mardi 30 juin 2026

Le mangeur d'âmes, Alexis Laipsker (Pocket, 02/2022)

 


Le mangeur d'âmes, Alexis Laipsker (Pocket, 02/2022)

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Je referme ce livre, complètement bouleversée, au bord du malaise et les larmes aux yeux. Alexis Laipsker sait très bien me faire sortir de ma zone de confort et me retourner le cœur et le cerveau… Sur la couverture, un avertissement : « Dans l’horreur, la réalité peut dépasser la légende » ; c’est terriblement vrai, et d’autant plus effrayant…

« Le petit Leandro avait bien entendu le bruit d'un véhicule, mais il n'y avait pas prêté attention. Dans son monde, les monstres revêtaient de longues capes noires, avaient des rictus inquiétants, un rire diabolique. Et puis, les héros intervenaient toujours à temps. Dans la vraie vie, les monstres surgissent sans prévenir. » Des disparitions d’enfant mystérieuses se sont succédé dans un petit village de montagne. En cet hiver particulièrement neigeux, le commandant Elisabeth Guardiano, de la PJ, est appelée sur les lieux à la suite d’un double meurtre particulièrement atroce. Sur place, elle rencontre Franck De Rolan, gendarme enquêtant, lui, sur la disparition des enfants. Très vite, ils se rendent compte que leurs deux enquêtes se rejoignent.  

« - C'est étrange, ce diable, il a la gueule grande ouverte...
- Oui, comme s'il criait.
- Ou comme s'il voulait dévorer quelqu'un.
-Dévorer ?
- En sortant de sa cachette, le gamin ne cessait de répéter les mêmes mots : "Le Mangeur d'âmes, le Mangeur d'âmes..." »
Dans le village, d’autres meurtres vont être perpétrés, et même des oiseaux vont tomber du ciel, morts sur le coup. Pour les habitants, aucun doute, il s’agit de l’œuvre du Diable, d’autant plus que des statuettes démoniaques sont découvertes sur les lieux du drame.

« Pourtant, avant que les camps de concentration aient été découverts, c'était comme si personne ne savait rien. Ça n'a étonné personne qu'autant d'êtres humains disparaissent et ne reviennent jamais. » Comme souvent, dans les villages enclavés en montagne, le silence est roi. Des enfants disparaissent, des assassinats se multiplient, mais personne n’a rien vu, ni entendu.

Au final un roman captivant servi par des chapitres courts ponctués de rebondissements inattendus. On flirte par moment avec le surnaturel, les croyances et les légendes locales avec plaisir. Mais cette fin !!! Pfff, je ne m’en remets pas…. Il va me falloir du temps pour la digérer… Alexis Laipsker est un joueur de poker doué, et il m’a laissée au tapis !

dimanche 28 juin 2026

Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés

 




Les trois Filles du Capitaine Imanol – Les prisonniers de Mohina, Daniel Pagés (Max Landalls, 11/2020)

🚣🚣🚣🚣

Daniel Pagés est un auteur local avec lequel j’ai très envie de travailler dans le cadre de mon enseignement du Français auprès de collégiens. Je m’attèle donc en ce moment à découvrir son univers et réfléchir à des pistes pédagogiques exploitables par mes élèves. Cap sur l’aventure avec les filles du capitaine Imanol qui n’ont pas froid aux yeux !

« Lorsqu'elles avaient vu "La petite" emmener le nageur vers le village, elles avaient abandonné la lunette et enfilé en vitesse des vêtements plus adaptés à l'aventure. Elles avaient couru tout au long du raccourci qui menait au centre du bourg. Ce n'était pas tous les jours que Trois- Rivières recevait des visiteurs. » Sarah et Mina sont les sœurs aînées de Lucia, une jeune adolescente au caractère bien trempé. Celle- ci décide de porter secours à un adolescent qui vient d’amarrer, affamé et déshydraté. Pire encore, le frère de ce dernier est gravement blessé…

« On a un ami qui est prisonnier des pirates sur une île à plusieurs jours de mer d'ici. Et il nous a dit que le capitaine pourrait nous aider à le faire libérer. » En déroulant l’histoire de sa déconvenue, Jenn va entraîner les filles Imanol dans une expédition qui va se révéler bien dangereuse, et cela, à plusieurs reprises !

Au final, un roman jeunesse dépaysant, dans lequel on voyage dans les Antilles en découvrant le vocabulaire de la marine habilement amené. L’auteur sait rendre ses personnages attachants et ne les ménage pas ! J’espère que ce récit d’aventures plaira à mes élèves autant qu’il m’a plu.  

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)


 

L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie (Noir sur Blanc / Notabilia, 01/2026)

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J’ai lu ce livre à la suite nombreuses recommandations sur les réseaux sociaux, ainsi que celle de Mathilde Beaussault, dans l’émission « La Grande librairie ». Je savais donc ce à quoi je m’attendais ; le deuil d’un enfant parti trop tôt et des élans poétiques liés à la nature. Cap sur un récit polyphonique surprenant.

« Folie pour certains, rituel malsain voire pervers pour d'autres, mais c'est ainsi : irrésistiblement, dès que je visite un lieu nouveau et que l'occasion se présente, j'arpente les allées des cimetières. » Le narrateur, qu’on devine aisément double de l’auteur, s’est pris d’affection pour ces terres du Nord, sauvages, inhospitalières mais animées de légendes séculaires. La rudesse du climat des îles Féroé a empli les cimetières de corps, ou de cénotaphes, de tout âge.  

« Elle le devinait au fond d'elle. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'irait pas. L'intuition d’une mère, seule. » Place à Olga, Jonas, en 1902, qui donnent naissance à Anna. Une petite fille chétive, trop fragile. Dont on sait très vite qu’elle ne vivra pas longtemps.

« De toute éternité je bourrasque
à en peigner les herbes hautes
à en crucifier sur les barbelés des enclos
les virevoltants de laine
égarés par les moutons »
Le vent raconte son histoire, sa vision des choses, à coup de vers libres. Un regard externe plein d’empathie, et paradoxalement, d’exigence envers l’Homme.

« Personne ne se rend compte que les objets aussi peuvent pleurer leurs disparus. Le lien qui nous unit aux hommes est aussi insondable que la tristesse d'en être séparés. » Dans ce récit, les objets ont une âme et prennent la parole ; les planches du seuil, le bonnet tricoté par Elin, porté par Anna et trouvé par « l’Etranger ». Une croyance qui donne toute sa force au récit.

Au final, un récit très sensible, poétique, emmené par une tristesse indicible, celle de la perte d’un enfant et de la responsabilité de cette espèce de malédiction maternelle que même Freya, la sorcière de Gjogv ne saura proscrire. Si j’ai été émue par la lecture des premières pages, la suite m’a vraiment ennuyée ; trop onirique pour moi. 

jeudi 25 juin 2026

La gardienne, Sonja Delzongle (Fleuve éditions, 02/2026)

 


La gardienne, Sonja Delzongle (Fleuve éditions, 02/2026)

💖💖💖💖💖

Intense. Dense. Intelligent. Palpitant…. Je pourrais citer des dizaines d’adjectifs mélioratifs pour qualifier mes impressions de lecture une fois le livre refermé ! Je suis ravie d’avoir découvert l’écriture de Sonja Delzongle avec ce roman qui m’a fait passer par bien des émotions !

« - Et Gerda, ça veut dire quoi ? avait demandé Rune, les yeux écarquillés.
- La gardienne.
- Pourquoi tu l'as appelée comme ça ?
- Elle est née avant toi et elle te protégera lorsque ta mère et moi ne serons plus de ce monde. Elle sera ta gardienne. La gardienne du secret. »
Gerda et Rune sont les deux filles d’un géant norvégien et d’une timide étudiante française. Après avoir débuté leur vie commune à Lille, Frode Olsen décide d’emmener vivre sa famille en pleine forêt, dans le Morvan, loin de toute civilisation et en auto- suffisance. La « Petite Norvège » comme il l’appelle est présentée comme un havre de sécurité, mais très vite, des frictions vont apparaître entre les membres de la famille. Des tensions qui vont mettre à mal la sérénité de l’aînée, Gerda, la « gardienne ».

« Sans s'en rendre compte, Frode avait cultivé chez sa plus jeune fille une véritable richesse et une différence, qui, ce jour de septembre 1996, seule face à ses bourreaux, avaient mis sa vie en danger. » Frode voulait un garçon. Il a eu deux filles. Pour compenser sa frustration, il va élever sa cadette, Rune, comme un garçon. Mais les différences qui s’acceptent dans l’intimité vont porter préjudice à l’adolescente dans le cadre de sa scolarité, en compagnie de ses pairs adolescents.

« En réalité, on ne guérit pas du mal. On le porte en soi et il peut se réveiller à la moindre occasion. » Le « Mal » est présent dans chaque strate du roman. Aucune relation – ou presque – ne garantit bonheur et stabilité. Les personnages, impeccablement construits psychologiquement parlant, portent tous en eux des fêlures qui feront, ultérieurement, d’eux des êtres potentiellement dangereux pour autrui.

Au final, j’ai vraiment adoré ce roman. La relation entre les deux sœurs, qui représente le fil conducteur de ce récit, est incroyable, avec l’amour et la haine sans arrêt dans la balance, quelles que soient les années. Le vécu de ces deux personnages est incroyable, entre reconstruction et « nature writting ». J’ai en effet beaucoup aimé l’évocation de la nature, cette mère nourricière parfois aussi traître qu’un être humain ! Cette histoire va longtemps me marquer ; ne serait- ce que pour Teddy…

dimanche 21 juin 2026

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)


 

Sales gosses, Mathieu Lecerf (Harper Collins, 04/2026)

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J’avais beaucoup aimé les deux premiers tomes de « La Trilogie du démon » (je me demande pourquoi je n’ai pas lu le troisième d’ailleurs) et je me suis jetée sur cette nouvelle parution de Mathieu Lecerf, intriguée par le titre, l’intrigue mais aussi par la couverture qui me faisait penser immédiatement à la série « Stranger Things » que j’avais beaucoup aimée.

« J'ai entendu les copains débarquer derrière, ils rigolaient toujours comme des sales gosses. Ils ne l'avaient pas remarqué. Ils étaient plongés dans ce qu'il leur restait encore d'innocence et d'insouciance, mais tout allait bientôt voler en éclats sans retour possible. » James (Jimmy) le narrateur raconte son enfance plutôt heureuse auprès de son père et d’une bande de copains avec qui il va faire les quatre cents coups ! Jusqu’à ce qu’un meurtre abominable ait lieu dans leur petit patelin pourtant réputé tranquille.

« Mon père était un homme beau, bon, intelligent, qui avait tout pour lui, pourquoi se serait - il livré à une atrocité pareille ? C'était insensé ! Il n'y avait aucune explication rationnelle à ça, je n'y croyais pas.
Mais j'étais bien le seul. »
C’est finalement le père de Jimmy qui va être accusé du meurtre. Une accusation incompréhensible pour l’adolescent qui subira par la suite son statut d’orphelin. Comment se construire sur ces incompréhensions et à la suite d’un tel drame ?

« Je ne pensais plus à Henri depuis des années, mais ces derniers jours je ressentais de nouveau sa présence, son ombre néfaste, tapie dans la pénombre de mon âme.
Que me voulait- il aujourd'hui ? »
Devenu écrivain à succès, Jimmy essaie désespérément de trouver un équilibre dans sa vie personnelle, alors qu’il s’est installé à Paris. Mais un jour, il va recevoir une lettre de son père qui lui confesse, alors qu’il va mourir, son innocence, trente- quatre ans après les faits. Jimmy ne voit d’autre possibilité que de retourner à La Saussaye, là où il a vécu ses meilleures et ses pires années. Il a besoin de mener ses propres investigations.

Au final, un roman à la pression grandissante. Le personnage du narrateur est rendu terriblement attachant grâce aux émotions qu’il exprime, que ce soit dans la partie « Enfant » ou dans celle qui est intitulée « L’adulte ». J’ai frémi avec lui, j’ai été surprises par les retournements de situation et j’ai été émue par la résolution de l’intrigue, que je n’avais absolument pas devinée. Une très bonne lecture ! 

mercredi 17 juin 2026

Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

 



Des cris dans l’écume, Daniel Pagés (Yucca, 09/2017)

🦭🦭🦭🦭

Daniel Pagés est un auteur local que je souhaite faire intervenir l’année prochaine auprès de mes élèves de collège. Je me penche donc actuellement dans ses romans pour préparer de futures pistes de travail et d’échanges. En grande amoureuse de la mer, il me semblait évident de commencer ces lectures par « Des cris dans l’écume ».

« Les guetteurs qui l'habitaient autrefois avaient disparu depuis près de deux siècles et comme souvenir d'eux ne restait que le nom de la bâtisse : "Ar Geder", la vigie. » Lena passe ses vacances chez Marie – Anne, sa grand- mère qui vit en Bretagne, en bordure de l’Atlantique. Un bonheur pour cette adolescence qui adore nager et surfer en compagnie de son ami Erwan.

« "Il faut le délivrer. Vite !" Elle sentit tout à coup l'urgence. Quelqu'un était en danger. Epuisé.
"Vite !"
Elle entendit un cœur qui battait faiblement. Un souffle. »
Lena a hérité d’un don particulier lui permettant d’être en connexion avec la faune et la flore locale. Un talent lui permettant de sauver les êtres vivants en difficulté et qui va bien lui servir.

« Elle avait remarqué l'année précédente une nouvelle catégorie de sable qui colorait une laisse de mer. Le fruit d'une dizaine d'années de travail de l'océan pour digérer les emballages qui se balançaient au fond de l'eau. Des petits grains de plastique multicolores qui pouvaient remplir l'estomac de certaines espèces marines et les empoisonner. » Ce conte possède une belle portée écologique et dénonce la pollution incroyablement destructrice sur notre faune marine. Les discussions intergénérationnelles sont formidables concernant ce sujet.

Au final, un roman court à l’écriture fluide et aux chapitres courts qui saura séduire les jeunes lecteurs effrayés par les « pavés » ! Les personnages sont attachants et j’ai énormément apprécié les liens tendres que les protagonistes entretenaient entre eux, générations confondues. La mer est abordée avec une sensibilité poétique qui m’a touchée et charmée. Une belle découverte aux embruns vivifiants !

lundi 15 juin 2026

Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

 


Nos armes, Marion Brunet (Le Livre de poche, 01/2025)

💗💗💗💗

Voilà un roman que j’ai failli abandonner au bout de cinquante pages ; je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire ni à m’attacher aux personnages. Peut- être ces derniers étaient- ils trop nombreux ? Ou alors le début était- il trop obscur ?

« Dès lors, ton visage a plané sur ma nuit, dans les pupilles stupides de mes yeux écarquillés, et ton sourire tendu au volant de la voiture, juste avant le braquage. Mon dernier baiser, mon regard sur tes mains qui serraient le volant. Puis l'une est venue se poser sur ma joue. Je me souviens de ton anxiété, tu m'as soufflé de faire attention. » Mano et Axelle font partie de la même bande ; des jeunes contre le système, contre le capitalisme, et qui voient dans les grèves de 1996 l’occasion d’exister. Au cœur du squat dans lequel ils vivent au jour le jour, les deux jeunes femmes, elles, se cherchent, se rapprochent, et s’aiment enfin.

« Ils étaient beaux, marchant d'un pas égal sur la place, dans un des premiers jours du printemps. Investis d'une mission, porteurs d'interdit, de résistance à l'ordre mondial capitaliste, à l'exploitation des pauvres, ils marchaient au- dessus du monde, au- dessus des pavés, au- dessus des lois. » Notre bande de jeunes va fomenter un braquage, pour défendre leurs idées et combattre le capitalisme. Mais les flics vont débarquer, bien plus tôt que prévu. Ce sera un carnage. Axelle écope de vingt- cinq années de réclusion. Mano tente de refaire sa vie…

« La lumière est délicate, un orangé printanier, c'est drôle comme rien, ce matin- là, ne prédispose à la violence de ce qui la précède. » La nature, le dehors, l’extérieur, a une place prédominante dans ce roman. Logique, quand l’une des protagonistes principales est enfermée pour l’équivalent d’un quart de vie. Mano, elle, va s’accrocher à cette nature, ses ambiances et ses couleurs, pour se réinventer, entière, dans une vie qu’elle a si peu choisie.

Au final, je dirais qu’il s’agit d’un roman « qui se mérite ». Il faut accepter une certaine langueur, une certaine pesanteur bien noire, qui obscurcit les cœurs et les âmes. On a envie de dire aux protagonistes qu’ils ont bien cherché ce qui leur est arrivé, et puis, au fil des pages, on se ravise. On savoure la poésie des mots et des instants… et on soupire avec Mano. 

jeudi 11 juin 2026

Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

 


Crush, Momo Yamaguchi (Actes sud, 05/2026)

💋💋

Après avoir lu Benjamin Dierstein, j’ai eu envie de me plonger dans un roman plus léger. « Crush », roman relatant la quête désespérée de l’amour d’une jeune Japonaise s’y prêtait parfaitement !

« Vingt- quatre ans, presque un quart de siècle, et vierge. Une anomalie, une espèce que ma mère préférerait voir éteinte tellement je fous la honte. » Mika est une jeune femme un peu farouche. Malgré une bonne situation professionnelle, elle peine à se rendre « populaire » et sa vie sociale est quasiment inexistante. Comment rencontrer des garçons quand on est solitaire et qu’on ressemble à un garçon ?

« Chaque fois que mon téléphone vibre pour m'annoncer un nouveau texto et que mon écran s'illumine avec son nom, une dose de sérotonine monte directement à mon cœur. Ce doit être ça, l'amour. » Et puis Mika rencontre Tai, un expatrié américain. Il sera son « presque » premier amant, mais pour elle, assurément, l’amour de sa vie. Mais lui ne voit pas les choses de la même manière. La première d’une série de longues désillusions….

Au final, un roman rigolo à lire, mais qui s’adresse avant tout à un lectorat jeune, mais pas trop, du fait des nombreuses vulgarités à caractère sexuel ponctuant le texte. La petite Mika fait pitié, pas rêver, et son histoire, parfois sarcastique concernant le monde de la séduction actuel, s’est révélée un peu trop superficielle pour que je m’y retrouve un tant soit peu. 

lundi 8 juin 2026

Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

 


Le Bête du Gevaudan, Bernard Soulier (Edicréer, 05/2026)

💙💙💙💙

La Bête du Gevaudan, tout le monde en a entendu parler et pourtant, encore aujourd’hui, le mystère quant à la véritable nature de cet animal monstrueux n’a toujours pas été élucidé. Pourtant, avec une centaine de morts, elle a su marquer les esprits à travers les époques, puisqu’il nous faut remonter à l’année 1765 pour revivre les attaques que même les meilleurs envoyés du roi, Louis XV, n’ont pas réussi à endiguer.

« Le roi a décidé que je serai élevé et éduqué aux frais du royaume. Je suis alors parti dans une école de Montpellier où j'ai pu apprendre à lire, à écrire, à compter et grâce à mon exploit face à la bête, moi qui étais destiné à être un simple petit paysan du Gévaudan, je pourrai peut- être, plus tard, réaliser mon rêve qui est de devenir officier dans l'armée de mon pays. » Jacques Portefaix, douze ans, a réussi à mettre la Bête en fuite alors qu’elle s’était attaquée à son petit groupe d’amis. Son exploit lui permettra d’être en mesure de mettre son histoire en mots.

« Cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours, avec six griffes à chacune de la longueur d'un doigt, la gueule extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celui d'un cheval, le corps aussi long qu'un léopard, la queue grosse comme le bras, le poil de la tête noirâtre, les yeux de la grandeur de ceux d'un veau et étincelants, les oreilles courtes comme celles d'un loup et droites, le poil du ventre blanchâtre, celui du corps rouge avec une raie noire tout au long du dos ! » Comment décrire quelque chose qui n’existe pas ? En utilisant des comparaisons, lesquelles seront toujours hyperboliques quand on veut effrayer son auditoire !

« D'Enneval, c'est le nom de ce chasseur réputé, est arrivé ainsi en Gévaudan le 20 février 1765. Son premier travail a été de faire partir les soldats afin de pouvoir chasser seul et surtout de ne pas avoir à partager la récompense promise à qui tuerait la bête. » Le roi va tenter différents stratagèmes pour capturer la Bête, mais aucune ne portera ses fruits… De quoi entretenir le mystère pour encore de longs siècles…

Au final, un petit livre factuel sur les faits connus autour de cette Bête du Gevaudan qui fascine aussi bien les grands que les petits depuis tellement d’années. Le texte est fluide et accessible aux enfants dès dix ans, et je vais le proposer à mes élèves collégiens. Nul doute que certains seront intéressés par cette histoire bien rédigée.

dimanche 7 juin 2026

La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

 


La sirène qui fume, Benjamin Dierstein (Points, 02/2023)

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Enorme ! Je ne vois que cet adjectif, « énorme », pour qualifier ma lecture de ce roman policier au suspens insoutenable et à l’intelligence remarquable ! Cap sur l’année 2001, ses élections présidentielles précédées de scandales et de magouilles en tous genres.

« La femme hurle de plus belle.
Tu exploses et tu sors de l'appartement : la porte des voisins est ouverte. Tu rentres.
Lui : en train de frapper sa femme, à terre. Dans le couloir : un petit garçon en pyjama, qui regarde la scène. Par terre : du verre brisé, une chaise cassée, un sac à main renversé, des pièces de monnaie. Sur les murs : du sang. »
Kertesz est une espèce de ripoux depuis que sa femme l’a quitté. L’alcool, la drogue et les filles émaillent son quotidien de flic au 36. Incessamment sur les nerfs, il règle ses comptes à coups de poing et de flingues ; il n’a rien à perdre, même si le pouvoir l’attire irrémédiablement.

« Elle pousse un soupir et retourne se coucher, et moi je reste dans le couloir comme un crétin, voilà ce que c'est la vie de flic, rentrer exténué après deux jours sans dormir, pour essayer de combattre l'horreur, pour protéger sa famille, puis rentrer à la maison et se retrouver seul, aussi seul qu'on l'est tout au long de la journée, quand on passe des heures à poursuivre des cadavres. » Gabriel Prigent débarque à la PJ parisienne. Il traîne derrière lui une rumeur de traitre, étant donné qu’il n’a pas hésité à dénoncer les travers d’anciens collègues à force d’idéalisme de justice. C’est aussi un ancien militaire profondément blessé psychologiquement parlant, après une opération désastreuse s’étant déroulée au Tchad.

« Silence de dix secondes pendant lequel j'essaye de l'imaginer vivante, sans sa peau verte, sans sa tête cramée, sans ses brûlures de cigarette, et j'ai beau y mettre toute mon énergie, dès que je la visualise je vois sa peau verte, sa tête cramée, ses brûlures de cigarette. » Nos deux policiers vont se retrouver à enquêter sur la même enquête, mais pas pour les mêmes raisons. La compétition entre les deux hommes va rapidement prendre les couleurs d’une vendetta personnelle, pour l’un tout comme pour l’autre.

Au final, un roman policier vraiment très dense, ancré dans la réalité de la vie politique de l’année 2011 (d’ailleurs, des extraits d’articles radiophoniques de l’époque sont retranscrits) et servi par une intrigue fictionnelle particulièrement efficace. Les personnages de Prigent et Kertesz sont attachants, criants de vérités avec leurs troubles affectifs et leurs défauts. J’ai vraiment hâte de les retrouver dans les deux tomes qui complètent cette saga nommée « Echos des années grises ». 

lundi 1 juin 2026

La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

 




La gosse, Nadia Daam (Le Livre de Poche, 05/2025)

💙💙💙💙

J’ai découvert Nadia Daam cette année avec son roman « Des filles comme il faut ». Comme j’avais beaucoup aimé la prose de cette journaliste, j’ai eu envie de la lire encore et je me suis donc lancée dans « Ma gosse », un récit autobiographique dans lequel elle raconte son lien avec sa fille, les joies et désillusions de la maternité ; surtout au moment de l’adolescence !

« Et puis, ça m'a sauté aux yeux.
De toutes les familles que je zieutais de partout, aucune ne ressemblait à celle à laquelle j'appartenais quand j'étais petite. Aucune ne ressemble non plus à celle que je forme avec la gosse. »
L’auteure observe sans cesse son environnement, l’analyse, cherche à le comprendre sous toutes ses formes. Comment vivent les autres ? Entre son enfance au sein d’une famille immigrée et nombreuse et sa vie de maman ayant un poste que l’on peut estimer privilégié, un écart se creuse ; de quoi se remplit- il ?

« C'est seulement maintenant que je me demande quels peuvent être les motifs de ces garçons et de ces hommes qui s'émeuvent d'une juvénilité érotisée. La réclament même. » Alors que la « gosse » devient adolescente, Nadia Daam se souvient de certains hommes, croisés quelques années plus tôt dans des soirées, qui avouaient leur attirance envers les « Lolita ». Si, à l’époque, cela ne l’avait pas contrariée, maintenant que sa fille est devenue la cible potentielle de ces prédateurs, cet état de fait l’inquiète terriblement. Comment protéger nos filles ? Pourquoi ne pas éduquer mieux nos garçons ? Vaste sujet…

Au final, un récit lu avec intérêt. Même si je ne suis pas d’accord à 100% avec les idées de l’auteure, j’aime son regard ciselé sur la société d’aujourd’hui et sur le rôle donné aux femmes, son sarcasme envers ses propres travers, et la sincérité de ses mots qui font qu’on ne peut que se retrouver dans les situations évoquées, en tant que fille, mère ou femme en général.