dimanche 13 juin 2021

Seule la haine, David Ruiz Martin (Taurnada, 06/2021)


 

Seule la haine, David Ruiz Martin (Taurnada, 06/2021)

💛💛

 

Un cabinet de psychanalyste, en centre ville. Elliot, quinze ans, n’a pas rendez- vous mais il parvient à s’y incruster. Larry Barney pense que cet adolescent a besoin de s’épancher, mais il va vite déchanter. Le voilà menotté à son fauteuil, face à un gamin armé venu se venger…

 

« L'être humain est faible et Elliot en est conscient.
Notre monde va mal et Elliot en est conscient.
Son frère s'est logé une balle dans la tête et Elliot en est conscient. »
Simon, le frère du jeune garçon, s’est suicidé. Elliot, qui ne parvient pas à faire son deuil, est persuadé que si son aîné a mis fin à ses jours, c’est de la faute du psychanalyste qui le suivait.

 

« Pour une raison que j'ignore, ce gosse se joue de moi. Il prend un plaisir non dissimulé à me faire perdre mes moyens. A me détourner de mes pratiques habituelles, et je n'aime pas ça. J'ai soudain très chaud. J'ai soudain envie de hurler. J'ai soudain envie de lui coller la gifle qu'il mérite depuis son arrivée ! » Elliot va alors se mettre à narrer une drôle d’histoire, dans laquelle Larry se retrouve bien plus impliqué qu’il n’y paraît. Ses certitudes vacillent face aux propos de l’adolescent intellectuellement précoce.

 

« L'être humain est une espèce lâche, Doc, vous le savez bien. Les gens préfèreraient laisser couler un môme au fond d'un lac plutôt que de prendre le risque de saloper leur précieux costard. » L’adolescent, désabusé, semble prêt à tout, même au pire. Jusqu’où cette confrontation en huis clos va -t- elle aller ? Comment vont-ils, l’un et l’autre, s’en tirer ?

 

Les personnes qui aiment se perdre dans les thrillers psychologiques à huis clos vont sûrement adorer cette lecture qui retourne bien les méninges dans touts les sens. Qui dit vrai ? Le doute s’installe dans la tête du narrateur, Larry, mais aussi dans la tête du lecteur, de manière durable. Les faits racontés par Elliot sont monstrueux et on compatit rapidement à son envie de venger son frère. Mais personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le récit, puis j’ai trouvé quelques longueurs, et répétitions, qui m’ont fait décrocher de l’histoire. Je n’arrivais plus à y croire. C’est dommage.

mercredi 9 juin 2021

Les jumeaux de l'enfer, Antoine Léger (M+ éditions, 05/2021)



Les jumeaux de l'enfer, Antoine Léger (M+ éditions, 05/2021)

💚💚💚💚

 « La violence, c'est la réponse extrême de l'incompris. Le recours à la violence vient toujours signer une souffrance. » Des personnages qui souffrent, vous en trouverez dans les pages de ce court thriller haletant. De la violence aussi ; et cela, crescendo. Antoine Léger semble ne pas connaître la pitié, la condescendance. Le lecteur de thriller veut du sang, de l’injustice : il va les lui fournir sous le prétexte de l’Histoire.

 

« La batterie et la basse fusionnent maintenant sur un rythme rock improvisé. Les murs vibrent. L'immeuble résonne.
Ce soir, pour eux, un unique objectif : s’éclater ! »
31 décembre 2018, Occitanie : les personnages présents, que l’auteur nous a présentés dans la première partie, sont prêts à passer le réveillon de la Saint- Sylvestre. Certains sont pressés de recevoir leurs invités pour une soirée de folie, d’autres vont en profiter pour régler quelques comptes, mais deux jumeaux néo- nazis, eux, vont s’organiser pour s’échapper de la prison dans laquelle ils sont retenus depuis plusieurs années, prêts à célébrer un anniversaire qui n’a rien de festif.

 

« Le silence laisse la place au bruit du billet. Ben est songeur, puis soudainement, sur un ton assuré et direct, reprend du poil de la bête.
- Je peux te proposer 2000 euros dès ce soir.
- Quoi ? Tu te fous de ma gueule ? lâche le jeune intéressé.
Les yeux du jeune homme s'écarquillent. Surprise, Rachel se retourne, étonnée, vers son frangin à terre.
- Oui, mais c'est pour un contrat à exécuter ce soir.
En guise de conclusion une goutte d'eau vient de tomber du plafond dans le seau jaune. »

Toutes les personnes qui se retrouveront à Montauban, au 18, quai Montmurat, n’auront pas tous un accès direct au Paradis. Les jumeaux Zoma vont leur offrir un aller simple pour l’Enfer…

 

Au final, un thriller qui m’a vraiment prise par surprise ! Je ne pensais pas du tout faire ce détour par l’Histoire de France et ses périodes sombres. J’ai été scotchée par l’accélération inattendue des événements et par une montée de violence exponentielle. J’avoue que j’aurais aimé en savoir plus sur les frères Zoma, juste pour essayer de comprendre comment ils en étaient arrivés là. Mais Antoine Léger a peut- être raison de laisser ce passé sous silence ; ce serait peut-être l’occasion de donner une fausse excuse donnant des circonstances atténuantes à ces deux êtres abjects… Auteur à suivre de près !

lundi 7 juin 2021

Liz – T. 5.1 – Traque en eaux troubles, G.H. David (Elixyria, 11/2020)



Liz – T. 5.1 – Traque en eaux troubles, G.H. David (Elixyria, 11/2020)

💙💙💙💙

C’est toujours un plaisir de retrouver l’écriture élaborée et sensible de G.H. David. J’ai aimé replonger dans la saga Liz, retrouver son ambiance particulière, entre grand banditisme et alcôves sensuelles. Ici l’auteure a déclaré vouloir orienter davantage son intrigue du côté du thriller et c’est fort bien réussi. Il faut dire que le personnage trouble d’Alex, ayant un rôle prépondérant dans le début de la saga, se prête parfaitement au jeu subtil du prédateur multipliant ses proies avec tact et sadisme.

 

« Mes mâchoires se crispent de rage, parce que je prends toute la mesure du monstre que je suis, comme l’étaient mon père et son père avant lui : une dynastie de tarés sanguinaires. Les bêtes comme nous ne sont pas faites pour aimer et être aimées. Nous sommes des trous noirs absorbant toute bonté et, dans notre âme, la lumière ne perce jamais. » Alex se fait appeler ici Alistair. Nous avions eu des informations sur son enfance brisée dans la saga Liz, mais ici, les détails qui sont distillés donnent la chair de poule. Ils expliquent aussi, peut-être, les raisons qui ont fait de ce personnage un être si tourmenté.

 

« Parce qu'avec tout ce que j'ai vécu durant ces dernières heures, je ne sais même plus qui je suis : deux existences viennent de se percuter de plein fouet, une femme inconnue vient de faire irruption dans mon inconscience, une personne que je ne connais plus assez pour lui faire confiance : "Bonjour, c'est moi, je t'ai manqué ?" Pas du tout... » Estelle est commandant de police. Fraîchement mutée au commissariat de Nice, elle se montre d’entrée froide et distante avec toute son équipe. Son souci ? Elle est amnésique suite à un accident de voiture. Totalement insensible, elle se lance à corps perdu dans une enquête concernant des assassinats de femmes s’étant déroulés dans d’étranges conditions…

 

« Je me tourne pour observer mon épaule sensible. Elle porte l'empreinte de ses dents, les canines ont déchiré l'épiderme d'où s'échappe une perle de sang. Je l'avais déjà dans la peau. Alistair a marqué ma chair de son sceau. » Nos deux âmes tourmentées vont se rencontrer, et peu à peu s’apprivoiser. Les zones d’ombres de l’un et de l’autre vont se percuter avec violence, avec passion, mais jusqu’à révéler des secrets qu’il faudrait peut-être finalement taire pour toujours... A Estelle de choisir, mais cela sera visiblement l’objet d’un prochain tome…

 

Au final, un tome qui se lit tout seul, captivant, grâce à la plume enlevée de l’auteure. Les rebondissements sont nombreux et l’alternance des narrations permettent d’aborder la double intrigue, policière et amoureuse, avec recul. J’aurais néanmoins souhaité en apprendre plus sur le passé d’Estelle et j’espère que des éléments nous seront révélés prochainement ! Alors à quand le 5.2, Geny ?!!

vendredi 4 juin 2021

Push, Annelise Heurtier (Casterman, 06/2021)



Push, Annelise Heurtier (Casterman, 06/2021)

💜💜💜

 « Persist Until Something Happens » Un mantra que Tessa se répète depuis qu’elle l’a lu sur le dos du tee- shirt de son nouvel entraîneur. La gymnastique, c’est toute sa vie… enfin presque. C’est plutôt un style de vie, la mère de l’adolescente voyant à travers ses deux filles la championne olympique qu’elle rêvait de devenir. Mais on ne lui a pas donné sa chance, à elle. En offrant un journal intime à Tessa, l’aînée, elle est persuadée de l’aider à s’épanouir. Et c’est à travers les pages d’écriture de la jeune fille que l’on va suivre son histoire…

 

« Mais en compétition, au moins, on sait exactement ce que l'on a à faire. On a tant de fois répété que le corps se récite comme une poésie. » Tessa est une gymnaste d’un excellent niveau, entraînée par sa propre mère depuis sa plus tendre enfance. Son groupe d’amies est composé des gymnastes de son âge, qu’elle connaît depuis la baby- gym. Sa petite sœur, Coline, est encore plus douée qu’elles toutes. Leur mère est persuadée que la petite pourra intégrer l’équipe de France et participer un jour aux Jeux Olympiques. Dans ce but, caché, elle va embaucher un coach professionnel, Raphaël.

 

« On ne s'arrête pas quand on est fatiguée, on s'arrête quand on a terminé. » Raphaël ne cesse de le leur répéter. C’est un entraîneur exigeant ; les straps, les ampoules et l’arnica sont entrés dans le quotidien des filles. Très vite, des progrès sont observés. Les médailles, elles, s’enchainent avant la dernière compétition de la saison, la plus importante. Et c’est alors que Camille, la gymnaste avec qui Tessa s’entend le moins, laisse tomber son équipe. C’est la catastrophe. Non seulement parce qu’il faut trouver une remplaçante dans l’urgence, mais surtout parce que Tessa a été témoin du drame qui est arrivé à Camille…

 

« Je connais l'exigence, la souffrance et la joie, l'envie de bien faire, le besoin d'être appréciée de son entraîneur, les rapports parfois ambigus que l'on peut nourrir avec lui, quand on n'a que 15 ans et qu'on est en construction. » Dans l’esprit de Tessa, la culpabilité du coach dans ce drame est trouble : Camille ne l’a – t- elle pas cherché avec son attitude provocante ?

 

Au final, un roman dont on sait dès le prologue qu’il sera question des abus sexuels dans le milieu du sport ; l’auteure citant en exemple Sarah Abitbol. Mais cette agression dramatique arrive dans les dernières pages, auréolée de flou et d’incertitudes. J’ai davantage eu l’impression de lire un roman sur la gymnastique ; d’autant plus que diverses figures sont régulièrement mentionnées, et cela, c’est dommage, sans aucune explication… J’ai tout de même apprécié cette lecture grâce à la plume de l’auteure, intelligente et poétique… mais il m’aura manqué du tranchant, de l’offuscation, et de l’émotion.

mardi 1 juin 2021

Opération récupération, Withney G. (MxM Bookmark, 05/2021)



 Opération récupération, Withney G. (MxM Bookmark, 05/2021)

💙💙💙💙

 

J’ai été agréablement surprise par cette romance contemporaine qui met en scène un jeune quarterback, ayant la réputation d’être un coureur de jupons invétéré en plus d’être horriblement prétentieux, et d’une étudiante au profil de l’intello parfaite, cumulant deux Masters, la responsabilité d’un internat et le tutorat d’élèves en difficulté. C’est d’ailleurs dans ce cadre que nos deux personnages vont se rencontrer.

 

« - Eh bien, déjà, tu es imbu de toi- même, arrogant, et tu as tendance à considérer les femmes comme des pions sur un échiquier. Il y a ça d'abord, et ensuite, je suis presque sûre que tu penses que tu es un cadeau des dieux offert aux femmes. Alors, oui, tu m'as déjà offensée. Maintenant, quel cours de littérature vas- tu suivre ce semestre ? » Grayson Connors est promis à une carrière de footballeur professionnel une fois ses études achevées. Mais en se consacrant au sport, il n’a pas réussi à valider les crédits en littérature qui lui permettrait d’obtenir son diplôme de l’université de Pittsburg. Des cours de rattrapage lui sont alors proposés. De son côté, Charlotte Taylor doit valider son double cursus et pour cela, elle va se voir proposer le tutorat de Grayson. Une aberration pour cette jeune femme renfermée, obnubilée par sa future carrière en droit, et qui va refouler d’entrée le jeu de séduction du sportif.

 

Mais… « A ce jour, je n'avais jamais aimé personne comme je l'avais aimée, elle. En toute sincérité je n'avais "aimé" personne depuis Charlotte, parce qu'aucune autre femme ne lui arrivait à la cheville. Cela me mettait d'autant plus hors de moi qu'elle n'avait jamais eu la décence de me dire au revoir. » Grayson est subjugué par cette jeune femme qu’il n’avait jusqu’alors jamais remarqué sur le campus. Et au fur et à mesure de rendez- vous plus ou moins studieux, une histoire d’amour va éclore entre nos deux étudiants. Mais la fin d’année approche : le football professionnel attend Grayson tandis que Charlotte doit intégrer l’une des meilleures facultés de droit. Séparation voulue ? Séparation subie ? Nos deux protagonistes vont se retrouver sept ans plus tard et régler leurs comptes…

 

Au final, une romance qui se lit avec intérêt et plaisir. Ce n’est jamais mièvre ni scabreux. Les personnages sont attachants et parfois déstabilisants dans leurs décisions. Au fur et à mesure des pages, leur véritable nature apparaît. La double temporalité du récit nous permet d’avancer dans leur période estudiantine de l’apprivoisement mutuel, ainsi que dans l’époque plus mature de leurs retrouvailles. Un parallèle que j’ai trouvé très intéressant, et constructif sur l’évolution des personnages et leur prise de responsabilités. Seul le personnage de Kyle m’a fortement agacée. Mais en même temps, qui n’a pas connu de Kyle dans son entourage lors de sa jeunesse ?!!