L’annonce, Marie- Hélène Lafon (Le livre de poche, 01/ 2026)
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C’est la couverture de ce roman sorti en poche
qui m’a attirée, avec toutes ses couleurs chatoyantes. Et puis Marie- Hélène
Lafon venait de passer à « La Grande librairie » pour présenter son
dernier livre, et j’avais eu très envie de la relire. Cap sur le Cantal pour un
huis clos paysan servant de décor à une étonnante histoire romanesque.
« Aussi la muette stupeur des oncles
n'eut- elle d'égale que celle de Nicole lorsque, à quarante- six ans, révolus,
il annonça en trois phrases, après le café, le premier dimanche d'avril, très
exactement le dimanche des Rameaux Nicole s'en souvenait, qu'il ferait pendant
le printemps quelques travaux d'aménagement à l'étage où, fin juin, viendraient
vivre avec lui Annette, une femme de trente- sept ans originaire de Bailleul
dans le Nord, et son fils de onze ans, Eric, qui entrerait en septembre au
collège de Condat en sixième. » Paul, quarante- six
ans, est paysan à Fridières. Pour ne pas finir vieux garçon, il passe une
annonce matrimoniale dans le magazine « Le Chasseur français ». Annette,
une trentenaire originaire du Nord va y répondre. Au grand étonnement de sa sœur,
Nicole, jusqu’à ce jour la seule femme de la maisonnée.
« Annette s'énamourait, s'éprenait, au
vif, de garçons toujours mal lotis, en fâcheuse posture. Elle n'aimait que les
sans- viatique, les blessés de naissance, les affamés à vie, les recrues de la
DASS placées dans des familles ou en foyer, des garçons dont on savait le père
ou le frère aîné en prison à l'autre bout de la France. » Grâce à un récit navigant entre plusieurs temporalités, nous remontons le
fil de chaque histoire personnelle. Une construction habile qui permet de
comprendre les choix de vie de nos deux principaux protagonistes. Le parcours d’Annette
est émouvant.
« Ces mains seraient sur elle, posées,
chaudes, appuyées ; ces mains avaient manqué, s'étaient ouvertes sur le vide,
avaient attendu, et savaient vouloir. » L’auteure
nous balade dans une ruralité besogneuse et taiseuse. Le quotidien y est âpre,
contraignant, harassant. Et pourtant, il est question ici d’une histoire d’amour.
Au final, un roman étouffant qui place son lecteur entre deux vaches de Salers, dans la moiteur de l’étable, pour mieux observer la vie de cette famille de paysans qui se voit imposer une femme et son fils venus d’un autre bout de France. L’écriture est dense, entre phrases de plusieurs lignes et parcimonie de ponctuation. Marie- Hélène Lafon maîtrise l’art de l’écriture de terroir, et elle sait nous le faire aimer.




