Nous qui avons connu Solange, Marie Vareille (Flammarion, 03/2026)
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Voici le quatrième
roman de Marie Vareille que je lis et je trouve que celui- ci est le plus
complexe et le plus dense de tous, tant dans la construction des personnages
que dans le message féministe qu’il veut transmettre à notre génération :
mesurer l’évolution des droits accordés aux femmes alors que ces derniers sont
étonnamment, de nouveau en péril.
« Je
m'interroge parfois sur le nombre de menteurs doublés d'assassins qui, comme
moi, ont vécu impunis une vie paisible sans jamais être soupçonnés. » Le roman prend la forme d’une longue lettre de
la part de Célestine, l’héroïne, à l’adresse de l’une des filles de sa
descendance, surnommée « Biquette ». Nous ne connaitrons la véritable
identité de cette fille et sa place dans la famille Dubreuil que dans les
dernières pages. L’origine de cette lettre ? Expliquer le parcours rétrospectif
de Célestine, qui, à 107 ans, est au crépuscule de sa vie, et veut lever le
voile sur les secrets de sa famille.
« Ce pour quoi
j'existe sur Terre :
Ecrire.
Puisque hurler, paraît-il, relève de l'indécence.
Et qu'est- ce qu'écrire, si ce n'est hurler en silence ? » Solange, dont le prénom compose le titre,
n’est pas le personnage principal du roman, mais elle endosse le rôle de
l’élément perturbateur qui va donner une trajectoire inopinée à la vie de
Célestine. Cette dernière, en effet, avait été repérée pour ses capacités
intellectuelles et s’apprêtait à intégrer une Ecole Normale afin de devenir
institutrice. Mais en 1930, le destin des filles ne dépend que du bon vouloir
des hommes. Les lettres de Solange, poétiques à souhait, ponctuent le récit de
Célestine.
« Ce n'est pas
la liberté que tu m'offres, c'est le fait de dépendre entièrement et jusqu'à la
fin de ma vie de toi, de tes désirs fluctuants et de ton bon vouloir. Comme
toutes les femmes mariées qui n'ont de liberté que celle que leur mari accepte
de leur donner. J'ai lu trop de livres, justement, pour pouvoir me permettre
d'être romantique. » Célestine, à l’image de toutes les femmes de sa génération, subit un
destin tout tracé : aider à la ferme, se marier, enfanter et faire tourner
la maison selon les humeurs de son époux. Sa curiosité littéraire l’a amenée à
réaliser l’injustice qui réside dans le statut du sexe féminin.
Au final, un récit captivant qui se dévore tant on s’attend aux retournements de situation qui ne peuvent qu’intervenir dans la vie d’une femme intelligente mais soumise à sa condition. J’ai frémi avec Célestine, je me suis mise en colère à ses côtés, j’ai tellement eu envie de lui venir en aide. Bref, une histoire dramatique et éclairante à la fois, et un personnage qui va longtemps me hanter…

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