jeudi 26 janvier 2023

Pourquoi tu pleures ? Amélie Antoine (Muscadier, 01/2023)


 

Pourquoi tu pleures ? Amélie Antoine (Muscadier, 01/2023)

 💔💔💔💔

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver la plume d’Amélie Antoine dans son dernier roman. J’y ai retrouvé l’ambiance oppressante de « Sans elle » qui m’avait prise à la gorge et m’avait profondément déstabilisée. Cela a été le cas ici aussi…

 

« - Je pleure parce que mon cœur déborde. Parce que je me sens tellement heureuse que c'en est presque trop pour moi. Parce qu'aujourd'hui, c'est le plus beau jour de ma vie.
Il m'avait embrassée sur le front, tout doucement.
- C'est le premier des plus beaux jours de ta vie, avait-il rectifié, sûr de lui et de notre bonheur à venir. »
Lilas se confie depuis ses seize ans dans un journal intime, par le biais de lettres dédiées à son défunt père, avec qui elle entretenait une relation fusionnelle. Ces chapitres sont une remontée dans le temps éclairante sur le devenir de la jeune femme.

 

« Est- ce qu'il savait qu'il ne reviendrait pas, qu'il m'abandonnerait avec mes questions et ma terreur de ne jamais les revoir ? Est- ce que, si j'avais été moins fatiguée et que je les avais accompagnés ce soir- là, rien de tout cela ne serait arrivé, ou est- ce qu'il guettait l'occasion idéale depuis des semaines ? Avait-il disparu sur un coup de tête ou avait-il prémédité sa fuite de longue date ? » Le 18 juin 2022, aux premières lueurs du jour, Lilas se rend compte que son mari, Maxime, n’est pas rentré de la soirée où il s’est rendu avec leur fille de quatre mois, Zélie. Que s’est- il passé ? Et surtout, que leur est- il arrivé ?  

 

« On juge, toujours. Même si on voudrait ne pas le faire, on n'y parvient pas. On approuve ou on désapprouve, on félicite ou on condamne, on absout ou on lynche. » Et puis au fil des chapitres, Lilas se livre – ou pas. Elle endosse tour à tour le rôle de victime et de coupable. Les réseaux sociaux s’enflamment, mais qui est réellement là pour soutenir Lilas ?

 

Au final, c’est avant tout un sujet encore tabou dans notre société qui est mis en évidence de manière très habile par l’auteure, et qui saura à coup sûr trouver un écho chez toutes les femmes devenues mamans ces trente dernières années, pour qui le bonheur d’être mère était devenue une obligation. Perturbant et probablement clivant.  

mercredi 25 janvier 2023

La communauté de l’est, tome 2 : choisis- moi, Sarah West (Evidence éditions, 05/2022)

 


La communauté de l’est, tome 2 : choisis- moi, Sarah West (Evidence éditions, 05/2022)

💟💟💟💟

Retour aux côtés de Gabriel et d’Eve, après que celle-ci a pu s’échapper de la secte dans laquelle elle avait grandi jusqu’à sa majorité, la Communauté de l’Est, proche des Amish. La jeune femme va ici honorer la promesse qu’elle a faite à sa sœur Marie : l’aider à se sauver elle aussi. Zach, le meilleur ami de Gabriel, va leur prêter main forte, d’autant plus qu’il a pu rencontrer Marie à diverses reprises, lors des rendez vous organisés par nos tourtereaux du tome 1. Mais Zach sera- t- il capable de garder l’image de gentil garçon qu’il a montrée à Marie du temps de sa captivité ? Ce qu’il est au quotidien est tout autre…

 

« Et là elle se met à me raconter son histoire avec le fameux Gabriel. Un sourire naît sur mon visage. Ma sœur, si chaste, ne l'est pas autant en fait. Un homme de l'extérieur ? J'aurais aimé être à sa place, elle a de la chance. Et puis, d'un coup, elle me parle de l'ami de son Gabriel, Zach. » Retour sur le tome 1 du point de vue de Marie. Cette jeune fille est constamment en rébellion contre les règles strictes de sa communauté, et quand Eve noue le contact avec un homme de l’extérieur, elle y voit une échappatoire qui lui est vitale : la possibilité de vivre libre, sans contrainte de tâches ménagères, de messes imposées, et surtout, de mariage arrangé.

 

« Je ne veux pas souffrir, je ne veux pas qu'une fille me quitte. Marie aussi partira, même si c'est une fille sérieuse, quand elle verra le monde extérieur et tous les choix qui s'offrent à elle. Elle me laissera tomber comme ma mère. » Zach est un jeune homme torturé. Abandonné par sa mère au plus jeune âge, il n’a plus aucune confiance dans le genre féminin. Même si Marie l’attire, il ne se sent pas prêt à assumer une histoire sur le long terme. D’ailleurs, ses activités liées à un gang violent et sans scrupule l’associent à l’image parfaite du mauvais garçon en qui on ne pourra jamais faire confiance.

 

Au final, un second tome rondement mené, dans lequel le personnage de Zach se révèle dans toute sa complexité. Si Marie est un peu moins délurée que je l’avais escompté, Zach, lui, relève bien le défi du personnage psychologiquement instable ! Le tome 3, centré sur le personnage d’Elijah, annonce bien des promesses !!!

samedi 21 janvier 2023

Sur un arbre perché, Gérard Saryan (Taurnada, 01/2023)


 

Sur un arbre perché, Gérard Saryan (Taurnada, 01/2023)

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Quelle histoire !!!! Impossible de lâcher ce thriller sans en connaître le dénouement ! Et cette fin !!! J’en ai eu les larmes aux yeux ! C’est atroce ! Je suis tombée de haut, estomaquée par l’audace de l’auteur ; oui, quand même, il est allé jusque-là ?!! La disparition d’enfant du départ ? Une occasion de basculer dans le côté obscur de l’humanité : secrets de famille, trafics en tous genres et abus du monde médical vont ponctuer ce récit porté par une femme admirable, Alice, et mener le lecteur par le bout du nez avec bien des méandres !

 

« Je me retournai pour lui répondre mais un sentiment étrange m'envahit. Mon avant-bras ne m'avait jamais paru aussi léger Je chavirai : le blouson de Dimitri était suspendu entre mes doigts comme un trophée que l'on expose. » L’intrigue de base consiste en une disparition d’enfant qui peut sembler banale : une gare parisienne bondée, un garçon de quatre ans, attiré par de la musique qui échappe à sa belle- mère au milieu d’une foule compacte et affolée. Et puis, immédiatement après un accident, qui va envoyer ladite belle- mère, Alice, aux urgences, dans le coma. A son réveil, le garçonnet n’a toujours pas été retrouvé. Pour Alice, le retrouver devient vital. Elle va s’engager dans une quête dangereuse qui l’emmènera d’un camp de gitans à Montreuil à l’Albanie et la Suisse, avec autant d’étapes durant lesquelles elle risquera la vie.  

 

« Ses yeux pénétrèrent les miens avec une incroyable acuité. Cet homme aurait pu m'hypnotiser, dégageant une assurance surprenante.
"M'en voulez pas, je connais le refrain, et ce n'est pas le premier gamin qui est enlevé dans cette gare." »
En menant son enquête, Alice va mettre le doigt dans un engrenage inattendu et dangereux, dans lequel les Hommes et leurs mœurs vont être remises en question.

 

Au final, un roman aux multiples engrenages, qui engage le lecteur dans des pistes éventuelles multiples. Et puis, l’une après l’autre, les cartes s’abattent, de manière inattendue. Le personnage d’Alice est élaboré avec une finesse psychologique telle qu’on a l’impression d’être à ses côtés. J’ai frissonné avec elle, j’ai crié « stop » à sa place, et j’ai été terriblement émue lorsque la vérité, enfin, a été révélée. Un thriller excellement construit que je ne peux que recommander !

jeudi 19 janvier 2023

La communauté de l’est, tome 1 : libère- moi, Sarah West (Evidence éditions, 01/2022)


 

La communauté de l’est, tome 1 : libère- moi, Sarah West (Evidence éditions, 01/2022)

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Décidément, je ne comprends pas le choix des maisons d’édition de mettre des hommes « torse- poil » sur la couverture dès qu’il s’agit d’une romance ; c‘est tellement réducteur ! D’autant plus que ça n’a aucun rapport avec l’histoire, ici, celle de Gabriel qui va tenter de sauver la jeune Eve d’une secte assimilée à celle des Amish…

 « Je suis un homme qui accepte les coups de son père, encore à l'âge adulte, car il n'a même pas le courage de se défendre face à l'homme qui lui pourrit la vie. Je suis le genre d'homme qui ne mérite que de mourir dans un caniveau, sûrement trop saoul pour s'en rendre compte, ou peut- être de maladie vénérienne. » Gabriel est un jeune homme malmené par la vie depuis l’enfance. Ses parents vivent des aides sociales, logés dans une caravane, et s’alcoolisent du matin au soir. Régulièrement battu par son père, il se fait la promesse de s’en sortir un jour, et économise chaque pièce reçue de ses divers emplois. Avec son ami Zach, il passe ses soirées à boire et à multiplier les coups d’un soir.

  « Je ne sais pas comment réagir dans cette situation. Je commence à paniquer, je deviens moite et j'ai du mal à respirer. Seul Dieu peut m'aider dans ces moments- là, je me mets donc à genoux, et commence à faire mes prières. Il faut qu'il me protège de ce malotru. » Alors que Zach et Gabriel vont se baigner illégalement dans un lac situé sur la zone appartenant à la Communauté de l’est, la jeune Eve, qui fait partie de celle- ci, va les surprendre. La jeune fille, d’abord apeurée, va pourtant se laisser apprivoiser par Gabriel, bien loin d’imaginer la vie archaïque qu’elle a mené jusqu’à leur rencontre fortuite.

 « Partir avec toi et t'épouser serait me condamner à la damnation et je ne parle même pas de ma communauté qui me bannirait à vie. Je ne pourrais revoir personne d'ici, jamais. Mais si c'est pour être avec toi, je serais prête à accepter tout ça, et tu sais pourquoi ? Parce que j'ai compris ce que tu m'expliquais sur les sentiments de l'amour. » Victimes d’un coup de foudre réciproque, les deux jeunes vont trouver des subterfuges pour se revoir. Mais Eve est promise depuis sa naissance au prophète Adam ; Gabriel aura-t-il les épaules assez larges pour l’enlever et lui permettre de s’adapter à une société dont elle ne connaît ni les coutumes ni les évolutions techniques ?


Au final, une romance qui m’a captivée, comme c’est souvent le cas avec Sarah West. Les personnages attirent l’empathie et les rebondissements sont inattendus. J’adore les enjeux psychologiques mis en place par l’auteure : rien n’est jamais gagné à l’avance. J’ai maintenant hâte de lire ce qu’il adviendra de Marie, la jeune sœur d’Eve, dans le tome 2 de cette saga !                                                                              

mardi 17 janvier 2023

Le chant du silence, Jérôme Loubry, (Calmann - Lévy, 01/2023)


 

Le chant du silence, Jérôme Loubry, (Calmann - Lévy, 01/2023)

Un port français, non nommé, mais plutôt situé dans le Nord de la France, là où le ciel et la mer ont tendance à confondre leurs gris. Un quadragénaire revient sur ces terres après vingt- quatre années d’absence, pour enterrer son père. Un retour sur les traces de son passé douloureux, mais aussi sur son amour d’enfance, Oriane, qu’il n’a jamais oubliée.

« Mais, alors que ma voiture filait vers mon passé, de mon propre abîme s'élevait le grondement de cette volonté, de ce désir resté trop longtemps inassouvi : je voulais voir son cercueil glisser dans sa tombe. Le regarder être recouvert de terre, lui qui ne jurait que par la mer.
Et plus que tout, je tenais à cracher sur le cadavre de ce père assassin. »
Damien a quitté le port où il vivait avec ses parents durant l’été de ses quinze ans, avec sa mère. Son père, alcoolique et solitaire est accusé de meurtre peu de temps après leur départ. Pour Damien, son père n’est plus qu’un monstre méprisable, qu’il n’a jamais cherché à revoir.

« Mais le temps ne cicatrise rien Il se contente d'observer les blessures avec son air narquois et de les griffer de temps à autre pour les raviver. » Damien se retrouve face à des obligations filiales qui lui sont incompréhensibles. L’absence, les barrières mentales érigées ont forgé un abîme entre le père et le fils. Ce dernier va tomber de haut, découvrant, par le biais de Franck, ancien adjoint de son père devenu policier, que son père n’était peut-être pas celui qu’il pensait être…

« Mais tu es un homme à présent et tu devrais envisager l'idée que cette ville, et toi également, vous soyez trompés depuis le début... » Damien va se retrouver face à la réalité de son passé. Qui sont réellement ses amis et ses ennemis d’adolescence ? Quel rôle Lilly la folle, qui les amusait tant a-t-elle réellement joué ? Et que dire des clients du café « Les Trois Sirènes » ?

Au final, un roman noir construit sur des secrets bien gardés et une déchéance économique bien actuelle puisque hier encore on nous parlait de la pollution des « larmes de sirène » en baie de Pornic aux informations. L’auteur abat ses cartes de façon mesurée et méthodique, avec une chute intrigante à chaque fin de chapitre. Une lecture qualitative par le profil psychologique des personnages élaboré avec soin, certes, mais saupoudré d’une dose de sadisme dont on se délecte. Une très bonne lecture, même si le dénouement s’est révélé un peu trop tôt à mes yeux. Je recommande !