mardi 18 août 2020

Les bras de Morphée, Yann Bécu

 


Les bras de Morphée,
Yann Bécu (Les éditions de l'Homme Sans Nom, 10/2018)

💙💙💙💙

2070. Prague. Cela fait maintenant vingt ans qu’un mystérieux virus s’est développé chez les êtres humains et s’est propagé à toute la planète. Sa particularité ? Appelé Morphéus, il affecte le sommeil à divers degrés. Désormais, la plupart des gens ont une moyenne de vingt heures de sommeil par jour : il a fallu apprendre à s’organiser autrement ! Que ce soit au niveau du travail, des relations familiales ou sociales et dans la gestion du quotidien, tout a dû être repensé. En effet, difficile de tenir un rythme de production suffisant dans les entreprises, de maintenir un semblant de vie de famille quand les horaires de veille des uns et des autres sont décalés, et de gérer les courses, les repas et les rendez-vous divers, lorsque vous n’avez que quatre heures par jour pour tout faire.

Pascal Frimousse, lui, fait partie des « privilégiés » : il n’a besoin que de douze heures de sommeil. Il dispose donc de davantage de temps d’éveil que les personnes de son entourage. En tant que professeur de Lettres au lycée français de Prague, il doit revoir sa manière d’enseigner et d’évaluer ses élèves sans les pénaliser. Adieu les longs commentaires composés et les dissertations de dix pages. Ce qu’il faut à présent : avoir un esprit de synthèse.

« Un sens de la problématique, le môme. Vous lui donniez une étude comparée de trois courts poèmes du XIXe, disons le trio classique Baudelaire - Verlaine - Rimbaud, le cerveau de Jean- Gabriel vous problématisait tout ça au quart de tour : Verlaine, pédé. Rimbaud, pédé. Baudelaire, drogué. Problématique : une poésie de dégénéré. Note : 20. »

Son métier d’enseignant lui prenant de moins en moins de temps, Frimousse met son temps libre à mener des missions pas toujours très nettes, avec son collègue Michel, ancien CPE, lui aussi « Eveillé ». Retrouver des maris disparus, en faire disparaître, les deux hommes n’ont aucun scrupule ; juste envie d’occuper leur temps tout en gagnant un peu d’argent. Mais attention aux coups tordus !

Cette dystopie est plutôt rocambolesque, tant par la façon d’être des personnages que par l’écriture très stylisée de l’auteur. Il y en a, du sarcasme, au sujet de la société humaine lorsqu’elle se retrouve face à un imprévu d’une ampleur exceptionnelle : la panique générale entraîne des décisions regrettables, voire même stupides car prises sans le recul ni la réflexion nécessaires. J’ai adoré faire des parallèles avec ce qui se passe actuellement dans le monde avec le virus du Covid 19…


Au final, c’est un roman intelligent, qui entraînera le lecteur de science- fiction dans un style plutôt inhabituel… Comme si l’intrigue se déroulant en 2050 était en réalité ancrée un siècle plus tôt et exploitée avec une ironie – parfois un peu trop - loufoque.

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