mardi 21 avril 2026

En attendant le déluge, Dolores Redondo (Folio policier, 03/2026)

 



En attendant le déluge, Dolores Redondo (Folio policier, 03/2026)

💙💙

Cap sur Bilbao, aux côtés de Noah Scott Sherrington, policier écossais, qui traque Bible John, un tueur en série, depuis une quinzaine d’années. Alors qu’il est à deux doigts de serrer l’assassin, il va s’écrouler, victime d’une crise cardiaque…

« J'ai travaillé trente- neuf ans à ce roman. Je sais que je l'ai ébauché ce jour- là, dans le train. Aujourd'hui, je retourne à Bilbao pour terminer cette histoire qui, vous le verrez, n'est ni un traité d'histoire ni un guide des rues de la ville. » L’auteure avoue, dans un « à propos », avoir un lien particulier avec cette histoire, car elle est liée à sa propre expérience. J’ai aimé cet aveu, cette sincérité et l’évocation de la chanson « Wouldn’t it be good » de Nik Kershaw, que j’avais adorée moi- même à l’adolescence.

« Tout le danger était là, considérait-il, dans la solution de facilité qui consistait à décréter sa mort parce qu'ils ignoraient tout de lui. » Bible John a été délaissé des enquêteurs. On pense qu’il est mort. Hypothèse facilitante pour la Police… Mais Noah va malgré tout retrouver la trace de ce tueur dérangé et tout mettre en place pour le retrouver et enfin, avoir l’espoir de l’arrêter. Mais alors qu’il est prêt à lui enfiler les menottes, voilà que son cœur vacille : c’est la crise cardiaque.

Au final, un roman qui m’a emportée dans les cent premières pages, puis qui m’a profondément ennuyée… Dès que Noah prend le bateau pour Bilbao, les descriptions, que ce soit du paysage ou de la société, s’accumulent. Le rythme des actions de l’enquêteur ralentit et mon intérêt a suivi cette courbe. Dommage car l’histoire était bien partie et je la trouvais bien écrite, mais quand je lis un policier, c’est pour être un peu bousculée, et là, ça n’a pas été le cas…

jeudi 16 avril 2026

The Guilty mother, Diane Jeffrey (Points, 06/2025)

 


The Guilty mother, Diane Jeffrey (Points, 06/2025)

💩

Abandonné au bout de 160 pages; trop d'invraisemblances et de défauts littéraires (ou de traduction ?). La phrase "Je me réjouis pour elle, et en même temps, égoïstement, je ressens une tristesse égoïste" a sonné le glas de cette lecture pour moi.
C'est dommage, l'intrigue de départ était alléchante; cette femme accusée de double meurtre sur ses filles jumelles alors âgées de quelques mois, et de manière successive avait tout pour m'intéresser. Mais les imbroglios entre les personnages (les prénoms Mel et Melissa prêtent vraiment à confusion dès le début), ainsi que les allers - retours incessants entre plusieurs temporalités et plusieurs points de vue m'ont particulièrement agacée.

samedi 11 avril 2026

Des filles comme il faut, Nadia Daam (L'Iconoclaste, 04/2026)

 



Des filles comme il faut, Nadia Daam (L'Iconoclaste, 04/2026)

💓💓💓💓💓

Je ne connaissais pas Nadia Daam avant son invitation dans le magazine télévisé « La Grande librairie » il y a peu. J’ai beaucoup aimé son aplomb face à des écrivains sûrs d’eux, d’autant plus qu’ils sont connus. J’ai aussi été attirée par la pertinence des propos qu’elle tenait sur le regard que porte la société actuelle sur les femmes.

« Pour qu'une "femme" disparaisse et que cela étonne franchement, puis préoccupe tout à fait, il faut qu'elle appartienne à une catégorie bien précise, avec un indispensable prérequis: que cette femme soit attendue quelque part et qu'on ne sache pas faire sans elle.» Blanche a trente ans, et le mal de vivre accroché à ses bottes. Après un accouchement traumatique, elle a perdu son emploi, mais surtout, toute estime d’elle- même. Le hasard va mettre sur sa route une ancienne camarade de classe de l’école de journalisme, qui va lui proposer de prendre les rênes d’un nouveau podcast dédié aux disparitions volontaires  

« Contrairement à ce qu'on croit, les alcooliques ne sont ni inconséquents ni désordonnés. C'est tout l'inverse. Réussir à n'être jamais empêché de boire de manière effrénée, discrète et surtout efficace, cela exige la plus grande rigueur. Rond comme une queue de pelle, sérieux comme un pape. » Blanche a peu à peu sombré dans l’alcool, suite à ses déboires professionnels. Au point de se mettre sa famille et ses amis à dos. Seul son mari prend cette déviance en rigolant. Mais peut- on être une compagne et une épouse « de confiance » quand on boit chaque soir jusqu’au coma éthylique ?

« Un homme plaque tout => on se demande POURQUOI il a fait ça.
Une femme plaque tout => on se demande COMMENT elle a pu faire ça. »
Le lecteur suit Blanche, au gré de ses déboires professionnels, puis familiaux. Ses recherches portées sur la disparition de Mme Blom, sa professeure de français au lycée, vont lui permettre, en parallèle, de se questionner davantage sur la complexité des choix que peut prendre une femme sans risquer d’être mal jugée.

Au final, un roman tout à fait ancré dans la société actuelle, servi par une écriture journalistique bien documentée, et un ton sarcastique qui fait souvent sourire. Blanche, qu’on devine un double fidèle de l’auteure, prouve qu’il y a encore des efforts à faire pour faire évoluer les mœurs, et qu’il ne s’agit pas seulement de mieux éduquer les garçons, mais de changer quelques fondements majeurs dans valeurs que l’on est censé partager de manière égalitaire.    

lundi 6 avril 2026

Je sais pas, Barbara Abel (éditions Pocket, 2016)

 


Je sais pas, Barbara Abel (éditions Pocket, 2016)

💙💙💙💙💙

C’est l’adaptation de ce thriller en série qui m’a donné envie de le lire. D’autant plus que Babelio organise une rencontre en visio- conférence avec l’auteure et les acteurs de ladite série la semaine prochaine. J’avoue avoir hâte de regarder cette dernière, pour voir comment certains éléments ont été adaptés pour être filmés.

« Etienne l'appelle "Papillon". Il aime les couleurs vives qui l'habillent, il rit de cette manière qu'elle a de passer d'un sujet à l'autre, comme un papillon folâtre de fleur en fleur. Il se plaît aussi à prétendre qu'il l'a transformée en papillon, elle qui n'était qu'une chenille tendre et pataude avant de le rencontrer. » Camille, trentenaire, a entamé une liaison avec un homme qui lui porte une attention manifeste, qui la magnifie, alors qu’elle s’ennuie dans un quotidien devenu routinier et frustrant avec un mari, professeur d’université, particulièrement hautain. Leur relation est d’autant plus émoustillante qu’elle demeure secrète.

« Elle possède un don tout à fait insensé pour ergoter, chicaner, grogner, protester, pester, râler, et surtout, surtout, ne jamais lâcher l'affaire. Du haut de ses cinq ans, cette gamine peut être une vraie plaie. » Mais voilà, Emma, cinq ans, fille de Camille, disparaît à l’occasion d’une sortie scolaire dans une ferme pédagogique. Les enseignants décrivent une petite fille difficile à apprivoiser… Un portrait confirmé par la maman. Mais celle- ci ne peut pas totalement se confier aux policiers, étant donné le secret qu’elle tient à cacher…

« Qu'importe l'âge de nos enfants, le monde s'écroule autour de nous lorsqu'il leur arrive quelque chose. » L’institutrice en charge d’Emma a elle aussi disparu dans la forêt. Son père va se démener pour qu’elle aussi soit retrouvée, quitte à faire éclater une vérité que d’aucuns préfèreraient ignorer.

Au final, un thriller vraiment épatant tant la tension demeure permanente du début à la fin de l’histoire. On frémit avec Camille, qui vit un terrible dilemme, et on s’agace des réactions des autres personnages. La plume de Barbara Abel est décidemment très addictive ; j’en redemande !

vendredi 3 avril 2026

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2013)

 



La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2013)

💘💘💘💘💘

Je poursuis ma lecture des livres d’Amélie Nothomb déjà publiés pas encore lus et avec celui- ci, la boucle est bouclée !!!! Il faudra que j’attende le mois d’août pour lire de nouveau cette auteure belge talentueuse et prolifique !

« Tout ce que l'on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l'âge de cinq ans, quand on m'en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais- je dire du pays que j'avais cru connaître et qui, au fil des années, s'éloignait de mon corps et de ma tête ? » Les romans d’Amélie Nothomb évoquent toujours, même de loin, le Japon, ce pays de l’enfance qui l’a tant rassurée, puis enchantée ; au point d’espérer y faire sa vie, une fois arrivée à l’âge adulte. Cet épisode, relaté dans Stupeur et tremblements explique cet échec et l’amertume qui en a suivi.

« Jusqu'à présent, mon idylle avec le Japon a été parfaite. Elle comporte les ingrédients indispensables aux amours mythiques ; rencontre éblouie lors de la petite enfance, arrachement, deuil, nostalgie, nouvelle rencontre à l'âge de vingt ans, intrigue, liaison passionnée, découvertes, péripéties, ambiguïtés, alliance, fuite, pardon, séquelles. » Ce récit autobiographique suit le déroulé du film documentaire, « Une vie entre deux eaux », qui lui a été consacré en 2012 et qui avait pour objectif d’emmener l’auteure sur les lieux les plus emblématiques pour elle au Japon. Un regard sur elle- même et sur son parcours qui nourrit ce livre de beaucoup d’émotions palpables.

« Si le temps mesure quelque chose chez un être humain, ce sont les blessures. » Amélie va se rendre compte que ses souvenirs sont quelque peu biaisés ; et rentrer en Belgique avec le cœur retourné.

Au final, un récit touchant, qui exprime bien plus de sentiments et d’émotions intimes que ce que j’ai pu lire dans ses autres romans. L’auteure se révèle fragile, extrêmement touchante dans ses tâtonnements pour retrouver le Japon d’antan. Je ressors de cette lecture avec l’envie d’aller me promener sur les pas d’Amélie, d’autant plus que les cerisiers vont bientôt fleurir !