mercredi 13 mai 2026

L’intruse, Freida McFadden (City éditions, 05/2026)

 



L’intruse, Freida McFadden (City éditions, 05/2026)

💙💙💙💙💙

Enthousiasmée par la lecture de « La Locataire », j’ai eu envie d’enchainer directement avec « L’intruse », qui vient tout juste de sortir en France. Ici nous retrouvons un point de vue féminin avec eux narratrices sur deux temporalités ; Casey, une institutrice qui vient d’être licenciée pour faute grave, et Ella, une collégienne maltraitée par sa mère.

« Un mouvement, devant chez moi.
La peur que j'avais réussi à juguler tout à l'heure, dans la chambre, me rattrape soudain de plein fouet. Du calme... on est au milieu des bois, après tout. »
Casey, à la suite d’un incident professionnel, a choisi de se réfugier dans un chalet perdu au milieu d’une forêt, depuis plusieurs mois. Mais voilà qu’une tempête approche lors d’une nuit tombante, et que la jeune femme esseulée aperçoit du mouvement dans la remise qui jouxte le logement. Qui peut bien s’amuser à la terroriser dans ces conditions ?

« Sans me quitter des yeux, la gosse se met debout, très lentement. Ce faisant, les pans de son manteau s'entrouvrent, me donnant un aperçu de son habillement. J'étouffe un cri.
Elle est couverte de sang. »
Casey va découvrir « l’intruse » ; une collégienne maigrichonne qui semble autant terrorisée qu’elle, en plus de porter des traces de maltraitance et des vêtements pleins de sang. Qu’a-t-il bien pu arriver à cette gamine famélique ?

« - Quand quelqu'un mérite vraiment d'être puni, déclare-t-il, il arrive qu'on doive faire justice soi- même. » L’auteure noue puis dénoue des fils ténus entre des existences qui n’avaient, à la base, aucune raison de se croiser. On s’attache à eux et on ne peut que frémir en découvrant les secrets qui émaillent leur passé et qui entraînent de beaux rebondissements à l’intrigue.

Au final, un roman dévoré en une journée, mais avec quelques petits détails à la limite de l’incohérence qui m’ont chagrinée… Malgré tout, je n’ai pas vu les pages tourner et j’ai aimé les thématiques abordées par l’auteure, comme la maladie de Diogène ou les troubles oppositionnels avec provocation. On sent dans ce roman qu’elle exerce le métier de neurologue et qu’elle se sert habilement de ses connaissances professionnelles pour les mettre au service de la fiction. Un talent qui me fait apprécier Freida McFadden, au fur et à mesure de ses publications.  

lundi 11 mai 2026

La locataire, Freida McFadden (City éditions, 02/2026)


 

La locataire, Freida McFadden (City éditions, 02/2026)

💗💗💗💗💗


Décidemment, je demeure une très bonne cliente des thrillers de Freida ! Encore une fois je me suis laissée emportée par cette lecture, dont le narrateur est, pour une fois, un homme ! Et ce pauvre Blake, je peux vous dire que je ne vais pas l’oublier de sitôt !!!

« Whitney nous tend une main que nous parvenons à serrer sans qu'elle ait de visions d'un bain de sang dans le salon : c'est de bon augure. Cela se passe déjà nettement mieux que tous les entretiens précédents. » Blake vient d’être licencié de manière brutale et injustifiée, alors qu’il vient d’obtenir le poste de ses rêves. Lui qui venait d’acheter une maison, à crédit, à New- York et demander sa fiancée en mariage, se voit contraint de revoir ses projets à la baisse. Pour Blake et Krista, une solution apparaît facilement pour pallier le manque de revenus : mettre en location l’une des chambres de leur maison. Blake et Krista vont recevoir toute une floppée de candidats ; parmi eux, Whitney va se détacher du lot.

« Pourquoi une petite voix dans ma tête insiste-t-elle pour que je me débarrasse de cette fille tout de suite, tant que je le peux encore ? » Whitney, une jeune femme travaillant dans un restaurant, et dont la réputation est impeccable, leur avait semblé être la meilleure candidate, mais très vite, les incidents vont se succéder dès qu’elle va s’installer dans la maison. Mais pour le couple, impossible de se séparer de leur locataire… Leur patience va alors être mise à rude épreuve.

« Quand je veux quelque chose, je ne laisse jamais rien ni personne se mettre en travers de mon chemin. » Au fur et à mesure que les pages se tournent, on découvre la face cachée de personnages tordus et déterminés à atteindre un seul but, nommé vengeance. Mais qui venge qui ?

Au final, un roman qui m’a happée du début à la fin ! Freida McFadden m’a encore une fois menée par le bout du nez et fait hésiter sur l’identité du « vrai méchant » de l’histoire. Et de nouveau, j’ai adoré découvrir la face cachée des divers protagonistes de ce thriller ! Un bon cru !

vendredi 8 mai 2026

Il nous restera ça, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 2023)

 



Il nous restera ça, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 2023)

💙💙💙💙💙

Quand trois âmes en peine esseulées se rencontrent, cela donne une histoire pleine de rebondissements riches en émotions. Jeanne, soixante- quatorze ans, Iris, trente- trois ans, et Théo, dix-huit ans vont confronter leurs blessures durant quelques mois, le temps pour chacun de se reconstruire et de repartir sur de bonnes bases.

« Je crois pas trop à l'amour, mais c'est comme pour Dieu, j'espère qu'un jour on me prouvera que j'ai tort. » Jeanne vient de perdre son mari, l’amour de sa vie ; comment lui survivre ? Iris, elle, fuit un compagnon malveillant, et Théo, tente de trouver goût à la vie alors qu’il vient de sortir du foyer d’accueil dans lequel il a passé une enfance meurtrie. Trois cœurs en détresse.

« J'ai pas beaucoup de rêves, ils en foutent partout quand ils se brisent. » Jeanne pensait son amour éternel ; Iris était persuadée que sa mère l’avait équipée pour toutes les épreuves de la vie, et Théo gardait ses révoltes collées au cœur, pour protéger cet organe déjà si malmené. Trois cœurs sans illusions.

« Même quand il n'y a personne pour le recevoir, on a de l'amour à donner. C'était pas vraiment une famille, mais parfois c'était bien imité. » Une annonce pour une chambre à louer va être le point de départ de la rencontre de nos trois protagonistes. Une colocation qui commencera sur de timides tâtonnements, puis qui évoluera au fur et à mesure que les barrières traumatiques s’écrouleront. Trois cœurs éplorés qui vont s’épauler.

Au final, un roman terriblement émouvant. J’ai eu envie plus d’une fois d’étreindre l’un ou l’autre des personnages. Des thématiques fortes émaillent ce roman ; le deuil, l’emprise et l’abandon, pourtant la plume sensible, tout en étant humoristique, de Virginie Grimaldi, sait rendre ce récit, à la fois profond et léger, tellement agréable à lire. Touchant, émouvant, captivant.

mardi 28 avril 2026

Que la mort nous frôle, Michel Bussi (Presses de la Cité, 04/2026)

 


Que la mort nous frôle, Michel Bussi (Presses de la Cité, 04/2026)

⏳⏳⏳⏳

Cap sur la Suisse, près de Lausanne, aux côtés d’une jeune psychiatre, prénommée Jeanne, qui vient d’être nommée dans un établissement de soins, le manoir des Amarantes. Parmi ses patients, nous trouvons Charly et Té (diminutif de Thérèse), deux adolescents bien déterminés à connaître les véritables raisons de leur présence dans cet établissement, d’autant plus que des pensionnaires viennent de mourir de manière suspicieuse…

« - On ne meurt pas si jeune. Pas en temps de paix. Trois adolescents retrouvés morts, c'est trois de trop. » Le roman s’ouvre sur le décès de Claudine, une métisse de seize ans qui adorait chanter et danser. Charly aimerait comprendre ce qu’il lui est arrivé, d’autant plus que deux autres adolescents ont eux aussi perdu la vie quelques mois plus tôt.

« Le truc fou, ce serait évidemment d'associer les trois temps. Le dépenser sous le contrôle de Chronos, pouvoir l'arrêter sa guise grâce à Kairos, et le faire recommencer grâce à Aiôn. » Le manoir des Amarantes semble avoir sa propre temporalité. Ainsi, le directeur, le docteur Gruber, semble être un personnage qui ne vieillit pas. Comment expliquer qu’il ait l’air plus jeune que sur les tableaux qui le représentent ? Charly le soupçonne de mener des expériences mystérieuses…

« - Et si c'étaient les rêves qui nous interdisaient de vivre ? » Té, ainsi que Jude et Fausto, sont faussement résignés à leur sort. Jude demeure une révolutionnaire dans son cœur, Té, se rêve en acrobate de renom depuis son fauteuil roulant, et Fausto se projetterait bien dans la peau du « Campionnissimo », un champion de cyclisme italien, malgré ses poumons malades. Charly, lui, aimerait travailler dans le cinéma avec Charlie Chaplin. Des rêves si inaccessibles ?

Au final, un roman aux personnages attachants et aux retournements de situation qui offrent d’intéressants rebondissements à l’enquête menée par Charly. Même si j’avais élaboré le schéma final avant qu’il soit révélé ouvertement, j’ai beaucoup aimé la construction de ce récit et la question de société qu’il dévoile in fine

vendredi 24 avril 2026

Il faudrait leur dire, Carène Ponte (Fleuve, 04/2026)


 

Il faudrait leur dire, Carène Ponte (Fleuve, 04/2026)

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Amis quinquagénaires, si vous avez envie de lire un roman émouvant et nostalgique, foncez lire le dernier livre de Carène Ponte ! Vous y retrouverez une bande d’amis attachants, auxquels vous ne pourrez que vous attacher, en plus d’un univers qui, forcément, vous rappellera quelques pans de votre jeunesse !

« Est- ce qu'à un moment il était prévu de nous parler de ce bouleversement interne ? C'est bien beau de nous soûler avec le bac matin, midi et soir pendant trois ans mais il s'agirait aussi de nous expliquer ce qu'on va ressentir ensuite, non ? Comment peut-on se préparer à vivre quelque chose si on ne nous prévient de rien ? » 1995. Florence fait partie d’un groupe d’amis qui vient tout juste de passer le Bac. La période du lycée est souvent liée à une période où les amis tiennent une place primordiale, et on ne s’imagine pas un avenir sans eux. Que vont- ils devenir, une fois le diplôme en poche ? Vont- ils rester en contact ?  

« Certains jours, j'aime le reflet que me renvoie le miroir, et je me dis que j'ai plutôt de la chance. Mais la plupart du temps, j'aimerais ne pas me ressembler. Peut- être qu'alors on arrêterait de penser que je suis bête. J'ai mis un moment à le comprendre mais dans l'esprit des gens, beauté ne rime pas avec intelligence. C'est l'un ou l'autre. » Le personnage de Julie m’a particulièrement touchée, ainsi que celui d’Anthony, son amoureux du lycée. Le regard que les autres portent sur soi lorsqu’on sort de l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte nous constituent tant….

« Nos vies n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient, pourtant les vieilles habitudes sont vite de retour. Chacun a retrouvé sa place et la soirée a filé à la vitesse de l'éclair. » Inspirés par la chanson de Patrick Bruel, nos amis vont de donner rendez- vous tous les cinq ans. L’occasion, à chaque fois, de faire le bilan de sa vie pour chacun, mais aussi le point sur les relations intrinsèques à la bande, qui vont forcément, elles aussi, évoluer.

Au final, une histoire tendre, qui m’a fait sourire mais qui m’a aussi beaucoup émue. J’ai pu m’identifier tour à tour à chacun des personnages, et donc vécu aussi bien leurs tourments que leurs moments de joie. Carène Ponte signe là son 19ème roman ; j’ai déjà hâte de lire le prochain !

mercredi 22 avril 2026

Violette, Régine Trigo (Hugo Stern, 01/2025)

 


Violette, Régine Trigo (Hugo Stern, 01/2025)

💜💜💜💜

Vous cherchez un roman « doudou », (ou « bonbon », comme j’ai pu l’entendre récemment) ? Arrêtez- vous sur « Violette » de Régine Trigo. Un livre encore confidentiel, que j’ai moi- même découvert lors d’une soirée littéraire chez ma bouquiniste préférée. L’une des participantes en avait parlé avec chaleur et j’ai été ravie de le retrouver quelques temps plus tard dans les rayonnages de la boutique.

« Je suis sale, je ne donne ni envie ni de près ni de loin, il suffirait d'un peu d'imagination pour me transformer en un petit nid douillet. Je l'ai été, en 1659, alors l'histoire, je la connais, même si j'ai la mémoire qui flanche. Je me souviens très bien de ma construction. » Le roman s’ouvre avec le point de vue de Violette, nom donné à une <maison jadis emplie d’amour, d’épisodes historiques et familiaux, heureux ou malheureux, désormais abandonnée en plein milieu de la campagne, quelque part dans le sud- ouest.

« Je me sens sale, j'ai froid. Sous la douche, je chiale comme un gamin. On ne m'a pas appris ça, la douleur. Jamais connu cette souffrance. Je me tape la tête sur le carrelage : c'est un mauvais film. Quel est l'abruti qui a écrit le scénario ? » Paul Pradal est un jeune scénariste prometteur qui a réussi à intégrer la jet- set du milieu du cinéma français. Mais voilà qu’un drame passionnel va le mettre plus bas que terre. Revenu chez ses parents, il va sombrer dans une dépression profonde. Comment se sortir de cet état ?  

« Nous ne nous sommes pas parlé, mais nous nous sommes compris.
Il est là pour moi et je suis là pour lui. »
La famille de Paul va lui proposer d’aller investir la demeure familiale désertée depuis des années ; la Violette. Deux âmes cabossées, l’une sensible et l’autre personnifiée, mais deux esprits sensibles qui vont s’épauler pour se reconstruire mutuellement.

Au final, une histoire qui m’a énormément touchée. Je suis persuadée que les lieux ont une âme et ce roman l’atteste avec talent. Les mots de Régine Trigo sont justes et les émotions qu’ils transmettent sauront toucher tous les lecteurs qui s’aventureront sur ce récit de double renaissance. Un seul regret : que ce livre soit si court !


mardi 21 avril 2026

En attendant le déluge, Dolores Redondo (Folio policier, 03/2026)

 



En attendant le déluge, Dolores Redondo (Folio policier, 03/2026)

💙💙

Cap sur Bilbao, aux côtés de Noah Scott Sherrington, policier écossais, qui traque Bible John, un tueur en série, depuis une quinzaine d’années. Alors qu’il est à deux doigts de serrer l’assassin, il va s’écrouler, victime d’une crise cardiaque…

« J'ai travaillé trente- neuf ans à ce roman. Je sais que je l'ai ébauché ce jour- là, dans le train. Aujourd'hui, je retourne à Bilbao pour terminer cette histoire qui, vous le verrez, n'est ni un traité d'histoire ni un guide des rues de la ville. » L’auteure avoue, dans un « à propos », avoir un lien particulier avec cette histoire, car elle est liée à sa propre expérience. J’ai aimé cet aveu, cette sincérité et l’évocation de la chanson « Wouldn’t it be good » de Nik Kershaw, que j’avais adorée moi- même à l’adolescence.

« Tout le danger était là, considérait-il, dans la solution de facilité qui consistait à décréter sa mort parce qu'ils ignoraient tout de lui. » Bible John a été délaissé des enquêteurs. On pense qu’il est mort. Hypothèse facilitante pour la Police… Mais Noah va malgré tout retrouver la trace de ce tueur dérangé et tout mettre en place pour le retrouver et enfin, avoir l’espoir de l’arrêter. Mais alors qu’il est prêt à lui enfiler les menottes, voilà que son cœur vacille : c’est la crise cardiaque.

Au final, un roman qui m’a emportée dans les cent premières pages, puis qui m’a profondément ennuyée… Dès que Noah prend le bateau pour Bilbao, les descriptions, que ce soit du paysage ou de la société, s’accumulent. Le rythme des actions de l’enquêteur ralentit et mon intérêt a suivi cette courbe. Dommage car l’histoire était bien partie et je la trouvais bien écrite, mais quand je lis un policier, c’est pour être un peu bousculée, et là, ça n’a pas été le cas…

jeudi 16 avril 2026

The Guilty mother, Diane Jeffrey (Points, 06/2025)

 


The Guilty mother, Diane Jeffrey (Points, 06/2025)

💩

Abandonné au bout de 160 pages; trop d'invraisemblances et de défauts littéraires (ou de traduction ?). La phrase "Je me réjouis pour elle, et en même temps, égoïstement, je ressens une tristesse égoïste" a sonné le glas de cette lecture pour moi.
C'est dommage, l'intrigue de départ était alléchante; cette femme accusée de double meurtre sur ses filles jumelles alors âgées de quelques mois, et de manière successive avait tout pour m'intéresser. Mais les imbroglios entre les personnages (les prénoms Mel et Melissa prêtent vraiment à confusion dès le début), ainsi que les allers - retours incessants entre plusieurs temporalités et plusieurs points de vue m'ont particulièrement agacée.

samedi 11 avril 2026

Des filles comme il faut, Nadia Daam (L'Iconoclaste, 04/2026)

 



Des filles comme il faut, Nadia Daam (L'Iconoclaste, 04/2026)

💓💓💓💓💓

Je ne connaissais pas Nadia Daam avant son invitation dans le magazine télévisé « La Grande librairie » il y a peu. J’ai beaucoup aimé son aplomb face à des écrivains sûrs d’eux, d’autant plus qu’ils sont connus. J’ai aussi été attirée par la pertinence des propos qu’elle tenait sur le regard que porte la société actuelle sur les femmes.

« Pour qu'une "femme" disparaisse et que cela étonne franchement, puis préoccupe tout à fait, il faut qu'elle appartienne à une catégorie bien précise, avec un indispensable prérequis: que cette femme soit attendue quelque part et qu'on ne sache pas faire sans elle.» Blanche a trente ans, et le mal de vivre accroché à ses bottes. Après un accouchement traumatique, elle a perdu son emploi, mais surtout, toute estime d’elle- même. Le hasard va mettre sur sa route une ancienne camarade de classe de l’école de journalisme, qui va lui proposer de prendre les rênes d’un nouveau podcast dédié aux disparitions volontaires  

« Contrairement à ce qu'on croit, les alcooliques ne sont ni inconséquents ni désordonnés. C'est tout l'inverse. Réussir à n'être jamais empêché de boire de manière effrénée, discrète et surtout efficace, cela exige la plus grande rigueur. Rond comme une queue de pelle, sérieux comme un pape. » Blanche a peu à peu sombré dans l’alcool, suite à ses déboires professionnels. Au point de se mettre sa famille et ses amis à dos. Seul son mari prend cette déviance en rigolant. Mais peut- on être une compagne et une épouse « de confiance » quand on boit chaque soir jusqu’au coma éthylique ?

« Un homme plaque tout => on se demande POURQUOI il a fait ça.
Une femme plaque tout => on se demande COMMENT elle a pu faire ça. »
Le lecteur suit Blanche, au gré de ses déboires professionnels, puis familiaux. Ses recherches portées sur la disparition de Mme Blom, sa professeure de français au lycée, vont lui permettre, en parallèle, de se questionner davantage sur la complexité des choix que peut prendre une femme sans risquer d’être mal jugée.

Au final, un roman tout à fait ancré dans la société actuelle, servi par une écriture journalistique bien documentée, et un ton sarcastique qui fait souvent sourire. Blanche, qu’on devine un double fidèle de l’auteure, prouve qu’il y a encore des efforts à faire pour faire évoluer les mœurs, et qu’il ne s’agit pas seulement de mieux éduquer les garçons, mais de changer quelques fondements majeurs dans valeurs que l’on est censé partager de manière égalitaire.    

lundi 6 avril 2026

Je sais pas, Barbara Abel (éditions Pocket, 2016)

 


Je sais pas, Barbara Abel (éditions Pocket, 2016)

💙💙💙💙💙

C’est l’adaptation de ce thriller en série qui m’a donné envie de le lire. D’autant plus que Babelio organise une rencontre en visio- conférence avec l’auteure et les acteurs de ladite série la semaine prochaine. J’avoue avoir hâte de regarder cette dernière, pour voir comment certains éléments ont été adaptés pour être filmés.

« Etienne l'appelle "Papillon". Il aime les couleurs vives qui l'habillent, il rit de cette manière qu'elle a de passer d'un sujet à l'autre, comme un papillon folâtre de fleur en fleur. Il se plaît aussi à prétendre qu'il l'a transformée en papillon, elle qui n'était qu'une chenille tendre et pataude avant de le rencontrer. » Camille, trentenaire, a entamé une liaison avec un homme qui lui porte une attention manifeste, qui la magnifie, alors qu’elle s’ennuie dans un quotidien devenu routinier et frustrant avec un mari, professeur d’université, particulièrement hautain. Leur relation est d’autant plus émoustillante qu’elle demeure secrète.

« Elle possède un don tout à fait insensé pour ergoter, chicaner, grogner, protester, pester, râler, et surtout, surtout, ne jamais lâcher l'affaire. Du haut de ses cinq ans, cette gamine peut être une vraie plaie. » Mais voilà, Emma, cinq ans, fille de Camille, disparaît à l’occasion d’une sortie scolaire dans une ferme pédagogique. Les enseignants décrivent une petite fille difficile à apprivoiser… Un portrait confirmé par la maman. Mais celle- ci ne peut pas totalement se confier aux policiers, étant donné le secret qu’elle tient à cacher…

« Qu'importe l'âge de nos enfants, le monde s'écroule autour de nous lorsqu'il leur arrive quelque chose. » L’institutrice en charge d’Emma a elle aussi disparu dans la forêt. Son père va se démener pour qu’elle aussi soit retrouvée, quitte à faire éclater une vérité que d’aucuns préfèreraient ignorer.

Au final, un thriller vraiment épatant tant la tension demeure permanente du début à la fin de l’histoire. On frémit avec Camille, qui vit un terrible dilemme, et on s’agace des réactions des autres personnages. La plume de Barbara Abel est décidemment très addictive ; j’en redemande !

vendredi 3 avril 2026

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2013)

 



La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2013)

💘💘💘💘💘

Je poursuis ma lecture des livres d’Amélie Nothomb déjà publiés pas encore lus et avec celui- ci, la boucle est bouclée !!!! Il faudra que j’attende le mois d’août pour lire de nouveau cette auteure belge talentueuse et prolifique !

« Tout ce que l'on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l'âge de cinq ans, quand on m'en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais- je dire du pays que j'avais cru connaître et qui, au fil des années, s'éloignait de mon corps et de ma tête ? » Les romans d’Amélie Nothomb évoquent toujours, même de loin, le Japon, ce pays de l’enfance qui l’a tant rassurée, puis enchantée ; au point d’espérer y faire sa vie, une fois arrivée à l’âge adulte. Cet épisode, relaté dans Stupeur et tremblements explique cet échec et l’amertume qui en a suivi.

« Jusqu'à présent, mon idylle avec le Japon a été parfaite. Elle comporte les ingrédients indispensables aux amours mythiques ; rencontre éblouie lors de la petite enfance, arrachement, deuil, nostalgie, nouvelle rencontre à l'âge de vingt ans, intrigue, liaison passionnée, découvertes, péripéties, ambiguïtés, alliance, fuite, pardon, séquelles. » Ce récit autobiographique suit le déroulé du film documentaire, « Une vie entre deux eaux », qui lui a été consacré en 2012 et qui avait pour objectif d’emmener l’auteure sur les lieux les plus emblématiques pour elle au Japon. Un regard sur elle- même et sur son parcours qui nourrit ce livre de beaucoup d’émotions palpables.

« Si le temps mesure quelque chose chez un être humain, ce sont les blessures. » Amélie va se rendre compte que ses souvenirs sont quelque peu biaisés ; et rentrer en Belgique avec le cœur retourné.

Au final, un récit touchant, qui exprime bien plus de sentiments et d’émotions intimes que ce que j’ai pu lire dans ses autres romans. L’auteure se révèle fragile, extrêmement touchante dans ses tâtonnements pour retrouver le Japon d’antan. Je ressors de cette lecture avec l’envie d’aller me promener sur les pas d’Amélie, d’autant plus que les cerisiers vont bientôt fleurir ! 

L’été d’avant, Lisa Gardner (Le Livre de Poche, 2025)

 


L’été d’avant, Lisa Gardner (Le Livre de Poche, 2025)

💛💛💛💛

Lisa Gardner est une auteure que j’ai peu lue et j’ai très envie de rattraper mon retard dans ses publications durant ces prochaines années. Voici ici ce premier tome d’une nouvelle saga, aux côtés d’une enquêtrice qui sort de l’ordinaire ; ni flic ni détective privée, cette ancienne alcoolique s’est donnée pour mission personnelle de retrouver les personnes disparues que plus personne ne recherche.

« Je ne suis pas de la police.
Je ne suis pas détective privée.
Je n'ai ni compétence ni formation particulière.
Je suis juste moi. Une femme quelconque, blanche, la quarantaine, qui traîne derrière elle plus de regrets que de bagages, plus de souvenirs tristes que de souvenirs heureux. »
Frankie Elkin débarque un beau matin à Mattapan, un quartier noir de Boston gangréné par les trafics en tous genres. Elle est là pour une seule raison : retrouver Angélique, quinze ans, issue de la communauté haïtienne, disparue depuis presque un an.

« J'ai assisté à mes quatre- vingt- dix réunions en quatre- vingt- dix jours. Je me suis choisi un parrain. Puis un autre. J'ai décrété que la méthode n'était pas pour moi. Eu peur que l'abstinence ne soit pas pour moi. Avant de comprendre avec un tranquille désespoir que c'était surtout le fait d'être moi qui n'était pas pour moi. » Frankie lutte toujours contre son addiction. La fréquentation des réunions quotidiennes des Alcooliques Anonymes lui permet de tenir le cap, d’autant plus qu’elle a réussi à se faire embaucher en tant que serveuse dans un bar. Deux lieux où dénicher des indices et où les langues ont tendance à se délier… mais où il faut savoir raison garder.

« "Ce n'est pas parce que vous ne vous êtes jamais fait pincer que vous êtes forcément innocente.
- Et ce n'est pas parce que vous vous méfiez de moi que je suis forcément coupable."
 » L’enquête informelle de Frankie va titiller l’inspecteur jadis chargé de l’affaire, Dan Lotham. Nos deux protagonistes vont mesurer leurs compétences respectives avant de s’allier pour découvrir la vérité.

Au final, une histoire vraiment intéressante au niveau sociologique et bien menée grâce à une intrigue finement ciselée. L’enquêtrice principale est vraiment attachante dans ce premier tome qui nous permet de connaître son passé et les raisons de ses recherches. Je lirai les suivants avec plaisir.

samedi 28 mars 2026

Les Malveillants, Sandrine Destombes (XO éditions, 10/2025)


 

Les Malveillants, Sandrine Destombes (XO éditions, 10/2025)

💚💚💚💚💚

Cap sur les Cévennes, où la pluviométrie a atteint un niveau exceptionnel et entraîné de nombreux accidents et effondrements de terrain. C’est dans ce cadre qu’apparaît le corps d’une jeune fille gravement blessée qui, étonnement, ressemble énormément à une adolescente disparue huit ans plus tôt.

« On vient de déterrer une jeune fille. Elle était ensevelie sous les pierres et une tonne de boue. Son corps a été découvert grâce à la DDE qui a déblayé la voie. Elle est dans un sale état. Pas sûr qu'elle s'en sorte. » Domitille Fourest, capitaine de la brigade de Nîmes apprend cette triste nouvelle alors que son véhicule est détourné pour cause d’éboulement sur la chaussée. Elle- même se rend avec son équipe au domicile d’une sexagénaire sauvagement assassinée. Que se passe-t-il dans le Gard ?

« C'est là que tout semble contradictoire. Un acte barbare qui relève du sadisme ou d'une haine plus personnelle. Malgré cela, un respect de la nudité. Une marque de compassion à l'égard de la victime comme si on avait voulu lui laisser un peu de dignité. » Karine Alban est retrouvée massacrée, la tête enserrée dans un sac Lidl. Ce mode opératoire va amener notre capitaine et son équipe sur une série de meurtres abominables. Mais quel est le lien entre ces personnes appartenant à des milieux vraiment opposés ?

« Il était rare que Gab Zeller se retrouve au chevet d'une victime. Son rôle consistait en majeure partie à reprendre de vieilles affaires, des crimes non élucidés. Les examens s'opéraient généralement en salle d'autopsie. » Gabriel Zeller enquête pour la Diane (Division des Affaires Non Elucidées) et la réapparition de la jeune Océane Doucet, huit ans après sa disparition, fait qu’il est de nouveau mobilisé sur l’affaire. La jeune femme étant dans le coma, il va devoir s’associer à l’équipe de la BR de Nîmes pour éclaircir les divers points d’ombre qui empêchent nos gendarmes d’avancer dans leurs missions respectives.

Au final, une enquête rondement menée par des personnages attachants (j’aimerais bien retrouver le duo Fourest- Zeller !). L’auteure est très habile à fournir des chapitres courts qui se terminent par une chute captivante, empêchant le lecteur de poser le livre. Bluffant !

dimanche 22 mars 2026

La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)

 



La nuit au cœur, Nathacha Appanah (Gallimard, 08/2025)

💛💛💛

J’ai lu ce roman dans le cadre du mouvement #marsaufeminin qui invite à lire le roman d’une auteure engagée. Nathacha Appanah dénonce ici les violences faites aux femmes au prisme de sa propre expérience, ayant été sous l’emprise d’un homme pervers de ses dix- sept à vingt- cinq ans.

« Le temps que ça dure, une minute ou cinq ou dix, ça n'a pas beaucoup d'importance. Ce qui compte, c'est le frottement étouffé de leurs corps qui luttent et, plusieurs fois, le bruit sec d'une claque, le son creux d'une tête qui heurte le mur. » Comment raconter les violences conjugales sans faire de voyeurisme ? En 2024, 1238 femmes ont été victimes de, ou de tentatives de féminicide en France au sein de leur couple. L’auteure s’est emparée de ces données scandaleuses pour mener une enquête sociale. 

« De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt- cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui.
Cette femme, c'est moi. »
Chahinez Daoud et Emma, la cousine de l’auteure, sont mortes sous les coups de leur mari. Nathacha Appanah remonte le fils de leur histoire pour tenter de comprendre comment la violence naît et s’épanouit au sein d’un couple qui s’est pourtant formé sur la base d’un amour sincère. Elle raconte son propre parcours de jeune fille amoureuse d’un homme charismatique au départ, qui va ensuite devenir un monstre.

« Une personne ne meurt véritablement qu'à partir du moment où personne n'évoque plus son souvenir, ne dit plus son nom. » Outre son envie de partager ses interrogations, ses propositions d’explications, Nathacha Appanah souhaite que l’on n’oublie pas les victimes de violences conjugales, que l’on pense encore et toujours à ces femmes, pour pouvoir protéger celles qui seraient susceptibles, un jour, de devoir s’enfuir pour survivre.

Au final, un récit – témoignage glaçant par son appartenance à une réalité contemporaine affligeante. Nathacha Appanah utilise les mots pour tenter d’expliquer l’indicible. Le livre est très bien écrit, mais j’ai eu l’impression que le questionnement de base n’était pas assez poussé par rapport au parcours de ces hommes violents ; pourquoi en arrivent-ils à tuer celle qu’ils aiment ? Que se passe-t-il dans leur psychisme quand ils passent à l’acte ? Peut- être que ce sera l’objet d’un autre livre, mais personnellement je suis restée sur ma faim. 

dimanche 15 mars 2026

La colline, Mathilde Beaussault (Seuil, 03/2026)




La colline, Mathilde Beaussault (Seuil, 03/2026)

💘💘💘💘💘

J’avais beaucoup aimé « Les saules », le premier roman de Mathilde Beaussault, paru l'année dernière alors j’ai été ravie de lire son deuxième aussi rapidement. Et quelle claque !!! Ce roman noir choral est incroyable, tant il passe de situations paisibles emplies d’amour à la campagne, à une ambiance violente et glauque au sein d’une famille vivant en barre H.L.M. à Rennes.

« Dans son ventre tendu, l'enfant s'amusait à faire de la place en donnant des coups. Il était à la fête. Il ne savait pas qu'il ne devait pas se réjouir. Que, dans la vie de Monroe, les drames s'enfilaient comme des perles à gros trous. » Le roman s’ouvre sur une scène dérangeante ; une jeune fille de dix- sept ans, Monroe, accouche seule, dans sa chambre d’enfant, la porte fermée à clé de l’extérieur. La suite du récit va alterner entre les moments immédiats qui vont suivre l’accouchement, et les huit mois qui l’ont précédé, alors que Monroe est envoyé chez sa grand- mère, Madeleine, qui vit dans une maison isolée au milieu de la campagne bretonne.

« On ne connaît pas les hommes dans la famille. Ils passent, font des enfants et les laissent pousser tout seuls comme le liseron. » Dans la famille Brunet, les hommes ne restent pas. Le seul qui apparaîtra dans l’histoire est Sébastien, vingt ans, irascible, sournois et violent. L’auteure en brosse un portrait psychologique épatant, au point qu’en tant que lecteur, on ne peut que le haïr, voire même le craindre.

« Quand on y pense, c’est un peu à ça que ressemble la vie. Des larmes et des sourires, et chacun en garde ce qu’il peut. » Heureusement, le destin mettra Edouard et Jacques sur le chemin de Monroe. De vieux messieurs qui ont eu leur lot de drames, mais qui apporteront un peu de douceur dans l’univers noir et glauque qui a vu grandir Monroe.

Au final, un roman captivant. Les chapitres sont courts et alternent avec les dépositions des divers protagonistes du roman. Le contexte sociologique est tellement précis que l’on pourrait croire à une histoire vraie. Les personnages sont nombreux mais chacun d’entre eux joue un rôle primordial dans l’avancée de l’enquête et on ne peut que s’attacher à certains d’entre eux, Monroe restant, elle, en retrait de l’intrigue. Epatant, mais glaçant !

samedi 14 mars 2026

Le Crime du comte Neville, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2015)

 


Le Crime du comte Neville, Amélie Nothomb (Albin Michel, 2015)

💙💙💙💙

Cap sur la Belgique, au cœur d’une famille loufoque de châtelains à deux doigts de devoir vendre leur précieux manoir. Alors que leur benjamine, prénommée Sérieuse, est retrouvée en pleine nuit au milieu d’une forêt par une voyante, voici que celle- ci va faire une prédiction au comte Neville : lors de la dernière soirée qu’il compte organiser, il assassinera l’un de ses invités.

« Le premier dimanche d'octobre aurait lieu la fameuse garden- party annuelle de château de Pluvier. C'était l'événement mondain de cette région reculée des Ardennes belges. Il ne fallait pas songer à l'annuler. Neville était terrifié à l'idée qu'il allait y tuer l'un de ses invités. Cela ne se faisait pas. » Notre comte, obnubilé par les apparences, parce qu’il a été élevé ainsi, tient à ce que cette réception, la dernière qu’il puisse organiser avant la vente de la propriété, soit une réussite mémorable. Un assassinat viendrait tout gâcher.

« Jusqu'à ses dix- huit ans, il n'avait jamais mangé d'œufs, de poisson ou de jambon que sur des canapés, une fois par mois. Ces aliments lui semblaient pharaoniques, il en rêvait la nuit. » Comme toujours chez Amélie, la nourriture, ou devrais- je dire les habitudes alimentaires excentriques ont une place prédominante dans l’œuvre. Ici être chiche est l’apanage de la bourgeoisie, mais visiblement, cette parcimonie ne rend pas les Neville heureux (ni plus riches).

« Tuer un invité dans un instant de colère, cela sent sa classe, c'est chic. Préméditer l'assassinat d'un invité, c'est prouver, avec la dernière grossièreté, que l'on ignore l'art de recevoir. » L’auteure a le chic pour trouver des formules qui choquent et font sourire en même temps. Neville est autorisé à tuer, mais pas à préparer son crime !

Au final, un roman très agréable à lire car la trame narrative se tient sur une temporalité limitée et les actions s’enchainent sans les pauses de digression habituelles chez Amélie Nothomb. Le récit ronronne et peut sembler lancinant, jusqu’à l’approche du dénouement et alors là, éclate une fin inattendue et flamboyante ! Un très bon cru ! Une très bonne fable !  

dimanche 8 mars 2026

L’annonce, Marie- Hélène Lafon (Le livre de poche, 01/ 2026)

 



L’annonce, Marie- Hélène Lafon (Le livre de poche, 01/ 2026)

💛💛💛💛

C’est la couverture de ce roman sorti en poche qui m’a attirée, avec toutes ses couleurs chatoyantes. Et puis Marie- Hélène Lafon venait de passer à « La Grande librairie » pour présenter son dernier livre, et j’avais eu très envie de la relire. Cap sur le Cantal pour un huis clos paysan servant de décor à une étonnante histoire romanesque.

« Aussi la muette stupeur des oncles n'eut- elle d'égale que celle de Nicole lorsque, à quarante- six ans, révolus, il annonça en trois phrases, après le café, le premier dimanche d'avril, très exactement le dimanche des Rameaux Nicole s'en souvenait, qu'il ferait pendant le printemps quelques travaux d'aménagement à l'étage où, fin juin, viendraient vivre avec lui Annette, une femme de trente- sept ans originaire de Bailleul dans le Nord, et son fils de onze ans, Eric, qui entrerait en septembre au collège de Condat en sixième. » Paul, quarante- six ans, est paysan à Fridières. Pour ne pas finir vieux garçon, il passe une annonce matrimoniale dans le magazine « Le Chasseur français ». Annette, une trentenaire originaire du Nord va y répondre. Au grand étonnement de sa sœur, Nicole, jusqu’à ce jour la seule femme de la maisonnée.    

« Annette s'énamourait, s'éprenait, au vif, de garçons toujours mal lotis, en fâcheuse posture. Elle n'aimait que les sans- viatique, les blessés de naissance, les affamés à vie, les recrues de la DASS placées dans des familles ou en foyer, des garçons dont on savait le père ou le frère aîné en prison à l'autre bout de la France. » Grâce à un récit navigant entre plusieurs temporalités, nous remontons le fil de chaque histoire personnelle. Une construction habile qui permet de comprendre les choix de vie de nos deux principaux protagonistes. Le parcours d’Annette est émouvant.

« Ces mains seraient sur elle, posées, chaudes, appuyées ; ces mains avaient manqué, s'étaient ouvertes sur le vide, avaient attendu, et savaient vouloir. » L’auteure nous balade dans une ruralité besogneuse et taiseuse. Le quotidien y est âpre, contraignant, harassant. Et pourtant, il est question ici d’une histoire d’amour.

Au final, un roman étouffant qui place son lecteur entre deux vaches de Salers, dans la moiteur de l’étable, pour mieux observer la vie de cette famille de paysans qui se voit imposer une femme et son fils venus d’un autre bout de France. L’écriture est dense, entre phrases de plusieurs lignes et parcimonie de ponctuation. Marie- Hélène Lafon maîtrise l’art de l’écriture de terroir, et elle sait nous le faire aimer. 

Le Fantôme de Canterville, d'après l'œuvre d'Oscar Wilde (Belin Déclic, 2025)

 


Le Fantôme de Canterville, d'après l'œuvre d'Oscar Wilde (Belin Déclic, 2025)

💜💜💜

J’ai donné à lire cette adaptation du roman d’Oscar Wilde en bande dessinée à mes élèves de 6e. Une bonne idée que ces adaptations qui permettent d’élargir les connaissances littéraires des collégiens.

« Je viens d’un pays moderne où nous avons tout ce que l’argent peut acheter. S’il existait un fantôme en Europe, nous l’annexerions à bref délai pour le montrer au public dans un de nos musées. » M. Hiram Otis est un ministre américain venant vivre en Angleterre. Il jette son dévolu sur le château de Canterville. Qu’il soit hanté ne pose aucun problème à la famille Otis…

« Ces générations modernes…. Quelle humiliation. » Voilà que le fantôme de Sir Simon de Cantervile qui hante le château depuis 1575 n’effraie plus personne. Au bord du désespoir, il tente à tout prix de se faire remarquer. Mais la lassitude le guette…

Au final, une bande dessinée bien sympathique, facile à lire et habilement illustrée. Mais le tout manque un peu de consistance à mon avis, et risque d’être rapidement oublié. C’est dommage. 

La rivière à l’envers, tome 1 – Tomek, d'après l'oeuvre de Jean- Claude Mourlevat (Déclic, Belin, 2023)

 



La rivière à l’envers, tome 1 – Tomek, d'après l'oeuvre de Jean- Claude Mourlevat (Déclic, Belin, 2023)

💙💙💙💙💙

J’ai donné à lire cette adaptation en BD du roman de Mourlevat à mes élèves de 5e. L’occasion pour moi de me replonger dans cette histoire que j’avais beaucoup aimée en version roman.

 « Ainsi vous avez tout dans votre magasin ? Vraiment tout ? Alors vous aurez peut- être... de l'eau de la rivière Qjar ? » Le jour où Hannah va entrer dans l’épicerie du jeune Tomek, la vie de celui- ci va être littéralement chamboulée. Amoureux et d’esprit aventurier, l’adolescent va partir à la recherche de la jeune bohémienne et se lancer dans la recherche de cette fameuse rivière qui coule à l’envers, et dont l’eau permet de devenir immortel. Mais pour cela, il va falloir contrer bien des dangers…

Au final, une bande dessinée particulièrement réussie, qui donne vie à toutes une galerie de personnages hauts en couleur et qui retranscrit bien le message optimiste de l’auteur. La quête initiatique menée par le héros en fait un homme respectueux des êtres qui l’entourent et lui permettra  de ne plus craindre le temps qui passe. Très beau.


samedi 7 mars 2026

Le sang du bourreau, Danielle Thiéry (J'ai lu, 1996)

 



Le sang du bourreau, Danielle Thiéry (J'ai lu, 1996)

💓💓💓💓

Danielle Thiéry est la première femme française à avoir obtenu le poste de commissaire divisionnaire (en 1991). Un grade jusque là réservé aux hommes. En parallèle de sa carrière, elle a manié la plume avec talent, avec une cinquantaine de romans policiers pour les petits et les grands publiés à ce jour. Son prochain livre sortira la semaine prochaine, le moment opportun pour sortir celui que j’avais dans ma P.A.L. ; le premier tome des enquêtes de la commissaire Edwige Marion.

« - Rien, on fait rien. Laisse tomber ! Bellechasse, c'est le Jules de Marion, alors silence ! On attend.
- Et s'il en tue une autre ?
- Oh là ! On se calme ! Tu l'as vu avec Nicole Privat, du moins, tu le crois, mais ça ne veut pas dire que c'est lui qui l'a fumée. »
Une femme vient d’être retrouvée cruellement mutilée. La P.J. est sur les dents. L’équipe du commissaire Marion est inquiète : la victime a été vue avec le petit ami de la chef. Que faire ? Comment le lui dire ?

« Les flics de la PJ se croyaient tellement malins... La commissaire Marion encore plus que les autres. Celle- là, il ne l'aimait pas. Trop futée. » La double narration nous permet d’entrer dans l’esprit particulièrement perturbé du tueur en série. Troublant. Percutant.

« - Tu vois, pendant qu'on est là tranquillement tous les deux, il y a dans la ville un détraqué qui est peut- être en train de tuer une troisième bonne femme. Une saloperie de cinglé ou de pervers qui les torture pour les entendre gueuler et sans doute prendre son pied. Il est quelque part par là, pas loin de nous si ça se trouve, en train de faire joujou avec son scalpel... » L’enquête piétine alors que les cadavres s’accumulent. Les hommes de Marion ne savent plus où donner de la tête. La commissaire elle- même va explorer toutes les pistes ; quitte à se mettre en danger.

Au final, un roman policier dynamique qui mène son lecteur par le bout du nez. On sent l’expertise professionnelle de l’auteure, qui s’est inspirée de son quotidien pour dresser un cadre relationnel entre les divers protagonistes de la P.J. vraiment crédible. J’ai beaucoup aimé le fait qu’un proche de l’enquêtrice soit immédiatement soupçonné ; cela a donné une tension particulière à toute l’enquête. La résolution est captivante. J’ai très envie de retrouver Edwige Marion sur une autre enquête. 

jeudi 5 mars 2026

Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot (Flammarion, 02/2026)

 



Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot (Flammarion, 02/2026)

💞💞💞💞💞

J’ai eu envie de lire ce témoignage de Gisèle Pelicot à la suite de son passage dans l’émission « La Grande librairie », et notamment parce qu’il a été rédigé avec la journaliste Judith Perrignon, dont j’apprécie la retenue. Pas par goût de voyeurisme (il n’y en a pas ici), mais pour trouver la réponse à la question qui m’a taraudée durant toute cette affaire, fortement médiatisée ; comment cette femme a-t-elle pu avoir été agressée si longtemps sans s’en apercevoir ?

« Il m'a demandé si je pensais connaître mon époux au point qu'il ne puisse rien me cacher.
J'ai dit oui.
- Je vais vous montrer des photos et des vidéos qui ne vont pas vous plaire. »
Le monde de Gisèle Pelicot s’effondre brutalement, violemment, le 2 novembre 2020, lorsqu’elle est convoquée au commissariat de Carpentras. Elle va y découvrir que l’homme qu’elle avait épousé cinquante ans plus tôt, et en qui elle avait placé son entière confiance, l’a droguée, violée et fait violer durant dix années.

« J'ai connu dix ans d'errance médicale. De prélèvements. D'échographies. De cures d'ovules. D'examens neurologiques. Dix ans face à des médecins qui me regardaient, l'air de dire qu'à mon âge, une femme n'a plus grand chose à attendre, qu'elle devrait juste se détendre et laisser le temps poursuivre son œuvre de démolition. » Les passages liés à l’expertise médicale m’ont effarée, écœurée…. Comment peut- on dire à une femme abusée régulièrement, violemment, que si elle a souvent des trous de mémoire ou si elle s’inquiète de réactions corporelles inhabituelles, c’est simplement parce qu’elle vieillit ?!! Nos médecins devraient revoir leur copie d’écoute et d’empathie ! Ou est le professionnalisme, la confiance, que l’on est censé placer en eux ?

« "Quel ressort de personnalité permet à quelqu'un qui dit aimer son épouse de lui infliger ces scènes, d'assister à sa déchéance, de la mettre en danger ? Comment faire cohabiter cette contradiction vertigineuse ?" » Si Gisèle Pelicot a décidé d’écarter un procès à huis clos pour le rendre public, ce n’est pas par naïveté. C’est pour trouver du soutien face à cinquante hommes qui osent rouler des mécaniques au tribunal, qui osent, malgré ce qu’ils ont fait, espérer impressionner et faire plier celle qu’ils ont prise pour une « femme- objet ». Et en premier lieu, son mari, qui avait si bien joué durant des années l’époux dévoué et attentionné…

Au final, un récit qui a répondu à mes interrogations, et bien plus encore, qui m’a ouvert les yeux sur les défaillances de notre société dès lors qu’il s’agit du corps d’une femme. Gisèle Pelicot a fait preuve d’un courage incommensurable, entre les révélations qui ont fait éclater sa famille, un procès éprouvant et l’envie, malgré tout, de continuer à vivre et d’aimer. Merci Gisèle ; vous êtes une grande dame.

mercredi 4 mars 2026

La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac (Fleuve noir, 01/2022)

 


La petite ritournelle de l’horreur, Cécile Cabanac (Fleuve noir, 01/2022)

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Encore une pépite dénichée chez ma bouquiniste préférée (elle lit mes chroniques ; elle se reconnaîtra !) ! Une enquête qui démarre sur la découverte de trois corps d’adolescents emmurés dans une maison en reconstruction. Sur un fond sociétal problématique, l’auteure met en scène deux policiers attachants en prise avec des humains qui ont perdu leur humanité au profit de la monstruosité.

« Puis, soudain, une odeur nauséabonde se répandit dans la pièce, comme une bête menaçante. La frayeur le mordit si fort qu'il se mit à reculer. Ses yeux exorbités fixaient la cavité qui, telle une gueule béante, laissait entrevoir l'étoffe sur laquelle il pouvait à présent distinguer le visage sérigraphié d'une idole d'adolescentes. » Pio Achenza a fait une affaire ; il a acheté une maison de campagne pour un prix modique. Celle- ci nécessite quelques travaux avant qu’il puisse y emménager avec sa femme et leurs enfants. Mais le jeune homme courageux ne s’attendait pas à découvrir le cadavre d’une gamine dans une cloison.

« Cette maison, il avait espéré ne plus jamais la revoir. Un malaise le saisit, puis il se souvint des autres gamins qui vivaient avec lui. Des images floues de leurs trognes traversèrent sa mémoire. Tous cabossés dès le plus jeune âge. » La commandant Sevran est saisie de l’enquête. Elle découvre rapidement que la demeure a appartenu à une famille d’accueil d’enfants de l’A.S.E. Ceux qu’elle va rencontrer vont montrer de profonds traumatismes...

« Elle était fatiguée de ce monde qui devenait fou, de ce monde qui s'agitait hystériquement autour de détails ignobles sans même songer aux victimes. » Très vite, les journalistes vont s’emparer de cette affaire rebaptisée « la maison de l’horreur » ; comment enquêter de manière efficace et sereine ?

Au final, un thriller mené tambour battant. Les découvertes horribles alternent avec le suivi des adultes qui ont été les enfants de la maison des Mesnuls. Les chapitres courts donnent un rythme haletant et les points de vue des différents personnages prennent le lecteur aux tripes. Une lecture en apnée et de qualité. 

lundi 2 mars 2026

Groenland, le pays qui n’était pas à vendre, Mo Malo (éditions de La Martinière, 10/2025)

 



Groenland, le pays qui n’était pas à vendre, Mo Malo (éditions de La Martinière, 10/2025)

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Si je suis Mo Malo sur les réseaux sociaux, paradoxalement, je n’avais encore jamais lu aucun de ses livres (cherchez l’erreur…). L’erreur (oui, ç’en était une, maintenant j’en suis certaine) est désormais réparée avec ma lecture de son dernier thriller. Et cerise sur le gâteau ; j’ai vraiment beaucoup aimé !

« Suspendues sous le bras d'une grue mobile, comme saucissonnées ensemble, les deux silhouettes oscillaient dans l'air, à la verticale d'un large trou pratiqué dans la banquise. » Le Premier ministre groenlandais, Frederik Karlsen, se retrouve un matin face à un dilemme cornélien : vendre son pays au plus offrant au risque de voir sa femme et sa fille assassinées d’une manière particulièrement atroce.

« Le Russe, Le Chinois. Le Danois. L'Américain aux dents incroyablement blanches. Quatre hommes, et pas une seule femme. La conquête, ce vice des mâles. » Des représentants des plus grandes puissances mondiales sont mobilisés pour des enchères. Chacun espère gagner un territoire riche en ressources énergétiques. Peu leur importe les 56.000 habitants et leur culture. Le profit prime.

« Tu ignores qui est ton ami et qui est ton ennemi jusqu'à ce que la glace sous tes pieds se brise. » Frederik Karlsen est un dirigeant moderne, mais les traditions ancestrales du Groenland lui tiennent à cœur. Mais peut- on vendre la terre des Inuits ?

Au final, un récit dystopique qui fait suite aux propositions abracadabrantesques de Trump qui souhaite acheter le Groenland comme il achèterait un donut au coin de sa rue. Les propos et l’intrigue sont d’une intelligence fine. Le compte à rebours est mis en scène pour le rendre vivant, probant, aux yeux du lecteur grâce à une temporalité multiple. On frissonne, on se pose des questions tout le long du décompte. Le final est grandiose. Je relirai Mo Malo ; c’est certain.