Rochebrune, Sophie Divry (Actes sud, 08/2026)
💖💖💖💖
J’avais repéré ce roman parmi les sorties de la
rentrée littéraire, et en le feuilletant chez ma libraire, en lisant les
premières lignes du premier chapitre, j’ai été emportée, décidée à en lire la
suite. Et je n’ai pas été déçue…
« Elle était divorcée ; il était divorcé.
Il avait un fils de sept ans, elle une fille de quatorze. Le mot
"impondérable" avait été prononcé, naïvement puis ironiquement. Le
ton était monté puis redescendu. » Isabelle, psychologue et Xavier,
« level designer » dans les jeux vidéo forment un couple recomposé tentant
de construire un équilibre entre leur relation et leurs enfants respectifs. Un
quotidien qui n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’il y a des vacances à organiser,
où il faut jouer avec les gardes de l’un et de l’autre. Mais cette fois, c’est
la bonne ; ils vont pouvoir passer une semaine à quatre dans les Alpes.
« Isabelle avait été de bonne volonté au
départ - avant que Léon ne jette son camion de pompiers par le balcon à leur
première rencontre et ne la regarde en lui tirant la langue quand Xavier tourna
le dos. Isabelle n'avait rien dit. Elle n'avait jamais craqué. Elle ne l'avait
jamais traité, par exemple, de petit con égoïste élevé par un lâche. » L’auteure se plait à gratter l’image correcte du couple, de la mère, du
père, pour pointer du doigt leurs faiblesses, leurs défaillances. Le lecteur s’assimile
facilement à l’un ou à l’autre. Et trouve du plaisir aux petites piques pleines
de reproches glissées insidieusement en fin de chapitre.
« Ils décidèrent donc de continuer. Non que Jérémie et
Xavier se crussent particulièrement forts, mais ils se pensaient lucides.
Tous deux ignoraient qu'un renoncement peut être
héroïque et un exploit stupide. » Xavier profite de leurs
vacances dans les Alpes pour pratiquer son loisir favori, l’escalade. Mais est-
ce vraiment le moment de délaisser sa famille ; lui qui a eu tant de mal à
la réunir ?
Au final, un roman qui m’a happée dès les premières lignes. Sophie Divry possède l’art d’enrober des pensées et des propos crus dans des situations élégamment narrées. J’ai apprécié ces contrastes, ses piques ironiques envers ses personnages, et la précision utilisée dans la description des éléments naturels qui vont mettre à mal les deux premiers jours de séjour de nos vacanciers. Une délicieuse fable noire écologique et satirique.




