mercredi 26 février 2025

Un cri dans le désert, Catriona Ward (Sonatine, 02/2025)



 Un cri dans le désert, Catriona Ward (Sonatine, 02/2025)

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C’est parce que j’ai gardé un excellent souvenir de l’un de ses précédents romans, « La dernière maison avant les bois », que j’ai eu envie de me plonger dans ce nouvel opus traduit en français. Cap sur la Californie, le domaine de Sundial que Rob a fui depuis plusieurs années. Le temps de se construire une famille. Mais le passé, toujours, revient la tourmenter. Et quand sa fille aînée, Callie, développe des attitudes problématiques, la jeune maman sent qu’il est temps de retourner dans la demeure familiale et d’y déterrer les secrets profondément enterrés.

« "C'est toi qui as voulu cette vie de famille, assène- t- il. Quand on s'est rencontrés, c'était ton souhait le plus cher. Et maintenant que tu as obtenu ce que tu voulais, tu ne cesses de te plaindre."
Le no man's land de la vie de couple, lorsque les rancœurs sont trop profondes et que les reproches sont devenus un écheveau inextricable. »
Rob s’enlise dans sa vie de couple avec Irving. Ils ont eu deux filles mais le papa ne cesse de découcher, multipliant les maîtresses et délaissant les femmes de sa vie.

« Quant à Callie, c'est ma fille et je l'aime. Jamais je ne lui dirai que parfois, je ne l'apprécie pas. Et jamais je ne lui dirai que parfois, l'aimer me demande des efforts considérables. » Rob n’éprouve pas les mêmes sentiments pour son aînée et pour sa cadette. Elle le regrette, et quand la première commence à adopter un comportement déviant, elle se force à prendre les devants. Direction Sundial, la propriété familiale dans laquelle Rob a grandi ; une espèce de retour aux sources.

« Le passé est une corde qui s'enroule autour de mon cou, et parfois, elle serre si fort que je n'arrive plus à respirer. » Le récit va alors alterner entre deux époques : la jeunesse de Rob, avec sa sœur Jack, dans un ranch isolé en plein désert, et le présent avec Callie et ses égarements.

Au final, un récit aux allures de conte gothique ; les fantômes hantent les vivants et les guident vers une vérité qui peut être dérangeante. Une écriture envoûtante ; avec des révélations malaisantes. Une lecture perturbante.

dimanche 23 février 2025

Du feu de l’enfer, Cédric Sire (Le Livre de poche, 08/2023)

 


Du feu de l’enfer, Cédric Sire (Le Livre de poche, 08/2023)

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Quel bonheur d’avoir découvert la plume de Cédric Sire ! J’ai encore une fois été totalement happée par ma lecture !!! L’immersion dans cette enquête policière sur fond de secte sataniste a été pour moi vertigineuse !

« Ariel fronça les sourcils.
Que faisait- elle là ?
Des nuées translucides de pollen tombaient des arbres et flottaient dans les airs autour d'elle.
Elle semblait attendre, impassible.
Était- ce lui qu'elle fixait ainsi ?
Qui d'autre ?
Mais non. C'était ridicule. Cette femme n'avait aucune raison de le surveiller. »
Ariel est un petit délinquant, incapable de se fixer et trempant dans toutes les embrouilles possibles. Heureusement pour lui, il a toujours pu compter sur sa sœur, Manon, thanatopractrice, la tête sur les épaules. Mais quand il se sent suivi au détour d’une rue, il sent que cette fois, il a dépassé une certaine limite dans ses méfaits…  

« Devenir dingue ? C'était bien ce qu'elle ressentait en cet instant. La porte de la folie était ouverte, ils avaient bel et bien eu un aperçu de ce qui se trouvait derrière son seuil. » Un suicide qui finalement n’en est pas un, un meurtre abominable, un cambriolage ; les événements dramatiques se succèdent et la tension monte crescendo entre Manon et Ariel. Dans quoi ont- ils mis les pieds ?

« Quand il portait l'autre masque, celui de bouc, quand la peur de la victime arrivait à ses narines comme un parfum âcre et affolant, cette puissance était décuplée. Il devenait qui il était vraiment. Libre de jouir sans entraves. De céder à ses désirs véritables. » Franck Raynal, capitaine de police, en est persuadé : les faits sordides qui se multiplient sont liés à une secte sataniste parodiant le « Hellfire club ».

Au final, un récit sous forme de jeu de pistes aux étapes plus sanglantes et cruelles les unes que les autres ! Une enquête captivante, d’autant plus que le personnage de Manon est terriblement attachant. Addictif !!!

mercredi 19 février 2025

La longe, Sarah Jollien- Fardel (Sabine Wespieser, 01/2025)

 





La longe, Sarah Jollien- Fardel (Sabine Wespieser, 01/2025)

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C’est le titre de ce roman qui m’a attirée, « La longe »… Car cette longe en question, c’est celle qui maintient Rose attachée à l’un des murs de sa chambre. Un enfermement, un asile montagnard, imposé depuis que la vie de la jeune femme a basculé à la suite du décès de sa petite fille, Anna, fauchée par une camionnette.

« Sitôt que Camil dévale les trois marches en bois du café où je l'attends, impatiente, sur la terrasse ombragée, mon cœur, plein de lui déjà, mais comprimé par ma retenue naturelle. Il passe une partie de ses vacances chez sa grand- mère, dans ce village où je vis, sans ami comme lui, sans un ami qui partage et chérisse le dehors et le silence autant que moi. » Ce récit est avant tout celui d’une histoire d’amour. Car entre Camil et Rose, c’est une évidence depuis le premier jour de leur rencontre, alors qu’ils sont encore enfants.

« Je ne connais plus la honte, la retenue, la dignité. Le monde que je m'étais naïvement inventé s'écroule. Qui pour juger ma fureur ? La douleur la plus effroyable, j'en ai le monopole. » Et puis un jour, le drame. Le pire, celui de perdre son enfant. Rose perd pied.

« "Aucun de nous ne reviendra" a fait naître, doucement, l'idée que je n'ai plus besoin d'entretenir ma peine, de l'exposer aux autres pour qu'ils sachent que je souffre, que je souffre plus qu'eux. » Les mots de Charlotte Delbo font écho à ceux de Pessoa ou de Rilke. La littérature se fait thérapeutique et offre la mince possibilité de revoir la lumière un jour…

Au final, un récit formidablement bien écrit. Les paysages rugueux de la montagne du Valais sont perceptibles sensoriellement parlant, tant la plume est sensible. Personnellement, j’en ai été très émue. Parlons de l’histoire désormais ; là aussi l’émotion est à son comble. En tant que maman, je n’ai pu que ressentir la détresse, la folie de Rose à la suite de la disparition de son enfant. Une tragédie poignante, et pourtant ô combien poétique.  

Exorcisé – Sortez- moi de moi, Gabriel Nadeau (Mortagne éditions, 02/2025)


 

Exorcisé – Sortez- moi de moi, Gabriel Nadeau (Mortagne éditions, 02/2025)

Comment un adolescent de treize ans en vient-il à demander à être exorcisé parce qu’il se sent différent des autres garçons de son âge ? Gabriel Nadeau, devenu Gabbe Trinity, sous son nom d’artiste, témoigne des violences qu’il a subies au sein de l’Eglise alors qu’il était plus jeune, et cela parce qu’il avait avoué être attiré par les garçons.

« En écrivant ce livre, je veux tenter de démystifier comment un jeune garçon de treize ans peut en arriver à vouloir être exorcisé.
Cette personne que j'ai été, j'ai énormément d'empathie pour elle. »
L’auteur a rédigé ce témoignage autobiographique en l’incluant dans une démarche de soin, mais aussi, et surtout, pour toucher un maximum de jeunes qui se retrouvent dans la même situation que lui, plus jeune. Être un petit garçon attiré par les poupées, par les princesses Disney et l’univers de la danse n’est pas une incongruité de la nature, et encore moins l’effet d’une quelconque possession démoniaque.

« Il existe toutefois une grande incohérence dans ce qui constitue une possession démoniaque aux yeux des chrétiens. Pour certains, ce ne sont que les péchés les plus graves comme l'homosexualité ou le meurtre, qui témoigneraient d'un individu possédé. Pour d'autres, les démons se faufileraient dans l'âme à la moindre occasion, au moindre faux mouvement : blasphème, gourmandise, jalousie, médisance, et j'en passe. » Les parents de Gabriel, très pratiquants auprès de l’Eglise chrétienne pentecôtiste, semblent désarmés par ce garçon qui ne « répond pas aux normes de la virilité ». Pour eux, il n’existe qu’une solution : faire appel à un prêtre exorciste pour réaliser une thérapie de conversion.

Au final, un récit dérangeant. Comment peut-on, à notre époque, penser que l’homosexualité est l’œuvre d’un démon ? L’auteur relève d’ailleurs quelques passages de textes religieux particulièrement dérangeants aux pages 240 et 241. Quels préceptes archaïques ! Un témoignage courageux et saisissant, écrit en québécois (parfois surprenant !).  

lundi 17 février 2025

Vindicta, Cédric Sire (Harper Collins, 05/2021)

 


Vindicta, Cédric Sire (Harper Collins, 05/2021)

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Alerte coup de cœur !!!! Mais attention, coup de cœur violent et très sanglant !!! Cap sur Toulouse pour une vindicte impitoyable, au côté d’Olivier Salva, policier récemment mis au placard dans une équipe de surveillance et qui va se retrouver mêlé à une histoire qui va titiller son âme tenace.

« - On entre, on prend le fric, on ressort, récite- t- il comme s'il s'agissait d'une formule magique qui les protègera de tout. Trois minutes au maximum et sans le moindre risque. Le bonhomme fera ce qu'on lui dit sans fanfaronner. Trois personnes avec des calibres, t'as pas envie de jouer au plus malin, je t'assure. » Quatre jeunes, qui veulent simplement améliorer leur quotidien en devenant, le temps d’un braquage parfaitement chronométré et organisé, des petits délinquants. Mais tout ne se passe pas comme prévu…

« Vient l'heure des spectres.
Le cœur de la nuit assassine. »
La vindicte se met en marche, menée par un assassin spectral que rien ne semble pouvoir arrêter, au grand désespoir de Salva, bloqué par la lourdeur et les incohérences d’une administration rigide et sectorielle.

« Personne ne l'avait remarquée se glisser au premier rang. Personne non plus ne la remarque disparaître dans la foule murmurante. » La Mort, personnifiée, est partout et jamais là où on la soupçonne. Et le lecteur, pris au piège de son aura diabolique, ne sait plus reposer ce livre qui va le faire passer par bien des émotions (voire même l’empêcher de dormir pour avoir le fin mot de l’histoire…) !

Au final, la découverte d’un nouvel auteur, en ce qui me concerne, qui a réussi parfaitement à m’embarquer dans son univers alors que je le craignais un peu. La violence va crescendo dans l’évolution de l’intrigue, et si un épisode a été un peu dur pour moi, j’ai dévoré les quelques 800 pages de l’édition de poche en quelques heures ! Et j’en redemande !