samedi 30 mai 2026

L’école de la vie, Marion Fritsch (Albin Michel, 04/2026)

 


L’école de la vie, Marion Fritsch (Albin Michel, 04/2026)

💘💘💘💘💘

C’est l’auteure elle- même qui m’a contactée sur le site Babelio pour me proposer la lecture de son dernier roman. Très touchée par sa démarche, j’ai eu à cœur de lire ce récit quasiment dès sa réception. Et quelle joie pour la professeur de Français que je suis de lire un texte qui raconte des parts de ma vie quotidienne tout en jouant avec les aspects stylistiques et typographiques de la poésie !!!

« Dix- c'est- la- ligne- médiane- de- ma- vie- si- j'ai- dix- la- vie- elle- continue.
Mon prénom fend la rumeur de la classe.
C'est combien d'années, combien de lycéens
Collés derrière ces chewing- gums ?
Il y a p't- être même ceux de nos parents, qui se faisaient chier pareil que nous. »
L’auteure nous emmène passer une année dans une classe de première STMG située en plein 9-4. Les élèves n’y sont pas forcément studieux et leurs intérêts sont bien différents des matières qui leur sont enseignées. Les profs crient, excluent, dépriment mais ne baissent pas les bras pour autant.

« Il est
Super noir
Super musulman
Et super gay

Ce ne sont pas trop des trucs qui vont
Super ensemble »
Chaque élève a une particularité qui est disséquée et qui, en soi, est un prétexte facile et rapide d’exclusion de la « norme ». Mais qu’importe, l’auteure sait, au contraire, mettre en valeur cette différence pour caractériser chaque élève de cette classe et lui donner vie de manière sensible dans sa relation avec les autres ; et surtout, montrer à quel point les particularités des uns et des autres se transforment en force dès qu’elles s’agglomèrent ensemble. Une ode au respect et à l’amitié !

« Au lycée en tout cas
quand on traîne tous ensemble
avec nos histoires remixées
nos noms compliqués
pas assez d'un côté, jamais assez de l'autre
je me dis qu'on est la nouvelle mappemonde
et dans les livres
on ne parle pas encore assez de nous. »
Ces lignes apportent une réflexion vraiment pertinente quant à l’enseignement tel qu’il se présente aujourd’hui, mais aussi de manière plus large, à un niveau sociologique. Et si on ouvrait les yeux ?

Au final, j’ai dévoré ce récit d’une traite. Marion Fritsch joue avec l’écriture poétique pour nous présenter une galerie de portraits de jeunes attachants qui n’auraient probablement pas (encore) leur place dans un roman alors qu’ils sont si riches d’une culture et de mœurs que l’on ne s’efforce pas (encore) de connaître et d’intégrer dans notre propre histoire. Une lecture éclairante et un coup de cœur ! 

Le domaine aux secrets, Valentin Musso (Julliard, 05/2026)

 


Le domaine aux secrets, Valentin Musso (Julliard, 05/2026)

💙💙💙💙

Une maison bourgeoise, une gouvernante et des secrets de famille ; il ne m’en faut pas plus pour craquer ! Ajoutez à cela une histoire d’amour adolescente et intervention de la grande Histoire de la Seconde Guerre mondiale, et me voilà séduite !

« Je t'ai parlé d'un été.
D'un domaine aujourd'hui disparu.
D'une époque oubliée.
Et de deux sœurs qui ont bouleversé ma vie et fait de moi l'homme que je suis. »
Adrien a quinze ans lorsque sa maman est engagée en tant que gouvernante à la Vènerie, vaste demeure appartenant à la famille Mallet. Etant donné qu’ils sont hébergés sur place, le jeune homme va se retrouver à partager le quotidien d’Henri et Jeanne, ainsi que leurs enfants ; Joseph, Clara et Denise. Si l’aîné est la plupart du temps absent, les deux filles, qui ont plus ou moins le même âge qu’Adrien, vont apprendre à se connaître en passant un premier été ensemble.

« Ici, le silence tient lieu de rempart. Il nous donne l'illusion de nous mettre à l'abri de ce qui nous blesse. » Le récit oscille entre plusieurs époques et plusieurs narrations ; celles d’Adrien, au présent avec des évocations du passé, la lecture du manuscrit autobiographique d’Henri et une narration d’externe sur la réalité des faits. Tout s’entremêle dans la tête d’Adrien alors qu’Henri vit ses derniers moments de vie. Les révélations de son manuscrit vont faire vaciller bien des certitudes, notamment au sujet d’événements ayant eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale.

« Les êtres ne disparaissent que le jour où plus personne ne se souvient d'eux. » Adrien est devenu journaliste et la vérité des informations lui tient à cœur. Il va devoir remonter dans le passé de la famille Mallet, mais aussi dans le sien- même pour pouvoir obtenir toutes les clés susceptibles de lui offrir un avenir serein.

Au final, un roman que j’ai beaucoup aimé. J’ai été déroutée par certaines révélations et j’ai adoré remonter l’écheveau de la vie du personnage d’Henri Mallet. Les retournements de situation sont très fins et j’ai trouvé l’approche historique très intéressante. Une lecture vraiment plaisante et intéressante.

lundi 25 mai 2026

Accidental killers, Isabelle Lagarrigue (Librinova, 04/2022)

 



Accidental killers, Isabelle Lagarrigue (Librinova, 04/2022)

👫👫

Les éditions Récamiers viennent d’éditer « Le Groupe » d’Isabelle Lagarrigue, qui avait été autopublié par l’auteure sous le titre de « Accidental killers ». Ayant ce dernier dans ma P.A.L., j’ai eu envie de lire ce roman dont tout le monde – ou presque - parle sur Bookstagram.

« Toutes les phobies, de la peur des horloges à celle de rester debout, sont passées au crible par des psychologues émérites. Personne ne s'était encore penché sur la blessure morale irréversible qu'un homicide involontaire peut causer. » Ava, vingt ans, étudiante française en psychologie, apprend qu’elle est acceptée en tant qu’observatrice d’un nouvel atelier de résilience destiné à de jeunes adultes ayant tué quelqu’un de leur entourage accidentellement alors qu’ils étaient encore enfants, au sein d’une université américaine, mené par un certain Cornell. L’occasion pour la jeune femme de prendre un nouveau départ après une enfance que l’on sent devenue lourde à porter.

« Tu vas réaliser une chose que je répète souvent : chaque humain mène un combat intérieur dont le reste du monde ignore l'intensité. » L’atelier de Cornell accueille Janice, Lexie et Aaron, trois étudiants qui cherchent à survivre sans que le poids de la responsabilité de leur acte d’enfant soit un élément qui les définisse.

« La vie est une pièce de théâtre. Chacun joue à faire semblant d'être un personnage. Une fois le rideau tombé, les cicatrices s'ouvrent pour saigner. » Pendant qu’Ava apprivoise les habitudes d’une vie de jeune Américaine, les trois participants s’ouvrent peu à peu pour tenter de se sentir moins coupable tout en acceptant d’être responsable du drame qui a bouleversé leur vie ainsi que celle de leur famille.

Au final, un roman qui m’a intéressée au départ par sa thématique puis par la complexité des personnages présentés. Malheureusement, j’ai trouvé les propos philosophiques dédiés à la résilience, trop redondants et les discussions entre Ava et Cornell plutôt superficielles. Bref, je me suis très vite ennuyée, d’autant plus que j’aurais aimé voir les relations d’Ava et de ses camarades se développer. Une déception en ce qui me concerne…

mercredi 20 mai 2026

Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille (Charleston, 03/2022)

 


Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille (Charleston, 03/2022)

💙💙💙💙

Marie Vareille nous offre ici un roman profondément émouvant (éprouvant ?) sur la maternité. Trois femmes au profil différent prennent le rôle de narratrice tour à tour, pour de courts chapitres chargés d’émotion, avec l’objectif final de se rejoindre dans la même temporalité dans les derniers chapitres.

« Mon enfance a été faite d'étranges allers- retours entre instants de douceur et moments de terreur. J'ai ainsi appris à être nostalgique du présent, à regarder, impuissante, le bonheur glisser entre mes doigts, trop consciente qu'il était éphémère, et désespérée de le retenir sans jamais y arriver. » La première narratrice, dans les chapitres imprimés en italiques, est anonyme. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit d’une jeune femme qui a craqué à la suite de la naissance de son premier enfant. Son réflexe a été de prendre un avion pour l’Indonésie, pour mettre le maximum de distance entre son nourrisson et elle- même. Choquant ?

« "Je suis doué d'une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. " […] Constater qu'un parfait inconnu, français de surcroît, puisqu'il s'agissait d'un certain Gustave Flaubert, ayant vécu quasiment deux siècles avant elle, soit avant Facebook, Candy Crush et les Oreo Cookies, ait su exprimer de manière aussi précise son ressenti l'avait stupéfiée. » Océane ne comprend pas son hypersensibilité. Elle subit cet état qui l’empêche d’être une jeune femme épanouie. Alors qu’elle se destine à des études de médecine, fortement influencée par son père, elle découvre le bonheur de l’écriture. Prémonitoire ?

« Les souvenirs des semaines passées se noient dans un brouillard gris. Je dois être folle, hystérique, dépressive. Je confonds trop souvent la fiction et la réalité. » Claire vient d’accoucher de son premier bébé, qu’elle avait surnommé affectueusement « Coquillette » alors qu’il était encore dans son ventre. Mais une fois l’accouchement terminé, la jeune femme panique et sombre dans une dépression post- partum sévère. Prévisible ?

Au final, un roman touchant qui met le doigt sur un gros mensonge sociétal : la maternité est un moment de pur bonheur. Qui n’a pas bercé un bébé pendant des heures, paniqué après une poussée de fièvre ou un biberon mal passé, ne peut pas comprendre. On attend des jeunes mamans qu’elles se sentent mères dès les premières minutes, mais qui pense à la femme qu’elles sont avant tout ? Marie Vareille met le doigt là où ça coince, et avec talent.

mercredi 13 mai 2026

L’intruse, Freida McFadden (City éditions, 05/2026)

 



L’intruse, Freida McFadden (City éditions, 05/2026)

💙💙💙💙💙

Enthousiasmée par la lecture de « La Locataire », j’ai eu envie d’enchainer directement avec « L’intruse », qui vient tout juste de sortir en France. Ici nous retrouvons un point de vue féminin avec eux narratrices sur deux temporalités ; Casey, une institutrice qui vient d’être licenciée pour faute grave, et Ella, une collégienne maltraitée par sa mère.

« Un mouvement, devant chez moi.
La peur que j'avais réussi à juguler tout à l'heure, dans la chambre, me rattrape soudain de plein fouet. Du calme... on est au milieu des bois, après tout. »
Casey, à la suite d’un incident professionnel, a choisi de se réfugier dans un chalet perdu au milieu d’une forêt, depuis plusieurs mois. Mais voilà qu’une tempête approche lors d’une nuit tombante, et que la jeune femme esseulée aperçoit du mouvement dans la remise qui jouxte le logement. Qui peut bien s’amuser à la terroriser dans ces conditions ?

« Sans me quitter des yeux, la gosse se met debout, très lentement. Ce faisant, les pans de son manteau s'entrouvrent, me donnant un aperçu de son habillement. J'étouffe un cri.
Elle est couverte de sang. »
Casey va découvrir « l’intruse » ; une collégienne maigrichonne qui semble autant terrorisée qu’elle, en plus de porter des traces de maltraitance et des vêtements pleins de sang. Qu’a-t-il bien pu arriver à cette gamine famélique ?

« - Quand quelqu'un mérite vraiment d'être puni, déclare-t-il, il arrive qu'on doive faire justice soi- même. » L’auteure noue puis dénoue des fils ténus entre des existences qui n’avaient, à la base, aucune raison de se croiser. On s’attache à eux et on ne peut que frémir en découvrant les secrets qui émaillent leur passé et qui entraînent de beaux rebondissements à l’intrigue.

Au final, un roman dévoré en une journée, mais avec quelques petits détails à la limite de l’incohérence qui m’ont chagrinée… Malgré tout, je n’ai pas vu les pages tourner et j’ai aimé les thématiques abordées par l’auteure, comme la maladie de Diogène ou les troubles oppositionnels avec provocation. On sent dans ce roman qu’elle exerce le métier de neurologue et qu’elle se sert habilement de ses connaissances professionnelles pour les mettre au service de la fiction. Un talent qui me fait apprécier Freida McFadden, au fur et à mesure de ses publications.