mercredi 4 novembre 2026

Des murs et des morts, Frank Pietra (Auto- édition, 2025)


 

Des murs et des morts, Frank Pietra (Auto- édition, 2025)

👻👻👻

J’ai rencontré Frank Petra à l’occasion du salon du livre de Castres, en septembre dernier. J’ai immédiatement été attirée par l’intrigue de ce cours roman (ou longue nouvelle ?), car elle est proche de celle que j’ai moi- même utilisée dans mon premier texte écrit ; l’intervention du surnaturel dans une réalité située en pleine ville de Castres.


« J'avais toujours cru que les fantômes n'habitaient que les romans. Qu'ils étaient faits pour nourrir les nuits des enfants, les contes de vieilles tantes, ou les rumeurs de villages à demi oubliés. » L’auteur m’avait prévenue ; il racontait ici des événements lui étant vraiment arrivé ! J’ai été néanmoins déstabilisée par les phénomènes relatés dans ce récit : Francus, le spectre mélancolique ardéchois, Jeanne, la vieille dame qui hante la maison castraise, et Ghuilhabert, évêque cathare apparaissant lui aussi dans cette maison ; probablement enterré en douce dans ses fondations (ou aux alentours). Comment partager son quotidien avec des esprits qui se promènent chez soi ? 


« Guilhabert de Castres, ce nom que je croyais d'abord symbolique, est devenu une obsession. J'ai lu, fouillé, croisé les sources. Le prédicateur cathare, parfait parmi les parfaits, évêque des dissidents, frère des hérétiques - un homme d'esprit et de feu. » Si j’avais déjà entendu ce nom, je n’avais aucune connaissance concernant ce personnage historique ayant vécu au début du XIIIème siècle. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur les Cathares et leurs croisades…


« Je n'ai pas offert un bouquet. J'ai prononcé un sort sans le savoir. » Il aura fallu un bouquet de muguet pour que les trois histoires s’articulent avec celle de l’auteur- même. Une fleur symbolique, à la fois porte- bonheur et véritable poison. Une double signification pour un monde entre deux dimensions…


Au final, j’ai bien aimé ce court roman, la plume sensible de l’auteur et l’ambiance lugubre instaurée grâce aux illustrations réalisées par l’auteur. J’ai toutefois regretté que les scènes durant lesquelles les entités se manifestent ne soient pas plus descriptives. Un récit qui aura attiré mon attention par sa proximité avec mon propre lieu de vie. 

lundi 2 novembre 2026

Nina, Naëlle Charles (L'Archipel, 2026)

 


Nina, Naëlle Charles (L'Archipel, 2026)

💖💖💖💖

Je connaissais Naëlle Charles pour sa réjouissante saga de cosy mystery « Bigoudis et petites enquêtes » dans laquelle Léopoldine, coiffeuse de profession, parvient à résoudre des enquêtes grâce à un sens de l’observation affuté et une perspicacité qui ferait rougir plus d’un gendarme. J’étais donc ravie de pouvoir lire un roman de cette auteure, d’autant plus qu’il abordait l’un de mes thèmes romanesques de prédilection : le secret familial.

« Cela passe toujours, le temps finit par atténuer la douleur jusqu'à l'effacer. On n'oublie pas, mais on n'a plus mal. Il faut faire preuve de patience et aller de l'avant. Des épreuves et des coups durs, il y en aura d'autres et tu devras les affronter avec courage. Mais tant que tu continues à rêver et que tu croises sur la route des gens qui méritent d'être aimés, tout est possible. » Rose s’apprête à déposer sa fille, Nina, à une soirée de la Saint- Sylvestre. La jeune fille de dix- huit ans sort d’une grave dépression. Sa mère l’encourage dans son envie de reprendre part à une vie sociale ; espérant la voir enfin sortir de son apathie, à défaut de comprendre ce qu’il lui est arrivé.

« Il sait qu'à partir du moment où ils lui auront annoncé la terrible nouvelle, la vie de cet homme et de sa famille va basculer. L'enfer dans lequel ils s'apprêtent à plonger ne fait que commencer. » Rose a déposé sa fille, est allée travailler, mais ne rentrera jamais chez elle.

« Ces derniers mois ont conforté Nina dans une certitude : tout le monde se fiche de ce que pense une caissière de supermarché. En revanche, les mots d'une avocate auraient bien plus de poids. » Le corps de Rose est retrouvé sous la neige. Le major Guérin conclut à un suicide. Impensable pour Nina. Mais qui écoute une jeune femme de dix- huit ans dépressive et exerçant le métier de caissière ? Ce constat est un électrochoc pour Nina ; et si elle reprenait ses études, pour faire entendre sa voix et trouver ce qui est réellement arrivé à sa mère.

Au final, un roman porté par la plume chaleureuse de l’auteure. Elle a le don de rendre ses personnages terriblement attachants. L’intrigue, elle, est intéressante grâce à l’intervention conjointe de certains protagonistes et le délai de huit années entre les deux enquêtes. Les problématiques abordées sont sensiblement amenées. Une très bonne lecture – détente. 

jeudi 29 octobre 2026

Cinquante marathons et quelques bêtises, Runnindoum (Les éditions Persée, 2013)

 


Cinquante marathons et quelques bêtises, Runnindoum (Les éditions Persée, 2013)

🏃🏃🏃🏃

Je connais Runnindoum depuis quelques temps, partageant avec lui cette passion du marathon. J’avais entendu parler plusieurs fois de ses écrits, sans avoir la possibilité de lui en parler directement (il court plus vite que moi !), jusqu’au marathon de Millau, où j’ai pu lui faire part de mon envie de lire ses témoignages de coureur. « Clic- clac, l’affaire est dans l’sac », comme dirait mon cher Pierre, et je récupérais les précieux ouvrages pile un mois plus tard.

« J'aime courir.
J'aime lire de coureurs, portes ouvertes sur un monde d'évasion et de liberté où le temps et l'espace se mêlent, sans barrière, et où tout est possible. »
Je ne peux que citer ce passage, tellement je m’y reconnais. Il y a bien longtemps que je ne suis plus montée sur un podium, et pour autant, je continue à m’inscrire sur des courses longues chronométrées, et à lire les autobiographies de coureurs, ou de sportifs, qu’ils soient de haut niveau ou amateur passionné.

« Pas plus que grand coureur je ne suis grand écrivain ; la seule ambition de ce recueil est de faire partager au coureur la petite expérience, et donner au lecteur le plaisir que j'éprouve moi- même en lisant des récits. » Doumé (l’autre surnom de Runnindoum) sait parfaitement manier les mots pour faire revivre à ses lecteurs les sensations d’un coureur de marathon ; ses espoirs, ses illusions, ses tergiversations…

« Pour y repenser, après une telle journée, comment articuler un récit pour y faire rentrer toutes ces images, ces émotions, ces vibrations de plaisir ?
Cela ne sera pas chronologique ("chrono" ? mais qu'est- ce que c'est ??), mais plutôt une succession de flash, de couleurs, d'odeurs... »
Et là, avec ces quelques mots, je retrouve mes propres hésitations, mes mots flous et imprécis, illustrant mon incapacité à expliquer clairement, précisément pourquoi j’aime tant courir un marathon.

Au final, un livre que j’ai dévoré, appréciant chaque récit à la hauteur de ma propre expérience. En effet, j’ai couru certains des marathons cités dans ce recueil. Le chrono en moins ! Un livre bien écrit par un coureur pour les coureurs, et autres sportifs avides d’effort et d’humour !


mercredi 28 octobre 2026

Je change de nom, Christine Angot (Flammarion, 10/2026)

 


Je change de nom, Christine Angot (Flammarion, 10/2026)

💟💟💟💟

Je lis chaque livre publié par Christine Angot depuis quelques années. J’aime son style, sa manière d’exprimer sa colère viscérale par des mots toujours judicieusement choisis. Bien sûr, ses écrits sont autobiographiques, bien sûr ils sont dérangeants, mais ils ont pointé les violences faites aux femmes, aux enfants, bien avant l’ère #Metoo.

« Augustine ne savait pas qui était son père biologique, ni où se trouvait cette exploitation agricole.
C'étaient des situations fréquentes, elles étaient liées à des contextes de soumission. »
Christine Angot débute son récit par une recherche dans son arbre généalogique du côté de sa mère : des femmes qui se sont soumises aux hommes parce qu’elles ne pouvaient pas faire autrement du fait de leurs origines sociales, et qui n’ont pas pu faire reconnaître les enfants nés de relations adultérines. Sa grand- mère, ainsi que d’autres femmes de sa famille en ont été victimes.

« Le mariage était la seule forme possible de vie et d'intégration sociale. Pour obtenir une forme de respect. Avoir la paix. Qu'on vous laisse tranquille. Qu'on ne vous traite pas de fille- mère ou de pute. Cela équivalait. » Les mœurs sociétales concernant les mères- filles semblent avoir évolué, de nos jours, mais le regard des autres, notamment de la famille, est resté particulièrement sévère, voire excluant.

« Le livret de famille était conforme à la réalité.
La réalité était contredite par le troc entre l'inceste et le nom. »
Rachel ne voulait pas que sa fille, Christine (l’auteure) soit stigmatisée. Elle insiste, insiste, insiste pour que Pierre Angot, le père de sa fille, la déclare sous son nom, pour lui éviter l’opprobre. Lui tergiverse, puis accepte, mais la contrepartie sera terrible…

« Il faut connaître le nom de son ennemi, et peut- être que, pour le connaître, il faut le porter. » La phrase d’accroche du récit nous en donne la couleur ; il est ici question de mise au point, de rappel à l’ordre familial (s’il en est). Un livre coup de poing qui s’appuie sur l’identité religieuse et sociétale que peut porter un patronyme. Et expliquer, dans la foulée, le choix d’un changement de nom, que l’on soit considéré comme un artiste ou non. Un témoignage intéressant même si les dernières pages sont, à mon avis, insuffisamment approfondies. 

vendredi 23 octobre 2026

Rugby sous pression, Rodrigo Capo Ortega (& Gilles Navarro) (Privat, 2026)

 


Rugby sous pression, Rodrigo Capo Ortega (& Gilles Navarro) (Privat, 2026)

🏉🏉🏉🏉🏉

Avant de venir vivre à Castres, je ne connaissais vraiment pas grand-chose au rugby. Sur place, j’ai très vite pu observer que ce sport était ici quasiment considéré comme une religion, grâce à son club emblématique, le Castres olympique. Je suis donc allée assister à un match, et j’avoue avoir été impressionnée par la force que les joueurs dégageaient sur le terrain tant ils sont puissants physiquement. J’ai notamment vu jouer Rodrigo Capo Ortega et j’ai été surprise d’apprendre, à la sortie de ce livre, que ce colosse ait pu souffrir de dépression à la fin de sa carrière.

« [...] les miens me font croire que je suis un Dieu... de l'Ovalie. Et je les crois ! C'est tellement flatteur. Je suis dans une époque de ma vie où je sens qu'il ne peut rien m'arriver. Je suis devenu Super Capo ! L'image du super- héros s'invite dans mon esprit. » Rodrigo est né en Uruguay et a joué très tôt au rugby. Sa puissance de jeu est très vite remarquée et il intègre le Carrasco Polo Club Montevideo alors qu’il a à peine vingt ans. Les championnats se succèdent et l’emmènent à voyager dans le monde entier, jusqu’à rejoindre le Castres Olympique à l’âge de 22 ans, et devenir l’un des joueurs emblématiques du club, durant dix- huit ans.

« J'avais peur du regard des autres, de ne plus être celui que j'étais lorsque j'étais un rugbyman. Quand tu glisses dans cette spirale négative, le mensonge s'impose. Le déni cache tout ce que tu ressens au fond de toi. Le mensonge est une vérité fausse à laquelle tu crois. Ma vérité n'est pas celle des autres... Tout s'est arrêté du jour au lendemain et je n'étais pas prêt à affronter le lendemain. » En 2019, le Covid s’étend sur la France, l’Europe entière et toutes les rencontres sportives sont annulées. Capo Ortega ne pourra pas terminer la saison sportive. C’est le début de sa dégringolade morale.

« Sachez aussi que les conduites addictives et la dépression ne viennent pas forcément chercher les plus faibles : elles frappent surtout à la porte de ceux qui ont appris à cacher leurs blessures sous un sourire... » A travers son témoignage (rédigé avec Gilles Navarro), Capo Ortega souhaite faire bouger les choses autour de la santé mentale dans le milieu du sport professionnel. En effet, le souci de la préparation mentale des sportifs de haut niveau est relativement récent, or il est fondamental quand on comprend que le mental gère 80% de nos actes !

Au final, un récit que j’ai lu avec avidité. Le fait que je puisse croiser Capo Ortega de manière régulière dans les rues de Castres a rendu son témoignage encore plus sensible et j’ai été particulièrement émue par la sincérité de ses propos. Un témoignage puissant, utile et très plaisant à lire.