La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)
💛💛💛
J’ai lu ce roman dans le cadre du mouvement
#marsaufeminin qui invite à lire le roman d’une auteure engagée. Nathacha
Appanah dénonce ici les violences faites aux femmes au prisme de sa propre
expérience, ayant été sous l’emprise d’un homme pervers de ses dix- sept à
vingt- cinq ans.
« Le temps que ça dure, une minute ou
cinq ou dix, ça n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est le
frottement étouffé de leurs corps qui luttent et, plusieurs fois, le bruit sec
d'une claque, le son creux d'une tête qui heurte le mur. » Comment raconter les violences conjugales sans faire de voyeurisme ?
En 2024, 1238 femmes ont été victimes de, ou de tentatives de féminicide en
France au sein de leur couple. L’auteure s’est emparée de ces données scandaleuses
pour mener une enquête sociale.
« De ces trois femmes, il a fallu
commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt- cinq ans quand elle
court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui.
Cette femme, c'est moi. » Chahinez Daoud et Emma,
la cousine de l’auteure, sont mortes sous les coups de leur mari. Nathacha
Appanah remonte le fils de leur histoire pour tenter de comprendre comment la
violence naît et s’épanouit au sein d’un couple qui s’est pourtant formé sur la
base d’un amour sincère. Elle raconte son propre parcours de jeune fille
amoureuse d’un homme charismatique au départ, qui va ensuite devenir un
monstre.
« Une personne ne meurt véritablement
qu'à partir du moment où personne n'évoque plus son souvenir, ne dit plus son
nom. » Outre son envie de partager ses
interrogations, ses propositions d’explications, Nathacha Appanah souhaite que
l’on n’oublie pas les victimes de violences conjugales, que l’on pense encore
et toujours à ces femmes, pour pouvoir protéger celles qui seraient
susceptibles, un jour, de devoir s’enfuir pour survivre.
Au final, un récit – témoignage glaçant par son appartenance à une réalité contemporaine affligeante. Nathacha Appanah utilise les mots pour tenter d’expliquer l’indicible. Le livre est très bien écrit, mais j’ai eu l’impression que le questionnement de base n’était pas assez poussé par rapport au parcours de ces hommes violents ; pourquoi en arrivent-ils à tuer celle qu’ils aiment ? Que se passe-t-il dans leur psychisme quand ils passent à l’acte ? Peut- être que ce sera l’objet d’un autre livre, mais personnellement je suis restée sur ma faim.




