jeudi 1 octobre 2026

C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien (Grasset, 08/2026)

 


C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien (Grasset, 08/2026)

😑😑😑

Voilà, j’ai lu le livre qui fait scandale actuellement ! Pas pour lui apporter quelques grammes de gloire ou d’opprobre, mais pour me faire mon propre avis. Est- il écrit grâce à l’I.A. ? Honnêtement, je ne suis pas suffisamment au point en informatique pour pouvoir le décréter. Est-il un chef d’œuvre ? Mes critères personnels ne le classeraient pas ainsi. Qu’en est- il donc ?

« J'aimais mon métier. J'aimais raconter aux élèves comment Haïti avait été le premier pays noir à obtenir l'indépendance, même si chaque jour la réalité me faisait douter qu'on ait jamais été libérés. » Jonas Dorléon est professeur d’histoire – géographie à Port- au- Prince. Les gangs cherchent à prendre le dessus sur la ville et un jour, sa maison est incendiée. Que faire d’autres que prendre quelques affaires et s’enfuir ?

« Un migrant qui passe une frontière, c'est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. » S’enfuir… mais où ? Quand on part d’Haïti, les solutions sont quelque peu limitées. Alors Jonas va suivre la marche de ses semblables : la République Dominicaine, le Mexique, les Etats- Unis, pour enfin trouver un lieu où potentiellement se poser et redémarrer une vie nouvelle. J’ai beaucoup aimé suivre le parcours, semé de dangers, emprunté par le narrateur.

« La République dominicaine vend du bonheur au kilo. Et nous, nous le fabriquons sans jamais y goûter. Parfois, je me dis que ce pays est une métaphore du monde. Il y a les plages pour les uns, les frontières pour les autres. Les cocktails pour les uns, les machettes pour les autres. Les chants pour les autres, les silences pour les autres. » Le passage de Jonas en République dominicaine m’a particulièrement marquée. En effet, je vois toujours des reportages vantant le côté paradisiaque de ce pays, mais je n’avais jamais remarqué la souffrance sous- jacente des habitants du pays voisins, ici asservis.

Au final, étant incapable de mesurer le côté « tricheur » de l’auteur, j’ai évalué le roman comme je le fais pour les autres. J’ai aimé le récit retraçant l’exil d’un Haïtien. J’ai moins aimé le côté répétitif des comparaisons (« comme » doit être le mot le plus répété du livre) et des autres figures de style répétées à foison. Bref, à chacun de se faire son propre avis.

dimanche 27 septembre 2026

Mon corps donné pour vous, Marouane Essadek (Notabilia, 08/2026)

 


Mon corps donné pour vous, Marouane Essadek (Notabilia, 08/2026)

💛💛💛

Quand Carrie Buck tombe enceinte, à l’âge de dix- sept ans, elle devient embarrassante. Le père de l’enfant s’est enfui sans laisser d’adresse, la famille adoptive de la jeune femme ne veut plus l’assumer, et la mère de cette dernière vient d’être internée dans un institut pour personnes faibles d’esprit. Une histoire vraie, que l’auteur a retracée en parallèle de la naissance et de l’évolution des lois eugénistes mises en place aux Etats – Unis au début du XXème siècle.

« Pour le monde, pour Alice et pour l'Amérique, Carrie est une gamine sans grand avenir, une abrutie qui n'apprendra pas grand- chose. L'école n'est pas là pour l'éclairer ou l'instruire, simplement pour la garder et l'occuper pendant quelques années, jusqu'à ce qu'elle soit en âge de travailler. » Carrie a été très tôt enlevée à sa mère, jugée inapte pour l’éduquer. Si les Dobbs qui l’ont accueillie font figure de bons samaritains, le quotidien de la petite fille est proche de celui de Cendrillon : Carrie est la première levée et la dernière couchée, sa journée d’école étant alourdie par des heures de ménage.

« "Eu" veut dire "bien", "genes "né, engendré".
Eugenics, ou l'eugénisme, c'est la bonne naissance, la séparation entre ceux qui doivent naître et ceux qui ne le méritent pas. On perfectionnera l'espèce humaine en retirant petit à petit tous les êtres inférieurs et toutes les races qui la tirent vers le bas. »
Les recherches de l’auteur l’ont amené à retracer les parcours de plusieurs scientifiques américains qui, s’appuyant sur les tests de Binet – Simon, ont eu envie de tester leurs semblables, d’autant plus qu’ils ont envie de « purifier » la descendance des Américains. Plus de personnes faibles d’esprit, plus de personnes de couleur, plus de prostituées ni d’alcooliques. Un pays sanctuarisé par la pureté raciale, appuyée par de nouvelles lois étayées par la science.

« Un grand homme, Thomas Jefferson, de ceux qui peuvent d'une main écrire que "tous les hommes sont créés égaux", que "la liberté et la recherche du bonheur sont leurs droits inaliénables", et de l'autre gérer ses quelques centaines d'esclaves, exerçant un peu trop son droit de propriétés sur certaines d'entre elles. » De grands noms ressortent moins glorieux de ces recherches. L’expression « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » résonne entre les lignes. On comprend le désarroi de Carrie et de ses semblables, ces êtres à qui on refuse la parole et pour qui l’on décide d’un avenir cloîtré.

Au final, un récit qui a le mérite de lever le voile sur une préconisation propre à la Virginie dans les années 1920, qui va forcément horrifier toutes les femmes européennes du XXIème siècle. Comment a-t-on pu nier à ce point la parole, la situation de ces femmes, victimes d’hommes indélicats, victimes, avant tout, de la société ? J’ai apprécié découvrir le parcours de ces scientifiques qui s’embarquent, un jour, dans un projet eugénique sans aucun scrupule. Par contre, ce récit n’a rien d’un roman. J’ai regretté le manque de narration autour du récit de vie de Carrie Buck. Je ne me suis pas attachée à elle.  J’ai parfois eu l’impression de lire un mémoire universitaire… 

samedi 19 septembre 2026

Bestial, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)

 


Bestial, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)

💓💓💓💓💓

J’avais beaucoup aimé l’enquête tortueuse menée par Stéphane Jourdain et Lucie Bunevial dans Jeu de peaux ; je me suis donc jetée rapidement dans la lecture de leur deuxième dossier criminel. Et quelle histoire macabre !!! L’auteure sait attirer son lecteur toujours plus loin dans l’ignominie humaine…

« C'était il y a dix ans. Agnès avait douze ans. Des années d'errance et de chagrin. Pourtant, cette virée familiale s'annonçait radieuse et festive au cœur de la capitale en ce début de grandes vacances scolaires. Un week-end qui avait finalement basculé dans l'horreur. » Fanny fait partie des cinq filles de douze ans ayant disparu à Paris, en plein jour et dans les quartiers touristiques en 2007. Des victimes particulièrement jolies dont on a perdu toute trace… 2019 ; cinq autres adolescentes, au même profil, disparaissent à leur tour. Jourdain et Bunevial reprennent le dossier.  

« C'est son atout pour chasser le gibier.
Il la livrera comme prévu au point de rencontre habituel. Il n'a aucune idée de l'identité de son commanditaire. Sont-ils plusieurs ? Il le présume, car l'organisation semble bien huilée. Il doit livrer la "viande" en bon état, c'est l'exigence principale. »
Il n’y a pas de projet criminel de grande envergure sans petites mains, des hommes, essentiellement (on se demande pourquoi…), prêts à fermer les yeux sur toute action moralement répréhensible du moment qu’il s’enrichit. Entre l’Albanie et la France, nos policiers vont devoir remonter le fil de tous ces rabatteurs pour connaître l’identité du maître de ce jeu macabre.

« C'est monstrueux, et pourtant. Pourtant, Jourdain ne peut s'empêcher d'y voir quelque chose de poétique, l'œuvre d'un artiste. Certes, un univers créatif d'une morbidité sans équivoque, mais dont le rendu final ferait presque oublier qu'ils ont devant les yeux une scène de crime et un cadavre. » Nos deux enquêteurs vont être confrontés à des scènes et des situations qui vont mettre à mal leur santé mentale. Âmes sensibles s’abstenir !

Au final, une seconde enquête haletante qui prend aux tripes. L’auteure s’amuse avec nos nerfs en jouant avec l’espace (France – Albanie – Grèce) et le temps. Les allers- retours de l’un à l’autre rendent l’atmosphère de l’intrigue oppressante. Nos deux héros ne sont pas épargnés et j’ai hâte de lire La nuit des fous pour connaître la suite de leurs déboires. 

mardi 15 septembre 2026

La sélectivité alimentaire racontée aux enfants, Marie- Michèle Ricard (De Mortagne éditions, 09/2026)

 


La sélectivité alimentaire racontée aux enfants, Marie- Michèle Ricard (De Mortagne éditions, 09/2026)

💗💗💗💗💗 

Les troubles alimentaires sont fréquents lors de la période de l’adolescence et ce guide traite de l’un d’eux, la sélectivité alimentaire. Il faut savoir que 15,5 % des enfants et des adolescents présentent un « Trouble du comportement alimentaire restrictif ou évitant » dans la population générale. Alors, de quoi est- il question ?

« Je sais qu'il fait de gros efforts chaque jour pour me présenter de nouveaux aliments et des plats appétissants. Je n'y peux rien si tout me répugne. Pourtant, j'ai faim ! Mais lorsque je regarde mon assiette, elle me semble rarement aussi alléchante que je l'aimerais. » L’héroïne de la partie narrative de ce guide se nomme Sofia. Elle aimerait ne se nourrir que de riz et de pain blanc. Tous les autres aliments la révulsent, et son père peine à lui préparer une alimentation équilibrée.

« La nourriture, c'est ton énergie pour être capable de faire tes activités tous les jours. Comme le soleil l'est pour les plantes ! » Le papa de Sofia essaie diverses tactiques et plusieurs types de diversions et d’explications pour que la petite fille accepte de goûter des aliments susceptibles de lui plaire. Mais ses tentatives sont vaines ; il aura heureusement le bon réflexe d’aller consulter une nutritionniste avec son enfant.

« Ton cerveau a l'impression que les aliments sont dangereux ou, du moins, que leur texture et leur goût le sont. Afin de te protéger, il active cette émotion pour t'avertir. C'est la même chose que le dégoût, qui se manifeste afin de t'empêcher d'ingérer de la nourriture perçue comme nocive pour toi. » Pour la spécialiste des troubles alimentaires, il n’y a aucun doute ; Sofia éprouve de l’anxiété par rapport à tout ce qui touche l’alimentation. La petite fille va devoir apprendre à se relaxer et à adopter un comportement de moins en moins évitant de manière progressive, pour surmonter toutes ses craintes vis à vis des aliments « de couleur » et ne plus risquer d’avoir des carences.

Au final, un guide très bien fait, comme tous ceux de cette collection. Le récit narratif de Sofia va probablement toucher beaucoup de jeunes. Le guide pédagogique destiné aux enfants est précis et engageant, et la partie destinée aux parents est elle aussi bien renseignée, tout en évitant de donner des leçons culpabilisantes. A laisser à disposition des jeunes partout où ils peuvent être !

vendredi 11 septembre 2026

Jeu de peaux, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)

 

Jeu de peaux, Anouk Shutterberg (Pocket, 2022)


❤❤❤❤

Ce thriller m’a intriguée par son sujet, la technique ancestrale de l’art du tatouage japonais, appelé « Iremuzi ». J’avais déjà lu plusieurs romans qui évoquaient cet art particulier, précis dans les traits, la symbolique, la ritualité et réputé pour être extrêmement douloureux ; bien plus que l’acte popularisé depuis quelques dizaines d’années dans notre société.

« Le problème, cher maître, c'est que ces tatouages sont venus sans leurs propriétaires. Et vu leur dimension, ils ont apparemment été réalisés sur la quasi- totalité du dos... » L’intrigue du roman débute sur une information stupéfiante : dix peaux humaines tatouées et parfaitement tannées sont déposées anonymement chez Sotheby’s pour une vente aux enchères hors normes. A qui ont appartenu ces peaux ? Les propriétaires sont- ils encore en vie ?

« Tout laissait présager que Juliano hériterait autant de la beauté et de l'intelligence de ses parents que de leur fortune. Sa prestance et son assurance ne pouvaient être ignorées. Grand et fort, d'un tempérament affirmé, sûr de lui, il fut, jusqu'à la fin de son adolescence, un petit merdeux prétentieux, conscient de son statut et des obligations qui lui incomberaient à l'âge adulte. » Il apparaît que les tatouages ont été réalisés par un artiste à la mode. Milliardaire déjà à la naissance, il n’a absolument pas besoin de revendre les pièces qu’il a tatouées sur le dos de ses amis- amours- amantes. Alors qui cherche à s’enrichir de manière immorale ?

« Son talent était à l'origine de la renaissance du tatouage et de sa popularité, dès les années quatre- vingt. Un artiste qui avait littéralement redoré, sur la scène mondiale, le blason d'un art encore controversé sur ses propres terres. Il attendait de lui l'initiation du plus pur des arts japonais : l'Irezumi - so. Un tatouage traditionnel, dont la technique violente, en contrepartie de la douleur, valorisait toute sa délicatesse dans la dimension picturale du dessin. » Juliano Rizzoni s’est lancé dans l’apprentissage du tatouage « Iremuzi », sans percevoir, au préalable, la dangerosité potentielle des œuvres qu’il réalisait. Le commandant Jourdain et la capitaine Bunevial vont s’arracher les cheveux – et non la peau- pour détacher le vrai du faux.

Au final, un thriller étonnant, entre jet- set, rites ancestraux et enquête tortueuse. Il y a des scènes terriblement glauques, mais qui servent l’intrigue « artistique ». La relation Jourdain – Bunevial donne aussi envie de lire la suite.  

mardi 8 septembre 2026

L’anxiété de performance, Ariane Hébert (Mortagne éditions, 09/2026)


 

L’anxiété de performance, Ariane Hébert (Mortagne éditions, 09/2026)

👪👪👪👪👪

L’anxiété touche de plus en plus les enfants d’aujourd’hui, et cela pour plusieurs raisons : un monde qui va trop vite et qui nous presse d’agir, des réseaux sociaux qui nous font croire que tout le monde est beau et talentueux, mais aussi un système scolaire un peu trop normé dans lequel il est compliqué de s’épanouir.

« Tu sais, parfois la peur nous fige. On a l'impression que tout se bloque à l'intérieur. Même si on veut bouger, ça nous est impossible. » Jade joue du piano depuis plusieurs années ; elle adore ça ! Mais alors qu’elle doit jouer devant toute sa classe, elle perd tous ses moyens… Et si elle n’y arrivait pas ? Et si elle se ridiculisait ?

« Ce qui compte, c'est d'oser, de se relever et de continuer. » Jade a la chance de rencontrer Laurence, une éducatrice spécialisée qui va la soutenir en lui citant plusieurs exemples de situations particulièrement stressantes et en les dédramatisant de manière efficace.

« Les erreurs nous aident à nous améliorer. C'est en essayant qu'on devient plus solide. » La petite fille va apprendre à utiliser des tactiques lui permettant de passer par- dessus ses mauvaises sensations physiques : la respiration ventrale, la visualisation d’un succès, ou encore la rédaction de gratitudes. Un ensemble de rituels permettant à la grande anxieuse de surmonter les passages angoissants qu’elle est susceptible de rencontrer.

Au final, comme chacun des guides réalisés par Ariane Hébert, nous avons là une mine d’explications et d’idées pour aider les enfants à dépasser cette anxiété de performance. Les termes utilisés ne sont jamais alarmistes, ils sont au contraire vraiment rassurants, et poussent intelligemment les parents à solliciter une aide extérieure en cas de complications dans l’état de l’enfant. Un guide à avoir dans toutes les bibliothèques scolaires. 

mercredi 2 septembre 2026

L’adolescence du perroquet, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2026)

 


L’adolescence du perroquet, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2026)

💔💔

Lire le dernier Nothomb a été une habitude, un désintéressement, puis un regain d’intérêt depuis quelques années pour moi. Les derniers crus m’ont plu, mais alors là, et pourtant, j’avais été avertie par des chroniqueuses que je suis depuis quelques années, quelle déception ! J’ai eu l’impression de lire un amalgame de plusieurs parties de textes disparates, placés autour du récit centré autour du narrateur et de Jo, son perroquet, un gris du Gabon, au caractère bien trempé.

« Comment mon père et ma mère avaient- ils été capables de créer une telle harmonie, à la fois naturelle et civilisée ? Quand je voyais la quasi- totalité de mes collègues en conflit constant avec leur tendre moitié et leurs rejetons, je me félicitais de ma solitude. » Le narrateur est un quadragénaire qui cultive sa solitude avec détermination. Les relations avec les femmes s’enchainent sans réel affect. Et puis voilà le Covid et le confinement.

« Amusé, sans réfléchir, je sonnai au sixième. Un vieil homme ouvrit et me demanda si je venais pour le perroquet.
- Pour quel autre motif ? répondis-je. »
Juste avant le confinement, un voisin a affiché en bas de l’immeuble une proposition qui va bouleverser la vie de notre narrateur : il donne un perroquet nouveau- né.

« L'oiseau âgé de quelques jours possédait déjà l'intuition qui le fondait. Il était là pour élucider les noms. » Désormais en télétravail, notre journaliste a toute latitude pour observer son nouvel animal de compagnie. Ce psittacidé, un Gris du Gabon, va développer des capacités langagières étonnantes !

Au final, un récit assez loufoque en ce qui concerne la personnalité du narrateur et son attachement à l’oiseau, mais certains paragraphes (comme celui qui parle de Gottschalk) qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’histoire semblent avoir été ajoutés pour « meubler » et étoffer le livre. Globalement décevant.

dimanche 30 août 2026

Volare, Serena Giuliano (Calmann Lévy, 03/2026)

 


Volare, Serena Giuliano (Calmann Lévy, 03/2026)

🍋🍋🍋🍋

Serena Giuliano fait partie des auteurs dont j’achète chaque roman. Cette année, c’est « Volare » qui est sorti, de nouveau un titre de chanson italienne qui n’a cessé de me trotter dans la tête durant ma lecture, et pourtant, le récit n’avait rien de léger, puisqu’il y est question de dépression…

« N'importe quoi pour retrouver le goût de vivre. Car en fait, c'est ça que j'avais perdu. Cette chose implacable à laquelle on ne pense pas quand on va bien. La saveur tout simplement d'exister. » Ambre est une jeune femme à l’entourage attentionné et exerçant le métier qu’elle a toujours rêvé de faire : conseillère principale d’éducation dans un collège. Mais voilà, un matin, elle n’arrive plus à aller travailler, ni même à se lever. Le médecin diagnostique une dépression.

« Dès que j'approche de lui la petite coupelle, il déroule sa trompe, comme le ferait un minuscule éléphant ailé, la plonge dans le liquide sucré et s'en sert comme d'une paille.
"Bienvenue, Sylvain ! Puisqu'il paraît que c'est comme ça que tu t'appelles..." »
Recluse chez elle, Ambre va consacrer ses journées à rétablir un papillon qu’elle a trouvé blessé sur le capot de sa voiture. Une activité qui prête à sourire sur le moment, mais qui révèle une détresse bien plus profonde…

« Sur la table, j'aperçois la carte laissée par Manu hier soir, que j'hésite à jeter. C'est celle de sa cousine Piera, qui organise des retraites plus ou moins spirituelles en Sicile. Voilà ce que c'est d'avoir raconté à Manu mon histoire de signes, et débattu avec elle de ma "connexion" avec l'Univers ! » Manu, la meilleure amie d’Ambre, est désespérée par l’état émotionnel de son amie. Cette Sicilienne haute en couleur va alors lui donner les coordonnées de sa cousine, Piera, qui mène des retraites spirituelles sur son île d’origine, et permet à de nombreuses personnes en perte de repères de se retrouver.

Au final, un roman lumineux et touchant qui traite de santé mentale avec délicatesse. L’Italie est un atout majeur et on s’imagine facilement aux côtés d’Ambre, entre plages, volcan et pâtisserie à la ricotta sucrée ! J’ai trouvé le récit moins rythmé qu’à l’accoutumée, mais j’ai tout de même passé un très bon moment de lecture. 

vendredi 28 août 2026

Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

 


Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

💖💖💖💖

Je continue à lire ou relire les romans d’Annie Ernaux ponctuellement, et de manière chronologique. J’aime sa plume incisive et son regard sociologique sur l’évolution de la position des femmes dans la société et le phénomène de transfuge de classe. Ici, nous suivons la mère de l’auteure, dans une biographie romancée.

« Ce que j'espère écrire de plus juste se situe sans doute à la jointure du familial et du social, du mythe et de l'histoire. Mon projet est de nature littéraire, puisqu'il s'agit de chercher une vérité sur ma mère qui ne peut être atteinte que par des mots. (C'est- à- dire que ni les photos, ni mes souvenirs, ni les témoignages de la famille ne peuvent me donner cette vérité.) » Annie Ernaud a toujours eu le soin de raconter son histoire, en parallèle de celle de la société au moment où elle s’y trouve, sans se laisser influencer par des émotions risquant d’être envahissantes et de pervertir sa vision volontairement factuelle. Alors quand sa mère décède, elle décide de garder sa manière de faire.

« Fière d'être ouvrière mais pas au point de le rester toujours, rêvant de la seule aventure à sa mesure : prendre un commerce d'alimentation. Il l'a suivie, elle était la volonté sociale du couple. » L’auteure, en évoquant le désir de sa mère de s’élever socialement, fait écho à sa propre évolution. Ce qui ressort dans ses romans autobiographiques, ce sont ces différences de niveau social qui mettent des barrières entre les gens. Sa mère, avant elle, a été la seule de sa fratrie à vouloir s’extraire de la condition ouvrière, et elle s’est donné énormément de mal pour y arriver, doutant sans cesse.

« J'étais certaine de son amour et de cette injustice : elle servait des pommes de terre et du lait du matin au soir pour que je sois assise dans un amphi à écouter parler de Platon. » Annie Ernaux, avec le recul induit par le décès de sa mère, se rend compte que l’amour de sa mère a été plus profond qu’elle ne le pensait…

Au final, un court récit qui aborde le deuil de manière plus sociétale qu’émotionnelle. On y retrouve la plume courte, directe et réflexive de notre auteure nobélisée, mais aussi l’expression intime de quelques sentiments pudiques.   

jeudi 27 août 2026

L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

 


L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)

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Un récit étonnant par sa forme linéaire ; une narration – fleuve sans indications chronologiques alors que l’intrigue est basée sur l’histoire d’une relation amoureuse débutée au moment de la rencontre et terminée par le décès des deux protagonistes. Le format court, à peine cent pages, offre étonnamment une densité qui happe le lecteur et le frappe en plein cœur une fois la dernière page tournée. Epatant !

« Jacques tire une brune de son paquet, et de la première taffe le courage de dire qu'il comptait emmener le chien en forêt est- ce que ça lui dirait de les accompagner ?
ça lui dirait mais pas longtemps, sa mère l'attend à manger ce soir.
Jacques décroche le panier pour le fixer à l'avant. Le chien y prend ses aises et les voilà partis : Jeanne derrière, Jacques au milieu, Boule à la proue. »
Jacques et Jeanne se rencontrent fortuitement alors qu’il vient, avec son père, rénover une pièce dans l’hôtel où Jeanne est employée à l’accueil. La balade du chien Boule sera le point de départ d’une relation amoureuse au long cours.

« Fort des verres de pinot accumulés, Jacques y va sans peur et fait tout comme Jeanne lui a appris. Il arrive même à chanter en même temps sans désynchroniser ses pas. Il y a juste un moment où il dit les paroles de Sylvie et passe son tour sur celles de Johnny. Il se reprend sur le refrain où les deux sont en chœur.
- Si tu n'es pas vraiment l'amour tu lui ressembles. »
Dans les années 70, on se marie rapidement, d’autant plus lorsqu’on appartient à un milieu modeste. On suit le jeune couple dans les premiers pas de la vie conjugale, ses tâtonnements et ses élans.

« Si on mange le pain du jour le lendemain du jour, on mange toujours du pain d'hier. Ce à quoi Jacques objecte que ben voyons. » Le style de l’auteur sert habilement ses personnages, en permettant à son lecteur d’entrer dans leurs raisonnements car ce sont aussi les siens ! On a l’impression d’être à table avec Jacques, ou de préparer le clafoutis avec Jeanne !

Au final, un roman surprenant mais terriblement émouvant. S’il est question d’amour, nous ne sommes pas dans une romance, mais dans l’essence même de ce sentiment, lorsqu’il dure quarante, cinquante, soixante ans, toute une vie… 

mercredi 26 août 2026

Les possibles, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 05/2022)

 


Les possibles, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 05/2022)

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Après avoir exploré l’expérience maternelle dans Et ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi se penche sur la paternité. Juliane, son héroïne, se retrouve perdue lorsque son papa, Jean, trouve refuge chez elle après l’incendie de sa maison. Comment accueillir ce père avec qui elle a perdu quelque peu le contact depuis quelques années ? D’autant plus que ce dernier mène une vie plutôt fantasque !

« Papa.
C'est le premier mot que j'aie su prononcer.
Un mot tout bête, qui sert sans qu'on y pense, sans demander la permission. Un mot comme un automatisme, comme une respiration. Un mot d'enfant, un mot d'amour.
Un mot comme un membre fantôme, qui fait mal quand il n'est plus là. »
En nous donnant cette information d’entrée, la narratrice, Juliane, nous confie un attachement primal à son père. Il les a tant amusée et rassurée, sa sœur et elle, avant de leur faire honte à l’adolescence. Et puis leur mère a demandé le divorce, et ce papa est parti faire sa vie ailleurs, tout en gardant un lien ténu avec ses deux filles.

« Arrêtée au feu rouge, j'assiste à la scène en prenant conscience de la situation. Je m'appelle Juliane, j'ai trente- neuf ans, et je suis l'heureuse maman de Charlie, sept ans, et de Jean, soixante- sept ans. » En accueillant son père à la suite d’un incident, Juliane se rend compte que la santé mentale de celui-ci est en net déclin. La voilà partagée entre les difficultés scolaires de son fils et la démence naissante de son père…

« On assiste à un spectacle déchirant sur lequel nous n'avons aucune prise. Le premier homme de notre vie disparaît peu à peu. On ignore combien de temps il nous reste avec lui. C'est terrible de vivre dans un compte à rebours. » Juliane emmène son père, avec bien du mal, consulter les spécialistes de la gériatrie et de la mémoire afin de l’aider au mieux. Au vu du diagnostic, Adèle, sa sœur, et elle, vont faire en sorte de réaliser ses rêves, avant qu’il ne soit trop tard.

Au final, un récit qui m’a une nouvelle fois troublée, émue, touchée. Ce papa Jean possède pas mal de points en communs avec le mien, y compris celui, inéluctable, de vieillir. La tendresse que met Virginie Grimaldi donne envie de prendre soin de nos aînés, pendant qu’il en est encore temps, et de réaliser les rêves de ceux qu’on aime au temps du présent.  

vendredi 21 août 2026

Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi (Le Livre de Poche, 06/2020)

 


Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi (Le Livre de Poche, 06/2020)

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Ce roman de Virginie Grimaldi est une ode à la maternité ; que l’on soit une jeune maman désemparée ou une maman désœuvrée souffrant du syndrome du nid vide. En effet, l’arrivée d’un nouveau- né est souvent synonyme d’un grand trouble dans le cœur et la vie d’une femme (d’un homme aussi, cela va sans dire, mais ici je me positionne en tant que maman – lectrice d’une autrice !).

« Le temps ne s'écoule plus de la même manière depuis que je suis mère. » Elise est seule, pour la première fois depuis une vingtaine d’année. Sa fille Charline vit en couple depuis un moment à Londres, et Thomas, son fils cadet, vient de quitter l’appartement bordelais familial pour aller poursuivre ses études à Paris. Elise a toujours vécu en fonction des activités de ses enfants, mesurant son temps, et là, alors qu’elle est seule, fini les exigences temporelles : hormis le travail, elle possède désormais un espace de liberté… qu’elle ne sait pas comment gérer…

« Devenir mère a donné un sens à ma vie. Enfin, j'étais utile. Enfin, je comptais pour quelqu’un. C'est égoïste, j'en conviens. Je ne l'ai pas calculé : la maternité a réparé en moi ce que l'enfance avait abîmé. » Lili et Elise partage ce point commun : la maternité leur a donné une raison d’être là, dans la vie, pleinement. L’amour qu’elles possèdent en elles, qu’elles ont tant voulu donner depuis des années, a désormais une raison d’être.

« Voilà, c'est ça. Tu es ma cible, mon talon d'Achille. Désormais, j'aime quelqu'un plus que quiconque, plus que moi- même. Désormais, je suis vulnérable. » La fille de Lili est née prématurément, à un stade où on doute de sa capacité à vivre. Je me suis retrouvée dans sa position de mère coupable de n’avoir pas su garder son enfant durant les neuf mois règlementaires., et compagne d’un jeune papa sous l’emprise de parents envahissants.

Au final, j’ai été énormément émue par ce roman, d’autant plus que je me suis retrouvée dans les deux principales protagonistes de l’histoire. La fin du roman m’a bluffée, même si je l’avais un tout petit peu devinée. Et comme toujours avec Virginie Grimaldi, quelques éclats de rire qui font qu’on se sent bien à la fin du livre !

lundi 17 août 2026

Fille de, Anne Pitteloud (Finitude, 08/2026)

 


Fille de, Anne Pitteloud (Finitude, 08/2026)

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C’est ma libraire qui m’a dirigée vers ce premier roman alors que je compulsais les premières publications de cette rentrée littéraire. La quatrième de couverture m’a immédiatement happée : une jeune femme découvre que les manuscrits de son père, écrivain à succès récemment décédé, sont vides, alors qu’elle- même rêve de voir ses propres romans publiés.

« Lentement, je les ai tirés à moi, je les ai ouverts, j'ai feuilleté leurs pages en faisant le moins de bruit possible, leurs feuilles immaculées comme les murs de la pièce, comme le silence d'un tombeau.
Dans chacun d'eux, le vide encore. »
Chloé Monnay pénètre pour la première fois dans le sacro- saint bureau où son père passait ses journées à écrire. Alors que ce dernier vient de décéder, son éditeur est sur les dents : il attend avec impatience les manuscrits que son auteur à succès lui a promis depuis des années. Mais voilà, Chloé ne trouve rien.

« J'ai repensé aux volumes alignés là- haut, inédits, prêts pour la postérité. Et si je les jetais directement dans l'étang, ces feuilles qui avaient pourri mon enfance ? » La jeune femme est dépitée. Son père a toujours été « absent » à cause du besoin d’isolement qu’imposait son écriture. Et elle lui en veut pour cette enfance solitaire.

« Je pensais aussi à d'autres manuscrits. Les miens. Deux romans que je n'osais faire lire à personne, dont je n'avais rien dit, pas même à Julien ou à mes parents. Je n'étais pas prête. Je ne les trouvais pas pires que bien des textes publiés et encensés par les médias, mais si on me disait que c'était mauvais, s'ils étaient refusés par les éditeurs, je ne saurais plus quoi faire de moi et de ma vie. » Et puis Chloé va proposer ses propres écrits, restés secrets, pour faire plaisir à sa mère, pour contenter l’éditeur et pour contrer les journalistes malveillants.

Un roman qui m’a happée du début à la fin. L’auteure, à coups de chapitres courts se terminant sur une chute haletante m’a poussée à ne pas quitter son histoire. Je me suis véritablement identifiée au personnage de Chloé, avec ses rêves, sa rancœur, son envie de vivre pour elle- même. J’ai eu du mal à quitter ce roman qui pose tant de questions sur le poids de l’imposture au sein de la famille et de la société avec brio. Une réussite.

dimanche 16 août 2026

L’Appel de la forêt, Jack London (Jungle, 2014)

 




L’Appel de la forêt, Jack London (Jungle, 2014)

🐶🐶🐶🐶

Après avoir lu l’adaptation en bande dessinée de Croc- Blanc, j’ai eu envie de lire celle de L’Appel de la forêt, que j’ai souvent fait lire et étudier à mes élèves de 6ème. L’intrigue de ce deuxième récit est totalement inversée par rapport à celle du premier étant donné que là, nous partons d’un chien domestique, appelé Buck, qui va retourner à la vie sauvage.

« Les jours passèrent. Buck perdit la mémoire de la douceur des jours écoulés et se résolut à souffrir l'inévitable. » Buck est un bon gros chien de famille tranquille, peinard, qui va malheureusement subir un enlèvement orchestré par un domestique. Nous sommes en pleine période de ruée vers l’or, et les chiens costauds sont recherchés pour la force qu’ils sont capables de déployer en tirant les traineaux chargés des colons. Pour lui, il en sera terminé des repas copieux et des caresses au coin du feu. A la place, il devra tirer des traineaux dans le froid, la violence et la faim… jusqu’à ce qu’un certain John lui sauve la mise.

Une bande dessinée fidèle au texte du roman, même si certains passages ont été occultés pour répondre au format de la bande dessinée. J’ai beaucoup aimé voir les animaux prendre parole dans les bulles qui leur sont dédiées !

Croc – Blanc, Jack London (Glénat, 08/2029)

 


Croc – Blanc, Jack London (Glénat, 08/2029)

🐺🐺🐺🐺

J’avais lu cette histoire sous la forme d’un roman lorsque j’étais adolescente et j’en gardais un souvenir douloureux. Je n’avais pas supporté de lire les scènes de maltraitance animale, j’avais énormément pleuré et gardé un souvenir vraiment éprouvant de certaines scènes. Pour ces raisons, je n’ai jamais proposé cette lecture à mes élèves de 6ème, préférant l’histoire de L’Appel de la forêt, même s’il y a aussi quelques scènes dures à lire lorsqu’on aime les animaux, mais elles sont plus courtes et moins détaillées.

Croc – Blanc est donc un chien- loup né à l’état sauvage, qui va se retrouver rapidement livré à lui- même et se confronter d’abord aux autres espèces animales, puis à la plus cruelle de toutes, celle des Humains.

« Croc - Blanc a appris la plus importante des lois... quand tu te soumets à l'homme, tu renonces pour toujours à ta liberté. » Croc- Blanc va d’abord apprendre à vivre avec les populations indiennes, puis devenir chien de traineau et de combat pour les chercheurs d’or du Klondike, avant d’être recueilli, soigné et enfin traité avec toute l’affection qu’il mérite par Weedon Scott, un homme bon et généreux.

Une lecture émouvante, car les scènes de violence me font toujours mal au cœur, mais le format de la bande dessinée a cet avantage de ne pas s’appesantir sur celles- ci et d’arriver plus rapidement vers la fin heureuse de cette histoire. 

samedi 15 août 2026

Astérix, tome 39 : Astérix et le Griffon, Goscinny & Uderzo (Albert René, 10/2021)


 

Astérix, tome 39 : Astérix et le Griffon, Goscinny & Uderzo (Albert René, 10/2021)

😂😂😂😂😂

J’ai beaucoup aimé cet album de la saga « Astérix et Obélix » relativement récent ! Il y a un véritable lien entre nos Gaulois des débuts et la société d’aujourd’hui, avec notamment des références hilarantes quant aux nouvelles technologies dans les prénoms : Kalachnikovna, Aplusdanlbus, Terrinconus, etc.

J’ai également apprécié de voir nos Gaulois confronter leurs valeurs patriarcales avec une tribu d’Amazones qui compose comme elle peut avec leurs maris au foyer !

Une très bonne lecture ponctuée de nombreux éclats de rire !

La Défaite des idoles, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)


 

La Défaite des idoles, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

💓💓💓💓

J'ai enfin pris le temps de lire le tome 2 de la saga « Echos des années grises », écrite par Benjamin Dierstein. En effet, le temps est important quand on lit cet auteur. le temps, c'est l'Histoire, sans fard, avec ses mensonges, ses trahisons, et sa violence. C'est aussi celui qu'il faut prendre quand on se lance dans une lecture exigeante, qui nécessite des recherches au fil des chapitres pour situer les événements et les personnes historiques qui vont mettre à mal les personnages de fiction inventés de toutes pièces par l'auteur.

« On a besoin de tes réseaux dans la came et dans le cul. On a besoin de ton mètre quatre- vingt- dix tout en muscles. On a besoin de tes talents en filoche et en cambriolage. On a besoin de tes copains à la BRP et chez les Stups. » Christian Kertesz a été poussé vers la porte de sortie des Stups à la suite de l'affaire de la « Sirène ». Mais il ne se retrouve pas longtemps sur le pavé : les truands qu'il a jadis poursuivis lui proposent de s'allier à leurs affaires. Kertesz est un gars qu'on a envie d'avoir dans sa poche.

« Laurence Verhaeghen n'a jamais eu aucune sorte de pitié pour toutes ces victimes - elle n'a pas le temps pour ça... Pas l'espace de cerveau disponible... Ce sont des corps parmi d'autres corps, un point c'est tout... Ceux qui s'attachent aux perdants finiront perdants à son tour... C'est un cycle - le cycle de la défaite. » Laurence Verhaeghen prend la place de deuxième personnage principal dans ce tome. Cette femme en veut, à son passé malheureux, à son présent douloureux et à son futur incertain. Elle va en passer, des jours sans sommeil, des kilomètres de route pour confondre les truands qui mettent à mal sa vision sécuritaire de la France. Mais quelles seront ses limites ?

« On n'est pas du même monde les gars, on ne peut pas bosser avec ces mômes. On a l'art et la manière, bon Dieu. On a une envergure internationale, on a nos entrées dans les ministères, on est invités dans les soirées cocktail des politicards, on mange dans des hôtels quatre étoiles. Eux, ils passent leur vie dans leurs cités à la con, à bouffer des kebabs et à.... » Kertesz et ses nouveaux amis, entre anciens flics et nouveaux truands, va passer son temps à s'épuiser sur de nouvelles affaires censées lui permettre de vivre la belle vie tout en essayant de protéger les quelques personnes en qui il a placé sa confiance. Où mettre la limite ?

Au final, un tome plus exigeant que le précédent, en ce qui me concerne, car de longs passages sont consacrés à l'actualité politique des élections de 2012. J'ai beaucoup aimé suivre le parcours du combattant de Laurence Verhaegen, ponctué de réminiscences enfantines, et celui de Christian Kerstesz, en soldat de l'ultime – amoureux transis. Il faut que je lise le tome 3 – VIIIITE !!!

mercredi 12 août 2026

Les Métamorphoses, Ovide (Edition de l'Education nationale, 04/2026)

 


Les Métamorphoses, Ovide (Edition de l'Education nationale, 04/2026)

🎒🎒🎒

J’ai reçu ce livre fin juin, en même temps que mes futurs élèves de 6e. Je me devais donc de le lire afin de pouvoir en discuter avec eux, et d’être en mesure d’étudier les extraits de l’œuvre en fonction de ceux choisis dans ce recueil, si jamais ils les avaient lus.

« Le mot "métamorphose" signifie "changement de forme". L'œuvre d'Ovide s'intitule "Les métamorphoses" parce que le poète y raconte une histoire merveilleuse du monde, où des humains et des dieux sont transformés en objets, en animaux, en arbres, etc. » Cette définition en début du recueil atteste bien du souci des enseignants de faire distinguer la métamorphose de la transformation aux élèves. Pour ces derniers, le concept est flou, pour les littéraires, il est précis : la métamorphose ne concerne que le corps, quand la transformation modifie le corps ET l’esprit !

« Elle se cache dans les forêts, demeure invisible dans les montagnes. Mais tous ceux qui l'appellent l'entendent ! Elle n'est plus que le son qui vit en elle. » Le destin d’Echo m’a toujours touchée… Cette nymphe condamnée à ne jamais s’exprimer mais à toujours répéter ce que n’importe quel quidam lui dit ; déjà un musèlement de la parole des femmes ? Il y a de quoi se poser des questions…

"Les chemins de la terre et de la mer me sont fermés, se dit Dédale. Soit ! Mais le ciel, en tout cas, m'est ouvert. Nous passerons par-là, mon fils et moi. Le roi Minos a beau tout posséder, il ne possède pas les airs." Le récit sur la mésaventure de Dédale et Icare représente une sacrée leçon quant à l’innocence, voire l’impertinence des jeunes adultes. Mais j’ai regretté que le profil d’Icare ne soit pas plus approfondi.

Au final, un recueil que j’ai trouvé agréable à feuilleter grâce aux illustrations d’Alice Chemama et aux activités ludiques et « pédagogiques » proposées à la fin de chaque récit. Par contre, j’avoue que la traduction, qui a visiblement voulu garder l’aspect poétique de l’œuvre originale tout en simplifiant le récit, m’a laissée sceptique à plusieurs reprises. Pourquoi ne pas avoir laissé quelques passages en vers, afin de permettre aux futurs collégiens de se confronter a minima à cette forme de l’écrit ?  

samedi 8 août 2026

L’Homme qui plantait des arbres, Jean Giono (1953)

 



L’Homme qui plantait des arbres, Jean Giono (1953)

🌲🌳🌲🌳🌲

Voilà plusieurs années que j’avais envie de lire ce cours texte de Jean Giono, dont j’avais tant aimé « Le Hussard sur le toit », lorsque j’étais adolescente ! Et puis je passais outre, sans savoir pourquoi…Aujourd’hui, alors que la cinquième vague de canicule va s’abattre sur notre pays, je découvre un texte d’une terrible actualité…

« Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses. » Elzéard Bouffier est un berger solitaire qui vit dans une lande déserte de Provence. Le narrateur le rencontre tout à fait par hasard, alors qu’il randonne dans les environs et se retrouve à la recherche d’eau.  

« Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme, sans moyens techniques, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction. » Chaque soir, Elzéard trie les glands de chêne qu’il a ramassés durant la journée. Il les trie méticuleusement pour n’en garder que cent, qu’il plantera les jours suivants.

« Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens. » Les arbres qu’a plantés Elzéard n’ont pas seulement formé une forêt ; ils ont rétabli tout un écosystème qui permet à la nature de retrouver son équilibre originel.

Au final, un récit qui m’a énormément touchée, alors que j’ai vu tous les arbres autour de chez moi être abattus pour permettre la construction de lotissements bétonnés, ces dernières années. Il fait de plus en plus chaud, il n’y a plus d’arbres, il n’y a plus d’eau… Les hommes politiques devraient lire Giono. 

Les jours mauves, Kalindi Ramphul (Le Livre de poche, 04/2025)

 

Les jours mauves, Kalindi Ramphul (Le Livre de poche, 04/2025)



J’ai découvert Kalindi Ramphul dans l’un des podcasts proposés par Virginie Grimaldi sous le titre « Cahier de brouillon ». J’ai été séduite par cette artiste polyvalente et j’ai eu envie de découvrir ses romans, ayant particulièrement apprécié son humour mordant.

« J'avais beau sonder le peu de neurones actifs qu'il me restait après ces derniers mois : nada, pas le début d'une inflexion mélancolique, pas le moindre vague à l'âme. » Le père d’Indira vient de mourir d’un cancer, et elle culpabilise de ne pas ressentir la moindre tristesse, de ne pas verser la moindre petite larme. Au point de ne pas enlever ses chaussures comme le veut la tradition hindouiste de son père, lors de la cérémonie dédiée aux obsèques.

« Désastre, c'est un joli synonyme de Xanax. De vin. De bière. Et de champagne. Tout ce que mes camarades et moi avons englouti après la cérémonie mortuaire. » Lorsqu’Indira découvre la dernière volonté de son père, elle tombe des nues : ce dernier souhaite que ses cendres soient dispersées sur Mars !!!! Mais, heureusement pour elle, les amis de son père vont rapidement lui apprendre que « Mars » est le nom du PMU, en haut d’une côte près de Superbagnères, où il avait l’habitude d’aller boire de la bière très fraîche avec ses amis cyclistes ! Indira décide de lui rendre un dernier hommage en emmenant familles et amis dans un périple en bus qui va s’avérer folklorique !

« Aujourd'hui, il y a un peu de ce sentiment d'autrefois, la sensation d'accepter toutes les émotions qui coexistent. Je vais bien et je vais mal. Je hais mon père et je m'aime plus que je ne l'ai jamais aimé. » Le voyage va être l’occasion pour Indira de découvrir la vraie personnalité de son père, au travers des témoignages des amis de celui- ci. Elle va découvrir un homme bien différent de l’image qu’elle s’était fait de lui.

Au final, un roman dont j’ai beaucoup aimé le côté sarcastique des premières pages, mais j’avoue avoir été un peu déçue par certains événements, un peu trop « attendus » à mon avis : l’incident, la séance de yoga… Probablement des erreurs imputables à un premier roman. Et comme j’ai aimé la plume de Kalindi Ramphul, je lirai ses autres romans. 

mercredi 5 août 2026

Un chemin qui vous appartient, Angélique Vogt (Editions Bussière, 06/2026)

 


Un chemin qui vous appartient, Angélique Vogt (Editions Bussière, 06/2026)

💗💗💗💗

Depuis quelques mois, je m’intéresse davantage aux guides de développement personnel. Crise de la cinquantaine ? Prise de conscience de l’aspect éphémère de la vie ; laquelle semble passer de plus en plus vite ? Il y a tellement de choses que j’aimerais faire mais pour lesquelles je me suis toujours freinée ; et si j’osais ?

« Nos pensées et nos émotions seraient des forces créatrices capables d'influencer notre santé, notre environnement, et plus largement, le monde autour de nous. » On le sait de plus en plus, notre état émotionnel influe sur notre santé globale. En apprenant à exprimer nos émotions à travers une pratique culturelle, voire même sportive, nous pourrions en tirer des bénéfices au quotidien. Ce guide propose une méthode de « visualisation créatrice » guidée, avec des outils photocopiables pour planifier nos objectifs à court, moyen et long terme ; ainsi qu’un parcours personnel pour pratiquer l’autohypnose.

« Je prends pleinement conscience des croyances limitantes et des pensées négatives qui freinent ou bloquent la réalisation de mon objectif. Puis, je consigne soigneusement tous ces éléments par écrit, ce qui me permet de les identifier clairement et de préparer leur transformation vers des pensées et croyance constructives. » La méthode de « visualisation créatrice » permet de positiver davantage, de croire en soi. Personnellement, je me suis retrouvée dans la pratique de la méthode appelée « Loi de l’Attraction » et j’ai commencé à mettre en pratique les « Trois gratitudes » du soir, dans le but de passer des nuits plus apaisées, et afin de profiter de journées plus sereines. A voir dans la durée…

« Oscar Wilde résumait cette idée avec justesse : "Visez toujours la lune. Même si vous la manquez, vous atterrirez parmi les étoiles." Cette citation nous rappelle combien il est essentiel de viser haut et d'oser sortir de nos repères habituels pour évoluer pleinement. » J’ai toujours trouvé cette citation vraiment rassurante. Il est vrai que l’on se retient souvent de se lancer dans un nouveau projet par peur de l’échec. Ce guide nous explique comment « Sortir de notre zone de confort ».

Au final, un guide vraiment éclairant, avec des exercices pratiques et cinq parcours qui permettent à chacun de trouver celui qui lui convient le mieux. L’objet livre – cahier est joliment illustré ; ce qui renforce l’envie de l’utiliser !  

mardi 4 août 2026

La mort dans l’âme, Mathieu Lecerf (Pocket, 06/2024)

 



La mort dans l’âme, Mathieu Lecerf (Pocket, 06/2024)

💙💙💙💙💙 

C’est en lisant le dernier roman de Mathieu Lecerf, publié au printemps, que je me suis rendu compte que je n’avais pas lu le troisième tome de sa « trilogie du démon » ! J’avais pourtant adoré les deux premiers ! J’ai donc remédié à cet oubli !


« Urizen s'était manifesté pour la première fois presque trente ans auparavant, au cœur de l'été 1991. Une jeune Parisienne avait été découverte à son domicile, morte étranglée et à moitié nue. On lui avait arraché les paupières et découpé les tétons. Un meurtre sauvage qui ne trouvait aucune explication rationnelle selon les enquêteurs. » Manuel de Almeida, capitaine de Police judiciaire se voit de nouveau lancé sur les traces d’un homme qui étrangle et mutile atrocement ses victimes par vagues successives puisque nous sommes ici en 2019. Son frère, Cristian, journaliste de formation, va une nouvelle fois lui prêter main forte. 


« L'œil.

La fenêtre de l'âme.

Connaît- on vraiment l'œil ?

En conséquence, connaît-on vraiment l'âme ? » L’âme de nos enquêteurs va être mise à mal tant les atrocités vont se multiplier. En effet, la recherche de ce monstre surnommé Urizen va être étoffée par un combat mené par Cris en parallèle : la dénonciation de celui qui a abusé de lui durant sa plus tendre enfance. Connait – on vraiment l’âme des gens ; en qui peut- on avoir réellement confiance ?


« Elle appelait ça "Les Anges déchus". Je ne sais pas à combien de ces soirées Cici s'étaient déjà rendues, mais elle semblait connaître tout le monde là- bas. Il y avait tellement de drogue, tellement de sexe, partout. » Manny et son équipe vont se retrouver à enquêter dans des lieux malsains et dangereux où certains vont laisser des plumes. Mais Urizen fait- il partie de ces pervers ? Et si son sadisme se satisfaisait d’autres travers ?


Au final, un troisième tome aussi qualitatif que les précédents. J’ai repris le fils de l’histoire de l’équipe de Manny comme si je l’avais quittée hier. C’est bien écrit, c’est rythmé, touchant et intelligent. J’en redemande !!!