samedi 13 août 2022

Le temps passé avec un chat n’est jamais perdu, Véronique Aïache (J'ai Lu, 06/2022)


 

Le temps passé avec un chat n’est jamais perdu, Véronique Aïache (J'ai Lu, 06/2022)

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Et si la compagnie des chats nous permettait de vivre mieux ? La narratrice de ce roman – essai va développer le concept et l’éprouver elle-même. Récemment abandonnée par un homme dont elle était tombée éperdument amoureuse après son divorce, Juliette peine à remonter la pente. Un séjour à Goa auprès de sa sœur et la commande de son éditrice d’un essai intitulé « La méthode chat » vont lui demander des temps d’observation et d’analyse du comportement félin qui se révéleront salvateurs.

 

« Maintenant, c'est grâce aux pieds que nous nous déplaçons, mais c'est aussi à cause d'eux que nous restons immobiles, bloqués dans un lieu ou sur nos positions, incapables de nous extraire d'une situation insatisfaisante pour nous mettre en quête d'une meilleure. » Juliette est partie en Inde, rejoindre sa sœur, histoire de sortir de son état dépressif. Mais une petite blessure, du fait des conditions d’hygiène locale déplorables, va se compliquer et nécessiter l’intervention d’un médecin. Ce dernier fait rapidement un lien entre le physique et le moral de sa patiente française. Le départ d’un questionnement existentiel est lancé.  

 

« Être soumise à sa volonté parce que j'avais égaré la mienne. M'endormir avec lui pour profiter de quelques instants d'oubli. Interdire aux heures qui passent de rompre ce bref instant de grâce et chercher, chercher encore la cohérence de la vie. » A Paris, Juliette vit avec trois chats. Ceux-ci sont d’un réconfort incomparable ; leur sixième sens leur indiquant la détresse émotionnelle de leur maîtresse. Rien d’étonnant pour cette quinquagénaire qui a déjà écrit plusieurs traités sur les chats.

 

« Comment font-ils pour si bien savoir profiter de l'instant présent sans craindre le futur ni souffrir du passé ? Quel est leur secret pour ne jamais s'ennuyer, pour tirer profit de toutes circonstances, pour marcher droit en direction de leurs buts sans jamais trébucher sur l'impatience ? Par quel moyen réussissent-ils à vivre si pleinement l'attachement tout en fuyant la dépendance ? » Juliette observe ses chats, compare leur comportement avec celui des êtres humains, et s’appuie sur des citations de penseurs ou d’auteurs pour énoncer des lignes de conduite plus zen, susceptibles de nous aider à affronter les aléas de la vie.

 

Au final, un livre très agréable à lire puisque le récit fictif est disposé en alternance des extraits de l’essai que la narratrice est en train de rédiger, à la manière d’une mise en abyme.  Les amoureux des chats apprécieront de découvrir la description des habitudes de leurs compagnons favoris, illustrée de citations d’auteurs connus, et complétée par un récit aux accents de développement personnel. 

vendredi 12 août 2022

Insanity love, L.S.Ange (Elixyria, 07/2022)



 Insanity love, L.S.Ange (Elixyria, 07/2022)

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Mélorine est une jeune femme cabossée par la vie. Fille d’une schizophrène qui se shoote à longueur de journée et d’un père alcoolique et violent, elle a fui le domicile familial dès sa majorité, son petit frère, Tobias, sous le bras. Mais difficile pour une jeune femme sans diplôme de trouver un travail digne de ce nom, et les factures s’accumulent, en plus de divers déboires, y compris sentimentaux. Mais de toute façon, l’Amour, Mélorine n’y croit pas ; sa mère le lui a assuré maintes fois : l’amour, « ça n’existe pas ! »

 

« Je préfère être seule que de dépendre de quelqu'un. Parce que l'amour, c'est ça : on aime et on devient dépendant de l'autre. On ne peut plus vivre ni respirer sans lui et lorsqu'il vous abandonne, parce qu'il ne faut se faire aucune illusion, il le fera, eh bien vous êtes à l'agonie. Vous avez tout perdu, même votre âme. » Mélorine est une jeune femme brisée. Son passé, qu’elle partage avec le lecteur par le biais de cauchemars récurrents, est abominable. La faim, les coups, la saleté et la maltraitance psychologique ont formé un terreau fragile sur lequel elle a poussé, en s’érigeant une forteresse émotionnelle. Elle ne fait confiance à personne et les hommes, pour elle, ne sont pas plus que des rendez- vous d’un soir ; impossible d’envisager une relation suivie et encore moins un engagement affectif à plus ou moins long terme…

 

« Les médecins nous avaient dit que ce n'était pas héréditaire, peuvent-ils se tromper ? Est- ce que je deviens cinglée, comme ma mère ? Non, je ne peux pas être schizophrène... » Suite à une candidature pour un emploi dans l’entreprise Dangelo, Mélorine est convoquée pour un entretien qui va se dérouler de manière catastrophique. Mais, chose étrange, suite à cet échec, des phénomènes étranges vont troubler le quotidien de la jeune femme. Est-elle en train de perdre la tête comme sa mère avant elle ? Quelqu’un cherche-t-il à lui faire une mauvaise blague ? Pourquoi ?

 

« La honte m'envahit. Moi-même, je ne comprends pas mes réactions. J'ai peur, juste peur de me faire avoir, alors je me barricade derrière des barrières imaginaires. Je provoque des conflits pour mettre de la distance entre nous. La vérité c'est que je l'apprécie beaucoup trop, je suis sous son charme, c'est effrayant. » Alors que Mélorine tombe sous le charme de Roméo Langlois, le collaborateur de Dangelo, elle se sent la proie d’émotions et de sensations inédites, qui la terrifient ; pour cause, elle ne les a jamais expérimentées et ne sait pas comment les gérer. Le doute, la crainte puis la peur n’engendrent qu’une issue ; la fuite. Mais que fuit – elle réellement ?

 

Au final, un roman certes axé sur une romance, mais davantage porté sur la thématique de la résilience. L’auteure explore avec finesse la reconstruction difficile de jeunes gens suite à une enfance baignée dans la maltraitance familiale. Comment se construire socialement et émotionnellement lorsqu’on vous a continuellement rejeté ? L.S.Ange a élaboré avec Mélorine un personnage éminemment attachant. Ses fragilités psychologiques sont palpables et on ne peut que se poser tout un tas de questions quant à l’issue de l’intrigue. Roméo est lui aussi un personnage complexe, et la finesse de sa caractérisation permet au récit de produire des rebondissements divers et inattendus. L’histoire tient en haleine, et le dénouement, proche de celui d’un thriller est étonnant ! Si vous voulez des frissons et des émotions, foncez !

mercredi 10 août 2022

The lion, Jess DogStar (Elixyria, 01/2018)



 The lion, Jess DogStar (Elixyria, 01/2018)

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Cap sur l’Afrique ! Au cœur d’une réserve naturelle gérée par Alana, jeune française courageuse et passionnée par les animaux. Son quotidien est constitué de soins portés aux animaux sauvages blessés ou abandonnés, mais aussi à la recherche de subventions pour faire perdurer le refuge. Alors quand survient Aaron, le neveu de son mentor, Christian, qui semble plus désabusé par la situation qu’on lui impose que par le projet, de nombreux doutes apparaissent. Pourquoi est-il là ?

 

« Depuis mes trois ans, je fais une fixation sur les lions et autres félins. Pas de chambre de princesse pour moi, mes murs recouverts de posters les représentant, mon lit était le refuge d'une nuée de peluches. Je me prenais pour Noé sur son arche, à sauver ces animaux, à refaire le monde, à viser avec la mitraillette de la panoplie de Rambo de mon grand frère, les chasseurs et autres braconniers. » La passion, l’amour des animaux, on la retrouve souvent chez les enfants, mais il est rare de voir cet intérêt perdurer dans leurs projets professionnels. Les places sont chères, de toute manière, que ce soit pour devenir vétérinaire ou soigneur animalier. Nos amis à poils ou à plumes ne connaissent pas les 35h et seules les personnes qui leur sont dévouées à 200% sont aptes à s’occuper réellement des animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages.

 

« "L'animal ne possède rien, sauf sa vie, que si souvent nous lui prenons." Marguerite Yourcenar. » Alana va vite se rendre compte que tout le monde ne partage pas son amour des animaux. Pour certains, ils ne sont que des moyens de s’enrichir ; une corne de rhinocéros, une peau de lion ou de guépard sont des produits de choix pour des milliardaires avides de luxure et des braconniers sans scrupules. Ces derniers tentent régulièrement de pénétrer dans l’enceinte de la réserve, sous couvert de la mafia.

 

« Elle ne mourra pas ce soir, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, et même au-delà, pour revoir son sourire, sa joie devant les animaux et ses soupirs de bonheur dans mes bras. »  Aaron va finalement devenir le seul espoir d’Alana quand la mafia russe viendra s’en prendre à elle parce qu’elle contrarie leurs projets. Le début d’un avenir commun ?

 

Au final, un roman vraiment chouette pour les amoureux des animaux, dont je fais partie. Quel plaisir de découvrir le fonctionnement d’une réserve africaine, de partager les inquiétudes justifiées des protagonistes quant à la perpétuation de certaines espèces, et de se rendre compte, certes dans la fiction, que c’est toujours l’argent qui décide de la destinée de la vie animale. Un récit peut-être un peu trop court, mais justement documenté, proche de la triste réalité, mais avec une pointe d’optimisme.  

mardi 9 août 2022

Nos cœurs en chute libre, Valentine Stergann (Hugo, 07/2022)



 Nos cœurs en chute libre, Valentine Stergann (Hugo, 07/2022)

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Ah, les vacances entre copains lorsqu’on a la vingtaine et qu’on est célibataire ! Des moments de délire qui procurent des souvenirs uniques ! Et pourtant, pour Félicie, la semaine qui se profile avec la « Team Rockett », la bande de potes de sa meilleure amie Gladys, s’annonce épouvantable. En effet, la jeune femme souffre d’être en surpoids mais aussi d’un grand manque de confiance en soi.

 

« A J-1 avant le départ, je n'ai plus qu'une envie : recevoir enfin ma lettre pour Poudlard et quitter le monde des Moldus. Gladys m'envoie une multitude de messages pour s'assurer que ma valise est prête. Ma valise l'est. Pas moi. » Félicie a accepté la proposition de son amie Gladys et la voilà en sa compagnie, toutes deux prêtes à rejoindre la bande d’amis, dans un premier temps, pour une semaine en Corse. Mais elle y va en traînant des pieds !

 

« Sartre avait tort. L'enfer, ce n'est pas les autres. L'enfer, c'est le camping. » Bye- bye la Corse, suite à un souci de location. Ce sera finalement un camping près des gorges du Verdon qui accueillera Félicie et les amis de Gladys. Difficile de se réjouir pour une jeune femme complexée, qui craint toutes les situations où il faut se mettre en avant et où l’intimité n’est plus qu’un lointain souvenir. Sur place, c’est l’horreur : étant donné que la bande a invité deux personnes de plus, Félicie, au lieu de partager le mobil- home avec les autres, se retrouve à devoir partager une tente avec un inconnu.

 

« - Je t'apprécie vraiment, Félicie. Tout ce que j'ai pu dire ou faire était sincère. Je ne vois pas pourquoi ça pose problème que je puisse être à la fois attiré par Joséphine et par une fille comme toi.
Mes yeux s'écarquillent.
- Une fille comme moi ?
J'avais oublié à quel point les mots peuvent faire mal. »
L’inconnu avec qui Félicie partage la tente, Andrès, se révèle être un véritable Play- boy : professeur de sport blond aux yeux bleus ; le jeune homme fait craquer aussi bien les femmes que les hommes du camping… Mais au plus grand étonnement de Félicie ; c’est sur elle que le beau blond va jeter son dévolu. Mais est-il sincère, ou est- ce encore un jeu de séduction destiné à se moquer d’elle ?

 

Au final, une romance estivale que j’ai dévorée. Il est rare de voir évoluer dans ce genre de récit une héroïne portant du 46 et j’ai beaucoup aimé que l’auteure mette le doigt sur les diverses discriminations que subissent les personnes en surpoids tant de la part de leur famille, que dans le regard des gens dans la rue. Valentine Stergann utilise la thématique de la différence avec intelligence et empathie. Les émotions mais aussi les réflexions sont au rendez- vous, servis par des personnages charismatiques et une plume habile. Je recommande !

lundi 8 août 2022

Nymphéas noirs, Michel Bussi (Pocket, 09/2013)


 

Nymphéas noirs, Michel Bussi (Pocket, 09/2013)

😟

 Voici le troisième roman que je lis de cet auteur, et c’est celui qui a eu le plus de succès, remportant même cinq prix littéraires. Nous sommes à Giverny, village normand dans lequel le peintre Monnet a laissé ses empreintes en y peignant sa célèbre série des Nymphéas. Mai 2010, un meurtre y a été commis. Le lieutenant Sérénac, fraichement muté depuis Albi, va s’attacher à découvrir ce que cachent les habitants de ce village touristique, afin d’en débusquer le coupable.

 

« Trois femmes vivaient dans un village.
La troisième était la plus douée, la deuxième était la plus rusée, la première était la plus déterminée.
A votre avis, laquelle parvint à s'échapper ? »
L’intrigue tourne autour de trois femmes : la vieille dame qui raconte l’histoire, l’institutrice charmante aux yeux mauves, et la petite Fanette qui apprend à peindre. Au milieu des Givernois placides et des touristes passionnés par Monet, elles se détachent du paysage. Le lieutenant Sérénac, accompagné de son adjoint, va avoir bien du mal à faire avancer son enquête sur le meurtre de Jérôme Morval, ophtalmologiste passionné par Monet et grand coureur de jupons. Les beaux yeux de la maîtresse d’école vont quelque peu altérer son jugement…   

 

« Soyez alors certains d'une chose, d'une seule : il n'existe aucune coïncidence dans toute cette série d'événements. Rien n'est laissé au hasard dans cette affaire, bien au contraire. Chaque élément est à sa place, exactement au juste moment. » L’affaire piétine. Le récit, lui, se perd dans des descriptions des paysages qui entourent Giverny, et des passages didactiques dédiés à l’impressionnisme.  

 

Au final, un récit ennuyant, une plume que je qualifierais de « plate » tant le vocabulaire utilisé est pauvre (et que dire du « rabâcher les oreilles » ?). Les personnages n’ont aucune consistance et le mépris dont ils font preuve les uns envers les autres m’a profondément déplu. Et les incohérences ! Dignes d’un mauvais remake de « Retour dans le futur » !!! Je doute fort de relire un jour un Bussi…