dimanche 7 juin 2026

La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

 


La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

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Enorme ! Je ne vois que cet adjectif, « énorme », pour qualifier ma lecture de ce roman policier au suspens insoutenable et à l’intelligence remarquable ! Cap sur l’année 2001, ses élections présidentielles précédées de scandales et de magouilles en tous genres.

« La femme hurle de plus belle.
Tu exploses et tu sors de l'appartement : la porte des voisins est ouverte. Tu rentres.
Lui : en train de frapper sa femme, à terre. Dans le couloir : un petit garçon en pyjama, qui regarde la scène. Par terre : du verre brisé, une chaise cassée, un sac à main renversé, des pièces de monnaie. Sur les murs : du sang. »
Kertesz est une espèce de ripoux depuis que sa femme l’a quitté. L’alcool, la drogue et les filles émaillent son quotidien de flic au 36. Incessamment sur les nerfs, il règle ses comptes à coups de poing et de flingues ; il n’a rien à perdre, même si le pouvoir l’attire irrémédiablement.

« Elle pousse un soupir et retourne se coucher, et moi je reste dans le couloir comme un crétin, voilà ce que c'est la vie de flic, rentrer exténué après deux jours sans dormir, pour essayer de combattre l'horreur, pour protéger sa famille, puis rentrer à la maison et se retrouver seul, aussi seul qu'on l'est tout au long de la journée, quand on passe des heures à poursuivre des cadavres. » Gabriel Prigent débarque à la PJ parisienne. Il traîne derrière lui une rumeur de traitre, étant donné qu’il n’a pas hésité à dénoncer les travers d’anciens collègues à force d’idéalisme de justice. C’est aussi un ancien militaire profondément blessé psychologiquement parlant, après une opération désastreuse s’étant déroulée au Tchad.

« Silence de dix secondes pendant lequel j'essaye de l'imaginer vivante, sans sa peau verte, sans sa tête cramée, sans ses brûlures de cigarette, et j'ai beau y mettre toute mon énergie, dès que je la visualise je vois sa peau verte, sa tête cramée, ses brûlures de cigarette. » Nos deux policiers vont se retrouver à enquêter sur la même enquête, mais pas pour les mêmes raisons. La compétition entre les deux hommes va rapidement prendre les couleurs d’une vendetta personnelle, pour l’un tout comme pour l’autre.

Au final, un roman policier vraiment très dense, ancré dans la réalité de la vie politique de l’année 2011 (d’ailleurs, des extraits d’articles radiophoniques de l’époque sont retranscrits) et servi par une intrigue fictionnelle particulièrement efficace. Les personnages de Prigent et Kertesz sont attachants, criants de vérités avec leurs troubles affectifs et leurs défauts. J’ai vraiment hâte de les retrouver dans les deux tomes qui complètent cette saga nommée « Echos des années grises ». 

lundi 1 juin 2026

La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

 




La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

💙💙💙💙

J’ai découvert Nadia Daam cette année avec son roman « Des filles comme il faut ». Comme j’avais beaucoup aimé la prose de cette journaliste, j’ai eu envie de la lire encore et je me suis donc lancée dans « Ma gosse », un récit autobiographique dans lequel elle raconte son lien avec sa fille, les joies et désillusions de la maternité ; surtout au moment de l’adolescence !

« Et puis, ça m'a sauté aux yeux.
De toutes les familles que je zieutais de partout, aucune ne ressemblait à celle à laquelle j'appartenais quand j'étais petite. Aucune ne ressemble non plus à celle que je forme avec la gosse. »
L’auteure observe sans cesse son environnement, l’analyse, cherche à le comprendre sous toutes ses formes. Comment vivent les autres ? Entre son enfance au sein d’une famille immigrée et nombreuse et sa vie de maman ayant un poste que l’on peut estimer privilégié, un écart se creuse ; de quoi se remplit- il ?

« C'est seulement maintenant que je me demande quels peuvent être les motifs de ces garçons et de ces hommes qui s'émeuvent d'une juvénilité érotisée. La réclament même. » Alors que la « gosse » devient adolescente, Nadia Daam se souvient de certains hommes, croisés quelques années plus tôt dans des soirées, qui avouaient leur attirance envers les « Lolita ». Si, à l’époque, cela ne l’avait pas contrariée, maintenant que sa fille est devenue la cible potentielle de ces prédateurs, cet état de fait l’inquiète terriblement. Comment protéger nos filles ? Pourquoi ne pas éduquer mieux nos garçons ? Vaste sujet…

Au final, un récit lu avec intérêt. Même si je ne suis pas d’accord à 100% avec les idées de l’auteure, j’aime son regard ciselé sur la société d’aujourd’hui et sur le rôle donné aux femmes, son sarcasme envers ses propres travers, et la sincérité de ses mots qui font qu’on ne peut que se retrouver dans les situations évoquées, en tant que fille, mère ou femme en général. 

samedi 30 mai 2026

L’école de la vie, Marion Fritsch (Albin Michel, 04/2026)

 


L’école de la vie, Marion Fritsch (Albin Michel, 04/2026)

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C’est l’auteure elle- même qui m’a contactée sur le site Babelio pour me proposer la lecture de son dernier roman. Très touchée par sa démarche, j’ai eu à cœur de lire ce récit quasiment dès sa réception. Et quelle joie pour la professeur de Français que je suis de lire un texte qui raconte des parts de ma vie quotidienne tout en jouant avec les aspects stylistiques et typographiques de la poésie !!!

« Dix- c'est- la- ligne- médiane- de- ma- vie- si- j'ai- dix- la- vie- elle- continue.
Mon prénom fend la rumeur de la classe.
C'est combien d'années, combien de lycéens
Collés derrière ces chewing- gums ?
Il y a p't- être même ceux de nos parents, qui se faisaient chier pareil que nous. »
L’auteure nous emmène passer une année dans une classe de première STMG située en plein 9-4. Les élèves n’y sont pas forcément studieux et leurs intérêts sont bien différents des matières qui leur sont enseignées. Les profs crient, excluent, dépriment mais ne baissent pas les bras pour autant.

« Il est
Super noir
Super musulman
Et super gay

Ce ne sont pas trop des trucs qui vont
Super ensemble »
Chaque élève a une particularité qui est disséquée et qui, en soi, est un prétexte facile et rapide d’exclusion de la « norme ». Mais qu’importe, l’auteure sait, au contraire, mettre en valeur cette différence pour caractériser chaque élève de cette classe et lui donner vie de manière sensible dans sa relation avec les autres ; et surtout, montrer à quel point les particularités des uns et des autres se transforment en force dès qu’elles s’agglomèrent ensemble. Une ode au respect et à l’amitié !

« Au lycée en tout cas
quand on traîne tous ensemble
avec nos histoires remixées
nos noms compliqués
pas assez d'un côté, jamais assez de l'autre
je me dis qu'on est la nouvelle mappemonde
et dans les livres
on ne parle pas encore assez de nous. »
Ces lignes apportent une réflexion vraiment pertinente quant à l’enseignement tel qu’il se présente aujourd’hui, mais aussi de manière plus large, à un niveau sociologique. Et si on ouvrait les yeux ?

Au final, j’ai dévoré ce récit d’une traite. Marion Fritsch joue avec l’écriture poétique pour nous présenter une galerie de portraits de jeunes attachants qui n’auraient probablement pas (encore) leur place dans un roman alors qu’ils sont si riches d’une culture et de mœurs que l’on ne s’efforce pas (encore) de connaître et d’intégrer dans notre propre histoire. Une lecture éclairante et un coup de cœur ! 

Le domaine aux secrets, Valentin Musso (Julliard, 05/2026)

 


Le domaine aux secrets, Valentin Musso (Julliard, 05/2026)

💙💙💙💙

Une maison bourgeoise, une gouvernante et des secrets de famille ; il ne m’en faut pas plus pour craquer ! Ajoutez à cela une histoire d’amour adolescente et intervention de la grande Histoire de la Seconde Guerre mondiale, et me voilà séduite !

« Je t'ai parlé d'un été.
D'un domaine aujourd'hui disparu.
D'une époque oubliée.
Et de deux sœurs qui ont bouleversé ma vie et fait de moi l'homme que je suis. »
Adrien a quinze ans lorsque sa maman est engagée en tant que gouvernante à la Vènerie, vaste demeure appartenant à la famille Mallet. Etant donné qu’ils sont hébergés sur place, le jeune homme va se retrouver à partager le quotidien d’Henri et Jeanne, ainsi que leurs enfants ; Joseph, Clara et Denise. Si l’aîné est la plupart du temps absent, les deux filles, qui ont plus ou moins le même âge qu’Adrien, vont apprendre à se connaître en passant un premier été ensemble.

« Ici, le silence tient lieu de rempart. Il nous donne l'illusion de nous mettre à l'abri de ce qui nous blesse. » Le récit oscille entre plusieurs époques et plusieurs narrations ; celles d’Adrien, au présent avec des évocations du passé, la lecture du manuscrit autobiographique d’Henri et une narration d’externe sur la réalité des faits. Tout s’entremêle dans la tête d’Adrien alors qu’Henri vit ses derniers moments de vie. Les révélations de son manuscrit vont faire vaciller bien des certitudes, notamment au sujet d’événements ayant eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale.

« Les êtres ne disparaissent que le jour où plus personne ne se souvient d'eux. » Adrien est devenu journaliste et la vérité des informations lui tient à cœur. Il va devoir remonter dans le passé de la famille Mallet, mais aussi dans le sien- même pour pouvoir obtenir toutes les clés susceptibles de lui offrir un avenir serein.

Au final, un roman que j’ai beaucoup aimé. J’ai été déroutée par certaines révélations et j’ai adoré remonter l’écheveau de la vie du personnage d’Henri Mallet. Les retournements de situation sont très fins et j’ai trouvé l’approche historique très intéressante. Une lecture vraiment plaisante et intéressante.

lundi 25 mai 2026

Accidental killers, Isabelle Lagarrigue (Librinova, 04/2022)

 



Accidental killers, Isabelle Lagarrigue (Librinova, 04/2022)

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Les éditions Récamiers viennent d’éditer « Le Groupe » d’Isabelle Lagarrigue, qui avait été autopublié par l’auteure sous le titre de « Accidental killers ». Ayant ce dernier dans ma P.A.L., j’ai eu envie de lire ce roman dont tout le monde – ou presque - parle sur Bookstagram.

« Toutes les phobies, de la peur des horloges à celle de rester debout, sont passées au crible par des psychologues émérites. Personne ne s'était encore penché sur la blessure morale irréversible qu'un homicide involontaire peut causer. » Ava, vingt ans, étudiante française en psychologie, apprend qu’elle est acceptée en tant qu’observatrice d’un nouvel atelier de résilience destiné à de jeunes adultes ayant tué quelqu’un de leur entourage accidentellement alors qu’ils étaient encore enfants, au sein d’une université américaine, mené par un certain Cornell. L’occasion pour la jeune femme de prendre un nouveau départ après une enfance que l’on sent devenue lourde à porter.

« Tu vas réaliser une chose que je répète souvent : chaque humain mène un combat intérieur dont le reste du monde ignore l'intensité. » L’atelier de Cornell accueille Janice, Lexie et Aaron, trois étudiants qui cherchent à survivre sans que le poids de la responsabilité de leur acte d’enfant soit un élément qui les définisse.

« La vie est une pièce de théâtre. Chacun joue à faire semblant d'être un personnage. Une fois le rideau tombé, les cicatrices s'ouvrent pour saigner. » Pendant qu’Ava apprivoise les habitudes d’une vie de jeune Américaine, les trois participants s’ouvrent peu à peu pour tenter de se sentir moins coupable tout en acceptant d’être responsable du drame qui a bouleversé leur vie ainsi que celle de leur famille.

Au final, un roman qui m’a intéressée au départ par sa thématique puis par la complexité des personnages présentés. Malheureusement, j’ai trouvé les propos philosophiques dédiés à la résilience, trop redondants et les discussions entre Ava et Cornell plutôt superficielles. Bref, je me suis très vite ennuyée, d’autant plus que j’aurais aimé voir les relations d’Ava et de ses camarades se développer. Une déception en ce qui me concerne…