samedi 24 janvier 2026

Sécher tes larmes, Meï Lepage (Verso, 01/2026)

 



Sécher tes larmes, Meï Lepage (Verso, 01/2026)

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Cap sur Annemasse où une jeune femme vient de disparaître. L’affaire est loin d’être banale puisque la victime avait déjà été enlevée, sept ans plus tôt, selon le même procédé. Elément troublant supplémentaire ; il s’agit de la fille du commandant de police de la vile. Qui en veut à cette jeune femme ? A moins que ce ne soit son père que l’on vise ? Emma Fauval, enquêtrice à la PJ de Créteil est envoyée sur place, afin de faire profiter le commissariat de son expertise de terrain, mais aussi de sa connaissance des lieux et de la victime.

« Tout en me serrant contre toi, tu as ouvert une trappe. Ça puait le moisi et le renfermé. Tu m'as forcée à descendre, et une fois en bas, tu m'as mise le dos au mur. Là, je n'arrivais plus à réfléchir. Je flottais, quelque part entre les toiles d'araignées que je sentais s'étirer contre ma peau gelée et le plafond imbibé d'eau. » Adèle a été enlevée et séquestrée une première fois en 2017. Ses ressentis sont retranscrits dans certains chapitres pour que le lecteur s’’imprègne de la terreur qui a tourmenté la jeune fille et comprendre celle qui doit l’assaillir en 2024.  

« Le problème avec les odeurs, c'est qu'elles nous plongent trop violemment dans les souvenirs. Ça marque les époques au fer rouge. Pareil avec la musique. Ça transforme la vie en un champ de mines impossibles à esquiver. » L’auteure utilise ses souvenirs d’habitante d’Annemasse et mobilise ses propres souvenirs pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants de cette étrange enquête.

« Les mois suivants, j'ai croisé ceux que je passais mon temps à arrêter dans la rue, en train de faire des conneries plus ou moins diversifiées. Je ne comprenais pas ce qui pouvait bien foirer pour qu'ils ressortent chaque fois. » Emma Fauvel est une jeune policière, à l’image de l’auteure. J’ai beaucoup aimé lire des réflexions liées au réel de la profession dans notre société actuelle, avec ses défaillances de plus en plus incompréhensibles…

Au final, un premier roman remarquable. Meï Lepage plonge sa plume dans son quotidien de policière en y ajoutant un talent littéraire indéniable. Un roman policier qui flirte habilement avec le thriller. Je serai au rendez- vous pour le deuxième !

vendredi 23 janvier 2026

Silence, Tome 6, Yoann Vornière (Kana, 12/25)

 



Silence, Tome 6, Yoann Vornière (Kana, 12/25)

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Lame a réussi à réveiller son amie Lune ainsi que toutes les autres personnes endormies à Haut – Fort. Mais Hêtre n’est pas prêt à laisser quelqu’un d’autre régner sur son univers…

« Les gens semblent avoir choisi... entre les mains de qui Haut - Fort doit être transmis ! » Les tensions sont palpables entre celui qui gouverne et ceux qui se battent. Ont- ils vraiment le même objectif de survie ?

« Ils viennent vraiment du ciel ? Qui sont- ils ? Je les ai jamais vus... » De nouveaux personnages interviennent dans ce tome. Envoyés par Phalène, qui ne se présente toujours pas, ils sont là pour prendre la température des survivants de Haut- Fort mais aussi leur laisser l’espoir d’un autre monde qui se rapprocherait de celui que les Anciens mentionnent.

« Certains engrenages ont besoin de plus de temps que d'autres pour stopper leur inertie. » Volémie et Lune ont un regard empli de sagesse sur la situation. Certains regrettent le passé, tous aspirent vers un futur aseptisé de toute forme monstrueuse. Mais comment passer de l’un à l’autre ? Dans ce tome réside l’espoir qu’une solution est possible.

Au final, un tome arrivé un peu loin du précédent et il m’a été compliqué de resituer les événements et les personnages dans ceux- ci. Ce tome clôt un livre I et je me demande quels seront les éléments conservés pour la suite. J’ai trouvé le tout un peu « fouillis » mais j’ai aimé le côté positif qui se dégage de l’ensemble. Que nous prépare l’auteur ?

mardi 20 janvier 2026

Continuer, Laurent Mauvignier (éditions de Minuit, 09/2016)

 



Continuer, Laurent Mauvignier (éditions de Minuit, 09/2016)

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Si la lecture de « La maison vide » m’a laissée un peu dépourvue, je ne me suis pas laissé abattre car j’ai eu envie de retrouver la plume de Laurent Mauvignier, mais dans un roman – j’avoue – plus court. Et quelle aventure ! Quel plaisir émotionnel ! Wouah !

« On lui avait bien dit que c'était une connerie de partir avec son fils comme ça à l'aventure, seulement tous les deux. Mais elle avait tenu bon, elle avait répondu, qu'est- ce que vous voulez que je fasse ? Vous voulez que je ne fasse rien et que je laisse Samuel plonger et lâcher prise complètement ? Non, ça, c'est hors de question, je ne le laisserai pas tomber. » Sibylle se retrouve désarçonnée quand elle récupère son fils à la gendarmerie de Lacanau. Comment son fils, adolescent, a-t-il pu lui échapper à ce point ? Est- ce son divorce d’avec son père ? Leur déménagement de Paris à Bordeaux ? La mélancolie qui l’étreint ?

« C'était comme si le temps qui séparait les deux images avait été coupé en deux par un accident nucléaire, quelque chose comme un tremblement de terre, un tsunami, une catastrophe qui rendrait les deux images à leur différence et les laisserait l'une et l'autre inconciliable. Oui, il revoit ses parents tous les deux, et lui au milieu. » Samuel a dix- sept ans, une place difficile à trouver entre des parents divorcés, des copains à l’allure punk et une fille qui lui plaît mais qu’il n’ose pas aborder. Jusqu’à la bêtise de trop.

« Une sorte de journée dans la brume. Comme ces longs dimanches d'hiver qui s'étendent sans fin jusqu'à la nuit, jusqu'au lundi, comme si le temps s'était arrêté, englué dans l'épaisseur d'un silence qui anesthésie toute chose. » La mère et le fils partent pour un tour du Kirghizistan, à cheval. S’ensuivront des mises en danger incroyables, des cris, des rencontres et beaucoup de moments émouvants durant lesquels les non- dits vont éclater.

Au final, un roman captivant, étonnant, touchant… et tant d’autres adjectif en « -ant ». J’ai vécu ce périple en terre kirghize avec Sybille et Samuel en apnée. Les allers- retours entre le passé et le présent éclairent le parcours de la mère et de son fils. Et l’auteur possède ce talent de nous faire ressentir la transcendance de l’amour maternel au point de m’avoir tiré des larmes lorsque j’ai tourné la dernière page. J’ai rarement été aussi émue par un livre.

vendredi 16 janvier 2026

Les prénoms épicènes, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2018)

 


Les prénoms épicènes, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2018)

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Je continue à compulser les anciens romans écrits par Amélie Nothomb que j’avais loupés à leur sortie. Dans cet opus, l’auteure se concentre à nouveau sur un schéma de famille dysfonctionnelle tournant autour d’une enfant au haut potentiel intellectuel. Mais quand la vengeance sous- tend les relations, les rapports familiaux ne peuvent être sereins.

« A vingt- cinq ans, Dominique ne connaissait que l'eau de Cologne, qu'elle n'appréciait guère. En lui offrant Chanel N°5, en choisissant pour elle ce parfum somptueux, Claude lui déclarait sa flamme avec éclat. » Dominique est une jeune femme simple, de condition populaire. Lorsque Claude s’intéresse à elle, du jour au lendemain, en lui promettant une vie de luxe, calme et volupté, elle accepte aussi sec de l’épouser. Elle se retrouve tout aussi rapidement à mener une vie bourgeoise dans les beaux quartiers de Paris, aux côtés d’un homme qui ne lui demande qu’une chose : lui assurer une descendance.  

« Bien qu'Epicène n'éprouvât aucune honte, elle sut qu'il faudrait garder pour soi ce papapa, comme un dogme que le monde n'était pas prêt à recevoir. Pourquoi avoir des remords de ne pas aimer qui ne l'aimait pas ? » La petite Epicène naît au bout de plusieurs années de mariage. C’est une enfant calme et intelligente (comme beaucoup des enfants dans l’œuvre d’Amélie Nothomb) mais son père se révèle incapable de l’aimer…

« Décolérer est ce verbe qui ne tolère que la négation. Vous ne lirez jamais que quelqu'un décolère. Pourquoi ? Parce que la colère est précieuse, qui protège du désespoir. » Ces mots du début du roman trouveront leur écho dans les dernières pages du roman. La colère, les remords, la vengeance sont- ils des sentiments susceptibles de vous aider à tenir debout ?

Au final, un roman assez inégal, avec beaucoup de dialogues dans lesquels on frôle parfois l’incohérence (« je vais chercher un emploi » - « tu ne voudrais pas plutôt te coucher ? ») et des passages de digression sur le repentir qui tournent en rond. Intéressant à lire mais pas digne de figurer parmi les meilleurs de l’auteure. 

Le garçon éternel, Jérôme Loubry (Calmann Levy, 01/2026)

 



Le garçon éternel, Jérôme Loubry (Calmann Levy, 01/2026)

💚💚💚💚

Je sors de ce livre avec la tête sens dessus dessous. L’auteur, encore une fois, a réussi à me faire douter de tout ce sur quoi était c’étaient construites mes convictions au fur et à mesure de l’intrigue. Je n’ai pas pour habitude de relire les romans estampillés « thriller », mais je pense sérieusement faire ici une exception car je suis persuadée que ce livre se savoure davantage en lecture continue, et je n’ai pu le lire que de manière morcelée.

« Le seul moment où j'ai douté que ma femme revienne. Pourquoi ? Pour un simple regard ? En effet. Un regard dans lequel j'ai lu que pour ce policier, la disparition de ma femme n'était pas une question d'adultère ni de panne de voiture. Mais d'autre chose, bien plus grave. » Cédric, journaliste, souffre terriblement de la disparition soudaine de sa femme. Celle- ci était partie passer un week-end avec sa meilleure amie mais n’en est jamais revenue. Qu’est-elle devenue ? Est- elle en danger ? Personne ne prend ses inquiétudes au sérieux.

« C'était flippant... la brume, le bruit de la pluie... On voulait faire une vidéo, nous aussi, atteindre le millier de vues. C'était le spot parfait : une ancienne scierie abandonnée dans une forêt lugubre, le garçon éternel... » Deux adolescents se rêvent en « Youtubeurs » à succès et envisagent de se faire connaître grâce à une expérience d’Urbex. Le destin va se charger de leur succès en leur livrant… un cadavre sur les lieux abandonnés explorés !  

« Les hommes veulent croire, Manon, à une religion, à un mythe, aux paroles d'un gourou, d'un politicien... qu'importe, croire apporte de la sécurité, un sentiment d'appartenance... » Les légendes, avec en premier lieu celle du Garçon éternel, vont ponctuer ce récit d’une manière troublante, d’autant plus que la sphère psychique revêt une certaine importance dans l’histoire personnelle des différents protagonistes.

Au final, un roman qui m’a déstabilisée, très probablement parce que je n’ai pas pu le lire en continu. L’intrigue est tortueuse et nécessite des moments de réflexion. J’ai aimé me questionner sur le coupable, ses raisons, ainsi que le lien avec les légendes ou mythologies variées. Je suis tout de même un peu restée sur ma faim concernant certains éléments de l’histoire, rétroactivement parlant, mais cela a été globalement une bonne lecture. 

samedi 10 janvier 2026

La place, Annie Ernaux (Gallimard, 1984)

 





La place, Annie Ernaux (Gallimard, 1984)

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Retrouver Annie Ernaux est toujours un grand plaisir. S’il s’est passé une année depuis ma lecture de « La Femme gelée », les mots de l’auteure étaient toujours présents dans mon esprit et je suis entrée sans peine dans la suite de son œuvre autobiographique, centrée, ici, sur le personnage de son père.

« Je voulais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé. » Annie Ernaux a centré son projet d’écriture sur son ascension sociale. Forcément, il était temps d’écrire sur son père, pour justifier la nécessité de son objectif, cet homme étant un paysan, puis un ouvrier, ayant quitté l’école à douze ans, quand son propre père était lui, analphabète.

« Naturellement, aucune de ces personnes "haut placées" auxquelles mon père avait eu affaire pendant sa vie ne s'était dérangée, ni d'autres commerçants. Il ne faisait partie de rien, payant juste une cotisation à l'union commerciale, sans participer à quoi que ce soit. » Le père de l’auteure, après la guerre, a ce projet fou d’acheter un commerce. Ce sera ce café- épicerie d’une petite ville de Normandie, pour lequel la famille se sera tant serré la ceinture. Mais impossible d’intégrer le cercle des bourgeois quand on n’en est pas issu.

« Souvent sérieux, presque tragique : "Ecoute bien à ton école !" Peur que cette faveur étrange du destin, mes bonnes notes, ne cesse d'un coup. Chaque composition réussie, plus tard chaque examen, autant de pris, l'espérance que je serais mieux que lui. » Le père de la narratrice sent très vite qu’elle sera différente de lui, de ses origines. S’il a souvent honte, ce n’est pas de ce qu’il est mais de ce qu’il dit. Il n’a pas le langage des gens de la haute société, à laquelle sa fille semble promise, ni les références culturelles. Il préfère se taire. Au risque de ne pas pouvoir exprimer clairement ses sentiments.

Au final, un récit percutant, intelligent et parfois émouvant. Annie Ernaux fait l’état des lieux de la société d’après- guerre, en prenant ses parents pour témoins. On se rend compte de la difficile évolution des mœurs, de la constance des étiquettes dans lesquelles on range le premier quidam. C’est comme si c’était hier… mais, non,  pas vraiment. 

Les petits meurtres du mardi, Sylvie Baron (J'ai lu, 09/2024)

 



Les petits meurtres du mardi, Sylvie Baron (J'ai lu, 09/2024)

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Je trouve que l’hiver est la bonne saison pour lire des romans de type « cosy mystery » et j’avais déjà vu passer plusieurs romans de Sylvie Baron dans ce genre, sans en avoir encore lus. C’est désormais chose faite avec ce récit mettant en scène des fans d’Agatha Christie vivant dans un village du Cantal. Ces fervents lecteurs ont l’habitude de se retrouver le mardi, à la médiathèque, pour décortiquer l’œuvre de « la Reine du crime ».

« - Nous savons maintenant tellement de choses sur Agatha Christie que c'est presque dommage de les garder pour nous, vous ne pensez pas ? » Odile Lavergne, médiathécaire à Marcolès, a créé le « Club du mardi », qui réunit des amateurs de polars, qui placent tous Agatha Christie comme la meilleure auteure de romans policiers. Désireux de partager leurs avis, ils décident d’organiser un colloque en son honneur, dans le château local, celui d’Archibald de La Rochette, qui fait d’ailleurs partie du club.

« "Un meurtre sera commis le... samedi 14 avril au château de La Rochette.
A.C." »
Alors que tout est prêt pour le colloque, une lettre vient ternir l’ambiance… Nos passionnés ne vont pourtant pas baisser les bras. Il faut dire qu’ils se sont donné énormément de mal pour rendre le château un peu moins insalubre et réunir des invités – plus ou moins – de prestige.

« Ils sont tous complètement piqués avec cette manie de se prendre pour les meilleurs criminologues du monde parce qu'ils ont lu tous les bouquins de cette romancière anglaise. » Alors que le premier jour du colloque vient de se terminer, un cadavre est découvert dans un placard du château. Qui est coupable ; un hôte ou un invité ? Le commandant « Butternut » va devoir se mettre à la lecture pour comprendre ce qui s’est passé durant ce week-end dédié à Agatha Christie.

Au final, un roman vraiment très plaisant à lire grâce à l’écriture fluide de l’auteure, sa connaissance de l’œuvre d’Agatha Christie et la construction habile de ses personnages, qui deviennent très vite attachants. Une lecture que je recommande pour les fans du genre. 

vendredi 9 janvier 2026

Astérix, tome 31 : Astérix et Latraviata, Goscinny & Uderzo (Albert René, 03/2001)

 



Astérix, tome 31 : Astérix et Latraviata, Goscinny & Uderzo (Albert René, 03/2001)

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De retour dans le village des irréductibles Gaulois ! C’est l’anniversaire d’Astérix et d’Obélix et leurs mères viennent au village pour assister à la fête. Alors qu’elles insistent pour que les garçons trouvent une fiancée, voilà que Falbala revient en prétextant être amnésique. Mais Obélix, toujours sensible aux charmes de la jeune femme, risque de tomber dans un sombre piège…

« J'ai invité des voisines et leurs filles pour prendre une tasse de lait de chèvre, alors tâche d'être aimable, mon Ririx ! » Dans ce tome, nous rencontrons les parents de nos deux héros gaulois. On découvre deux mamans très attachées à leur fils et des papas plus distants, préoccupés avant tout par leurs affaires commerciales. Des attitudes qui paraissent bien actuelles !

« Venue du théâtre de Rome, voici la grande tragédienne Latraviata ! Après quelques retouches, elle est devenue la copie conforme de cette Falbala. Son charme et son talent feront le reste ! » Latraviata est engagée pour se faire passer pour Falbala dans le but de récupérer l’équipement appartenant à Pompée. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme elle l’espérait…

« Tu vois, Idéfix, sans l'amitié d'Astérix, je n'ai plus de cœur au ventre. » Les histoires de couple sont très présentes dans ce tome, et Idéfix ne va pas déroger à la règle !

Au final, un tome très sympathique mais un peu moins plaisant, moins marrant que les autres que j’ai pu lire jusqu’à aujourd’hui. 

dimanche 4 janvier 2026

Riquet à la houppe, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2016)


 


Riquet à la houppe, Amélie Nothomb (Albin Michel, 08/2016)

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Riquet à la houppe est l’un des cinq romans d’Amélie Nothomb que je n’avais pas encore lus. Je fais bien de rattraper ces lectures puisque ce livre fera incontestablement partie de mes préférés de l’auteure !

« Enide observait le visage de ceux qui découvraient son petit; chaque fois qu'elle constatait le tressaillement de dégoût, elle était au supplice. Après un silence crucifiant, les gens finissaient par hasarder un commentaire d'une maladresse variable : "C'est le portrait de son arrière- grand- père sur son lit de mort." Ou: "Drôle de tête ! Enfin, pour un garçon, ce n'est pas grave." » Enide, à quarante- huit ans, est enfin maman. Mais sa joie va durer peu de temps : le nouveau- né, en effet, est hideux. Ils vont donc le cacher au maximum durant ses premières années, puis viendra la scolarité obligatoire et la confrontation du garçon au regard cruel des autres. Heureusement, Déodat a du caractère et un haut potentiel intellectuel : il saura tirer parti de ses capacités pour passer outre son physique. De plus, une passion pour les oiseaux va lui permettre de se détacher du commun des mortels.

« Ils voyaient d'un mauvais œil le refus de Passerose que leur fille aille à l'école maternelle :
- Cela ne sert qu'à désenchanter l'enfance, disait la grand- mère.
- Non. Cela sert à sociabiliser les tout- petits, répondait la mère.
- Quel vocabulaire barbare, ma pauvre chérie ! »
Trémière, de son côté, est d’une beauté époustouflante mais ne possède que peu d’esprit. Seule sa grand- mère saura faire émerger des compétences spirituelles et sensibles chez la petite.

« Les livres que l'on se sent appelés à lire sans savoir pourquoi étant souvent l'expression du destin, Trémière tomba dans une librairie au rayon "Enfants" sur "Riquet à la Houppe" de Perrault et su qu'il lui fallait le lire. » Si ce roman est clairement une réécriture du conte de Perarault, c’est avant tout une ode à la littérature et aux contes qui enchantent les enfants tout en faisant réfléchir les adultes.

Au final, une lecture que j’ai vraiment adorée ; entre les deux protagonistes qui se révèlent vite attachants et les nombreuses réflexions sur l’intelligence humaine ainsi que les références nombreuses aux classiques de la littérature européenne. J’ai également beaucoup aimé les passages concernant les oiseaux. Et toujours, ces petites piques satiriques sur la nature humaine ! Une réussite !

samedi 3 janvier 2026

8,2 secondes, Maxime Chattam (Albin Michel, 11/2025)

 


8,2 secondes, Maxime Chattam (Albin Michel, 11/2025)

💙💙💙

Maxime Chattam a choisi de rédiger son dernier roman à base d’une théorie scientifique non avérée : un délai pour le moins paradoxal : « 8,2 secondes pour tomber amoureux, 8,2 secondes pour mourir. » Pour illustrer ce point de départ, deux histoires de femme vont se dérouler en parallèle : May, jeune enquêtrice solitaire, et Constance, quadragénaire en deuil.

« Constance venait ici pour effectuer un choix complexe qu'elle résumait en deux verbes. L'un était déclinable à l'infini ; l'autre, irrémédiable.
Vivre ou mourir. »
Constance vient se réfugier dans le chalet familial, au bord d’un lac. Elle ne sait plus que faire de sa vie depuis que son mari et leur fils sont décédés dans un accident. Revenir aux sources, là où son arrière- grand- père a bâti ce qui deviendra pour leur famille une maison de vacances, voilà qui devrait lui permettre d’y voir clair après une difficile période de deuil.

« May sut alors ce qu'elle était en train de détailler.
Sans l'ombre d'un doute, c'était l'œuvre du Mal, signée par le monstre en personne.
Le Grand Méchant Loup venait de frapper à sa porte.
 » May, de son côté, souffre du mépris de son nouvel équipier, surnommé Rouquemoute. Son statut de célibataire en fait la proie idéale pour tous les séducteurs patentés qu’elle rencontre dans le cadre de son métier. Mais elle reste prudente… jusqu’au coup de foudre inattendu. En parallèle de sa vie sentimentale, on la suit sur une affaire qui défraie les chroniques : un tueur en série, surnommé « Le Grand Méchant Loup » du fait de ses méthodes cruelles, sévit à New- Tork.

Au final, j’ai trouvé l’histoire proposée intéressante, notamment lorsque les deux récits se rejoignent. Pourtant j’ai eu du mal à adhérer à ce qui arrive au personnage de Constance, entre réalité et fantasmagorie saupoudrée de références à l’Ancien Testament. Le parcours de May m’a davantage captivée. Une lecture sympa, mais pas plus (pour moi).