lundi 18 avril 2022

Quand dansent les âmes, tome 4 : L’étreinte des ténèbres, Lucie Goudin (Elixyria, 02/2022)


 

Quand dansent les âmes, tome 4 : L’étreinte des ténèbres, Lucie Goudin (Elixyria, 02/2022)

💓💓💓💓 

Je ferme ici le quatrième et dernier tome de la saga « Quand dansent les âmes », imaginée et rédigée par une jeune plume talentueuse nommée Lucie Goudin. Cap sur la Bretagne, ses menhirs et ses légendes ! Après Anna la scribe, Sélène la rebelle et Tristan l’Alpha inconsolable, c’est au tour de Brieg, le loup maudit, d’occuper le devant de la scène. Alors que les meutes de Konan et de Tilio continuent à semer la terreur en Bretagne, voilà qu’Erell, une sorcière appartenant à la catégorie des Vaillantes, semble capable de lui redonner un soupçon d’espoir…

 

« S'il a accepté son sort ? Non.
S'il pouvait ressusciter la sorcière qui l'a mis dans cet état pour la tuer à nouveau, il le ferait plutôt deux fois qu'une. »
Depuis deux années que Brieg est bloqué dans sa condition de loup, il ne rêve que de vengeance. Il a déjà bien du mal à accepter la présence d’une sorcière, Elisabeth, au cœur de sa meute, alors quand il se retrouve face à Erell, lors de leur repli de l’Autre côté, il a bien envie d’assouvir sa soif de sang envers cette espèce…

 

« Les belligérants ne sont pas censés pouvoir pénétrer les terres neutres, les informa Elisabeth. Un champ de force scanne les intentions des visiteurs. Tout mauvais dessein détecté entraîne une expulsion immédiate. En temps normal, je dirais que ces loups ne peuvent aller plus loin et que nous sommes désormais en sécurité, mais la présence de sorcières dans leur camp balaie toutes mes certitudes. De quoi sont- elles capables ? Nous l'ignorons. » Mais Brieg doit se mesurer. Sa meute a besoin de soutien. Il doit faire profil bas pour que les doléances de l’Alpha, Tristan, soient écoutées. Et peu importe si c’est une sorcière qui leur sert de faire- valoir.

 

« Le signal d'assaut avait dû être déterminé avant leur arrivée. Ils n'eurent aucune seconde d'hésitation, pas le moindre questionnement sur la signification d'un tel geste. Ils n'avaient donc jamais eu l'intention de repartir sans semer un carnage. Les transformations se multiplièrent. Les hurlements, les grognements, les mâchoires qui claquaient dans le vide en signe d'impatience créèrent une cacophonie sans précédent. » Le hasard, ou plutôt le destin, a fait que Brieg et Erell se sont rapprochés. D’ennemis désignés, ils sont devenus complices. Leur lien est une force à ne pas négliger pour faire face à une apocalypse menaçant l’équilibre du monde. L’abnégation sera leur ultime mission.

 

Au final, un tome qui conclue parfaitement la saga. Les interrogations et les mystères soulevés dans les précédents épisodes trouvent ici leurs réponses. Si j’avais un conseil, ce serait de lire les tomes de manière assez rapprochée car personnellement, au début, j’ai eu un peu de mal à me repérer au niveau des personnages secondaires. La saga complète est parfaitement élaborée, portée par les légendes ancrées dans l’histoire de la Bretagne, mais aussi servie par des personnages très charismatiques, auxquels on s’attache très vite. A lire pour s’évader, frémir et rêver…   

mardi 12 avril 2022

Le Royaume des cris, Mathieu Lecerf (Robert Laffont, 03/2022)


 

Le Royaume des cris, Mathieu Lecerf (Robert Laffont, 03/2022)

 💛💛💛💛💛

Mathieu Lecerf a de nouveau réussi à me bluffer avec ce deuxième volet qui forme une trilogie avec « La part du démon » et un opus encore mystérieux qui sortira probablement l’année prochaine ! Quel plaisir de retrouver Esperanza et Manny après les nombreuses mésaventures incroyablement risquées qu’ont subies nos deux policiers. La fin du premier tome annonçait déjà que l’auteur les malmènerait toujours autant par la suite ! Et je peux vous dire qu’il ne les ménage pas, nos flics du « Bastion ».

 

« Sept mois.
Sept mois qu'Esperanza, ses parents et leurs proches se débattaient dans la peur et le chagrin. Ce qu'avait d'intolérable cette disparition était redoublé par l'effroi de n'avoir pu obtenir aucune explication.
Sept interminables mois. »
Mia a disparu et le cauchemar qui a brisé Esperanza lorsqu’elle était adolescente revient la hanter au plus près. Mais qui donc lui veut autant de mal ? Aucune piste. Aucun indice. Aucun espoir. L’équipière favorite de Manny n’est plus mentalement disponible pour une nouvelle enquête. Et pourtant, un sniper fou a fait six victimes en plein cœur de Paris, et la PJ a besoin de tout le monde sur le pont. C’est l’occasion que choisit Cris pour réapparaître et fouiller comme seul un journaliste intuitif sait le faire.

 

« Soleil, argent, tranquillité. Tout se déroulait dans le meilleur des mondes pour eux, quand soudain, un jour qui ressemblait pourtant à n'importe quel autre, Ernesto décida finalement d'écouter la petite voix.
Cette voix qui chuchotait en lui depuis des années, et qui ce jour- là hurla dans toute son âme. »

Direction la Colombie, là où tout est possible pour qui vend son âme au Diable. La Colombie et deux démons qui sèment leur folie en Europe.

 

« Esperanza avait été traquée durant les mois suivants, épiée à chaque étape de sa quête, de Paris à Rouen. Dans tous les départements qu'elle avait visités, l'œil qui la suivait la scrutait sans intermittence. » Notre héroïne est prête à tout pour sauver Mia. Manny est prêt à tout pour sauver Esperanza. Mathieu Lecerf nous offre un final qui claque à la manière d’un feu d’artifice. Une fois la dernière ligne lue, refermez le livre… Et respirez !


Au final, un thriller palpitant, aux retournements de situation inattendus. Il y a des passages qui tordent les tripes mais pas par leur côté « gore », non, plutôt par les émotions qu’ils engendrent ! Vivement le troisième tome !!! 

samedi 9 avril 2022

T’inquiète pas, maman, ça va aller, Hélène de Fougerolles (Le livre de Poche, 03/2022)



 T’inquiète pas, maman, ça va aller, Hélène de Fougerolles (Le livre de Poche, 03/2022)

💙💙💙💙

 

Quand une actrice française prend la plume pour parler de sa vie, on peut avoir quelques a priori… Mais quand elle décide de s’exprimer pour témoigner de la dure réalité du quotidien d’un parent d’enfant différent, en l’occurrence porteur de troubles autistiques, le récit revêt un certain intérêt au regard de notre société qui ferme bien souvent les yeux (et plus…) aux personnes n’entrant pas dans la sacro- sainte « norme ».  

 

« Elle parle aux nuages et aux amis invisibles qu'elle porte sur ses épaules... Et puis il y a "les autres" aussi, ceux qui vivent dans sa tête.
Ma fille n'est jamais seule et moi tellement. »
Hélène de Fougerolles avait prévu d’avoir un enfant à l’âge de 30 ans. La petite Camille est née, mais voilà, les mois passent et une évidence se fait jour ; elle n’évolue pas comme les enfants de son âge. 

 

« En regardant ma fille grandir, en grandissant avec elle, j'ai cessé de pleurer sur mon sort, j'ai changé de point de vue et des centaines d'horizons nouveaux se sont ouverts. » Une petite fille qui n’exprime aucun désir élémentaire comme la faim ou la soif, qui ne parle toujours pas à quatre ans, qui reste assise des heures, enfermée dans son propre monde ; comment la comprendre ? C’est l’école qui va pousser les parents à ouvrir les yeux : Camille a besoin de voir des spécialistes pour qu’un diagnostic soit posé sur ses particularités.

 

« Je refuse toute réalité me rappelant que ma fille est différente. Rien que ce mot, "handicap", je n'en veux pas, je ne veux pas l'entendre. Je ne veux pas le lire et encore moins l'écrire. » Et pourtant, Hélène de Fougerolles va devoir l’accepter. Camille est porteuse de troubles autistiques. Son développement et sa manière de communiquer seront toujours différents de la norme. Après des années de déni du handicap, la maman ouvre enfin les yeux sur la réalité de sa fille et accepte sa différence, avec ce que cela implique comme contraintes mais aussi les nombreuses réussites, permises par des prises en charge structurelles adaptées.

 

Au final, un récit lu avec intérêt, qui montre bien le parcours du combattant que représente encore l’irruption du handicap dans une famille. C’est écrit simplement, avec humilité. N’hésitez pas à le lire si le sujet vous intéresse.

lundi 4 avril 2022

Valse froide, Pierre Thiry (auto- édition, 02/2022)



Valse froide, Pierre Thiry (auto- édition, 02/2022)

💙💙💙💙💙


Trop bien, ce petit bouquin ! En trois nouvelles, Pierre Thiry a su m’emmener dans un univers à la fois poétique et moqueur ! La première nouvelle, éponyme, souffle une ode à la nature et à la musique sur un fond dramatique, la deuxième, « Lia Métonymie » vous emmène sur un pas léger de danse dans des voyages éthérés et littéraires (avec un joli clin d’œil au premier récit !), et la dernière, « La Plume rebelle », prend des allures de fabliau des temps nouveaux.

 

« Sous ses yeux, un homme était étendu, un cadavre, froid dans la matinée froide. C'était un sinistre matin d'hiver glacial. Alors elle regardait dans le ciel les nuages mimer la valse de Berlioz. Pourquoi ce cadavre était- il étendu dans cette prairie ? La petite fille l'ignorait, mais elle était résolue à enquêter pour l'apprendre. » Cette petite fille, c’est Eve, que l’on retrouve adulte, artiste- plasticienne. Cette jeune maman contemplative est en admiration devant sa petite fille de quatre ans tout en se questionnant ; saura-t-elle la protéger des drames de la vie ?

 

« Ce jardin est splendide. Des effluves de beauté imprègnent le décor. Tu entres dans un univers romanesque. Tu passes au travers d'épisodes qui te débordent. Soudain, au milieu du parc, un livre qui traîne t'attire. Est- ce l'objet de tes rêves ? » Est- ce ici la métonymie adressée au lecteur, tenant l’objet de ses rêves dans ses propres mains ?  

 

« Il était beau, Léon. Il avait de la prestance, de l'aisance, de l'assurance. Quand il passait, elles gloussaient toutes. » Sacré Léon ! Il m’a bien fait sourire celui – là ! Même s’il finit en cocotte, on va encore longtemps parler de lui !

 

Au final, un recueil savoureux, à lire pour un moment 100% plaisir !


dimanche 3 avril 2022

La part du démon, Mathieu Lecerf (Pocket, 03/2021)


 

La part du démon, Mathieu Lecerf (Pocket, 03/2021)

💘💘💘💘💘


Pour un premier roman, Mathieu Lecerf maîtrise parfaitement l’art du suspens tout en proposant un schéma de narration original et efficace. En effet, ce thriller possède une structure particulière puisque découpée en trois parties ancrées dans des espaces- temps différents, lesquels permettent d’aborder l‘enquête du point de vue de trois des principaux protagonistes. Et en guise de cerise sur le gâteau, une résolution au mécanisme impeccable dans lequel les engrenages, subitement, s’imbriquent pour mieux faire frémir le lecteur.

 

« Le son de l'horloge,
le parfum des oliviers,
le sang qui s'agglomère.
Le corps massacré de cette fille repêchée aux Buttes- Chaumont. 06 :01.
Elle continua de serrer. »  
Pour sa première enquête, Esperanza Doloria se voit confrontée à un cas complexe : une jeune religieuse est retrouvée assassinée et sauvagement mutilée. Son équipier, Manuel de Almeida, est lui aussi ébranlé. Mais il accueille avec bienveillance sa nouvelle coéquipière, du moins, dans un premier temps.

 

« Pour avoir les idées claires, il était primordial que son environnement le soit aussi, enfin, à sa manière à lui ; que chaque meuble, chaque accessoire, chaque livre, chaque œuvre, se trouve exactement à la place qu'il lui avait assignée ; c'était uniquement ainsi qu'il pouvait évoluer sereinement, c'était comme ça qu'il avait trouvé son équilibre, construit son refuge. » Cristian est le frère de Manuel, surnommé « Manny ». Journaliste médiatique, il demeure néanmoins toujours sous l’aile protectrice de son frère. Son truc ? Résoudre des affaires judiciaires en parallèle de Manny.  

 

« - Vous allez voir le mal absolu, et vous devrez le regarder droit dans les yeux. Vous n'aurez pas le choix. » L’enquête de Manny et d’Esmeralda piétine, quand celle de Cris avance à grands pas de travers. Et puis, ce pensionnat dans lequel enseignait la religieuse assassinée va questionner nos protagonistes. Que cachent les murs de ce pensionnat dirigé par un ancien militaire ? Et qui sont ceux qui ne cessent de mettre des bâtons dans les roues de nos policiers, quitte à mettre leur vie en péril ?

 

Au final, un thriller mené de main de maître ! Les personnages principaux ont tous des fêlures qui les rendent forcément attachants, et l’enquête à laquelle ils sont confrontés ne fait que rouvrir des blessures enfouies à des degrés divers de profondeur. J’ai aimé être surprise et émue par les propositions de Mathieu Lecerf. Son deuxième roman sera assurément l’une de mes prochaines lectures.