vendredi 30 juillet 2021

Train d'enfer pour ange rouge, Franck Thilliez (2004; Pocket)



Train d'enfer pour ange rouge, Franck Thilliez (2004; Pocket)

💛💛💛💛 

C’est après avoir lu le dernier Thillez, sorti cette année, « 1991 », que j’ai décidé de me lancer dans la lecture de tous ses précédents romans, dans l’ordre chronologique. En effet, « 1991 » nous racontait les débuts de Franck Sharko, tout juste débarqué d’une brigade de Lille, au mythique 36, Quai des Orfèvres. L’occasion était donc trop belle pour remonter le fil des enquêtes de ce personnage de flic récurrent dans l’œuvre de Franck Thilliez.

 

« J'ai tout essayé. Le saut en parachute, à l'élastique, les pires manèges de foire, les élans fulminants à moto et pourtant, rien ne me secoue autant que l'explosion d'une scène de crime sur le film cristallin de la rétine. Je me sens, aujourd'hui encore, incapable d'exprimer ce qui me retourne à ce point. Peut- être la peur ou, tout simplement, le réflexe humain de ne pouvoir supporter le visage de l'horreur dans sa plus fracassante expression. » Sharko aime son métier, viscéralement, malgré les horreurs auxquelles il est confronté au quotidien. Le voilà appelé sur une scène de crime atroce : une jeune femme a été retrouvée mutilée, décapitée, ses yeux énucléés, et son corps, de surcroit suspendu au plafond, porte les traces de longues séances de tortures. Des éléments de l’autopsie vont mener le commissaire en Bretagne, dans une carrière de granit où il va découvrir qu’un accident de travail récent va s’avérer troublant ; la victime en question étant une femme associée à des réseaux de BDSM. Voilà Sharko embarqué dans les milieux les plus pervers et les plus secrets ; celui des sadomasochistes. Et pourtant, son esprit est loin d’être disponible pour faire face à la complexité de ces réseaux qui agissent dans l’ombre ; en effet, son épouse, Suzanne, a été enlevée six mois auparavant, et aucun indice ne permet au commissaire de savoir si elle est toujours en vie, ni, si c’est le cas, d’en connaître les conditions.

 

« En général, plus l'acte sadique s'étale dans le temps, et je crois que dans notre cas nous frôlons un record, plus le tueur a la certitude de ne pas être pris. Il se sent invulnérable, s'appliquant à passer inaperçu, ce qui le rend redoutable. » Le pire, c’est que le sadisme, la perversité, ne sont pas que des effets de la société actuelle. Une collègue de Sharko va retrouver des textes datant du Moyen Age qui feront état de l’existence de religieux adeptes de l’expiation par la torture. L’Homme aime faire mal, depuis la nuit des temps…

 

Au final, un récit dans lequel j’ai eu du mal à entrer dans un premier temps, tant les scènes décrites me semblaient être d’une cruauté excessive d’un côté, et le récit des actions de second plan me paraissait, d’un autre côté, totalement dénué d’intérêt. Et puis, au fur et à mesure des pages, j’ai aimé suivre l’évolution de l’enquête grâce au fait que Sharko en soit le narrateur. J’ai vécu sa colère et ses étonnements en direct avec lui. Alors, cap sur la suite !

mercredi 28 juillet 2021

Hantée, Mikaël Ollivier et Nicolas Pitz (Jungle! 06/2021)



Hantée, Mikaël Ollivier et Nicolas Pitz (Jungle! 06/2021)

💛💛💛💛

 J’aime beaucoup les romans jeunesse qu’a écrit Mikaël Ollivier. Il y a une sensibilité dans sa plume qui permet au lecteur de ressentir des émotions avec douceur mais aussi de réfléchir, de se poser des questions. En tant qu’enseignante, j’ai quelques extraits de ses précédents romans que je fais étudier à mes élèves tant je les trouve bien écrits et déclencheurs de réflexions sur la société actuelle. Ici, avec cette bande dessinée créée avec Nicolas Pitz, il prend le prétexte du surnaturel pour parler du deuil, de l’acceptation de la disparition d’une personne aimée.

 

Tilda est une adolescente dépressive : elle a perdu sa sœur jumelle, Manon, dans un accident de scooter. Elle culpabilise énormément, se jugeant responsable du drame pour une histoire de casque. Ses parents l’ont donc envoyée au Refuge, un centre d’aide pour adolescents en difficulté, afin qu’elle puisse se reconstruire auprès de professionnels et d’autres jeunes sensibilisés, comme elle, par des tragédies familiales. Mais voilà que suite à une séance de spiritisme, Tilda va obtenir le « don » de voir les esprits qui se cachent parmi nous. Une chasseuse de fantômes va se révéler très intéressée par les capacités de l’adolescente, qui elle, nourrit simplement l’espoir de rencontrer le spectre de sa soeur ; mais dans quel but ?

 

« Personne ne choisit. Personne ne décide. C'est la vie ! La mort, c'est la vie ! Il faut l'accepter, on n'a pas le choix... » Tilda va au fil du récit comprendre qu’elle doit accepter de faire ce travail de deuil pour pouvoir envisager la possibilité d’un avenir.

 

Bref, une bande dessinée très bien réalisée, les dessins sont très agréables à regarder (j’adore la planche représentant un paysage marin, p.124), et l’histoire est captivante. Les jeunes lecteurs devraient y prendre beaucoup de plaisir. Dans le contexte actuel où la Covid a endeuillé de nombreuses familles, on peut dire que ce genre de récit s’avère nécessaire pour débloquer la parole chez les plus jeunes. Personnellement, j’aurais aimé que certains éléments de l’histoire soient davantage exploités (le devenir du don de Tilda notamment) mais ce n’était visiblement pas l’objectif premier de ce livre. En tout cas, je le recommande vivement pour les adolescents.

mardi 27 juillet 2021

Section Némésis, Tome 4, Les glaces du Phoenix, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)

 


Section Némésis, Tome 4, Les glaces du Phoenix, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)

💓💓💓💓💓 

Dans ce quatrième et dernier tome, disons- le, le monde que nous connaissons est en proie aux démons de toutes sortes, annonciateurs d’une apocalypse sanglante. Si c’est au tour du personnage d’Ethan d’être mis en avant, c’est finalement toute la Section Némésis qui va devoir se mobiliser : « Nous devons tous risquer notre vie pour celle de l’humanité ».

 

« Mon cœur saigne à la pensée de ce que nous avons perdu, mais aussi en raison de son indifférence à mon égard, de son oubli de nous. » Ethan retrouve enfin, dans ce tome, son âme- sœur, Aziliz. Celle- ci, après avoir subi mille traumatismes par Woodstorm et ses comparses, est une sauvageonne amnésique. Il va falloir à notre phœnix énormément de patience, mais aussi l’intervention de pouvoirs surnaturels annexes pour pouvoir enfin entrer en contact avec elle, et tenter de renouer le lien, devenu si ténu, qui existe entre eux.

 

« Mon amnésie me protège d'atroces souvenirs. Ma sœur et mon thérapeute me l'ont affirmé. Mon cerveau a disjoncté, comme un réseau surchargé. Pourtant, quand mon esprit n'est pas trop anesthésié, je voudrais savoir ce qui s'est passé pour en être arrivée là. » La double narration Ethan / Aziliz permet au lecteur d’aborder les scènes d’action en comprenant les enjeux personnels – et les complexités- de chacun de nos deux héros. Car le destin de l’humanité est avant tout lié à la prophétie d’Aziliz concernant Amy : « Ton âme est importante, tu es importante. L’avenir n’existera pas sans toi. » Mais tous les membres de la Section Némésis auront un rôle essentiel à jouer, chacun avec ses forces et ses faiblesses, avec son abnégation ou son égocentrisme, pour tenter de redonner à la Terre l’équilibre nécessaire à une cohabitation entre Humains et Surnaturels.

 

Au final, un épilogue à la mesure des tomes précédents de la saga ; captivant ! Les actions s’enchainent, les retournements de situations sont habiles et souvent inattendus. La double narration interne fait que l’on s’attache aux personnages – phares que sont ici Ethan et Aziliz (malgré les troubles de l’identité de celle- ci !). J’apprécie énormément la fin qu’a donnée l’auteure à cette saga ; plaçant ses protagonistes dans un cadre enfin positif. Il ne me reste plus qu’à aller à la rencontre d’Aloïs, rencontré vers la fin de l’histoire ; personnage principal troublant d’une autre saga de l’auteure, en cours d’écriture…  

dimanche 25 juillet 2021

Section Némésis, Tome 3, La tourmente de la sylphide, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)


 

Section Némésis, Tome 3, La tourmente de la sylphide, Charlie Genet (Elixyria, 11/2020)

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C’est avec un plaisir intact que j’ai retrouvé les membres de la Section Némésis dans ce troisième tome. Après les duos composés de Luc et Eve, puis Sean et Chann, c’est au tour du personnage de la sylphide prénommée Amy d’être mis en avant. La jeune femme de vingt- trois ans va en effet quitter Kenai, pour retourner sur ses terres d’origine, en Ecosse, afin d’enquêter sur une histoire de troupeaux dévastés de manière fulgurante. Mais ce que va découvrir la sylphide est bien plus troublant que prévu…

 

« Nous n'avons jamais à agir sur la nature, elle maintient elle- même son équilibre parfait. Par contre, dès que l'homme - que ses gènes soient à cent pour cent humain ou pas - s'en mêle, tout peut basculer d'un côté ou de l'autre. » En Ecosse, Amy se rend compte que l’équilibre entre le Bien et le Mal est menacé. Des démons divers pullulent et envisagent de mettre le pays à feu et à sang. Et le blackout du réseau électrique, à un niveau mondial, ne va pas l’aider dans la mise en œuvre de sa mission.

 

« Le monde n'est pas aussi rationnel que vous l'imaginez. Il n'y a pas que des Hommes et des animaux. » Amy va rencontrer Henry, un reporter humain venu enquêter lui aussi sur les animaux qui meurent sans explication logique. Il devient son amant et va se retrouver bien malgré lui au cœur d’événements surnaturels qui vont questionner sa rationalité.

 

« Je ne suis plus qu'un élément, l'air, avec une conscience de femme. Dans cet état, je garde toutes mes capacités, je vois, j'entends, pourtant je ne ressens rien, ni tristesse ni joie, je suis en paix, barricadée contre la douleur et le bonheur. Je ne suis pas un être sensible, juste une créature en osmose avec le vent. » Amy a beau puiser des forces quasi inépuisables dans son élément, le vent, elle va devoir lutter contre des souffrances liées à son passé qui vont risquer de la dévaster. Et puis il y a cette prédiction qu’Aziliz, la sybille, a proférée à la fin du tome 2… Et il y a Henry…

 

Bref, encore une fois, Charlie Genet a su m’emmener dans son univers imaginaire riche en surprises et en retournements de situation étonnants. Je ne m’attendais pas du tout à la fin proposée ici et je vais me jeter dans la lecture du tome 4 de la saga car j’ai vraiment BESOIN d’avoir le fin mot de cette histoire !!!

lundi 19 juillet 2021

66 Histoires de revenants, Roger Maudhuy (De Borée, 05/2021)


 

66 Histoires de revenants, Roger Maudhuy (De Borée, 05/2021)

 💙💙

En voyant la couverture de ce livre, j’ai eu peur d’avoir quelques frayeurs nocturnes. En effet, je suis facilement impressionnée par tout ce qui touche aux revenants, même si je suis irrémédiablement attirée par les histoires dans lesquelles leur présence engendre bien des frissons. Roger Maudhuy est parti sur les routes de France (et d’ailleurs) pour recueillir les histoires, souvent partagées à l’oral, qui ont trait à des apparitions de fantômes ou à la présence d’esprits de défunts parmi les vivants.

 

« Qu'y a- t- il après la mort ? Qu'est- ce que la mort ? Depuis qu'il réfléchit, l'homme se pose cette question qui reste sans réponse. C'est son dernier grand questionnement, celui qui l'occupe depuis toujours, en tout cas depuis qu'il n'est plus une brute dont le seul but était de remplir son estomac. »  Cette question, que tout le monde se pose au moins une fois dans sa vie, soulève bien des hypothèses… Des fantasmes aussi. Les dames blanches, et autres cavaliers sans tête s’expliquent souvent par des vengeances imaginaires, les êtres invisibles par une réécriture des légendes liées à l’Histoire de France : l’invisible « bruyant » fait parler.

 

« Comme un archéologue qui rassemble des tessons de poterie, je recueille des bribes de littérature orale, des légendes, un peu de croyances anciennes, des superstitions, des historiettes (...) » L’époque où l’on se racontait des histoires tout bas, près de la cheminée, avant d’aller se coucher, et belle et bien révolue. Roger Maudhuy est donc allé à la recherche de ces récits pour les retranscrire avant qu’ils ne disparaissent. La tradition orale gardera dans ce recueil une trace des folklores locaux qui ont fait frissonner des générations de Français.

 

Personnellement, j’ai trouvé ces récits racontés de manière un peu trop factuelle pour me passionner réellement. J’aurais apprécié que chaque histoire ait un côté romancé, histoire de pouvoir laisser à mon imagination la liberté d’interpréter chaque légende avec une touche d’onirisme. Mais ce recueil est parfait pour toute personne avide de connaître les histoires de revenants de notre pays. L’écriture fluide de l’auteur permet d’en comprendre les tenants et les aboutissants.