L’Amour, François Bégaudeau (Folio, 01/2026)
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Un récit étonnant par sa forme linéaire ; une
narration – fleuve sans indications chronologiques alors que l’intrigue est
basée sur l’histoire d’une relation amoureuse débutée au moment de la rencontre
et terminée par le décès des deux protagonistes. Le format court, à peine cent
pages, offre étonnamment une densité qui happe le lecteur et le frappe en plein
cœur une fois la dernière page tournée. Epatant !
« Jacques tire une brune de son paquet,
et de la première taffe le courage de dire qu'il comptait emmener le chien en
forêt est- ce que ça lui dirait de les accompagner ?
ça lui dirait mais pas longtemps, sa mère l'attend à manger ce soir.
Jacques décroche le panier pour le fixer à l'avant. Le chien y prend ses aises
et les voilà partis : Jeanne derrière, Jacques au milieu, Boule à la proue. »
Jacques et Jeanne se rencontrent fortuitement alors qu’il vient, avec son
père, rénover une pièce dans l’hôtel où Jeanne est employée à l’accueil. La
balade du chien Boule sera le point de départ d’une relation amoureuse au long
cours.
« Fort des verres de pinot accumulés,
Jacques y va sans peur et fait tout comme Jeanne lui a appris. Il arrive même à
chanter en même temps sans désynchroniser ses pas. Il y a juste un moment où il
dit les paroles de Sylvie et passe son tour sur celles de Johnny. Il se reprend
sur le refrain où les deux sont en chœur.
- Si tu n'es pas vraiment l'amour tu lui ressembles. » Dans les années 70, on se marie rapidement, d’autant plus lorsqu’on
appartient à un milieu modeste. On suit le jeune couple dans les premiers pas
de la vie conjugale, ses tâtonnements et ses élans.
« Si on mange le pain du jour le
lendemain du jour, on mange toujours du pain d'hier. Ce à quoi Jacques objecte
que ben voyons. » Le style de l’auteur sert habilement ses
personnages, en permettant à son lecteur d’entrer dans leurs raisonnements car ce
sont aussi les siens ! On a l’impression d’être à table avec Jacques, ou
de préparer le clafoutis avec Jeanne !
Au final, un roman surprenant mais terriblement émouvant. S’il est question d’amour, nous ne sommes pas dans une romance, mais dans l’essence même de ce sentiment, lorsqu’il dure quarante, cinquante, soixante ans, toute une vie…

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