Les brebis égarées, Madeline Cash (Denoël, 08/2026)
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J’ai eu la chance de lire ce roman de la rentrée
littéraire, en avant- première, grâce à mon adhésion au Club Lecture Lire
Magazine. Il faut dire que les récits abordant les familles dysfonctionnelles ou
aux lourds secrets profondément cachés sont mes cibles de prédilection en
matière de lecture. Et avec la famille Flynn, je n’ai pas été déçue !
« Mais l'amour qu'ils avaient autrefois
partagé semblait à présent lointain, inaccessible. Bud avait intériorisé le
ressentiment de sa femme, s'était retiré profondément en lui- même, puis dans
le minivan pour y fumer de l'herbe et y écouter de la musique, seul. Ils se
croisaient dans la cuisine tels deux étrangers dans un centre commercial. »
Bud et Catherine Flynn abordent la quarantaine avec une crise conjugale
profonde. Parents de trois filles adolescentes, ils sentent que leur couple n’est
plus ce qu’il était. Pour y remédier, Catherine a une idée : mettre en
place ce qu’elle appelle un « arrangement », autrement dit, devenir
un couple libre. Il faut dire qu’elle a déjà des vues sur l’un de leurs voisins…
Mais Bud, lui, n’envisage pas la vie de couple sous l’égide du partage. Comment
s’entendre dans ces conditions ?
« - Savez- vous quelle phrase apparaît
plus de trois cents fois dans la Bible ?
- "Tu ne coucheras point avec ton frère" ?
- "Soyez sans crainte." Pourquoi êtes- vous ici, Bud ? » Le père de famille, acculé par son patron, propriétaire de l’industrie
qui fait vivre toute leur ville, se voit obligé de suivre une « thérapie »
au sein de l’église, dans un groupe de parole si bien nommé « les Brebis
égarées ». Il y rencontrera des personnes essentielles, qui lui permettront
d’envisager la vie sous un nouvel angle tourné vers ses valeurs les plus
profondes.
« - Nous faisons tous des erreurs, mon
père, avait dit l'homme. Les saints comme les pêcheurs. Ce qui compte, c'est ce
que nous faisons de ces erreurs, à quel point nous parvenons à les cacher, et
jusqu'où nous sommes capables d'aller pour les garder secrètes. » Le père Andrew, qui gère l’église, sa communauté, comme tout bon pasteur
américain, est loin d’être le personnage pieux que l’on est en droit d’imaginer.
L’occasion pour l’auteure de dresser une satire politiquement « in »-
correcte de la main – mise de l’Eglise sur la population américaine, en
apparence si puritaine mais en réalité profondément pervertie. Un régal !
Au final, un roman qui m’a d’abord désarçonnée, tant par le fond - on entre directement dans la vie très intime d’une famille, que sur la forme – avec cette insistance syntaxique sur le mot « mite » jusqu’à ce que ces nuisibles soient exterminés dans le récit. Et puis je me suis laissé entraîner par la polyphonie du roman, avec les chapitres dédiés à chacun des principaux protagonistes de l’histoire et leur vision de la situation globale, parfaitement réaliste en fonction de l’âge et de la personnalité de ceux- ci. L’auteure excelle à nous faire passer d’une histoire de famille à un thriller, d’un roman sociétal à une romance. Un bonheur de lecture !




