vendredi 3 avril 2026

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2013)

 



La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2013)

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Je poursuis ma lecture des livres d’Amélie Nothomb déjà publiés pas encore lus et avec celui- ci, la boucle est bouclée !!!! Il faudra que j’attende le mois d’août pour lire de nouveau cette auteure belge talentueuse et prolifique !

« Tout ce que l'on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l'âge de cinq ans, quand on m'en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais- je dire du pays que j'avais cru connaître et qui, au fil des années, s'éloignait de mon corps et de ma tête ? » Les romans d’Amélie Nothomb évoquent toujours, même de loin, le Japon, ce pays de l’enfance qui l’a tant rassurée, puis enchantée ; au point d’espérer y faire sa vie, une fois arrivée à l’âge adulte. Cet épisode, relaté dans Stupeur et tremblements explique cet échec et l’amertume qui en a suivi.

« Jusqu'à présent, mon idylle avec le Japon a été parfaite. Elle comporte les ingrédients indispensables aux amours mythiques ; rencontre éblouie lors de la petite enfance, arrachement, deuil, nostalgie, nouvelle rencontre à l'âge de vingt ans, intrigue, liaison passionnée, découvertes, péripéties, ambiguïtés, alliance, fuite, pardon, séquelles. » Ce récit autobiographique suit le déroulé du film documentaire, « Une vie entre deux eaux », qui lui a été consacré en 2012 et qui avait pour objectif d’emmener l’auteure sur les lieux les plus emblématiques pour elle au Japon. Un regard sur elle- même et sur son parcours qui nourrit ce livre de beaucoup d’émotions palpables.

« Si le temps mesure quelque chose chez un être humain, ce sont les blessures. » Amélie va se rendre compte que ses souvenirs sont quelque peu biaisés ; et rentrer en Belgique avec le cœur retourné.

Au final, un récit touchant, qui exprime bien plus de sentiments et d’émotions intimes que ce que j’ai pu lire dans ses autres romans. L’auteure se révèle fragile, extrêmement touchante dans ses tâtonnements pour retrouver le Japon d’antan. Je ressors de cette lecture avec l’envie d’aller me promener sur les pas d’Amélie, d’autant plus que les cerisiers vont bientôt fleurir ! 

L’été d’avant, Lisa Gardner (Le Livre de Poche, 2025)

 


L’été d’avant, Lisa Gardner (Le Livre de Poche, 2025)

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Lisa Gardner est une auteure que j’ai peu lue et j’ai très envie de rattraper mon retard dans ses publications durant ces prochaines années. Voici ici ce premier tome d’une nouvelle saga, aux côtés d’une enquêtrice qui sort de l’ordinaire ; ni flic ni détective privée, cette ancienne alcoolique s’est donnée pour mission personnelle de retrouver les personnes disparues que plus personne ne recherche.

« Je ne suis pas de la police.
Je ne suis pas détective privée.
Je n'ai ni compétence ni formation particulière.
Je suis juste moi. Une femme quelconque, blanche, la quarantaine, qui traîne derrière elle plus de regrets que de bagages, plus de souvenirs tristes que de souvenirs heureux. »
Frankie Elkin débarque un beau matin à Mattapan, un quartier noir de Boston gangréné par les trafics en tous genres. Elle est là pour une seule raison : retrouver Angélique, quinze ans, issue de la communauté haïtienne, disparue depuis presque un an.

« J'ai assisté à mes quatre- vingt- dix réunions en quatre- vingt- dix jours. Je me suis choisi un parrain. Puis un autre. J'ai décrété que la méthode n'était pas pour moi. Eu peur que l'abstinence ne soit pas pour moi. Avant de comprendre avec un tranquille désespoir que c'était surtout le fait d'être moi qui n'était pas pour moi. » Frankie lutte toujours contre son addiction. La fréquentation des réunions quotidiennes des Alcooliques Anonymes lui permet de tenir le cap, d’autant plus qu’elle a réussi à se faire embaucher en tant que serveuse dans un bar. Deux lieux où dénicher des indices et où les langues ont tendance à se délier… mais où il faut savoir raison garder.

« "Ce n'est pas parce que vous ne vous êtes jamais fait pincer que vous êtes forcément innocente.
- Et ce n'est pas parce que vous vous méfiez de moi que je suis forcément coupable."
 » L’enquête informelle de Frankie va titiller l’inspecteur jadis chargé de l’affaire, Dan Lotham. Nos deux protagonistes vont mesurer leurs compétences respectives avant de s’allier pour découvrir la vérité.

Au final, une histoire vraiment intéressante au niveau sociologique et bien menée grâce à une intrigue finement ciselée. L’enquêtrice principale est vraiment attachante dans ce premier tome qui nous permet de connaître son passé et les raisons de ses recherches. Je lirai les suivants avec plaisir.

samedi 28 mars 2026

Les Malveillants, Sandrine Destombes (XO éditions, 10/2025)


 

Les Malveillants, Sandrine Destombes (XO éditions, 10/2025)

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Cap sur les Cévennes, où la pluviométrie a atteint un niveau exceptionnel et entraîné de nombreux accidents et effondrements de terrain. C’est dans ce cadre qu’apparaît le corps d’une jeune fille gravement blessée qui, étonnement, ressemble énormément à une adolescente disparue huit ans plus tôt.

« On vient de déterrer une jeune fille. Elle était ensevelie sous les pierres et une tonne de boue. Son corps a été découvert grâce à la DDE qui a déblayé la voie. Elle est dans un sale état. Pas sûr qu'elle s'en sorte. » Domitille Fourest, capitaine de la brigade de Nîmes apprend cette triste nouvelle alors que son véhicule est détourné pour cause d’éboulement sur la chaussée. Elle- même se rend avec son équipe au domicile d’une sexagénaire sauvagement assassinée. Que se passe-t-il dans le Gard ?

« C'est là que tout semble contradictoire. Un acte barbare qui relève du sadisme ou d'une haine plus personnelle. Malgré cela, un respect de la nudité. Une marque de compassion à l'égard de la victime comme si on avait voulu lui laisser un peu de dignité. » Karine Alban est retrouvée massacrée, la tête enserrée dans un sac Lidl. Ce mode opératoire va amener notre capitaine et son équipe sur une série de meurtres abominables. Mais quel est le lien entre ces personnes appartenant à des milieux vraiment opposés ?

« Il était rare que Gab Zeller se retrouve au chevet d'une victime. Son rôle consistait en majeure partie à reprendre de vieilles affaires, des crimes non élucidés. Les examens s'opéraient généralement en salle d'autopsie. » Gabriel Zeller enquête pour la Diane (Division des Affaires Non Elucidées) et la réapparition de la jeune Océane Doucet, huit ans après sa disparition, fait qu’il est de nouveau mobilisé sur l’affaire. La jeune femme étant dans le coma, il va devoir s’associer à l’équipe de la BR de Nîmes pour éclaircir les divers points d’ombre qui empêchent nos gendarmes d’avancer dans leurs missions respectives.

Au final, une enquête rondement menée par des personnages attachants (j’aimerais bien retrouver le duo Fourest- Zeller !). L’auteure est très habile à fournir des chapitres courts qui se terminent par une chute captivante, empêchant le lecteur de poser le livre. Bluffant !

dimanche 22 mars 2026

La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)

 



La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)

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J’ai lu ce roman dans le cadre du mouvement #marsaufeminin qui invite à lire le roman d’une auteure engagée. Nathacha Appanah dénonce ici les violences faites aux femmes au prisme de sa propre expérience, ayant été sous l’emprise d’un homme pervers de ses dix- sept à vingt- cinq ans.

« Le temps que ça dure, une minute ou cinq ou dix, ça n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est le frottement étouffé de leurs corps qui luttent et, plusieurs fois, le bruit sec d'une claque, le son creux d'une tête qui heurte le mur. » Comment raconter les violences conjugales sans faire de voyeurisme ? En 2024, 1238 femmes ont été victimes de, ou de tentatives de féminicide en France au sein de leur couple. L’auteure s’est emparée de ces données scandaleuses pour mener une enquête sociale. 

« De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt- cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui.
Cette femme, c'est moi. »
Chahinez Daoud et Emma, la cousine de l’auteure, sont mortes sous les coups de leur mari. Nathacha Appanah remonte le fils de leur histoire pour tenter de comprendre comment la violence naît et s’épanouit au sein d’un couple qui s’est pourtant formé sur la base d’un amour sincère. Elle raconte son propre parcours de jeune fille amoureuse d’un homme charismatique au départ, qui va ensuite devenir un monstre.

« Une personne ne meurt véritablement qu'à partir du moment où personne n'évoque plus son souvenir, ne dit plus son nom. » Outre son envie de partager ses interrogations, ses propositions d’explications, Nathacha Appanah souhaite que l’on n’oublie pas les victimes de violences conjugales, que l’on pense encore et toujours à ces femmes, pour pouvoir protéger celles qui seraient susceptibles, un jour, de devoir s’enfuir pour survivre.

Au final, un récit – témoignage glaçant par son appartenance à une réalité contemporaine affligeante. Nathacha Appanah utilise les mots pour tenter d’expliquer l’indicible. Le livre est très bien écrit, mais j’ai eu l’impression que le questionnement de base n’était pas assez poussé par rapport au parcours de ces hommes violents ; pourquoi en arrivent-ils à tuer celle qu’ils aiment ? Que se passe-t-il dans leur psychisme quand ils passent à l’acte ? Peut- être que ce sera l’objet d’un autre livre, mais personnellement je suis restée sur ma faim. 

dimanche 15 mars 2026

La colline, Mathilde Beaussault (Seuil, 03/2026)




La colline, Mathilde Beaussault (Seuil, 03/2026)

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J’avais beaucoup aimé « Les saules », le premier roman de Mathilde Beaussault, paru l'année dernière alors j’ai été ravie de lire son deuxième aussi rapidement. Et quelle claque !!! Ce roman noir choral est incroyable, tant il passe de situations paisibles emplies d’amour à la campagne, à une ambiance violente et glauque au sein d’une famille vivant en barre H.L.M. à Rennes.

« Dans son ventre tendu, l'enfant s'amusait à faire de la place en donnant des coups. Il était à la fête. Il ne savait pas qu'il ne devait pas se réjouir. Que, dans la vie de Monroe, les drames s'enfilaient comme des perles à gros trous. » Le roman s’ouvre sur une scène dérangeante ; une jeune fille de dix- sept ans, Monroe, accouche seule, dans sa chambre d’enfant, la porte fermée à clé de l’extérieur. La suite du récit va alterner entre les moments immédiats qui vont suivre l’accouchement, et les huit mois qui l’ont précédé, alors que Monroe est envoyé chez sa grand- mère, Madeleine, qui vit dans une maison isolée au milieu de la campagne bretonne.

« On ne connaît pas les hommes dans la famille. Ils passent, font des enfants et les laissent pousser tout seuls comme le liseron. » Dans la famille Brunet, les hommes ne restent pas. Le seul qui apparaîtra dans l’histoire est Sébastien, vingt ans, irascible, sournois et violent. L’auteure en brosse un portrait psychologique épatant, au point qu’en tant que lecteur, on ne peut que le haïr, voire même le craindre.

« Quand on y pense, c’est un peu à ça que ressemble la vie. Des larmes et des sourires, et chacun en garde ce qu’il peut. » Heureusement, le destin mettra Edouard et Jacques sur le chemin de Monroe. De vieux messieurs qui ont eu leur lot de drames, mais qui apporteront un peu de douceur dans l’univers noir et glauque qui a vu grandir Monroe.

Au final, un roman captivant. Les chapitres sont courts et alternent avec les dépositions des divers protagonistes du roman. Le contexte sociologique est tellement précis que l’on pourrait croire à une histoire vraie. Les personnages sont nombreux mais chacun d’entre eux joue un rôle primordial dans l’avancée de l’enquête et on ne peut que s’attacher à certains d’entre eux, Monroe restant, elle, en retrait de l’intrigue. Epatant, mais glaçant !