La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)
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Enorme ! Je ne vois que cet adjectif, « énorme »,
pour qualifier ma lecture de ce roman policier au suspens insoutenable et à l’intelligence
remarquable ! Cap sur l’année 2001, ses élections présidentielles
précédées de scandales et de magouilles en tous genres.
« La femme hurle de plus belle.
Tu exploses et tu sors de l'appartement : la porte des voisins est ouverte. Tu
rentres.
Lui : en train de frapper sa femme, à terre. Dans le couloir : un petit garçon
en pyjama, qui regarde la scène. Par terre : du verre brisé, une chaise cassée,
un sac à main renversé, des pièces de monnaie. Sur les murs : du sang. » Kertesz est une espèce de ripoux depuis que sa femme l’a quitté. L’alcool,
la drogue et les filles émaillent son quotidien de flic au 36. Incessamment sur
les nerfs, il règle ses comptes à coups de poing et de flingues ; il n’a
rien à perdre, même si le pouvoir l’attire irrémédiablement.
« Elle pousse un soupir et retourne se
coucher, et moi je reste dans le couloir comme un crétin, voilà ce que c'est la
vie de flic, rentrer exténué après deux jours sans dormir, pour essayer de
combattre l'horreur, pour protéger sa famille, puis rentrer à la maison et se
retrouver seul, aussi seul qu'on l'est tout au long de la journée, quand on
passe des heures à poursuivre des cadavres. » Gabriel Prigent débarque à la PJ parisienne. Il traîne derrière lui une
rumeur de traitre, étant donné qu’il n’a pas hésité à dénoncer les travers d’anciens
collègues à force d’idéalisme de justice. C’est aussi un ancien militaire
profondément blessé psychologiquement parlant, après une opération désastreuse
s’étant déroulée au Tchad.
« Silence de dix secondes pendant lequel
j'essaye de l'imaginer vivante, sans sa peau verte, sans sa tête cramée, sans
ses brûlures de cigarette, et j'ai beau y mettre toute mon énergie, dès que je
la visualise je vois sa peau verte, sa tête cramée, ses brûlures de cigarette. »
Nos deux policiers vont se retrouver à enquêter sur la même enquête, mais
pas pour les mêmes raisons. La compétition entre les deux hommes va rapidement
prendre les couleurs d’une vendetta personnelle, pour l’un tout comme pour l’autre.
Au final, un roman policier vraiment très dense, ancré dans la réalité de la vie politique de l’année 2011 (d’ailleurs, des extraits d’articles radiophoniques de l’époque sont retranscrits) et servi par une intrigue fictionnelle particulièrement efficace. Les personnages de Prigent et Kertesz sont attachants, criants de vérités avec leurs troubles affectifs et leurs défauts. J’ai vraiment hâte de les retrouver dans les deux tomes qui complètent cette saga nommée « Echos des années grises ».




