dimanche 22 mars 2026

La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)

 



La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)

💛💛💛

J’ai lu ce roman dans le cadre du mouvement #marsaufeminin qui invite à lire le roman d’une auteure engagée. Nathacha Appanah dénonce ici les violences faites aux femmes au prisme de sa propre expérience, ayant été sous l’emprise d’un homme pervers de ses dix- sept à vingt- cinq ans.

« Le temps que ça dure, une minute ou cinq ou dix, ça n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est le frottement étouffé de leurs corps qui luttent et, plusieurs fois, le bruit sec d'une claque, le son creux d'une tête qui heurte le mur. » Comment raconter les violences conjugales sans faire de voyeurisme ? En 2024, 1238 femmes ont été victimes de, ou de tentatives de féminicide en France au sein de leur couple. L’auteure s’est emparée de ces données scandaleuses pour mener une enquête sociale. 

« De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt- cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui.
Cette femme, c'est moi. »
Chahinez Daoud et Emma, la cousine de l’auteure, sont mortes sous les coups de leur mari. Nathacha Appanah remonte le fils de leur histoire pour tenter de comprendre comment la violence naît et s’épanouit au sein d’un couple qui s’est pourtant formé sur la base d’un amour sincère. Elle raconte son propre parcours de jeune fille amoureuse d’un homme charismatique au départ, qui va ensuite devenir un monstre.

« Une personne ne meurt véritablement qu'à partir du moment où personne n'évoque plus son souvenir, ne dit plus son nom. » Outre son envie de partager ses interrogations, ses propositions d’explications, Nathacha Appanah souhaite que l’on n’oublie pas les victimes de violences conjugales, que l’on pense encore et toujours à ces femmes, pour pouvoir protéger celles qui seraient susceptibles, un jour, de devoir s’enfuir pour survivre.

Au final, un récit – témoignage glaçant par son appartenance à une réalité contemporaine affligeante. Nathacha Appanah utilise les mots pour tenter d’expliquer l’indicible. Le livre est très bien écrit, mais j’ai eu l’impression que le questionnement de base n’était pas assez poussé par rapport au parcours de ces hommes violents ; pourquoi en arrivent-ils à tuer celle qu’ils aiment ? Que se passe-t-il dans leur psychisme quand ils passent à l’acte ? Peut- être que ce sera l’objet d’un autre livre, mais personnellement je suis restée sur ma faim. 

dimanche 15 mars 2026

La colline, Mathilde Beaussault (Seuil, 03/2026)




La colline, Mathilde Beaussault (Seuil, 03/2026)

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J’avais beaucoup aimé « Les saules », le premier roman de Mathilde Beaussault, paru l'année dernière alors j’ai été ravie de lire son deuxième aussi rapidement. Et quelle claque !!! Ce roman noir choral est incroyable, tant il passe de situations paisibles emplies d’amour à la campagne, à une ambiance violente et glauque au sein d’une famille vivant en barre H.L.M. à Rennes.

« Dans son ventre tendu, l'enfant s'amusait à faire de la place en donnant des coups. Il était à la fête. Il ne savait pas qu'il ne devait pas se réjouir. Que, dans la vie de Monroe, les drames s'enfilaient comme des perles à gros trous. » Le roman s’ouvre sur une scène dérangeante ; une jeune fille de dix- sept ans, Monroe, accouche seule, dans sa chambre d’enfant, la porte fermée à clé de l’extérieur. La suite du récit va alterner entre les moments immédiats qui vont suivre l’accouchement, et les huit mois qui l’ont précédé, alors que Monroe est envoyé chez sa grand- mère, Madeleine, qui vit dans une maison isolée au milieu de la campagne bretonne.

« On ne connaît pas les hommes dans la famille. Ils passent, font des enfants et les laissent pousser tout seuls comme le liseron. » Dans la famille Brunet, les hommes ne restent pas. Le seul qui apparaîtra dans l’histoire est Sébastien, vingt ans, irascible, sournois et violent. L’auteure en brosse un portrait psychologique épatant, au point qu’en tant que lecteur, on ne peut que le haïr, voire même le craindre.

« Quand on y pense, c’est un peu à ça que ressemble la vie. Des larmes et des sourires, et chacun en garde ce qu’il peut. » Heureusement, le destin mettra Edouard et Jacques sur le chemin de Monroe. De vieux messieurs qui ont eu leur lot de drames, mais qui apporteront un peu de douceur dans l’univers noir et glauque qui a vu grandir Monroe.

Au final, un roman captivant. Les chapitres sont courts et alternent avec les dépositions des divers protagonistes du roman. Le contexte sociologique est tellement précis que l’on pourrait croire à une histoire vraie. Les personnages sont nombreux mais chacun d’entre eux joue un rôle primordial dans l’avancée de l’enquête et on ne peut que s’attacher à certains d’entre eux, Monroe restant, elle, en retrait de l’intrigue. Epatant, mais glaçant !

samedi 14 mars 2026

Le Crime du comte Neville, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2015)

 


Le Crime du comte Neville, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2015)

💙💙💙💙

Cap sur la Belgique, au cœur d’une famille loufoque de châtelains à deux doigts de devoir vendre leur précieux manoir. Alors que leur benjamine, prénommée Sérieuse, est retrouvée en pleine nuit au milieu d’une forêt par une voyante, voici que celle- ci va faire une prédiction au comte Neville : lors de la dernière soirée qu’il compte organiser, il assassinera l’un de ses invités.

« Le premier dimanche d'octobre aurait lieu la fameuse garden- party annuelle de château de Pluvier. C'était l'événement mondain de cette région reculée des Ardennes belges. Il ne fallait pas songer à l'annuler. Neville était terrifié à l'idée qu'il allait y tuer l'un de ses invités. Cela ne se faisait pas. » Notre comte, obnubilé par les apparences, parce qu’il a été élevé ainsi, tient à ce que cette réception, la dernière qu’il puisse organiser avant la vente de la propriété, soit une réussite mémorable. Un assassinat viendrait tout gâcher.

« Jusqu'à ses dix- huit ans, il n'avait jamais mangé d'œufs, de poisson ou de jambon que sur des canapés, une fois par mois. Ces aliments lui semblaient pharaoniques, il en rêvait la nuit. » Comme toujours chez Amélie, la nourriture, ou devrais- je dire les habitudes alimentaires excentriques ont une place prédominante dans l’œuvre. Ici être chiche est l’apanage de la bourgeoisie, mais visiblement, cette parcimonie ne rend pas les Neville heureux (ni plus riches).

« Tuer un invité dans un instant de colère, cela sent sa classe, c'est chic. Préméditer l'assassinat d'un invité, c'est prouver, avec la dernière grossièreté, que l'on ignore l'art de recevoir. » L’auteure a le chic pour trouver des formules qui choquent et font sourire en même temps. Neville est autorisé à tuer, mais pas à préparer son crime !

Au final, un roman très agréable à lire car la trame narrative se tient sur une temporalité limitée et les actions s’enchainent sans les pauses de digression habituelles chez Amélie Nothomb. Le récit ronronne et peut sembler lancinant, jusqu’à l’approche du dénouement et alors là, éclate une fin inattendue et flamboyante ! Un très bon cru ! Une très bonne fable !  

dimanche 8 mars 2026

L’annonce, Marie- Hélène Lafon (Le livre de poche, 01/ 2026)

 



L’annonce, Marie- Hélène Lafon (Le livre de poche, 01/ 2026)

💛💛💛💛

C’est la couverture de ce roman sorti en poche qui m’a attirée, avec toutes ses couleurs chatoyantes. Et puis Marie- Hélène Lafon venait de passer à « La Grande librairie » pour présenter son dernier livre, et j’avais eu très envie de la relire. Cap sur le Cantal pour un huis clos paysan servant de décor à une étonnante histoire romanesque.

« Aussi la muette stupeur des oncles n'eut- elle d'égale que celle de Nicole lorsque, à quarante- six ans, révolus, il annonça en trois phrases, après le café, le premier dimanche d'avril, très exactement le dimanche des Rameaux Nicole s'en souvenait, qu'il ferait pendant le printemps quelques travaux d'aménagement à l'étage où, fin juin, viendraient vivre avec lui Annette, une femme de trente- sept ans originaire de Bailleul dans le Nord, et son fils de onze ans, Eric, qui entrerait en septembre au collège de Condat en sixième. » Paul, quarante- six ans, est paysan à Fridières. Pour ne pas finir vieux garçon, il passe une annonce matrimoniale dans le magazine « Le Chasseur français ». Annette, une trentenaire originaire du Nord va y répondre. Au grand étonnement de sa sœur, Nicole, jusqu’à ce jour la seule femme de la maisonnée.    

« Annette s'énamourait, s'éprenait, au vif, de garçons toujours mal lotis, en fâcheuse posture. Elle n'aimait que les sans- viatique, les blessés de naissance, les affamés à vie, les recrues de la DASS placées dans des familles ou en foyer, des garçons dont on savait le père ou le frère aîné en prison à l'autre bout de la France. » Grâce à un récit navigant entre plusieurs temporalités, nous remontons le fil de chaque histoire personnelle. Une construction habile qui permet de comprendre les choix de vie de nos deux principaux protagonistes. Le parcours d’Annette est émouvant.

« Ces mains seraient sur elle, posées, chaudes, appuyées ; ces mains avaient manqué, s'étaient ouvertes sur le vide, avaient attendu, et savaient vouloir. » L’auteure nous balade dans une ruralité besogneuse et taiseuse. Le quotidien y est âpre, contraignant, harassant. Et pourtant, il est question ici d’une histoire d’amour.

Au final, un roman étouffant qui place son lecteur entre deux vaches de Salers, dans la moiteur de l’étable, pour mieux observer la vie de cette famille de paysans qui se voit imposer une femme et son fils venus d’un autre bout de France. L’écriture est dense, entre phrases de plusieurs lignes et parcimonie de ponctuation. Marie- Hélène Lafon maîtrise l’art de l’écriture de terroir, et elle sait nous le faire aimer. 

Le Fantôme de Canterville, d'après l'œuvre d'Oscar Wilde (Belin Déclic, 2025)

 


Le Fantôme de Canterville, d'après l'œuvre d'Oscar Wilde (Belin Déclic, 2025)

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J’ai donné à lire cette adaptation du roman d’Oscar Wilde en bande dessinée à mes élèves de 6e. Une bonne idée que ces adaptations qui permettent d’élargir les connaissances littéraires des collégiens.

« Je viens d’un pays moderne où nous avons tout ce que l’argent peut acheter. S’il existait un fantôme en Europe, nous l’annexerions à bref délai pour le montrer au public dans un de nos musées. » M. Hiram Otis est un ministre américain venant vivre en Angleterre. Il jette son dévolu sur le château de Canterville. Qu’il soit hanté ne pose aucun problème à la famille Otis…

« Ces générations modernes…. Quelle humiliation. » Voilà que le fantôme de Sir Simon de Cantervile qui hante le château depuis 1575 n’effraie plus personne. Au bord du désespoir, il tente à tout prix de se faire remarquer. Mais la lassitude le guette…

Au final, une bande dessinée bien sympathique, facile à lire et habilement illustrée. Mais le tout manque un peu de consistance à mon avis, et risque d’être rapidement oublié. C’est dommage.