dimanche 28 juin 2026

Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés

 




Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés (Max Landalls, 11/2020)

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Daniel Pagés est un auteur local avec lequel j’ai très envie de travailler dans le cadre de mon enseignement du Français auprès de collégiens. Je m’attèle donc en ce moment à découvrir son univers et réfléchir à des pistes pédagogiques exploitables par mes élèves. Cap sur l’aventure avec les filles du capitaine Imanol qui n’ont pas froid aux yeux !

« Lorsqu'elles avaient vu "La petite" emmener le nageur vers le village, elles avaient abandonné la lunette et enfilé en vitesse des vêtements plus adaptés à l'aventure. Elles avaient couru tout au long du raccourci qui menait au centre du bourg. Ce n'était pas tous les jours que Trois- Rivières recevait des visiteurs. » Sarah et Mina sont les sœurs aînées de Lucia, une jeune adolescente au caractère bien trempé. Celle- ci décide de porter secours à un adolescent qui vient d’amarrer, affamé et déshydraté. Pire encore, le frère de ce dernier est gravement blessé…

« On a un ami qui est prisonnier des pirates sur une île à plusieurs jours de mer d'ici. Et il nous a dit que le capitaine pourrait nous aider à le faire libérer. » En déroulant l’histoire de sa déconvenue, Jenn va entraîner les filles Imanol dans une expédition qui va se révéler bien dangereuse, et cela, à plusieurs reprises !

Au final, un roman jeunesse dépaysant, dans lequel on voyage dans les Antilles en découvrant le vocabulaire de la marine habilement amené. L’auteur sait rendre ses personnages attachants et ne les ménage pas ! J’espère que ce récit d’aventures plaira à mes élèves autant qu’il m’a plu.  

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)


 

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)

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J’ai lu ce livre à la suite nombreuses recommandations sur les réseaux sociaux, ainsi que celle de Mathilde Beaussault, dans l’émission « La Grande librairie ». Je savais donc ce à quoi je m’attendais ; le deuil d’un enfant parti trop tôt et des élans poétiques liés à la nature. Cap sur un récit polyphonique surprenant.

« Folie pour certains, rituel malsain voire pervers pour d'autres, mais c'est ainsi : irrésistiblement, dès que je visite un lieu nouveau et que l'occasion se présente, j'arpente les allées des cimetières. » Le narrateur, qu’on devine aisément double de l’auteur, s’est pris d’affection pour ces terres du Nord, sauvages, inhospitalières mais animées de légendes séculaires. La rudesse du climat des îles Féroé a empli les cimetières de corps, ou de cénotaphes, de tout âge.  

« Elle le devinait au fond d'elle. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'irait pas. L'intuition d’une mère, seule. » Place à Olga, Jonas, en 1902, qui donnent naissance à Anna. Une petite fille chétive, trop fragile. Dont on sait très vite qu’elle ne vivra pas longtemps.

« De toute éternité je bourrasque
à en peigner les herbes hautes
à en crucifier sur les barbelés des enclos
les virevoltants de laine
égarés par les moutons »
Le vent raconte son histoire, sa vision des choses, à coup de vers libres. Un regard externe plein d’empathie, et paradoxalement, d’exigence envers l’Homme.

« Personne ne se rend compte que les objets aussi peuvent pleurer leurs disparus. Le lien qui nous unit aux hommes est aussi insondable que la tristesse d'en être séparés. » Dans ce récit, les objets ont une âme et prennent la parole ; les planches du seuil, le bonnet tricoté par Elin, porté par Anna et trouvé par « l’Etranger ». Une croyance qui donne toute sa force au récit.

Au final, un récit très sensible, poétique, emmené par une tristesse indicible, celle de la perte d’un enfant et de la responsabilité de cette espèce de malédiction maternelle que même Freya, la sorcière de Gjogv ne saura proscrire. Si j’ai été émue par la lecture des premières pages, la suite m’a vraiment ennuyée ; trop onirique pour moi. 

jeudi 25 juin 2026

La gardienne, Sonja Delzongle (Fleuve éditions, 02/2026)

 


La gardienne, Sonja Delzongle (Fleuve éditions, 02/2026)

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Intense. Dense. Intelligent. Palpitant…. Je pourrais citer des dizaines d’adjectifs mélioratifs pour qualifier mes impressions de lecture une fois le livre refermé ! Je suis ravie d’avoir découvert l’écriture de Sonja Delzongle avec ce roman qui m’a fait passer par bien des émotions !

« - Et Gerda, ça veut dire quoi ? avait demandé Rune, les yeux écarquillés.
- La gardienne.
- Pourquoi tu l'as appelée comme ça ?
- Elle est née avant toi et elle te protégera lorsque ta mère et moi ne serons plus de ce monde. Elle sera ta gardienne. La gardienne du secret. »
Gerda et Rune sont les deux filles d’un géant norvégien et d’une timide étudiante française. Après avoir débuté leur vie commune à Lille, Frode Olsen décide d’emmener vivre sa famille en pleine forêt, dans le Morvan, loin de toute civilisation et en auto- suffisance. La « Petite Norvège » comme il l’appelle est présentée comme un havre de sécurité, mais très vite, des frictions vont apparaître entre les membres de la famille. Des tensions qui vont mettre à mal la sérénité de l’aînée, Gerda, la « gardienne ».

« Sans s'en rendre compte, Frode avait cultivé chez sa plus jeune fille une véritable richesse et une différence, qui, ce jour de septembre 1996, seule face à ses bourreaux, avaient mis sa vie en danger. » Frode voulait un garçon. Il a eu deux filles. Pour compenser sa frustration, il va élever sa cadette, Rune, comme un garçon. Mais les différences qui s’acceptent dans l’intimité vont porter préjudice à l’adolescente dans le cadre de sa scolarité, en compagnie de ses pairs adolescents.

« En réalité, on ne guérit pas du mal. On le porte en soi et il peut se réveiller à la moindre occasion. » Le « Mal » est présent dans chaque strate du roman. Aucune relation – ou presque – ne garantit bonheur et stabilité. Les personnages, impeccablement construits psychologiquement parlant, portent tous en eux des fêlures qui feront, ultérieurement, d’eux des êtres potentiellement dangereux pour autrui.

Au final, j’ai vraiment adoré ce roman. La relation entre les deux sœurs, qui représente le fil conducteur de ce récit, est incroyable, avec l’amour et la haine sans arrêt dans la balance, quelles que soient les années. Le vécu de ces deux personnages est incroyable, entre reconstruction et « nature writting ». J’ai en effet beaucoup aimé l’évocation de la nature, cette mère nourricière parfois aussi traître qu’un être humain ! Cette histoire va longtemps me marquer ; ne serait- ce que pour Teddy…

dimanche 21 juin 2026

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)


 

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)

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J’avais beaucoup aimé les deux premiers tomes de « La Trilogie du démon » (je me demande pourquoi je n’ai pas lu le troisième d’ailleurs) et je me suis jetée sur cette nouvelle parution de Mathieu Lecerf, intriguée par le titre, l’intrigue mais aussi par la couverture qui me faisait penser immédiatement à la série « Stranger Things » que j’avais beaucoup aimée.

« J'ai entendu les copains débarquer derrière, ils rigolaient toujours comme des sales gosses. Ils ne l'avaient pas remarqué. Ils étaient plongés dans ce qu'il leur restait encore d'innocence et d'insouciance, mais tout allait bientôt voler en éclats sans retour possible. » James (Jimmy) le narrateur raconte son enfance plutôt heureuse auprès de son père et d’une bande de copains avec qui il va faire les quatre cents coups ! Jusqu’à ce qu’un meurtre abominable ait lieu dans leur petit patelin pourtant réputé tranquille.

« Mon père était un homme beau, bon, intelligent, qui avait tout pour lui, pourquoi se serait - il livré à une atrocité pareille ? C'était insensé ! Il n'y avait aucune explication rationnelle à ça, je n'y croyais pas.
Mais j'étais bien le seul. »
C’est finalement le père de Jimmy qui va être accusé du meurtre. Une accusation incompréhensible pour l’adolescent qui subira par la suite son statut d’orphelin. Comment se construire sur ces incompréhensions et à la suite d’un tel drame ?

« Je ne pensais plus à Henri depuis des années, mais ces derniers jours je ressentais de nouveau sa présence, son ombre néfaste, tapie dans la pénombre de mon âme.
Que me voulait- il aujourd'hui ? »
Devenu écrivain à succès, Jimmy essaie désespérément de trouver un équilibre dans sa vie personnelle, alors qu’il s’est installé à Paris. Mais un jour, il va recevoir une lettre de son père qui lui confesse, alors qu’il va mourir, son innocence, trente- quatre ans après les faits. Jimmy ne voit d’autre possibilité que de retourner à La Saussaye, là où il a vécu ses meilleures et ses pires années. Il a besoin de mener ses propres investigations.

Au final, un roman à la pression grandissante. Le personnage du narrateur est rendu terriblement attachant grâce aux émotions qu’il exprime, que ce soit dans la partie « Enfant » ou dans celle qui est intitulée « L’adulte ». J’ai frémi avec lui, j’ai été surprises par les retournements de situation et j’ai été émue par la résolution de l’intrigue, que je n’avais absolument pas devinée. Une très bonne lecture ! 

mercredi 17 juin 2026

Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

 



Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

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Daniel Pagés est un auteur local que je souhaite faire intervenir l’année prochaine auprès de mes élèves de collège. Je me penche donc actuellement dans ses romans pour préparer de futures pistes de travail et d’échanges. En grande amoureuse de la mer, il me semblait évident de commencer ces lectures par « Des cris dans l’écume ».

« Les guetteurs qui l'habitaient autrefois avaient disparu depuis près de deux siècles et comme souvenir d'eux ne restait que le nom de la bâtisse : "Ar Geder", la vigie. » Lena passe ses vacances chez Marie – Anne, sa grand- mère qui vit en Bretagne, en bordure de l’Atlantique. Un bonheur pour cette adolescence qui adore nager et surfer en compagnie de son ami Erwan.

« "Il faut le délivrer. Vite !" Elle sentit tout à coup l'urgence. Quelqu'un était en danger. Epuisé.
"Vite !"
Elle entendit un cœur qui battait faiblement. Un souffle. »
Lena a hérité d’un don particulier lui permettant d’être en connexion avec la faune et la flore locale. Un talent lui permettant de sauver les êtres vivants en difficulté et qui va bien lui servir.

« Elle avait remarqué l'année précédente une nouvelle catégorie de sable qui colorait une laisse de mer. Le fruit d'une dizaine d'années de travail de l'océan pour digérer les emballages qui se balançaient au fond de l'eau. Des petits grains de plastique multicolores qui pouvaient remplir l'estomac de certaines espèces marines et les empoisonner. » Ce conte possède une belle portée écologique et dénonce la pollution incroyablement destructrice sur notre faune marine. Les discussions intergénérationnelles sont formidables concernant ce sujet.

Au final, un roman court à l’écriture fluide et aux chapitres courts qui saura séduire les jeunes lecteurs effrayés par les « pavés » ! Les personnages sont attachants et j’ai énormément apprécié les liens tendres que les protagonistes entretenaient entre eux, générations confondues. La mer est abordée avec une sensibilité poétique qui m’a touchée et charmée. Une belle découverte aux embruns vivifiants !