dimanche 22 février 2026

James, Percival Everett (Editions de l'Olivier, 08/2025)

 



James, Percival Everett (Editions de l'Olivier, 08/2025)

💙💙💙💙💙

Cap sur les rives du Mississippi, auprès de Tom Sawyer et Huckleberry Finn ! L’occasion de découvrir la plume de Percival Everett ; un auteur dont j’entends parler depuis plusieurs années.

« L'attente constitue une grande partie de la vie d'un esclave, qui attend et attend qu'on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. » Jim est l’esclave de Miss Watson. Il est plutôt bien traité et vit avec sa petite famille ; Sadie, son épouse, et Lizzie, leur petite fille. Mais voilà qu’il entend les « Blancs » parler de sa mise en vente à un autre maître. Pour éviter cela, Jim s’enfuit.

« Quel monde étrange, quelle existence étrange que celle dans laquelle un égal doit argumenter pour prouver son égalité, dans laquelle il doit avoir un statut lui permettant de formuler ces arguments en public et ne peut pas avancer ces arguments pour lui- même, les prémisses de ces arguments devant être vérifiés par ceux des égaux qui les réfutent. » Au cours de sa fuite, Jim est amené à rencontrer bon nombre de personnes ; des individus tous plus différents les uns que les autres. Entre les huluberlus prétendant descendre des rois de France et les esclaves ravis d’être soumis, il y a de quoi perdre foi en l’humanité…

« En cet instant, le pouvoir de la lecture m'apparut clairement, dans toute sa réalité. Si je voyais les mots, alors personne ne pouvait contrôler ces mots ni ce que j'en retirais. On ne pouvait même pas savoir si je les voyais seulement ou si je les lisais, si je me contentais de les déchiffrer ou si je les comprenais dans leur globalité. C'était une pratique absolument intime, absolument libre et, par conséquent, absolument subversive. » Jim n’est pas un esclave comme un autre ; il a appris à lire et à parler un double langage : celui attendu des « Blancs » et celui des « Noirs » qui ont pu être éduqués. Notre personnage, en fuite, a du mal à se situer face aux personnes qu’il rencontre. Heureusement, Voltaire lui apportera le soutien philosophique qui le portera jusqu’à la fin.

Au final, j’ai beaucoup aimé me plonger dans l’univers de « Tom Sawyer » par le biais d’un personnage annexe. L’aspect historique est vraiment très intéressant, avec les prémisses de la guerre de Sécession et la dénonciation de l’esclavage. L’auteur prend son lecteur aux tripes avec son personnage de Jim / James, cet homme né esclave qui veut, malgré son état de servitude, devenir maître de sa destinée grâce à la culture littéraire développée grâce à sa curiosité et son intelligence. Un roman qui a largement mérité les prix qu’on lui a décerné. 

jeudi 19 février 2026

Nuit close, Rochelle Gabe (Juno Publishing, 10/2025)

 


Nuit close, Rochelle Gabe (Juno Publishing, 10/2025)

🌹🌹🌹

Pour la Saint- Valentin, j’ai opté pour ce « romantic suspens », écrit par Rochelle Gabe, l’auteure du Secret de Lord Blackstone, paru en 2024, que j’avais beaucoup aimé. Ici, il est question d’un ancien agent du FBI, Braylen Fox, vivant chez lui, reclus et brisé, à la suite d’une sombre affaire sur laquelle il avait enquêté huit ans plus tôt. Or le tueur en série mêlé à cette ancienne histoire semble avoir repris du service, et l’agent spécial Wade Shepard va devoir venir bousculer Fox afin d’obtenir l’aide dont il a besoin pour arrêter « Le Monstre des Bacchanales » une bonne fois pour toutes.

« La peur.
Cinglante, folle et intense.
La peur, ce gouffre sombre qui dévore les entrailles, abêtit, tourmente à vous tirer de longs sanglots de désespoir. »
Braylen a subi un violent choc traumatique lorsqu’il s’est retrouvé face au tueur en série qu’il poursuivait quelques années plus tôt, au fin fond d’une cave, dans une maison délabrée. La peur qu’il a ressentie alors lui a fait perdre la raison, et il lui aura fallu passer quelques temps en établissement psychiatrique pour apprendre à contrôler ses profondes crises d’angoisse.

« Il ressentit une sensation de vide comme si la pression de son corps sur le sien avait exhumé huit années de désert affectif. Il en fut choqué. Le contact saturé d'agressivité de Shepard avait agi sur lui comme un détonateur et ravivé le plaisir d'être étreint avec rudesse en un rien de temps. » Braylen a subi un autre choc dans son passé puisque le tueur en série qu’il traquait avait également éliminé son amant. Cet homme doublement brisé ne peut plus faire confiance à qui que ce soit, et la solitude qu’il a choisie va lui devenir soudainement pesante, alors que se nouent des liens avec Wade Shepard.

« La prétention n'a jamais rendu quelqu'un plus intelligent, Wade. C'est même le contraire, elle rend bête et dangereux. » Nos deux hommes vont peu à peu se tourner autour, réunis pour mener une enquête, mais aussi attirés l’un par l’autre de manière magnétique.

Au final, une romance très bien menée grâce la plume de Rochelle (mais la correctrice devrait revoir les règles d’accord du participe passé… ). J’ai aimé la psychologie du personnage de Braylen, mais j’ai moins été convaincue par celle de Wade (peut- on vraiment être agent du F.B.I. en étant si pleutre ?). L’enquête est longue à se mettre en place même si certains éléments sont vraiment originaux, et elle manque d’actions, de dynamisme. Je pense que c’est un récit à lire davantage pour la romance que pour l’enquête policière. 

dimanche 15 février 2026

Ouvre- moi, Claire McGowan (Hauteville, 06/2024)

 


Ouvre- moi, Claire McGowan (Hauteville, 06/2024)

💙💙💙💙

Cap sur les Cornouailles, où Helen et George ont décidé de donner un nouveau départ à leur couple, après des années de vie londonienne épuisantes. C’est l’époux qui s’est chargé de l’achat de la maison et du déménagement et à l’arrivée, les désenchantements vont s’enchaîner bien plus vite que prévu.

« Mon chez- moi. Me sentirais- je un jour chez moi dans cette bâtisse étrangère ? Je n'y étais même jamais entrée (si ? Pourquoi m’était-elle si familière dans le cas contraire ?), et ça me paraissait complètement fou de penser que j'allais désormais y vivre. » Arrivée sur place, Helen a un étrange pressentiment ; cette maison, elle la connaît. Pire ; elle la craint. Pourquoi ?

« Pendant ce temps, nous étions coincés dans une maison qui nécessitait des milliers de livres de travaux et se révélait, je le savais désormais, d'une proximité troublante avec toutes les facettes de mon enfance que je m'étais efforcée de fuir. » Helen et George entament rapidement des travaux dans leur nouvelle maison, laquelle a été inhabitée depuis des années. Mais les pépins s’accumulent, que ce soit du côté des ouvriers du bâtiment ou des relations avec les habitants du village. Quelque chose semble couver depuis leur arrivée, comme si on leur reprochait d’habiter la maison ayant abrité une famille de sorcières. Comme si on les surveillait.   

« Des brèches peuvent s'ouvrir, et pas seulement dans les maisons. Dans les murs de votre mariage, de votre amour. » Confrontés à de nouveaux problèmes, le couple d’Helen et George commence à se déchirer. Chacun des époux va partir à la recherche d’explications, et étrangement, celles- ci vont les ramener à leur passé respectif. Les masques vont tomber, et là, ça passe… ou ça casse.

Au final, un thriller habillement construit, avec un point de départ bien pensé et un déroulement qui surprend le lecteur à coups de révélations inattendues. Les points de vue alternés entre Helen, George et la précédente habitante de la maison permettent au récit de prendre de l’ampleur. Le lecteur est pris dans les complexités d’une histoire familiale grâce à une plume habile à nous captiver. Une auteure que j’ai envie de retrouver.  

jeudi 12 février 2026

Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan (Gallimard, 01/2026)

 



Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan (Gallimard, 01/2026)

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Je suis véritablement admirative du travail qu’a entrepris Delphine de Vigan dans ce nouveau roman qui lie habilement fiction et constat sociétal. En effet, la rencontre fortuite entre Romane et Thomas va être ici l’occasion de questionner notre comportement avec le smartphone qui ne nous quitte plus depuis une vingtaine d’années maintenant, mais aussi analyser ce qu’il reste de nous dans ce monde où tout réside dans notre fameuse empreinte numérique, quelque part au milieu des océans.

« Depuis quand ce geste est- il devenu le premier de la journée ? Depuis quand dépose- t- il l'objet chaque soir si près de son visage, pour le garder ainsi, à toute heure de la nuit, à portée du regard et de la main ? » Thomas se fait cette réflexion alors qu’il se réveille, un lendemain de soirée alcoolisée. Son premier geste au réveil, en effet, est de saisir son portable sur la table de chevet.

« Pour une raison incompréhensible, une jeune femme qu'il ne connaît pas, qu'il n'avait jamais vue, lui a confié son empreinte numérique dans le vaste monde. C'est un océan, ou un labyrinthe, une énigme aux multiples inconnues, qu'il lui appartient de résoudre. Peut- être simplement l'énigme d'une vie. » Le quadragénaire, en cherchant son smartphone, va découvrir qu’un échange de téléphone a eu lieu à son insu, la veille. Mais voilà, alors que la jeune femme lui rend son bien, celle – ci refuse de récupérer le sien. Qu’en faire ?

« Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. Le plus exposé et le plus intime. Il abrite des confidences, des souvenirs, des déclarations. Des espoirs et des déceptions. » Va commencer pour Thomas l’exploration des données de Romane, une totale inconnue pour lui. Et en fouillant dans les applications de la jeune femme, il va remonter le fil de sa propre vie, de ses propres souvenirs, en parallèle.

Au final, une réflexion profonde sur les modifications de notre vie depuis l’intervention des smartphones dans notre vie. C’est intelligent, percutant, tellement évident. J’ai dévoré le roman en une journée, m’assimilant totalement aux deux personnages et me posant la question suivante : où réside la vérité entre nos souvenirs et les « preuves » que nous permettent de conserver les nouvelles technologies ?

mardi 10 février 2026

Forbidden soldier, Erin Graham (Addictives poche, 04/2024)

 



Forbidden soldier, Erin Graham (Addictives poche, 04/2024)

💓💓💓💓

La Saint Valentin approche ; et si on lisait une romance ? Cap sur le Paris de 1942 ; dans lequel Eugénie survit grâce à ses talents de chanteuse de cabaret. Voilà qu’un soir, un regard se pose sur elle, des yeux porteurs d’un souvenir enfoui profondément dans son cœur : celui de son premier baiser, il y a douze ans, sous un pommier…

« Mais aujourd'hui la guerre est terminée, les ressentiments ne comptent plus. Nos pères n'étaient que deux soldats, ou peut- être même des officiers, qui se battaient pour leur pays. Finalement très semblables. » Le roman s’ouvre sur l’été 1930. Nous sommes en Normandie où l’on tente de se remettre d’une Première Guerre mondiale ayant engendré bien des pertes et des malheurs. Eugénie est une adolescente orpheline, placée en compagnie de Paul et Denis, qu’elle considère comme ses frères. Le travail à la ferme est rude, mais il va lui permettre de rencontrer Ludwig, orphelin d’un père allemand, qui vit chez sa mère, qui est, elle, française.

« Parce que, en plus de tout le reste, elle me plaît toujours autant. Jeune et décharnée, adulte et lumineuse, mendiante ou adulée... si différente et pourtant toujours la même... Mon cœur entre en guerre et mon avion ne sait plus décoller. Foutu pays que je ne déteste que davantage. » Les adolescents se sont tournés autour, avant de s’embrasser, mais juste avant que Ludwig ne soit renvoyé en Allemagne par un oncle autoritaire. Quand il revient en France douze ans plus tard, les émotions ressenties naguère refluent.

« Mais nous parlons de Ludwig, celui qui m'a offert mon premier baiser pour disparaître moins de vingt- quatre heures après. Sans explication. Sans dernier regard vers moi. Tout ça pour, je le comprends ce soir, entrer dans le gang des salauds. » Si Ludwig est rapidement chamboulé par sa nouvelle rencontre avec Eugénie, cette dernière nourrit toujours pour lui une rancœur sans borne. Il va falloir savoir l’amadouer…

Au final, une romance vraiment très bien écrite, qui utilise l’Histoire avec intelligence pour construire une histoire « ennemies to lovers » rondement menée et finement documentée. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette histoire d’amour franco- allemande.