vendredi 28 août 2026

Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

 


Une femme, Annie Ernaux (Gallimard, 1988)

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Je continue à lire ou relire les romans d’Annie Ernaux ponctuellement, et de manière chronologique. J’aime sa plume incisive et son regard sociologique sur l’évolution de la position des femmes dans la société et le phénomène de transfuge de classe. Ici, nous suivons la mère de l’auteure, dans une biographie romancée.

« Ce que j'espère écrire de plus juste se situe sans doute à la jointure du familial et du social, du mythe et de l'histoire. Mon projet est de nature littéraire, puisqu'il s'agit de chercher une vérité sur ma mère qui ne peut être atteinte que par des mots. (C'est- à- dire que ni les photos, ni mes souvenirs, ni les témoignages de la famille ne peuvent me donner cette vérité.) » Annie Ernaud a toujours eu le soin de raconter son histoire, en parallèle de celle de la société au moment où elle s’y trouve, sans se laisser influencer par des émotions risquant d’être envahissantes et de pervertir sa vision volontairement factuelle. Alors quand sa mère décède, elle décide de garder sa manière de faire.

« Fière d'être ouvrière mais pas au point de le rester toujours, rêvant de la seule aventure à sa mesure : prendre un commerce d'alimentation. Il l'a suivie, elle était la volonté sociale du couple. » L’auteure, en évoquant le désir de sa mère de s’élever socialement, fait écho à sa propre évolution. Ce qui ressort dans ses romans autobiographiques, ce sont ces différences de niveau social qui mettent des barrières entre les gens. Sa mère, avant elle, a été la seule de sa fratrie à vouloir s’extraire de la condition ouvrière, et elle s’est donné énormément de mal pour y arriver, doutant sans cesse.

« J'étais certaine de son amour et de cette injustice : elle servait des pommes de terre et du lait du matin au soir pour que je sois assise dans un amphi à écouter parler de Platon. » Annie Ernaux, avec le recul induit par le décès de sa mère, se rend compte que l’amour de sa mère a été plus profond qu’elle ne le pensait…

Au final, un court récit qui aborde le deuil de manière plus sociétale qu’émotionnelle. On y retrouve la plume courte, directe et réflexive de notre auteure nobélisée, mais aussi l’expression intime de quelques sentiments pudiques.   

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