Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot (Flammarion, 02/2026)
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J’ai
eu envie de lire ce témoignage de Gisèle Pelicot à la suite de son passage dans
l’émission « La Grande librairie », et notamment parce qu’il a été
rédigé avec la journaliste Judith Perrignon, dont j’apprécie la retenue. Pas
par goût de voyeurisme (il n’y en a pas ici), mais pour trouver la réponse à la
question qui m’a taraudée durant toute cette affaire, fortement médiatisée ;
comment cette femme a-t-elle pu avoir été agressée si longtemps sans s’en
apercevoir ?
« Il m'a demandé si je pensais connaître mon époux au point qu'il ne
puisse rien me cacher.
J'ai dit oui.
- Je vais vous montrer des photos et des vidéos qui ne vont pas vous plaire. »
Le monde de Gisèle
Pelicot s’effondre brutalement, violemment, le 2 novembre 2020, lorsqu’elle est
convoquée au commissariat de Carpentras. Elle va y découvrir que l’homme qu’elle
avait épousé cinquante ans plus tôt, et en qui elle avait placé son entière
confiance, l’a droguée, violée et fait violer durant dix années.
« J'ai connu dix ans d'errance médicale. De prélèvements.
D'échographies. De cures d'ovules. D'examens neurologiques. Dix ans face à des
médecins qui me regardaient, l'air de dire qu'à mon âge, une femme n'a plus
grand chose à attendre, qu'elle devrait juste se détendre et laisser le temps
poursuivre son œuvre de démolition. » Les passages liés à l’expertise médicale m’ont
effarée, écœurée…. Comment peut- on dire à une femme abusée régulièrement,
violemment, que si elle a souvent des trous de mémoire ou si elle s’inquiète de
réactions corporelles inhabituelles, c’est simplement parce qu’elle vieillit ?!!
Nos médecins devraient revoir leur copie d’écoute et d’empathie ! Ou est
le professionnalisme, la confiance, que l’on est censé placer en eux ?
« "Quel ressort de personnalité permet à quelqu'un qui dit
aimer son épouse de lui infliger ces scènes, d'assister à sa déchéance, de la
mettre en danger ? Comment faire cohabiter cette contradiction vertigineuse
?" » Si Gisèle Pelicot a décidé d’écarter un procès à huis clos pour le rendre
public, ce n’est pas par naïveté. C’est pour trouver du soutien face à
cinquante hommes qui osent rouler des mécaniques au tribunal, qui osent, malgré
ce qu’ils ont fait, espérer impressionner et faire plier celle qu’ils ont prise
pour une « femme- objet ». Et en premier lieu, son mari, qui avait si
bien joué durant des années l’époux dévoué et attentionné…
Au final, un récit qui a répondu à mes interrogations, et bien plus encore, qui m’a ouvert les yeux sur les défaillances de notre société dès lors qu’il s’agit du corps d’une femme. Gisèle Pelicot a fait preuve d’un courage incommensurable, entre les révélations qui ont fait éclater sa famille, un procès éprouvant et l’envie, malgré tout, de continuer à vivre et d’aimer. Merci Gisèle ; vous êtes une grande dame.




