mercredi 21 octobre 2026

Redevenir papillon – La boxe thérapie, Céline Pennequin (Autoédition, 2022)

 


Redevenir papillon – La boxe thérapie, Céline Pennequin (Autoédition, 2022)

💪💪💪

J’ai rencontré Céline Pennequin lors du salon du livre de Castres, cette année. Cette jeune femme dynamique m’a donné envie de découvrir son univers, tant son empathie, et son souci de l’autre m’ont touchée. Son premier roman, un récit autobiographique de reconstruction, m’a semblé être une parfaite opportunité.

« Ces individus, une dizaine, qui montaient dans le bus en même temps que j'en sortais et qui en étaient redescendus aussitôt m'avoir croisée, n'y étaient pas étranger.
J'ai su instantanément qu'il y avait quelque chose d'anormal dans leur comportement. »
Alors qu’elle est âgée de vingt ans, la narratrice est sauvagement agressée en pleine rue. Les passants qui ont assisté à la scène ne lui ont apporté aucune aide ! La gratuité et la brutalité de cette agression vont traumatiser la jeune femme durant de longues années.

« Ainsi mon existence oscillait entre instants de vie si doux et agréables, où je croquais la vie à pleine dents et instants de colère où je désirais me retirer dans mon cocon, seule sans personne. » Malgré son traumatisme, Céline parvient à fonder une famille et s’épanouir professionnellement, mais quelque chose en elle semble être éternellement blessé…

« La proposition de Franck créa en moi un sentiment de panique et pourtant le lendemain soir, je poussais pour la première fois la porte de cette fameuse salle de boxe. » Au hasard d’un forum des sports, l’auteure est abordée par le dirigeant d’un club de boxe. Avec son passé de sportive, Céline ne craint pas de se confronter physiquement à une nouvelle activité. Mais c’est la violence des coups liés à la pratique de la boxe qui va la freiner, parce qu’il lui rappelle un mauvais souvenir…

Au final, un roman autobiographique touchant, qui raconte vraiment très bien la résilience que permet le sport par rapport à un traumatisme passé. L’écriture est fluide et la douceur du ton peut permettre aux adolescents de le lire. J’ai bien aimé ce récit, mais j’ai regretté un certain manque d’approfondissement quant à la description des lieux et des personnages ; ma petite « caméra mentale » a eu du mal à se figurer les éléments. Toutefois, je relirai cette auteure pour les émotions que sa plume permet de ressentir. 

mardi 20 octobre 2026

Ce qui dort sous le camélia, Claudie O. Wetterwald (Editions du Gros Caillou, 08/2026)

 


Ce qui dort sous le camélia, Claudie O. Wetterwald (Editions du Gros Caillou, 08/2026)

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Voilà un roman qui mérite, à mon avis, le succès qu’il connaît actuellement ! J’ai été happée dès les premières pages, et j’ai eu du mal à le lâcher pour mener ma vie quotidienne. Cette dystopie nous présente trois temps d’un épisode chaotique mondial appelé « Désastre » : « Avant » correspondant à notre époque, « Le Jour du désastre » où chacun perd ses repères en même temps que l’électricité, « L’ère du Désastre », qui est celui de la survie, et « Le Procès » durant lequel 254 femmes seront jugées pour meurtre.

« Et pourtant, en me tournant vers notre maison, j'ai à nouveau ressenti cette impression bizarre, comme si l'entièreté de la planète avait soudainement disparu et que nous étions les seules à exister encore. Comme dans ces romans troublants où l'on réalise à mi- lecture que le héros est mort. » Lisenn Delors, une jeune femme, se retrouve seule avec les deux filles adolescentes de Sam, son mari, dans la maison qu’ils sont en train de rénover en Isère. L’électricité a été coupée. Sam est parti travailler sur Paris. Il ne rentrera pas. Elle va devoir apprendre à survivre avec deux gamines qui la détestent, dans un village déserté.

« Défendre. Tenter d'expliquer. La tâche était monumentale. On ne manquerait pas de me faire remarquer que nous avions tous traversé la même épreuve et que cela n'avait pas fait de nous des criminels patentés. Ce n'était pas le pardon que je comptais obtenir. Un peu de clémence, peut- être. Une véritable justice, sans nul doute. » Rym Kettany aussi a survécu. Cette avocate va être chargée de défendre Lisenn lors du procès retentissant de l’après- Désastre.

« J'ai posé la main sur mon ventre pour aller à sa rencontre, attentive à ses mouvements rythmés par mes pas. La vie était bien étrange de m'avoir longtemps privée de cette joie incomparable pour me l'accorder à présent, alors qu'autour de moi tout foutait le camp. » La survie de Lisenn est d’autant plus difficile qu’elle est enceinte. Il lui faudra être doublement vigilante, et faire les bons choix pour sauver les siens.

Au final, un roman passionnant tant on s’attache aux personnages. L’écriture est fluide et l’on se met facilement à la place de Lisenn, tant ce qui lui arrive est envisageable !!! J’ai aimé que les différents aspects de l’intrigue soient présentés avec une chronologie distincte et que les saisons soient spécifiées pour que l’on prenne davantage d’ancrage dans la « réalité fictionnelle ». Un véritable coup de cœur pour moi !

samedi 10 octobre 2026

Le Cercle occulte des Gentlemen, Sarah Penner (Pocket, 10/2024)


 

Le Cercle occulte des Gentlemen, Sarah Penner (Pocket, 10/2024)

👻👻👻👻

Ce roman m’avait été conseillé par une amie (Claire, si tu passes par là 😉), mais une fois que je l’avais entre les mains, je n’avais plus eu vraiment envie de le lire. Et puis, là, ambiance Halloween à chaque coin de rue, à chaque scroll, et paf, l’envie de lire une histoire dans laquelle le surnaturel côtoie le réel m’a prise furieusement !

« Etablie en 1860, la Société des Sciences Occultes a pour mission de proposer ses services de clairvoyance et de spiritisme aux Londoniens, dans le but premier d'apporter la paix aux endeuillés et de répondre à l'intérêt grandissant de la population pour l'au- delà. » Londres. 31 octobre 1873. Deux corps sont retrouvés assassinés. Celui de Mr Volckman, le fondateur de la Société des Sciences Occultes, mais aussi celui d’Evie Wickes, la sœur de Lenna, l’héroïne de ce roman troublant.

« Ce faisant, je souhaiterais vous inviter à Londres pour réaliser en toute discrétion une séance pour Mr Volckman, dans le but d'identifier le ou les assassins. Je suis navré de le dire, mais je soupçonne le criminel d'être en lien avec la Société. » Vaudeline D’allaire est une nécromancienne mondialement connue tant son instinct est extraordinaire. Mais voilà, elle a dû fuir Londres car elle s’y sentait menacée. Pourtant Mr Morlay, adjoint de Mr Volckman, va tout mettre en œuvre pour qu’elle puisse revenir dans la capitale britannique incognito pour l’aider à résoudre le meurtre de son chef.

« Non, parmi les esprits de Vaudeline on ne trouvait que les victimes de crimes affreux, parties trop tôt. Toutes avaient été assassinées. Pire encore, leurs meurtriers avaient échappé à la justice. » Vaudeline va accepter la mission ; emmenant avec elle sa jeune assistante, Lenna, qui elle aussi aura une enquête personnelle à mener : trouver l’assassin de sa jeune sœur. La relation entre les deux femmes va évoluer, mais attention, nous sommes au XIXème siècle. Et à Londres…

Au final, un roman qui mêle habilement les sciences occultes – qu’on y croit ou pas – et une enquête vraiment prenante, à la fois sur les manœuvres discutables d’une société ayant pignon sur rue et sur des assassinats ayant eu lieu dans l’ambiance nébuleuse propre à l’ère victorienne. L’évolution de la relation entre les deux femmes m’a beaucoup plu. Un régal ésotérique et romanesque.

dimanche 4 octobre 2026

Rochebrune, Sophie Divry (Actes sud, 08/2026)

 


Rochebrune, Sophie Divry (Actes sud, 08/2026)

💖💖💖💖

J’avais repéré ce roman parmi les sorties de la rentrée littéraire, et en le feuilletant chez ma libraire, en lisant les premières lignes du premier chapitre, j’ai été emportée, décidée à en lire la suite. Et je n’ai pas été déçue…

« Elle était divorcée ; il était divorcé. Il avait un fils de sept ans, elle une fille de quatorze. Le mot "impondérable" avait été prononcé, naïvement puis ironiquement. Le ton était monté puis redescendu. » Isabelle, psychologue et Xavier, « level designer » dans les jeux vidéo forment un couple recomposé tentant de construire un équilibre entre leur relation et leurs enfants respectifs. Un quotidien qui n’est pas de tout repos, surtout lorsqu’il y a des vacances à organiser, où il faut jouer avec les gardes de l’un et de l’autre. Mais cette fois, c’est la bonne ; ils vont pouvoir passer une semaine à quatre dans les Alpes.

« Isabelle avait été de bonne volonté au départ - avant que Léon ne jette son camion de pompiers par le balcon à leur première rencontre et ne la regarde en lui tirant la langue quand Xavier tourna le dos. Isabelle n'avait rien dit. Elle n'avait jamais craqué. Elle ne l'avait jamais traité, par exemple, de petit con égoïste élevé par un lâche. » L’auteure se plait à gratter l’image correcte du couple, de la mère, du père, pour pointer du doigt leurs faiblesses, leurs défaillances. Le lecteur s’assimile facilement à l’un ou à l’autre. Et trouve du plaisir aux petites piques pleines de reproches glissées insidieusement en fin de chapitre.

« Ils décidèrent donc de continuer. Non que Jérémie et Xavier se crussent particulièrement forts, mais ils se pensaient lucides.
Tous deux ignoraient qu'un renoncement peut être héroïque et un exploit stupide. »
Xavier profite de leurs vacances dans les Alpes pour pratiquer son loisir favori, l’escalade. Mais est- ce vraiment le moment de délaisser sa famille ; lui qui a eu tant de mal à la réunir ?

Au final, un roman qui m’a happée dès les premières lignes. Sophie Divry possède l’art d’enrober des pensées et des propos crus dans des situations élégamment narrées. J’ai apprécié ces contrastes, ses piques ironiques envers ses personnages, et la précision utilisée dans la description des éléments naturels qui vont mettre à mal les deux premiers jours de séjour de nos vacanciers. Une délicieuse fable noire écologique et satirique. 

jeudi 1 octobre 2026

C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien (Grasset, 08/2026)

 


C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien (Grasset, 08/2026)

😑😑😑

Voilà, j’ai lu le livre qui fait scandale actuellement ! Pas pour lui apporter quelques grammes de gloire ou d’opprobre, mais pour me faire mon propre avis. Est- il écrit grâce à l’I.A. ? Honnêtement, je ne suis pas suffisamment au point en informatique pour pouvoir le décréter. Est-il un chef d’œuvre ? Mes critères personnels ne le classeraient pas ainsi. Qu’en est- il donc ?

« J'aimais mon métier. J'aimais raconter aux élèves comment Haïti avait été le premier pays noir à obtenir l'indépendance, même si chaque jour la réalité me faisait douter qu'on ait jamais été libérés. » Jonas Dorléon est professeur d’histoire – géographie à Port- au- Prince. Les gangs cherchent à prendre le dessus sur la ville et un jour, sa maison est incendiée. Que faire d’autres que prendre quelques affaires et s’enfuir ?

« Un migrant qui passe une frontière, c'est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. » S’enfuir… mais où ? Quand on part d’Haïti, les solutions sont quelque peu limitées. Alors Jonas va suivre la marche de ses semblables : la République Dominicaine, le Mexique, les Etats- Unis, pour enfin trouver un lieu où potentiellement se poser et redémarrer une vie nouvelle. J’ai beaucoup aimé suivre le parcours, semé de dangers, emprunté par le narrateur.

« La République dominicaine vend du bonheur au kilo. Et nous, nous le fabriquons sans jamais y goûter. Parfois, je me dis que ce pays est une métaphore du monde. Il y a les plages pour les uns, les frontières pour les autres. Les cocktails pour les uns, les machettes pour les autres. Les chants pour les autres, les silences pour les autres. » Le passage de Jonas en République dominicaine m’a particulièrement marquée. En effet, je vois toujours des reportages vantant le côté paradisiaque de ce pays, mais je n’avais jamais remarqué la souffrance sous- jacente des habitants du pays voisins, ici asservis.

Au final, étant incapable de mesurer le côté « tricheur » de l’auteur, j’ai évalué le roman comme je le fais pour les autres. J’ai aimé le récit retraçant l’exil d’un Haïtien. J’ai moins aimé le côté répétitif des comparaisons (« comme » doit être le mot le plus répété du livre) et des autres figures de style répétées à foison. Bref, à chacun de se faire son propre avis.