dimanche 8 septembre 2019

Jour de courage, Brigitte Giraud


Jour de courage, Brigitte Giraud

★★★★☆

Ce roman n’est pas un thriller, mais il se lit tout comme ; on sent que tôt ou tard, un malheur arrivera…

Alors qu’il s’est engagé à produire un exposé sur le thème de l’autodafé, Livio, lycéen de 17 ans, présente les fruits de ses recherches sur Magnus Hirschfeld, médecin allemand, fondateur de l’institut de sexologie de Berlin, qui a effectué des recherches sur l’homosexualité, tentant de déterminer ce qui tenait de l’inné et de l’acquis, et luttant avec force contre le paragraphe 175 inscrit au code pénal allemand, stipulant que l’homosexualité était un crime.

Tous les ouvrages sur le sujet amassés durant des années dans les rayonnages de la bibliothèque de l’institut seront brûlés en mai 1933 par des soldats nazis, ne sachant même pas forcément s’y prendre : « Ils tiquèrent devant les flammes paresseuses, et sans doute de mèche avec la littérature désignée par eux comme honteuse et ordurière, qui ne produisaient rien d’autre que de la fumée et de petites quintes de toux qu’ils eurent du mal à contenir. »

Effectivement, le grand autodafé du 10 mai 1933 sur la place de l’Opéra à Berlin ne sacrifiera pas uniquement les livres consignant les comptes-rendus médicaux liés aux recherches sur la sexualité dite « déviante », ce seront des milliers d’ouvrages d’artistes dits décadents qui seront livrés aux flammes : Zweig, Brecht, Freud seront les auteurs dont les pages finiront dans un brasier gigantesque parce qu’ils ne collent pas avec l’idée de l’Allemand « pur race ».



Pourquoi Livio a-t-il donc choisi ce sujet ? A-t-il eu la moindre conscience du regard des autres lycéens de sa classe sur lui, suite à cet exposé ? La professeure d’histoire n’avait pas prévu cette éventualité : qu’un élève remonte dans l’Histoire pour faire surgir un malaise sociétal contemporain. Les réactions des élèves de la classe de Livio sont éloquentes : il ne sera jamais accepté du fait de sa différence, son orientation sexuelle, ainsi révélée, en ce « Jour de courage ».



Une lecture qui happe, qui touche, qui fait réfléchir à la constante difficulté de vivre sa différence face au regard de l’autre, toujours aussi important, avec pour preuve deux expériences séparées d’un siècle.


J’ai envie de dire « Bravo Livio », même si… 
Et personnellement, j'aurais souhaité mieux cerner ce personnage visuellement.

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