dimanche 13 février 2022

Perle d’occident, Briana Cartigny (Elixyria, 01/2022)


 

Perle d’occident, Briana Cartigny (Elixyria, 01/2022)

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Installez vous confortablement avec une tasse de thé vert à la fleur d’oranger, une petite assiette contenant quelques baklavas et des zlabias, puis lancez vous dans la lecture de ce roman qui vous emmènera dans l’univers chatoyant et sensuel d’un harem marocain.

 

 « Les flash- back de lumière vive braquée sur mon visage, les sommes énoncées, de quoi suggérer des enchères. Cela devient une certitude lorsque les pièces du puzzle s'assemblent : drogue, argent, trou noir et kidnapping. » Morgane, étudiante new – yorkaise, voit sa vie basculer après une soirée dont elle ne garde aucun souvenir. Elle est réveillée par de délicieuses odeurs de cannelle et de gingembre, allongée sur une méridienne au milieu d’inconnues, en plein cœur de ce qu’elle comprend vite être un harem.  

 

« En ces lieux, je dois me trouver d'autres occupations, toute technologie étant bannie du harem - nom que j'ai donné à cet endroit, lieu de débauche où vivent les femmes pour le bon plaisir d'un seul homme. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'un tel lieu existe au XXIe siècle, un espace figé dans une autre époque, avec des décors, des vêtements dignes du conte de Sherazade. » Rebaptisée Soheila par le maître des lieux, Haider Al Fayed, la jeune femme ne peut se contraindre aux lois du harem qui la privent de toute liberté. Morgane vit en effet à la mode occidentale, encouragée par sa mère, qui a connu la privation des libertés due à sa condition de femme dans son pays d’origine, l’Inde. Alors très vite, Morgane n’a plus qu’une idée en tête : s’enfuir.

 

« Depuis mon arrivée, je me suis battue contre lui, contre Rima, contre cet endroit tout entier. A présent, je suis fatiguée et lasse de brasser du vent, car rien n'avance et j'en suis toujours au même point. » Aucun doute, la prison dorée est très bien gardée. Morgane échafaude plusieurs stratagèmes pour tenter de s’en échapper, mais Haider semble avoir des oreilles et des yeux partout. Et puis, chaque jour, il se rapproche d’elle, lui pardonnant ses incartades. Et si, finalement, Morgane se laissait séduire par ce milliardaire aux beaux yeux de braise et au corps d’Appolon ? Que choisir : la liberté ou la passion ?

 

Au final, un roman foisonnant de sensations ; j’ai eu l’impression de sentir les épices mentionnées, de goûter les pâtisseries et les thés évoqués, de toucher les étoffes soyeuses et moirées, d’entendre le tintement des bracelets portés par les jeunes femmes résidant dans le harem d’Haider. Les personnages sont habilement construits et je me suis attachée à eux. Ce récit est certes une romance, mais c’est avant tout une plongée dans un lieu secret ; Briana Cartigny lève ici le voile sur le quotidien d’un harem. Un roman passionnant et délicieux !

mercredi 9 février 2022

Dark feeling, tome 1 : Traquée, Tasha Lann (Elixyria, 10/2018)



Dark feeling, tome 1 : Traquée, Tasha Lann (Elixyria, 10/2018)

💛💛💛💛

Hé bien, en fermant ce premier tome de la saga « Dark feeling », je me suis dit que j’avais vraiment eu de la chance de ne jamais être tombée sur un type comme ce Alek !!! Non mais quelle horreur !!! Le mec a beau être séduisant, pour moi, c’est une pourriture ! Tasha Lann a imaginé un personnage odieux et indigne, qui m’a révoltée plusieurs fois durant ma lecture.

 

« Au moment où je bascule dans le sommeil, un visage s'impose à mon esprit. Non, plutôt un regard plein de promesses machiavéliques inavouables. Un frisson me traverse. » Athanaïs, employée précaire dans une cartonnerie, a l’habitude depuis des années d’aller se ressourcer dans un bar où elle retrouve plusieurs fois par semaine sa bande d’amis, « l’Esthética ». Voilà qu’un soir, un type aux airs de gangster, vient l’importuner. La jeune femme ne se laisse pas faire et reprend le cours de sa vie normalement. Mais pas Alek, qui lui, a décidé que Thaïs serait désormais sa proie.

 

« Ses futures rébellions me font déjà frissonner de plaisir. Cette fille deviendra ce que je veux qu'elle devienne. Pourquoi elle ? Parce qu'elle est effrontée, têtue. La briser sera un challenge à la hauteur de ma réputation. » Alek est un malfrat qui trempe dans des affaires de trafics en tous genres. Son équipe est composée de molosses qui n’ont plus rien à perdre et qui se complaisent dans un monde où les cris et la torture font partie du quotidien.

 

« Je me débats farouchement, un bras m'enserre la taille. La terreur dans mes veines est comme une lave toxique. Il y a bien longtemps que je n'ai pas connu de danger aussi extrême. » En l’espace de quelques semaines, Alek va se faire omniprésent dans la vie de Thaïs. Il n’a absolument aucune considération pour elle, aucun respect : elle doit être à lui. Point barre. La jeune femme est prisonnière de cet homme et de la violence de celui- ci, potentiellement utilisée contre son entourage, pour la faire plier à ses désirs.

 

Au final, un roman violent heureusement servi par une plume fluide qui sait manier le suspens mais aussi jouer avec les sensations du lecteur. J’ai pesté plus d’une fois contre ce monstre d’Alek et j’ai eu le cœur serré à la lecture de passages concernant le passé douloureux de la pauvre Thaïs. Niveau émotions, je vous le garantis, c’est le « grand huit » ! J’ai très envie de lire le tome 2 pour savoir ce qu’il advient de Thaïs, mais je vais souffler un peu avant ! 

mardi 8 février 2022

Cette nuit qui m’a donné le jour, Frédéric Perrot (Mialet Barrault, 02/2022)


 

Cette nuit qui m’a donné le jour, Frédéric Perrot (Mialet Barrault, 02/2022)

 💙💙💙💙

Ah, ce thème des secrets de famille ; il en aura fait couler de l’encre ! Frédéric Perrot s’en est emparé ici pour produire un récit qui sort un peu de la norme de ce que j’ai pu lire jusqu’à aujourd’hui. Avec poésie et délicatesse, il raconte à un jeune homme qui vient de perdre son père, l’histoire d’amour que ce dernier a vécu en secret. Une révélation à la saveur amère pour un fils qui voyait en lui un modèle de probité.

 

« Sans en avoir conscience, il vient d'activer un engrenage qui va mettre un coup d'arrêt à quelques- unes de ses certitudes, de ses croyances. C'est une religion toute entière qui est sur le point de s'éteindre, celle de l'enfance et sa panoplie de trompe- l'œil. » C’est bien souvent au moment où l’on se décide de ranger les affaires du défunt que l’on pénètre son intimité et que l’on en prend des détails, jusqu’alors cachés, de plein fouet. Etienne découvre un texte qu’Henri, son père, lui a destiné.

 

« On trinque et je songe que le bruit de deux bières s'entrechoquant est le plus merveilleux sur terre. Avec, peut- être, celui qui se produit quand vous les décapsulez. Le chant d'une mésange n'a aucune forme d'intérêts à côté de ça. »  Henri est un amoureux de la vie, de ses saveurs, de ses couleurs, de ses odeurs. Mais cela, il l’a découvert à trente ans, à l’occasion d’une rencontre qui aura bouleversé sa vie.

 

« Souvent je le hais, d'une haine haineuse, et la seconde d'après je l'aime d'un amour amoureux. Qu'on me fond dans du métal, qu'on m'aplatisse, qu'on m'affuble d'une crête et qu'on me foute en haut du clocher d'une église, je serai la girouette idéale, je le jure, et le vent chaud de ce printemps misérable achèvera d'assécher ma rancœur. » Il aurait fallu deux vies à Henri pour qu’il puisse vivre chacune d’elle pleinement. Marlène, sa femme, la mère d’Etienne, prend la parole vers la fin du roman pour nous livrer son point de vue. Les deux récits sont rédigés à la première personne, pour leur donner une certaine force émotionnelle, tandis que les passages concernant Etienne sont à la troisième personne du singulier. Comme pour attester de son extériorité à l’histoire parentale, pour faire de lui l’un des nombreux oiseaux qui passent dans le récit, mais jamais ne s’y posent.

 

Au final, un roman qui m’a déstabilisée, puis émue. En effet, une fois le secret d’Henri révélé, je n’ai plus trouvé d’intérêt à cette histoire. J’ai même eu envie d’abandonner le livre quand il a été fait plusieurs fois mention de la curiosité incroyable du petit Etienne : j’ai alors trouvé incohérent qu’il n’ait pu rien voir de ce qui se tramait dans le couple de ses parents… Et puis, des phrases m’ont attrapée, telle « La grâce est un animal sauvage, imprévisible, capable de vous sauter à la gorge à chaque coin de rue », et la poésie qui s’est alors dégagée du récit m’a poussée à y revenir.  

lundi 7 février 2022

On my road, Caroline Costa (Elixyria, 03/2021)

 



On my road, Caroline Costa (Elixyria, 03/2021)

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Attention coup de cœur !!!! En me plongeant dans cette romance qui se déroule dans le milieu du rallye automobile, jamais je n’aurais pensé autant adhérer à l’histoire !!! Il faut dire que, si l’intrigue est en effet basée sur une histoire d’amour, les cadres dans lesquels évoluent les deux protagonistes n’ont rien de banals ; et d’ailleurs, l’auteure a beaucoup plus centré son récit sur l’évolution personnelle de ses deux personnages, plutôt que sur l’idylle en elle- même.

 

« - Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, reprit-elle le plus sérieusement du monde. Des phénomènes que nous ne pouvons pas comprendre. Pourtant ils existent. » Lorsque Milo trouve refuge, après avoir crevé l’un de ses pneus dans une ornière, auprès d’une étrange jeune femme, prénommée Flora, qui vit seule dans une immense maison prétendument hantée, il se demande d’abord s’il n’est pas tombé dans un asile ! La demeure, une ancienne commanderie, est perdue au milieu de la campagne landaise, loin de tout. De plus, le cimetière attenant n’a absolument rien d’accueillant. Et pourtant, les heures passent en attendant que la pluie cesse, et voilà que notre pilote se sent étrangement attiré par Flora…

 

« Que sous-entendait - elle ? Qu'il était un petit garçon de cinq ans n'ayant jamais dormi ailleurs que chez sa maman ? Bon sang, il était Milo Morgan, le futur champion du monde des rallyes ! » Quelle arrogance !!! Ce jeune homme croit bien trop en lui ! Habitué à faire le vide autour de lui, il n’accepte plus que la compagnie de Jorge, son co-pilote. Pour Milo, il va être difficile d’assumer l’intrusion involontaire de Flora dans son esprit. Mais il a beau lutter, le destin la place irrémédiablement sur son chemin.

 

« La compétition automobile était la raison de vivre de Milo. S'il continuait ses frasques, ses sponsors l'abandonneraient ou les journaux réclameraient son départ, entraînant le public avec eux. Plus personne ne voudrait de lui dans le milieu et ce serait comme l'enterrer vivant. » Et si Flora était la clef qui permettrait enfin à Milo de s’épanouir, et de s’ouvrir aux autres ?

 

Au final, un roman dévoré en deux jours tant les personnages sont attachants et le cadre intriguant. Entre les fragilités de Flora et la résistance de Milo, il y a un tel enjeu !!! La plume de Caroline Costa est un régal et je vous invite sincèrement à la découvrir !

samedi 5 février 2022

Quand dansent les âmes, Tome 3 – Tels deux phénix, Lucie Goudin (Elixyria, 09/2021)

 


Quand dansent les âmes, Tome 3 – Tels deux phénix, Lucie Goudin (Elixyria, 09/2021)

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Retour en Bretagne, sur le territoire de la Meute des Croix. Cette fois, c’est leur chef, le mâle Alpha Tristan, qui joue le rôle de personnage principal de ce tome 3. Alors que la meute adverse, celle de Konan, continue de le préoccuper du fait de troubles velléités, il souffre de plus en plus du vide affectif qu’il subit maintenant depuis des siècles, depuis la disparition de sa tendre Isolde, qui fut naguère son âme- sœur.

 

« Bien sûr,
il n'était pas totalement seul. Il avait sa Meute qu'il chérissait et qui comptait sur lui, d'où l'importance de rester fort comme un roc. Malgré tout, ses draps étaient froids, il n'avait personne à qui se confier vraiment. »
Sélène, Riley, Anna et les autres loups entourent leur chef avec attention ; et lui apportent aussi un sacré lot de contrariétés parfois ! Mais le fait de voir les couples se former au sein de la meute lui fait regretter de ne pas avoir une compagne à ses côtés.

 

« Les alliances entre sorcières et loups sont très peu nombreuses, si on exempte les services rendus. "Karreg An Tan" a parlé, les derniers événements sont une déclaration de guerre, ni plus ni moins. Si nous ne nous battons pas côte à côte, ce sera la fin. » Quand Elisabeth, une sorcière en fuite, suite à l’attaque de la ville de Locronan dans laquelle elle vivait, s’introduit sur ses terres, Tristan la voit d’un mauvais œil. Pour lui, la sorcellerie est synonyme de vice, de perfidie et en ces temps de complots entre meutes, il est hors de question qu’il lui accorde la moindre confiance. Mais voilà… Elisabeth le touche plus qu’il n’aimerait le croire et la personnalité de la magicienne lui laisse à penser qu’il serait bon de l’avoir en tant qu’alliée.

 

« Elisabeth dormit à peine, la tête posée sur l'oreiller. Elle rêva de corps enflammés qui n'avaient rien à voir avec ces bûchers. La sueur qui recouvrait sa peau nue n'émanait pas d'un ultime effort pour échapper à l'Ankou, elle était la représentante d'une fièvre ardente, l'accomplissement d'une rencontre. » Tristan et Beth nouent des liens inattendus au fur et à mesure des épreuves auxquelles ils se confrontent avec connivence. Mais leur alliance peut- elle avoir un avenir au regard de leurs passés respectifs, lourds de drames et de blessures personnelles ; d’autant plus en ces temps troublés ?

 

Au final, un troisième tome foisonnant. De nouveaux personnages interviennent, toujours sur un fond de légendes bretonnes, et les tensions entre les meutes prennent de l’amplitude. Il y a beaucoup d’action au début et à la fin du récit, tandis qu’au centre, Lucie Goudin offre un peu de repos à ses principaux protagonistes. La fin, elle, est magistrale, totalement inattendue et j’ai vraiment hâte de pouvoir lire le tome 4 pour voir comment la Meute des Croix va se sortir des pièges diaboliques mis en place par l’auteure !