vendredi 26 février 2021

La rue qui nous sépare, Célia Samba (Hachette, 01/2021)


 

La rue qui nous sépare, Célia Samba (Hachette, 01/2021)

💙💙💙💙 

Célia Samba signe là un joli premier roman ; un récit sensible sur un sujet que l’on commence à voir dans la littérature contemporaine : le sort des sans domicile fixe. On y sent quelques touches autobiographiques dans la jeunesse de Mia, l’héroïne principale, son statut d’étudiante et son empathie pour qui souffre d’une forme de rejet quelconque. Sa prise de conscience de la grande détresse des sans- abris est expliquée dans les notes à la fin de l’œuvre. Inventer une histoire d’amour entre une étudiante et un jeune homme qui vit dans la rue est devenu, on le comprend vite, une évidence pour elle.

 

« Chaque jour, en rentrant des cours, elle traversait la rue pour le croiser. Lorsqu'elle arrivait à sa hauteur, il la saluait dans un murmure ; parfois, ses lèvres s'étiraient furtivement, le temps d'éclairer les traits tirés de son visage. Elle ralentissait l'allure, fossettes aux coins des lèvres. Sa gêne se mêlait au désir de lui parler, nouait son ventre. Les secondes lui semblaient s'allonger quand il la regardait. Mais que dire ? » Un jour d’hiver, le regard de Mia rencontre celui de Tristan. Il fait froid, elle vient de s’acheter une crêpe chaude qu’elle s’apprête à savourer. Lui fait la manche, assis sur le trottoir froid. Et si elle lui donnait sa crêpe ? Non, elle n’ose pas. Son geste avorté va la tourmenter et la pousser à vouloir aider le jeune homme, à tenter de connaître son histoire et les raisons qui l’ont poussé à la rue…

 

« C'était un de ces matins où Tristan ne voulait pas ouvrir les yeux. L'air glacial empestait la pisse et le tabac froid, mais, caché dans le noir de ses paupières closes, il pouvait s'imaginer ailleurs que dans le squat miteux où il avait passé la nuit. L'obscurité lui faisait miroiter les délices d'une autre vie... » Les deux jeunes gens s’apprivoisent doucement, se cherchent, nouent un lien amical prêt à tout moment à basculer en histoire d’amour, mais les préjugés, le regard des autres vont entraîner un sentiment de honte partagée, des évitements, des rendez- vous loupés. Tristan saura- t- il accepter le regard des cousins de Mia ? Celle- ci saura-t-elle faire entrer le jeune homme officiellement dans sa vie, au mépris des « convenances » ?

 

Ce roman « young adult » se lit facilement même lorsqu’on a l’âge d’être les parents des protagonistes. C’est un récit plein d’empathie qui nous rend les personnages très sympathiques, tout en pointant du doigt notre égocentrisme. Qui parmi nous s’intéresse au sort des SDF qui mendient devant la porte de leur boulangerie ? C’est un roman qui m’a bien évidemment fait réfléchir. Et personnellement, j’aurais préféré que l’auteure ne nous propose pas de fin alternative toute douce,  pour laisser son lecteur sur un goût bien amer en bouche. Si je devais le relire, j’ignorerais la quatrième partie…

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