jeudi 17 juin 2021

Le cerf- volant, Laetitia Colombani (Grasset, 06/2021)



Le cerf- volant, Laetitia Colombani (Grasset, 06/2021)

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Laetitia Colombani, pour son troisième roman, a choisi de repartir en Inde, dans l’esprit de La tresse, son premier roman au succès désormais mondial. Elle reprend ainsi la recette qui a fait sa renommée : des filles, des femmes en détresse, soumises à des diktats ancestraux et de fait désuets, mais surtout particulièrement révoltants quand on appartient soi- même au beau sexe. Ici, c’est un cerf- volant qui va servir de lien entre Léna, Française anéantie par un drame personnel, Lalita, petite orpheline de dix ans déjà exploitée, et Preeti, chef d’une brigade de jeunes femmes qui pratiquent les sports de combat dans le but de porter secours aux trop nombreuses filles agressées.

 

« Léna observe son visage, ses cheveux tressés, sa silhouette menue dans cet uniforme d'écolière qu'elle arbore tel un étendard, cette tenue qui n'est pas seulement un morceau de tissu mais une victoire. » Léna est enseignante en France. Venue en Inde pour essayer de se retrouver après un drame qui l’a anéantie, c’est sa rencontre avec la petite Lalita qui va lui donner une motivation capable de lui redonner envie de vivre : fonder une école dans un petit village indien pour éduquer les filles, afin de leur offrir la possibilité d’avoir un emploi et d’échapper aux trop nombreux mariages forcés.

 

« Le long de la célèbre Falkland Road, il n'est pas rare de voir des fillettes de douze ans en cage : les plus jeunes sont les plus chères et les plus prisées. » Il ne fait pas bon naître fille d’une caste inférieure en Inde. Laetitia Colombani appuie son récit sur des données chiffrées implacables et des informations dûment documentées. Son personnage, ultra- attachant, de Preeti s’en fait le porte- parole : « Naître femme et "Dalit" est ainsi la pire des malédictions. Elle- même peut en témoigner, comme chaque membre de sa brigade. Toutes sont des rescapées, toutes victimes d'un cruel paradoxe : ces filles qu'on ne doit pas toucher, on n'hésite pas à les violer. »

 

« Pas besoin d'avoir le même sang pour être sœur, fille ou mère, songe Léna. » L’esprit de sororité est bien le seul élément capable de faire évoluer les choses dans certains pays comme l’Inde, même en 2021. L’auteure dénonce ces violences faites aux femmes par le biais d’une jolie histoire, richement documentée et agrémentée d’une plume fluide et pleine d’émotion. Son trouble se perçoit dans certains passages, comme si elle s’adressait directement à son lecteur : « tu te rends compte ? ».

 

Au final, un roman très bien écrit, très émouvant, frustrant aussi car on aimerait tellement venir en aide à ces filles qui n’ont d’autre destin que d’être asservies de leur naissance à leur mort. Par contre, j’ai peur que ce récit ne soit un peu trop catalogué « pour les femmes » alors qu’il faudrait que les hommes, aussi, et surtout, prennent conscience de ce qui se passe pour celles qui sont leurs égales, à un niveau mondial.

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