vendredi 27 février 2026

Les aérostats, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2020)

 



Les aérostats, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2020)

💙💙💙

Je continue ma lecture des romans d’Amélie Nothomb que j’ai loupés à leur sortie ; il ne m’en reste plus que deux avant sa sortie du mois d’août ! Direction Bruxelles pour cet opus, dans lequel nous cheminons aux côtés d’Ange, étudiante en philologie (l’histoire d’une langue par le biais de textes).

« Couchée sur le lit, j'imaginais que j'étais un tramway, moins pour me nommer désir que pour ignorer ma destination. J'aimais ne pas savoir où j'allais. » Ange est une jeune femme solitaire, vivant en colocation avec une Belge guère arrangeante, et qui souffre d’être mise à l’écart par ses camarades de classe. Comme la plupart des personnages que l’on croise chez Amélie Nothomb, elle possède des capacités intellectuelles hors normes qui la rendent asociale.

« Ces derniers temps, dans les médias, on signalait une épidémie de dyslexie. Il me sembla en détenir l'explication. Nous vivions une époque ridicule où imposer à un jeune de lire un roman tout entier était vu comme contraire aux droits de l'homme. » Alors qu’elle cherche un moyen de gagner de l’argent, Ange est embauchée pour donner des cours de français à Pie, un adolescent de seize ans. Le père est persuadé que son fils souffre de dyslexie… Mais le mal- être du garçon est bien plus profond.

« Ma mère n'est pas méchante, mais que pourrais- je dire à une femme à ce point stupide ? J'avais huit ans quand j'ai compris qu'elle était une imbécile. J'en avais douze quand j'ai su que mon père était un sale type. » Les liens familiaux, thème récurrent de l’auteure, vont vite se retrouver au centre de l’intrigue. Les sentiments exprimés par les relations entre les membres de la famille Roussaire sont particulièrement exacerbés. Pie n’est pas épargné.

Au final, un livre lu en une après- midi. J’aime toujours la fluidité de la plume d’Amélie Nothomb, son style souvent enlevé et son envie de partager son amour des grands textes littéraires, tels ceux d’Homère, de Radiguet ou encore Kafka. Mais il faut reconnaître que les éléments narratifs sont souvent vite expédiés et les dialogues semblent parfois sonner creux. Un peu plus de langueur et de chair aurait donné plus de consistance à l’histoire. 

La voisine sans histoire, Liz Nugent (Michel Lafon, 01/2026)


 

La voisine sans histoire, Liz Nugent (Michel Lafon, 01/2026)

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Quelle histoire incroyable ! Le personnage de Sally Diamond va me hanter pendant longtemps ! La plume de l’auteure, entre humour noir et suspens psychologique, est terriblement addictive. Freida n’a qu’à bien se tenir !!!

« "Sors- moi avec les poubelles", disait- il toujours. "Quand je mourrai, tu n'auras qu'à me sortir avec les poubelles. Je serai mort, ça ne me fera rien, alors que toi, tu seras en larmes." Et il riait, et je riais aussi, parce que nous savions tous les deux que je ne pleurerais pas. Je ne pleure jamais. » Sally Diamond devient une « voisine avec une histoire » le jour où elle tente de réduire en cendres le corps de son père, tout juste décédé, dans l’incinérateur de déchets ménagers installé au fond du jardin de la demeure familiale. Elle, elle ne voit pas où est le problème… Mais ce n’est pas le cas du voisinage, évidemment !

« Je savais que je ne fonctionnais pas comme les autres, mais si je pouvais garder mes distances, en quoi était- ce un problème ? Papa disait que j'étais unique. Cela ne me dérangeait pas. On me décrit de bien des façons, mais mon nom est Sally. En tout cas, c'est le nom que maman et papa m'ont donné. » Sally, quarante- quatre ans, a toujours vécu dans un cadre rassurant, entre deux parents médecins spécialisés en psychiatrie. Elle n’a suivi aucune scolarité et n’a jamais travaillé, du fait de son incapacité à vivre en collectivité. Mais une fois seule, il va bien falloir qu’elle se tourne vers l’extérieur et les autres.

« Je croyais que tes parents m'avaient quasiment tout dit sur ton histoire, mais il semblerait qu'ils aient caché beaucoup de choses à tout le monde. » En enterrant son père, cette fois dans la dignité, Sally va mettre à jour des liens familiaux auxquels elle ne s’attendait absolument pas. Et il va falloir qu’elle apprenne à composer avec cela, d’autant plus que les secrets cachés sous le tapis vont se révéler bien lourds à affronter.

Au final, un récit captivant, tant l’auteure a su se fondre dans ses deux personnages principaux, à la pathologie psychiatrique particulière. L’intrigue est originale et j’ai été surprise du début à la fin par les chemins sinueux que prennent les découvertes de Sally sur son passé. La tension narrative m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page ! Trop bien !!!

dimanche 22 février 2026

James, Percival Everett (Editions de l'Olivier, 08/2025)

 



James, Percival Everett (Editions de l'Olivier, 08/2025)

💙💙💙💙💙

Cap sur les rives du Mississippi, auprès de Tom Sawyer et Huckleberry Finn ! L’occasion de découvrir la plume de Percival Everett ; un auteur dont j’entends parler depuis plusieurs années.

« L'attente constitue une grande partie de la vie d'un esclave, qui attend et attend qu'on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. » Jim est l’esclave de Miss Watson. Il est plutôt bien traité et vit avec sa petite famille ; Sadie, son épouse, et Lizzie, leur petite fille. Mais voilà qu’il entend les « Blancs » parler de sa mise en vente à un autre maître. Pour éviter cela, Jim s’enfuit.

« Quel monde étrange, quelle existence étrange que celle dans laquelle un égal doit argumenter pour prouver son égalité, dans laquelle il doit avoir un statut lui permettant de formuler ces arguments en public et ne peut pas avancer ces arguments pour lui- même, les prémisses de ces arguments devant être vérifiés par ceux des égaux qui les réfutent. » Au cours de sa fuite, Jim est amené à rencontrer bon nombre de personnes ; des individus tous plus différents les uns que les autres. Entre les huluberlus prétendant descendre des rois de France et les esclaves ravis d’être soumis, il y a de quoi perdre foi en l’humanité…

« En cet instant, le pouvoir de la lecture m'apparut clairement, dans toute sa réalité. Si je voyais les mots, alors personne ne pouvait contrôler ces mots ni ce que j'en retirais. On ne pouvait même pas savoir si je les voyais seulement ou si je les lisais, si je me contentais de les déchiffrer ou si je les comprenais dans leur globalité. C'était une pratique absolument intime, absolument libre et, par conséquent, absolument subversive. » Jim n’est pas un esclave comme un autre ; il a appris à lire et à parler un double langage : celui attendu des « Blancs » et celui des « Noirs » qui ont pu être éduqués. Notre personnage, en fuite, a du mal à se situer face aux personnes qu’il rencontre. Heureusement, Voltaire lui apportera le soutien philosophique qui le portera jusqu’à la fin.

Au final, j’ai beaucoup aimé me plonger dans l’univers de « Tom Sawyer » par le biais d’un personnage annexe. L’aspect historique est vraiment très intéressant, avec les prémisses de la guerre de Sécession et la dénonciation de l’esclavage. L’auteur prend son lecteur aux tripes avec son personnage de Jim / James, cet homme né esclave qui veut, malgré son état de servitude, devenir maître de sa destinée grâce à la culture littéraire développée grâce à sa curiosité et son intelligence. Un roman qui a largement mérité les prix qu’on lui a décerné. 

jeudi 19 février 2026

Nuit close, Rochelle Gabe (Juno Publishing, 10/2025)

 


Nuit close, Rochelle Gabe (Juno Publishing, 10/2025)

🌹🌹🌹

Pour la Saint- Valentin, j’ai opté pour ce « romantic suspens », écrit par Rochelle Gabe, l’auteure du Secret de Lord Blackstone, paru en 2024, que j’avais beaucoup aimé. Ici, il est question d’un ancien agent du FBI, Braylen Fox, vivant chez lui, reclus et brisé, à la suite d’une sombre affaire sur laquelle il avait enquêté huit ans plus tôt. Or le tueur en série mêlé à cette ancienne histoire semble avoir repris du service, et l’agent spécial Wade Shepard va devoir venir bousculer Fox afin d’obtenir l’aide dont il a besoin pour arrêter « Le Monstre des Bacchanales » une bonne fois pour toutes.

« La peur.
Cinglante, folle et intense.
La peur, ce gouffre sombre qui dévore les entrailles, abêtit, tourmente à vous tirer de longs sanglots de désespoir. »
Braylen a subi un violent choc traumatique lorsqu’il s’est retrouvé face au tueur en série qu’il poursuivait quelques années plus tôt, au fin fond d’une cave, dans une maison délabrée. La peur qu’il a ressentie alors lui a fait perdre la raison, et il lui aura fallu passer quelques temps en établissement psychiatrique pour apprendre à contrôler ses profondes crises d’angoisse.

« Il ressentit une sensation de vide comme si la pression de son corps sur le sien avait exhumé huit années de désert affectif. Il en fut choqué. Le contact saturé d'agressivité de Shepard avait agi sur lui comme un détonateur et ravivé le plaisir d'être étreint avec rudesse en un rien de temps. » Braylen a subi un autre choc dans son passé puisque le tueur en série qu’il traquait avait également éliminé son amant. Cet homme doublement brisé ne peut plus faire confiance à qui que ce soit, et la solitude qu’il a choisie va lui devenir soudainement pesante, alors que se nouent des liens avec Wade Shepard.

« La prétention n'a jamais rendu quelqu'un plus intelligent, Wade. C'est même le contraire, elle rend bête et dangereux. » Nos deux hommes vont peu à peu se tourner autour, réunis pour mener une enquête, mais aussi attirés l’un par l’autre de manière magnétique.

Au final, une romance très bien menée grâce la plume de Rochelle (mais la correctrice devrait revoir les règles d’accord du participe passé… ). J’ai aimé la psychologie du personnage de Braylen, mais j’ai moins été convaincue par celle de Wade (peut- on vraiment être agent du F.B.I. en étant si pleutre ?). L’enquête est longue à se mettre en place même si certains éléments sont vraiment originaux, et elle manque d’actions, de dynamisme. Je pense que c’est un récit à lire davantage pour la romance que pour l’enquête policière. 

dimanche 15 février 2026

Ouvre- moi, Claire McGowan (Hauteville, 06/2024)

 


Ouvre- moi, Claire McGowan (Hauteville, 06/2024)

💙💙💙💙

Cap sur les Cornouailles, où Helen et George ont décidé de donner un nouveau départ à leur couple, après des années de vie londonienne épuisantes. C’est l’époux qui s’est chargé de l’achat de la maison et du déménagement et à l’arrivée, les désenchantements vont s’enchaîner bien plus vite que prévu.

« Mon chez- moi. Me sentirais- je un jour chez moi dans cette bâtisse étrangère ? Je n'y étais même jamais entrée (si ? Pourquoi m’était-elle si familière dans le cas contraire ?), et ça me paraissait complètement fou de penser que j'allais désormais y vivre. » Arrivée sur place, Helen a un étrange pressentiment ; cette maison, elle la connaît. Pire ; elle la craint. Pourquoi ?

« Pendant ce temps, nous étions coincés dans une maison qui nécessitait des milliers de livres de travaux et se révélait, je le savais désormais, d'une proximité troublante avec toutes les facettes de mon enfance que je m'étais efforcée de fuir. » Helen et George entament rapidement des travaux dans leur nouvelle maison, laquelle a été inhabitée depuis des années. Mais les pépins s’accumulent, que ce soit du côté des ouvriers du bâtiment ou des relations avec les habitants du village. Quelque chose semble couver depuis leur arrivée, comme si on leur reprochait d’habiter la maison ayant abrité une famille de sorcières. Comme si on les surveillait.   

« Des brèches peuvent s'ouvrir, et pas seulement dans les maisons. Dans les murs de votre mariage, de votre amour. » Confrontés à de nouveaux problèmes, le couple d’Helen et George commence à se déchirer. Chacun des époux va partir à la recherche d’explications, et étrangement, celles- ci vont les ramener à leur passé respectif. Les masques vont tomber, et là, ça passe… ou ça casse.

Au final, un thriller habillement construit, avec un point de départ bien pensé et un déroulement qui surprend le lecteur à coups de révélations inattendues. Les points de vue alternés entre Helen, George et la précédente habitante de la maison permettent au récit de prendre de l’ampleur. Le lecteur est pris dans les complexités d’une histoire familiale grâce à une plume habile à nous captiver. Une auteure que j’ai envie de retrouver.