lundi 16 mai 2022

Morgane Fox, Louise Laborie (Sarbacane, 04/2022)

 



Morgane Fox, Louise Laborie (Sarbacane, 04/2022)

💛💛💛 

Morgane est une collégienne lambda. Le fait qu’elle récolte les bonnes notes l’empêche d’être populaire. Son meilleur ami, Simon, est dans la même situation. Ils encaissent ensemble les moqueries en faisant profil bas. A vrai dire, ils s’en fichent. La seule chose qui leur tient à cœur est l’épisode quotidien de la série policière « Tony Fox ». Ils peuvent en parler pendant des heures. Alors quand un jour, la série s’arrête, et que le lendemain, Morgane découvre le pistolet de son héros dans sa boîte de céréales, notre duo se met en action : il faut sauver Tony !

 

« - T'es déjà dead ?
- Tu veux faire un break ?
- Peanuts...
- J'te stopperai, no matter what.
- Speeder, il faut speeder, Tony... »
La série utilise de nombreux anglicismes et on comprend vite qu’il s’agit de sa marque de fabrique. Mais aussi que c’est ce qui plait à nos deux ados.

 

« Mais regarde- toi ! Si t'avais joué dans NCIS, peut- être ! Mais même le docu sur la boule nantaise a fait plus d'audience que toi hier matin ! » Mais voilà, la série est en perte d’audience, et « Tony » est éjecté de sa maison de production du jour au lendemain. Pourra-t-il compter sur ses deux fans les plus fervents, Morgane « Fox » et Simon, son acolyte, pour plaider sa cause devant les maîtres des médias ?

 

Au final, une bande dessinée qui m’a d’abord déroutée par ses nombreuses planches sans paroles. Les personnages sont tous dessinés grossièrement et j’ai trouvé leur environnement maussade. Et puis j’ai eu envie de continuer cette lecture loufoque pour voir où elle allait me mener. Et j’ai trouvé l’histoire intéressante même si elle aurait mérité d’être habitée par des personnages bien plus charismatiques (à mon avis).  

 

dimanche 15 mai 2022

Royal, Paula Alexander et Hedgye Canyon (Inceptio, 04/2022)


 

Royal, Paula Alexander et Hedgye Canyon (Inceptio, 04/2022)

💛💛

 Et si la Révolution de 1789 n’avait pas eu lieu ? Nous sommes en 2030, et la société française est divisée en deux mondes inchangés ; la noblesse et le tiers- état. Aliénor appartient à la première catégorie, et de nouvelles cérémonies instaurées par le Roi vont mettre sur sa route Arthur, qui, lui, appartient au peuple, en tant que fils de boulanger. La jeune femme est une rebelle- née, et sa fréquentation d’un homme du tiers- état va être pour elle l’occasion de tenter de renverser la monarchie dont elle fait partie, mais qui l’insupporte depuis son plus jeune âge…

 

« Je serre contre moi le journal intime de Jean Boudol, sans qui, grâce à son courage et sa loyauté au roi, nous ne serions pas là aujourd'hui. Je n'ose imaginer si le roi avait perdu la guerre en 1789. Si l'armée impériale n'avait pas réussi à entrer dans Versailles ou pire si elle n'était pas venue. Notre beau et prospère Royaume de France n'existerait certainement plus. » Arthur est fier de son ancêtre. Ce fils de boulanger est ravi d’avoir été sélectionné pour le rituel de Pan, qui permet à des garçons issus du tiers- état d’être choisis par des comtesses et d’envisager la possibilité d’intégrer la noblesse pas la voie du mariage.

 

« Dans notre beau royaume, notre commandant en chef est et restera le roi. Bien sûr, après la révolution avortée, Louis XVI a décidé d'ouvrir la Cour et le pouvoir au peuple. Il a instauré les Bels des Débutantes, le rituel de Pan, et il choisit un ministre, celui du tiers état, parmi les citoyens les plus méritants. Et en deux cent cinquante ans, le roi et sa famille n'ont jamais été autant vénérés. Le monde entier nous l'envie. La venue, ce soir, d'autant de journalistes, me le confirme encore un peu plus. » Arthur va très vite déchanter. La comtesse qu’il est censé séduire lui semble bien vulgaire. Et que dire des épreuves de sélection ?

 

« L'espoir... Il a raison, il n'y a plus que cela qui me fasse avancer en ce moment.
L'espoir de sauver Ella.
L'espoir que Léon arrive à convaincre son père.
L'espoir qu'Aliénor tienne sa promesse.
Et une petite voix me souffle, enveloppant mon cœur d'un sentiment nouveau.
L'espoir de revoir Aliénor.
L'espoir de l'embrasser à nouveau... »
L’inattendu, pourtant, se produit : Aliénor et Arthur tombent amoureux l’un de l’autre. Ils font fi des attentes de la cour du Roi et de la menace révolutionnaire qui gronde…

 

Le postulat de départ était vraiment prometteur, j’ai dévoré les cent premières pages, mais j’avoue avoir été déçue par son dénouement. J’ai eu du mal à cerner les personnages principaux et à m’intéresser véritablement à la fois à leurs objectifs et à leur histoire d’amour. Le contexte sociétal était intéressant et bien élaboré mais son évolution m’a déçue au fur et à mesure de l’avancée du récit. Je regrette aussi les nombreuses coquilles qui ont gâché mon plaisir de lecture. Bien tenté, mais mal abouti… 

mercredi 11 mai 2022

Je te vois, Audrey Rousselin (Elixyria, 05/2022)



 Je te vois, Audrey Rousselin (Elixyria, 05/2022)

💓💓💓💓💓

 

Cette histoire, c’est à la fois le récit initiatique d’une jeune fille de dix-huit ans, asociale, ainsi qu’un focus sur ces amours interdites parce que malvenues et inconvenantes qui vous tombent dessus sans crier gare. C’est ce qui attend Joanne, qui s’est renfermée depuis le départ de sa mère avec le voisin d’en face, et celui de sa sœur, Delia, l’ayant laissée seule, elle aussi, avec leur père du jour au lendemain. Elle vient d’avoir son bac et voilà que leur mère décide d’organiser des vacances en mode retrouvailles « mère- filles » dans le sud de la France. L’été où tout va changer.

 

« Je n'ai jamais été proche de ma sœur. En fait, je n'ai jamais été proche de qui que ce soit. Les gens, leurs sentiments, leurs opinions, leurs jugements, ça me terrifie. Je me sens vulnérable. » Joanne et Delia se redécouvrent. La première était encore une petite fille quand Delia, adolescente, multipliait les flirts avant de rejoindre leur mère.

 

« A mes yeux, Delia a toujours été la sœur ingrate qui m'a abandonnée du jour au lendemain, à l'instar de maman. Or, aujourd'hui, c'est moi qui enchaîne les bourdes et sombre dans le mépris. C'est moi la mauvaise sœur, la fille sans cœur, l'égoïste, l'insensible, la salope. Tant de rôles qui me collent désormais à la peau et dont je ne me déferai jamais, après tout ça. » Voilà cinq ans que Delia est en couple avec le beau Benjamin. Elle pense que Joanne est une jeune femme telle qu’elle- même l’a été, changeant de petit- ami chaque samedi soir. Mais Joanne n’est pas aussi frivole que sa sœur…

 

« Néanmoins, il s'en est fallu de peu pour qu'elle me démasque et renverse ce petit jeu malsain auquel nous nous livrons. On pourrait facilement assimiler celui- ci à la roulette russe. Le doigt sur la détente, l'arme sur notre tempe, nous appuyons encore et encore, jour après jour, l'adrénaline coulant à flots dans notre sang, jusqu'à ce que la seule et unique balle jaillisse et nous atomise le cerveau. » Joanne surprend une scène intime entre sa sœur et Benjamin. Mais cet épisode, au lieu d’engendrer de la honte, signe le début d’une attirance sensuelle irrésistible entre la jeune fille et son futur beau- frère. Mais aussi le top départ de jeux, certes à distances, mais néanmoins dangereux. Quelle sera leur limite ?

 

Un roman très agréable à lire car les pages initiant les chapitres sont imprimées sur fond noir et donnent bien visuellement l’ambivalence chaud / froid qui colorent les émotions de nos principaux protagonistes. Bravo aux éditeurs pour cette initiative originale ! La plume de l’auteure, elle, fait mouche et vous emmène dans des émotions dignes d’un grand- huit ! J’ai frémi avec nos deux protagonistes, imaginant mille solutions à leurs tourments ! J’ai aimé aussi le message transmis sur ce « foutu » culte des apparences. Une réussite ! 

mardi 10 mai 2022

Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra (J'ai lu, 09/2021)


 

Elle a menti pour les ailes, Francesca Serra (J'ai lu, 09/2021)

💜💜💜💜

 C’est la publication sur FB d’un auteur de thriller (Jérémy Fel) s’avouant captivé par la lecture de ce premier roman qui m’a clairement donné envie de le sortir de ma PAL et de le lire. Et effectivement, j’ai trouvé ce récit vraiment bien construit, de manière à ce que les révélations, souvent hallucinantes, s’égrènent au compte- gouttes et éclatent de manière inattendue, à la fin de certains chapitres.

 

« Sous chaque toit abritant une adolescente, le cérémonial est identique : la parer avant de la lâcher dans le labyrinthe de ruelles et de ragots. Car toutes partagent cet ambigu dessein, façonné par leurs génitrices, qu'elles transmettent à leurs descendantes et qui tient en un ordre tacite : "Tu seras une pute, ma fille." Garance, quinze ans, vit avec sa maman, Ana, directrice de l’école de danse classique réputée nommée « Le Coryphée », à Ilarène, ville du sud-est de la France. Les deux femmes ont longtemps été fusionnelles, sans homme dans leur horizon. Ana a la réputation de tenir les filles « droites », de corps comme d’esprit. Un maintien digne des étoiles de l’Opéra, et qui a ancré sa marque de fabrique dans l’esprit des habitants d’Ilarène, à l’aube du XXIe siècle. Mais à l’entrée de Garance en seconde, la modernité de l’époque va rattraper cette maman idéaliste…  

 

« A dater de ce soir, la peur que la vérité surgisse l'accompagnera partout, tout le temps. » Garance, grandit vite. Trop vite. Plus vite que Souad, son amie d’enfance. Ses regards, ses envies se tournent vers un trio d’élèves de Terminale qui « font le buzz » sur les réseaux : Maud, Salomé, et Greg. A ces trois- là s’ajoutent deux garçons plus âgés : Yvan et Vincent. Ce dernier attise les premiers désirs de Garance. Alors quand le groupe invite cette dernière à une soirée, la voilà qui ose faire un premier pas de côté. Un pas qui va l’amener bien plus loin que tout ce qu’elle aurait pu imaginer.

 

« - J'entends mes collègues se plaindre en salle de profs parce que vous êtes tout le temps accrochés à vos smartphones mais, si vous voulez mon avis, vous n'avez pas le choix. Cette technologie qui vous connecte les uns aux autres était la seule évolution possible de l'espèce. Votre génération n'est que le produit d'une évolution déterminée. » Pour le prof de maths de Garance, tout est question de déterminisme. Outre sa théorie, il faut admettre que le culte de l’apparence véhiculé par les réseaux sociaux a pris une telle importance dans la génération actuelle de nos adolescents qu’il faudrait savoir, et pouvoir en prévenir les dérives. L’auteure en décrit ici les rouages, réels, sur fond fictionnel.

 

Au final, un roman bien écrit, qui prend souvent aux tripes et qui entraîne bien des questions. Le thème du cyber- harcèlement y est habilement traité, grâce à des personnages à la psychologie finement construite, et à des éléments théoriques de sociologie insérés de manière légèrement didactique. A découvrir, à lire, et une plume à suivre.

jeudi 5 mai 2022

Le jeune homme, Annie Ernaux (Gallimard, 05/2022)


 

Le jeune homme, Annie Ernaux (Gallimard, 05/2022)

💓💓💓💓💓 

« Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été simplement vécues. » Cette phrase est en exergue de ce très court récit autobiographique. Quelques pages qui racontent une relation intense mais hors norme, que ça soit lors de son déroulement en 1999, ou encore aujourd’hui : une histoire d’amour entre une femme de cinquante- quatre ans et un étudiant de trente ans son cadet…

 

« J'espérais que la fin de l'attente la plus violente qui soit, celle de jouir, me fasse éprouver la certitude qu'il n'y avait pas de jouissance supérieure à l'écriture d'un livre. » Pour Annie Ernaux, l’amour et les mots sont intimement liés, et cela depuis son plus jeune âge. Ce court texte n’échappe pas à la règle, voguant entre l’un et les autres.

 

« Il me vouait une ferveur dont, à cinquante- quatre ans, je n'avais jamais été l'objet de la part d'un amant. » Et malgré les regards en biais qui suivent le couple, on ne peut que se rendre compte de la véracité de l’adage : « l’amour n’a pas d’âge ». Alors pourquoi accepte- t- on qu’un homme soit en couple avec une femme de trente ou vingt ans de moins que lui, alors que, lorsque c’est la femme qui est l’aînée du couple, on ne croit pas une seconde à la véracité de leur relation, et on crie presque à l’inceste ?

 

« Il m'arrachait à ma génération mais je n'étais pas dans la sienne. » Malgré la force des sentiments qui les lient, l’auteure et son amoureux se retrouvent en décalage sur les souvenirs sociétaux qui les ont construits. Mais pour l’auteure, cette relation a clairement été l’occasion de replonger, durant quelques mois, dans ce qui fut sa jeunesse…

 

Au final, une vingtaine de pages qui se savourent d’une traite et qui remettent en bouche la saveur des phrases si bien tournées d’Annie Ernaux, et qui donne très envie de se replonger dans « L’Evènement » (2000), né à la fin de cette relation.