Le Crime du comte Neville, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2015)
💙💙💙💙
Cap
sur la Belgique, au cœur d’une famille loufoque de châtelains à deux doigts de
devoir vendre leur précieux manoir. Alors que leur benjamine, prénommée
Sérieuse, est retrouvée en pleine nuit au milieu d’une forêt par une voyante, voici
que celle- ci va faire une prédiction au comte Neville : lors de la
dernière soirée qu’il compte organiser, il assassinera l’un de ses invités.
« Le premier dimanche d'octobre aurait lieu la fameuse garden- party
annuelle de château de Pluvier. C'était l'événement mondain de cette région
reculée des Ardennes belges. Il ne fallait pas songer à l'annuler. Neville
était terrifié à l'idée qu'il allait y tuer l'un de ses invités. Cela ne se
faisait pas. » Notre comte, obnubilé par les apparences, parce qu’il a été élevé ainsi, tient
à ce que cette réception, la dernière qu’il puisse organiser avant la vente de
la propriété, soit une réussite mémorable. Un assassinat viendrait tout gâcher.
« Jusqu'à ses dix- huit ans, il n'avait jamais mangé d'œufs, de
poisson ou de jambon que sur des canapés, une fois par mois. Ces aliments lui
semblaient pharaoniques, il en rêvait la nuit. » Comme toujours chez Amélie,
la nourriture, ou devrais- je dire les habitudes alimentaires excentriques ont une
place prédominante dans l’œuvre. Ici être chiche est l’apanage de la bourgeoisie,
mais visiblement, cette parcimonie ne rend pas les Neville heureux (ni plus
riches).
« Tuer un invité dans un instant de colère, cela sent sa classe,
c'est chic. Préméditer l'assassinat d'un invité, c'est prouver, avec la
dernière grossièreté, que l'on ignore l'art de recevoir. » L’auteure a le chic
pour trouver des formules qui choquent et font sourire en même temps. Neville
est autorisé à tuer, mais pas à préparer son crime !
Au final, un roman très agréable à lire car la trame narrative se tient sur une temporalité limitée et les actions s’enchainent sans les pauses de digression habituelles chez Amélie Nothomb. Le récit ronronne et peut sembler lancinant, jusqu’à l’approche du dénouement et alors là, éclate une fin inattendue et flamboyante ! Un très bon cru ! Une très bonne fable !




