lundi 13 juillet 2020

Il était deux fois, Franck Thilliez

Il était deux fois, Franck Thilliez (Fleuve noir, 06/2020)

★★★★★

J’étais sortie de la lecture du précédent thriller de Thilliez, Le Manuscrit inachevé, avec un avis plus que mitigé. Je me suis tout de même laissée tenter par Il était deux fois, dans lequel l’auteur reprend des éléments du thriller précédent et les exploite d’une autre manière, tout en explicitant certaines zones d’ombres (et complexes) de celui- ci. Et cette fois, j’ai pleinement adhéré au récit !

« On ne vous a jamais dit que les auteurs de fiction s’inspiraient des faits divers ? Qu’ils avaient leurs sources dans la police, dans les palais de justice, et qu’ils racontaient des histoires encore plus vraies que nature ? »
Gabriel Moscato, ancien gendarme, va flirter avec la fiction. Le voilà qui se réveille un matin de novembre 2020 dans la chambre 7 de l’hôtel des Falaises, à Sagas. Or il est persuadé d’être arrivé là en avril 2008, et d’avoir dormi dans la chambre 29. Que s'est- il donc passé?

Le thème de la mémoire est de nouveau exploité ici, ainsi que celui de la disparition soudaine et irrésolue de personnes, puisque nous avons une jolie jeune fille de dix-sept ans qui disparaît alors qu’elle était en pleine séance de sport (donc comme dans Le Manuscrit inachevé). Il s’agit de la fille de Gabriel Moscato, lequel réalise en ce matin de novembre 2020 qu’il a tout oublié des douze années d’enquête qu’il a menée, à la recherche désespérée de son enfant...

Le lecteur va donc remonter le temps et les pistes de l'enquête avec lui, (re) découvrant des éléments perturbants liés à la disparition de jeunes personnes mais aussi aux extravagances du domaine artistique. C'est un récit captivant, effrayant aussi car vraisemblable, qui ne peut vous laisser indifférent. La plume habile de Franck Thilliez fait mouche.

Personnellement, la fin m’a glacé le sang et je pense qu’elle va me hanter longtemps…

vendredi 10 juillet 2020

Lunisia, Tome 1 : Tonnerre, Loïs Smes

Lunisia, Tome 1 : Tonnerre, Loïs Smes (Elixyria, 03/2020)

★★★★★

Voilà un roman au scénario vraiment original et inattendu ! Je suis allée de surprise en surprise au fil des pages ! Rédiger une chronique dans ce cas devient bien compliqué, tant il est primordial que chaque futur lecteur puisse bénéficier lui aussi de l’effet de surprise !
Alors plutôt que de vous parler de l’intrigue, je vais vous parler des trois personnages principaux, parfaitement construits par l’auteure au point qu’ils en deviennent attachants.

Le premier, le plus marquant, se nomme Haze. Un prénom étrange pour une jeune fille qui ne l’est pas moins…  « Je ne m’inspirais que du dégoût. Un dégoût violent, physique comme moral. Passant de garçon manqué à fille manquée, je n’étais plus que ça : manquée, ratée, loupée. Un ersatz d’identité ambivalente. » Âgée d’une vingtaine d’années, Haze se cherche, perdue depuis sa plus jeune enfance durant laquelle l’absence de côté « midinette » dérangeait son père. L’adolescence a été compliquée elle aussi, ponctuée d’actes de rébellion. Maintenant que l’âge adulte est venu, il est temps pour Haze de savoir qui elle est et ce qu’elle veut.
La découverte d’une fleur mystérieuse, appelée Lunisia – Atlis, aux pouvoirs dits exceptionnels, et dont le laboratoire familial est en train d’exploiter le potentiel, serait – elle capable de fournir un remède au mal- être de la jeune femme ?

Sa meilleure amie, Chloé, chercheuse dans le domaine biologique, en a l’intuition. Cette jeune femme douce et attentive est à l’affût de toute solution qui permettrait à Haze de ne plus sombrer dans la dépression. Son amitié exclusive la pousserait à aller bien loin d’ailleurs…

Le troisième protagoniste se nomme Ben. Secrètement amoureux de Haze, il est lui aussi prêt à tout pour lui redonner le sourire. Il travaille avec Chloé, au laboratoire créé jadis par le grand- père de Haze. Pour lui aussi la Lunisia – Atlis aurait peut- être des propriétés en mesure de résoudre le mal- être de celle qu’il chérit, même si, en son for intérieur, il souhaite qu’elle reste la même.

Au final, c’est un beau roman sur l’acceptation de soi, mais aussi sur les préjugés que véhiculent notre société ; sur ce doigt pointé sur les personnes qui « n’entrent pas dans le moule » et qui déclenche tant de mal- être. Le récit provoque tout un tas d’émotion, jusqu’aux dernières pages, terriblement poignantes… 
J’ai hâte de lire la suite !

mardi 7 juillet 2020

Les couloirs démoniaques, Jean - Marc Dhainaut

Les couloirs démoniaques, Jean - Marc Dhainaut (Taurnada, 07/2020)

★★★★★

Nous sommes en 2002. Alan Lambin et Mina Arletti, enfin en couple après s’être tourné autour durant les trois précédentes enquêtes, reçoivent Paul Belvague, leur ami de longue date. Celui- ci, professeur de physique, regrette de ne pas avoir pu mener une expérimentation à son terme lors de l’enquête conduite en 1987 dans un hôpital désaffecté situé dans le Nord et construit au- dessus d’une galerie minière qui avait connu une grave tragédie (voir « Les galeries hurlantes »). Alan en était ressorti traumatisé par cette expérience. Lui qui se définit comme une personne menant des « recherches voulant démontrer l'existence de fantômes où il y en avait vraiment, mais aussi prouver leur absence là où beaucoup affirmaient le contraire », s’était retrouvé confronté à des forces obscures d’une violence jusque-là inconcevable pour lui.

En ce jour du 2 février 2002, Paul insiste auprès d’Alan pour aller mener une dernière investigation, au « Foyer des Galibots », construit à son tour sur les ruines de l’hôpital désaffecté du Nord. Cette maison de retraite en effet a dû fermer après avoir été le siège de plusieurs suicides hautement improbables chez les pensionnaires, pour la plupart, invalides. Le personnel soignant a témoigné par ailleurs, avant qu’on lui enjoigne de se taire, avoir été témoins de phénomènes étranges, et surtout, terrifiants : cris d’enfants, portes qui claquent, griffures par des mains invisibles…

Mais Alan, à soixante ans, aspire à une retraite bien méritée. Et ce à quoi il a assisté en 1987, dans les galeries sous-terraines de l’hôpital désaffecté ne lui donne pas envie d’y retourner. Mais c’est sans compter l’insistance de Paul et de sa chère Mina… Alan, évidemment, va se laisser convaincre d’y retourner une dernière fois.

Sur place, il tente, grâce à la plume sarcastique de son créateur, Jean-Marc Dhainaut, de dédramatiser la situation :  « - On ne risque pas de tomber sur des drogués?
- Si, répondit Alan, et peut-être même sur des fantômes, figure- toi.
- C'est pas drôle.
- Mais vous savez à quoi on ressemble, là, tous les trois ? Ajoutez un chien et une cinquième personne et on serait prêts pour une aventure du "Club des cinq". »

Mais très vite, l’humour fait place à une tension qui monte crescendo. Les phénomènes surnaturels s’enchaînent à un point tel que la réalité et un certain monde parallèle se mélangent. Même ce charlatan d’Erwan Diwen, venu sur place lui aussi, accompagné de son fils et de la petite- amie de celui- ci, Meghan, mais dans le but de réaliser un reportage truqué pour la télévision, va se retrouver piégé à son propre jeu.

Les découvertes que feront nos trois amis vont s’avérer dramatiques, et Alan va bien avoir besoin d’un coup de pouce pour pouvoir venir à bout de ce qui sera sa dernière enquête. Pour le coup, sa retraite sera bien méritée !

Je referme ce roman avec une pointe de nostalgie, m’étant attachée à Alan et sa compagne Mina. La plume de Jean- Marc Dhainaut m’a encore une fois fait frémir ! Et j’espère que la relève proposée par l’auteur sera à la hauteur !!!

samedi 4 juillet 2020

Kid au 1er sommet des animaux, Gwenaël David - illustrations Simon Bailly

Kid au 1er sommet des animaux, Gwenaël David - illustrations Simon Bailly (Hélium, 03/2020)

★★★☆☆

Paris en 2030. Kid, élève en 6e, a été désignée pour représenter l’espèce humaine au Premier Sommet des Espèces organisé dans la capitale. Cette réunion de tous les habitants de le planète, humains et animaux, tous représentés par un seul de leur spécimen, a été mise en place car il y a urgence : il faut absolument réussir à décider d’un partage équitable des ressources de la planète.

Arrivée à la réunion, c’est d’abord la stupeur qui s’empare de la jeune adolescente : la voilà entourée de tous les animaux de la Création, de la girafe à l’araignée, du requin- scie aux virus les plus petits.

Chacun a son mot à dire, mais ce ne sont que des récriminations contre l'Homme. Kid se sent mal à l’aise. Elle prend véritablement conscience que c’est à cause de l’espèce humaine que la plupart des animaux sont en souffrance… Voilà de biens lourds reproches pour une fille de onze ans. Que va-t-elle bien pouvoir écrire dans son article ?

« Nous savions tous qu’il y avait grand péril et profonde injustice envers les autres êtres vivants de cette planète, nous en étions presque tous conscients, inquiets, tristes ou abattus, tandis que les puissants achevaient tranquillement de détruire ce qu’il restait, plus que jamais à leurs profits. Kid en parlerait mieux, elle qui n’a eu de cesse de rappeler à tous que chaque être vivant a sa place ici, et que c’est le droit fondamental des occupants de la Terre. »
Mais qui veut bien l’entendre ?

Alors que chacun souhaite tirer la couverture sur son espèce, un « attentat » va avoir lieu. La solidarité va être plus que nécessaire, d’un coup.

Un roman jeunesse sympathique, sur le thème de l’écologie et du respect envers les espèces animales. Il va certainement plaire aux lecteurs, de l’âge de Kid, qui se sentent engagés à minima pour la protection de la planète. J’ai regretté l’absence d’information sur le passé de Kid qui aurait permis de développer davantage d’affect pour le personnage. De même, les dialogues sont relativement plats et le manque d’actions inattendues a tendance à rendre certains passages ennuyeux.
Ceci dit, les illustrations de Simon Bailly sont de qualité et donnent un petit peu de dynamisme à l’ensemble du livre.

Un roman engagé à mettre entre les mains de nos petits « écolos » !

vendredi 3 juillet 2020

Section Némésis, tome 1, Charlie Genet

Section Némésis, tome 1, Charlie Genet (Elixyria, 06/2020)

★★★★★

« Qui dit éternelle ne dit pas immortelle. » C’est en croisant la route du séduisant Samaël qu’Eve, une jeune infirmière, va apprendre qu’elle est la descendante d’une sombre créature aux pouvoirs diaboliques. Ces dons sont héréditaires et ils la prédestinent à un avenir bien noir, qui n’est pourtant pas fait pour lui déplaire… Samaël, ce démon, est en effet bien charismatique, et les promesses qu’il lui fait sont des plus alléchantes !

Mais un jour, alors qu’elle se met en danger pour lui, la voilà prise en charge par la section Némésis, une escouade militaire secrète d’êtres surnaturels, qui va chercher à la mettre à l’abri des forces obscures et à la former afin qu’elle puisse gérer ses puissants pouvoirs. Pour ces hommes et ces femmes, dont la plupart ont le don de se transformer en animal, leur job est «de maintenir l'équilibre entre le monde surnaturel et l'humanité » et ils l’exercent avec bravoure.
Parmi eux, Luc, un polymorphe au comportement bestial mais aussi au regard envoûtant…
Une attirance réciproque va s’installer entre Eve et Luc, mais pour qu’ils puissent se lier l’un à l’autre, il va falloir faire table rase des souffrances du passé qui remontent à la surface suite à la découverte d’un complot bien macabre…

J’aime décidément beaucoup la plume et le style de Charlie Genet. Elle sait très bien, à chaque roman, me faire entrer dans son univers imaginaire peuplé de créatures étranges. J’ai trouvé ici les personnages attachants ; que ce soit Eve et Luc, les principaux protagonistes ou ceux qui les entourent comme Sean et Ethan. Je suis donc ravie par le fait que cette saga soit constituée de quatre tomes ; j’en ai encore trois à lire !