lundi 23 novembre 2020

Le dernier inventeur, Héloïse Guay de Bellissen (Robert Laffont, 08/2020)


 

Le dernier inventeur, Héloïse Guay de Bellissen (Robert Laffont, 08/2020)

💛💛

Je ressors déçue de ce livre qui est qualifié de « roman » mais qui est plutôt un méli – mélo de genres différents : essai, témoignage, récit fictionnel mâtiné de réel. Je n’ai pas du tout aimé la manière dont l’auteure a agencé une histoire dont le résumé m’avait pourtant fortement alléchée : « C'est l'histoire d'un homme entré dans l'Histoire car il a découvert Lascaux à treize ans et des poussières et que la même Histoire a voulu anéantir. Réduire en poussière. »

En effet, Simon Coencas est l’un des découvreurs (ici appelés « inventeurs », on ne sait pas pourquoi…) de la grotte de Lascaux. Une bien belle histoire que celle de ces quatre gamins qui tombent sur la grotte recelant les œuvres d’art pariétal les plus connues au monde. Ce que la « légende » ne raconte pas, c’est que l’un d’eux, Simon, a été interné à Drancy, à deux doigts d’être envoyé à Auschwitz, comme l’ont été ses parents, du fait de la judéité de ses aïeuls : « Simon, c’est quelqu’un qui affronte tout aussi bien la chance qu’il a eue à Lascaux et l’injustice qu’ils ont subie sa famille et lui ».

Il y en avait, donc, de la matière, pour rédiger une histoire captivante, d’autant plus que l’auteure a eu le privilège de rencontrer Simon et de l’interroger sur ses souvenirs, chose qu’il avait toujours refusée auparavant. Mais là, ce ne sont que de courts chapitres ; parfois un compte – rendu de discussion, d’autres fois un récit narratif dans lequel le vrai et le faux sont mélangés, et le tout, précédés de courts textes flirtant avec la poésie et dont la narratrice n’est autre que la grotte…


Bref, c’est vraiment dommage de ne pas avoir exploité ces richesses de manière plus « conventionnelle ». Je ne doute pas que certains lecteurs seront charmés, mais moi, non, même si quelques paragraphes m’ont quelque peu émue, mes attentes de lectrice n’ont pas du tout été comblées.

samedi 21 novembre 2020

Cobayes : Anita, Marilou Addison (Editions de Mortagne, 10/2014)


 

Cobayes : Anita, Marilou Addison (Editions de Mortagne, 10/2014)

💓💓💓💓

« Cobayes » est un projet d’écriture collective proposé par les éditions canadiennes de Mortagne. Le même point de départ a été proposé à sept auteurs : un laboratoire pharmaceutique nommé AlphaLab veut tester une nouvelle molécule et cherche des cobayes, sachant qu’il y aura des effets secondaires plutôt étranges… Sept cas d’étude, sept personnages et donc sept romans différents.

Ici, notre personnage se nomme Anita. C’est une jeune femme qui souffre d’anorexie mentale : elle pèse 49kg pour 1m76 et se trouve obèse… « Je me déteste ! Je hais ce corps si laid et difforme ! Si je pouvais saisir in couteau et découper cette peau qui m'enveloppe, je le ferais ! Mais je suis beaucoup trop trouillarde pour ça. Je ne suis qu'une peureuse. Une peureuse obèse, par - dessus le marché ! »

Lorsqu’elle va voir la petite annonce du laboratoire, Anita va fixer son attention sur l’un des effets indésirables qui y sont mentionnés : « perte de poids ». Elle postule donc, dans l’espoir de maigrir tout en se faisant un peu d’argent. Sa candidature va être retenue mais très vite, de drôles d’effets secondaires, tenus sous silence ceux – là, vont se révéler dès la première injection du produit… Et voilà que notre anorexique se met à saliver devant un steak bien saignant !


Un roman qui se dévore (si, si !), grâce à un personnage bien ficelé (si, si !) et une plume acérée (slurp !). Des passages bien « gore » m’ont rappelé « Carne » de Julia Richard, lu récemment, mais avec une histoire bien différente, qui tient tout aussi bien la route. Un seul bémol : l’utilisation d’expressions québécoises parfois difficiles à « traduire ». Ceci dit, j’avoue que je lirais bien un autre tome de cette heptalogie ! 

jeudi 19 novembre 2020

Le Mystère Sammy Went, Christian White (Denoël, 08/2019)


 

Le Mystère Sammy Went, Christian White (Denoël, 08/2019)

💙💙💙💙

« Il est illusoire de croire qu'on est maître de son destin », se répète Kim, une Australienne de trente ans. Et ce qui va lui arriver atteste bien de la véracité de son mantra. En effet, alors qu’elle déjeune à la cafétéria de l’établissement scolaire dans lequel elle enseigne, un homme vient l’aborder. Il prétend qu’elle s’appelle en réalité Sammy Went, et qu’elle a été enlevée aux Etats – Unis vingt- huit ans auparavant. L’inconnu ne serait autre que Stuart, son frère, seul membre de la famille Went à ne jamais avoir abandonné les recherches.

Ce roman est donc construit sur la question suivante : « qu’est – ce qui se passerait si on découvrait qu’on a été enlevé dans son enfance, et que les gens que l’on a toujours considérés comme ses parents ne sont pas les personnes qu’ils prétendent être ? » (Dixit l’auteur dans « les remerciements »). Kim va donc évoluer au fur et à mesure de ses questionnements, de ses découvertes, remontant le fil de secrets de famille enfouis par des années de silence. Qui était réellement sa mère ? Comment est – elle arrivée à l’âge de deux ans en Australie ? La confrontation entre les deux familles va, de plus, complexifier la donne : « c'est pas parce que tu veux faire de ta mère une héroïne que tu dois faire de la nôtre un monstre. »

La temporalité du récit se joue sur deux niveaux ; « Autrefois » avec un point de vue externe et « Maintenant », raconté par Kim à la première personne du singulier. Cela permet au lecteur de se forger sa propre opinion sur l’histoire mais aussi les personnages annexes, ainsi que de remonter le fil du temps en simultané avec les découvertes de la jeune femme. Cette double avancée dans l’intrigue permet au récit de vêtir les habits noirs du suspens et de conserver le lecteur en état de tension.


Au final, un très bon moment de lecture, même si parfois, j’ai trouvé certains passages un peu longs ou répétitifs. Mais pour un premier roman, c’est vraiment une belle réussite !   

lundi 16 novembre 2020

Les oubliés de Dieu, Ludovic Lancien (Hugo Thriller Poche, 11/2020)


 

Les oubliés de Dieu, Ludovic Lancien (Hugo Thriller Poche, 11/2020)

💜💜💜💜💜

Connaissez – vous la tératologie ? Selon le dictionnaire de l’Académie française, il s’agit de la « partie des sciences naturelles qui traite des monstruosités organiques ». Un exemple ? Joseph Merrick, plus connu sous le surnom d’Elephant man. Un film, aussi, « Freaks » (1932), dans lequel sont mis en scène ceux que l’on traitait jadis comme des bêtes de foire du fait d’une informité ou d’une malformation de naissance. Aujourd’hui, il existe toujours des pathologies entraînant des difformités physiques, mais les personnes qui en souffrent sont la plupart du temps enfermées dans des instituts spécialisés, soustraits au regard du monde des gens « normaux ».

Ici le roman débute sur l’assassinat ignoble d’un médecin, Richard Mievel. Son corps est atrocement mutilé, comme s’il avait été partiellement dévoré… Chargé de l’enquête, le capitaine Gabriel Darui va découvrir que le docteur avait un étrange penchant pour l’étude des « monstres » humains : « Les bizarreries de ce monde, tout ce qui reste inexplicable, l'attiraient. Il se passionnait pour l'étude des cryptides, passait des heures à éplucher des articles sur le net pour comprendre l'origine de ces légendes. Selon lui, les mythologies ne sont pas des histoires farfelues, des contes tout juste bons à effrayer les enfants. Il explorait leur part d'authenticité. »

L’équipe qui va mener l’enquête aux côtés de Gabriel se compose de policiers aux personnalités bien trempées : le chef, surnommé « Le Bélier » veut tout gérer vite fait bien fait, Noémie, mène ses découvertes macabres de son côté, pour se prouver qu'elle a de la valeur et tenter d'oublier ses propres fêlures, et Jérémy a la tête pleine de ses préoccupations conjugales. Et pourtant, on avance, aux côtés de chacun d’eux. Et quand c’est Gabriel, lui et seulement lui, qui va devoir remonter dans son propre passé, peu glorieux, pour dénouer une ficelle qui permettra de comprendre l’écheveau de l’intrigue, c’est tout le groupe, mais aussi le lecteur, qui va ouvrir ses yeux bien ronds et s’étonner du résultat.


Personnellement, je pense que j’ai arrêté de respirer durant les deux cents pages centrales, tellement l’intrigue était dense et les rebondissements imprévisibles. Les images qui se présentaient à mon esprit étaient parfois proches de me donner la nausée. La plume est fluide, tenace, dense mais sans être étouffante, et on sent qu’il y a eu beaucoup de recherches en préparation de l’histoire car le tout tient vraiment bien la route. Maintenant, j’ai envie de savoir qui est ce Lucas qui apparaît à la fin et il semblerait justement que le personnage principal du premier roman de Ludovic Lancien porte ce prénom... 

Et de toutes façons, même si ce n’est pas le cas, c’est sûr, je vais lire sous peu « Le singe d’Harlow » !  

jeudi 12 novembre 2020

Le Murmure des fous, Stéphanie Blanchard (Elixyria, 10/2020)



Le Murmure des fous, Stéphanie Blanchard (Elixyria, 10/2020)

💙💙💙💙

« Qu'est - ce que la folie ? Une anomalie mal comprise ou une sagesse marginale ? ». Ce thriller pose cette question à diverses reprises ; sous couvert de personnages médecins psychiatres ayant expérimenté des méthodes de soin différentes basées autour de l’hypnose et de la médication chimique, l’auteure explore l’univers de la psychose post - traumatique.

 

« Eryn avait très tôt montré un caractère à part. Tantôt renfermée, tantôt à la recherche d'une affection démesurée, elle enchaînait les périodes d'instabilité qui inquiétèrent rapidement ses institutrices. Emmett, son père, ne s'était jamais préoccupé de ce trouble. Pour lui, sa fille était différente, mais pas malade. » Eryn est le personnage principal de ce thriller. Elle joue le rôle de l’araignée au milieu de la toile qu’est l’intrigue, entourée par ses amis et sa famille mais aussi la forêt de Willow Creek. Est – elle prédatrice ou proie ? L’évolution du récit permet au lecteur d’osciller entre ces deux positions… En effet, Eryn a été enlevée lorsqu’elle avait quinze ans et a réussi à échapper à son kidnappeur par miracle. Depuis, elle souffre de troubles psychologiques, d’amnésie et d’un trouble perturbant ; elle semble être capable d’entrer en communication télépathique avec d’autres victimes. Etrange…

 

Autour d’elle, des personnages extrêmement complexes ; la plupart travaillant d’ailleurs dans le service psychiatrique de l’hôpital dans lequel Eryn est régulièrement internée. C’est d’ailleurs parfois un peu confus et il vaut mieux prendre quelques notes pour bien comprendre les relations entre les uns et les autres. Lorsque la fille de son nouveau voisin est enlevée, Eryn sent que le pouvoir de stopper ces enlèvements est en sa possession ; à elle de mener l’enquête et d’oser pénétrer dans cette forêt qui la terrifie…

 

« Au fond, qu’espérait-elle de la vie ? Tout le monde la croyait juste bonne à être enfermée. Comment peut - on continuer quand on ne sait pas qui l'on est ni ce que l'on est capable de faire ? Se regarder dans le miroir pour voir une étrangère ? Une folle ? Une meurtrière ? » La force de ce roman réside réside dans le floutage des repères : on ne sait qui croire. On va de surprise en retournement de situation. La plume est fluide et sait manier le suspense. La solution est vraiment tout au bout des pages !

 

Au final, un bon thriller, intéressant et captivant, qui nécessitera toutefois la prise de notes pour éviter de se perdre dans les liens confus entre les personnages.