vendredi 31 mars 2023

Vivre et revivre encore, Adèle Van Reeth (LE UN en livre / De l'aube, 03/2021)

 

Vivre et revivre encore, Adèle Van Reeth (LE UN en livre / De l'aube, 03/2021)

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Je connais Adèle Van Reeth en tant qu’animatrice d’une émission philosophique que j’appréciais sur France Inter. Je ne savais pas qu’elle écrivait également des chroniques pour l’hebdomadaire « Le 1 » et je suis tombée sur ce recueil tout à fait par hasard. Le fait que j’emprunte actuellement les transports en commun a été un hasard bienvenu : j’ai pu ponctuer mes trajets en métro par la lecture de ces articles, dans lesquels j’ai retrouvé les talents de la philosophe pour vulgariser les notions philosophiques de grands penseurs et en les confrontant à la société actuelle.

 

« "Si tu ne peux pas utiliser ton cerveau, utilise ton corps à la place » ; c'est en suivant les conseils de son père que Rocky Balboa devint champion du monde de boxe. » J’ai retrouvé avec plaisir ce côté grinçant de l’auteure. Sans que je sois une adepte de philosophie, j’ai toujours apprécié ses émissions parce qu’elles me faisaient réfléchir et sourire. On retrouve ici, à l’écrit, ce côté moqueur, jouissif,
concernant les références de notre époque.

 

« La culture ne fait pas le bonheur ; elle aide à moins souffrir, ce qui n'est pas rien. Quelle différence, dès lors, entre la culture et le divertissement ? Comment distinguer ce qui relève du soin de l'âme humaine de ce qui la conduit vers l'oubli d'elle- même ? » L’auteure est indéniablement une personne très cultivée. Mais elle navigue aisément entre l’élitisme et l’idéologie de Nietzsche, Rousseau et Kant, et le bling- bling de notre époque capitaliste. C’est ce qui fait sa particularité.

 

Au final, des articles vraiment agréables à lire. On les avale comme des M&M’s, toujours en réfléchissant, en souriant. L’avantage est qu’ici, on peut relire plusieurs fois le même passage pour mieux s’en délecter. Mais deux regrets me sont vite apparus : ils sont trop courts, et vu la date de publication, j’aurais aimé avoir des textes post- Covid. 

mercredi 29 mars 2023

A cœur perdu, tome 1 : Tu m’as blessé, Sarah West (Evidence éditions, 07/2021)


 

A cœur perdu, tome 1 : Tu m’as blessé, Sarah West (Evidence éditions, 07/2021)

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Sarah West a encore une fois réussi à me tenir éveillée jusqu’au bout de la nuit ! Pourtant, au début, j’avoue avoir été un peu désappointée en réalisant que ce tome 1 était en fait un spin- off du premier roman de l’auteure, « A cœur et à sang ». Sauf qu’ici, le narrateur est le terrible Logan, ce professeur de français exerçant dans un lycée américain. Outre sa profession, c’est avant tout le personnage le plus déjanté, le plus sadique et le plus abject que j’ai rencontré jusqu’à ce jour.  

 

« Dans la vie, il y a les bonnes personnes, celles qui ont un cœur, une âme, celles qui sont prêtes à aider leur prochain. Des personnes qui sont capables de vivre d'amour et de bienveillance, et puis il y a moi, Logan. Je suis sans cœur, sans pitié, sans amour. » Le roman commence sur ces phrases, comme un avertissement aux futurs personnages qui vont se trouver sur sa route, mais surtout à notre adresse, nous, lecteurs : si vous cherchez une histoire douce et romantique : passez votre chemin !

 

« Les échanges, la mort, les sévices, et tout ce que je peux imaginer dans ma tête de tordu, sont le quotidien des femmes qui partagent ma vie. » Nous retrouvons Logan alors qu’il débute sa carrière d’enseignant dans un lycée. Bel homme, il sait déjà que ses collègues et ses élèves féminines vont tenter de le séduire. Et pourtant, elles feraient toutes bien de se méfier !

 

« Je suis comme mon père, je le sais, c'est dans notre sang. Plus jeune, je réprimais mes instincts, je trouvais que c'était mal, que mes pensées étaient monstrueuses. J'en ai beaucoup souffert et quand, enfin, j'ai arrêté de me réprimer, je suis devenu heureux. » Nous redécouvrons ici l’enfance ignoble de Logan, le totalitarisme sadique du père sur sa famille, le milieu immoral dans lequel le gamin a grandi. Et ce qui ressemble au bonheur pour lui est loin, très loin de celui que nous, personnes « saines », envisageons…

 

Au final, une plume captivante qui flirte avec les limites du gore. Comme souvent, avec Sarah West, il faut avoir l’estomac bien accroché pour lire certaines scènes. On sent bien le travail effectué avec un psychologue dans les divers portraits des personnages mis en scène. A réserver à un public averti.

mardi 28 mars 2023

Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon (audiolivre, 03/2023)


 

Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon (audiolivre, 03/2023)

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Un texte bouleversant, lu avec émotion par Irène Jacob ; j’en ai été très émue. J’ai retrouvé cette main qui m’avait étreinte lorsque j’avais lu le texte d’Anne Franck à l’adolescence, puis relu à l’âge adulte. Ici Lola Lafon a été invitée à passer une « nuit au musée » dans l’Annexe, la cachette dans laquelle Anne Franck et sa famille, ainsi que quatre autres juifs, se sont cachés pour échapper aux Nazis durant la Seconde guerre mondiale. Ce lieu est devenu la Maison Anne Franck, à Amsterdam. Elle en profite pour questionner la romantisation de la Shoah, mais aussi son rapport à sa propre judéité.  

 

« Toutes ses décisions sont celles d'une autrice, qui pense à de futurs lecteurs. Si elle a commencé à écrire sans intention de se faire lire le 12 juin 1942. A compter du mois de mars 1944, elle dit "je" mais elle commence à penser à "nous". Elle en est persuadée, son texte saura trouver le futur, il viendra nous chercher. Aujourd'hui, il est venu me chercher. Comment l'appeler, ce récit que je ne me décide pas à relire avant ma nuit dans l'annexe. Ce livre est un décompte auquel nous assistons ; nous en redoutons l'issue. Nous savons qu'après le 4 août, date de l'arrestation des Franck, il n'y aura plus de mots. Ce livre, nous en connaissons la fin. L'autrice, elle, l'ignore. » Otto Franck a longtemps été face à un dilemme : respecter la promesse faite à sa fille de ne jamais lire ses écrits, ou au contraire, rendre hommage à son désir de devenir un jour auteure, et publier son journal.

 

« Elle n'est pas une sainte, pas un symbole. Son journal est l'œuvre d'une jeune fille victime d'un génocide perpétré dans l'indifférence absolue de ceux qui savaient. N'utilisez pas le mot "espoir", s'il vous plait. » Lola Lafon va rencontrer, après son expérience dans l’Annexe, une survivante de Bergen- Belsen qui a côtoyé la jeune Anne. Qu’aurait écrit cette dernière si elle avait elle aussi survécu ?

 

Au final, un texte grave qui laisse une sensation de trouble ; comment passer une nuit dans la chambre qui fut celle d’Anne Franck ? Même si le Journal n’a jamais pu être terminé, nous en connaissons tous la fin. Lola Lafon ne parviendra à entrer dans la chambre qu’au petit matin ; se confrontant ainsi à ses propres fantômes, marqués eux aussi par la Shoah. Un texte profond, à lire et à écouter, pour réfléchir, s’émouvoir, mais surtout ne jamais oublier cette adolescente à jamais gravée dans cette posture de jeune auteure en noir et blanc.  

lundi 27 mars 2023

La chambre des diablesses, Isabelle Duquesnoy (Robert Laffont, 02/2023)


 

La chambre des diablesses, Isabelle Duquesnoy (Robert Laffont, 02/2023)

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Si vous êtes adeptes des anecdotes historiques et des manigances des gens de pouvoir, ce roman est pour vous ! Isabelle Duquesnoy a mené des recherches sur les accusations de sorcellerie sous le règne du Roi- Soleil. Une personne en particulier va être visée ici, celle que l’on surnomme « la Voisin », considérée comme la plus redoutable empoisonneuse de Paris.

 

« Vous faisant face, ma mère vous aura certainement montré sa nature : deux visages pour une seule femme. Raffinée en présence de la noblesse dont elle a tiré ses plus gros revenus, poissarde au langage abominable dans les moments privés.
A ses clients, la Voisin s'adressait avec obligeance.
A nous, ses proches, elle postillonnait des horreurs.
Vous ferez le tri... »
La Voisin n’a aucun scrupule. Après avoir exercé le métier de sage- femme, elle a élargi ses compétences en développant ses connaissances en matière de soins à base de plantes. De fil en aiguille, la voilà devenue empoisonneuse. Ses liens pervers avec les gens d’Eglise vont lui permettre d’accéder à la haute société ; celle même de la cour du roi !  

 

« Lorsqu'ils parlent des femmes, ils rient. J'imagine leurs dents gâtées, leur gros ventre par- dessus la ceinture, et les œufs de puces pondus dans la raie de leurs fesses. » C’est la  fille de La Voisin, Marie- Marguerite, qui va raconter le parcours étonnant de sa mère, alors qu’elle est elle- même arrêtée en tant que complice. Le fait qu’elle soit séquestrée dans un cachot crasseux donne l’occasion à l’auteure de raconter la crasse et la grossièreté du peuple parisien du XVIIe siècle. Truculent !

 

Au final, un roman étonnant. Le côté historique est enrichi des recherches menées par l’auteure, mais il n’est jamais plombant. Certaines scènes sont glauques mais on sent qu’elles collent à la réalité. Nos us et coutumes ont évolué en parallèle du progrès ; ouf ! Isabelle Duquesnoy parvient, grâce aux jeux de langages entre l’oral de l’époque et l’écrit d’aujourd’hui, à nous faire voyager dans le temps de manière plaisante et cohérente. A lire !   

mercredi 22 mars 2023

The price of sacrifice, tome 2: The princess, Sarah West (Auto- édition, 02/2023)


 

The price of sacrifice, tome 2: The princess, Sarah West (Auto- édition, 02/2023) 

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Deuxième tome de cette saga qui se déroule au Texas, dans un lieu malsain, où l’on séquestre et vend des êtres humains pour la prostitution ou les combats illégaux. Un territoire tenu caché par une organisation criminelle nommée le « Cercle ». Après avoir découvert l’univers de perversion dans lequel ont évolué Caleb et Lana, nous retrouvons Lilly, la fille de cette dernière, alors qu’elle a dix-sept ans et qu’elle vit avec James, qui a su lui redonner une enfance digne de ce nom, prenant la place d’un père attentionné. Mais les années ont passé et les sentiments de Lilly ont évolué…

 

« Depuis quelques temps, les mots intimité, décence ou même pudeur ont disparu de nos comportements. Nous entrons sans gêne dans les chambres ou salle de bain, sans demander la permission ni savoir si nous sommes présentables. » Lilly est devenue une jeune fille, mais elle a gardé avec James des habitudes de petite fille apeurée de six ans. En se blottissant contre lui en pleine nuit, elle sait portant parfaitement ce qu’elle fait : elle veut qu’il la regarde comme une femme. SA femme.  

 

« - Bon retour chez toi, ma belle ! Il était temps que tu rentres à la maison. Ils vont être fous de toi, au Cercle. » Alors que Lilly met tout en œuvre pour se construire un avenir commun épanouissant avec James, voilà qu’un agent du Cercle la kidnappe. C’est à son tour de plonger dans l’horreur de ce milieu abject, où le corps n’est plus qu’une monnaie d’échange à la survie. Saura- t- elle affronter Aleksander et son père, anciens propriétaires et tortionnaires de son propre père ?

 

Au final, un second tome qui joue avec les nerfs du lecteur. On dirait que les personnages principaux sont des éternels insatisfaits qui n’attendent que de tomber plus bas pour vérifier que tout compte fait, leur situation n’était pas si mal. Sauf que…. C’est trop tard ! Vivement le tome 3, qu’on malmène un peu ce bon vieux James !!!