samedi 13 février 2021

Royan : La professeure de français, Marie NDiaye (Gallimard, 11/2020)


 

Royan : La professeure de français, Marie NDiaye (Gallimard, 11/2020)

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Marie NDiaye signe là un monologue poignant, à l’origine destiné à être interprété par la comédienne Nicole Garcia à l’occasion du dernier Festival d’Avignon (lequel a été annulé du fait de la Covid). C’est donc une lecture surprenante, car le texte est, avant tout, destiné à l’oralité. Le point de vue interne y est donc particulièrement exacerbé et il faut accepter de se fondre dans les errements de l’esprit du personnage pour pouvoir comprendre l’essence des mots qui le composent….

« Il me semble de temps à autre que je suis le personnage miraculeusement devenu vivant d'un roman qu'une femme dans mon genre aurait écrit et proposé sans succès à plusieurs dizaines d'éditeurs. » Cette professeure de français d’un lycée de Royan rentre chez elle après un événement dramatique : l’une de ses élèves, prénommée Daniella, s’est jetée du troisième étage de l’établissement, durant son cours. Elle sent que les parents de l’adolescente l’attendent sur son palier, à la recherche d’explications ; éléments que, mentalement, elle est en incapacité de donner…

« Je ne suis pas une femme aimée – ou peut- être que si et mes yeux affolés de soleil m’empêchent de voir ? » Pourtant, sa culpabilité est partiellement engagée :   Daniella lui avait fait part de ses tracas en lui écrivant à plusieurs reprises, elle avait voulu lui confier le harcèlement douloureux dont elle était la victime. Mais son enseignante a préféré fermer les yeux.

« Qu’avez- vous fait parents pour dompter la tignasse de Daniella                                   sa crinière vociférante ?"  La professeure de français, telle une Phèdre des temps modernes, se cherche des excuses, mêlant ses errances à celles de cette héroïne de la tragédie racinienne ; revenant sur son propre parcours, celui d’une femme qui s’est volontairement endurcie, tout en échappant à ce qui aurait pu faire d’elle une femme épanouie et heureuse.

« on ne doit pas gâter les filles mais les armer les tremper les durcir pour la vie » nous dit- elle. Mais à être trop dure avec soi- même, force est de constater que l’on passe à côté de l’essentiel…

Au final un texte poétique impossible à lâcher, qui, forcément, désarçonne et laisse des traces. Comme j’aimerais le voir exploité sur scène !!!

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