vendredi 30 avril 2021

Celles qui restent, Samuelle Barbier (Hugo et Cie, 09/2020)



 Celles qui restent, Samuelle Barbier (Hugo et Cie, 09/2020)

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« On pense toujours qu'on va avoir le temps. Le temps de vivre, de se tromper, d'aimer, et que l'on mourra paisiblement, vieille et ridée dans notre lit, en ayant accompli tout ce qu'on désirait. Jusqu'à ce qu'une fille de vingt- huit ans qu'on aime plus que tout se jette du haut d'un pont et fasse voler toutes nos certitudes en éclats. »

Cette fille de vingt- huit ans qui s’est suicidée un matin d’hiver, c’est Constance, la cadette d’un trio de sœurs. Clara, l’aînée, est dévastée. Elle culpabilise de ne pas avoir senti que quelque chose n’allait pas. Lucy, la benjamine, en choc, va, elle, remettre son mode de vie en question, et pour la première fois, prendre des responsabilités.

 

« Maman nous appelait ses "filles de l'aurore". Quand Lucy est née, elle nous a offert le même petit soleil en or. Comme si elle savait déjà, avec son instinct de mère, qu'on serait si différentes qu'il nous faudrait quelque chose de commun auquel nous rattacher. Aucune de nous ne l'a jamais enlevé. » Trois sœurs, trois personnalités différentes. Clara a vite dû abandonner la frivolité de la jeunesse pour pallier à une mère défaillante, souffrant de troubles psychiques. Elle s’est occupée de ses deux petites sœurs comme une seconde mère, les protégeant contre les vicissitudes de la société. Elle prend le suicide de Constance pour un échec personnel et s’effondre.

 

« Je savoure l'air du matin qui me griffe le visage, me comprime les poumons. Je me sens vivante une dernière fois avant de mourir. » Constance était une jeune fille discrète, effacée. Elle le sera jusqu’au bout de sa courte vie. Et de son côté, de petite dernière protégée, Lucy va se muer en responsable de famille protectrice et emmener son aînée sur le chemin d’une enquête leur permettant de comprendre le geste désespéré de Constance.

Dans cette intrigue viendront Antoine, l’ami d’enfance perdu de vue, et Marielle, 76 ans, qui a assisté au suicide, impuissante, et prend des mesures afin de ne plus se retrouver dans cette éprouvante situation. Deux beaux personnages rassurants.

 

Au final, un roman plein d’émotions. On compatit, on s’inquiète, on cherche à comprendre aux côtés de Clara et Lucy. Ce n’est pas un roman triste, mais il est tout de même bouleversant. Un récit doux sur les aléas de la vie, dont le deuil est l’une des facettes les plus tristes. La plume de Samuelle Barbier, limpide et délicate, sert formidablement bien cette histoire. A découvrir.

mercredi 28 avril 2021

Dans ma maison sous terre, Amélie De Lima (LBS Sélection, 05/2020)


 

Dans ma maison sous terre, Amélie De Lima (LBS Sélection, 05/2020)

💓💓💓💓💓

Ah, il ne fait pas bon être une fille dans l’univers d’Amélie De Lima ! Les pervers de tout âge et de toutes origines sont si souvent, trop souvent, attirés par le corps de fillettes prépubères que ça en devient malsain, pense la commissaire De Smet, son personnage principal. Et quand un village entier, Billy- Berclau, dans le Nord, décide de se taire pour protéger ses tortionnaires, c’est l’assurance d’une enquête policière jonchée de découvertes et de révélations horripilantes !

 

« Au fond de son petit cœur d'enfant, elle savait qu'elle ne survivrait pas. Elle ne se souvenait pas de la façon dont elle avait fini là- dedans. Elle ne connaissait pas non plus la raison pour laquelle on lui avait fait subir tant de souffrances et pourquoi on avait décidé de la reclure dans cette valise étriquée. »

Eté 2017, on retrouve le corps d’une fillette de huit ans dans une bouche d’égout. Elle porte autour du cou le collier de Clémence, petite fille du même âge ayant disparu en 1997. S’agit-il d’une coïncidence ? Véronique De Smet va devoir remonter le fil du temps, ouvrir de nouveau un dossier qu’elle va trouver bien incomplet et mener une double enquête. Mais elle va se retrouver très rapidement devant un mur de silence : ni les familles ni les témoins ne veulent parler…

 

« Tout ce qu'elle voulait, c'était vivre une existence normale, sans avoir à lutter contre ces chuchotements qu'elle seule pouvait percevoir. » Grâce à son obstination et à des collègues performants, Véronique va avancer pas à pas dans une sombre histoire. La psychologie complexe de certains protagonistes va semer le trouble dans le chemin qui la mènera à la vérité.

 

Au final, j’ai lu ce roman quasiment d’une traite. J’avais déjà beaucoup aimé « A fleur de bruine » (2018) de cette auteure, et ce nouveau thriller confirme son talent à monter des intrigues déroutantes. L’écriture est limpide, les mots bien choisis et la psychologie des personnages est bien élaborée, à coups de retours en arrière. Il n’y a aucun temps mort et les chapitres courts s’enchainent grâce à un suspens efficace. Mention spéciale à l’épilogue qui m’a glacé le sang !

Vivement la suite des enquêtes du commissaire De Smet !

Irish Renegades, Tome 1, Malone, Blandine P. Martin (Auto- édition, 02/2021)



Irish Renegades, Tome 1, Malone, Blandine P. Martin (Auto- édition, 02/2021)

 💚💚💚💚

 « On ne choisit pas sa famille, mais on choisit le clan auquel on appartient.

Le mien se résume à peu de personnes, mais des êtres sans qui je suis bien incapable de vivre. 

Ils sont tout ce pour quoi je me lève le matin.

Ils sont mon air, mon eau, ma raison de me battre chaque jour pour devenir meilleur. »

Malone Doherty, Irlandais d’origine, a reformé un clan aux Etats- Unis où il a émigré quelques années auparavant. Un clan qui comporte son frère Farrell, leur meilleur ami Keziah, leur mère, et la petite Hailey, sa fille de six ans.

Sauf que… « Le rêve américain, c'est rarement idyllique, en dehors des films. » Malone cumule deux jobs pour pouvoir loger et nourrir sa famille, et malgré son emploi du temps bien chargé, il peine à joindre les deux bouts. Être père isolé d’une petite fille n’est pas chose aisée et il culpabilise de ne pouvoir passer autant de temps qu’il le souhaiterait aux côtés de sa progéniture. Une série de mauvais coups du sort vont l’amener à trouver un nouvel emploi dans un bar. Il va y rencontrer une drôle de pickpocket au look de punkette, Sarah.

 « Madame fixe les limites du jeu sans concerter l'adversaire. Elle évolue dans ce bar comme une reine dans son royaume. » Les manigances de Sarah l’amusent, soir après soir. Et suite à une soirée mouvementée, ils vont devenir amis, et envisager de s’entraider, étant dans le même genre de galère financière.

 « Nous sommes des renégats. Un groupuscule de citoyens révoltés, prêts à tout pour lutter et bousculer le système en place, quitte à en passer par des méthodes peu scrupuleuses. » Sarah va intégrer le clan des Doherty, prête à tout pour mener une vie meilleure sur le territoire de l’Oncle Sam, mais aussi pour les beaux yeux de Malone…

 

Au final, c’est un roman que j’ai apprécié lire. Les personnages ont une psychologie et une histoire qui les rend attachants. L’auteure distille les éléments qui les concernent au compte- goutte, si bien que l’on a toujours envie de tourner les pages pour en savoir plus. La plume est limpide et dynamique, tout à fait dans l’air du temps et l’intrigue est plutôt bien ficelée. La fin, totalement inattendue, m’a laissée stupéfaite ! J’ai très envie d’en savoir plus et donc, de lire le tome 2, consacré cette fois à Pharrell Doherty…

vendredi 23 avril 2021

La lumière était si parfaite, Carène Ponte (Fleuve, 04/2021)



La lumière était si parfaite, Carène Ponte (Fleuve, 04/2021)

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Ce matin, Megg a bien du mal à se lever. Serait- ce un petit coup de vieux alors qu’elle atteint la quarantaine ? Serait- ce un coup de déprime suite au décès brusque de sa mère six mois plus tôt ? Ou alors la fatigue, ayant deux enfants, dont elle s’occupe à temps plein du fait de son statut de mère au foyer ? A moins que ce ne soit le désintérêt de son mari, Stéphane, qui ne pense qu’à sa carrière professionnelle ? Megg a envie de pleurer, comme c’est le cas ces derniers temps, pour un rien, même suite à une pub pour la célèbre enseigne qui remplace les pare- brises fissurés. Que lui arrive-t-il donc ?

« Stéphane, lui, est déjà prêt, habillé en costume parfaitement coupé, comme chaque jour de la semaine. Il en possède une dizaine qu'il a tous achetés dans le même magasin. "A quoi bon aller ailleurs, quand on a trouvé ce qui convient", me répond- il chaque fois que je le taquine à ce sujet. Ces derniers temps, j'ai le sentiment que cette réplique est valable pour moi, comme si j'étais moi aussi une chemise sur mesure. » Vite, une journée chargée l’attend : les enfants à aller conduire puis rechercher à l’école, au sport, des papiers à signer, des courses à faire et un dîner d’affaires à préparer. Megg court dans tous les sens, sans penser une seule fois à elle, à ce dont elle a envie, ou besoin…

 

« Tu es à cran, Megg, tu ne peux pas le nier. Entre les enfants, ton mari et l'entretient de cette immense baraque, quand est- ce que tu as pris du temps pour toi pour la dernière fois ? Je veux dire, vraiment du temps pour toi ? » Le lendemain, lorsque Romy, la voisine et meilleure amie de Megg débarque, elle trouve la quadragénaire en piteux état. En lui proposant son aide pour aller débarrasser le grenier de la maison des parents de Megg, et en mettant la main sur une mystérieuse pellicule photographique, elle ignore qu’elle va entamer une démarche qui va les emmener dans un road trip jusqu’en Bulgarie !

 

« Et là, à Venise, dans cette ville que je visite pour la première fois, alors que nous nous sommes probablement perdues, je me sens vivante. Pour la première fois depuis bien longtemps, l'énergie pulse dans mes veines. Mon cœur bat la chamade, il fait si chaud que la sueur ruisselle le long de mon dos, pourtant je suis bien. » Il aura fallu à Megg quelques milliers de kilomètres pour pouvoir se retrouver, oser s’affirmer et s’autoriser un avenir qui lui plait. A un moment où le burn- out la menaçait, il était temps pour elle de reconnaître que la charge mentale qu’elle portait à elle seule pour toute sa famille était une charge de plomb sur ses frêles épaules.

 

Au final, un roman que j’ai dévoré tant la plume de Carène Ponte est addictive. Les personnages sont vraiment attachants – mention spéciale à Romy !!!!! Les événements s’enchainent avec légèreté tout en abordant des thèmes sérieux terriblement d’actualité. « Une véritable ode aux femmes » dit le bandeau ; j’approuve !

jeudi 22 avril 2021

Une fille comme les autres, Jack Ketchum (Folio policier, 2007)

 



Une fille comme les autres, Jack Ketchum (Folio policier, 2007)

💙💙💙💙💙


Stephen King a dit de ce livre : « Vous serez effrayés de tourner ces pages, mais vous ne pourrez pas vous en empêcher ». Je le rejoins totalement. Ce roman noir est terriblement malaisant et pourtant, j’ai été happée par cette lecture du début à la fin.

 « Parce que les enfants se remettent vite et réapprennent la confiance et la compassion.

Pas moi. Je n'ai pas pu. A cause de ce qui s'est passé après, de ce que j'ai fait et de ce que je n'ai pas fait. » David, devenu un adulte hanté par ce qu’il a vécu à l’adolescence, revient sur des faits qui se sont déroulés trente ans plus tôt. Alors âgé de douze ans, il rencontre la jolie Meg. Elle vient de perdre ses parents dans un accident de la route et elle se retrouve hébergée par une tante. Cette dernière, Ruth, est la voisine de David, mais aussi la mère de son meilleur ami. C’est l’été, et comme chaque année, l’occasion pour la bande d’amis et de voisins de se retrouver et de participer à un « Jeu » de leur invention. Mais l’amusement qui s’est mis en place dans la maison de Ruth, et dont Meg est l’élément principal, n’a rien de joyeux…

 « L'espace d'un instant, elle redevint une héroïne. Seule contre tous.

Mais cela ne dura pas. Parce que, brusquement, il m'apparut clairement qu'elle n'avait d'autre choix que d'encaisser, impuissante. Et de perdre. » Le caractère frondeur de la jeune Meg, plutôt que de calmer le jeu, va attiser la colère de Ruth, et la méchanceté des garçons.

 « Elle sait que la douleur ne se limite pas à la souffrance physique, à son propre corps – surpris – qui proteste contre une atteinte à sa chair.

La douleur peut venir de l'extérieur. » David va se révéler être le seul à prendre un peu de recul face à ce que ses camarades font endurer à Meg, comme s’il était le seul « bon garçon » de la bande. Mais sa culpabilité va demeurer quelque part entre ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait non plus…

 

Au final, une lecture qui m’a captivée, tout en provoquant chez moi un grand sentiment de malaise. J’ai eu le sentiment d’être dans une position de voyeurisme, attendant de voir jusqu’à quel point l’horreur trouverait son paroxysme. Certaines scènes sont à la limite du supportable ; et le pire, c’est de se dire que l’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie. Bref, âmes sensibles, s’abstenir.