mardi 30 juin 2026

Le mangeur d'âmes, Alexis Laipsker (Pocket, 02/2022)

 


Le mangeur d'âmes, Alexis Laipsker (Pocket, 02/2022)

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Je referme ce livre, complètement bouleversée, au bord du malaise et les larmes aux yeux. Alexis Laipsker sait très bien me faire sortir de ma zone de confort et me retourner le cœur et le cerveau… Sur la couverture, un avertissement : « Dans l’horreur, la réalité peut dépasser la légende » ; c’est terriblement vrai, et d’autant plus effrayant…

« Le petit Leandro avait bien entendu le bruit d'un véhicule, mais il n'y avait pas prêté attention. Dans son monde, les monstres revêtaient de longues capes noires, avaient des rictus inquiétants, un rire diabolique. Et puis, les héros intervenaient toujours à temps. Dans la vraie vie, les monstres surgissent sans prévenir. » Des disparitions d’enfant mystérieuses se sont succédé dans un petit village de montagne. En cet hiver particulièrement neigeux, le commandant Elisabeth Guardiano, de la PJ, est appelée sur les lieux à la suite d’un double meurtre particulièrement atroce. Sur place, elle rencontre Franck De Rolan, gendarme enquêtant, lui, sur la disparition des enfants. Très vite, ils se rendent compte que leurs deux enquêtes se rejoignent.  

« - C'est étrange, ce diable, il a la gueule grande ouverte...
- Oui, comme s'il criait.
- Ou comme s'il voulait dévorer quelqu'un.
-Dévorer ?
- En sortant de sa cachette, le gamin ne cessait de répéter les mêmes mots : "Le Mangeur d'âmes, le Mangeur d'âmes..." »
Dans le village, d’autres meurtres vont être perpétrés, et même des oiseaux vont tomber du ciel, morts sur le coup. Pour les habitants, aucun doute, il s’agit de l’œuvre du Diable, d’autant plus que des statuettes démoniaques sont découvertes sur les lieux du drame.

« Pourtant, avant que les camps de concentration aient été découverts, c'était comme si personne ne savait rien. Ça n'a étonné personne qu'autant d'êtres humains disparaissent et ne reviennent jamais. » Comme souvent, dans les villages enclavés en montagne, le silence est roi. Des enfants disparaissent, des assassinats se multiplient, mais personne n’a rien vu, ni entendu.

Au final un roman captivant servi par des chapitres courts ponctués de rebondissements inattendus. On flirte par moment avec le surnaturel, les croyances et les légendes locales avec plaisir. Mais cette fin !!! Pfff, je ne m’en remets pas…. Il va me falloir du temps pour la digérer… Alexis Laipsker est un joueur de poker doué, et il m’a laissée au tapis !

dimanche 28 juin 2026

Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés

 




Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés (Max Landalls, 11/2020)

🚣🚣🚣🚣

Daniel Pagés est un auteur local avec lequel j’ai très envie de travailler dans le cadre de mon enseignement du Français auprès de collégiens. Je m’attèle donc en ce moment à découvrir son univers et réfléchir à des pistes pédagogiques exploitables par mes élèves. Cap sur l’aventure avec les filles du capitaine Imanol qui n’ont pas froid aux yeux !

« Lorsqu'elles avaient vu "La petite" emmener le nageur vers le village, elles avaient abandonné la lunette et enfilé en vitesse des vêtements plus adaptés à l'aventure. Elles avaient couru tout au long du raccourci qui menait au centre du bourg. Ce n'était pas tous les jours que Trois- Rivières recevait des visiteurs. » Sarah et Mina sont les sœurs aînées de Lucia, une jeune adolescente au caractère bien trempé. Celle- ci décide de porter secours à un adolescent qui vient d’amarrer, affamé et déshydraté. Pire encore, le frère de ce dernier est gravement blessé…

« On a un ami qui est prisonnier des pirates sur une île à plusieurs jours de mer d'ici. Et il nous a dit que le capitaine pourrait nous aider à le faire libérer. » En déroulant l’histoire de sa déconvenue, Jenn va entraîner les filles Imanol dans une expédition qui va se révéler bien dangereuse, et cela, à plusieurs reprises !

Au final, un roman jeunesse dépaysant, dans lequel on voyage dans les Antilles en découvrant le vocabulaire de la marine habilement amené. L’auteur sait rendre ses personnages attachants et ne les ménage pas ! J’espère que ce récit d’aventures plaira à mes élèves autant qu’il m’a plu.  

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)


 

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)

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J’ai lu ce livre à la suite nombreuses recommandations sur les réseaux sociaux, ainsi que celle de Mathilde Beaussault, dans l’émission « La Grande librairie ». Je savais donc ce à quoi je m’attendais ; le deuil d’un enfant parti trop tôt et des élans poétiques liés à la nature. Cap sur un récit polyphonique surprenant.

« Folie pour certains, rituel malsain voire pervers pour d'autres, mais c'est ainsi : irrésistiblement, dès que je visite un lieu nouveau et que l'occasion se présente, j'arpente les allées des cimetières. » Le narrateur, qu’on devine aisément double de l’auteur, s’est pris d’affection pour ces terres du Nord, sauvages, inhospitalières mais animées de légendes séculaires. La rudesse du climat des îles Féroé a empli les cimetières de corps, ou de cénotaphes, de tout âge.  

« Elle le devinait au fond d'elle. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'irait pas. L'intuition d’une mère, seule. » Place à Olga, Jonas, en 1902, qui donnent naissance à Anna. Une petite fille chétive, trop fragile. Dont on sait très vite qu’elle ne vivra pas longtemps.

« De toute éternité je bourrasque
à en peigner les herbes hautes
à en crucifier sur les barbelés des enclos
les virevoltants de laine
égarés par les moutons »
Le vent raconte son histoire, sa vision des choses, à coup de vers libres. Un regard externe plein d’empathie, et paradoxalement, d’exigence envers l’Homme.

« Personne ne se rend compte que les objets aussi peuvent pleurer leurs disparus. Le lien qui nous unit aux hommes est aussi insondable que la tristesse d'en être séparés. » Dans ce récit, les objets ont une âme et prennent la parole ; les planches du seuil, le bonnet tricoté par Elin, porté par Anna et trouvé par « l’Etranger ». Une croyance qui donne toute sa force au récit.

Au final, un récit très sensible, poétique, emmené par une tristesse indicible, celle de la perte d’un enfant et de la responsabilité de cette espèce de malédiction maternelle que même Freya, la sorcière de Gjogv ne saura proscrire. Si j’ai été émue par la lecture des premières pages, la suite m’a vraiment ennuyée ; trop onirique pour moi. 

jeudi 25 juin 2026

La gardienne, Sonja Delzongle (Fleuve éditions, 02/2026)

 


La gardienne, Sonja Delzongle (Fleuve éditions, 02/2026)

💖💖💖💖💖

Intense. Dense. Intelligent. Palpitant…. Je pourrais citer des dizaines d’adjectifs mélioratifs pour qualifier mes impressions de lecture une fois le livre refermé ! Je suis ravie d’avoir découvert l’écriture de Sonja Delzongle avec ce roman qui m’a fait passer par bien des émotions !

« - Et Gerda, ça veut dire quoi ? avait demandé Rune, les yeux écarquillés.
- La gardienne.
- Pourquoi tu l'as appelée comme ça ?
- Elle est née avant toi et elle te protégera lorsque ta mère et moi ne serons plus de ce monde. Elle sera ta gardienne. La gardienne du secret. »
Gerda et Rune sont les deux filles d’un géant norvégien et d’une timide étudiante française. Après avoir débuté leur vie commune à Lille, Frode Olsen décide d’emmener vivre sa famille en pleine forêt, dans le Morvan, loin de toute civilisation et en auto- suffisance. La « Petite Norvège » comme il l’appelle est présentée comme un havre de sécurité, mais très vite, des frictions vont apparaître entre les membres de la famille. Des tensions qui vont mettre à mal la sérénité de l’aînée, Gerda, la « gardienne ».

« Sans s'en rendre compte, Frode avait cultivé chez sa plus jeune fille une véritable richesse et une différence, qui, ce jour de septembre 1996, seule face à ses bourreaux, avaient mis sa vie en danger. » Frode voulait un garçon. Il a eu deux filles. Pour compenser sa frustration, il va élever sa cadette, Rune, comme un garçon. Mais les différences qui s’acceptent dans l’intimité vont porter préjudice à l’adolescente dans le cadre de sa scolarité, en compagnie de ses pairs adolescents.

« En réalité, on ne guérit pas du mal. On le porte en soi et il peut se réveiller à la moindre occasion. » Le « Mal » est présent dans chaque strate du roman. Aucune relation – ou presque – ne garantit bonheur et stabilité. Les personnages, impeccablement construits psychologiquement parlant, portent tous en eux des fêlures qui feront, ultérieurement, d’eux des êtres potentiellement dangereux pour autrui.

Au final, j’ai vraiment adoré ce roman. La relation entre les deux sœurs, qui représente le fil conducteur de ce récit, est incroyable, avec l’amour et la haine sans arrêt dans la balance, quelles que soient les années. Le vécu de ces deux personnages est incroyable, entre reconstruction et « nature writting ». J’ai en effet beaucoup aimé l’évocation de la nature, cette mère nourricière parfois aussi traître qu’un être humain ! Cette histoire va longtemps me marquer ; ne serait- ce que pour Teddy…

dimanche 21 juin 2026

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)


 

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)

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J’avais beaucoup aimé les deux premiers tomes de « La Trilogie du démon » (je me demande pourquoi je n’ai pas lu le troisième d’ailleurs) et je me suis jetée sur cette nouvelle parution de Mathieu Lecerf, intriguée par le titre, l’intrigue mais aussi par la couverture qui me faisait penser immédiatement à la série « Stranger Things » que j’avais beaucoup aimée.

« J'ai entendu les copains débarquer derrière, ils rigolaient toujours comme des sales gosses. Ils ne l'avaient pas remarqué. Ils étaient plongés dans ce qu'il leur restait encore d'innocence et d'insouciance, mais tout allait bientôt voler en éclats sans retour possible. » James (Jimmy) le narrateur raconte son enfance plutôt heureuse auprès de son père et d’une bande de copains avec qui il va faire les quatre cents coups ! Jusqu’à ce qu’un meurtre abominable ait lieu dans leur petit patelin pourtant réputé tranquille.

« Mon père était un homme beau, bon, intelligent, qui avait tout pour lui, pourquoi se serait - il livré à une atrocité pareille ? C'était insensé ! Il n'y avait aucune explication rationnelle à ça, je n'y croyais pas.
Mais j'étais bien le seul. »
C’est finalement le père de Jimmy qui va être accusé du meurtre. Une accusation incompréhensible pour l’adolescent qui subira par la suite son statut d’orphelin. Comment se construire sur ces incompréhensions et à la suite d’un tel drame ?

« Je ne pensais plus à Henri depuis des années, mais ces derniers jours je ressentais de nouveau sa présence, son ombre néfaste, tapie dans la pénombre de mon âme.
Que me voulait- il aujourd'hui ? »
Devenu écrivain à succès, Jimmy essaie désespérément de trouver un équilibre dans sa vie personnelle, alors qu’il s’est installé à Paris. Mais un jour, il va recevoir une lettre de son père qui lui confesse, alors qu’il va mourir, son innocence, trente- quatre ans après les faits. Jimmy ne voit d’autre possibilité que de retourner à La Saussaye, là où il a vécu ses meilleures et ses pires années. Il a besoin de mener ses propres investigations.

Au final, un roman à la pression grandissante. Le personnage du narrateur est rendu terriblement attachant grâce aux émotions qu’il exprime, que ce soit dans la partie « Enfant » ou dans celle qui est intitulée « L’adulte ». J’ai frémi avec lui, j’ai été surprises par les retournements de situation et j’ai été émue par la résolution de l’intrigue, que je n’avais absolument pas devinée. Une très bonne lecture ! 

mercredi 17 juin 2026

Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

 



Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

🦭🦭🦭🦭

Daniel Pagés est un auteur local que je souhaite faire intervenir l’année prochaine auprès de mes élèves de collège. Je me penche donc actuellement dans ses romans pour préparer de futures pistes de travail et d’échanges. En grande amoureuse de la mer, il me semblait évident de commencer ces lectures par « Des cris dans l’écume ».

« Les guetteurs qui l'habitaient autrefois avaient disparu depuis près de deux siècles et comme souvenir d'eux ne restait que le nom de la bâtisse : "Ar Geder", la vigie. » Lena passe ses vacances chez Marie – Anne, sa grand- mère qui vit en Bretagne, en bordure de l’Atlantique. Un bonheur pour cette adolescence qui adore nager et surfer en compagnie de son ami Erwan.

« "Il faut le délivrer. Vite !" Elle sentit tout à coup l'urgence. Quelqu'un était en danger. Epuisé.
"Vite !"
Elle entendit un cœur qui battait faiblement. Un souffle. »
Lena a hérité d’un don particulier lui permettant d’être en connexion avec la faune et la flore locale. Un talent lui permettant de sauver les êtres vivants en difficulté et qui va bien lui servir.

« Elle avait remarqué l'année précédente une nouvelle catégorie de sable qui colorait une laisse de mer. Le fruit d'une dizaine d'années de travail de l'océan pour digérer les emballages qui se balançaient au fond de l'eau. Des petits grains de plastique multicolores qui pouvaient remplir l'estomac de certaines espèces marines et les empoisonner. » Ce conte possède une belle portée écologique et dénonce la pollution incroyablement destructrice sur notre faune marine. Les discussions intergénérationnelles sont formidables concernant ce sujet.

Au final, un roman court à l’écriture fluide et aux chapitres courts qui saura séduire les jeunes lecteurs effrayés par les « pavés » ! Les personnages sont attachants et j’ai énormément apprécié les liens tendres que les protagonistes entretenaient entre eux, générations confondues. La mer est abordée avec une sensibilité poétique qui m’a touchée et charmée. Une belle découverte aux embruns vivifiants !

lundi 15 juin 2026

Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

 


Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

💗💗💗💗

Voilà un roman que j’ai failli abandonner au bout de cinquante pages ; je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire ni à m’attacher aux personnages. Peut- être ces derniers étaient- ils trop nombreux ? Ou alors le début était- il trop obscur ?

« Dès lors, ton visage a plané sur ma nuit, dans les pupilles stupides de mes yeux écarquillés, et ton sourire tendu au volant de la voiture, juste avant le braquage. Mon dernier baiser, mon regard sur tes mains qui serraient le volant. Puis l'une est venue se poser sur ma joue. Je me souviens de ton anxiété, tu m'as soufflé de faire attention. » Mano et Axelle font partie de la même bande ; des jeunes contre le système, contre le capitalisme, et qui voient dans les grèves de 1996 l’occasion d’exister. Au cœur du squat dans lequel ils vivent au jour le jour, les deux jeunes femmes, elles, se cherchent, se rapprochent, et s’aiment enfin.

« Ils étaient beaux, marchant d'un pas égal sur la place, dans un des premiers jours du printemps. Investis d'une mission, porteurs d'interdit, de résistance à l'ordre mondial capitaliste, à l'exploitation des pauvres, ils marchaient au- dessus du monde, au- dessus des pavés, au- dessus des lois. » Notre bande de jeunes va fomenter un braquage, pour défendre leurs idées et combattre le capitalisme. Mais les flics vont débarquer, bien plus tôt que prévu. Ce sera un carnage. Axelle écope de vingt- cinq années de réclusion. Mano tente de refaire sa vie…

« La lumière est délicate, un orangé printanier, c'est drôle comme rien, ce matin- là, ne prédispose à la violence de ce qui la précède. » La nature, le dehors, l’extérieur, a une place prédominante dans ce roman. Logique, quand l’une des protagonistes principales est enfermée pour l’équivalent d’un quart de vie. Mano, elle, va s’accrocher à cette nature, ses ambiances et ses couleurs, pour se réinventer, entière, dans une vie qu’elle a si peu choisie.

Au final, je dirais qu’il s’agit d’un roman « qui se mérite ». Il faut accepter une certaine langueur, une certaine pesanteur bien noire, qui obscurcit les cœurs et les âmes. On a envie de dire aux protagonistes qu’ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé, et puis, au fil des pages, on se ravise. On savoure la poésie des mots et des instants… et on soupire avec Mano. 

jeudi 11 juin 2026

Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

 


Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

💋💋

Après avoir lu Benjamin Dierstein, j’ai eu envie de me plonger dans un roman plus léger. « Crush », roman relatant la quête désespérée de l’amour d’une jeune Japonaise s’y prêtait parfaitement !

« Vingt- quatre ans, presque un quart de siècle, et vierge. Une anomalie, une espèce que ma mère préférerait voir éteinte tellement je fous la honte. » Mika est une jeune femme un peu farouche. Malgré une bonne situation professionnelle, elle peine à se rendre « populaire » et sa vie sociale est quasiment inexistante. Comment rencontrer des garçons quand on est solitaire et qu’on ressemble à un garçon ?

« Chaque fois que mon téléphone vibre pour m'annoncer un nouveau texto et que mon écran s'illumine avec son nom, une dose de sérotonine monte directement à mon cœur. Ce doit être ça, l'amour. » Et puis Mika rencontre Tai, un expatrié américain. Il sera son « presque » premier amant, mais pour elle, assurément, l’amour de sa vie. Mais lui ne voit pas les choses de la même manière. La première d’une série de longues désillusions….

Au final, un roman rigolo à lire, mais qui s’adresse avant tout à un lectorat jeune, mais pas trop, du fait des nombreuses vulgarités à caractère sexuel ponctuant le texte. La petite Mika fait pitié, pas rêver, et son histoire, parfois sarcastique concernant le monde de la séduction actuel, s’est révélée un peu trop superficielle pour que je m’y retrouve un tant soit peu. 

lundi 8 juin 2026

Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

 


Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

💙💙💙💙

La Bête du Gevaudan, tout le monde en a entendu parler et pourtant, encore aujourd’hui, le mystère quant à la véritable nature de cet animal monstrueux n’a toujours pas été élucidé. Pourtant, avec une centaine de morts, elle a su marquer les esprits à travers les époques, puisqu’il nous faut remonter à l’année 1765 pour revivre les attaques que même les meilleurs envoyés du roi, Louis XV, n’ont pas réussi à endiguer.

« Le roi a décidé que je serai élevé et éduqué aux frais du royaume. Je suis alors parti dans une école de Montpellier où j'ai pu apprendre à lire, à écrire, à compter et grâce à mon exploit face à la bête, moi qui étais destiné à être un simple petit paysan du Gévaudan, je pourrai peut- être, plus tard, réaliser mon rêve qui est de devenir officier dans l'armée de mon pays. » Jacques Portefaix, douze ans, a réussi à mettre la Bête en fuite alors qu’elle s’était attaquée à son petit groupe d’amis. Son exploit lui permettra d’être en mesure de mettre son histoire en mots.

« Cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes à chacune de la longueur d'un doigt, la gueule extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celui d'un cheval, le corps aussi long qu'un léopard, la queue grosse comme le bras, le poil de la tête noirâtre, les yeux de la grandeur de ceux d'un veau et étincelants, les oreilles courtes comme celles d'un loup et droites, le poil du ventre blanchâtre, celui du corps rouge avec une raie noire tout au long du dos ! » Comment décrire quelque chose qui n’existe pas ? En utilisant des comparaisons, lesquelles seront toujours hyperboliques quand on veut effrayer son auditoire !

« D'Enneval, c'est le nom de ce chasseur réputé, est arrivé ainsi en Gévaudan le 20 février 1765. Son premier travail a été de faire partir les soldats afin de pouvoir chasser seul et surtout de ne pas avoir à partager la récompense promise à qui tuerait la bête. » Le roi va tenter différents stratagèmes pour capturer la Bête, mais aucune ne portera ses fruits… De quoi entretenir le mystère pour encore de longs siècles…

Au final, un petit livre factuel sur les faits connus autour de cette Bête du Gevaudan qui fascine aussi bien les grands que les petits depuis tellement d’années. Le texte est fluide et accessible aux enfants dès dix ans, et je vais le proposer à mes élèves collégiens. Nul doute que certains seront intéressés par cette histoire bien rédigée.

dimanche 7 juin 2026

La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

 


La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

💘💘💘💘💘

Enorme ! Je ne vois que cet adjectif, « énorme », pour qualifier ma lecture de ce roman policier au suspens insoutenable et à l’intelligence remarquable ! Cap sur l’année 2001, ses élections présidentielles précédées de scandales et de magouilles en tous genres.

« La femme hurle de plus belle.
Tu exploses et tu sors de l'appartement : la porte des voisins est ouverte. Tu rentres.
Lui : en train de frapper sa femme, à terre. Dans le couloir : un petit garçon en pyjama, qui regarde la scène. Par terre : du verre brisé, une chaise cassée, un sac à main renversé, des pièces de monnaie. Sur les murs : du sang. »
Kertesz est une espèce de ripoux depuis que sa femme l’a quitté. L’alcool, la drogue et les filles émaillent son quotidien de flic au 36. Incessamment sur les nerfs, il règle ses comptes à coups de poing et de flingues ; il n’a rien à perdre, même si le pouvoir l’attire irrémédiablement.

« Elle pousse un soupir et retourne se coucher, et moi je reste dans le couloir comme un crétin, voilà ce que c'est la vie de flic, rentrer exténué après deux jours sans dormir, pour essayer de combattre l'horreur, pour protéger sa famille, puis rentrer à la maison et se retrouver seul, aussi seul qu'on l'est tout au long de la journée, quand on passe des heures à poursuivre des cadavres. » Gabriel Prigent débarque à la PJ parisienne. Il traîne derrière lui une rumeur de traitre, étant donné qu’il n’a pas hésité à dénoncer les travers d’anciens collègues à force d’idéalisme de justice. C’est aussi un ancien militaire profondément blessé psychologiquement parlant, après une opération désastreuse s’étant déroulée au Tchad.

« Silence de dix secondes pendant lequel j'essaye de l'imaginer vivante, sans sa peau verte, sans sa tête cramée, sans ses brûlures de cigarette, et j'ai beau y mettre toute mon énergie, dès que je la visualise je vois sa peau verte, sa tête cramée, ses brûlures de cigarette. » Nos deux policiers vont se retrouver à enquêter sur la même enquête, mais pas pour les mêmes raisons. La compétition entre les deux hommes va rapidement prendre les couleurs d’une vendetta personnelle, pour l’un tout comme pour l’autre.

Au final, un roman policier vraiment très dense, ancré dans la réalité de la vie politique de l’année 2011 (d’ailleurs, des extraits d’articles radiophoniques de l’époque sont retranscrits) et servi par une intrigue fictionnelle particulièrement efficace. Les personnages de Prigent et Kertesz sont attachants, criants de vérités avec leurs troubles affectifs et leurs défauts. J’ai vraiment hâte de les retrouver dans les deux tomes qui complètent cette saga nommée « Echos des années grises ». 

lundi 1 juin 2026

La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

 




La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

💙💙💙💙

J’ai découvert Nadia Daam cette année avec son roman « Des filles comme il faut ». Comme j’avais beaucoup aimé la prose de cette journaliste, j’ai eu envie de la lire encore et je me suis donc lancée dans « Ma gosse », un récit autobiographique dans lequel elle raconte son lien avec sa fille, les joies et désillusions de la maternité ; surtout au moment de l’adolescence !

« Et puis, ça m'a sauté aux yeux.
De toutes les familles que je zieutais de partout, aucune ne ressemblait à celle à laquelle j'appartenais quand j'étais petite. Aucune ne ressemble non plus à celle que je forme avec la gosse. »
L’auteure observe sans cesse son environnement, l’analyse, cherche à le comprendre sous toutes ses formes. Comment vivent les autres ? Entre son enfance au sein d’une famille immigrée et nombreuse et sa vie de maman ayant un poste que l’on peut estimer privilégié, un écart se creuse ; de quoi se remplit- il ?

« C'est seulement maintenant que je me demande quels peuvent être les motifs de ces garçons et de ces hommes qui s'émeuvent d'une juvénilité érotisée. La réclament même. » Alors que la « gosse » devient adolescente, Nadia Daam se souvient de certains hommes, croisés quelques années plus tôt dans des soirées, qui avouaient leur attirance envers les « Lolita ». Si, à l’époque, cela ne l’avait pas contrariée, maintenant que sa fille est devenue la cible potentielle de ces prédateurs, cet état de fait l’inquiète terriblement. Comment protéger nos filles ? Pourquoi ne pas éduquer mieux nos garçons ? Vaste sujet…

Au final, un récit lu avec intérêt. Même si je ne suis pas d’accord à 100% avec les idées de l’auteure, j’aime son regard ciselé sur la société d’aujourd’hui et sur le rôle donné aux femmes, son sarcasme envers ses propres travers, et la sincérité de ses mots qui font qu’on ne peut que se retrouver dans les situations évoquées, en tant que fille, mère ou femme en général. 

samedi 30 mai 2026

L’école de la vie, Marion Fritsch (Albin Michel, 04/2026)

 


L’école de la vie, Marion Fritsch (Albin Michel, 04/2026)

💘💘💘💘💘

C’est l’auteure elle- même qui m’a contactée sur le site Babelio pour me proposer la lecture de son dernier roman. Très touchée par sa démarche, j’ai eu à cœur de lire ce récit quasiment dès sa réception. Et quelle joie pour la professeur de Français que je suis de lire un texte qui raconte des parts de ma vie quotidienne tout en jouant avec les aspects stylistiques et typographiques de la poésie !!!

« Dix- c'est- la- ligne- médiane- de- ma- vie- si- j'ai- dix- la- vie- elle- continue.
Mon prénom fend la rumeur de la classe.
C'est combien d'années, combien de lycéens
Collés derrière ces chewing- gums ?
Il y a p't- être même ceux de nos parents, qui se faisaient chier pareil que nous. »
L’auteure nous emmène passer une année dans une classe de première STMG située en plein 9-4. Les élèves n’y sont pas forcément studieux et leurs intérêts sont bien différents des matières qui leur sont enseignées. Les profs crient, excluent, dépriment mais ne baissent pas les bras pour autant.

« Il est
Super noir
Super musulman
Et super gay

Ce ne sont pas trop des trucs qui vont
Super ensemble »
Chaque élève a une particularité qui est disséquée et qui, en soi, est un prétexte facile et rapide d’exclusion de la « norme ». Mais qu’importe, l’auteure sait, au contraire, mettre en valeur cette différence pour caractériser chaque élève de cette classe et lui donner vie de manière sensible dans sa relation avec les autres ; et surtout, montrer à quel point les particularités des uns et des autres se transforment en force dès qu’elles s’agglomèrent ensemble. Une ode au respect et à l’amitié !

« Au lycée en tout cas
quand on traîne tous ensemble
avec nos histoires remixées
nos noms compliqués
pas assez d'un côté, jamais assez de l'autre
je me dis qu'on est la nouvelle mappemonde
et dans les livres
on ne parle pas encore assez de nous. »
Ces lignes apportent une réflexion vraiment pertinente quant à l’enseignement tel qu’il se présente aujourd’hui, mais aussi de manière plus large, à un niveau sociologique. Et si on ouvrait les yeux ?

Au final, j’ai dévoré ce récit d’une traite. Marion Fritsch joue avec l’écriture poétique pour nous présenter une galerie de portraits de jeunes attachants qui n’auraient probablement pas (encore) leur place dans un roman alors qu’ils sont si riches d’une culture et de mœurs que l’on ne s’efforce pas (encore) de connaître et d’intégrer dans notre propre histoire. Une lecture éclairante et un coup de cœur ! 

Le domaine aux secrets, Valentin Musso (Julliard, 05/2026)

 


Le domaine aux secrets, Valentin Musso (Julliard, 05/2026)

💙💙💙💙

Une maison bourgeoise, une gouvernante et des secrets de famille ; il ne m’en faut pas plus pour craquer ! Ajoutez à cela une histoire d’amour adolescente et intervention de la grande Histoire de la Seconde Guerre mondiale, et me voilà séduite !

« Je t'ai parlé d'un été.
D'un domaine aujourd'hui disparu.
D'une époque oubliée.
Et de deux sœurs qui ont bouleversé ma vie et fait de moi l'homme que je suis. »
Adrien a quinze ans lorsque sa maman est engagée en tant que gouvernante à la Vènerie, vaste demeure appartenant à la famille Mallet. Etant donné qu’ils sont hébergés sur place, le jeune homme va se retrouver à partager le quotidien d’Henri et Jeanne, ainsi que leurs enfants ; Joseph, Clara et Denise. Si l’aîné est la plupart du temps absent, les deux filles, qui ont plus ou moins le même âge qu’Adrien, vont apprendre à se connaître en passant un premier été ensemble.

« Ici, le silence tient lieu de rempart. Il nous donne l'illusion de nous mettre à l'abri de ce qui nous blesse. » Le récit oscille entre plusieurs époques et plusieurs narrations ; celles d’Adrien, au présent avec des évocations du passé, la lecture du manuscrit autobiographique d’Henri et une narration d’externe sur la réalité des faits. Tout s’entremêle dans la tête d’Adrien alors qu’Henri vit ses derniers moments de vie. Les révélations de son manuscrit vont faire vaciller bien des certitudes, notamment au sujet d’événements ayant eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale.

« Les êtres ne disparaissent que le jour où plus personne ne se souvient d'eux. » Adrien est devenu journaliste et la vérité des informations lui tient à cœur. Il va devoir remonter dans le passé de la famille Mallet, mais aussi dans le sien- même pour pouvoir obtenir toutes les clés susceptibles de lui offrir un avenir serein.

Au final, un roman que j’ai beaucoup aimé. J’ai été déroutée par certaines révélations et j’ai adoré remonter l’écheveau de la vie du personnage d’Henri Mallet. Les retournements de situation sont très fins et j’ai trouvé l’approche historique très intéressante. Une lecture vraiment plaisante et intéressante.

lundi 25 mai 2026

Accidental killers, Isabelle Lagarrigue (Librinova, 04/2022)

 



Accidental killers, Isabelle Lagarrigue (Librinova, 04/2022)

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Les éditions Récamiers viennent d’éditer « Le Groupe » d’Isabelle Lagarrigue, qui avait été autopublié par l’auteure sous le titre de « Accidental killers ». Ayant ce dernier dans ma P.A.L., j’ai eu envie de lire ce roman dont tout le monde – ou presque - parle sur Bookstagram.

« Toutes les phobies, de la peur des horloges à celle de rester debout, sont passées au crible par des psychologues émérites. Personne ne s'était encore penché sur la blessure morale irréversible qu'un homicide involontaire peut causer. » Ava, vingt ans, étudiante française en psychologie, apprend qu’elle est acceptée en tant qu’observatrice d’un nouvel atelier de résilience destiné à de jeunes adultes ayant tué quelqu’un de leur entourage accidentellement alors qu’ils étaient encore enfants, au sein d’une université américaine, mené par un certain Cornell. L’occasion pour la jeune femme de prendre un nouveau départ après une enfance que l’on sent devenue lourde à porter.

« Tu vas réaliser une chose que je répète souvent : chaque humain mène un combat intérieur dont le reste du monde ignore l'intensité. » L’atelier de Cornell accueille Janice, Lexie et Aaron, trois étudiants qui cherchent à survivre sans que le poids de la responsabilité de leur acte d’enfant soit un élément qui les définisse.

« La vie est une pièce de théâtre. Chacun joue à faire semblant d'être un personnage. Une fois le rideau tombé, les cicatrices s'ouvrent pour saigner. » Pendant qu’Ava apprivoise les habitudes d’une vie de jeune Américaine, les trois participants s’ouvrent peu à peu pour tenter de se sentir moins coupable tout en acceptant d’être responsable du drame qui a bouleversé leur vie ainsi que celle de leur famille.

Au final, un roman qui m’a intéressée au départ par sa thématique puis par la complexité des personnages présentés. Malheureusement, j’ai trouvé les propos philosophiques dédiés à la résilience, trop redondants et les discussions entre Ava et Cornell plutôt superficielles. Bref, je me suis très vite ennuyée, d’autant plus que j’aurais aimé voir les relations d’Ava et de ses camarades se développer. Une déception en ce qui me concerne…

mercredi 20 mai 2026

Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille (Charleston, 03/2022)

 


Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille (Charleston, 03/2022)

💙💙💙💙

Marie Vareille nous offre ici un roman profondément émouvant (éprouvant ?) sur la maternité. Trois femmes au profil différent prennent le rôle de narratrice tour à tour, pour de courts chapitres chargés d’émotion, avec l’objectif final de se rejoindre dans la même temporalité dans les derniers chapitres.

« Mon enfance a été faite d'étranges allers- retours entre instants de douceur et moments de terreur. J'ai ainsi appris à être nostalgique du présent, à regarder, impuissante, le bonheur glisser entre mes doigts, trop consciente qu'il était éphémère, et désespérée de le retenir sans jamais y arriver. » La première narratrice, dans les chapitres imprimés en italiques, est anonyme. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit d’une jeune femme qui a craqué à la suite de la naissance de son premier enfant. Son réflexe a été de prendre un avion pour l’Indonésie, pour mettre le maximum de distance entre son nourrisson et elle- même. Choquant ?

« "Je suis doué d'une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. " […] Constater qu'un parfait inconnu, français de surcroît, puisqu'il s'agissait d'un certain Gustave Flaubert, ayant vécu quasiment deux siècles avant elle, soit avant Facebook, Candy Crush et les Oreo Cookies, ait su exprimer de manière aussi précise son ressenti l'avait stupéfiée. » Océane ne comprend pas son hypersensibilité. Elle subit cet état qui l’empêche d’être une jeune femme épanouie. Alors qu’elle se destine à des études de médecine, fortement influencée par son père, elle découvre le bonheur de l’écriture. Prémonitoire ?

« Les souvenirs des semaines passées se noient dans un brouillard gris. Je dois être folle, hystérique, dépressive. Je confonds trop souvent la fiction et la réalité. » Claire vient d’accoucher de son premier bébé, qu’elle avait surnommé affectueusement « Coquillette » alors qu’il était encore dans son ventre. Mais une fois l’accouchement terminé, la jeune femme panique et sombre dans une dépression post- partum sévère. Prévisible ?

Au final, un roman touchant qui met le doigt sur un gros mensonge sociétal : la maternité est un moment de pur bonheur. Qui n’a pas bercé un bébé pendant des heures, paniqué après une poussée de fièvre ou un biberon mal passé, ne peut pas comprendre. On attend des jeunes mamans qu’elles se sentent mères dès les premières minutes, mais qui pense à la femme qu’elles sont avant tout ? Marie Vareille met le doigt là où ça coince, et avec talent.

mercredi 13 mai 2026

L’intruse, Freida McFadden (City éditions, 05/2026)

 



L’intruse, Freida McFadden (City éditions, 05/2026)

💙💙💙💙💙

Enthousiasmée par la lecture de « La Locataire », j’ai eu envie d’enchainer directement avec « L’intruse », qui vient tout juste de sortir en France. Ici nous retrouvons un point de vue féminin avec eux narratrices sur deux temporalités ; Casey, une institutrice qui vient d’être licenciée pour faute grave, et Ella, une collégienne maltraitée par sa mère.

« Un mouvement, devant chez moi.
La peur que j'avais réussi à juguler tout à l'heure, dans la chambre, me rattrape soudain de plein fouet. Du calme... on est au milieu des bois, après tout. »
Casey, à la suite d’un incident professionnel, a choisi de se réfugier dans un chalet perdu au milieu d’une forêt, depuis plusieurs mois. Mais voilà qu’une tempête approche lors d’une nuit tombante, et que la jeune femme esseulée aperçoit du mouvement dans la remise qui jouxte le logement. Qui peut bien s’amuser à la terroriser dans ces conditions ?

« Sans me quitter des yeux, la gosse se met debout, très lentement. Ce faisant, les pans de son manteau s'entrouvrent, me donnant un aperçu de son habillement. J'étouffe un cri.
Elle est couverte de sang. »
Casey va découvrir « l’intruse » ; une collégienne maigrichonne qui semble autant terrorisée qu’elle, en plus de porter des traces de maltraitance et des vêtements pleins de sang. Qu’a-t-il bien pu arriver à cette gamine famélique ?

« - Quand quelqu'un mérite vraiment d'être puni, déclare-t-il, il arrive qu'on doive faire justice soi- même. » L’auteure noue puis dénoue des fils ténus entre des existences qui n’avaient, à la base, aucune raison de se croiser. On s’attache à eux et on ne peut que frémir en découvrant les secrets qui émaillent leur passé et qui entraînent de beaux rebondissements à l’intrigue.

Au final, un roman dévoré en une journée, mais avec quelques petits détails à la limite de l’incohérence qui m’ont chagrinée… Malgré tout, je n’ai pas vu les pages tourner et j’ai aimé les thématiques abordées par l’auteure, comme la maladie de Diogène ou les troubles oppositionnels avec provocation. On sent dans ce roman qu’elle exerce le métier de neurologue et qu’elle se sert habilement de ses connaissances professionnelles pour les mettre au service de la fiction. Un talent qui me fait apprécier Freida McFadden, au fur et à mesure de ses publications.  

lundi 11 mai 2026

La locataire, Freida McFadden (City éditions, 02/2026)


 

La locataire, Freida McFadden (City éditions, 02/2026)

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Décidemment, je demeure une très bonne cliente des thrillers de Freida ! Encore une fois je me suis laissée emportée par cette lecture, dont le narrateur est, pour une fois, un homme ! Et ce pauvre Blake, je peux vous dire que je ne vais pas l’oublier de sitôt !!!

« Whitney nous tend une main que nous parvenons à serrer sans qu'elle ait de visions d'un bain de sang dans le salon : c'est de bon augure. Cela se passe déjà nettement mieux que tous les entretiens précédents. » Blake vient d’être licencié de manière brutale et injustifiée, alors qu’il vient d’obtenir le poste de ses rêves. Lui qui venait d’acheter une maison, à crédit, à New- York et demander sa fiancée en mariage, se voit contraint de revoir ses projets à la baisse. Pour Blake et Krista, une solution apparaît facilement pour pallier le manque de revenus : mettre en location l’une des chambres de leur maison. Blake et Krista vont recevoir toute une floppée de candidats ; parmi eux, Whitney va se détacher du lot.

« Pourquoi une petite voix dans ma tête insiste-t-elle pour que je me débarrasse de cette fille tout de suite, tant que je le peux encore ? » Whitney, une jeune femme travaillant dans un restaurant, et dont la réputation est impeccable, leur avait semblé être la meilleure candidate, mais très vite, les incidents vont se succéder dès qu’elle va s’installer dans la maison. Mais pour le couple, impossible de se séparer de leur locataire… Leur patience va alors être mise à rude épreuve.

« Quand je veux quelque chose, je ne laisse jamais rien ni personne se mettre en travers de mon chemin. » Au fur et à mesure que les pages se tournent, on découvre la face cachée de personnages tordus et déterminés à atteindre un seul but, nommé vengeance. Mais qui venge qui ?

Au final, un roman qui m’a happée du début à la fin ! Freida McFadden m’a encore une fois menée par le bout du nez et fait hésiter sur l’identité du « vrai méchant » de l’histoire. Et de nouveau, j’ai adoré découvrir la face cachée des divers protagonistes de ce thriller ! Un bon cru !

vendredi 8 mai 2026

Il nous restera ça, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 2023)

 



Il nous restera ça, Virginie Grimaldi (Le Livre de poche, 2023)

💙💙💙💙💙

Quand trois âmes en peine esseulées se rencontrent, cela donne une histoire pleine de rebondissements riches en émotions. Jeanne, soixante- quatorze ans, Iris, trente- trois ans, et Théo, dix-huit ans vont confronter leurs blessures durant quelques mois, le temps pour chacun de se reconstruire et de repartir sur de bonnes bases.

« Je crois pas trop à l'amour, mais c'est comme pour Dieu, j'espère qu'un jour on me prouvera que j'ai tort. » Jeanne vient de perdre son mari, l’amour de sa vie ; comment lui survivre ? Iris, elle, fuit un compagnon malveillant, et Théo, tente de trouver goût à la vie alors qu’il vient de sortir du foyer d’accueil dans lequel il a passé une enfance meurtrie. Trois cœurs en détresse.

« J'ai pas beaucoup de rêves, ils en foutent partout quand ils se brisent. » Jeanne pensait son amour éternel ; Iris était persuadée que sa mère l’avait équipée pour toutes les épreuves de la vie, et Théo gardait ses révoltes collées au cœur, pour protéger cet organe déjà si malmené. Trois cœurs sans illusions.

« Même quand il n'y a personne pour le recevoir, on a de l'amour à donner. C'était pas vraiment une famille, mais parfois c'était bien imité. » Une annonce pour une chambre à louer va être le point de départ de la rencontre de nos trois protagonistes. Une colocation qui commencera sur de timides tâtonnements, puis qui évoluera au fur et à mesure que les barrières traumatiques s’écrouleront. Trois cœurs éplorés qui vont s’épauler.

Au final, un roman terriblement émouvant. J’ai eu envie plus d’une fois d’étreindre l’un ou l’autre des personnages. Des thématiques fortes émaillent ce roman ; le deuil, l’emprise et l’abandon, pourtant la plume sensible, tout en étant humoristique, de Virginie Grimaldi, sait rendre ce récit, à la fois profond et léger, tellement agréable à lire. Touchant, émouvant, captivant.

mardi 28 avril 2026

Que la mort nous frôle, Michel Bussi (Presses de la Cité, 04/2026)

 


Que la mort nous frôle, Michel Bussi (Presses de la Cité, 04/2026)

⏳⏳⏳⏳

Cap sur la Suisse, près de Lausanne, aux côtés d’une jeune psychiatre, prénommée Jeanne, qui vient d’être nommée dans un établissement de soins, le manoir des Amarantes. Parmi ses patients, nous trouvons Charly et Té (diminutif de Thérèse), deux adolescents bien déterminés à connaître les véritables raisons de leur présence dans cet établissement, d’autant plus que des pensionnaires viennent de mourir de manière suspicieuse…

« - On ne meurt pas si jeune. Pas en temps de paix. Trois adolescents retrouvés morts, c'est trois de trop. » Le roman s’ouvre sur le décès de Claudine, une métisse de seize ans qui adorait chanter et danser. Charly aimerait comprendre ce qu’il lui est arrivé, d’autant plus que deux autres adolescents ont eux aussi perdu la vie quelques mois plus tôt.

« Le truc fou, ce serait évidemment d'associer les trois temps. Le dépenser sous le contrôle de Chronos, pouvoir l'arrêter sa guise grâce à Kairos, et le faire recommencer grâce à Aiôn. » Le manoir des Amarantes semble avoir sa propre temporalité. Ainsi, le directeur, le docteur Gruber, semble être un personnage qui ne vieillit pas. Comment expliquer qu’il ait l’air plus jeune que sur les tableaux qui le représentent ? Charly le soupçonne de mener des expériences mystérieuses…

« - Et si c'étaient les rêves qui nous interdisaient de vivre ? » Té, ainsi que Jude et Fausto, sont faussement résignés à leur sort. Jude demeure une révolutionnaire dans son cœur, Té, se rêve en acrobate de renom depuis son fauteuil roulant, et Fausto se projetterait bien dans la peau du « Campionnissimo », un champion de cyclisme italien, malgré ses poumons malades. Charly, lui, aimerait travailler dans le cinéma avec Charlie Chaplin. Des rêves si inaccessibles ?

Au final, un roman aux personnages attachants et aux retournements de situation qui offrent d’intéressants rebondissements à l’enquête menée par Charly. Même si j’avais élaboré le schéma final avant qu’il soit révélé ouvertement, j’ai beaucoup aimé la construction de ce récit et la question de société qu’il dévoile in fine

vendredi 24 avril 2026

Il faudrait leur dire, Carène Ponte (Fleuve, 04/2026)


 

Il faudrait leur dire, Carène Ponte (Fleuve, 04/2026)

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Amis quinquagénaires, si vous avez envie de lire un roman émouvant et nostalgique, foncez lire le dernier livre de Carène Ponte ! Vous y retrouverez une bande d’amis attachants, auxquels vous ne pourrez que vous attacher, en plus d’un univers qui, forcément, vous rappellera quelques pans de votre jeunesse !

« Est- ce qu'à un moment il était prévu de nous parler de ce bouleversement interne ? C'est bien beau de nous soûler avec le bac matin, midi et soir pendant trois ans mais il s'agirait aussi de nous expliquer ce qu'on va ressentir ensuite, non ? Comment peut-on se préparer à vivre quelque chose si on ne nous prévient de rien ? » 1995. Florence fait partie d’un groupe d’amis qui vient tout juste de passer le Bac. La période du lycée est souvent liée à une période où les amis tiennent une place primordiale, et on ne s’imagine pas un avenir sans eux. Que vont- ils devenir, une fois le diplôme en poche ? Vont- ils rester en contact ?  

« Certains jours, j'aime le reflet que me renvoie le miroir, et je me dis que j'ai plutôt de la chance. Mais la plupart du temps, j'aimerais ne pas me ressembler. Peut- être qu'alors on arrêterait de penser que je suis bête. J'ai mis un moment à le comprendre mais dans l'esprit des gens, beauté ne rime pas avec intelligence. C'est l'un ou l'autre. » Le personnage de Julie m’a particulièrement touchée, ainsi que celui d’Anthony, son amoureux du lycée. Le regard que les autres portent sur soi lorsqu’on sort de l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte nous constituent tant….

« Nos vies n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient, pourtant les vieilles habitudes sont vite de retour. Chacun a retrouvé sa place et la soirée a filé à la vitesse de l'éclair. » Inspirés par la chanson de Patrick Bruel, nos amis vont de donner rendez- vous tous les cinq ans. L’occasion, à chaque fois, de faire le bilan de sa vie pour chacun, mais aussi le point sur les relations intrinsèques à la bande, qui vont forcément, elles aussi, évoluer.

Au final, une histoire tendre, qui m’a fait sourire mais qui m’a aussi beaucoup émue. J’ai pu m’identifier tour à tour à chacun des personnages, et donc vécu aussi bien leurs tourments que leurs moments de joie. Carène Ponte signe là son 19ème roman ; j’ai déjà hâte de lire le prochain !

mercredi 22 avril 2026

Violette, Régine Trigo (Hugo Stern, 01/2025)

 


Violette, Régine Trigo (Hugo Stern, 01/2025)

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Vous cherchez un roman « doudou », (ou « bonbon », comme j’ai pu l’entendre récemment) ? Arrêtez- vous sur « Violette » de Régine Trigo. Un livre encore confidentiel, que j’ai moi- même découvert lors d’une soirée littéraire chez ma bouquiniste préférée. L’une des participantes en avait parlé avec chaleur et j’ai été ravie de le retrouver quelques temps plus tard dans les rayonnages de la boutique.

« Je suis sale, je ne donne ni envie ni de près ni de loin, il suffirait d'un peu d'imagination pour me transformer en un petit nid douillet. Je l'ai été, en 1659, alors l'histoire, je la connais, même si j'ai la mémoire qui flanche. Je me souviens très bien de ma construction. » Le roman s’ouvre avec le point de vue de Violette, nom donné à une <maison jadis emplie d’amour, d’épisodes historiques et familiaux, heureux ou malheureux, désormais abandonnée en plein milieu de la campagne, quelque part dans le sud- ouest.

« Je me sens sale, j'ai froid. Sous la douche, je chiale comme un gamin. On ne m'a pas appris ça, la douleur. Jamais connu cette souffrance. Je me tape la tête sur le carrelage : c'est un mauvais film. Quel est l'abruti qui a écrit le scénario ? » Paul Pradal est un jeune scénariste prometteur qui a réussi à intégrer la jet- set du milieu du cinéma français. Mais voilà qu’un drame passionnel va le mettre plus bas que terre. Revenu chez ses parents, il va sombrer dans une dépression profonde. Comment se sortir de cet état ?  

« Nous ne nous sommes pas parlé, mais nous nous sommes compris.
Il est là pour moi et je suis là pour lui. »
La famille de Paul va lui proposer d’aller investir la demeure familiale désertée depuis des années ; la Violette. Deux âmes cabossées, l’une sensible et l’autre personnifiée, mais deux esprits sensibles qui vont s’épauler pour se reconstruire mutuellement.

Au final, une histoire qui m’a énormément touchée. Je suis persuadée que les lieux ont une âme et ce roman l’atteste avec talent. Les mots de Régine Trigo sont justes et les émotions qu’ils transmettent sauront toucher tous les lecteurs qui s’aventureront sur ce récit de double renaissance. Un seul regret : que ce livre soit si court !


mardi 21 avril 2026

En attendant le déluge, Dolores Redondo (Folio policier, 03/2026)

 



En attendant le déluge, Dolores Redondo (Folio policier, 03/2026)

💙💙

Cap sur Bilbao, aux côtés de Noah Scott Sherrington, policier écossais, qui traque Bible John, un tueur en série, depuis une quinzaine d’années. Alors qu’il est à deux doigts de serrer l’assassin, il va s’écrouler, victime d’une crise cardiaque…

« J'ai travaillé trente- neuf ans à ce roman. Je sais que je l'ai ébauché ce jour- là, dans le train. Aujourd'hui, je retourne à Bilbao pour terminer cette histoire qui, vous le verrez, n'est ni un traité d'histoire ni un guide des rues de la ville. » L’auteure avoue, dans un « à propos », avoir un lien particulier avec cette histoire, car elle est liée à sa propre expérience. J’ai aimé cet aveu, cette sincérité et l’évocation de la chanson « Wouldn’t it be good » de Nik Kershaw, que j’avais adorée moi- même à l’adolescence.

« Tout le danger était là, considérait-il, dans la solution de facilité qui consistait à décréter sa mort parce qu'ils ignoraient tout de lui. » Bible John a été délaissé des enquêteurs. On pense qu’il est mort. Hypothèse facilitante pour la Police… Mais Noah va malgré tout retrouver la trace de ce tueur dérangé et tout mettre en place pour le retrouver et enfin, avoir l’espoir de l’arrêter. Mais alors qu’il est prêt à lui enfiler les menottes, voilà que son cœur vacille : c’est la crise cardiaque.

Au final, un roman qui m’a emportée dans les cent premières pages, puis qui m’a profondément ennuyée… Dès que Noah prend le bateau pour Bilbao, les descriptions, que ce soit du paysage ou de la société, s’accumulent. Le rythme des actions de l’enquêteur ralentit et mon intérêt a suivi cette courbe. Dommage car l’histoire était bien partie et je la trouvais bien écrite, mais quand je lis un policier, c’est pour être un peu bousculée, et là, ça n’a pas été le cas…