dimanche 9 février 2025

Les morsures du silence, Johana Gustawson (Calmann Levy noir, 01/2025)




 

Les morsures du silence, Johana Gustawson (Calmann Levy noir, 01/2025)

💙💙💙💙💙

Cap sur la Suède où un adolescent vient d’être retrouvé assassiné, le crâne fracassée et vêtu de l’aube traditionnellement portée à l’occasion de la fête de la Sainte- Lucie. Ce qui perturbe le commissaire Aleks Storm, c’est qu’un assassinat similaire avait eu lieu vingt- trois ans plus tôt. Ces deux meurtres auraient -ils été perpétrés par la même personne ? Maïa Rhen, policière française en « repos » sur l’île, va tenter de lui prêter main forte.

« - Il n'existe pas de mot en suédois, ni en anglais d'ailleurs, pour décrire un parent veuf ou... orphelin de son enfant.
- Il en existe un en sanskrit: "vilomah"; ça signifie "contre nature". »
Maïa peine à se remettre du décès de sa fille, Alice. Lors de la première sortie qu’elle s’accorde après des mois de déprime, elle rencontre Sophia Akerman, une éditrice, qui a subi le même traumatisme. Comment surmonter un tel deuil ?

« Tous les hommes ne sont pas des violeurs, mais tous les violeurs sont des hommes. Il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de la testostérone. » En tentant de démêler les fils qui lient les deux meurtres, Maïa va tomber sur une vieille affaire d’agressions sexuelles non dénoncées. Pourquoi les victimes ont - elles préféré se murer dans le silence ?

« Le dicton "qui ne dit mot consent" m'est souvent revenu en tête ces derniers temps. Céder n'est pas consentir. Parfois, le silence est la seule arme ou le seul bouclier à portée de main. » Ce thriller est pour Johana Gustawson l’occasion de s’indigner contre une société qui juge parfois bien mal les individus qui la composent. Les secrets bien enfouis refont surface et créent des rebondissements inattendus.

Au final, un thriller vraiment glaçant, entre des victimes qui s’accumulent sans qu’aucun lien ne se détermine entre elles, et des policiers qui luttent contre leurs propres problèmes intimes et familiaux. C’est aussi un récit qui porte un message sociétal sur l’importance que l’on donne à la parole des uns et des autres, aux raisons qui font que certaines personnes préfèrent se taire, et sur le fait que ce silence est souvent introductif à bien des drames. 

jeudi 6 février 2025

Animaux nocturnes, tome 2, Angel Arekin (Black Ink, 11/2022)

 



Animaux nocturnes, tome 2, Angel Arekin (Black Ink, 11/2022)

🦋🦋

Cette lecture abandonnée me servira de leçon : ne pas espacer les tomes d’une saga ! En effet, j’avais lu le tome 1 il y a un an et je ne me souvenais plus des éléments essentiels de l’histoire pour pouvoir enchainer avec la suite si tardivement….

« A l'intérieur du corps, derrière les côtes, là où le cœur aurait dû battre, donner à cette jeune fille tant d'autres années à vivre...
... un papillon. »
Le fond de l’histoire est une trame policière avec un tueur en série aux méthodes particulièrement cruelles. Jude, ancien flic, entretient un lien assez spécial avec lui, le fameux Damian, toujours aussi puissant malgré les murs de sa prison.

« Est-ce pour cette raison qu'il est à présent à mes côtés, pour tenter de le retrouver ? Parce qu'il a une dette envers mon frère ou bien seulement parce qu'il se souvient encore de quelques fragments de l'amitié qui les a liés ? » Jude a découvert que Dean avait constitué des dossiers sur des crimes ressemblant à ceux de Damian, mais voilà que ce dernier a disparu. Sa sœur, Anabelle, veut absolument partir à sa recherche. Et qui de mieux que Jude, son amour de toujours, pour l’accompagner dans un chemin empli de noirceur…

Au final, un quart de roman lu qui ne m’a pas convaincue. Comme dit plus haut, mes souvenirs du tome 1 étaient vraiment trop lointains et puis j’ai eu du mal avec la plume onirique de l’auteure, qui ne me permettait pas de fixer les éléments de l’intrigue avec clarté. Par ailleurs, autant j’ai eu envie de suivre Jude, ce flic démoli et alcoolique, autant j’ai détesté le personnage d’Anabelle, « jeunette tête à claque ». J’aurais aimé apprécier ce tome 2, mais non, ça ne l’a pas fait… 

Le Clash, Benoît Séverac (Syros, 02/2025)

 



Le Clash, Benoît Séverac (Syros, 02/2025)

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Les punks, les skinheads, leurs affrontements, leurs idéologies ; quel quinqua n’en a pas entendu parler ? Native du Nord de la France, j’allais souvent en Angleterre et il n’était pas rare de croiser des crêtes colorées ou des crânes rasés. Leur rivalité était connue. On peut dire qu’on les craignait, mais c’est vrai aussi qu’ils nous fascinaient.

« En matière d'éducation, il connaît la valeur de l'exemple, et il fait partie de ces papas qui estiment que faire part de ses faiblesses bénéficie à celui qui les exprime autant qu'à celui ou celle qui les entend. » Nicolas emmène son fils Aurélien en randonnée dans les Pyrénées, avant que ce dernier parte en séjour linguistique en Angleterre. L’occasion pour ce papa devenu prof d’anglais de partager sa propre expérience, lorsqu’au même âge, il est parti à Birmingham dans le but d’approfondir sa maîtrise de la langue.

« - Un punk ! j'ai dit.
- C'est ça, un punk ? s'est interrogée Corinne.
Je hochais la tête sans pouvoir quitter le type des yeux.
- On dirait plutôt un clown, a-t-elle dit.
- Sauf que lui, il ne donne pas du tout envie de rire. »
Nicolas est estomaqué lorsqu’il se rend compte que le fils de la famille d’accueil chez laquelle il va passer un mois a pour fils un véritable punk, Tom ; attitude rebelle, crête verte et insoumission. Le « frenchie » s’attend à vivre une expérience hors du commun…

« Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête. Encore aujourd'hui, à quarante- cinq ans, je ne m'explique pas pourquoi je l'ai suivi. » Nicolas sent parfaitement que le comportement de Tom ne correspond pas aux valeurs transmises par ses parents, et pourtant, il a terriblement envie d’entrer dans son univers. « D’en être ». Quitte à faire des erreurs…

Benoît Séverac se fait ici le conteur d’une époque révolue, celle où des jeunes ont cru que grâce à la musique, au rock et au punk notamment, on aurait pu améliorer la société dans laquelle on vivait. Captivant. Tellement vrai. Lisez- le et faites- le lire à vos ados !

mardi 4 février 2025

La Fée noire, Pétronille Rostagnat (Editions du 123, 07/2025)

 



La Fée noire, Pétronille Rostagnat (Editions du 123, 07/2025)

💘💘💘💘💘

Il s’agit ici du premier roman de l’auteure et comme le dit la bande promotionnelle, c’est effectivement un beau coup de maître pour une plume toute jeune ! C’est parti pour une histoire qui met en scène trois amies adolescentes et ce qu’elles sont devenues douze ans plus tard. Quand le compagnon de l’une d’elle est sauvagement assassiné et mutilé, les trois jeunes femmes vont devoir, à nouveau, se serrer les coudes.

« Pouvaient - elles imaginer que ce pacte anodin allait engendrer le meurtre de quatre personnes dont l'une d'entre elles ? » Capucine, Louise et Emma ont dix- huit ans, elles sont amies depuis la maternelle et elles viennent de fêter leur réussite au bac à coups de verres de whisky. Un pacte est scellé entre elles : elles seront heureuses et mamans avant l’âge de trente ans.

« Pour lui, commencer la soirée par la dégustation d'un cocktail dans le meilleur bar au monde, selon le magazine Forbes, pour finir entre les cuisses d'une femme dans une des chambres du Ritz, était la définition même du paradis. » Les trois amies ont trente ans et deux d’entre elles ont effectivement trouvé l’amour et accompli leur désir de maternité. Pour Capucine, il en est tout autre. En couple depuis à peine deux ans, elle se retrouve à la traîne par rapport à ses amies. Et quand son compagnon, Nathan, est retrouvé assassiné d’une manière particulièrement cruelle, elle va perdre beaucoup de ses illusions, d’autant plus qu’elle reçoit un message énigmatique : « Tu as une seconde chance ».

Au final, un récit trépidant qui mène le lecteur par le bout du nez sur des pistes aussi variées qu’improbables, mêlant cold case et manipulations. Le personnage d’Alexane Laroche est à ses débuts sous la plume de l’auteure et j’ai beaucoup aimé partager ses premiers tourments professionnels et sentimentaux ! Les trois personnages féminins sont eux aussi excellents dans leur complexité. Un premier roman à la hauteur des suivants !

lundi 3 février 2025

Ceux qui te mentent, Nuala Ellwood (Michel Lafon, 02/2018)




 

Ceux qui te mentent, Nuala Ellwood (Michel Lafon, 02/2018)

💓💓💓💓

J’avais laissé les livres de type thrillers de côté ces dernières années, et c’est ma rencontre avec Pétronille Rostagnat, en septembre dernier, qui m’a poussée à me replonger dans les récits sombres. Et c’est lors d’un apéro littéraire organisé par ma bouquiniste préférée que j’ai entendu parler de ce roman. La lectrice invitée l’a défendu avec une ferveur telle que j’ai eu immédiatement envie de le lire.

« - Diriez- vous que ces rêves ont empiré depuis votre retour à Herne Bay ?
[...]
- Non, ils n'ont pas empiré. Ils sont simplement devenus réels. »
Le récit s’ouvre sur la garde à vue de Kate, reporter de guerre. Persuadée d’avoir vu un petit garçon maltraité dans le jardin de ses voisins, la nuit, elle a appelé la Police pour finalement être elle- même ennuyée. Elle qui vient de revenir à Herne Bay pour les obsèques de sa mère est pourtant persuadée de ce qu’elle a vu. Mais son passé traumatiques et ses somnifères ne jouent pas en sa faveur.

« Je me souviens m'être dit que nous ne connaissions pas notre chance de vivre en Occident : seul le hasard fait que nous naissons dans un pays en paix ou en guerre. » Les dissensions entre Kate et sa famille datent de l’enfance, fruits d’un père alcoolique, violent et d’une mère battue. Et les relations avec Sally, sa sœur, n’ont jamais été au beau fixe. Alors Kate, qui voit la misère et la violence qui sévissent dans les pays en guerre, ne comprend pas toujours qu’on puisse être malheureux quand on vit en Angleterre. Pourquoi, alors, les relations entre elles sont- elles si compliquées ?

Au final, un thriller perturbant, entre les visions de Kate et la déchéance de Sally ; où se cache la réalité ? Les secrets de famille sont toujours douloureux à déterrer… Quand, à cela, s’ajoute un stress post traumatique, le lecteur flirte entre illusions et réalité. J’ai beaucoup aimé hésiter entre les deux. Et quel final !!! Je le conseille moi aussi !