jeudi 12 février 2026

Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan (Gallimard, 01/2026)

 



Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan (Gallimard, 01/2026)

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Je suis véritablement admirative du travail qu’a entrepris Delphine de Vigan dans ce nouveau roman qui lie habilement fiction et constat sociétal. En effet, la rencontre fortuite entre Romane et Thomas va être ici l’occasion de questionner notre comportement avec le smartphone qui ne nous quitte plus depuis une vingtaine d’années maintenant, mais aussi analyser ce qu’il reste de nous dans ce monde où tout réside dans notre fameuse empreinte numérique, quelque part au milieu des océans.

« Depuis quand ce geste est- il devenu le premier de la journée ? Depuis quand dépose- t- il l'objet chaque soir si près de son visage, pour le garder ainsi, à toute heure de la nuit, à portée du regard et de la main ? » Thomas se fait cette réflexion alors qu’il se réveille, un lendemain de soirée alcoolisée. Son premier geste au réveil, en effet, est de saisir son portable sur la table de chevet.

« Pour une raison incompréhensible, une jeune femme qu'il ne connaît pas, qu'il n'avait jamais vue, lui a confié son empreinte numérique dans le vaste monde. C'est un océan, ou un labyrinthe, une énigme aux multiples inconnues, qu'il lui appartient de résoudre. Peut- être simplement l'énigme d'une vie. » Le quadragénaire, en cherchant son smartphone, va découvrir qu’un échange de téléphone a eu lieu à son insu, la veille. Mais voilà, alors que la jeune femme lui rend son bien, celle – ci refuse de récupérer le sien. Qu’en faire ?

« Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cents grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. Le plus exposé et le plus intime. Il abrite des confidences, des souvenirs, des déclarations. Des espoirs et des déceptions. » Va commencer pour Thomas l’exploration des données de Romane, une totale inconnue pour lui. Et en fouillant dans les applications de la jeune femme, il va remonter le fil de sa propre vie, de ses propres souvenirs, en parallèle.

Au final, une réflexion profonde sur les modifications de notre vie depuis l’intervention des smartphones dans notre vie. C’est intelligent, percutant, tellement évident. J’ai dévoré le roman en une journée, m’assimilant totalement aux deux personnages et me posant la question suivante : où réside la vérité entre nos souvenirs et les « preuves » que nous permettent de conserver les nouvelles technologies ?

mardi 10 février 2026

Forbidden soldier, Erin Graham (Addictives poche, 04/2024)

 



Forbidden soldier, Erin Graham (Addictives poche, 04/2024)

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La Saint Valentin approche ; et si on lisait une romance ? Cap sur le Paris de 1942 ; dans lequel Eugénie survit grâce à ses talents de chanteuse de cabaret. Voilà qu’un soir, un regard se pose sur elle, des yeux porteurs d’un souvenir enfoui profondément dans son cœur : celui de son premier baiser, il y a douze ans, sous un pommier…

« Mais aujourd'hui la guerre est terminée, les ressentiments ne comptent plus. Nos pères n'étaient que deux soldats, ou peut- être même des officiers, qui se battaient pour leur pays. Finalement très semblables. » Le roman s’ouvre sur l’été 1930. Nous sommes en Normandie où l’on tente de se remettre d’une Première Guerre mondiale ayant engendré bien des pertes et des malheurs. Eugénie est une adolescente orpheline, placée en compagnie de Paul et Denis, qu’elle considère comme ses frères. Le travail à la ferme est rude, mais il va lui permettre de rencontrer Ludwig, orphelin d’un père allemand, qui vit chez sa mère, qui est, elle, française.

« Parce que, en plus de tout le reste, elle me plaît toujours autant. Jeune et décharnée, adulte et lumineuse, mendiante ou adulée... si différente et pourtant toujours la même... Mon cœur entre en guerre et mon avion ne sait plus décoller. Foutu pays que je ne déteste que davantage. » Les adolescents se sont tournés autour, avant de s’embrasser, mais juste avant que Ludwig ne soit renvoyé en Allemagne par un oncle autoritaire. Quand il revient en France douze ans plus tard, les émotions ressenties naguère refluent.

« Mais nous parlons de Ludwig, celui qui m'a offert mon premier baiser pour disparaître moins de vingt- quatre heures après. Sans explication. Sans dernier regard vers moi. Tout ça pour, je le comprends ce soir, entrer dans le gang des salauds. » Si Ludwig est rapidement chamboulé par sa nouvelle rencontre avec Eugénie, cette dernière nourrit toujours pour lui une rancœur sans borne. Il va falloir savoir l’amadouer…

Au final, une romance vraiment très bien écrite, qui utilise l’Histoire avec intelligence pour construire une histoire « ennemies to lovers » rondement menée et finement documentée. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette histoire d’amour franco- allemande.  

Stranger Things, Tome 1 : De l’autre côté, Houser, Martino, Champagne, Affe & Piekos (Mana Books, 07/2019)


 


Stranger Things, Tome 1 : De l’autre côté, Houser, Martino, Champagne, Affe & Piekos (Mana Books, 07/2019)

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J’ai passé un très bon moment à lire cette bande dessinée dénichée chez mon amie bouquiniste. Elle m’a permis de retrouver les premiers moments de la série télévisuelle éponyme diffusée sur Netflix, alors que je suis en train de visionner la dernière saison. Quel plaisir de retrouver les prémices du basculement de la ville d’Hawkins dans le « Monde à l’envers  » !

« Ce n'est pas que sa maison a été infectée par quelque chose... Mais plutôt qu'il n'est jamais rentré à la maison.» Will Byers se retrouve subitement dans un monde glauque et oppressant, dans lequel il est suivi par un monstre à la silhouette gigantesque et à la tête façon plante carnivore. L’incompréhension est d’autant plus forte que les décors dans lesquels il évolue sont les mêmes que dans la vie réelle, mais en mode apocalyptique.

« En fuyant la mort, Will s'était retrouvé PARMI les morts. » L’adolescent va tenter d’entrer en communication avec sa mère, la seule vivante avec qui il parvient à nouer contact, en utilisant les lumières de son domicile. Mais il va lui être difficile de tenter de retourner dans son monde d’origine tout en devant se cacher pour fuir le Démogorgon….

Au final, une bande dessinée qui peut servir d’introduction à la série puisque les illustrations s’inspirent de la physionomie des acteurs. Une bonne distraction sinon.

vendredi 6 février 2026

La Petite Bonne, Bérénice Pichat (Le livre de poche, 02/2026)

 



La Petite Bonne, Bérénice Pichat (Le livre de poche, 02/2026)

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Quel talent !!! J’ai refermé ce roman une première fois, époustouflée par l’histoire mais contrariée : je ne comprenais pas à quoi correspondaient les passages en vers libres situés sur la droite de certaines pages. Et puis, je les ai tous relus depuis le début, et alors là, j’ai tout compris : quel talent (je sais, je me répète) !!!!

« Elle déteste le travail mal fait
bâclé
Elle déteste les reproches
Son juge le plus impitoyable
c'est elle »
Notre petite bonne, dont on ne connaît pas l’identité, mène sa vie de labeur avec une conscience professionnelle chevillée au corps. Les mêmes gestes, chaque jour, la même fatigue, le même respect pour ses « maîtres », telle une petite fourmi dans la société exigeante des « Grands » aux yeux desquels elle est invisible – ou presque.

« Pour ces femmes, qu'était- il d'autre que ce soldat jeune - blessé - emmailloté - de - bandages - à nourrir - à - la - paille - à - retourner - régulièrement - à - manipuler - avec - précaution - à - maintenir- en - vie ? » Blaise Daniel est rentré des tranchées de Verdun extrêmement diminué : amputé des quatre membres et gueule cassée, cet ancien pianiste survit caché dans l’ombre de son salon, observant en douce sa « petite bonne » s’occuper de son foyer.

« Sa nuque ploie sous le poids de la charge qui l'attend. Pourtant elle lutte. Elle ne fait que cela. Mais la montagne qu'elle gravit chaque jour depuis près de vingt ans lui paraît plus haute que d'habitude. Alexandrine est épuisée. Elle se dérobe. Elle flanche. L'admettre la tue, mais elle ne sait plus où puiser l'énergie qui l'a maintenue debout tout ce temps. » Alexandrine est la jeune épouse de Blaise. Après des années à jouer les aide – malades auprès de son époux, elle accepte de s’octroyer un week-end en célibataire chez des amis. Va-t-elle pouvoir s’amuser ou l’éloignement de son époux lui pèsera-t- il beaucoup trop ?

Au final, une plume sublime qui alterne vers libre et paragraphes en prose, selon les personnages. Les émotions sont très fortement exprimées en quelques mots, et un malaise sous- jacent, doublé d’un mauvais présage, rend ce récit absolument captivant. A lire absolument !!!

mercredi 4 février 2026

Love, Mom, Iliana Xander (Fleuve noir, 01/2026)

 



Love, Mom, Iliana Xander (Fleuve noir, 01/2026)

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Nouveau phénomène littéraire monopolisant l’espace bookstagram grâce à l’adoubement de notre nouvelle « Queen », Freida McFadden ; comment ne pas craquer ? Je vous le demande. Quand, de plus, la principale protagoniste est la fille d’une auteure de thriller à succès qui disparaît mystérieusement dans un accident étrange, on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus ! Cap sur le Nebraska, où se déroule l’intrigue !

« Le châtiment est blanc. La vengeance rouge. La mienne était d'un noir d'encre. » E.V. Renge est une autrice de thriller à succès. Elle disparaît lors d’un accident subit, laissant derrière elle un mari alcoolique, Ben, et une fille de vingt- et- un ans, Mackenzie. Cette dernière ne s’est jamais sentie aimée par ses parents, et le succès de sa mère lui est tout à fait étranger. Mais lorsque celle- ci disparaît, des éléments étonnants vont se mettre en branle et les lettres mystérieuses qui vont lui parvenir ne vont pas aider la jeune fille à faire son deuil.

« Je mettrai tout ça par écrit plus tard, notre première fois, la deuxième, puis la troisième, les jours heureux et les nuits sans sommeil, les sourires enjoués et les larmes amères, les rendez- vous pleins de gaité et les trahisons sournoises. » Les lettres que reçoit Mackenzie sont signées d’un mystérieux « De la part de Fan n°1 », mais semblent avoir été arrachées d’un carnet. Son histoire se réécrit à coup de mots venus d’un passé dont on a conservé précieusement les secrets. A elle de les dénicher, et de comprendre leur provenance.

« Ma mère était 1) "Une connasse", dixit la famille de Papa; 2) "Compliquée", selon mon père; 3) "Un génie absolu", à en croire la presse littéraire; 4) "Une reine", d'après ses fans. » Mackenzie ne saura plus, très vite, sur quel pied danser. Qui était sa mère ? Une orpheline asociale passionnée par l’écriture, ou une jeune femme avide de célébrité ? Mystère…

Au final, un thriller domestique dans la lignée de « La femme de ménage » (évidemment) avec des révélations sur le passé des protagonistes qui succèdent aux secrets honteux bien cachés. Les chapitres sont courts et se terminent sur des révélations qui donnent envie de tourner les pages ! A lire pour être dans la « hype » !