vendredi 10 avril 2020

L’horizon qui nous manque, Pascal Dessaint

L’horizon qui nous manque, Pascal Dessaint (éditions Rivages / Noir, août 2019)

★★☆☆☆

Soyons clairs, j’ai choisi ce roman parce qu’il se situe là où j’ai grandi. J’avais déjà entendu parler de l’auteur sans l’avoir déjà lu, et je n’avais aucune connaissance de l’intrigue.

Question description, des lieux, j’ai été ravie, plongée dans mes propres souvenirs : « Cette mer se retirait si loin parfois que l'on pensait que même en courant à perdre haleine, des heures, une journée entière, on ne pourrait jamais atteindre les vagues qui se confondaient longtemps avec les brumes de chaleur. ». Cette mer du Nord, qui se mérite à coups de longues marches dans le sable, la réserve naturelle du platier d’Oye, la Tour penchée, le cochon Noir, le café du Col Vert à Marck sont des lieux que j’ai foulés et fréquentés durant trente ans, avant de descendre en Occitanie.  Quel plaisir de les retrouver sous une plume qui a su les apprécier !

Mais niveau intrigue, je suis restée sur ma faim…
Nous sommes en présence de Lucille, jeune institutrice qui vient de démissionner de l’Education nationale pour s’occuper des migrants dans la jungle de Calais. Elle vient de faire un burn- out et cherche un lieu où se réfugier ; ce sera dans une caravane que lui loue Anatole. Ce vieux monsieur ne vit que pour la chasse (il vit mal le fait de ne jamais avoir pu s’acheter une hutte), les films de Jean Gabin et les bons de réduction valables au supermarché de la ville d’à côté. C’est un bon bougre qui a le cœur sur la main. D’ailleurs, Loïk, sorti de nulle part (enfin, de « zonzon » quand même), va en profiter en venant s’installer dans le troisième « logement » de l’impasse, c’est-à-dire l’ancienne baraque à frites d’Anatole.

Les envies et les besoins des uns et des autres vont s’entrechoquer et produire de bien tristes événements, qui seront le prétexte pour l’auteur de construire une espèce de morale à cette large fable basée sur la misère sociale : « L'humanité est en train de muer en quelque chose de singulièrement détestable. »

jeudi 9 avril 2020

New Black Earth, Cindy Vanel

New Black Earth, Cindy Vanel ( Editions Elixyria,  mars 2020)

★★★★★

« Le crépuscule est, paraît-il, le meilleur moment pour que des choses étranges fassent leur apparition. » Le crépuscule est une frontière. La limite entre le jour et la nuit, l’illusion qui sépare la raison de la folie. Avec « New Black Earth », attendez- vous à rester sur ce genre de fil incertain durant la majeure partie du récit !

Ambre, française de vingt ans, étudiante en Lettres, part en vacances en Angleterre avec ses quatre amis de toujours : Alexandre, Thomas, Gabrielle et Elena. Sur place, ils vont rencontrer Logan, un étudiant en médecine anglais. A l’aide de ce guide improvisé et sympathique, ils vont visiter les lieux incontournables de Londres et profiter de l’insouciance de leur jeunesse.

Quand on leur propose d’aller visiter un asile abandonné depuis plus de quatre-vingt-ans, situé sur une île déserte, les jeunes gens hésitent. Certains d’entre eux ont envie de se faire « un shoot » d’adrénaline tandis que les autres demeurent réticents après s’être documenté sur les lieux : des légendes et des disparitions étranges entourent les lieux depuis des années. D’ailleurs, si les lieux sont abandonnés depuis si longtemps, c’est qu’il doit bien y avoir une raison….

Nos six étudiants, suite à un vote symbolique, prennent la mer pour se rendre sur l’île. Et là, accrochez-vous !!! Personnellement, je suis passée par une palette d’émotions très différentes : inquiétude, incrédulité, frayeur, etc. Cindy Vanel m’a entraînée dans un récit sans répit ! Impossible de poser le roman : il fallait que je sache ce qu’il s’était passé, que je comprenne le fin mot de l’histoire ! De ce fait, j’ai lu le livre quasiment d’un coup !

Bref, foncez sur ce roman mais prévoyez plusieurs heures de lecture devant vous car vous ne pourrez pas le lâcher !!!!
Auteure à suivre !!!

La fille sans peau, Mads Peder Nordbo

La fille sans peau, Mads Peder Nordbo (Actes Noirs, janvier 2020)

★★★☆☆

Un polar nordique, danois pour être plus précis, qui se lit très bien car il mêle à l’intrigue policière des situations appartenant plutôt au thriller : désir de vengeance, tortures, viols.
La nature y a une place prépondérante, ainsi que quelques références aux légendes des Inuits : « Je pense que tout a une âme. Quand les liens sont assez forts, on est unis pour toujours. Avant la naissance et après la mort. » Néanmoins, c’est aussi une lecture exigeante tant pour retenir les noms des divers protagonistes que pour comprendre les liens entre les uns et les autres lors des étapes successives de la résolution de l’enquête.

Nous sommes ici en 2014, en présence de Matthew, un journaliste danois envoyé en mission au Groënland pour couvrir la découverte d’un corps momifié dans la glace. Les scientifiques sont persuadés qu’il s’agit d’un Viking enterré là depuis des siècles.

Mais voilà que, durant la nuit qui suit la découverte, la momie disparaît, le policier qui la gardait est sauvagement assassiné et le matériel du collègue photographe de Matthew dérobé. Étrange…

Matthew, déçu de ne pas pouvoir réaliser le scoop dont il rêvait, va se lancer dans une enquête aux multiples rebondissements, aidé par une chasseuse de phoques tatouée des pieds à la tête. Un mystérieux carnet ayant appartenu à un policier prénommé Jacob va lui être remis. Celui-ci contient des indices portant sur une enquête de meurtres sauvages et de viols sur fillettes perpétrés en 1973.  Notre journaliste va vite repérer des éléments étrangement similaires aux deux enquêtes et se lancer dans une quête pour la vérité, à ses risques et périls.

Bref, un polar intéressant mais qui souffre d’une complexité exagérée (et surfaite, à mon avis) et d’un style d’écriture assez fade.

lundi 6 avril 2020

Deadly Rose, L.S. Ange et Charlie Genet

Deadly Rose, L.S. Ange et Charlie Genet (Editions Elixyria, mars 2020)

★★★★★

Décidément, le chemin de traverse littéraire que j’emprunte depuis le début de ce confinement me réussit plutôt bien. J’avoue, la littérature « blanche » actuellement m’ennuie prodigieusement... Et cet écart me réussit ; j’ai avalé les 420 pages de « Deadly Rose » en deux jours ; complètement absorbée par cette histoire de guerre des gangs dans laquelle une histoire d’amour improbable a vu le jour.

Commençons par lui, Ezra, le bras droit de Dario, le chef des Young Bones, tel qu’il se présente : « S'il y a quelqu'un à tuer, de l'argent à récupérer, des comptes à régler, c'est moi qu'on appelle. Tout le monde ici sait que je ne plaisante pas, mes preuves ne sont plus à faire. Grand nombre de cadavres pourrissent au fond de l'East River. Il suffit d'apercevoir les traits tatoués sur mon avant-bras droit pour comprendre que la liste est longue. Des remords ? Aucun ! Toutes ces vermines ne manqueront à personne ! » A vingt- sept ans, son univers n’est autre que celui dans lequel il s’est construit très jeune : la drogue, la prostitution, la violence la plus cruelle et l’absence totale de sentiment.

Maintenant, parlons d’elle, Rosabella, vingt-et-un ans et déjà un foyer à charge, celui de sa propre mère qui souffre d’un cancer en phase terminale. La jeune femme, caissière dans un petit supermarché, porte sur ses seules épaules les charges financières de leur quotidien et du traitement pharmaceutique de sa maman. Même si l’appartement dans lequel vivent les deux femmes ressemble plutôt à un taudis, il faut de l’argent pour vivre dans le quartier new-yorkais de Brownsville, entre les charges et le racket quotidien des caïds de l’immeuble. Rosabella va tenter de trouver un autre moyen de gagner un peu plus d’argent, quitte à jouer avec le feu… Mais elle va tomber dans un piège : « Si je gravis une seule marche, je suis finie, mais si je n'obéis pas, je suis morte. »

Le récit avance au fur et à mesure des chapitres racontés alternativement par l’un et l’autre de nos deux personnages principaux. Cela donne un rythme époustouflant à l’intrigue ! En plus de cela, les deux auteures ont une imagination des plus fertiles et les rebondissements tous plus inattendus les uns que les autres s’enchaînent à une vitesse folle !

Bref, impossible de lâcher ce roman tellement j’avais BESOIN de connaître la suite !
Voilà qui m’a donné très envie de lire d’autres romans écrits par ces deux auteures, que ce soit à 2, à 4 (ou à 6) mains !!!

samedi 4 avril 2020

Le Prêtre des ombres, G.H. David

Le Prêtre des ombres, G.H. David (Plumes du web, 04/2020)

★★★★★

Je sors de ce roman fantastique (ou plutôt de « bit lit ») doublement charmée.
Premièrement par l’écriture ciselée de G.H. David (c’est déjà le cinquième roman que je lis de cette auteure), la richesse et la précision du vocabulaire utilisé et sa capacité à passer par les différents registres du langage pour donner un côté vivant à ses personnages.
Deuxièmement par la densité de l’intrigue qui trouve ses racines dans la mythologie nordique : l’auteure a véritablement préparé son récit en se documentant sérieusement sur ce sujet et les nombreuses références citées ont d’ailleurs bien attisé ma curiosité…  

Son héroïne est une commissaire rebelle, Hélène Christy. Elle dirige la brigade du BIPS, consacrée à la résolution de crimes « hors norme » : « Bien sûr, vous avez déjà fait le raccourci et vous aurez raison: je suis affectée aux affaires paranormales. Et cerise sur le gâteau, vu mon patronyme, on me surnomme Hell Christ. La classe à Dallas - ou plutôt à Paris. »
Son franc- parler et son culot au débotté ne peuvent que séduire !

Voilà qu’un nouvel équipier est envoyé dans sa brigade pour remplir le rôle d’exorciste. Ce prêtre, lié au Vatican, Armand Chills, n’est pas conventionnel. De par son allure de séducteur et ses manières charmeuses, il va semer le trouble dans l’équipe formée, à la base, de trois filles…

Mais à peine est- il arrivé que des corps sont retrouvés dans de drôles d’état. Des disparitions vont être relevées dans l’entourage de la BIPS et le passé d’Hélène va faire remonter à la surface des éléments qu’elle aurait préféré garder cachés. Adieu le repos ! Mais ça tombe bien, Hélène adore l’action, et il va y en avoir !

Au final, c’est un roman qui mêle habillement notre univers contemporain et celui du paranormal. Les actions s’enchainent et les rebondissements, souvent imprévus, ne laissent aucun répit au lecteur ; les pages se tournent avec avidité jusqu’à la fin.

En ces temps de confinement anti- virus, c’est un roman efficace pour l’évasion et contre la morosité ambiante ! Je vous le recommande chaudement !