mardi 4 août 2026

La mort dans l’âme, Mathieu Lecerf (Pocket, 06/2024)

 



La mort dans l’âme, Mathieu Lecerf (Pocket, 06/2024)

💙💙💙💙💙 

C’est en lisant le dernier roman de Mathieu Lecerf, publié au printemps, que je me suis rendu compte que je n’avais pas lu le troisième tome de sa « trilogie du démon » ! J’avais pourtant adoré les deux premiers ! J’ai donc remédié à cet oubli !


« Urizen s'était manifesté pour la première fois presque trente ans auparavant, au cœur de l'été 1991. Une jeune Parisienne avait été découverte à son domicile, morte étranglée et à moitié nue. On lui avait arraché les paupières et découpé les tétons. Un meurtre sauvage qui ne trouvait aucune explication rationnelle selon les enquêteurs. » Manuel de Almeida, capitaine de Police judiciaire se voit de nouveau lancé sur les traces d’un homme qui étrangle et mutile atrocement ses victimes par vagues successives puisque nous sommes ici en 2019. Son frère, Cristian, journaliste de formation, va une nouvelle fois lui prêter main forte. 


« L'œil.

La fenêtre de l'âme.

Connaît- on vraiment l'œil ?

En conséquence, connaît-on vraiment l'âme ? » L’âme de nos enquêteurs va être mise à mal tant les atrocités vont se multiplier. En effet, la recherche de ce monstre surnommé Urizen va être étoffée par un combat mené par Cris en parallèle : la dénonciation de celui qui a abusé de lui durant sa plus tendre enfance. Connait – on vraiment l’âme des gens ; en qui peut- on avoir réellement confiance ?


« Elle appelait ça "Les Anges déchus". Je ne sais pas à combien de ces soirées Cici s'étaient déjà rendues, mais elle semblait connaître tout le monde là- bas. Il y avait tellement de drogue, tellement de sexe, partout. » Manny et son équipe vont se retrouver à enquêter dans des lieux malsains et dangereux où certains vont laisser des plumes. Mais Urizen fait- il partie de ces pervers ? Et si son sadisme se satisfaisait d’autres travers ?


Au final, un troisième tome aussi qualitatif que les précédents. J’ai repris le fils de l’histoire de l’équipe de Manny comme si je l’avais quittée hier. C’est bien écrit, c’est rythmé, touchant et intelligent. J’en redemande !!! 

samedi 1 août 2026

Nous qui avons connu Solange, Marie Vareille (Flammarion, 03/2026)

 


Nous qui avons connu Solange, Marie Vareille (Flammarion, 03/2026)

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Voici le quatrième roman de Marie Vareille que je lis et je trouve que celui- ci est le plus complexe et le plus dense de tous, tant dans la construction des personnages que dans le message féministe qu’il veut transmettre à notre génération : mesurer l’évolution des droits accordés aux femmes alors que ces derniers sont étonnamment, de nouveau en péril.

« Je m'interroge parfois sur le nombre de menteurs doublés d'assassins qui, comme moi, ont vécu impunis une vie paisible sans jamais être soupçonnés. » Le roman prend la forme d’une longue lettre de la part de Célestine, l’héroïne, à l’adresse de l’une des filles de sa descendance, surnommée « Biquette ». Nous ne connaitrons la véritable identité de cette fille et sa place dans la famille Dubreuil que dans les dernières pages. L’origine de cette lettre ? Expliquer le parcours rétrospectif de Célestine, qui, à 107 ans, est au crépuscule de sa vie, et veut lever le voile sur les secrets de sa famille.

« Ce pour quoi j'existe sur Terre :
Ecrire.
Puisque hurler, paraît-il, relève de l'indécence.
Et qu'est- ce qu'écrire, si ce n'est hurler en silence ? »
Solange, dont le prénom compose le titre, n’est pas le personnage principal du roman, mais elle endosse le rôle de l’élément perturbateur qui va donner une trajectoire inopinée à la vie de Célestine. Cette dernière, en effet, avait été repérée pour ses capacités intellectuelles et s’apprêtait à intégrer une Ecole Normale afin de devenir institutrice. Mais en 1930, le destin des filles ne dépend que du bon vouloir des hommes. Les lettres de Solange, poétiques à souhait, ponctuent le récit de Célestine.

« Ce n'est pas la liberté que tu m'offres, c'est le fait de dépendre entièrement et jusqu'à la fin de ma vie de toi, de tes désirs fluctuants et de ton bon vouloir. Comme toutes les femmes mariées qui n'ont de liberté que celle que leur mari accepte de leur donner. J'ai lu trop de livres, justement, pour pouvoir me permettre d'être romantique. » Célestine, à l’image de toutes les femmes de sa génération, subit un destin tout tracé : aider à la ferme, se marier, enfanter et faire tourner la maison selon les humeurs de son époux. Sa curiosité littéraire l’a amenée à réaliser l’injustice qui réside dans le statut du sexe féminin.

Au final, un récit captivant qui se dévore tant on s’attend aux retournements de situation qui ne peuvent qu’intervenir dans la vie d’une femme intelligente mais soumise à sa condition. J’ai frémi avec Célestine, je me suis mise en colère à ses côtés, j’ai tellement eu envie de lui venir en aide. Bref, une histoire dramatique et éclairante à la fois, et un personnage qui va longtemps me hanter…

mercredi 29 juillet 2026

Libérez votre cerveau de l’anxiété : comprendre et apaiser ses peurs grâce aux neurosciences, Ferran Cases & Dr Sara Teller (Solar éditions, 03/2026)

 



Libérez votre cerveau de l’anxiété : comprendre et apaiser ses peurs grâce aux neurosciences, Ferran Cases & Dr Sara Teller (Solar éditions, 03/2026)

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Etant atteinte d’un trouble anxieux généralisé depuis des années, et m’intéressant aux neurosciences depuis quelques temps, cet essai m’a forcément attirée. Il promettait en effet une analyse de cette pathologie de manière scientifique vulgarisée, en s’appuyant sur le vécu et les tentatives de soin de l’un des deux auteurs, Ferran Cases.

« Le trouble anxieux généralisé peut se déclarer lors d'une situation spécifique ou à la suite d'un événement traumatisant qui déclenche une émotion si intense qu'elle reste gravée dans notre cerveau et ne nous quitte plus. » Une fois le trouble installé, il est très compliqué de s’en défaire. Ce guide nous apporte des solutions concrètes au niveau des habitudes de vie à mettre en place pour calmer l’angoisse et sortir de la boucle des pensées négatives qui empêche les anxieux de prendre des initiatives, et de se sentir mieux dans leur quotidien.

« Le cerveau (amygdale et hippocampe) des personnes souffrant d'anxiété est altéré : la vigilance permanente entraîne une surproduction de cortisol. La mémoire et les capacités d'apprentissage peuvent s'en trouver affectées. » Je me suis rendu compte que des enfants pouvaient souffrir de troubles anxieux et s’en retrouver affectés dans leurs apprentissages. En tant qu’enseignante, c’est une donnée que je trouve très importante et dont je vais tenir compte à l’avenir…

« "Est- ce que je pourrai à nouveau me sentir bien ? Est- ce que mon cerveau sera capable de refonctionner correctement ?" La grande peur qui assaille les personnes souffrant d'anxiété est celle de ne pas savoir si elles pourront un jour retrouver une vie calme et heureuse. » En tant que personne anxieuse, il est très difficile de vivre au présent tant l’on craint que le futur, même proche, soit un désastre ! Ferran, par ses expériences, m’a fait réaliser que je devais arrêter de me projeter inutilement, et profiter de l’instant présent !

 Au final, un guide qui m’a beaucoup plu car les explications données sont simples tout en étant instructives. Le fait que les auteurs soient espagnols m’a un peu gênée au niveau des références culturelles, et je ne me vois pas pratiquer le qi gong, ni remplacer mon café par un thé. Mais j’ai l’intention de suivre un cours de yoga à la rentrée, pour pouvoir permettre à mon cerveau anxieux d’apprendre à se déconnecter et à se concentrer sur l’instant présent. Un enseignement de cet ouvrage… pour un mieux -être ?

H, Bernard Minier (XO éditions, 03/2025)

 


H, Bernard Minier (XO éditions, 03/2025)

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Depuis le temps qu’une amie me conseillait de lire Bernard Minier ! Voici chose faite ! Cette enquête se déroulant autour de Toulouse et portant sur un tueur en série contenait tous les ingrédients pour me séduire.

« Et Hirtmann sait se fondre dans la foule. Il a toujours su se glisser dans la vie des autres à leur insu. Invisible mais proche, silencieux mais présent. Se nourrissant de leurs existences, s'en imprégnant, absorbant chaque détail, chaque habitude de ses proies, attendant le moment idéal pour frapper. Il se grise de sa toute- puissance comme de son anonymat. » Hirtmann est un tueur en série que l’enquêteur de police Martin Servaz poursuit depuis des années. Il a jadis réussi à l’arrêter, mais voilà que l’individu s’est de nouveau échappé de prison.

« Les Origines... Il faut remonter le fleuve du sang, il faut remonter aux origines ; tout a commencé en un lieu maudit, un lieu mauvais. Les lieux portent en eux leur passé, surtout quand y ont été commis des violences et des crimes... Le crime va au crime, le mal est comme l’eau : il coule toujours vers le bas. » De nouveaux crimes ont eu lieu dans la région toulousaine. Tous ont des signes en commun avec les méthodes de Hirtmann. Et si c’était lui, encore une fois ?

« Car, au fond, n'était- ce pas lui, Emmanuel Sachs, le vrai sujet de chacun de ses livres ? Emmanuel, né sous le signe des Gémeaux, être double, se regardant écrire autant qu'il observe les autres, offrant le spectacle de la gestation de chacune de ses œuvres en même temps que l'œuvre elle- même, exhibitionniste notoire de la plume. » Martin Servaz va trouver de l’aide pour mener son enquête auprès de personnes tout à fait inattendues : un écrivain et une bande de personnes pratiquant le « web sleuthing », autrement dit des passionnés de « true crime » ou de « cold cases » qui maîtrisent suffisamment les confins du web pour trouver des informations susceptibles de résoudre des affaires non élucidées.

Au final, une enquête aux ficelles intéressantes mais qui ne m’a pas passionnée tant que ça. Je pense que j’aurais davantage apprécié ma lecture si j’avais lu les enquêtes précédentes de Servaz, car il y a un fil conducteur et historique liant ce policier et Hirtmann que je ne maîtrisais absolument pas. Malgré cela, et quelques longueurs, j’ai apprécié les remous de l’intrigue et je pense que je relirai cet auteur ; plus probablement en reprenant chronologiquement les enquêtes de son autre personnage – phare, Lucia Guerrero. 

vendredi 24 juillet 2026

Les brebis égarées, Madeline Cash (Denoël, 08/2026)



Les brebis égarées, Madeline Cash (Denoël, 08/2026)

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J’ai eu la chance de lire ce roman de la rentrée littéraire, en avant- première, grâce à mon adhésion au Club Lecture Lire Magazine. Il faut dire que les récits abordant les familles dysfonctionnelles ou aux lourds secrets profondément cachés sont mes cibles de prédilection en matière de lecture. Et avec la famille Flynn, je n’ai pas été déçue !

« Mais l'amour qu'ils avaient autrefois partagé semblait à présent lointain, inaccessible. Bud avait intériorisé le ressentiment de sa femme, s'était retiré profondément en lui- même, puis dans le minivan pour y fumer de l'herbe et y écouter de la musique, seul. Ils se croisaient dans la cuisine tels deux étrangers dans un centre commercial. » Bud et Catherine Flynn abordent la quarantaine avec une crise conjugale profonde. Parents de trois filles adolescentes, ils sentent que leur couple n’est plus ce qu’il était. Pour y remédier, Catherine a une idée : mettre en place ce qu’elle appelle un « arrangement », autrement dit, devenir un couple libre. Il faut dire qu’elle a déjà des vues sur l’un de leurs voisins… Mais Bud, lui, n’envisage pas la vie de couple sous l’égide du partage. Comment s’entendre dans ces conditions ?

« - Savez- vous quelle phrase apparaît plus de trois cents fois dans la Bible ?
- "Tu ne coucheras point avec ton frère" ?
- "Soyez sans crainte." Pourquoi êtes- vous ici, Bud ? »
Le père de famille, acculé par son patron, propriétaire de l’industrie qui fait vivre toute leur ville, se voit obligé de suivre une « thérapie » au sein de l’église, dans un groupe de parole si bien nommé « les Brebis égarées ». Il y rencontrera des personnes essentielles, qui lui permettront d’envisager la vie sous un nouvel angle tourné vers ses valeurs les plus profondes.

« - Nous faisons tous des erreurs, mon père, avait dit l'homme. Les saints comme les pêcheurs. Ce qui compte, c'est ce que nous faisons de ces erreurs, à quel point nous parvenons à les cacher, et jusqu'où nous sommes capables d'aller pour les garder secrètes. » Le père Andrew, qui gère l’église, sa communauté, comme tout bon pasteur américain, est loin d’être le personnage pieux que l’on est en droit d’imaginer. L’occasion pour l’auteure de dresser une satire politiquement « in »- correcte de la main – mise de l’Eglise sur la population américaine, en apparence si puritaine mais en réalité profondément pervertie. Un régal !

Au final, un roman qui m’a d’abord désarçonnée, tant par le fond - on entre directement dans la vie très intime d’une famille, que sur la forme – avec cette insistance syntaxique sur le mot « mite » jusqu’à ce que ces nuisibles soient exterminés dans le récit. Et puis je me suis laissé entraîner par la polyphonie du roman, avec les chapitres dédiés à chacun des principaux protagonistes de l’histoire et leur vision de la situation globale, parfaitement réaliste en fonction de l’âge et de la personnalité de ceux- ci. L’auteure excelle à nous faire passer d’une histoire de famille à un thriller, d’un roman sociétal à une romance. Un bonheur de lecture !