mercredi 20 mai 2026

Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille (Charleston, 03/2022)

 


Ainsi gèlent les bulles de savon, Marie Vareille (Charleston, 03/2022)

💙💙💙💙

Marie Vareille nous offre ici un roman profondément émouvant (éprouvant ?) sur la maternité. Trois femmes au profil différent prennent le rôle de narratrice tour à tour, pour de courts chapitres chargés d’émotion, avec l’objectif final de se rejoindre dans la même temporalité dans les derniers chapitres.

« Mon enfance a été faite d'étranges allers- retours entre instants de douceur et moments de terreur. J'ai ainsi appris à être nostalgique du présent, à regarder, impuissante, le bonheur glisser entre mes doigts, trop consciente qu'il était éphémère, et désespérée de le retenir sans jamais y arriver. » La première narratrice, dans les chapitres imprimés en italiques, est anonyme. Nous comprenons rapidement qu’il s’agit d’une jeune femme qui a craqué à la suite de la naissance de son premier enfant. Son réflexe a été de prendre un avion pour l’Indonésie, pour mettre le maximum de distance entre son nourrisson et elle- même. Choquant ?

« "Je suis doué d'une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire. " […] Constater qu'un parfait inconnu, français de surcroît, puisqu'il s'agissait d'un certain Gustave Flaubert, ayant vécu quasiment deux siècles avant elle, soit avant Facebook, Candy Crush et les Oreo Cookies, ait su exprimer de manière aussi précise son ressenti l'avait stupéfiée. » Océane ne comprend pas son hypersensibilité. Elle subit cet état qui l’empêche d’être une jeune femme épanouie. Alors qu’elle se destine à des études de médecine, fortement influencée par son père, elle découvre le bonheur de l’écriture. Prémonitoire ?

« Les souvenirs des semaines passées se noient dans un brouillard gris. Je dois être folle, hystérique, dépressive. Je confonds trop souvent la fiction et la réalité. » Claire vient d’accoucher de son premier bébé, qu’elle avait surnommé affectueusement « Coquillette » alors qu’il était encore dans son ventre. Mais une fois l’accouchement terminé, la jeune femme panique et sombre dans une dépression post- partum sévère. Prévisible ?

Au final, un roman touchant qui met le doigt sur un gros mensonge sociétal : la maternité est un moment de pur bonheur. Qui n’a pas bercé un bébé pendant des heures, paniqué après une poussée de fièvre ou un biberon mal passé, ne peut pas comprendre. On attend des jeunes mamans qu’elles se sentent mères dès les premières minutes, mais qui pense à la femme qu’elles sont avant tout ? Marie Vareille met le doigt là où ça coince, et avec talent.

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