vendredi 24 juillet 2026

Les brebis égarées, Madeline Cash (Denoël, 08/2026)



Les brebis égarées, Madeline Cash (Denoël, 08/2026)

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J’ai eu la chance de lire ce roman de la rentrée littéraire, en avant- première, grâce à mon adhésion au Club Lecture Lire Magazine. Il faut dire que les récits abordant les familles dysfonctionnelles ou aux lourds secrets profondément cachés sont mes cibles de prédilection en matière de lecture. Et avec la famille Flynn, je n’ai pas été déçue !

« Mais l'amour qu'ils avaient autrefois partagé semblait à présent lointain, inaccessible. Bud avait intériorisé le ressentiment de sa femme, s'était retiré profondément en lui- même, puis dans le minivan pour y fumer de l'herbe et y écouter de la musique, seul. Ils se croisaient dans la cuisine tels deux étrangers dans un centre commercial. » Bud et Catherine Flynn abordent la quarantaine avec une crise conjugale profonde. Parents de trois filles adolescentes, ils sentent que leur couple n’est plus ce qu’il était. Pour y remédier, Catherine a une idée : mettre en place ce qu’elle appelle un « arrangement », autrement dit, devenir un couple libre. Il faut dire qu’elle a déjà des vues sur l’un de leurs voisins… Mais Bud, lui, n’envisage pas la vie de couple sous l’égide du partage. Comment s’entendre dans ces conditions ?

« - Savez- vous quelle phrase apparaît plus de trois cents fois dans la Bible ?
- "Tu ne coucheras point avec ton frère" ?
- "Soyez sans crainte." Pourquoi êtes- vous ici, Bud ? »
Le père de famille, acculé par son patron, propriétaire de l’industrie qui fait vivre toute leur ville, se voit obligé de suivre une « thérapie » au sein de l’église, dans un groupe de parole si bien nommé « les Brebis égarées ». Il y rencontrera des personnes essentielles, qui lui permettront d’envisager la vie sous un nouvel angle tourné vers ses valeurs les plus profondes.

« - Nous faisons tous des erreurs, mon père, avait dit l'homme. Les saints comme les pêcheurs. Ce qui compte, c'est ce que nous faisons de ces erreurs, à quel point nous parvenons à les cacher, et jusqu'où nous sommes capables d'aller pour les garder secrètes. » Le père Andrew, qui gère l’église, sa communauté, comme tout bon pasteur américain, est loin d’être le personnage pieux que l’on est en droit d’imaginer. L’occasion pour l’auteure de dresser une satire politiquement « in »- correcte de la main – mise de l’Eglise sur la population américaine, en apparence si puritaine mais en réalité profondément pervertie. Un régal !

Au final, un roman qui m’a d’abord désarçonnée, tant par le fond - on entre directement dans la vie très intime d’une famille, que sur la forme – avec cette insistance syntaxique sur le mot « mite » jusqu’à ce que ces nuisibles soient exterminés dans le récit. Et puis je me suis laissé entraîner par la polyphonie du roman, avec les chapitres dédiés à chacun des principaux protagonistes de l’histoire et leur vision de la situation globale, parfaitement réaliste en fonction de l’âge et de la personnalité de ceux- ci. L’auteure excelle à nous faire passer d’une histoire de famille à un thriller, d’un roman sociétal à une romance. Un bonheur de lecture ! 

mercredi 22 juillet 2026

Maman, réveille- toi, Josette Wouters (Decoster éditions, 04/2024)

 


Maman, réveille- toi, Josette Wouters (Decoster éditions, 04/2024)

💟💟💟💟

A l’occasion d’un séjour dans le Nord de la France (les Hauts de France, pardon !), j’ai eu envie de lire un auteur local et mon choix est tombé sur Josette Wouters, dont j’avais déjà lu « Gravelines blues ». La quatrième de couverture m’a en effet très attirée car il y était question d’une relation entre un professeur et son élève et de situations familiales perturbées !

« Quand il s'est tu enfin et qu'il a regagné son perchoir, j'ai baissé la tête sur ma copie, estampillée en haut, à droite, d'un 2 cerclé de rouge. Dans la marge, j'ai lu : "Un début presque acceptable mais est-il de vous ? La médiocrité ridicule du reste laisse supposer que non..." » Sonia Leburg est une lycéenne brillante, mais voilà que son professeur de français, Charles Duquesnoy, la prend en grippe et la soupçonne même de tricher. Alors qu’elle lui demande des explications, il l’envoie promener ; ce qui va déclencher un élan de curiosité chez la jeune fille…

« Je dois savoir.
Sur le chemin du lycée, cette pensée m'obsède au point d'occulter tout le reste : qui est mon vrai père ?
Impossible d'interroger ma mère. Elle va délirer, se trouver mal et il faudra appeler le SAMU. »
Sonia vit sous la tutelle de sa grand- mère, depuis que sa mère a perdu la tête. Avec son petit frère, Benjamin, ils composent une famille modeste, aux humeurs qui varient en fonction de l’état cérébral de leur mère. Un jour, elle apprend de la bouche de la nouvelle compagne de son père que celui- ci l’a en fait adoptée. Dès lors, découvrir l’identité de son vrai père va devenir la priorité absolue de Sonia. Son ami de toujours, Jean, va lui apporter une aide précieuse.

« Il faudrait analyser le pourquoi il est si difficile de ne pas vouloir se venger ?
De qui voudrais- je me venger au juste ? Et de quoi exactement ? »
En enquêtant sur ses origines, Sonia va révéler au grand jour des histoires d’amour, mais aussi de trahison, qui ont émaillé la jeunesse de sa mère et de ses amis. Qui est celui, ou celle, qui détient la vérité ?

Au final, un roman qui mêle une histoire de famille, une romance, et une enquête aux accents policiers. L’auteure a su me surprendre par la complexité des relations des personnages entre eux, que ce soit dans le présent ou le passé. L’intrigue est finement ciselée et on se prend vraiment au jeu. Une lecture bien plaisante.

dimanche 19 juillet 2026

Sept jours avant la tombe, Holly Jackson (Harper Collins, 03/2026)


 

Sept jours avant la tombe, Holly Jackson (Harper Collins, 03/2026)

💙💙💙💙

Holly Jackson propose là un roman à la proposition de départ étonnante, puisque nous savons d’entrée que son héroïne va mourir à la fin de l’histoire. En effet, Jet est violemment agressée par derrière le soir d’Halloween ; et cette attaque va entraîner une lésion cérébrale irréversible, qui ne lui laissera qu’une semaine de répit. Elle va donc se mettre en quête pour trouver quel est l’individu qui s’est permis de lui ôter la vie.  

« Une autre explosion, plus forte. La sensation du sang, des tas de choses qui se brisent dans sa tête.
Quelqu'un est en train de la tuer.
Jet peut encore formuler cette pensée, mais elle cligne des yeux, et la lumière ne revient pas et... »
Jet a vingt- sept ans et profite de sa jeunesse dorée pour tout remettre à plus tard ; les études, le travail, les relations amoureuses. Alors que la fête d’Halloween bat son plein dans la ville de Woodstock, dans le Vermont, elle décide de rentrer chez elle après une dispute avec son ex-petit ami. Mais à peine la porte d’entrée franchie, on lui assène trois grands coups de marteau à l’arrière du crâne. Elle se réveillera à quelques heures plus tard à l’hôpital.

« Que voulait- elle ? Elle voulait retrouver sa vie. Elle voulait revenir deux jours en arrière et retrouver sa tête intacte, s'assurer que tout ça ne se produirait jamais. Elle voulait ce qu'elle avait toujours voulu. Faire quelque chose, réaliser quelque chose de grand, d'indéniablement grand, prouver qu'elle en était capable. Pour que la vie puisse enfin commencer. » Le verdict du médecin est immuable : Jet n’a plus que sept jours à vivre. Et alors qu’elle a toujours tout remis « à plus tard », elle va faire en sorte d’accélérer l’enquête de la police en menant des investigations de son côté, accompagnée de son fidèle ami, Billy, quitte à prendre des risques.

Au final, un roman parfait pour l’été grâce aux côtés attachants des personnages de Jet et de Billy mais aussi grâce au côté rocambolesque de leur quête, qui va les mettre dans des situations parfois touchantes et souvent improbables ! J’ai suivi l’enquête avec intérêt et douté de l’identité du coupable jusqu’à la révélation finale. Et moi qui adore les secrets de famille, j’ai été servie !   

vendredi 10 juillet 2026

Les garçons de l’été, Rebecca Lighieri (Folio, 04/2018)

 


Les garçons de l’été, Rebecca Lighieri (Folio, 04/2018)

🏄🏄🏄

Une couverture estivale, représentant un jeune homme face à l’océan, une planche de surf sous le bras. Mais le contenu de ce roman n’a rien à voir avec une histoire d’été, légère et colorée. Cap sur La Réunion, puis sur Biarritz, aux côtés de Thadée et Zachée, deux frères magnifiques et doués mais pour qui le destin va prendre une tournure dramatique.

« Mes fils sont ce qui me sauve de l'ordinaire. Ils sont ce qui fait de moi l'exception plutôt que la souris lambda que j'ai été jusqu'à la naissance de Thadée voici vingt ans. » Mylène s’est réalisée en devenant maman de deux garçons. Cette femme diplômée en pharmacie n’a jamais exercé son métier, pour se consacrer à l’éducation de ses enfants, ses fils surtout, et accessoirement, sa fille, Ysé, une gamine en décalage avec le monde qui l’entoure.

« J'ai toujours pensé que les tueurs psychopathes dont on nous rebat les oreilles étaient les bienfaiteurs d'une humanité dont ils abrègent les souffrances et la vie absurde. » Derrière le drame qui va se dérouler au sein de la famille Chastaing, on découvre une image d’Épinal qui va rapidement se fragiliser, puis se fracturer au fur et à mesure que les masques tomberont, révélant des profils inquiétants…

« J'aurais tellement aimé un monde d'enfants sauvages, un monde dans lequel aurait régné la férocité naturelle au lieu de cet univers policé, étriqué, oppressant, et finalement invivable. » Les personnages de ce récit vont tous, à un moment ou à un autre, adopter un comportement bestial, devenir des prédateurs, perdre toute l’humanité qui les constitue. La belle famille bourgeoise va se fissurer, revenir aux réflexes primaux de survie.

Au final, un roman qui m’a happée dans son premier tiers, puis qui m’a ennuyée du fait de longueurs récurrentes, notamment dans les passages dédiés au surf. J’ai beaucoup aimé le récit se déroulant à La Réunion, avec cette atmosphère sauvage, presque animale, et envoûtante qui plaçait la mère et ses fils dans un univers où leurs places étaient presque inversées. Mais le retour au pays basque m’a quelque peu désenchantée. Un roman dérangeant, par son langage parfois cru, et paradoxalement souvent élaboré, et son ambiance particulière. 

lundi 6 juillet 2026

Le premier jour du reste de ma vie, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 11/2022)

 


Le premier jour du reste de ma vie, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 11/2022)

⛵⛵⛵⛵

Se plonger dans la lecture d’un roman de Virginie Grimaldi, c’est l’assurance de passer par tout un panel d’émotions, qui vont de l’éclat de rire à l’apparition de la larmichette. Cap sur une croisière autour du monde aux côtés de trois femmes éprouvées par la vie, Marie, Anne et Camille.

« C'était quand même lui qui s'intéressait plus à l'écran de télé qu'à sa femme. Lui qui avait insisté pour qu'elle lâche ses études et soit mère au foyer. Lui qui n'avait jamais de temps pour une sortie, encore moins pour des vacances. » Marie a tout prévu pour fêter les 40 ans de son époux. Mais surtout, elle lui promet une sacrée surprise : le soir- même, elle le quittera. Pour toujours. Après vingt années durant lesquelles elle a été rabaissée, moquée, trompée, elle a pris son courage à deux mains et fait sa valise. Destination Marseille pour embarquer dans un paquebot qui lui permettra de faire le tour de monde, et surtout, de se retrouver, elle.

« "C'est dommage" est sans doute la formule qu'elle a le plus souvent entendue depuis sa naissance. Sa grand- mère trouvait dommage que son beau visage soit neutralisé par son gros corps. Son père trouvait dommage qu'elle ne fasse pas plus d'efforts pour maigrir. » Camille, elle, est une jeune femme dont on s’est souvent moquée à cause de ses rondeurs. Alors qu’elle a perdu du poids, elle ne parvient pas à entamer une relation amoureuse avec sérénité. Alors elle s’est lancé un défi : se taper un mec dans chaque pays !

« Nous allons tous au même endroit ; autant rendre le chemin plus heureux. » Marie et Camille vont rapidement former un trio féminin avec Anne, une sexagénaire déprimée par sa relation conjugale avec un homme qui la délaisse de plus en plus. S’éloigner de son confort douillé et ritualisé est une épreuve qu’elle s’apprête à relever avec quelques craintes. Mais ses nouvelles amies seront là pour lui permettre de profiter d’expériences inoubliables.

Au final, une lecture réconfortante, avec des passages émouvants lorsqu’il est question des parcours de vie de ces trois femmes bien plus courageuses qu’elles ne le pensent. Certaines répliques m’ont aussi fait éclater de rire ! Bref, j’ai passé encore une fois un très bon moment avec les personnages attachants que sait créer Virginie Grimaldi et la fluidité de sa plume !