Fille de, Anne Pitteloud (Finitude, 08/2026)
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C’est ma libraire qui m’a dirigée vers ce premier
roman alors que je compulsais les premières publications de cette rentrée
littéraire. La quatrième de couverture m’a immédiatement happée : une
jeune femme découvre que les manuscrits de son père, écrivain à succès
récemment décédé, sont vides, alors qu’elle- même rêve de voir ses propres
romans publiés.
« Lentement, je les ai tirés à moi, je
les ai ouverts, j'ai feuilleté leurs pages en faisant le moins de bruit
possible, leurs feuilles immaculées comme les murs de la pièce, comme le
silence d'un tombeau.
Dans chacun d'eux, le vide encore. » Chloé Monnay
pénètre pour la première fois dans le sacro- saint bureau où son père passait
ses journées à écrire. Alors que ce dernier vient de décéder, son éditeur est
sur les dents : il attend avec impatience les manuscrits que son auteur à
succès lui a promis depuis des années. Mais voilà, Chloé ne trouve rien.
« J'ai repensé aux volumes alignés là-
haut, inédits, prêts pour la postérité. Et si je les jetais directement dans
l'étang, ces feuilles qui avaient pourri mon enfance ? » La jeune femme est dépitée. Son père a toujours été « absent »
à cause du besoin d’isolement qu’imposait son écriture. Et elle lui en veut
pour cette enfance solitaire.
« Je pensais aussi à d'autres manuscrits.
Les miens. Deux romans que je n'osais faire lire à personne, dont je n'avais
rien dit, pas même à Julien ou à mes parents. Je n'étais pas prête. Je ne les
trouvais pas pires que bien des textes publiés et encensés par les médias, mais
si on me disait que c'était mauvais, s'ils étaient refusés par les éditeurs, je
ne saurais plus quoi faire de moi et de ma vie. » Et puis Chloé va proposer ses propres écrits, restés secrets, pour faire
plaisir à sa mère, pour contenter l’éditeur et pour contrer les journalistes
malveillants.
Un roman qui m’a happée du début à la fin. L’auteure, à coups de chapitres courts se terminant sur une chute haletante m’a poussée à ne pas quitter son histoire. Je me suis véritablement identifiée au personnage de Chloé, avec ses rêves, sa rancœur, son envie de vivre pour elle- même. J’ai eu du mal à quitter ce roman qui pose tant de questions sur le poids de l’imposture au sein de la famille et de la société avec brio. Une réussite.




