Des filles comme il faut, Nadia Daam (L'Iconoclaste, 04/2026)
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Je ne connaissais pas Nadia Daam avant son
invitation dans le magazine télévisé « La Grande librairie » il y a
peu. J’ai beaucoup aimé son aplomb face à des écrivains sûrs d’eux, d’autant
plus qu’ils sont connus. J’ai aussi été attirée par la pertinence des propos
qu’elle tenait sur le regard que porte la société actuelle sur les femmes.
« Pour qu'une "femme"
disparaisse et que cela étonne franchement, puis préoccupe tout à fait, il faut
qu'elle appartienne à une catégorie bien précise, avec un indispensable
prérequis: que cette femme soit attendue quelque part et qu'on ne sache pas
faire sans elle.» Blanche a trente ans,
et le mal de vivre accroché à ses bottes. Après un accouchement traumatique,
elle a perdu son emploi, mais surtout, toute estime d’elle- même. Le hasard va
mettre sur sa route une ancienne camarade de classe de l’école de journalisme,
qui va lui proposer de prendre les rênes d’un nouveau podcast dédié aux
disparitions volontaires
« Contrairement à ce qu'on croit, les
alcooliques ne sont ni inconséquents ni désordonnés. C'est tout l'inverse.
Réussir à n'être jamais empêché de boire de manière effrénée, discrète et
surtout efficace, cela exige la plus grande rigueur. Rond comme une queue de
pelle, sérieux comme un pape. » Blanche a peu à peu
sombré dans l’alcool, suite à ses déboires professionnels. Au point de se
mettre sa famille et ses amis à dos. Seul son mari prend cette déviance en
rigolant. Mais peut- on être une compagne et une épouse « de
confiance » quand on boit chaque soir jusqu’au coma éthylique ?
« Un homme plaque tout => on se
demande POURQUOI il a fait ça.
Une femme plaque tout => on se demande COMMENT elle a pu faire ça. » Le lecteur suit Blanche, au gré de ses déboires professionnels, puis
familiaux. Ses recherches portées sur la disparition de Mme Blom, sa
professeure de français au lycée, vont lui permettre, en parallèle, de se
questionner davantage sur la complexité des choix que peut prendre une femme
sans risquer d’être mal jugée.
Au final, un roman tout à fait ancré dans la société actuelle, servi par une écriture journalistique bien documentée, et un ton sarcastique qui fait souvent sourire. Blanche, qu’on devine un double fidèle de l’auteure, prouve qu’il y a encore des efforts à faire pour faire évoluer les mœurs, et qu’il ne s’agit pas seulement de mieux éduquer les garçons, mais de changer quelques fondements majeurs dans valeurs que l’on est censé partager de manière égalitaire.




