jeudi 29 octobre 2026

Cinquante marathons et quelques bêtises, Runnindoum (Les éditions Persée, 2013)

 


Cinquante marathons et quelques bêtises, Runnindoum (Les éditions Persée, 2013)

🏃🏃🏃🏃

Je connais Runnindoum depuis quelques temps, partageant avec lui cette passion du marathon. J’avais entendu parler plusieurs fois de ses écrits, sans avoir la possibilité de lui en parler directement (il court plus vite que moi !), jusqu’au marathon de Millau, où j’ai pu lui faire part de mon envie de lire ses témoignages de coureur. « Clic- clac, l’affaire est dans l’sac », comme dirait mon cher Pierre, et je récupérais les précieux ouvrages pile un mois plus tard.

« J'aime courir.
J'aime lire de coureurs, portes ouvertes sur un monde d'évasion et de liberté où le temps et l'espace se mêlent, sans barrière, et où tout est possible. »
Je ne peux que citer ce passage, tellement je m’y reconnais. Il y a bien longtemps que je ne suis plus montée sur un podium, et pour autant, je continue à m’inscrire sur des courses longues chronométrées, et à lire les autobiographies de coureurs, ou de sportifs, qu’ils soient de haut niveau ou amateur passionné.

« Pas plus que grand coureur je ne suis grand écrivain ; la seule ambition de ce recueil est de faire partager au coureur la petite expérience, et donner au lecteur le plaisir que j'éprouve moi- même en lisant des récits. » Doumé (l’autre surnom de Runnindoum) sait parfaitement manier les mots pour faire revivre à ses lecteurs les sensations d’un coureur de marathon ; ses espoirs, ses illusions, ses tergiversations…

« Pour y repenser, après une telle journée, comment articuler un récit pour y faire rentrer toutes ces images, ces émotions, ces vibrations de plaisir ?
Cela ne sera pas chronologique ("chrono" ? mais qu'est- ce que c'est ??), mais plutôt une succession de flash, de couleurs, d'odeurs... »
Et là, avec ces quelques mots, je retrouve mes propres hésitations, mes mots flous et imprécis, illustrant mon incapacité à expliquer clairement, précisément pourquoi j’aime tant courir un marathon.

Au final, un livre que j’ai dévoré, appréciant chaque récit à la hauteur de ma propre expérience. En effet, j’ai couru certains des marathons cités dans ce recueil. Le chrono en moins ! Un livre bien écrit par un coureur pour les coureurs, et autres sportifs avides d’effort et d’humour !


mercredi 28 octobre 2026

Je change de nom, Christine Angot (Flammarion, 10/2026)

 


Je change de nom, Christine Angot (Flammarion, 10/2026)

💟💟💟💟

Je lis chaque livre publié par Christine Angot depuis quelques années. J’aime son style, sa manière d’exprimer sa colère viscérale par des mots toujours judicieusement choisis. Bien sûr, ses écrits sont autobiographiques, bien sûr ils sont dérangeants, mais ils ont pointé les violences faites aux femmes, aux enfants, bien avant l’ère #Metoo.

« Augustine ne savait pas qui était son père biologique, ni où se trouvait cette exploitation agricole.
C'étaient des situations fréquentes, elles étaient liées à des contextes de soumission. »
Christine Angot débute son récit par une recherche dans son arbre généalogique du côté de sa mère : des femmes qui se sont soumises aux hommes parce qu’elles ne pouvaient pas faire autrement du fait de leurs origines sociales, et qui n’ont pas pu faire reconnaître les enfants nés de relations adultérines. Sa grand- mère, ainsi que d’autres femmes de sa famille en ont été victimes.

« Le mariage était la seule forme possible de vie et d'intégration sociale. Pour obtenir une forme de respect. Avoir la paix. Qu'on vous laisse tranquille. Qu'on ne vous traite pas de fille- mère ou de pute. Cela équivalait. » Les mœurs sociétales concernant les mères- filles semblent avoir évolué, de nos jours, mais le regard des autres, notamment de la famille, est resté particulièrement sévère, voire excluant.

« Le livret de famille était conforme à la réalité.
La réalité était contredite par le troc entre l'inceste et le nom. »
Rachel ne voulait pas que sa fille, Christine (l’auteure) soit stigmatisée. Elle insiste, insiste, insiste pour que Pierre Angot, le père de sa fille, la déclare sous son nom, pour lui éviter l’opprobre. Lui tergiverse, puis accepte, mais la contrepartie sera terrible…

« Il faut connaître le nom de son ennemi, et peut- être que, pour le connaître, il faut le porter. » La phrase d’accroche du récit nous en donne la couleur ; il est ici question de mise au point, de rappel à l’ordre familial (s’il en est). Un livre coup de poing qui s’appuie sur l’identité religieuse et sociétale que peut porter un patronyme. Et expliquer, dans la foulée, le choix d’un changement de nom, que l’on soit considéré comme un artiste ou non. Un témoignage intéressant même si les dernières pages sont, à mon avis, insuffisamment approfondies. 

vendredi 23 octobre 2026

Rugby sous pression, Rodrigo Capo Ortega (& Gilles Navarro) (Privat, 2026)

 


Rugby sous pression, Rodrigo Capo Ortega (& Gilles Navarro) (Privat, 2026)

🏉🏉🏉🏉🏉

Avant de venir vivre à Castres, je ne connaissais vraiment pas grand-chose au rugby. Sur place, j’ai très vite pu observer que ce sport était ici quasiment considéré comme une religion, grâce à son club emblématique, le Castres olympique. Je suis donc allée assister à un match, et j’avoue avoir été impressionnée par la force que les joueurs dégageaient sur le terrain tant ils sont puissants physiquement. J’ai notamment vu jouer Rodrigo Capo Ortega et j’ai été surprise d’apprendre, à la sortie de ce livre, que ce colosse ait pu souffrir de dépression à la fin de sa carrière.

« [...] les miens me font croire que je suis un Dieu... de l'Ovalie. Et je les crois ! C'est tellement flatteur. Je suis dans une époque de ma vie où je sens qu'il ne peut rien m'arriver. Je suis devenu Super Capo ! L'image du super- héros s'invite dans mon esprit. » Rodrigo est né en Uruguay et a joué très tôt au rugby. Sa puissance de jeu est très vite remarquée et il intègre le Carrasco Polo Club Montevideo alors qu’il a à peine vingt ans. Les championnats se succèdent et l’emmènent à voyager dans le monde entier, jusqu’à rejoindre le Castres Olympique à l’âge de 22 ans, et devenir l’un des joueurs emblématiques du club, durant dix- huit ans.

« J'avais peur du regard des autres, de ne plus être celui que j'étais lorsque j'étais un rugbyman. Quand tu glisses dans cette spirale négative, le mensonge s'impose. Le déni cache tout ce que tu ressens au fond de toi. Le mensonge est une vérité fausse à laquelle tu crois. Ma vérité n'est pas celle des autres... Tout s'est arrêté du jour au lendemain et je n'étais pas prêt à affronter le lendemain. » En 2019, le Covid s’étend sur la France, l’Europe entière et toutes les rencontres sportives sont annulées. Capo Ortega ne pourra pas terminer la saison sportive. C’est le début de sa dégringolade morale.

« Sachez aussi que les conduites addictives et la dépression ne viennent pas forcément chercher les plus faibles : elles frappent surtout à la porte de ceux qui ont appris à cacher leurs blessures sous un sourire... » A travers son témoignage (rédigé avec Gilles Navarro), Capo Ortega souhaite faire bouger les choses autour de la santé mentale dans le milieu du sport professionnel. En effet, le souci de la préparation mentale des sportifs de haut niveau est relativement récent, or il est fondamental quand on comprend que le mental gère 80% de nos actes !

Au final, un récit que j’ai lu avec avidité. Le fait que je puisse croiser Capo Ortega de manière régulière dans les rues de Castres a rendu son témoignage encore plus sensible et j’ai été particulièrement émue par la sincérité de ses propos. Un témoignage puissant, utile et très plaisant à lire.


jeudi 22 octobre 2026

Nuna, Mo Malo (éditions de la Martinière, 2026)

 


Nuna, Mo Malo (éditions de la Martinière, 2026)

🧊🧊🧊

J’avais vraiment beaucoup aimé le précédent roman de cet auteur, Groenland, le pays qui n’était pas à vendre, alors j’ai apprécié pouvoir retrouver sa plume dans Nuna. Malheureusement pour moi, il s’agit du tome 5 d’une saga que je n’ai pas lue, et j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’intrigue et à m’attacher aux personnages de l’histoire qui avaient un certain passif littéraire…

« Nul homme n'est une île.
Alors pourquoi tout, autour de lui, clame le contraire ?
Pour commencer, une évidence cruelle : cette vaste plaque détachée de la banquise - on appelle ça un "floe" - sur laquelle il gît. Son radeau blanc dérive au ralenti.
Il est seul. Il est seul. Il est seul. »
Le roman s’ouvre sur un homme seul, à la dérive sur un bloc de banquise. On comprend qu’il a été précédemment enlevé. Cet homme n’est pas n’importe qui : il s’agit du ministre de l’Intérieur du gouvernement groenlandais. A dix jours d’un référendum sur l’indépendance du pays, le lien entre les deux événements est vite fait !

« Les chiffres, les arguments, la rhétorique, et même un vocabulaire qu'il ne devait pas posséder il y a quelques semaines encore - moratoire ! quel enfant de treize ans connaissait le sens du mot moratoire ? - tout sentait le discours bien appris. Le bourrage de crâne idéologique en règle. » Alors que les manifestations se multiplient, en parallèle des enlèvements d’hommes politiques, Qaanaaq Andriensen, le chef de la police du Groënland, se rend compte que ses enfants, des adolescents, participent aux contestations après avoir été endoctrinés en son absence. Comment réagir quand la rébellion se fait au dehors et au-dedans de chez soi ?

Au final, un récit qui m’a un peu perdue, par rapport aux faits géopolitiques omniprésents dans la majorité du récit, mais surtout par méconnaissance de l’histoire de la famille Andriensen, racontée dans les quatre tomes précédents. Ceci dit, j’ai de nouveau apprécié la plume de Mo Malo, qui est vraiment très agréable à lire, intelligente dans être démagogique.

mercredi 21 octobre 2026

Redevenir papillon – La boxe thérapie, Céline Pennequin (Autoédition, 2022)

 


Redevenir papillon – La boxe thérapie, Céline Pennequin (Autoédition, 2022)

💪💪💪

J’ai rencontré Céline Pennequin lors du salon du livre de Castres, cette année. Cette jeune femme dynamique m’a donné envie de découvrir son univers, tant son empathie, et son souci de l’autre m’ont touchée. Son premier roman, un récit autobiographique de reconstruction, m’a semblé être une parfaite opportunité.

« Ces individus, une dizaine, qui montaient dans le bus en même temps que j'en sortais et qui en étaient redescendus aussitôt m'avoir croisée, n'y étaient pas étranger.
J'ai su instantanément qu'il y avait quelque chose d'anormal dans leur comportement. »
Alors qu’elle est âgée de vingt ans, la narratrice est sauvagement agressée en pleine rue. Les passants qui ont assisté à la scène ne lui ont apporté aucune aide ! La gratuité et la brutalité de cette agression vont traumatiser la jeune femme durant de longues années.

« Ainsi mon existence oscillait entre instants de vie si doux et agréables, où je croquais la vie à pleine dents et instants de colère où je désirais me retirer dans mon cocon, seule sans personne. » Malgré son traumatisme, Céline parvient à fonder une famille et s’épanouir professionnellement, mais quelque chose en elle semble être éternellement blessé…

« La proposition de Franck créa en moi un sentiment de panique et pourtant le lendemain soir, je poussais pour la première fois la porte de cette fameuse salle de boxe. » Au hasard d’un forum des sports, l’auteure est abordée par le dirigeant d’un club de boxe. Avec son passé de sportive, Céline ne craint pas de se confronter physiquement à une nouvelle activité. Mais c’est la violence des coups liés à la pratique de la boxe qui va la freiner, parce qu’il lui rappelle un mauvais souvenir…

Au final, un roman autobiographique touchant, qui raconte vraiment très bien la résilience que permet le sport par rapport à un traumatisme passé. L’écriture est fluide et la douceur du ton peut permettre aux adolescents de le lire. J’ai bien aimé ce récit, mais j’ai regretté un certain manque d’approfondissement quant à la description des lieux et des personnages ; ma petite « caméra mentale » a eu du mal à se figurer les éléments. Toutefois, je relirai cette auteure pour les émotions que sa plume permet de ressentir.