samedi 10 octobre 2026

Le Cercle occulte des Gentlemen, Sarah Penner (Pocket, 10/2024)


 

Le Cercle occulte des Gentlemen, Sarah Penner (Pocket, 10/2024)

👻👻👻👻

Ce roman m’avait été conseillé par une amie (Claire, si tu passes par là 😉), mais une fois que je l’avais entre les mains, je n’avais plus eu vraiment envie de le lire. Et puis, là, ambiance Halloween à chaque coin de rue, à chaque scroll, et paf, l’envie de lire une histoire dans laquelle le surnaturel côtoie le réel m’a prise furieusement !

« Etablie en 1860, la Société des Sciences Occultes a pour mission de proposer ses services de clairvoyance et de spiritisme aux Londoniens, dans le but premier d'apporter la paix aux endeuillés et de répondre à l'intérêt grandissant de la population pour l'au- delà. » Londres. 31 octobre 1873. Deux corps sont retrouvés assassinés. Celui de Mr Volckman, le fondateur de la Société des Sciences Occultes, mais aussi celui d’Evie Wickes, la sœur de Lenna, l’héroïne de ce roman troublant.

« Ce faisant, je souhaiterais vous inviter à Londres pour réaliser en toute discrétion une séance pour Mr Volckman, dans le but d'identifier le ou les assassins. Je suis navré de le dire, mais je soupçonne le criminel d'être en lien avec la Société. » Vaudeline D’allaire est une nécromancienne mondialement connue tant son instinct est extraordinaire. Mais voilà, elle a dû fuir Londres car elle s’y sentait menacée. Pourtant Mr Morlay, adjoint de Mr Volckman, va tout mettre en œuvre pour qu’elle puisse revenir dans la capitale britannique incognito pour l’aider à résoudre le meurtre de son chef.

« Non, parmi les esprits de Vaudeline on ne trouvait que les victimes de crimes affreux, parties trop tôt. Toutes avaient été assassinées. Pire encore, leurs meurtriers avaient échappé à la justice. » Vaudeline va accepter la mission ; emmenant avec elle sa jeune assistante, Lenna, qui elle aussi aura une enquête personnelle à mener : trouver l’assassin de sa jeune sœur. La relation entre les deux femmes va évoluer, mais attention, nous sommes au XIXème siècle. Et à Londres…

Au final, un roman qui mêle habilement les sciences occultes – qu’on y croit ou pas – et une enquête vraiment prenante, à la fois sur les manœuvres discutables d’une société ayant pignon sur rue et sur des assassinats ayant eu lieu dans l’ambiance nébuleuse propre à l’ère victorienne. L’évolution de la relation entre les deux femmes m’a beaucoup plu. Un régal ésotérique et romanesque.

dimanche 4 octobre 2026

Rochebrune, Sophie Divry (Actes sud, 08/2026)

 


Rochebrune, Sophie Divry (Actes sud, 08/2026)

💖💖💖💖

J’avais repéré ce roman parmi les sorties de la rentrée littéraire, et en le feuilletant chez ma libraire, en lisant les premières lignes du premier chapitre, j’ai été emportée, décidée à en lire la suite. Et je n’ai pas été déçue…

« Elle était divorcée ; il était divorcé. Il avait un fils de sept ans, elle une fille de quatorze. Le mot "impondérable" avait été prononcé, naïvement puis ironiquement. Le ton était monté puis redescendu. » Isabelle, psychologue et Xavier, « level designer » dans les jeux vidéo forment un couple recomposé tentant de construire un équilibre entre leur relation et leurs enfants respectifs. Un quotidien qui n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’il y a des vacances à organiser, où il faut jouer avec les gardes de l’un et de l’autre. Mais cette fois, c’est la bonne ; ils vont pouvoir passer une semaine à quatre dans les Alpes.

« Isabelle avait été de bonne volonté au départ - avant que Léon ne jette son camion de pompiers par le balcon à leur première rencontre et ne la regarde en lui tirant la langue quand Xavier tourna le dos. Isabelle n'avait rien dit. Elle n'avait jamais craqué. Elle ne l'avait jamais traité, par exemple, de petit con égoïste élevé par un lâche. » L’auteure se plait à gratter l’image correcte du couple, de la mère, du père, pour pointer du doigt leurs faiblesses, leurs défaillances. Le lecteur s’assimile facilement à l’un ou à l’autre. Et trouve du plaisir aux petites piques pleines de reproches glissées insidieusement en fin de chapitre.

« Ils décidèrent donc de continuer. Non que Jérémie et Xavier se crussent particulièrement forts, mais ils se pensaient lucides.
Tous deux ignoraient qu'un renoncement peut être héroïque et un exploit stupide. »
Xavier profite de leurs vacances dans les Alpes pour pratiquer son loisir favori, l’escalade. Mais est- ce vraiment le moment de délaisser sa famille ; lui qui a eu tant de mal à la réunir ?

Au final, un roman qui m’a happée dès les premières lignes. Sophie Divry possède l’art d’enrober des pensées et des propos crus dans des situations élégamment narrées. J’ai apprécié ces contrastes, ses piques ironiques envers ses personnages, et la précision utilisée dans la description des éléments naturels qui vont mettre à mal les deux premiers jours de séjour de nos vacanciers. Une délicieuse fable noire écologique et satirique. 

jeudi 1 octobre 2026

C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien (Grasset, 08/2026)

 


C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien (Grasset, 08/2026)

😑😑😑

Voilà, j’ai lu le livre qui fait scandale actuellement ! Pas pour lui apporter quelques grammes de gloire ou d’opprobre, mais pour me faire mon propre avis. Est- il écrit grâce à l’I.A. ? Honnêtement, je ne suis pas suffisamment au point en informatique pour pouvoir le décréter. Est-il un chef d’œuvre ? Mes critères personnels ne le classeraient pas ainsi. Qu’en est- il donc ?

« J'aimais mon métier. J'aimais raconter aux élèves comment Haïti avait été le premier pays noir à obtenir l'indépendance, même si chaque jour la réalité me faisait douter qu'on ait jamais été libérés. » Jonas Dorléon est professeur d’histoire – géographie à Port- au- Prince. Les gangs cherchent à prendre le dessus sur la ville et un jour, sa maison est incendiée. Que faire d’autres que prendre quelques affaires et s’enfuir ?

« Un migrant qui passe une frontière, c'est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. » S’enfuir… mais où ? Quand on part d’Haïti, les solutions sont quelque peu limitées. Alors Jonas va suivre la marche de ses semblables : la République Dominicaine, le Mexique, les Etats- Unis, pour enfin trouver un lieu où potentiellement se poser et redémarrer une vie nouvelle. J’ai beaucoup aimé suivre le parcours, semé de dangers, emprunté par le narrateur.

« La République dominicaine vend du bonheur au kilo. Et nous, nous le fabriquons sans jamais y goûter. Parfois, je me dis que ce pays est une métaphore du monde. Il y a les plages pour les uns, les frontières pour les autres. Les cocktails pour les uns, les machettes pour les autres. Les chants pour les autres, les silences pour les autres. » Le passage de Jonas en République dominicaine m’a particulièrement marquée. En effet, je vois toujours des reportages vantant le côté paradisiaque de ce pays, mais je n’avais jamais remarqué la souffrance sous- jacente des habitants du pays voisins, ici asservis.

Au final, étant incapable de mesurer le côté « tricheur » de l’auteur, j’ai évalué le roman comme je le fais pour les autres. J’ai aimé le récit retraçant l’exil d’un Haïtien. J’ai moins aimé le côté répétitif des comparaisons (« comme » doit être le mot le plus répété du livre) et des autres figures de style répétées à foison. Bref, à chacun de se faire son propre avis.

dimanche 27 septembre 2026

Mon corps donné pour vous, Marouane Essadek (Notabilia, 08/2026)

 


Mon corps donné pour vous, Marouane Essadek (Notabilia, 08/2026)

💛💛💛

Quand Carrie Buck tombe enceinte, à l’âge de dix- sept ans, elle devient embarrassante. Le père de l’enfant s’est enfui sans laisser d’adresse, la famille adoptive de la jeune femme ne veut plus l’assumer, et la mère de cette dernière vient d’être internée dans un institut pour personnes faibles d’esprit. Une histoire vraie, que l’auteur a retracée en parallèle de la naissance et de l’évolution des lois eugénistes mises en place aux Etats – Unis au début du XXème siècle.

« Pour le monde, pour Alice et pour l'Amérique, Carrie est une gamine sans grand avenir, une abrutie qui n'apprendra pas grand- chose. L'école n'est pas là pour l'éclairer ou l'instruire, simplement pour la garder et l'occuper pendant quelques années, jusqu'à ce qu'elle soit en âge de travailler. » Carrie a été très tôt enlevée à sa mère, jugée inapte pour l’éduquer. Si les Dobbs qui l’ont accueillie font figure de bons samaritains, le quotidien de la petite fille est proche de celui de Cendrillon : Carrie est la première levée et la dernière couchée, sa journée d’école étant alourdie par des heures de ménage.

« "Eu" veut dire "bien", "genes "né, engendré".
Eugenics, ou l'eugénisme, c'est la bonne naissance, la séparation entre ceux qui doivent naître et ceux qui ne le méritent pas. On perfectionnera l'espèce humaine en retirant petit à petit tous les êtres inférieurs et toutes les races qui la tirent vers le bas. »
Les recherches de l’auteur l’ont amené à retracer les parcours de plusieurs scientifiques américains qui, s’appuyant sur les tests de Binet – Simon, ont eu envie de tester leurs semblables, d’autant plus qu’ils ont envie de « purifier » la descendance des Américains. Plus de personnes faibles d’esprit, plus de personnes de couleur, plus de prostituées ni d’alcooliques. Un pays sanctuarisé par la pureté raciale, appuyée par de nouvelles lois étayées par la science.

« Un grand homme, Thomas Jefferson, de ceux qui peuvent d'une main écrire que "tous les hommes sont créés égaux", que "la liberté et la recherche du bonheur sont leurs droits inaliénables", et de l'autre gérer ses quelques centaines d'esclaves, exerçant un peu trop son droit de propriétés sur certaines d'entre elles. » De grands noms ressortent moins glorieux de ces recherches. L’expression « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » résonne entre les lignes. On comprend le désarroi de Carrie et de ses semblables, ces êtres à qui on refuse la parole et pour qui l’on décide d’un avenir cloîtré.

Au final, un récit qui a le mérite de lever le voile sur une préconisation propre à la Virginie dans les années 1920, qui va forcément horrifier toutes les femmes européennes du XXIème siècle. Comment a-t-on pu nier à ce point la parole, la situation de ces femmes, victimes d’hommes indélicats, victimes, avant tout, de la société ? J’ai apprécié découvrir le parcours de ces scientifiques qui s’embarquent, un jour, dans un projet eugénique sans aucun scrupule. Par contre, ce récit n’a rien d’un roman. J’ai regretté le manque de narration autour du récit de vie de Carrie Buck. Je ne me suis pas attachée à elle.  J’ai parfois eu l’impression de lire un mémoire universitaire… 

samedi 19 septembre 2026

Bestial, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)

 


Bestial, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)

💓💓💓💓💓

J’avais beaucoup aimé l’enquête tortueuse menée par Stéphane Jourdain et Lucie Bunevial dans Jeu de peaux ; je me suis donc jetée rapidement dans la lecture de leur deuxième dossier criminel. Et quelle histoire macabre !!! L’auteure sait attirer son lecteur toujours plus loin dans l’ignominie humaine…

« C'était il y a dix ans. Agnès avait douze ans. Des années d'errance et de chagrin. Pourtant, cette virée familiale s'annonçait radieuse et festive au cœur de la capitale en ce début de grandes vacances scolaires. Un week-end qui avait finalement basculé dans l'horreur. » Fanny fait partie des cinq filles de douze ans ayant disparu à Paris, en plein jour et dans les quartiers touristiques en 2007. Des victimes particulièrement jolies dont on a perdu toute trace… 2019 ; cinq autres adolescentes, au même profil, disparaissent à leur tour. Jourdain et Bunevial reprennent le dossier.  

« C'est son atout pour chasser le gibier.
Il la livrera comme prévu au point de rencontre habituel. Il n'a aucune idée de l'identité de son commanditaire. Sont-ils plusieurs ? Il le présume, car l'organisation semble bien huilée. Il doit livrer la "viande" en bon état, c'est l'exigence principale. »
Il n’y a pas de projet criminel de grande envergure sans petites mains, des hommes, essentiellement (on se demande pourquoi…), prêts à fermer les yeux sur toute action moralement répréhensible du moment qu’il s’enrichit. Entre l’Albanie et la France, nos policiers vont devoir remonter le fil de tous ces rabatteurs pour connaître l’identité du maître de ce jeu macabre.

« C'est monstrueux, et pourtant. Pourtant, Jourdain ne peut s'empêcher d'y voir quelque chose de poétique, l'œuvre d'un artiste. Certes, un univers créatif d'une morbidité sans équivoque, mais dont le rendu final ferait presque oublier qu'ils ont devant les yeux une scène de crime et un cadavre. » Nos deux enquêteurs vont être confrontés à des scènes et des situations qui vont mettre à mal leur santé mentale. Âmes sensibles s’abstenir !

Au final, une seconde enquête haletante qui prend aux tripes. L’auteure s’amuse avec nos nerfs en jouant avec l’espace (France – Albanie – Grèce) et le temps. Les allers- retours de l’un à l’autre rendent l’atmosphère de l’intrigue oppressante. Nos deux héros ne sont pas épargnés et j’ai hâte de lire La nuit des fous pour connaître la suite de leurs déboires.