mercredi 17 juin 2026

Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

 



Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

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Daniel Pagés est un auteur local que je souhaite faire intervenir l’année prochaine auprès de mes élèves de collège. Je me penche donc actuellement dans ses romans pour préparer de futures pistes de travail et d’échanges. En grande amoureuse de la mer, il me semblait évident de commencer ces lectures par « Des cris dans l’écume ».

« Les guetteurs qui l'habitaient autrefois avaient disparu depuis près de deux siècles et comme souvenir d'eux ne restait que le nom de la bâtisse : "Ar Geder", la vigie. » Lena passe ses vacances chez Marie – Anne, sa grand- mère qui vit en Bretagne, en bordure de l’Atlantique. Un bonheur pour cette adolescence qui adore nager et surfer en compagnie de son ami Erwan.

« "Il faut le délivrer. Vite !" Elle sentit tout à coup l'urgence. Quelqu'un était en danger. Epuisé.
"Vite !"
Elle entendit un cœur qui battait faiblement. Un souffle. »
Lena a hérité d’un don particulier lui permettant d’être en connexion avec la faune et la flore locale. Un talent lui permettant de sauver les êtres vivants en difficulté et qui va bien lui servir.

« Elle avait remarqué l'année précédente une nouvelle catégorie de sable qui colorait une laisse de mer. Le fruit d'une dizaine d'années de travail de l'océan pour digérer les emballages qui se balançaient au fond de l'eau. Des petits grains de plastique multicolores qui pouvaient remplir l'estomac de certaines espèces marines et les empoisonner. » Ce conte possède une belle portée écologique et dénonce la pollution incroyablement destructrice sur notre faune marine. Les discussions intergénérationnelles sont formidables concernant ce sujet.

Au final, un roman court à l’écriture fluide et aux chapitres courts qui saura séduire les jeunes lecteurs effrayés par les « pavés » ! Les personnages sont attachants et j’ai énormément apprécié les liens tendres que les protagonistes entretenaient entre eux, générations confondues. La mer est abordée avec une sensibilité poétique qui m’a touchée et charmée. Une belle découverte aux embruns vivifiants !

lundi 15 juin 2026

Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

 


Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

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Voilà un roman que j’ai failli abandonner au bout de cinquante pages ; je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire ni à m’attacher aux personnages. Peut- être ces derniers étaient- ils trop nombreux ? Ou alors le début était- il trop obscur ?

« Dès lors, ton visage a plané sur ma nuit, dans les pupilles stupides de mes yeux écarquillés, et ton sourire tendu au volant de la voiture, juste avant le braquage. Mon dernier baiser, mon regard sur tes mains qui serraient le volant. Puis l'une est venue se poser sur ma joue. Je me souviens de ton anxiété, tu m'as soufflé de faire attention. » Mano et Axelle font partie de la même bande ; des jeunes contre le système, contre le capitalisme, et qui voient dans les grèves de 1996 l’occasion d’exister. Au cœur du squat dans lequel ils vivent au jour le jour, les deux jeunes femmes, elles, se cherchent, se rapprochent, et s’aiment enfin.

« Ils étaient beaux, marchant d'un pas égal sur la place, dans un des premiers jours du printemps. Investis d'une mission, porteurs d'interdit, de résistance à l'ordre mondial capitaliste, à l'exploitation des pauvres, ils marchaient au- dessus du monde, au- dessus des pavés, au- dessus des lois. » Notre bande de jeunes va fomenter un braquage, pour défendre leurs idées et combattre le capitalisme. Mais les flics vont débarquer, bien plus tôt que prévu. Ce sera un carnage. Axelle écope de vingt- cinq années de réclusion. Mano tente de refaire sa vie…

« La lumière est délicate, un orangé printanier, c'est drôle comme rien, ce matin- là, ne prédispose à la violence de ce qui la précède. » La nature, le dehors, l’extérieur, a une place prédominante dans ce roman. Logique, quand l’une des protagonistes principales est enfermée pour l’équivalent d’un quart de vie. Mano, elle, va s’accrocher à cette nature, ses ambiances et ses couleurs, pour se réinventer, entière, dans une vie qu’elle a si peu choisie.

Au final, je dirais qu’il s’agit d’un roman « qui se mérite ». Il faut accepter une certaine langueur, une certaine pesanteur bien noire, qui obscurcit les cœurs et les âmes. On a envie de dire aux protagonistes qu’ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé, et puis, au fil des pages, on se ravise. On savoure la poésie des mots et des instants… et on soupire avec Mano. 

jeudi 11 juin 2026

Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

 


Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

💋💋

Après avoir lu Benjamin Dierstein, j’ai eu envie de me plonger dans un roman plus léger. « Crush », roman relatant la quête désespérée de l’amour d’une jeune Japonaise s’y prêtait parfaitement !

« Vingt- quatre ans, presque un quart de siècle, et vierge. Une anomalie, une espèce que ma mère préférerait voir éteinte tellement je fous la honte. » Mika est une jeune femme un peu farouche. Malgré une bonne situation professionnelle, elle peine à se rendre « populaire » et sa vie sociale est quasiment inexistante. Comment rencontrer des garçons quand on est solitaire et qu’on ressemble à un garçon ?

« Chaque fois que mon téléphone vibre pour m'annoncer un nouveau texto et que mon écran s'illumine avec son nom, une dose de sérotonine monte directement à mon cœur. Ce doit être ça, l'amour. » Et puis Mika rencontre Tai, un expatrié américain. Il sera son « presque » premier amant, mais pour elle, assurément, l’amour de sa vie. Mais lui ne voit pas les choses de la même manière. La première d’une série de longues désillusions….

Au final, un roman rigolo à lire, mais qui s’adresse avant tout à un lectorat jeune, mais pas trop, du fait des nombreuses vulgarités à caractère sexuel ponctuant le texte. La petite Mika fait pitié, pas rêver, et son histoire, parfois sarcastique concernant le monde de la séduction actuel, s’est révélée un peu trop superficielle pour que je m’y retrouve un tant soit peu. 

lundi 8 juin 2026

Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

 


Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

💙💙💙💙

La Bête du Gevaudan, tout le monde en a entendu parler et pourtant, encore aujourd’hui, le mystère quant à la véritable nature de cet animal monstrueux n’a toujours pas été élucidé. Pourtant, avec une centaine de morts, elle a su marquer les esprits à travers les époques, puisqu’il nous faut remonter à l’année 1765 pour revivre les attaques que même les meilleurs envoyés du roi, Louis XV, n’ont pas réussi à endiguer.

« Le roi a décidé que je serai élevé et éduqué aux frais du royaume. Je suis alors parti dans une école de Montpellier où j'ai pu apprendre à lire, à écrire, à compter et grâce à mon exploit face à la bête, moi qui étais destiné à être un simple petit paysan du Gévaudan, je pourrai peut- être, plus tard, réaliser mon rêve qui est de devenir officier dans l'armée de mon pays. » Jacques Portefaix, douze ans, a réussi à mettre la Bête en fuite alors qu’elle s’était attaquée à son petit groupe d’amis. Son exploit lui permettra d’être en mesure de mettre son histoire en mots.

« Cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes à chacune de la longueur d'un doigt, la gueule extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celui d'un cheval, le corps aussi long qu'un léopard, la queue grosse comme le bras, le poil de la tête noirâtre, les yeux de la grandeur de ceux d'un veau et étincelants, les oreilles courtes comme celles d'un loup et droites, le poil du ventre blanchâtre, celui du corps rouge avec une raie noire tout au long du dos ! » Comment décrire quelque chose qui n’existe pas ? En utilisant des comparaisons, lesquelles seront toujours hyperboliques quand on veut effrayer son auditoire !

« D'Enneval, c'est le nom de ce chasseur réputé, est arrivé ainsi en Gévaudan le 20 février 1765. Son premier travail a été de faire partir les soldats afin de pouvoir chasser seul et surtout de ne pas avoir à partager la récompense promise à qui tuerait la bête. » Le roi va tenter différents stratagèmes pour capturer la Bête, mais aucune ne portera ses fruits… De quoi entretenir le mystère pour encore de longs siècles…

Au final, un petit livre factuel sur les faits connus autour de cette Bête du Gevaudan qui fascine aussi bien les grands que les petits depuis tellement d’années. Le texte est fluide et accessible aux enfants dès dix ans, et je vais le proposer à mes élèves collégiens. Nul doute que certains seront intéressés par cette histoire bien rédigée.

dimanche 7 juin 2026

La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

 


La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

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Enorme ! Je ne vois que cet adjectif, « énorme », pour qualifier ma lecture de ce roman policier au suspens insoutenable et à l’intelligence remarquable ! Cap sur l’année 2001, ses élections présidentielles précédées de scandales et de magouilles en tous genres.

« La femme hurle de plus belle.
Tu exploses et tu sors de l'appartement : la porte des voisins est ouverte. Tu rentres.
Lui : en train de frapper sa femme, à terre. Dans le couloir : un petit garçon en pyjama, qui regarde la scène. Par terre : du verre brisé, une chaise cassée, un sac à main renversé, des pièces de monnaie. Sur les murs : du sang. »
Kertesz est une espèce de ripoux depuis que sa femme l’a quitté. L’alcool, la drogue et les filles émaillent son quotidien de flic au 36. Incessamment sur les nerfs, il règle ses comptes à coups de poing et de flingues ; il n’a rien à perdre, même si le pouvoir l’attire irrémédiablement.

« Elle pousse un soupir et retourne se coucher, et moi je reste dans le couloir comme un crétin, voilà ce que c'est la vie de flic, rentrer exténué après deux jours sans dormir, pour essayer de combattre l'horreur, pour protéger sa famille, puis rentrer à la maison et se retrouver seul, aussi seul qu'on l'est tout au long de la journée, quand on passe des heures à poursuivre des cadavres. » Gabriel Prigent débarque à la PJ parisienne. Il traîne derrière lui une rumeur de traitre, étant donné qu’il n’a pas hésité à dénoncer les travers d’anciens collègues à force d’idéalisme de justice. C’est aussi un ancien militaire profondément blessé psychologiquement parlant, après une opération désastreuse s’étant déroulée au Tchad.

« Silence de dix secondes pendant lequel j'essaye de l'imaginer vivante, sans sa peau verte, sans sa tête cramée, sans ses brûlures de cigarette, et j'ai beau y mettre toute mon énergie, dès que je la visualise je vois sa peau verte, sa tête cramée, ses brûlures de cigarette. » Nos deux policiers vont se retrouver à enquêter sur la même enquête, mais pas pour les mêmes raisons. La compétition entre les deux hommes va rapidement prendre les couleurs d’une vendetta personnelle, pour l’un tout comme pour l’autre.

Au final, un roman policier vraiment très dense, ancré dans la réalité de la vie politique de l’année 2011 (d’ailleurs, des extraits d’articles radiophoniques de l’époque sont retranscrits) et servi par une intrigue fictionnelle particulièrement efficace. Les personnages de Prigent et Kertesz sont attachants, criants de vérités avec leurs troubles affectifs et leurs défauts. J’ai vraiment hâte de les retrouver dans les deux tomes qui complètent cette saga nommée « Echos des années grises ».