dimanche 8 décembre 2019

Une bête au paradis, Cécile Coulon

Une bête au paradis, Cécile Coulon

★★★★★

J’ai refermé ce livre avec l’impression d’avoir reçu un uppercut en plein estomac. Même si je connaissais la fin suite à la regrettable maladresse d’un journaliste de l’émission « Le Masque et la plume » sur France Inter, la lire et la digérer au vu de ce qui s’était passé avant dans le roman m’a laissée pantoise. Ou devrais-je dire K-O.

D’abord, l’ambiance. On a tendance à parler de roman « rural » dès que l’intrigue s’inscrit dans le monde paysan, et pourtant, est-ce vraiment la ferme, ironiquement nommée « Le Paradis », qui doit tenir le haut du pavé dans ce roman ? J’ai du mal à le concevoir…
Pour moi, « Une bête au paradis » est avant tout un roman de femmes. Féministe, peut-être même. Blanche, comme Émilienne sont des modèles, des héroïnes qui fléchissent mais ne se rompent jamais. « Elle traversait l’existence, dévolue au domaine et aux âmes qui l’abritaient. Tout commençait par elle, tout finissait par elle », écrit Cécile Coulon au sujet de l’aïeule, Émilienne. Qui a-t-il eu au « Paradis » avant elle ? On ne le sait pas. Qui y aura-t-il après elle ? On ne l’apprend pas davantage. Elle trace du bout des doigts un cercle, une spirale qui s’enroule autour de sa petite-fille, Blanche.

Parlons de Blanche, maintenant. Force de la nature, orpheline brave et magnifique, ayant surmonté la mort trop tôt survenue de ses parents dans le virage en épingle qui mène à la ferme. Une bonne élève qui sait pourtant que quelque soit ses résultats scolaires, son avenir sera de suivre les pas de sa grand-mère.
Et puis Alexandre, le magnifique, son camarade de classe, qui, après avoir quémandé son aide, sera celui qui troublera l’esprit de Blanche, parce qu’il aura envie de réussir ailleurs, malgré leur grand amour, le premier, l’absolu, et malgré le « Paradis » qui leur tend les bras et ses draps.
Et puis encore Louis, le commis, arrivé là presque par hasard, pour échapper à la violence d’un père et trouver une attention maternelle, puis, comme une évidence, l’espoir d’un amour partagé avec la fille de la ferme qui lui permettra de trouver un statut digne de son courage et de ses quelques velléités.

Au final, des personnages terriblement « vrais » et attachants, une ambiance quasiment à huis clos avec tout ce qu’elle a d’étouffant, une histoire qui prend aux tripes, tellement réelle, tellement magnifiée par la plume incisive de l’auteure, qui, à coup de phrases courtes, de verbes douloureux, invite son lecteur en tant que spectateur « en direct live » de sa fiction si réelle.

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