samedi 28 mai 2022

French touch, Delphine Clever (Elixyria, 06/2021)


 

French touch, Delphine Clever (Elixyria, 06/2021)

💖💖💖💖💖

 Attention coup de cœur !!! Voici une romance contemporaine vraiment surprenante et captivante, qui m’a tenue en haleine trois jours durant. Cap sur New York, où Daphné, Franco- américaine ayant suivi ses parents aux Etats- unis alors qu’elle était enfant, prend un nouveau départ après une déception amoureuse. Mais voilà que le hasard va mettre sur son chemin un bien charmant voisin…

 

« Ces lectures m'offrent évasion et rêverie. J'aime imaginer qu'il existe quelque part un homme qui fera battre mon cœur comme celui des héroïnes avec qui je fais un petit bout de chemin. Je ne m'attends pas forcément à ce qu'il soit parfait, comme tous ces personnages fictifs. S'il pouvait seulement me faire autant vibrer ! » Daphné est une incorrigible romantique qui s’échappe dès que possible dans ses romans d’amour, rêvant d’un prince charmant qui la respecterait ; contrairement à ses anciens petits- amis.

 

« Cette fille est définitivement à mon goût. Ce n'est pas une beauté fatale. Son visage poupon l'empêche de rentrer dans cette catégorie. Elle est plutôt bourrée de charme, avec des formes qui invitent à la luxure, de grands yeux et une bouche pulpeuse à souhait. Une Latine au sang chaud ! » Grégory a lui aussi des origines françaises. Cela l’aide incontestablement à tisser des liens avec sa nouvelle voisine, Daphné, pour qui il ressent une attirance immédiate et vraiment inédite par rapport à son passé de grand séducteur.

 

« Comment pourrais- je garder un homme comme lui, qui a tant de besoins et n'a pas l'habitude de résister à la tentation, tout simplement parce qu'il n'en voit pas la raison ? » De coups de main en leçons de cuisine, nos deux voisins se rapprochent. Ils ont tant de points communs, tant de sujets d’entente. Mais l’ancien métier de Grégory est un véritable frein pour Daphné. Pour qui ne le serait- il pas, d’ailleurs ?

 

Inutile d’espérer que je vous donne le moindre indice à ce sujet. Ce serait vous gâcher le sel de cette histoire inédite ! Si vous n’avez pas peur de lire des scènes un peu « hot » mais terriblement émotives, de passer un moment avec des personnages charismatiques, au point d’avoir envie d’en faire vos amis, FONCEZ !!!

mercredi 25 mai 2022

Sutures, Frédéric Livyns (Elixyria, 04/2022)

 


Sutures, Frédéric Livyns (Elixyria, 04/2022)

💛💛💛💛💛

 

Je retrouve toujours avec plaisir la plume de Frédéric Livyns. Il sait manier l’art de la nouvelle fantastique avec originalité tant ses histoires sont variées, et les chutes font mouche à chaque fois ! Quelle imagination tout de même ! J’ai été horrifiée par certains récits, comme « Post mortem » ou « Le bracelet », mais aussi émue par d’autres, comme « La cave » ou « La mare aux morts ».

 

« Je le vois remuer dans le coin de la pièce. Les barreaux l'empêchent de se jeter sur moi. Il m'a repérée. Il me regarde et ses yeux noirs me transpercent jusqu'à l'âme. Toute la malice infernale dont il use me saute au visage. Je ne comprends pas comment il se fait que je sois la seule à être témoin de cette manifestation, mais l'heure n'est pas à la réflexion. » Qu’y a-t-il après la mort ? Pourquoi des défunts reviennent- ils hanter les vivants et leur faire vivre de véritables cauchemars ? La hantise est présente dans plusieurs des nouvelles, faisant frissonner le lecteur de manière croissante pour le cueillir dans une chute souvent déroutante.

 

« Le sourire qu'affichait l'enfant était effrayant, empli d'une malice ancienne. Il tenait à la main un flambeau, tête vers le bas, qui brûlait d'une flamme noire. Mais ce ne fut pas cela qui terrorisa le plus Loïc. » Outre la hantise, d’autres phénomènes paranormaux, comme ceux issus de nos légendes patrimoniales, sont sources d’idées pour l’auteur, mais c’est aussi l’occasion de dresser un panorama des croyances qui perdurent dans diverses régions de France et de Belgique. Un régal pour les curieux amateurs d’Histoire et bien des frissons pour les fans du genre fantastique !

 

Au final, un recueil qui se dévore car les nouvelles font frissonner mais sans terroriser. L’écriture est élaborée sans appartenir au lourd genre soutenu. Moi qui suis irrésistiblement attirée par les histoires horrifiques, je demeure malgré tout une grande froussarde et là, je n’ai déploré aucun cauchemar ni nuit blanche à déclarer après- lecture ! Encore un bon point pour Frédéric Livyns !

samedi 21 mai 2022

La quatrième feuille, Christophe Royer (Taurnada, 03/2022)

 


La quatrième feuille, Christophe Royer (Taurnada, 03/2022)

💓💓💓💓💓

 

La rancœur est un sentiment tenace, qui vous prend aux trippes et ne vous lâche plus durant des années. C’est ce que Sophie, qui a tout pour être heureuse maintenant qu’elle est adulte, va découvrir à ses dépens…

 

« Solidement collé à elle comme une sangsue avide de sang, quelqu’un la poussait à travers la pièce. Carole entendait le bruit rauque d’une respiration et sentait le souffle de son agresseur dans ses cheveux au niveau de sa nuque, l’horreur absolue pour elle. Elle était terrorisée. Tout son corps refusait de répondre à ses injonctions. » Sophie est photographe. Elle s’apprête à exposer ses œuvres pour la première fois. Carole, sa meilleure amie depuis le lycée, lui apporte un coup de main dans la préparation de l’exposition quand elle se fait brutalement agresser. Plus de peur que de mal ; Carole va s’en sortir et l’événement aura bel et bien lieu. Mais Sophie n’est pas tranquille : outre l’agression de son amie, elle se sent régulièrement épiée lorsqu’elle est chez elle, et voilà que ses deux chats viennent de mystérieusement disparaître… Malheureusement, elle n’est pas au bout de ses peines.

  

« Sans prendre de précaution, du pied, elle poussa à fond les deux variateurs. Aussitôt, les lampes crachèrent leur lame blanche sur les deux cellules de gauche : retenues par des crochets solidement scellés dans le mur de pierre, deux formes se mirent à se tortiller et à geindre. » C’est le brigadier Julien Mercier qui va vouloir se charger de cette nouvelle affaire. Fracassé émotionnellement par sa première enquête, qui touchait déjà Sophie alors qu’elle était lycéenne, il tient là l’occasion de prendre sa revanche sur ses erreurs du passé. A lui de tout faire pour ne pas que les horreurs qui se sont produites alors qu’il débutait sa carrière ne se reproduisent à nouveau.

 

Au final, un thriller glaçant ; encore plus quand on sait que l’auteur s’est inspiré de faits réels ! La psychologie des personnages est très élaborée et on frémit en tournant les pages en devinant les atrocités qui risquent de se produire. La double temporalité « passé des années lycée » et « présent de la vie adulte » permet une construction en parallèle d’une double intrigue basée sur la toxicité de certaines relations. C’est très habile et ça fait froid dans le dos !!! 

lundi 16 mai 2022

Morgane Fox, Louise Laborie (Sarbacane, 04/2022)

 



Morgane Fox, Louise Laborie (Sarbacane, 04/2022)

💛💛💛 

Morgane est une collégienne lambda. Le fait qu’elle récolte les bonnes notes l’empêche d’être populaire. Son meilleur ami, Simon, est dans la même situation. Ils encaissent ensemble les moqueries en faisant profil bas. A vrai dire, ils s’en fichent. La seule chose qui leur tient à cœur est l’épisode quotidien de la série policière « Tony Fox ». Ils peuvent en parler pendant des heures. Alors quand un jour, la série s’arrête, et que le lendemain, Morgane découvre le pistolet de son héros dans sa boîte de céréales, notre duo se met en action : il faut sauver Tony !

 

« - T'es déjà dead ?
- Tu veux faire un break ?
- Peanuts...
- J'te stopperai, no matter what.
- Speeder, il faut speeder, Tony... »
La série utilise de nombreux anglicismes et on comprend vite qu’il s’agit de sa marque de fabrique. Mais aussi que c’est ce qui plait à nos deux ados.

 

« Mais regarde- toi ! Si t'avais joué dans NCIS, peut- être ! Mais même le docu sur la boule nantaise a fait plus d'audience que toi hier matin ! » Mais voilà, la série est en perte d’audience, et « Tony » est éjecté de sa maison de production du jour au lendemain. Pourra-t-il compter sur ses deux fans les plus fervents, Morgane « Fox » et Simon, son acolyte, pour plaider sa cause devant les maîtres des médias ?

 

Au final, une bande dessinée qui m’a d’abord déroutée par ses nombreuses planches sans paroles. Les personnages sont tous dessinés grossièrement et j’ai trouvé leur environnement maussade. Et puis j’ai eu envie de continuer cette lecture loufoque pour voir où elle allait me mener. Et j’ai trouvé l’histoire intéressante même si elle aurait mérité d’être habitée par des personnages bien plus charismatiques (à mon avis).  

 

dimanche 15 mai 2022

Royal, Paula Alexander et Hedgye Canyon (Inceptio, 04/2022)


 

Royal, Paula Alexander et Hedgye Canyon (Inceptio, 04/2022)

💛💛

 Et si la Révolution de 1789 n’avait pas eu lieu ? Nous sommes en 2030, et la société française est divisée en deux mondes inchangés ; la noblesse et le tiers- état. Aliénor appartient à la première catégorie, et de nouvelles cérémonies instaurées par le Roi vont mettre sur sa route Arthur, qui, lui, appartient au peuple, en tant que fils de boulanger. La jeune femme est une rebelle- née, et sa fréquentation d’un homme du tiers- état va être pour elle l’occasion de tenter de renverser la monarchie dont elle fait partie, mais qui l’insupporte depuis son plus jeune âge…

 

« Je serre contre moi le journal intime de Jean Boudol, sans qui, grâce à son courage et sa loyauté au roi, nous ne serions pas là aujourd'hui. Je n'ose imaginer si le roi avait perdu la guerre en 1789. Si l'armée impériale n'avait pas réussi à entrer dans Versailles ou pire si elle n'était pas venue. Notre beau et prospère Royaume de France n'existerait certainement plus. » Arthur est fier de son ancêtre. Ce fils de boulanger est ravi d’avoir été sélectionné pour le rituel de Pan, qui permet à des garçons issus du tiers- état d’être choisis par des comtesses et d’envisager la possibilité d’intégrer la noblesse pas la voie du mariage.

 

« Dans notre beau royaume, notre commandant en chef est et restera le roi. Bien sûr, après la révolution avortée, Louis XVI a décidé d'ouvrir la Cour et le pouvoir au peuple. Il a instauré les Bels des Débutantes, le rituel de Pan, et il choisit un ministre, celui du tiers état, parmi les citoyens les plus méritants. Et en deux cent cinquante ans, le roi et sa famille n'ont jamais été autant vénérés. Le monde entier nous l'envie. La venue, ce soir, d'autant de journalistes, me le confirme encore un peu plus. » Arthur va très vite déchanter. La comtesse qu’il est censé séduire lui semble bien vulgaire. Et que dire des épreuves de sélection ?

 

« L'espoir... Il a raison, il n'y a plus que cela qui me fasse avancer en ce moment.
L'espoir de sauver Ella.
L'espoir que Léon arrive à convaincre son père.
L'espoir qu'Aliénor tienne sa promesse.
Et une petite voix me souffle, enveloppant mon cœur d'un sentiment nouveau.
L'espoir de revoir Aliénor.
L'espoir de l'embrasser à nouveau... »
L’inattendu, pourtant, se produit : Aliénor et Arthur tombent amoureux l’un de l’autre. Ils font fi des attentes de la cour du Roi et de la menace révolutionnaire qui gronde…

 

Le postulat de départ était vraiment prometteur, j’ai dévoré les cent premières pages, mais j’avoue avoir été déçue par son dénouement. J’ai eu du mal à cerner les personnages principaux et à m’intéresser véritablement à la fois à leurs objectifs et à leur histoire d’amour. Le contexte sociétal était intéressant et bien élaboré mais son évolution m’a déçue au fur et à mesure de l’avancée du récit. Je regrette aussi les nombreuses coquilles qui ont gâché mon plaisir de lecture. Bien tenté, mais mal abouti… 

mercredi 11 mai 2022

Je te vois, Audrey Rousselin (Elixyria, 05/2022)



 Je te vois, Audrey Rousselin (Elixyria, 05/2022)

💓💓💓💓💓

 

Cette histoire, c’est à la fois le récit initiatique d’une jeune fille de dix-huit ans, asociale, ainsi qu’un focus sur ces amours interdites parce que malvenues et inconvenantes qui vous tombent dessus sans crier gare. C’est ce qui attend Joanne, qui s’est renfermée depuis le départ de sa mère avec le voisin d’en face, et celui de sa sœur, Delia, l’ayant laissée seule, elle aussi, avec leur père du jour au lendemain. Elle vient d’avoir son bac et voilà que leur mère décide d’organiser des vacances en mode retrouvailles « mère- filles » dans le sud de la France. L’été où tout va changer.

 

« Je n'ai jamais été proche de ma sœur. En fait, je n'ai jamais été proche de qui que ce soit. Les gens, leurs sentiments, leurs opinions, leurs jugements, ça me terrifie. Je me sens vulnérable. » Joanne et Delia se redécouvrent. La première était encore une petite fille quand Delia, adolescente, multipliait les flirts avant de rejoindre leur mère.

 

« A mes yeux, Delia a toujours été la sœur ingrate qui m'a abandonnée du jour au lendemain, à l'instar de maman. Or, aujourd'hui, c'est moi qui enchaîne les bourdes et sombre dans le mépris. C'est moi la mauvaise sœur, la fille sans cœur, l'égoïste, l'insensible, la salope. Tant de rôles qui me collent désormais à la peau et dont je ne me déferai jamais, après tout ça. » Voilà cinq ans que Delia est en couple avec le beau Benjamin. Elle pense que Joanne est une jeune femme telle qu’elle- même l’a été, changeant de petit- ami chaque samedi soir. Mais Joanne n’est pas aussi frivole que sa sœur…

 

« Néanmoins, il s'en est fallu de peu pour qu'elle me démasque et renverse ce petit jeu malsain auquel nous nous livrons. On pourrait facilement assimiler celui- ci à la roulette russe. Le doigt sur la détente, l'arme sur notre tempe, nous appuyons encore et encore, jour après jour, l'adrénaline coulant à flots dans notre sang, jusqu'à ce que la seule et unique balle jaillisse et nous atomise le cerveau. » Joanne surprend une scène intime entre sa sœur et Benjamin. Mais cet épisode, au lieu d’engendrer de la honte, signe le début d’une attirance sensuelle irrésistible entre la jeune fille et son futur beau- frère. Mais aussi le top départ de jeux, certes à distances, mais néanmoins dangereux. Quelle sera leur limite ?

 

Un roman très agréable à lire car les pages initiant les chapitres sont imprimées sur fond noir et donnent bien visuellement l’ambivalence chaud / froid qui colorent les émotions de nos principaux protagonistes. Bravo aux éditeurs pour cette initiative originale ! La plume de l’auteure, elle, fait mouche et vous emmène dans des émotions dignes d’un grand- huit ! J’ai frémi avec nos deux protagonistes, imaginant mille solutions à leurs tourments ! J’ai aimé aussi le message transmis sur ce « foutu » culte des apparences. Une réussite ! 

mardi 10 mai 2022

Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra (J'ai lu, 09/2021)


 

Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra (J'ai lu, 09/2021)

💜💜💜💜

 C’est la publication sur FB d’un auteur de thriller (Jérémy Fel) s’avouant captivé par la lecture de ce premier roman qui m’a clairement donné envie de le sortir de ma PAL et de le lire. Et effectivement, j’ai trouvé ce récit vraiment bien construit, de manière à ce que les révélations, souvent hallucinantes, s’égrènent au compte- gouttes et éclatent de manière inattendue, à la fin de certains chapitres.

 

« Sous chaque toit abritant une adolescente, le cérémonial est identique : la parer avant de la lâcher dans le labyrinthe de ruelles et de ragots. Car toutes partagent cet ambigu dessein, façonné par leurs génitrices, qu'elles transmettent à leurs descendantes et qui tient en un ordre tacite : "Tu seras une pute, ma fille." Garance, quinze ans, vit avec sa maman, Ana, directrice de l’école de danse classique réputée nommée « Le Coryphée », à Ilarène, ville du sud-est de la France. Les deux femmes ont longtemps été fusionnelles, sans homme dans leur horizon. Ana a la réputation de tenir les filles « droites », de corps comme d’esprit. Un maintien digne des étoiles de l’Opéra, et qui a ancré sa marque de fabrique dans l’esprit des habitants d’Ilarène, à l’aube du XXIe siècle. Mais à l’entrée de Garance en seconde, la modernité de l’époque va rattraper cette maman idéaliste…  

 

« A dater de ce soir, la peur que la vérité surgisse l'accompagnera partout, tout le temps. » Garance, grandit vite. Trop vite. Plus vite que Souad, son amie d’enfance. Ses regards, ses envies se tournent vers un trio d’élèves de Terminale qui « font le buzz » sur les réseaux : Maud, Salomé, et Greg. A ces trois- là s’ajoutent deux garçons plus âgés : Yvan et Vincent. Ce dernier attise les premiers désirs de Garance. Alors quand le groupe invite cette dernière à une soirée, la voilà qui ose faire un premier pas de côté. Un pas qui va l’amener bien plus loin que tout ce qu’elle aurait pu imaginer.

 

« - J'entends mes collègues se plaindre en salle de profs parce que vous êtes tout le temps accrochés à vos smartphones mais, si vous voulez mon avis, vous n'avez pas le choix. Cette technologie qui vous connecte les uns aux autres était la seule évolution possible de l'espèce. Votre génération n'est que le produit d'une évolution déterminée. » Pour le prof de maths de Garance, tout est question de déterminisme. Outre sa théorie, il faut admettre que le culte de l’apparence véhiculé par les réseaux sociaux a pris une telle importance dans la génération actuelle de nos adolescents qu’il faudrait savoir, et pouvoir en prévenir les dérives. L’auteure en décrit ici les rouages, réels, sur fond fictionnel.

 

Au final, un roman bien écrit, qui prend souvent aux tripes et qui entraîne bien des questions. Le thème du cyber- harcèlement y est habilement traité, grâce à des personnages à la psychologie finement construite, et à des éléments théoriques de sociologie insérés de manière légèrement didactique. A découvrir, à lire, et une plume à suivre.

jeudi 5 mai 2022

Le jeune homme, Annie Ernaux (Gallimard, 05/2022)


 

Le jeune homme, Annie Ernaux (Gallimard, 05/2022)

💓💓💓💓💓 

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été simplement vécues. » Cette phrase est en exergue de ce très court récit autobiographique. Quelques pages qui racontent une relation intense mais hors norme, que ça soit lors de son déroulement en 1999, ou encore aujourd’hui : une histoire d’amour entre une femme de cinquante- quatre ans et un étudiant de trente ans son cadet…

 

« J'espérais que la fin de l'attente la plus violente qui soit, celle de jouir, me fasse éprouver la certitude qu'il n'y avait pas de jouissance supérieure à l'écriture d'un livre. » Pour Annie Ernaux, l’amour et les mots sont intimement liés, et cela depuis son plus jeune âge. Ce court texte n’échappe pas à la règle, voguant entre l’un et les autres.

 

« Il me vouait une ferveur dont, à cinquante- quatre ans, je n'avais jamais été l'objet de la part d'un amant. » Et malgré les regards en biais qui suivent le couple, on ne peut que se rendre compte de la véracité de l’adage : « l’amour n’a pas d’âge ». Alors pourquoi accepte- t- on qu’un homme soit en couple avec une femme de trente ou vingt ans de moins que lui, alors que, lorsque c’est la femme qui est l’aînée du couple, on ne croit pas une seconde à la véracité de leur relation, et on crie presque à l’inceste ?

 

« Il m'arrachait à ma génération mais je n'étais pas dans la sienne. » Malgré la force des sentiments qui les lient, l’auteure et son amoureux se retrouvent en décalage sur les souvenirs sociétaux qui les ont construits. Mais pour l’auteure, cette relation a clairement été l’occasion de replonger, durant quelques mois, dans ce qui fut sa jeunesse…

 

Au final, une vingtaine de pages qui se savourent d’une traite et qui remettent en bouche la saveur des phrases si bien tournées d’Annie Ernaux, et qui donne très envie de se replonger dans « L’Evènement » (2000), né à la fin de cette relation. 

mercredi 4 mai 2022

Elle et son chat, Makoto Shinkai, Naruti Nagakawa (Charleston, 10/2021)



 Elle et son chat, Makoto Shinkai, Naruti Nagakawa (Charleston, 10/2021)

😻😻😻😻

Un quartier de Tokyo. Ses chats et ses habitantes. Très peu d’hommes sont présents dans ce livre et le pronom « Elle » aurait mérité d’être écrit au pluriel, car s’il y a plusieurs chats dans l’histoire, il y a aussi plusieurs femmes propriétaires de félin !

 

« J'ai attendu les battements de son cœur. Elle s'est mise en marche et un grondement nous a dépassés. Nos pouls, à elle et moi, mais aussi celui du monde, battaient à l'unisson.
Ce jour- là, elle m'a recueilli. Depuis, je suis son chat à Elle. »
Le chaton Chobi est recueilli alors qu’il est en train de se laisser mourir dans un caniveau. Sa nouvelle maîtresse, Miyu, vit seule. Son quotidien est déprimant, et le petit Chobi se fait la promesse de la rendre plus heureuse.

 

« Dans les shôjo manga qu'on s'échangeait entre copines, à l'école primaire, l'héroïne finissait toujours par trouver un amoureux : le bonheur pour une fille, c'était d'avoir un petit ami. Mais j'ai appris que dans la réalité, l'histoire ne s'arrête pas là. » Miyu pensait vivre une histoire d’amour mais l’absence répétée de son bien- aimé l’amène à faire un triste constat : elle est célibataire malgré elle.

 

« Les chats, ils ont chacun leur territoire. Petit ou grand, ça dépend, mais ils y règnent seuls. Les humains, eux, se pressent à plusieurs sur le même territoire. Ils ont l'air d'entretenir des relations sympas, mais ça n'est qu'une façade, en réalité, chaque secteur est sous la coupe d'une seule personne. » Chobi parcourt le quartier à la recherche de ses congénères et de quelques conseils pour aborder le monde des humains. C’est John, le chien, qui va lui faire part de ses réflexions philosophiques, et lui permettre de rencontrer Mimi, Kuro et Cookie. Ces chats appartiennent, ou pas, à différents habitants du quartier. Mais tous sont nourris régulièrement, et ce sont les liens entre les chats et les humains qui vont amener ces derniers à se lier les uns avec les autres…

 

Au final, un petit roman très plaisant à lire, d’autant plus quand on est amoureux des chats. Il y a beaucoup de retenue dans l’expression des sentiments, comme c’est souvent le cas dans la littérature japonaise. Mais le message transmis de manière implicite par les auteurs sur la valeur de la vie est poétique, et de toute beauté.  

mardi 3 mai 2022

Le Jardin, tome 2, Audrey Rousselin (Elixyria, 01/2022)

 



Le Jardin, tome 2, Audrey Rousselin (Elixyria, 01/2022)

 💙💙💙💙

Kiaya se retrouve de nouveau enfermée dans un Jardin, expérimental, celui- ci. Elle y occupe le poste de reine de ce royaume de femmes et ne doit sa survie qu’à la promesse que les Détracteurs lui ont arrachée : accepter de conditionner de futures génitrices. Néanmoins, elle ne désespère pas de se sauver une nouvelle fois de ce monde construit sur des mensonges, un endoctrinement religieux et des lois horripilantes, et rejoindre à nouveau Isaac, et les Insurgés, qui lui ont ouvert les yeux sur la réalité de leur société. Mais comment faire alors qu’elle va, à son tour, devoir accoucher ?

 

« Je n'avais même pas pu le toucher ou respirer son odeur. Personne ne me dirait jamais ce qu'il adviendrait de lui. Il n'avait pas de prénom... Il n'était rien pour moi alors que je me sentais prête à mourir pour lui. Il incarnait mon dernier espoir.
- Mon bébé, gémis- je en pleurant dans l'oreiller. Rendez- moi mon bébé... »

En effet, les petites graines d’Isaac ont germé et la voilà prête à donner la vie. Mais il y a un problème de taille au Jardin : elle va avoir un garçon. On le lui enlève dès la naissance, comme l’exigent les lois des Détracteurs. La colère qui gronde dans les veines de Kiaya va chercher à s’exprimer dans ses actes du quotidien, n’ayant plus en tête qu’une envie de vengeance et de rébellion.   

 

« Une guerre grondait au loin et risquait d'emporter avec elle les restes de notre pauvre humanité. Détracteurs, insurgés, hommes, femmes, il n'y avait jamais de gagnants dans ce genre de conflits. La liberté ne se payait qu'au prix du sang. » La guerre est prête à éclater. Les Insurgés veulent mettre le système d’exploitation des Elus à feu et à sang. Il est temps pour tous d’accepter le réel, ce que les Hommes ont fait subir à notre Terre dans le passé, et tenter, à nouveau, de vivre tous ensemble. Luc, Isaac, Héloïse et une nouvelle combattante, Constance, vont appeler toutes les troupes de rebelles disponibles à prendre les armes à leurs côtés. Le sang et les larmes vont couler au nom de la liberté.

 

« Isaac et moi avions été réunis par le destin, nous avions évolué ensemble et franchi des limites qui nous paraissaient infranchissables. Fallait-il pour autant nous considérer autrement que comme deux géniteurs conçus pour la reproduction ? » Le hasard qui a conduit Kiaya et Isaac à se rencontrer dans un box de reproduction a bien fait les choses : leurs retrouvailles vont malheureusement se dérouler dans les terribles conditions d’un champ de bataille…

 

Au final, un deuxième tome aux multiples actions et retournements de situation. Les personnages de cette histoire ne sont pas épargnés tant ils vont au bout de leurs déterminations. Une dystopie captivante et bien écrite, qui m’a fait réfléchir à ce que pourrait être notre monde en 2070. Pourvu qu’on n’en arrive pas là !