lundi 4 novembre 2019

Brume, Stephen King


Brume, Stephen King

★★★★★


Les éditions Albin Michel ont eu la bonne idée de créer une nouvelle branche à leur catalogue jeunesse. Celle-ci s’intitule Wiz et reprend des titres de récits fantastiques adaptés à la lecture des adolescents de plus de treize ans. L’objet-livre est très beau : un coloris vif et une illustration en relief sur une couverture solide mais souple, ainsi qu’un texte aéré. Le prétexte était pour moi trop beau : j’allai grâce à cette collection, faire connaître le King à mon fils. Mais bien sûr… Qui l’a lu en premier, je vous le donne en mille : moi-même !


C’est évidemment toujours un plaisir de retrouver la plume experte de Stephen King. Il a l’art de capter son lecteur dès les premières pages en frôlant sans cesse la limite entre surnaturel et réalité.  Il est capable de partir de phrase anodine, telle « Les gosses de cinq ans ont autant de questions en réserve qu’il y a de gouttes d’eau dans la mer » pour parvenir quelques pages plus loin à « quelque chose sortit de la brume et le coupa quasiment en deux ».


Le point de départ ? C’est devenu une banalité, d’autant plus aux Etats-Unis : après un été caniculaire se lève une tempête. Un cyclone dévaste tout sur son passage, y compris la baie vitrée de la maison de David, Stephanie et leur fils Billy. L’heure est donc au déblayage des arbres tombés et aux réparations multiples. Il manque toujours un outil et pour David, il est évident qu’il faut aller au supermarché du coin pour faire quelques courses afin de se dépanner et de remplir les placards du fait de la panne d’électricité.

Il a bien remarqué le nuage de brume qui avançait doucement sur le lac bordant sa maison mais n’en a pas été plus inquiété que cela ; les décalages de température sont prompts à ce genre de phénomène météorologique.

Mais une fois dans la file de caisse du supermarché, il va se passer de bien drôles de choses et le confinement à l’intérieur du bâtiment va devenir une évidence quand la brume va tout recouvrir de son voile opaque…

Les chapitres courts s’enchaînent, tiennent en haleine… Bref, le King porte vraiment bien son nom !

dimanche 3 novembre 2019

Signalements, Karine et Laurence Brunet- Jambu


Signalements, Karine et Laurence Brunet- Jambu

★★★★★


Cet essai a été pour moi une lecture – choc : je n’ai pas lâché le livre pendant deux jours puis j’ai passé quasiment une nuit blanche à ressasser ce que j’avais lu… Ce qui y est révélé, tant des agissements de pervers que des dysfonctionnements de la justice française, fait froid dans le dos. Voilà une phrase qui en dit long sur le calvaire qu’ont vécu Karine et Laurence : « Il faut le dire haut et fort en France nous ne protégeons pas assez les enfants des violences sexuelles et des violences familiales. »

Le comédien Bruno Solo, qui signe la préface en tant que parrain de l’association « La Voix de l’Enfant » ne dit pas mieux.



Laurence Brunet- Jambu est la présidente de l’association Alexis Danan de Bretagne qui s’occupe d’enfants maltraités et abusés. Elle témoigne : « Je ne sais pas ce qu'il est advenu de mon appel au 119. Visiblement rien. Encore une fois. Des signalements de partout et rien ne se passe. Un pédophile et une mère condamnée pour avoir tué son enfant vivent avec une gamine de six ans et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. » Cette gamine, c’est la nièce de Laurence, qui très vite, va se rendre compte que quelque chose ne va pas dans le comportement de la petite, mais aussi celui de ses parents. Ceux-ci en effet hébergent Roland Blaudy, un pédophile récidiviste et ne voient aucun inconvénient à lui laisser la petite…

Les services sociaux sont pourtant mis au courant. Ils fermeront les yeux.



Pour Laurence, sa petite nièce se trouve « dans la fosse septique de l'Enfer. » Elle va se battre pour l’en sortir.

Vont alors se succéder des signalements, quatorze en tout, de la part de Laurence, mais aussi de voisins et d’institutrices, mais aucun ne débouche sur un retrait définitif de l’enfant du milieu malsain dans lequel elle vit. On va même accuser Laurence de déranger les services judiciaires pour rien : « Nous ne sommes rien face à ces personnes qui représentent la justice. Mais de quelle justice parle- t- on ? ». 


Il faudra la rencontre avec un avocat, Patrice Reviron, qui lui, fera enfin preuve d’empathie envers Laurence et sa nièce, ainsi que d’une capacité réelle de compréhension de la globalité de l’affaire, et le reportage d’une journaliste, Delphine Welter, particulièrement affectée par l’histoire de Karine, pour que la justice française accepte d’écouter la jeune fille, et surtout, de croire à ses propos. 

En septembre 2018, l’Etat a été condamné pour déni de justice dans une affaire de pédophilie, celle de Karine Jambu, fait rarissime dans l’Histoire de la justice française.

vendredi 1 novembre 2019

Dans le miroir de Valeria, Elisabet Benavent


Dans le miroir de Valeria, Elisabet Benavent

★★★★★


Quel plaisir de retrouver mon amie de papier, Valeria. Je ne l’avais pas quittée depuis longtemps, certes, mais la fin du premier tome de la saga m’avait terriblement donné envie d’en lire la suite !



L’intrigue commence donc ici au moment où Valeria vient tout juste de publier son deuxième roman. Ce qu’elle y raconte possède une large part autobiographique et forcément, certains de ses proches vont lui faire de sacrées remontrances… notamment Adrian, son mari, dont elle vient tout juste de se séparer. Difficile pour lui de voir écrits noir sur blanc tous les tords qu’il a commis envers Valeria et la description par celle-ci de ses défauts, disons, les plus dérangeants !!!

Heureusement, la jeune femme est entourée de ses trois sympathiques copines, Lola, Carmen et Nerea qui accueillent le roman de leur amie en organisant derechef une petite fête dont elles ont le secret : « Elles avaient voulu me faire la surprise pour fêter la parution de mon livre et elles débarquaient chargées de sushis et de bonnes bouteilles. En les voyant, je hurlai de joie, une vraie gamine. Après les embrassades de rigueur, nous nous mîmes à sauter ensemble comme des supporters de foot. Sans avoir encore ingurgité la moindre goutte d'alcool. Olé ! »

Ces petites soirées arrosées sont à chaque fois un bonheur pour le lecteur : entre grivoiseries et situations cocasses, ce sont toujours des moments de rigolade !



Valeria elle, ne va pourtant pas être constamment d’humeur joyeuse dans ce tome. Le divorce, ainsi que sa nouvelle relation avec Victor, ce tombeur, la perturbent. Que de changements dans sa vie en l’espace de deux mois ! Elle va avoir l’envie de se reconstruire en tant que femme indépendante, régler les problèmes les plus sérieux pour toujours pouvoir garder en tête que « Parfois, les choses les plus simples et les plus frivoles peuvent apporter un bonheur parfait. »  Et savoir replacer celles-ci à leur juste valeur.



Les relations amoureuses respectives de ses amies vont, elles aussi, évoluer. Toutes abordent la trentaine et c’est le prétexte qu’a choisi l’auteure pour affiner les caractéristiques psychiques de ces quatre femmes modernes. Elles ont toutes des attentes différentes de la vie en général, mais aussi, et surtout, de l’amour. L’Amour, avec un grand « A » faudrait-il ajouter !

Alors quand vient l’heure des grandes décisions, il va falloir, pour chacune d’elle, faire un choix capital. Parfois, il sera étonnant !



Bref, un tome dans lequel les personnages sont plus approfondis, ainsi que les relations entre les uns et les autres. S’ajoute à cela une pointe d’ironie propre à la critique sociale du regard actuel posé sur les femmes, notamment en Espagne. Ce qui en fait un roman passionnant (on tourne encore une fois les pages à une vitesse folle), intelligent, qui jongle habillement entre scènes érotiques torrides (ah !!!! Victoooor !) et moments hilarants !

VITE, LA SUITE !!!

lundi 28 octobre 2019

Libres dans leur tête, Stéphanie Castillo-Soler


Libres dans leur têteStéphanie Castillo-Soler


★★★★☆



Cette lecture n’était absolument pas prévue dans mon « programme ». L’auteure m’a gentiment contactée via les réseaux sociaux pour me demander un avis sur son premier roman édité, suite à un concours d’écriture. Stéphanie Castillo- Soler est en effet lauréate d’un concours sur le thème du huis clos, organisé par la plateforme d’autoédition Librinova. Ma curiosité livresque a derechef été titillée et je me suis donc lancée dans la lecture de cette histoire d’amitié sur fond d’univers carcéral.



La plume de cette primo-romancière m’a tout de suite charmée. Le vocabulaire est bien choisi, la syntaxe se situe hors des sentiers battus, soignée, agréable à lire. Les deux principaux protagonistes, Romain et Laurent deviennent rapidement attachants car leur psychologie intime est finement dévoilée. Alors qu’ils sont incarcérés, on a envie de leur faire confiance, de les aider… Ils nous sont très vite sympathiques.



L’univers carcéral n’est qu’esquissé, afin que le lecteur ne se concentre que sur les relations entre nos deux prisonniers. Issus de niveaux sociaux opposés, les premiers jours ne sont pas propices à une entente cordiale. Laurent vient de la bourgeoisie reconnue et établie alors que Romain a cumulé les passages en foyers et familles d’accueil. Laurent était en école supérieure de commerce tandis que Romain vivait de petits boulots, n’ayant même pas réussi à obtenir son Brevet des collèges.

Mais tous deux se sont retrouvés là suite à un acte impulsif, sans aucune préméditation et avec un important sentiment de culpabilité. Ces deux jeunes naïfs au grand cœur vont avoir la chance de trouver en Serge, sexagénaire paisible, responsable de la bibliothèque de la prison, un appui culturel et une protection salutaire face aux caïds à deux balles qui peuplent l’établissement.
Au fur et à mesure des jours, une relation cordiale et sincère va naître puis s’amplifier : « La prison est toujours la prison, mais leur amitié partagée leur permet de voir avec d'autres yeux. La grisaille leur paraît moins grise, la lumière électrique moins crue, la puanteur moins prégnante, les surveillants moins bourrus. »

J’ai beaucoup aimé l’évolution de cette relation, le partage de l’univers culturel de Laurent, accessoirement, de Serge, en destination de Romain. Par contre, j’avoue avoir eu du mal avec la conception de style « tout le monde est gentil » au fur et à mesure des pages tournées. Je suis probablement trop pessimiste pour adhérer à un récit où tout le monde s’aime, s’excuse de ses erreurs et pardonne aussitôt à celui qui l’a fait souffrir. Ceci dit, je pense qu’il existe un public pour ce genre de récit ancré dans la réalité et tendu vers l’optimisme. Je retiendrai tout de même l’essentiel : la capacité de l’auteure à déclencher illico l’empathie de son lecteur envers ses personnages et sa plume habile, intelligente et délicate, qui fait mouche à chaque chapitre.
Auteure à suivre !



dimanche 27 octobre 2019

Orléans, Yann Moix


Orléans, Yann Moix

★★☆☆☆


J’ai voulu lire ce « roman » deux mois après sa sortie, une fois les polémiques sur le thème récurrent de style « doit-on écrire toute la vérité sur sa famille » évaporés. Et j’ai envie de conclure ce battage médiatique par une question qui m’est venue aussitôt à l’esprit une fois la dernière page tournée : « tout ça pour ça » ? Franchement, c’est vraiment parce que monsieur Moix appartient à « l’intelligentsia » parisienne bobo que tant de voix se sont élevées pour cancaner. En effet, la thématique de la maltraitance est récurrente dans les récits à portée autobiographique, et Yann Moix n’apporte rien de nouveau dans ce domaine… Les sévices sont toujours répugnants à lire quelque soit l’auteur qui a eu le courage de les écrire.



Bref, si je voulais lire le dernier roman de cet auteur, c’est qu’avant sa publication, des journalistes en avaient vanté la qualité stylistique, à tel point qu’on l’avait déjà sélectionné pour certains grands prix d’automne. Ayant particulièrement apprécié ses précédents romans, tels « Podium » et « Panthéon », ma curiosité livresque naturelle m’a fait me jeter sur ce livre dès sa sortie. Le pataquès médiatique en aura reporté la lecture, mais je ne regrette pas d’être aujourd’hui capable de me construire ma propre opinion, un peu sur le contenu donc, mais beaucoup sur ledit style.



Je dois donc reconnaître que les premières pages m’ont conquise par leur musicalité. Ainsi cette phrase : « Dans la salle de classe, éclairée par des néons grésillants, j'éprouvais, dans la bouche, ou plus exactement au fond du palais, un goût d'amande et d'abri. » m’a aussitôt transportée assise à côté du petit Moix sur un banc de classe de maternelle, suçotant la petite pelle d’une célèbre colle à l’effigie d’une Egyptienne, avec ce sentiment d’innocence et de bien-être qu’on ne connait que dans la plus tendre enfance.

Mais, hélas, les phrases vont vite se durcir, voire s’appauvrir, abordant dans la première partie du livre, intitulée « Dedans », les cruautés infligés par les géniteurs de l’auteur et dont le style se retrouve immanquablement assombri, ainsi que, avouons-le, beaucoup moins travaillé.



La deuxième partie, intitulée « Dehors », elle, m’a parue lourde, obséquieuse quant aux auteurs du siècle dernier tels Gide, Péguy et Ponge. Certains passages m’ont semblé même être proches du plagiat ! J’ai eu l’impression que plusieurs plumes se substituaient l’une à l’autre. Et puis, le petit Moix, là, reprend de la hauteur ! « A quatorze ans, j'étais riche déjà d'une œuvre inachevée et inachevable considérable. » : quelle fatuité ! Le jeune homme ne parvient pas à séduire les filles malgré les lettres enflammées qu’il leur envoie, et en conclut finalement qu’elles font preuve de mauvais goût.



Par ailleurs, de petites incohérences entre les deux parties me questionnent : dans la première, les parents semblent confisquer et détruire tout ce que Moix lit et écrit, alors que dans la deuxième partie, à la chronologie ancrée par les années scolaires de manière parfaitement identique, il y a profusion d’œuvres diverses et d’écrits rédigés de la main du petit Yann…
Bref, une lecture dont je ressors plus que désappointée…