé, trop nombreux, et aux rêves brisés. « L'impression de la connaître est persistante, les détails sont subtils, je n'ai pas une vision d'ensemble de cette femme, mais de petites choses me la rendent familière. » Si Aria a immédiatement reconnu Allan, ce dernier ne parvient pas, lui, à retrouver l’identité exacte de la serveuse. Et pourtant…

Aria était une danseuse de ballet prometteuse, liée autrefois à la famille Carter. Elle était à deux doigts d’entamer une carrière professionnelle couronnée de succès. Mais le destin en a voulu autrement. La voilà maman d’un petit garçon de quatre ans, Liam, qu’elle chérit plus que tout au monde : « Liam me tape dans la main avant de se jeter dans les bras de sa mère. Il lui barbouille le visage de bisous pendant qu'elle éclate de rire. Cette scène est surréaliste, débordante d'amour et de complicité. Ces deux- là donneraient envie à n'importe qui d'avoir un enfant. »

Au fur et à mesure des pages, on se demande ce qui a bien pu arriver à Aria pour qu’elle déteste à ce point la famille Carter, et les réponses arrivent au compte- goutte. Allan, lui, est indéniablement attiré par l’ancienne danseuse de ballet, et le fait qu’il se mette à entraîner le petit Liam au Hockey sur glace va lui permettre de se rapprocher de la belle brune… tout en découvrant la face cachée et machiavélique des membres de sa propre famille.

Au final, une romance captivante, qui multiplie les rebondissements et les révélations. Nos deux protagonistes sont attirés l’un par l’autre comme mus par une force invisible et j’ai vraiment eu envie que ça marche entre eux après avoir découvert les malheurs qu’ils ont subis dans le passé. J’ai aussi énormément apprécié que l’autisme soit partie prenante de l’histoire avec tant de délicatesse. Une romance au dénouement certes attendu mais qui prend un cheminement tortueux avec le charme de deux personnages très attachants.

mardi 16 février 2021

Rencontres imprévues, tome 1 ; trois rendez- vous à l’aveugle, Meghan Quinn (MxM Bookmark, Infinity, (10/2019)


 

Rencontres imprévues, tome 1 ; trois rendez- vous à l’aveugle, Meghan Quinn (MxM Bookmark, Infinity, (10/2019)

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J’ai vraiment passé un très bon moment en lisant cette romance « feel good » ; j’ai même ri aux éclats lors de certains passages, tant l’écriture cinématographique de Meghan Quinn m’a permis de visualiser certaines scènes vraiment hilarantes ! Le personnage de Noely Clark est tellement construit de clichés que c’en est incontestablement risible ! Cette animatrice télé est en effet sexy, intelligente et riche… mais désespérément célibataire ! Elle va donc tester, pour le plus grand plaisir (sadique) du producteur de son émission, une toute nouvelle application mobile lui permettant de rencontrer l’âme sœur , intitulée « A l’aveugle ».

« Je ressemble à une prostituée classe qui cherche à passer du bon temps. Vous remarquez que j'ai dit classe et pas crasse ? Grande différence. Même si mes seins débordent de ma robe noire cintrée qui s'arrête au milieu de mes cuisses, mon maquillage ne coule pas et je porte des sous- vêtements... dont une culotte qui couvre toute mes fesses.
Vous voyez la différence ? »
Premier rendez-vous avec le profil masculin qui lui correspond le mieux selon le fichier de l’application, « Noeud Windsor » ; Noely essaie d’être aussi « classe » que son homologue en costume ; mais hélas, ce sera peine perdue…

Deuxième rencart, troisième… A chaque fois, Noely y croit, mais la pauvre ne fait que cumuler des échecs…. Heureusement, elle a la chance de pouvoir compter sur Dylan, la coprésentatrice de son émission mais aussi sa meilleure amie ; ainsi que la famille de son frère (tous plus allumés les uns que les autres !!!). Avec eux, aucun risque de s’apitoyer sur son propre sort !

Noely touche pourtant le fond ; aura-t-elle un jour la chance de rencontrer l’homme qui fera battre son cœur et avec lequel elle pourra envisager de se construire un avenir, à son tour ? Une application pourrait- elle vraiment lui apporter sur un plateau celui qui lui passera, enfin, la bague au doigt ? Seul l’épilogue vous le dira !

Bref, une romance vraiment parfaite pour les vacances ! Le personnage de Noely est attachant, même s’il reste quelques petites zones d’ombre de son passé que j’aurais aimé comprendre… Le rythme est globalement trépidant et on ne s’ennuie pas une minute, excepté vers les soixante dernières pages qui font traîner en longueur une résolution que le lecteur avait déjà deviné depuis un moment. Sans ce passage et les quelques loupés dans les accords du participe passé, ce roman aurait été un joli coup de cœur ! En tout cas, j’ai très envie de lire le tome 2 !

samedi 13 février 2021

Royan : La professeure de français, Marie NDiaye (Gallimard, 11/2020)


 

Royan : La professeure de français, Marie NDiaye (Gallimard, 11/2020)

💜💜💜💜💜

Marie NDiaye signe là un monologue poignant, à l’origine destiné à être interprété par la comédienne Nicole Garcia à l’occasion du dernier Festival d’Avignon (lequel a été annulé du fait de la Covid). C’est donc une lecture surprenante, car le texte est, avant tout, destiné à l’oralité. Le point de vue interne y est donc particulièrement exacerbé et il faut accepter de se fondre dans les errements de l’esprit du personnage pour pouvoir comprendre l’essence des mots qui le composent….

« Il me semble de temps à autre que je suis le personnage miraculeusement devenu vivant d'un roman qu'une femme dans mon genre aurait écrit et proposé sans succès à plusieurs dizaines d'éditeurs. » Cette professeure de français d’un lycée de Royan rentre chez elle après un événement dramatique : l’une de ses élèves, prénommée Daniella, s’est jetée du troisième étage de l’établissement, durant son cours. Elle sent que les parents de l’adolescente l’attendent sur son palier, à la recherche d’explications ; éléments que, mentalement, elle est en incapacité de donner…

« Je ne suis pas une femme aimée – ou peut- être que si et mes yeux affolés de soleil m’empêchent de voir ? » Pourtant, sa culpabilité est partiellement engagée :   Daniella lui avait fait part de ses tracas en lui écrivant à plusieurs reprises, elle avait voulu lui confier le harcèlement douloureux dont elle était la victime. Mais son enseignante a préféré fermer les yeux.

« Qu’avez- vous fait parents pour dompter la tignasse de Daniella                                   sa crinière vociférante ?"  La professeure de français, telle une Phèdre des temps modernes, se cherche des excuses, mêlant ses errances à celles de cette héroïne de la tragédie racinienne ; revenant sur son propre parcours, celui d’une femme qui s’est volontairement endurcie, tout en échappant à ce qui aurait pu faire d’elle une femme épanouie et heureuse.

« on ne doit pas gâter les filles mais les armer les tremper les durcir pour la vie » nous dit- elle. Mais à être trop dure avec soi- même, force est de constater que l’on passe à côté de l’essentiel…

Au final un texte poétique impossible à lâcher, qui, forcément, désarçonne et laisse des traces. Comme j’aimerais le voir exploité sur scène !!!

mercredi 10 février 2021

Le berger, Anne Boquel (Seuil, 02/2021)



 Le berger, Anne Boquel (Seuil, 02/2021)

💛💛

Un premier roman terriblement tentant par sa thématique : la peinture « sans complaisance » d’une secte dans le cadre d’une emprise sur personne influençable. Celle- ci, en l’occurrence, se nomme Lucie. En mal d’amour, de reconnaissance et en proie à de grandes questions existentielles, il ne faudra pas beaucoup d’insistance à Mariette, sa collègue, pour l’emmener dans un groupe de prière. 

« Il y avait des choses qu’il fallait vivre, et même sentir, si l’on voulait, une fois pour toute, changer de vie. » Lucie trouve dans la Fraternité menée par l’énigmatique Thierry, surnommé le Berger, une chaleur humaine qui lui avait longtemps fait défaut. Récemment séparée de son dernier compagnon, la vie mondaine de ses parents ne lui avait jamais convenue ; Lucie étant d’une nature secrète et effacée.

« Mais le cœur, son cœur, trouvait son compte à ces phrases prononcées avec ferveur et conviction. » Les prières, le jeûne et l’ascèse sont des actes dans lesquelles Lucie trouve son compte. C’est décidé, elle se donnera corps et âme à la Fraternité, et à Thierry qui semble à ses yeux être l’incarnation du Messie.

« L’obéissance absolue, en quelques semaines, devint sa règle de conduite. Elle s’y accrocha comme un naufragé à sa planche de salut. Il lui avait fallu du temps pour abdiquer toute volonté. Elle se complaisait maintenant dans cette soumission de tout son être avec un calme qui la ravissait. C’était dans l’ordre des choses, ce don d’elle- même où elle trouvait enfin les extases que lui refusait la foi : une bénédiction, qui prouvait son élection. » Mais voilà, de mensonges en actes délétères, Lucie va atteindre un point de non – retour.

J’avoue avoir eu du mal à supporter la lecture la première partie du roman. Beaucoup trop de platitudes et un rythme narratif quasi inexistant ont failli m’en faire abandonner la lecture.  De plus, Lucie est malheureusement restée un personnage auquel je ne me suis pas attachée parce qu’il était bien trop incomplet. Impossible pour moi de visualiser mentalement une silhouette ou de comprendre un quelconque fonctionnement mental. Et je ne parle pas des personnages annexes… Les cent dernières pages sont un peu plus intéressantes…

Au final, un premier roman qui promettait des éléments de lecture intrigants mais qui ne parvient pas à accrocher son lecteur. Les situations se répètent sans donner d’éléments qui pourraient pourtant montrer un intérêt certain à la compréhension de l’emprise sectaire (prières, discours prosélytes) et le lecteur reste sur ses incertitudes, et sur sa faim…

dimanche 7 février 2021

Engrenage, Tome 3: Un espoir dans les décombres, Lucie Goudin (Elixyria, 05/2020)

 



Engrenage, Tome 3: Un espoir dans les décombres, Lucie Goudin (Elixyria, 05/2020)

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J’ai pris mon temps pour lire ce tome 3 de la saga Engrenage, de Lucie Goudin, certes le plus gros avec ses presque 600 pages, mais aussi le plus captivant et le plus abouti. Heaven, Kragen et leurs famille et amis vont rester ancrés en moi un petit moment tellement je me suis attachée à eux, et lire la fin de leurs aventures s’est avéré plutôt émouvant…

« Tant qu'elle savait qui elle était vraiment, ce qui la définissait, elle restait Heaven, une combattante hors pair avec un passé douloureux et un avenir qui ne pouvait que s'annoncer plus prometteur. » Après avoir vu deux Engrenages tomber et des milliers de personnes mourir, Heaven prend la route vers Espéria, une cité reconstruite en secret par quelques explorateurs aventureux et optimistes sous les ordres de l’intendant Patton. Personne ne sait si le projet a pu aboutir, ni perdurer, au milieu de nulle part, et entouré de monstres engendrés par les radiations émergées des bombes nucléaires lancées lors de la Troisième Guerre mondiale. Nous sommes en effet en 2132, ère de l’incertitude et du chaos.

« Bientôt, ses yeux s'ouvrirent. J'y vis un voile de tristesse et détournai le regard Je détestais percevoir ce sentiment chez les autres, parce qu'il me rappelait la mienne et, dès lors, je sombrais au cœur de mes tourments. » Alors qu’elle s’engage sur des terres désertées et enneigées, Heaven a le cœur lourd car elle ne sait pas si Kragen, le seul homme à avoir réussi à gagner son cœur et sa confiance est toujours vivant. Ayant dû rester sur son Engrenage, du fait de son statut de capitaine de la sécurité, ce dernier s’est vu confier la gestion du sauvetage des survivants, évacués vers d’autres Engrenages acceptant de les accueillir momentanément. Comme son frère aîné Ash agit de manière de plus en plus ambiguë et que le reste de sa famille se désespère du froid, de la faim, et de la fatigue endurée, Heaven a parfois du mal à contenir ses émotions ; vont -ils arriver au but, et trouver enfin cette cité où on leur a promis sécurité et dignité ?

Après des jours de voyage exténuants, les voilà enfin en sécurité, mais très vite, de nouveaux conflits voient le jour : « Les gens s'enrôlaient dans l'armée, puis ne pensaient plus par eux- mêmes. Ils exécutaient les ordres d'une minorité totalitaire et égoïste sans réfléchir aux conséquences. A la fin, le mal devenait le bien. » Heaven et Kragen vont se retrouver mais certainement pas pour couler des jours heureux : à peine les retrouvailles fêtées qu’un nouveau combat les attend déjà…

L’auteure, de sa plume véritablement addictive a su m’embarquer dans une dystopie rythmée et passionnante. Quelle imagination ! Je n’oublierai pas Heaven et Kragen de sitôt, sûre qu’ils viendront peupler mes propres rêves ! Enfin, on va dire que je l’espère…

jeudi 4 février 2021

Lettre à ce prof qui a changé ma vie – Enseigner la liberté, 40 personnalités s'engagent (Pocket, 11/2020)


 

Lettre à ce prof qui a changé ma vie – Enseigner la liberté, 40 personnalités s'engagent (Pocket, 11/2020)

En hommage à Samuel Paty

💓💓💓💓💓


J’ai savouré ce recueil, je l’ai lu à petites doses… Forcément. Etant moi – même professeur, je ne pouvais qu’être touchée par ces témoignages de personnalités qui se sont plongées, le temps de quelques lignes, dans leur mémoire d’écolier, pour rédiger une lettre au(x) professeur(s) le(s) plus marquant(s) de leur parcours scolaire.

Pour une fois, en guise de chronique, j’ai envie de laisser la parole à ces personnalités qui ont si bien su poser des mots en l’honneur des professeurs qui ont jalonné leur vie, mais aussi, et surtout, en hommage à ce collègue éloigné que fut Samuel Paty.

« C'est là le plus grand don des professeurs, transmettre le savoir pour ouvrir les esprits, faire naître des désirs, et une farouche envie de vivre. » (Marc Levy).

« La plus belle chose que vous m'ayez apprise, c'est de mettre des points d'interrogation au bout de mes certitudes. » (Raphaëlle Giordano)

« C'est peut- être pour ça que tu souhaitais nous voir épanouis dans ta salle de classe ? Parce que tu savais toute la valeur d'une enfance nourrie à l’intelligence ? Tu le savais, n'est- ce pas, qu'une des meilleures armes contre la bêtise et la noirceur du monde reste l’humour ? » (Anne - Laure Bondoux)

« Alors voilà, toi que je ne nommerai pas, toi qui a coupé la tête de Samuel Paty au nom de ta foi viciée comme une charogne, c'est mon prof que tu as tué, c'est- à- dire un Père. » (Philippe Torreton)

Bref, un recueil à lire et à faire lire à toutes les générations d’écoliers…

dimanche 31 janvier 2021

Une preuve d’amour, Valentine Gony (Thierry Magnier, 05/2013)


 

Une preuve d’amour, Valentine Gony (Thierry Magnier, 05/2013)

💚💚💚💚

« Dans Abdou il y a une cocotte- minute, il est sous pression, il va finir par exploser. Je le regarde, ses mains tremblent, jusqu’à ce qu’il se lève soudain, renversant sa chaise et fixe Joseph droit dans les yeux. 

- Ce qu’elle fait Fantine, c’est une preuve d’amour. »

Dans ce court roman jeunesse, Valentine Goby débute son intrigue en plein milieu d’un cours de français dédié à l’étude des « Misérables » de Victor Hugo. Nous sommes au collège et les élèves sont vifs, emportés, même s’ils sont parfois moqueurs, par les questions de l’enseignant quant au geste de Fantine, qui a abandonné Cosette. Mais celui qui réagit le plus, et de manière inattendue, est Abdou, un élève arrivé en cours d’année, dont on ne sait rien. Il va en effet ramasser ses affaires et sortir en plein cours.

La réaction disproportionnée de ce garçon interloque Sonia, la narratrice du récit. Sa curiosité naturelle la pousse à en savoir plus, à comprendre les mystères qui entourent son camarade de classe. Au fur et à mesure des confidences à demi- avouées, Sonia va découvrir la quête qui obnubile Abdou et tenter de lui apporter son aide. Son père et son amie Nathalie seront de la partie, motivés eux aussi par l’envie de voir un sourire illuminer le visage du jeune migrant.

Un joli roman sur la tolérance et l’humanité, des thèmes chers à l’auteure, qui a d’ailleurs exercé le métier de professeur de français en collège et a su si bien retranscrire l’ambiance d’une salle de classe !!! 

mercredi 27 janvier 2021

Eclat de jour, Jade River (Collection Infinity, éditions Bookmark, 11/2020)


 

Eclat de jour, Jade River (Collection Infinity, éditions Bookmark, 11/2020)

💙💙

Amateurs d’univers imaginaires, d’êtres surnaturels et de petites bestioles inventées, ce roman est fait pour vous. Jade River dispose d’une vaste imagination lui permettant de créer un univers onirique véritablement original. En ce qui me concerne, fréquentant la fantasy depuis peu et avec parcimonie, ce foisonnement d’étrangetés n’a pas, malheureusement, réussi à m’emporter…

Lynka est la Gardienne d’une des quatre (et non cinq, comme indiqué en quatrième de couverture) portes d’Irlande qui permettent d’accéder au Sidh, le royaume des Dieux selon la mythologie celtique. Cette rousse flamboyante se mêle aux humains en fréquentant l’université la plus proche de son manoir, en toute discrétion. Quand un jour apparaît un cavalier sans tête sur le campus, Lynka perçoit que sans ses pouvoirs magiques, son quotidien, ainsi que celui de ses camarades de fac, risque de se transformer en cauchemar.

« Devais-je me fier à plus de deux mille ans d'histoire, ou à mon instinct ? » Lynka est déboussolée car ses parents sont partis du jour au lendemain et elle a l’impression de ne pas avoir eu le temps de terminer sa formation magique de gardienne de la porte de Munster. Le hasard va heureusement mettre sur sa route Phaedrig, un descendant du célèbre « Jack- O’-lantern ». Celui- ci va la guider et lui permettre de remonter le fil de l’histoire afin de comprendre les raisons de l’apparition du cavalier sans tête sur les terres qui appartiennent à la famille de Lynka.

« Maman m'avait expliqué que toute pulsion de mort était puissamment accompagnée d'une pulsion de vie. C'était lui ma pulsion de vie. Cette force qui faisait battre mon cœur condamné depuis le soir de notre rencontre. » Troublée par des émotions contradictoires, Lynka se rend compte qu’elle est tombée amoureuse de l’étrange Phaedrig. Pourtant, ils ne sont pas destinés à vivre ensemble étant donné que lui vit la nuit et elle le jour… « L'amour n'est pas un droit universel, c'est un cadeau. » Mais ici, n’est- ce pas un cadeau empoisonné ? Comment le vivre entre deux espèces vouées à vivre de manière totalement opposée ? Un rebondissement inattendu va bien heureusement changer la donne…

Au final, j’ai lu ce roman jusqu’au bout parce que j’avais envie de comprendre où l’auteure voulait m’emmener, mais j’ai trop souvent eu l’impression d’être perdue… Le fait que les créatures surnaturelles arrivent au fur et à mesure m’a déstabilisée. Il m’aurait fallu un glossaire, je pense pour mieux m’y retrouver parmi elles et inscrire leurs particularités dans mon esprit. Ainsi, Linka et Phaedrig m’ont paru vaporeux eux aussi. Mais peut- être était- ce voulu… Quelques maladresses grammatico- lexicales m’ont par ailleurs gênée dans mon plaisir de lecture. Bref, un roman qui n’était probablement pas fait pour moi.

dimanche 24 janvier 2021

Heavings Park, Tiphaine Croville (Elixyria, 12/2020)


 

Heavings Park, Tiphaine Croville (Elixyria, 12/2020)

💗💗💗💗💗 COUP DE COEUR 💗💗💗💗💗

Il y a des livres que l’on referme avec regret, triste de quitter les personnages, devenus des amis, mais aussi de s’extraire d’une histoire dans laquelle on se sentait bien. C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant avec angoisse l’épilogue de « Heavings Park », qui est sans conteste mon premier coup de cœur littéraire de l’année.

 

« Je ne suis qu'une femme de chambre, vous êtes l'héritier d'un grand domaine. Je crois que toute la fatalité de notre relation est exprimée dans cette simple phrase. » Tout commence comme une romance entre lord Heavings et la femme de chambre qui sert lady Victoria Busby. Le bel homme riche et la jeune servante, c’est tellement cliché pour Jane, qui est loin d’être naïve. Andrew, qui en a lui aussi conscience aimerait détourner les règles de l’étiquette. Une correspondance dangereuse se met en place entre les deux protagonistes.

 

« Les gens d'en haut avaient- ils avaient- ils seulement conscience de la quantité de travail qu'ils leur imposaient ? » Avec Jane, nous en apprenons beaucoup sur le monde des nobles, leurs us et coutumes et leurs exigences. Les domestiques ne sont appréciés que s’ils sont pleinement dévoués... et surtout s’ils restent à « leur place ».

 

Mais la guerre de 14 – 18 éclate. Les hommes sont envoyés au front. Jane, elle, sur un coup de tête, s’engage auprès de la Croix – Rouge pour devenir infirmière et partir elle aussi sur les champs de bataille, tout comme ses amis masculins et bien évidemment, Andrew Heavings.

 

« - Nous sommes trois infirmières pour combien de patients ? demanda-t-elle en essayant de dissimuler son inquiétude.
Dans le Derbyshire, elles étaient six au total pour s'occuper d'environ cent cinquante blessés tournants.
- Entre deux et trois cents, ça dépend. »
Jane découvre, horrifiée, l’enfer de la guerre, ces corps amputés, ces blessures purulentes, ces âmes terrorisées. Retrouvera-t-elle les hommes de sa vie ? Pourra-t-elle enfin avouer à Lord Heavings qu’elle partage bel et bien ses sentiments ?

 

J’ai adoré le personnage de Jane, toute de sagesse, de force et de détermination. C’est une héroïne que l’on ne peut oublier. Par ailleurs, l’écriture fine et élaborée de Tiphaine Croville fait de ce roman un réel plaisir de lecture. Les pages se tournent avec fluidité et les nombreux soubresauts de l’intrigue sont captivants. Bref, un beau roman qui m’a tenue en haleine et qui m’a surprise par sa complexité et sa richesse historique. Un très bon moment de lecture que je ne peux que recommander !

dimanche 17 janvier 2021

Wish, T.1, Suda Kaye, Audrey Carlan (Hugo, 01/2021)


 

Wish, T.1, Suda Kaye, Audrey Carlan (Hugo, 01/2021)

💛💛💛

Je ressors un peu déçue de cette lecture. J’avais été attirée par le postulat de départ de cette nouvelle saga d’Audrey Carlan qui dit être « conçue pour connecter et parler à toutes les femmes », et clairement, je ne l’ai pas ressentie comme ça !

Suda Kaye Ross est l’héroïne de ce premier tome. Descendante d’une tribu comanche, elle a perdu sa père dix ans auparavant ; dix années durant lesquelles elle a voyagé aux quatre coins du globe, libre comme l’air. « Cette nuit- là, j'ai demandé à être comme ma mère. A parcourir le monde, à voir tout ce qu'il y avait à voir pour remplir ma tête d'aventures. Mon vœu s'est exaucé, mais cela m'a coûté l'amour de ma vie. » Mais voilà, en partant, elle a laissé derrière elle celui qui était son petit- ami depuis quatre ans déjà, Camden Bryant, alors que tous deux se projetaient déjà dans le futur de leur couple…

« Je sais désormais que l'herbe est plus verte ailleurs, mais seulement le temps de la découverte. Or, tout ce qui est nouveau nous émerveille, ne serait- ce qu'un instant. Toutefois, j'ai désormais appris que rien, ni la Grande Muraille de Chine ni le Machu Picchu, le Taj Mahal ou les îles d'Hawaï, ni aucun des lieux extraordinaires que j'ai visités ne pourront jamais rivaliser avec le sentiment d'être chez soi. » Au bout de ces dix années, Suda Kaye a ressenti le besoin de retrouver sa sœur, Evie, son grand- père et sa terre. Une envie de tourner la page, d’arrêter de voler d’un pays à l’autre, et de se construire enfin un nid douillet la titille. Bien évidemment, Camden se trouvera sur son chemin. Mais sauront-ils se retrouver après dix années d’absence ?

J’ai trouvé dans ce roman une jolie histoire de sœurs, et c’est ce qui a fait que j’ai lu ce livre jusqu’au bout et l’ai trouvé, dans le fond, plutôt agréable. Par contre, j’ai détesté le personnage de Suda Kaye dans les premières pages ; cette nympho légère et irresponsable m’a horripilée. Heureusement, l’auteure a su remonter la barre dans la suite du récit, mais en même temps, j’ai trouvé étrange que l’on puisse changer de personnalité aussi rapidement, même dans une fiction… De même, il y a de sacrées invraisemblances et facilités qui m’ont fait lever les yeux au ciel plus d’une fois.

Enfin bref, cette rencontre avec Suda Kaye ne m’a pas convaincue et je ne pense pas lire les trois autres tomes de la série…

jeudi 14 janvier 2021

A pas de loup, Isabelle Villain (Taurnada, 01/2021)



 A pas de loup, Isabelle Villain (Taurnada, 01/2021)

💚💚💚💚💚

Je referme ce roman après être passée par bien des émotions !!! Isabelle Villain m’a ici menée par le bout du nez au fur et à mesure de rebondissements, et jusqu’à une fin de dingue, que je n’attendais pas !

« La Barberie est une sorte de carapace contre une société qui est toxique. » C’est aussi le lieu où Philippe et Rosalie ont décidé de s’installer, dans le but de fuir leur vie de citadins stressés et malades de la pollution. Charmés par le discours de Michel, qui a créé ce qui est devenu une communauté qui vit en totale autonomie. Avec leur fils, Martin, ils vivent en parfaite harmonie avec la nature. Mais un matin, voilà qu’un problème est mis sur le tapis :  les loups menacent d’attaquer le troupeau de chèvres qui tient un rôle essentiel dans les ressources du hameau. Le lecteur est alors entraîné dans des réunions d’activistes vegan, sans en comprendre, dans un premier temps, les raisons. Et puis un drame survient au sein de la Barberie. Isabelle Villain va alors détricoter les événements antérieurs dans un jeu de passé – présent ponctué par les chapitres. Brusquement, les révélations et les retournements de situation vont brouiller toutes les cartes du départ !

Au final, un thriller brillant, qui commence doucement, en multipliant les pistes, en instillant le doute sur la moralité de certains personnages, et puis, d’un coup, le récit s’accélère, les cartes tombent et les vrais visages, démoniaques, se montrent. Je ne suis pas un loup mais j’en ai eu des frissons le long de l’échine !!! D’ailleurs, ne cherchez pas l’explication du titre dans les premières pages, patience, ce ne sera que meilleur ! 

mardi 12 janvier 2021

L’Ami, Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser, 01/2021)


 

L’Ami, Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser, 01/2021)

💜💜💜💜💜

Tiffany Tavernier signe là un roman captivant, voire obsédant, qui commence comme un thriller puis se poursuit comme un récit introspectif. Les pages se tournent à un rythme fou, le lecteur ayant envie au plus vite de découvrir les clés de cette histoire pour pouvoir échapper à la chape étouffante posée sur les épaules du personnage principal, Thierry, et comprendre enfin l’origine de ses tourments.

Un samedi matin comme les autres. Thierry s’apprête à aller se balader autour du lac qui se trouve à proximité de son domicile. Mais quand il ouvre la porte, il découvre qu’une unité de gendarmerie se trouve autour de la maison de son voisin, Guy, et que le GIGN est à deux doigts de prendre l’assaut de la demeure. Estomaqué, Thierry ne comprend pas ce qu’il se passe. Est-il arrivé quelque chose de grave à son voisin ? Depuis cinq ans que Guy et Chantal, son épouse, se sont installés dans la maison d’en face, Thierry et Elisabeth se sont liés d’amitié avec leurs voisins, les seuls à des kilomètres à la ronde. De coups de mains en dépannages divers, ils se sont trouvés des points communs, comme la passion des insectes pour les deux hommes, et se sont mis à se côtoyer au quotidien.

Quand les gendarmes annoncent à Thierry et Elisabeth que Guy est en fait un tueur en série recherché depuis des années, leur monde s’écroule. Elisabeth entre en état de choc. « Je voudrais qu'elle se taise. Que tout devienne vrai comme tout à l'heure dans la cuisine. »

Thierry va lui aussi être fortement ébranlé ; notamment en réalisant que Guy était son seul véritable ami. Pour trouver la force de reprendre le dessus face à ce drame, à ce lourd sentiment de culpabilité qui l’étouffe, il va remonter le fil de sa propre histoire. Ce seront des heures d’errance, des jours à rechercher un pardon susceptible d’alléger sa peine… Mais aussi d’étranges rencontres issues de son passé…

Bref, un roman impossible à lâcher ! Une plume habile, qui change de rythme selon les situations pour mieux vous envoûter et qui sert habilement une intrigue originale aux rebondissements vraiment inattendus.

dimanche 10 janvier 2021

Les oubliés de la grand place, Cynthia Orain (12/2020, Reines- Beaux, MxM Bookmark)


 

Les oubliés de la grand place, Cynthia Orain (12/2020, Reines- Beaux, MxM Bookmark)

💙💙💙💙

J’ai beaucoup aimé ce roman qui se passe dans un univers que l’on rencontre peu en littérature, celui de la rue. A part « No et moi » de Delphine de Vigan et la saga « Vernon Subutex » de Virginie Despentes, je ne me rappelle pas avoir lu de récits mettant en scène des S.D.F. Mais je pense que c’est la première fois que j’ai été autant touchée par la situation de ces personnages. L’auteure a su les rendre terriblement attachants en leur prêtant à chacun une histoire personnelle dramatique. En tout cas, je ne regarderai plus les « oubliés » de la société de la même manière…

« Je déteste la rue. Chaque matin est pire que le précédent. Au début, j'avais juste froid, faim ou peur. A présent, mes muscles sont ankylosés, nuit après nuit, et pétrifiés par la malnutrition. » Lucky, 22 ans, vient de se retrouver à la rue après avoir provoqué son père pour la énième fois. N’ayant pas sa langue dans sa poche, il se crée rapidement des problèmes. Heureusement, il va rencontrer Ludo, un vieux sage, et Kari, son amoureuse. Ces deux personnes sont S.D.F. depuis des années et prennent le jeune sous leurs ailes, car la rue, c’est une jungle où règne la loi du plus fort. A ce duo va s’ajouter Nico, surnommé « Monsieur Tristesse » par Lucky, à la rue depuis cinq années, depuis que sa vie s’est trouvée brutalement bouleversée…

Lucky est plein de rage, de colère prête à dégainer à la face du premier venu. Ses nouveaux amis vont lui apprendre à se canaliser et l’amener à voir les autres avec un regard plus empathique. Jusqu’à tourner une page de sa propre histoire….

Bref, un excellent moment de lecture, qui m’a émue et fait réfléchir… J’ai juste regretté que la fin soit si rapide. 

samedi 9 janvier 2021

Arte Corpus – Angel et Raph T.1, Jenny Rose (Plumes du web, 10/2020)


 

Arte Corpus – Angel et Raph T.1, Jenny Rose (Plumes du web, 10/2020)

💓💓💓💓

Troisième opus de cette saga qui sera, au final, constituée de trois duologies. J’avais adoré les deux premiers qui relataient l’histoire de Tori et Noah et ce tome- ci m’a bien plu aussi ! Nous sommes ici dans un schéma « ennemies to lovers » qui vous tient en haleine durant tout le roman et je devine que la suite, le tome 2, sera pleine de remous pour Raph et Angel !

Tout d’abord, j’ai adoré replonger dans une partie de la première duologie, celle où Tori et Noah se rencontrent, et voir l’évolution de leur relation à travers le regard d’Angélique. C’est en effet lors des fiançailles de la sœur de Noah, qu’Angélique, la collègue psychologue et meilleure amie de Noah, va rencontrer Raphaël, l’ami tatoueur de Tori. Dès le premier regard, le premier échange, ils vont se détester. Elle lui paraît snob. Il lui semble vulgaire, ce tatoueur, qui est en plus batteur dans un groupe de métal. 

Et puis, de soirées entre amis communs en rencontres fortuites, ils vont se rendre compte qu’ils ne sont pas aussi différents que le laissent penser les apparences. Tous deux sont effectivement extrêmement têtus et totalement dévoués à leurs amis. Seule une différence de taille demeure : Angélique a mis sa vie personnelle de côté depuis longtemps, se dévouant totalement à son frère aîné, porteur d’un handicap lourd à gérer, tandis que Raphaël profite de la vie à 200% : « Après tout, à quoi ça sert de vivre si l'on ne s'accorde pas le droit d'être soi- même ? Moi, je croque la vie à pleines dents pour avoir la certitude de mourir sans regret ».

Une attirance improbable va naître entre nos deux protagonistes. Mais comment lutter contre sa nature, ses craintes et ses a priori ? Qui de nos deux entêtés baissera les armes le premier ?

Un roman qui m’a de nouveau fait ressentir pas mal d’émotions, et en cela, je pense que Jenny Rose est très forte !!! Alors que j’avais détesté Angélique dans les deux premiers tomes, j’ai ressenti beaucoup de compassion pour elle dans celui-ci. Et j’ai vraiment envie de connaître la suite de leur histoire car je n’arrive pas à envisager une suite sereine à leur relation débutante ! Et pourtant, je l’espère, tellement je me suis prise d’empathie pour ce groupe de personnages !

samedi 2 janvier 2021

L'Enfant étoile, Katrine Engberg (Fleuve noir, 01/2021)



L'Enfant étoile, Katrine Engberg (Fleuve noir, 01/2021)

💙💙💙

 Quand un meurtre est réalisé au deuxième étage et que les détails de celui-ci sont étrangement racontés dans le manuscrit du premier roman de la retraitée du troisième, on part d’emblée pour une enquête policière pleine de subtilités et de secrets inavoués… Copenhague, de nos jours ; Julie, jeune étudiante est retrouvée assassinée, le corps sévèrement supplicié, des semblants de figures artistiques découpés dans la peau de son visage. Jeppe et Anette, policiers chargés de l’enquête vont très vite se retrouver devant un plan machiavélique, dont certains éléments semblent être liés à Esther, la primo- romancière visionnaire, également propriétaire de l’immeuble. « Au moment où Julie avait emménagé, elle avait presque reconnu en elle sa victime. La jolie fille de la campagne au passé embrouillé, presque trop évident, et pourtant avec tous les mystères qui la rendaient intéressante. » Que cache donc cette littéraire adepte de soirées d’ivresse ?

L’équipe de la criminelle patine, confrontée à un milieu d’artistes loufoques, dans lequel les amitiés sont plus souvent intéressées que sincères et où les secrets les plus honteux sont depuis longtemps étouffés. « Un vrai meurtre commis dans un théâtre sera toujours une meilleure histoire que celle racontée sur scène avec des chants et du faux sang ». Notre duo d’enquêteurs traque des pistes diverses, essaie de suivre leur instinct, change d’avis, pour mieux repartir à zéro, faute de preuves. On suit aussi en parallèle la vie personnelle de Jeppe, en plein divorce. Est- il en mesure de gérer cette enquête, d’ailleurs ? C’est toutefois un personnage rapidement attachant. Quelques personnages secondaires cherchent également à attirer la sympathie du lecteur ; telle Sara, spécialisée dans les recherches dans les profondeurs du web et des réseaux ; Esther aussi, dans ses moments de lucidité… Mais en tant que lectrice, parfois, j’ai regretté un côté un peu « brouillon » et inachevé chez les autres protagonistes…

Au final, un policier très agréable à lire mais qui manque de tension, de scènes qui surprennent le lecteur. Je n’ai trouvé le côté addictif que j’attends dans ce genre de roman que dans les 150 dernières pages. Après, le scénario est vraiment original et sort des sentiers battus. Pour cela, il mérite d’être découvert. Et comme il s’agit d’un premier roman, on ne pourra que suivre cette auteure car son talent parait bien prometteur.