samedi 13 juin 2020

Innocence condamnée, Charlie Genet

Innocence condamnée, Charlie Genet (Editions Elixyria, 04/2019)

★★★★★

« Être un vampire, c'est être un démon menteur et manipulateur, disait Alistair, mais restons classe et ayons des principes. » Alistair a été le « maître » de Roxanne, l’héroïne de ce roman de bit lit, et elle applique bien ce précepte : cette vampire centenaire exerce le métier de médecin dans un pénitencier de Louisiane. Cette profession lui permet de trouver de quoi se nourrir, mais aussi de sélectionner ses proies, de sucer le sang des « méchants » et d’épargner les « gentils ».
Une couverture que l’éternelle jeune femme apprécie, dans le mystère des bayous, là où elle a connu bien des souffrances alors qu’elle était encore « vivante » ; et où elle rumine doucement sa vengeance.

« Le meilleur moment de l'année, à mon avis, reste le soir de Mardi gras. Des défilés, de la musique, des danses, des chants animent les rues pour mon plus grand bonheur. Je me mêle alors à la foule, j'ai l'impression de revenir en 1912, avant ma mort. »

Mais voilà qu’un nouveau prisonnier intègre le pénitencier, Zachary, un métis séduisant aux yeux turquoise. Il clame haut et fort son innocence, et pourtant, il a été condamné à la perpétuité pour le viol et l’assassinat d’une fille de policier. Rudement tabassé dès son arrivée, il est rapidement confronté au regard affûté de Roxanne, qui doit déterminer pour elle- même s’il peut entrer, ou non, dans sa catégorie « garde- manger ».
Evidemment, notre jolie médecin va craquer pour le nouvel arrivé, d’autant plus qu’ils vont se découvrir un ennemi commun, et par la même occasion, une cause capable de réunir d’autres forces occultes.

J’ai rapidement adhéré à l’univers proposé par Charlie Genet dans ce roman. Le personnage de Roxanne est vraiment bien construit. Son histoire nous est révélée par petites touches, mêlant passé et présent avec subtilité tout en maintenant un suspens palpable.

La plume de cette auteure est fluide, vraiment agréable à lire, d’autant plus qu’ici, elle s’offre quelques pointes d’humour qui m’ont régulièrement fait sourire dans cet univers pourtant sombre et démoniaque : « Mon premier patient étant diabétique, il est presque certain qu'il n'a eu qu'une injection d'insuline sur deux, je vais donc faire le plein de sucre de bon matin. J'en salive d'avance. »

Bref, une lecture originale et des plus plaisantes !

mercredi 10 juin 2020

Liz, Tome 3, Défier les ténèbres, G.H. David

Liz, Tome 3, Défier les ténèbres, G.H. David (Editions Elixyria, 11/2019)

★★★★☆ 

« A trop vivre dans la crainte de perdre ce à quoi on tient, on finit par obtenir ce qu'on redoute. » Dans ce troisième tome de la sage, Liz va subir un sacré revers de bâton. Les masques vont tomber autour d’elle et changer les données de départ. C’est l’épisode le plus sombre de la saga et de nombreuses larmes vont couler.

« On avait déjà le bon, la brute vient de se tirer et le truand débarque! » Quand on gravite en lisière du Milieu, on croise toutes sortes de pedigrees. Ici, c’est Sylvain, l’ex alcoolique et violent de Liz qui revient sur le devant de la scène. Celui que l’on surnomme « le Barman » dans la pègre est contacté par notre héroïne qui veut régler ses comptes suite au rapt de Maud, sa meilleure amie (Tome2). Il en profite pour faire à « La Joconde » la démonstration de sa nouvelle hygiène de vie, irréprochable. Evidemment, son but est de reconquérir sa belle, mais celle- ci se perd entre les hommes de son passé, ceux de son présent et ceux qu’elle espère intégrer à son avenir : « Plusieurs hommes m'ont enlacée, mais rares sont ceux qui m'ont inspiré le bien- être et la sensation d'être enveloppée réellement. »

De nouveau je me suis laissée emportée par la plume audacieuse et sensible de G.H. David. Il y a de sacrées surprises dans ce tome concernant les personnages. Je n’avais vraiment pas vu arriver de telles révélations ! J’ai hâte de lire le tome 4, le dernier de la saga, pour enfin connaître le dénouement de cette intrigue complexe !

samedi 6 juin 2020

Cauchemars, Fabienne Lejamble

Cauchemars, Fabienne Lejamble (Editions Kissilow, 02/20)

★★★★☆

Adeptes de la série « La Quatrième Dimension », diffusée en France dans les années 80 – 90, ce recueil de nouvelles est pour vous !
Planches de ouija, démon, possession, mangeur d’insectes, bestiole cachée sous le lit…
Faites votre choix !

La plume de Fabienne Lejamble sait se faire ironique pour se moquer de son lecteur… après lui avoir fait peur dans ses petites histoires farfelues!
« Après s’être allongé dans l’obscurité tranquille, le jeune homme s’endormit rapidement et s’agita, rêvant d’un grand œil qui l’observait depuis sa venue au monde, de multiples mains cachées sous son lit, n’attendant que le passage de ses chevilles pour les saisir et l’emmener tout entier dans la dimension des créatures de cauchemars ».

Vous aimez vous faire peur ? Foncez !
Et puis faites de beaux rêves!!!

Le Dieu Oiseau, Aurélie Wellenstein

Le Dieu Oiseau, Aurélie Wellenstein (Scrinéo, 2018; Pocket, 2020)

★★★★☆

« L'histoire racontait qu'à cette époque, il y a cinq cents ans, le monde était plongé dans les ténèbres perpétuelles, mais au moment même où Ticawan était revenu de l'île sacrée, brandissant l’œuf d'or au bout des bras, le soleil était apparu. » En regard de cette légende, tous les dix ans, une compétition est organisée entre les dix clans de l’île. Le vainqueur permettra à son clan d’y régner durant la décennie à venir.

Les épreuves sont extrêmes : une journée de nage, des combats à mains nues, une montagne à escalader et des animaux sauvages à affronter (Koh- Lanta, c’est pour les gamins, s’il fallait comparer !), plus quelques bêtes monstrueuses à éviter avant de chercher où l’œuf d’or a été caché. Dix années d’entraînement et de sacrifices ne sont pas de trop, et plus les concurrents s’approchent du Graal, moins ils hésitent à éliminer les concurrents restants.

Faolan a été une victime collatérale de la compétition qui s’est déroulée dix ans plus tôt, alors qu’il n’était qu’un enfant. Le clan du Bras de fer a en effet remporté la victoire et s’est acharné, lors du Banquet, contre les chefs des autres clans, dont celui de la Horde, auquel il appartenait. Son père a donc été assassiné cruellement (la tradition veut que le gagnant arrache le cœur de ses concurrents et le mange encore palpitant devant la foule), sa petite sœur et sa mère ont été violées sous ses yeux, et alors qu’il devait subir le même sort, le fils du chef du Bras de fer, Torox, lui aussi encore gamin, a réclamé avoir Faolan pour en faire son « jouet » parce qu’il était fasciné par ses formidables yeux bleus.

Faolan va alors connaître dix années terribles d’asservissement et de famine, victime du sadisme et de la cruauté inimaginable de Torox. La seule chose qui va le pousser à tenir sera la possibilité, offerte à tous, de se présenter lui aussi au concours et de gagner l’œuf d’or qui lui permettra à la fois de se venger et de retrouver sa liberté.
Le roman débute ainsi à quelques jours de la compétition : Faolan aura-t-il les capacités nécessaires pour se mesurer à des adversaires en bonne santé et parfaitement entraînés aux épreuves ?

Au final, un roman fantasy que j’ai dévoré, tant j’ai trouvé l’intrigue captivante. Certaines scènes sont répugnantes, mais j’ai tout de même regretté le côté un peu « young adult » de l’écriture. Ceci dit, j’ai apprécié la capacité de l’auteure à faire voyager le lecteur dans un univers mi- réel, mi- fantaisiste, sans le perdre dans des loufoqueries inutiles, et tout en en développant un sentiment d’empathie qui le pousse à encourager mentalement, au fur et à mesure des pages, Faolan, un anti- héros si touchant !

mercredi 3 juin 2020

Sensual Bachata, Charlie Genet


Sensual Bachata, Charlie Genet (Editions Elixyria, 10/2019)

★★★★★

« Je n'aime pas ces personnes sans âme : les hommes ont les mains baladeuses et semblent attendre que votre conscience soit KO pour vous prendre ce que vous ne voulez pas leur offrir ; les femmes se jalousent et se pavanent sur les podiums, tentant de trouver une reconnaissance dans le regard des fêtards, de l'amour dans le sexe rapide. »  Suzanne voit juste. Combien sommes- nous, homme ou femme, à chercher un succédané d’attention dans ces relations d’un soir en boîte de nuit ? Un ersatz du grand amour, qui se terminera au petit jour ? On s’accroche aux balises que le destin veut bien nous concéder…

Suzanne y croit à 200%, soutenue par Bartz, le meilleur ami de son frère, son partenaire de danse et son futur mari puisque les noces sont déjà arrangées entre ces deux familles « favorisées ». Sauf que... Fabien, le jumeau de Suzanne ; est mort sous les balles des terroristes au Bataclan. Elle ne s’en relève pas. Avec Bartz, elle s’enfonce donc dans les nuits de débauche, oubliant le futur de danseuse professionnelle que sa mère lui avait déjà tracé.

Pourtant un soir, elle va retrouver le jeune inconnu avec qui elle avait dansé, le soir du Bataclan. Un garçon qui lui avait semblé être son « âme sœur de danse » ; celui qui anticipe le moindre de ses mouvements et sait y répondre avec talent : Noé. De nouveau, devant elle, va s’ouvrir le chemin de la Bachata, de la compétition « amateur », et il ne tiendra qu’à elle de tirer les ficelles du succès.

Une romance à un rythme sensuel que j’ai dévoré, porté par la plume passionnée de Charlie Genet. Je ne connaissais absolument pas la Bachata et l’auteure m’a poussée à m’y intéresser. J’envie les danseurs de cette discipline, si complices et si sensuels. Je serais bien incapable de me laisser aller ainsi : Mais ce qui est remarquable, c’est justement que l’auteure nous permette de faire découvrir une pratique sportive à travers son récit mais surtout, nous fasse mesurer l’ampleur cathartique que peut revêtir une activité sportive ou artistique dans un cadre de remédiation au deuil.

Bref, sans connaître la bachata, je me suis laissée entraînée par une romance construite sur un deuil lié aux attentats du Bataclan en 2015 ; ce qui n’est pas anodin ni banal. Ce n’est ni mièvre ni attendu ; les personnages doivent vraiment « s’arracher » pour vivre comme ils l’entendent. La « vraie vie » quoi…

P.S. : J’ajouterai que j’ai adoré revoir Ezra (« Deadly Rose ») apparaître dans ces pages !!!