samedi 8 octobre 2022

Comme une image, Magali Collet (Taurnada, 10/2022)

 



Comme une image, Magali Collet (Taurnada, 10/2022)

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Diabolique ! Si je ne devais utiliser qu’un seul mot pour qualifier ce roman, ce serait celui- là ; « diabolique » ! Pourtant, le personnage principal est une petite fille de 9 ans (attention, bientôt 10 !) à qui « on donnerait le bon Dieu sans confession », qui obéit à ses parents, sourit à la voisine et prend soin de ses vêtements au look désuet : jupe marine plissée et chemise blanche, qu’elle s’est elle- même imposé. Une petite fille qui détonne au milieu des enfants de nos jours.

 

« Alors, je cache ce que je suis vraiment. Je m'arrange pour glisser quelques erreurs de temps en temps dans mon travail, j'essaie de poser des questions dont je connais la réponse, parce que j'ai vite compris qu'il ne fallait pas être à l'écart d'un groupe. La classe, c'est une meute, comme les loups. » Lalie est une petite fille intelligente, très intelligente, même, au point de probablement entrer dans la catégorie des enfants à haut potentiel. Mais elle ne souhaite pas le montrer. Elle se sert de ses capacités intellectuelles pour se fondre dans la masse et manipuler son entourage.

 

« Elle attrape le plus gros. Il pousse un petit miaulement et la regarde fixement. Elle sourit. Elle sent la vague monter encore et encore. C'est une sensation étrange, à la fois exaltante et un peu effrayante, car elle ne sait jamais si elle pourra la contrôler ou même, si elle en ressentira l'envie. » La narration de certains chapitres est interne ; nous sommes dans la tête de Lalie et ce procédé nous permet de suivre le cheminement de ses pensées. Les autres passages sont omniscients et le passage de l’un à l’autre fait passer le lecteur de la position d’acteur à celle de spectateur. C’est vraiment habile de la part de la romancière car on sent les malheurs arriver et on y assiste ensuite, terrifié et impuissant. Tant de cruauté dans l’esprit d’un enfant est, ô combien, dérangeant !

 

« - C'est une psychopathe.
- Tu ne peux pas dire ça. D'ailleurs, on ne parle pas de psychopathie avant l'âge adulte.
- Alors quoi ? On le devient subitement à la majorité ? »
Au fur et à mesure des incidents qui vont jalonner l’existence de Lalie et de son entourage, il devient évident que le comportement de cette petite fille est loin d’être normal. Les parents vont- ils accepter d’ouvrir les yeux ? Jusqu’où va-t-elle aller dans l’horreur ?

 

Au final, un thriller psychologique glaçant, terrifiant. Il est rare de lire ce genre de récit avec un enfant dans le rôle d’un protagoniste au comportement psychologique aussi pervers. Les procédés littéraires utilisés par la romancière sont parfaitement en adéquation avec l’histoire racontée et la rendent encore plus prenante. Jai adoré et je vous le recommande vivement !

mercredi 5 octobre 2022

Pas la fin du monde, Rachel Corenblit (Bayard, 08/2022)


 

Pas la fin du monde, Rachel Corenblit (Bayard, 08/2022)

💙💙💙

 

Pour beaucoup de Toulousains, septembre 2001 a eu un goût de fin du monde. Le 11, ils ont assisté comme la terre entière à l’attaque des tours jumelles de New – York, mais quelques jours plus tard, le 21, ils ont subi l’explosion de l’usine AZF, avec encore en tête, les images d’un attentat meurtrier. Un accident terrifiant et extrêmement traumatisant. Rachel Corenblit place son intrigue le matin m’même de l’explosion, avec le point de vue de différents membres d’une même famille, déchirée par les événements pourtant communs de la vie.

 

« Juste après, le silence. Un silence en apesanteur. Sa respiration, une fois, deux fois, presque rauque. Il leva les mains au niveau de ses yeux pour vérifier s'il n'était pas blessé, tenta de bouger mais son corps lourd était comme aplati, trop raide. Les nuées ardentes auraient pu le recouvrir, il serait resté à cet endroit et on l'aurait retrouvé des siècles après, carbonisé, son empreinte fossilisée, preuve qu'il avait vécu, qu'il était mort, là. Léon Marin, dix- neuf ans, étudiant en philo, fils d'un raté et d'une pute, frère d'une conne, petit- fils d'une folle rescapée de la guerre. » Léon, dont l’esprit est obnubilé par sa récente rupture avec Julie, qu’il voyait comme la femme de sa vie, revient à des réflexes de base suite à l’explosion qui a dévasté une partie de la ville. Respirer, bouger vont être ses premières nécessités. Puis, étrangement, c’est s’assurer que les membres de sa famille sont sains et saufs qui va devenir sa priorité ; alors que cela fait des années qu’il ne les côtoie plus.    

 

« Pas de baisers, pas d'accolades. Ils restèrent en face l'un de l'autre, immobiles, comme ignorants des us et coutumes des retrouvailles.
Deux sauvages.
C'est ce qu'elle pensait d'eux : ses petits- enfants avaient grandi comme des sauvages. »
Léon retrouve sa sœur, Frida mais aussi Aida, la grand- mère paternelle auprès de laquelle leur père a trouvé refuge après son divorce avec la mère des enfants, Inès. Mais les retrouvailles sont glaciales ; jusqu’à ce qu’on se rende compte que François, le père dépressif, demeure introuvable.

 

« On ne s'en rend pas encore compte mais l'effondrement des tours aux Etats-- Unis préfigure notre fin. La chute de notre empire débute le 11 septembre 2001. Toulouse qui brûle en est la suite logique. Des avions se jettent contre des buildings, des usines explosent. Et demain, le monde flambera. » Sur la route des enfants des prédicateurs pointeront le doigt sur un état de fait qui forcément, fera réfléchir le lecteur.

 

Au final, un roman jeunesse agréable à lire même si l’ambiance est particulièrement morose. Pour les personnes habitant Toulouse ou ayant de la famille y résidant en 2001. L’accident d’AZF est prégnant dans les esprits. Hormis le contexte, c’est un roman qui fait réfléchir sur les relations intra- familiales et on se rend compte que devant la catastrophe, les liens du sang se réveillent, oubliant (momentanément) les rancœurs diverses. Seul bémol : les coquilles alors que le livre est publié par une maison d’édition de renom… 

dimanche 2 octobre 2022

Un enfant sans histoire, Minh Tran Huy (Actes sud, 08/2022)



 Un enfant sans histoire, Minh Tran Huy (Actes sud, 08/2022)

💙💙💙💙

 Minh Tran Huy est une romancière et journaliste reconnue. Elle prend le pari ici de prendre la plume pour parler de son fils, Paul, qui jamais ne lira les mots couchés sur le papier par sa mère. Car Paul est autiste.

 

« Les Etats- Unis, tout comme le reste de l'Europe, ont abandonné dans les années 1960 les théories psychanalytiques attribuant l'autisme à un traumatisme psychologique. Pas la France, férue de psychanalyse depuis longtemps - c'est le pays qui compte le plus grand nombre de psychanalystes par habitant dans le monde. Le combat continue de faire rage entre ceux qui considèrent qu'un enfant comme Paul, victime d'une hypothétique, si ce n'est fantasmagorique, "blessure psychique", ne parle pas parce qu'il ne veut pas parler ; et ceux qui pensent qu'il ne parle pas parce qu'il ne peut pas parler, et qu'il faut par conséquent l'aider à acquérir les compétences (communicationnelles, cognitives, sociales, motrices…) dont disposent les enfants ordinaires. » La France, éternelle Lacanienne, a bien du mal à se secouer et à envisager d’autres prises en charge que la psychanalyse pour soigner les âmes en détresse. L’enfant va mal ? C’est la faute de sa mère…

 

« Nous sommes en 1990 et la réussite de Temple est d'ores et déjà spectaculaire: la fillette qui tapissait sa chambre de ses excréments, se débattait en hurlant pour des raisons que nul ne parvenait à saisir, l'enfant violente, incontrôlable, que son père et les psychiatres voulaient institutionnaliser, celle que ses camarades d'école, de collège, de lycée traitaient de "tarée" avec un mélange de peur et de mépris, occupe désormais le poste de professeur d'université en science animale, auquel elle a ajouté les casquettes d'ingénieure et de femme d'affaires […]. » La romancière prend appui – et espoir- sur le chemin de vie de Temple Grandin ; ébahie de constater que les soins qui lui ont permis d’avancer vers une espèce de « conformité sociétale » sont nés de l’instinct de la mère, puis de l’attention d’un professeur. Inspirant, mais ô combien culpabilisant quand on ne parvient pas à faire de même…

 

« En jetant toutes nos forces dans une bataille quotidienne contre l'autisme, Adrien et moi avons oublié qu'il s'agissait d'un marathon et non d'un sprint. Nous avons négligé de prendre soin de nous comme il l'aurait fallu et avons du mal à maintenir la tête hors de l'eau. » Les parents ont tout donné pour leur petit Paul : temps, énergie et argent. Au point d’en souffrir. 85% des parents d’enfants autistes divorcent ; comment résister malgré ces quotidiens sans répit qui se suivent et se ressemblent désespérément ?

 

Un livre qui questionne la place de l’autisme – et du handicap de manière générale – en France et qui met en avant le sentiment de culpabilité et d’impuissance que ressentent les parents quand, malgré les thérapies comportementales, les prises en charges médicales et paramédicales, leur enfant n’évolue pas.  Poignant.

vendredi 30 septembre 2022

Knight of shadow, tome 2 : Amour éternel, Loïs - Ly (Elixyria, 07/2019)



 Knight of shadow, tome 2 : Amour éternel, Loïs - Ly (Elixyria, 07/2019)

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Le tome 1 de cette saga se terminant en fanfare, avec une découverte tout à fait inattendue qui remettait en cause certains postulats de départ, je ne pouvais faire autrement que me précipiter sur la suite ! Hé bien, je n’ai pas été déçue ! Que de surprises, de pistes inattendues ! J’ai juré plus d’une fois dans ma moustache (si, si) en lisant ce que Loïs- Ly, en romancière sadique avait concocté pour ses personnages.

 

« Le sentiment de trahison s'insinue aussitôt dans mes veines comme un poison. Il me paraît évident que tout ce que je vais entendre à partir de maintenant va me rendre folle de rage ou me briser à jamais. » Avery va tomber de Charybde en Scylla dans ce tome. Nombre de personnes de son entourage vont voir leur masque tomber et les déceptions vont se succéder pour la jeune femme.

 

« - La lueur dans ton regard, celle d'un lendemain serein. Tes soupirs d'inquiétude, que tu combles aussitôt par des promesses cachées dans des sourires en coin ; mais surtout, tes silences d'amour qui crient tellement de choses qu'on ne peut qu'y croire. Tout ce qu'une femme dotée d'un cœur aime entrevoir chez un homme. »  Heureusement que Rayden, garde du corps, devenu garde du cœur, veille et protège Avery mieux que quiconque ; quitte à en oublier ses propres préoccupations identitaires.

 

« Je reste un instant pétrifiée devant ce qui me détruit et me fait grincer des dents. Chaque hurlement est un supplice. "Sors de là ! Va - t’en maintenant ! " me crie ma conscience. Je recule, effrayée, soudainement perdue, sans reconnaître le chemin par lequel je suis passée. » Avery va se retrouver acculée dans ses derniers retranchements, prête à perdre son esprit, voire son âme. Rayden a beau être présent à ses côtés, les enjeux vont très vite dépasser le couple, mais aussi le cercle de leurs amis.

 

Au final, un second tome mené tambour battant, qui appelle un troisième tome que j’attends de pied ferme ! Si vous aimez les enquêtes policières mettant en scène des laboratoires médicaux aux pratiques contre- nature, l’esprit dystopique saupoudrée de romance, et que vous avez les nerfs solides, n’hésitez pas à découvrir cette saga ! 

mercredi 28 septembre 2022

Knight of shadow – Tome 1 : hybride, Loïs - Ly (Elixyria, 11/2018)



 Knight of shadow – Tome 1 : hybride, Loïs - Ly (Elixyria, 11/2018)

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Vous avez rêvé, fantasmé (vous aussi) devant le film « Body Guard » (bon, ok 1992…) qui réunissait Kevin Costner et la regrettée Whitney Houston, si talentueuse, belle et tourmentée (même en fiction) ?  Ajoutez une pincée de vampires, quelques métamorphes saisis sur le vif et projetez- vous à San Francisco en 2255. Vous y êtes ? Très bien, accrochez maintenant votre ceinture car les remous arrivent ; et ils vont être nombreux…  

 

« Il y a environ deux cents ans, le monde surnaturel, jusqu'alors partie immergée de l'iceberg, a brisé le cours tranquille de la petite vie des humains et rompu leur règne sans partage en se révélant à eux. Alors, la pléiade de créatures mythologiques, supposément légendaires, qui captivaient les ados à la télévision ou dans les livres, telles que les vampires, les métamorphes, les lycanthropes, les sirènes, les berseks, sorcières et autres démons, ont brusquement fait leur apparition en chair et en os. On en croisait au coin de la rue. » Le monde n’est plus tel que nous le connaissons. Certes, le dérèglement climatique a bel et bien fait des siennes et les journées sont aussi caniculaires que les nuits sont glaciales. Mais le changement majeur réside dans l’émergence de créatures surnaturelles que l’on pensait cantonnées aux pages de nos romans préférés.

 

« J'étais déjà impulsif et nerveux de nature quand je n'étais qu'un humain, j'imagine que les expériences que l'on a pratiquées sur mon corps n'ont fait qu'exacerber ces traits de caractère, sans compter maintenant l'instinct meurtrier qui prend le dessus sur mon ancienne personnalité... » Rayden est un ancien flic. Il s’est réveillé un soir dans un laboratoire déserté ; son corps et son esprit profondément modifiés. Qu’est-il donc devenu ?

 

« Rayden me désirait, cependant, dès lors que j'ai parlé de mon père comme une idiote, son patron, il s'est refermé comme une huître. Il n'y a plus eu de "Avery, tu me rends dingue !", mais un "je vous laisse terminer de vous préparer, Mademoiselle Grover, je vous attends dans le salon". » Le nouveau job de Rayden ? Garde du corps d’Avery Grover, fille d’un milliardaire désagréable et distant. Mais voilà, entre Avery et Rayden, l’attirance est rapide et réciproque. Mais quid d’une histoire employée / patron, et peut-être encore plus problématique ; humaine / surnat’ ?

 

Au final, un roman fantastique sur fond d’enquête policière, agrémentée d’une jolie romance. Les personnages sont charismatiques à souhait ; on grogne avec Rayden et on s’épuise avec Avery, cette bourgeoise capricieuse, mais pas si délurée que ça. Et ce premier tome qui se termine sur un « cliffhanger » de malade ; on en dit quoi ? Ben qu’on est au taquet pour entamer le tome 2 (parce que non, ça ne peut pas en être autrement !) !