mercredi 4 mars 2026

La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac (Fleuve noir, 01/2022)

 


La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac (Fleuve noir, 01/2022)

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Encore une pépite dénichée chez ma bouquiniste préférée (elle lit mes chroniques ; elle se reconnaîtra !) ! Une enquête qui démarre sur la découverte de trois corps d’adolescents emmurés dans une maison en reconstruction. Sur un fond sociétal problématique, l’auteure met en scène deux policiers attachants en prise avec des humains qui ont perdu leur humanité au profit de la monstruosité.

« Puis, soudain, une odeur nauséabonde se répandit dans la pièce, comme une bête menaçante. La frayeur le mordit si fort qu'il se mit à reculer. Ses yeux exorbités fixaient la cavité qui, telle une gueule béante, laissait entrevoir l'étoffe sur laquelle il pouvait à présent distinguer le visage sérigraphié d'une idole d'adolescentes. » Pio Achenza a fait une affaire ; il a acheté une maison de campagne pour un prix modique. Celle- ci nécessite quelques travaux avant qu’il puisse y emménager avec sa femme et leurs enfants. Mais le jeune homme courageux ne s’attendait pas à découvrir le cadavre d’une gamine dans une cloison.

« Cette maison, il avait espéré ne plus jamais la revoir. Un malaise le saisit, puis il se souvint des autres gamins qui vivaient avec lui. Des images floues de leurs trognes traversèrent sa mémoire. Tous cabossés dès le plus jeune âge. » La commandant Sevran est saisie de l’enquête. Elle découvre rapidement que la demeure a appartenu à une famille d’accueil d’enfants de l’A.S.E. Ceux qu’elle va rencontrer vont montrer de profonds traumatismes...

« Elle était fatiguée de ce monde qui devenait fou, de ce monde qui s'agitait hystériquement autour de détails ignobles sans même songer aux victimes. » Très vite, les journalistes vont s’emparer de cette affaire rebaptisée « la maison de l’horreur » ; comment enquêter de manière efficace et sereine ?

Au final, un thriller mené tambour battant. Les découvertes horribles alternent avec le suivi des adultes qui ont été les enfants de la maison des Mesnuls. Les chapitres courts donnent un rythme haletant et les points de vue des différents personnages prennent le lecteur aux tripes. Une lecture en apnée et de qualité. 

lundi 2 mars 2026

Groenland, le pays qui n’était pas à vendre, Mo Malo (éditions de La Martinière, 10/2025)

 



Groenland, le pays qui n’était pas à vendre, Mo Malo (éditions de La Martinière, 10/2025)

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Si je suis Mo Malo sur les réseaux sociaux, paradoxalement, je n’avais encore jamais lu aucun de ses livres (cherchez l’erreur…). L’erreur (oui, ç’en était une, maintenant j’en suis certaine) est désormais réparée avec ma lecture de son dernier thriller. Et cerise sur le gâteau ; j’ai vraiment beaucoup aimé !

« Suspendues sous le bras d'une grue mobile, comme saucissonnées ensemble, les deux silhouettes oscillaient dans l'air, à la verticale d'un large trou pratiqué dans la banquise. » Le Premier ministre groenlandais, Frederik Karlsen, se retrouve un matin face à un dilemme cornélien : vendre son pays au plus offrant au risque de voir sa femme et sa fille assassinées d’une manière particulièrement atroce.

« Le Russe, Le Chinois. Le Danois. L'Américain aux dents incroyablement blanches. Quatre hommes, et pas une seule femme. La conquête, ce vice des mâles. » Des représentants des plus grandes puissances mondiales sont mobilisés pour des enchères. Chacun espère gagner un territoire riche en ressources énergétiques. Peu leur importe les 56.000 habitants et leur culture. Le profit prime.

« Tu ignores qui est ton ami et qui est ton ennemi jusqu'à ce que la glace sous tes pieds se brise. » Frederik Karlsen est un dirigeant moderne, mais les traditions ancestrales du Groenland lui tiennent à cœur. Mais peut- on vendre la terre des Inuits ?

Au final, un récit dystopique qui fait suite aux propositions abracadabrantesques de Trump qui souhaite acheter le Groenland comme il achèterait un donut au coin de sa rue. Les propos et l’intrigue sont d’une intelligence fine. Le compte à rebours est mis en scène pour le rendre vivant, probant, aux yeux du lecteur grâce à une temporalité multiple. On frissonne, on se pose des questions tout le long du décompte. Le final est grandiose. Je relirai Mo Malo ; c’est certain.   

vendredi 27 février 2026

Les aérostats, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2020)

 



Les aérostats, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2020)

💙💙💙

Je continue ma lecture des romans d’Amélie Nothomb que j’ai loupés à leur sortie ; il ne m’en reste plus que deux avant sa sortie du mois d’août ! Direction Bruxelles pour cet opus, dans lequel nous cheminons aux côtés d’Ange, étudiante en philologie (l’histoire d’une langue par le biais de textes).

« Couchée sur le lit, j'imaginais que j'étais un tramway, moins pour me nommer désir que pour ignorer ma destination. J'aimais ne pas savoir où j'allais. » Ange est une jeune femme solitaire, vivant en colocation avec une Belge guère arrangeante, et qui souffre d’être mise à l’écart par ses camarades de classe. Comme la plupart des personnages que l’on croise chez Amélie Nothomb, elle possède des capacités intellectuelles hors normes qui la rendent asociale.

« Ces derniers temps, dans les médias, on signalait une épidémie de dyslexie. Il me sembla en détenir l'explication. Nous vivions une époque ridicule où imposer à un jeune de lire un roman tout entier était vu comme contraire aux droits de l'homme. » Alors qu’elle cherche un moyen de gagner de l’argent, Ange est embauchée pour donner des cours de français à Pie, un adolescent de seize ans. Le père est persuadé que son fils souffre de dyslexie… Mais le mal- être du garçon est bien plus profond.

« Ma mère n'est pas méchante, mais que pourrais- je dire à une femme à ce point stupide ? J'avais huit ans quand j'ai compris qu'elle était une imbécile. J'en avais douze quand j'ai su que mon père était un sale type. » Les liens familiaux, thème récurrent de l’auteure, vont vite se retrouver au centre de l’intrigue. Les sentiments exprimés par les relations entre les membres de la famille Roussaire sont particulièrement exacerbés. Pie n’est pas épargné.

Au final, un livre lu en une après- midi. J’aime toujours la fluidité de la plume d’Amélie Nothomb, son style souvent enlevé et son envie de partager son amour des grands textes littéraires, tels ceux d’Homère, de Radiguet ou encore Kafka. Mais il faut reconnaître que les éléments narratifs sont souvent vite expédiés et les dialogues semblent parfois sonner creux. Un peu plus de langueur et de chair aurait donné plus de consistance à l’histoire. 

La voisine sans histoire, Liz Nugent (Michel Lafon, 01/2026)


 

La voisine sans histoire, Liz Nugent (Michel Lafon, 01/2026)

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Quelle histoire incroyable ! Le personnage de Sally Diamond va me hanter pendant longtemps ! La plume de l’auteure, entre humour noir et suspens psychologique, est terriblement addictive. Freida n’a qu’à bien se tenir !!!

« "Sors- moi avec les poubelles", disait- il toujours. "Quand je mourrai, tu n'auras qu'à me sortir avec les poubelles. Je serai mort, ça ne me fera rien, alors que toi, tu seras en larmes." Et il riait, et je riais aussi, parce que nous savions tous les deux que je ne pleurerais pas. Je ne pleure jamais. » Sally Diamond devient une « voisine avec une histoire » le jour où elle tente de réduire en cendres le corps de son père, tout juste décédé, dans l’incinérateur de déchets ménagers installé au fond du jardin de la demeure familiale. Elle, elle ne voit pas où est le problème… Mais ce n’est pas le cas du voisinage, évidemment !

« Je savais que je ne fonctionnais pas comme les autres, mais si je pouvais garder mes distances, en quoi était- ce un problème ? Papa disait que j'étais unique. Cela ne me dérangeait pas. On me décrit de bien des façons, mais mon nom est Sally. En tout cas, c'est le nom que maman et papa m'ont donné. » Sally, quarante- quatre ans, a toujours vécu dans un cadre rassurant, entre deux parents médecins spécialisés en psychiatrie. Elle n’a suivi aucune scolarité et n’a jamais travaillé, du fait de son incapacité à vivre en collectivité. Mais une fois seule, il va bien falloir qu’elle se tourne vers l’extérieur et les autres.

« Je croyais que tes parents m'avaient quasiment tout dit sur ton histoire, mais il semblerait qu'ils aient caché beaucoup de choses à tout le monde. » En enterrant son père, cette fois dans la dignité, Sally va mettre à jour des liens familiaux auxquels elle ne s’attendait absolument pas. Et il va falloir qu’elle apprenne à composer avec cela, d’autant plus que les secrets cachés sous le tapis vont se révéler bien lourds à affronter.

Au final, un récit captivant, tant l’auteure a su se fondre dans ses deux personnages principaux, à la pathologie psychiatrique particulière. L’intrigue est originale et j’ai été surprise du début à la fin par les chemins sinueux que prennent les découvertes de Sally sur son passé. La tension narrative m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page ! Trop bien !!!

dimanche 22 février 2026

James, Percival Everett (Editions de l'Olivier, 08/2025)

 



James, Percival Everett (Editions de l'Olivier, 08/2025)

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Cap sur les rives du Mississippi, auprès de Tom Sawyer et Huckleberry Finn ! L’occasion de découvrir la plume de Percival Everett ; un auteur dont j’entends parler depuis plusieurs années.

« L'attente constitue une grande partie de la vie d'un esclave, qui attend et attend qu'on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. » Jim est l’esclave de Miss Watson. Il est plutôt bien traité et vit avec sa petite famille ; Sadie, son épouse, et Lizzie, leur petite fille. Mais voilà qu’il entend les « Blancs » parler de sa mise en vente à un autre maître. Pour éviter cela, Jim s’enfuit.

« Quel monde étrange, quelle existence étrange que celle dans laquelle un égal doit argumenter pour prouver son égalité, dans laquelle il doit avoir un statut lui permettant de formuler ces arguments en public et ne peut pas avancer ces arguments pour lui- même, les prémisses de ces arguments devant être vérifiés par ceux des égaux qui les réfutent. » Au cours de sa fuite, Jim est amené à rencontrer bon nombre de personnes ; des individus tous plus différents les uns que les autres. Entre les huluberlus prétendant descendre des rois de France et les esclaves ravis d’être soumis, il y a de quoi perdre foi en l’humanité…

« En cet instant, le pouvoir de la lecture m'apparut clairement, dans toute sa réalité. Si je voyais les mots, alors personne ne pouvait contrôler ces mots ni ce que j'en retirais. On ne pouvait même pas savoir si je les voyais seulement ou si je les lisais, si je me contentais de les déchiffrer ou si je les comprenais dans leur globalité. C'était une pratique absolument intime, absolument libre et, par conséquent, absolument subversive. » Jim n’est pas un esclave comme un autre ; il a appris à lire et à parler un double langage : celui attendu des « Blancs » et celui des « Noirs » qui ont pu être éduqués. Notre personnage, en fuite, a du mal à se situer face aux personnes qu’il rencontre. Heureusement, Voltaire lui apportera le soutien philosophique qui le portera jusqu’à la fin.

Au final, j’ai beaucoup aimé me plonger dans l’univers de « Tom Sawyer » par le biais d’un personnage annexe. L’aspect historique est vraiment très intéressant, avec les prémisses de la guerre de Sécession et la dénonciation de l’esclavage. L’auteur prend son lecteur aux tripes avec son personnage de Jim / James, cet homme né esclave qui veut, malgré son état de servitude, devenir maître de sa destinée grâce à la culture littéraire développée grâce à sa curiosité et son intelligence. Un roman qui a largement mérité les prix qu’on lui a décerné.