mardi 12 octobre 2021

Entrez…, Frédéric Livyns (Elixyria, 07/2019)

 



Entrez…, Frédéric Livyns (Elixyria, 07/2019)

💙💙💙💙💙

 

Halloween approche… Et si vous racontiez des histoires pour faire frémir votre entourage le 31 octobre ? Ce recueil de 22 nouvelles horrifiques sera le support adéquat ! Eteignez les lumières, sortez vos lampes de poche et cachez vous sous la couette, puis « Entrez… »

 

« - Qui est là ? demanda-t-il en priant intérieurement qu'on ne lui réponde pas. » Dans les maisons que nous fait visiter l’auteur, il y a toujours une chaise qui bouge, des objets qui changent de place sans qu’on les touche, des ombres qui se meuvent dans le dos des protagonistes. « Ils eurent alors l'impression d'entendre un bruit se rapprocher. Comme quelque chose que l'on frotte légèrement sur le sol. Le bruit produit par un délicat frôlement entre les murs se dirigeait vers eux. » Vite, il faut fuir ! Mais encore, faut-il que cela soit possible…

 

« On aurait dit un assemblage de sons gutturaux n'ayant pour lui aucun sens. Il essaya encore de s'enfuir, mais c'était peine perdue. » Frédéric Livyns est doué pour nous faire « entendre » ces bruits terrifiants sans qu’aucun son ne sorte de ces pages ! L’ambiance est à chaque fois cinématographique, sans que jamais ce ne soit grotesque ou caricatural. Les nouvelles sont courtes et vont à l’essentiel, et les chutes proposées sont redoutables ! Je me suis exclamée à plusieurs reprises, horrifiée !!!

 

Bref, j’ai beaucoup aimé ce recueil dans lequel le thème de la maison hantée est abordé sous divers angles : fantômes, créatures dignes de l’univers de Lovecraft, folie, et tableaux envoûtés dynamisent le concept de base et vous surprendront à coups sûrs ! Osez « Entrez… » !

samedi 9 octobre 2021

Ces orages- là, Sandrine Collette (JC Lattès, 01/2021)


 

Ces orages- là, Sandrine Collette (JC Lattès, 01/2021)

💔

 Mais qu’est- il donc arrivé à Sandrine Collette ? Où sont donc passés ses personnages aux actions dérangeantes et aux paroles qui claquent ? Quel ennui dans « Ces orages- là » !!!! Je suis péniblement arrivée à la moitié du roman parce que je m’attendais à ce que tôt ou tard, il y ait de l’action, un retournement de situation, du sang quoi !!! Mais non, rien qu’une narration sans fin, quasiment sans dialogue, qui nous relate la manière dont Clémence essaie de se reconstruire après trois ans d’une relation toxique avec un véritable pervers.

 

« Elle, elle court dans les bois. Elle voit mal. Elle devine, plutôt – pourtant elle le connaît, cet endroit. Plusieurs fois, des branches ont giflé son visage et elle a failli tomber en trébuchant sur des racines. » Ce prologue qui rejoue la légende de Daphnis et Apollon selon Ovide m’avait pourtant semblé être un bon signe : la nymphe est poursuivie jusqu’à l’épuisement par le Dieu des Arts puis se transforme en laurier pour enfin définitivement lui échapper. Comment Sandrine Collette, que l’on devine amoureuse de la nature, allait- elle réinterpréter ce mythe ? Que se passe t-il quand Thomas – Apollon rejoint Clémence – Daphnis ? Silence.

 

« Pourquoi elle, hein ? Pourquoi, si ce n’est qu’elle le portait sur la gueule ? Une petite fille trop maigre avec des grands yeux timides. Autant l’admettre : la victime idéale. » Pourquoi rapporter ces paroles ordurières du passé de manière indirecte, pourquoi ne pas remonter le temps et permettre au lecteur d’assister à la scène ? Cette passivité forcée m’a endormie…

 

« Je viens de servir de serpillière à un homme que j’ai pris pour le prince charmant pendant trois ans et j’ai l’impression que c’est entré dans mon ADN. Serpillière un jour, serpillière toujours. » Je me suis aussi lassée de cet auto- apitoiement récurrent. Pourtant, j’en ai lu des récits sur l’emprise, les violences faites aux femmes, notamment par ceux que l’on surnomme les « pervers narcissiques ». J’en ai été émue.  Mais ici, je n’ai ressenti aucune empathie pour Clémence, personnage tellement fuyant qu’il n’aura pas su s’inscrire dans mon âme de lectrice.

vendredi 8 octobre 2021

Mon mari, Maud Ventura (L'Iconoclaste, 08/2021)



Mon mari, Maud Ventura (L'Iconoclaste, 08/2021)

💚💚💚💚💚

 Maud Ventura signe là un premier roman autant déroutant que jouissif sur le quotidien d’un couple à l’apparence des plus banale mais au fonctionnement des plus loufoque ! Le narratrice prend le parti de nous raconter une semaine de sa vie conjugale, n’omettant rien de ses tracas, ô combien perturbants : elle aime son mari, passionnément, à la folie… et pour elle, il est évident que c’est un problème !

 

« Dans ma vie, le mauvais goût est toujours resté un péril constant, car j'ai vite compris que l'argent de mon mari ne m'achèterait ni l'élégance ni les bonnes manières. » Le choix de l’auteure d’utiliser une narration omnisciente permet au lecteur de ressentir très vite une certaine empathie envers cette quadragénaire qui doute d’être aimée par son mari autant qu’elle- même en est éprise. La différence sociale est- elle cependant un prétexte au comportement de la narratrice ? Certaines de ses pensées font en tout cas, bien sourire…

 

« J'espère que mon mari n'arrivera pas à se rendormir et que son insomnie lui laissera tout le temps nécessaire pour réfléchir à sa trahison. C'est important qu'il s'interroge : comment a-t-il pu réduire sa propre femme au rang de vulgaire clémentine ? Et pourquoi pas une banane ? » Alors qu’elle a une vie parfaite, un mari qui semble idéal et deux enfants bien élevés, cette professeure d’anglais et traductrice de romans à succès est persuadée d’être la femme la plus malheureuse du monde. Chaque moment passé avec son mari est analysé, décortiqué, et raconté dans un carnet.

 

« Quand j'aime, je deviens sévère, triste, intolérante. J'installe une ombre de gravité autour de mes amours. J'aime et je veux être aimée avec tellement de sérieux que cet amour devient vite épuisant (pour moi, pour l'autre). Bref, j'ai l'amour malheureux. » Et quel gâchis, peut- on penser ! Mais en même temps, cet amour fou à en être loufoque, ces rituels ridicules, ces raisonnements pitoyables que l’on découvre, éberlué, au fil des pages qui se tournent toutes seules, ne sont-ils là que pour pointer du doigt un phénomène sociétal poussé ici à son paroxysme?  Cette obsession qui tourne à la folie de ne pouvoir tout contrôler s'exprime dans une phrase du premier chapitre : « Mon mari n'a plus de prénom, il est "mon mari", il m'appartient. »

 

Au final, un très bon moment de lecture ! Maud Ventura possède un style bien particulier qui permet au lecteur d’avancer de surprise en surprise. J’ai bien cru que la narratrice se ferait tôt ou tard avoir à son propre jeu, et je n’ai absolument pas vu cet épilogue arriver !!! D’ailleurs, je ne sais toujours pas qu’en penser : époustouflant ou monstrueux ? Vous, qui l’avez lu ; vous en pensez quoi ?!!

jeudi 7 octobre 2021

La fille qui voyait le mal, Ludovic Bouquin (M+ Editions, 10/2021)


 

La fille qui voyait le mal, Ludovic Bouquin (M+ Editions, 10/2021)

💓💓💓💓

Un policier – thriller saupoudré d’ésotérisme et planté dans le décor du Vatican ; ça vous dit ? J’avoue qu’au début, j’étais sceptique… Encore un remâché du « Da Vinci Code » ? Hé bien, non, pas du tout. Pas de recherches symboliques ni bibliques ici. Nous sommes bien ancrés dans le présent, avec même un pied dans un futur que d’aucuns souhaitent rendre chaotique. Et pour lutter contre cet immonde complot, Ludovic Bouquin nous propose une héroïne attachante dotée d’un don particulier, celui de voir le Mal…

 

« Elle distinguait une personne et deux spectres colorés à gauche et à droite de cette personne. Le spectre de couleur variait du blanc jusqu'au noir, sans omettre une seule des couleurs qui existaient sur terre. Dans une version simplifiée, ça représentait le bien et le mal chez tout individu. » Dossi fait partie de la garde suisse qui a pour mission de protéger le Pape lors de ses déplacements. D’origine béninoise, elle a hérité de sa famille un don particulier : celui de percevoir l’aura des personnes et donc de pouvoir discerner les éventuels actes de violence à venir.

 

« - Je doute toujours de ce que je vois, c'est une accusation très grave. J'attends, impuissante, que le pire arrive et je ne me trompe pas jamais. » Malgré son talent inestimable, Dossi est une jeune femme humble, qui ne rêve que de vivre paisiblement, loin de l’agitation et de la foule. Mais voilà qu’on lui donne une mission à remplir : enquêter sur des actes brusques et violents qui se déroulent en plein jour et en plein Paris. Et on lui adjoint deux équipiers : Axelle, la policière rebelle, et Gédéon, le psychiatre farfelu. Ce trio improbable va devoir se serrer les coudes pour remonter la piste des ignobles comploteurs qui ont pour objectif de mettre le monde sans dessus dessous.

 

« Elle avait réussi à créer le chaos, elle pouvait toucher plus de personnes. Les applications étaient multiples et redoutables. Le monde allait changer profondément, et elle serait à l'origine de sa mutation. » Le Vatican cache bien des mystères, et quelques cardinaux à l’âme bien impure. L’argent, le pouvoir et l’orgueil sont des vices intrinsèques à la plupart des Hommes, quels qu’ils soient. Et quand des scientifiques promettent de trouver un moyen d’insérer la violence « à la demande » sur Terre, les billets s’abattent sur la table entre les mains de bien vils scélérats. Notre trio va devoir surmonter bien des épreuves pour arriver à faire tomber les coupables…

 

Au final, un roman qui se lit tout seul. La première moitié est menée tambour battant, et le rythme est intense, entre les rencontres et les revers de fortune de nos trois protagonistes. La dernière partie est un peu plus lente ; on sent un peu la fin arriver ! Sinon, j’ai énormément apprécié le personnage de Dossi ; j’aurais presque envie de la rencontrer en vrai !!! Gédéon est lui aussi très attachant. Personnellement, j’aimerais bien qu’il y ait une suite !

mercredi 6 octobre 2021

La Loi des hommes, Wendall Utroi (Le Livre de Poche, 09/2021)



La Loi des hommes, Wendall Utroi (Le Livre de Poche, 09/2021)

💛💛💛💛💛 

J’ai découvert la plume captivante de Wendall Utroi dans « Les yeux d’Ava » cet été ; je l’ai par la suite fait lire à tout mon entourage tellement je l’avais trouvé poignant ! J’avais donc précommandé « La Loi des hommes » dont la sortie en format poche était annoncée en cette fin septembre. Et je n’ai vraiment pas été déçue par ma lecture !

 

« A Houtkerque, ce Hardwell a été, pendant des décennies, le sujet de mille rumeurs, on le disait enfui d'Angleterre, endetté, criminel, rentier, chercheur et même écrivain raté, et Jacques va vider sa tombe. » Jacques est cantonnier à Houtkerque, commune située à quelques kilomètres de Dunkerque. C’est à lui que revient la tâche de déplacer les restes des personnes dont la concession vient d’expirer au cimetière. Une mission repoussante mais qui va permettre au quinquagénaire de faire une étrange découverte : un coffre rouillé se trouvait enterré aux côtés du mystérieux J. Wallace Hardwell… A l’intérieur se trouve un manuscrit rédigé en anglais très bien conservé : Jacques va en découvrir le contenu et le partager avec nous, lecteurs.

 

« Pendant ma courte carrière, j'avais vu des choses repoussantes, malodorantes, sanguinolentes, morbides, mais je n'avais jamais ressenti ce malaise, cette envie de me boucher les oreilles. Je n'avais jamais eu cette nausée qui me faisait désespérer de l'Homme. » Cap sur l’époque victorienne, en plein cœur de Londres, où Hardwell exerce le métier d’enquêteur au sein de Scotland Yard. Notre policier va se retrouver chargé d’une mission pour le moins délicate : il doit entendre des témoins aux attitudes fallacieuses afin d’éviter qu’un scandale mettant en cause la Couronne royale éclate.

 

« Une fois qu'on tombe dans la prostitution, c'est comme marcher sur une planche savonneuse, tu voudrais t'en sortir, mais à chaque tentative tu glisses un peu plus. » Hardwell, grâce à une intelligence tactique, va démêler les écheveaux d’une histoire de famille retors, dans laquelle la misère et la rue ont produit des mœurs inconcevables. Pour un esprit probe comme lui, il va être dur d’accepter l’hypocrisie des nantis qui maintiennent un voile sur les actes ignobles perpétrés sur des êtres misérables.

 

Au final, un roman qu’il est impossible de lâcher. L’auteur vous plonge dans les bas- fonds de Londres, ses relents nauséabonds, ses crimes ignobles sur fond d’histoire vraie. La double temporalité permet au lecteur de souffler momentanément lorsqu’il retrouve Jacques, de nos jours. Néanmoins, Wendall Utroi n’en oublie pas de nous glacer les sangs avec les révélations liées au réel de notre société actuelle dans les derniers pages… A LIRE !