samedi 4 juillet 2026

Le cratère, Arièle Butaux (Le Livre de poche, 03/2026)

 



Le cratère, Arièle Butaux (Le Livre de poche, 03/2026)

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Si vous aimez les histoires de fratries, de secrets familiaux autour de la « différence » d’un enfant, ce récit sensible et joliment écrit saura vous toucher en plein cœur.

« Quand ont- ils compris ?
Quand a-t- elle commencé à le regarder autrement ?
Quand ont-ils cessé de le photographier ? »
Le prologue ouvre le roman sur une photographie d’enfants retrouvée parmi les souvenirs d’une famille, au fond d’un carton, à la vente d’une maison. Le point de départ d’une histoire, celle d’Aurore, petite sœur d’un frère handicapé décédé alors qu’il était adolescent, et dont la famille avait tenté de cacher l’existence.

« Aurore n'a pas les mêmes souvenirs que son petit frère, elle l'envie parfois pour cela. Valentin est né après le départ de Lucas, ils n'ont jamais vécu ensemble comme des frères, ils n'ont pas été élevés par les mêmes personnes, leurs histoires ne se mêlent qu'incidemment. Ils ont la même sœur, mais savent à peine qu'ils sont frères. » Pour la petite Aurore, Lucas est un frère comme un autre. Ses yeux d’enfant et son innocence ne lui permettent pas de le considérer comme un enfant handicapé et elle l’inclut dans tous ses jeux. Ce seront les regards et les commentaires acerbes des personnes extérieures à leur foyer qui lui feront comprendre que Lucas est un enfant « particulier ».

« Bien que son âge le lui autorise, faire une crise d'adolescence serait tout à fait malvenu. » Et puis Lucas décède, sans qu’on en explique les raisons à Aurore, sans qu’on lui permette de le voir une dernière fois. Mais surtout, l’adolescent devient un sujet dont on ne doit plus parler. Un traumatisme, une souffrance pour l’adolescente…

Au final, un récit terriblement touchant, tant par la rédaction des moments passés entre Aurore et Lucas, qui s’aiment d’un amour fraternel profond et pur, que par la douleur des mois et des années qui vont suivre le décès du garçon, à cause des nombreux non- dits qui auront ponctué sa brève existence. Un roman bref criant de vérité et bouleversant.  

Cadavres en famille, Jeneva Rose (Pocket, 05/2026)

 




Cadavres en famille, Jeneva Rose (Pocket, 05/2026)

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Un thriller domestique à la mode, vu sur tous les réseaux sociaux et comparé à ceux qu’écrit Freida MacFadden : évidemment, je craque. Le synopsis était alléchant : trois frère et sœurs qui se retrouvent après sept années de séparation à l’occasion du décès de leur mère, et qui vont découvrir, sur une vieille cassette VHS, une scène dramatique dans laquelle leur père apparaît couvert de sang. Qu’ont caché les parents à leurs enfants ?

« Elle est morte.
Je laisse échapper un sanglot douloureux en même temps que ses dernières paroles s'agrègent dans mon esprit.
"Ton père... n'est pas parti... méfie- toi." »
Beth est aux côtés de sa mère alors qu’elle pousse son dernier souffle, et expire ses derniers mots. Un message qu’elle peine à comprendre. Son père, en effet, a disparu sept années auparavant sans laisser d’indice sur ce qu’il comptait faire ni où il voulait aller. Un départ, une disparition qui a laissé un goût amer aux trois enfants.

« Des larmes brillent dans les yeux affolés de papa. Il a l'air perdu. Puis l'écran devient noir.
Le 15 juin 1999 se perd à nouveau dans le passé.
Mais il n'y restera pas. Je le sais. »
Alors que les enfants tombent sur un carton de cassettes VHS sur lesquelles ils retrouvent des moments vécus dans leur enfance, ils tombent sur une fin de vidéo déconcertante : leur mère filme leur père paniqué et couvert de sang, entrain de dissimuler un corps. Que s’est- il passé ? Aucun des enfants n’a de souvenirs d’un tel drame.  

« Je tourne et retourne la clé dans ma main. Elle est brillante, apparemment toute neuve. Le coffre est- il neuf lui aussi ? Qu'est- ce que maman a pu y déposer ? Elle n'a jamais possédé grand- chose, ce doit donc être des bricoles qui avaient pour elle une grande valeur sentimentale. » Au fur et à mesure du rangement de la maison familiale, des secrets vont être dévoilés ; un journal intime, des lettres, et d’autres éléments bien troublants….

Au final, un récit polyphonique établi sur plusieurs temporalités dans un objectif de ménager le suspense pour le lecteur, mais certains passages m’ont ennuyée. L’intrigue est tout de même bien ficelée et s’accélère vers la fin, même si une phrase énoncée par un personnage secondaire m’a trop rapidement révélé l’identité du coupable. Un « thriller – transat » facile à lire mais sans véritable enjeu littéraire.

mardi 30 juin 2026

Le mangeur d'âmes, Alexis Laipsker (Pocket, 02/2022)

 


Le mangeur d'âmes, Alexis Laipsker (Pocket, 02/2022)

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Je referme ce livre, complètement bouleversée, au bord du malaise et les larmes aux yeux. Alexis Laipsker sait très bien me faire sortir de ma zone de confort et me retourner le cœur et le cerveau… Sur la couverture, un avertissement : « Dans l’horreur, la réalité peut dépasser la légende » ; c’est terriblement vrai, et d’autant plus effrayant…

« Le petit Leandro avait bien entendu le bruit d'un véhicule, mais il n'y avait pas prêté attention. Dans son monde, les monstres revêtaient de longues capes noires, avaient des rictus inquiétants, un rire diabolique. Et puis, les héros intervenaient toujours à temps. Dans la vraie vie, les monstres surgissent sans prévenir. » Des disparitions d’enfant mystérieuses se sont succédé dans un petit village de montagne. En cet hiver particulièrement neigeux, le commandant Elisabeth Guardiano, de la PJ, est appelée sur les lieux à la suite d’un double meurtre particulièrement atroce. Sur place, elle rencontre Franck De Rolan, gendarme enquêtant, lui, sur la disparition des enfants. Très vite, ils se rendent compte que leurs deux enquêtes se rejoignent.  

« - C'est étrange, ce diable, il a la gueule grande ouverte...
- Oui, comme s'il criait.
- Ou comme s'il voulait dévorer quelqu'un.
-Dévorer ?
- En sortant de sa cachette, le gamin ne cessait de répéter les mêmes mots : "Le Mangeur d'âmes, le Mangeur d'âmes..." »
Dans le village, d’autres meurtres vont être perpétrés, et même des oiseaux vont tomber du ciel, morts sur le coup. Pour les habitants, aucun doute, il s’agit de l’œuvre du Diable, d’autant plus que des statuettes démoniaques sont découvertes sur les lieux du drame.

« Pourtant, avant que les camps de concentration aient été découverts, c'était comme si personne ne savait rien. Ça n'a étonné personne qu'autant d'êtres humains disparaissent et ne reviennent jamais. » Comme souvent, dans les villages enclavés en montagne, le silence est roi. Des enfants disparaissent, des assassinats se multiplient, mais personne n’a rien vu, ni entendu.

Au final un roman captivant servi par des chapitres courts ponctués de rebondissements inattendus. On flirte par moment avec le surnaturel, les croyances et les légendes locales avec plaisir. Mais cette fin !!! Pfff, je ne m’en remets pas…. Il va me falloir du temps pour la digérer… Alexis Laipsker est un joueur de poker doué, et il m’a laissée au tapis !

dimanche 28 juin 2026

Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés

 




Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés (Max Landalls, 11/2020)

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Daniel Pagés est un auteur local avec lequel j’ai très envie de travailler dans le cadre de mon enseignement du Français auprès de collégiens. Je m’attèle donc en ce moment à découvrir son univers et réfléchir à des pistes pédagogiques exploitables par mes élèves. Cap sur l’aventure avec les filles du capitaine Imanol qui n’ont pas froid aux yeux !

« Lorsqu'elles avaient vu "La petite" emmener le nageur vers le village, elles avaient abandonné la lunette et enfilé en vitesse des vêtements plus adaptés à l'aventure. Elles avaient couru tout au long du raccourci qui menait au centre du bourg. Ce n'était pas tous les jours que Trois- Rivières recevait des visiteurs. » Sarah et Mina sont les sœurs aînées de Lucia, une jeune adolescente au caractère bien trempé. Celle- ci décide de porter secours à un adolescent qui vient d’amarrer, affamé et déshydraté. Pire encore, le frère de ce dernier est gravement blessé…

« On a un ami qui est prisonnier des pirates sur une île à plusieurs jours de mer d'ici. Et il nous a dit que le capitaine pourrait nous aider à le faire libérer. » En déroulant l’histoire de sa déconvenue, Jenn va entraîner les filles Imanol dans une expédition qui va se révéler bien dangereuse, et cela, à plusieurs reprises !

Au final, un roman jeunesse dépaysant, dans lequel on voyage dans les Antilles en découvrant le vocabulaire de la marine habilement amené. L’auteur sait rendre ses personnages attachants et ne les ménage pas ! J’espère que ce récit d’aventures plaira à mes élèves autant qu’il m’a plu.  

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)


 

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)

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J’ai lu ce livre à la suite nombreuses recommandations sur les réseaux sociaux, ainsi que celle de Mathilde Beaussault, dans l’émission « La Grande librairie ». Je savais donc ce à quoi je m’attendais ; le deuil d’un enfant parti trop tôt et des élans poétiques liés à la nature. Cap sur un récit polyphonique surprenant.

« Folie pour certains, rituel malsain voire pervers pour d'autres, mais c'est ainsi : irrésistiblement, dès que je visite un lieu nouveau et que l'occasion se présente, j'arpente les allées des cimetières. » Le narrateur, qu’on devine aisément double de l’auteur, s’est pris d’affection pour ces terres du Nord, sauvages, inhospitalières mais animées de légendes séculaires. La rudesse du climat des îles Féroé a empli les cimetières de corps, ou de cénotaphes, de tout âge.  

« Elle le devinait au fond d'elle. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'irait pas. L'intuition d’une mère, seule. » Place à Olga, Jonas, en 1902, qui donnent naissance à Anna. Une petite fille chétive, trop fragile. Dont on sait très vite qu’elle ne vivra pas longtemps.

« De toute éternité je bourrasque
à en peigner les herbes hautes
à en crucifier sur les barbelés des enclos
les virevoltants de laine
égarés par les moutons »
Le vent raconte son histoire, sa vision des choses, à coup de vers libres. Un regard externe plein d’empathie, et paradoxalement, d’exigence envers l’Homme.

« Personne ne se rend compte que les objets aussi peuvent pleurer leurs disparus. Le lien qui nous unit aux hommes est aussi insondable que la tristesse d'en être séparés. » Dans ce récit, les objets ont une âme et prennent la parole ; les planches du seuil, le bonnet tricoté par Elin, porté par Anna et trouvé par « l’Etranger ». Une croyance qui donne toute sa force au récit.

Au final, un récit très sensible, poétique, emmené par une tristesse indicible, celle de la perte d’un enfant et de la responsabilité de cette espèce de malédiction maternelle que même Freya, la sorcière de Gjogv ne saura proscrire. Si j’ai été émue par la lecture des premières pages, la suite m’a vraiment ennuyée ; trop onirique pour moi.