dimanche 29 décembre 2019

Bed Bug, Katherine Pancol


Bed Bug, Katherine Pancol

★★★★★


D’habitude, je referme le dernier Pancol avec un sourire satisfait aux lèvres. Cette lecture fait habituellement office de baume au cœur, de « doudou » pour consoler mes émois sentimentaux si complexes. Cette auteure a le don de permettre au lecteur de se retrouver dans l’un des traits de personnalité de l’un ou l’autre de ses personnages, de s’identifier à lui et de réfléchir sur les conséquences prises par l’une des décisions de son double de papier.

Mais là, non. Je ressens plutôt un profond malaise. Parce que le sujet qui y est soulevé est certes mis en avant depuis le phénomène #Metoo, mais intrinsèquement conditionné, lié au destin, à l’histoire intime de chaque femme. 


Ce qui m’a le plus frappée, c’est que la mère de Rose, la principale protagoniste de récit, se prénomme comme moi, Valérie, prénom généreusement distribué vers le milieu des années 70. Elle aime les mêmes films que moi : « Autant en emporte le vent » et « Thelma et Louise » ; des portraits de femmes fortes qui ont dû s’affranchir du pouvoir masculin. J’aurais pu m’identifier à elle, mais non. Ce portrait de mère si détachée de sa progéniture ne me parle pas ! 


Rose, la fille de Valérie, est une étudiante en biologie qui a toujours été passionnée par les insectes. Katherine Pancol a réalisé là un sacré travail documentaire tant les explications données sont complètes. Rose a réussi à faire de sa passion une vocation, un projet de vie : utiliser les connaissances entomologistes pour trouver une molécule révolutionnaire qui permettrait de guérir le cancer humain.


Pourtant son enfance lui échappe. Elle sent depuis toujours un blocage et subit de bien sombres cauchemars. Impossible pour elle de mener à bien une relation amoureuse. Elle vit avec sa grand-mère et sa mère, lorsque celle-ci veut bien les honorer de sa présence à Paris. Rose ne connaît pas son père. Elle n’en a même aucun souvenir.

Ses réminiscences enfantines se centrent sur une situation de petite fille utilisée comme faire-valoir par Valérie parce qu’elle est jolie, qu’elle obéit et travaille bien à l’école ; combien de fois l’a-t-elle supporté, regretté, honnis ? 


Rose trouvera enfin les fils qui l’emmaillotent depuis si longtemps et l’empêchent d’avancer en partant en mission aux Etats-Unis. Elle découvre, et comprend alors qu’en tant que filles, en tant que femmes, nous avons subi un nombre incalculable d’outrages pour lesquels on nous a reproché de « faire des caprices de petites filles ». Ce n’étaient pas des caprices. Et il est temps qu’on lève le voile sur ces pratiques machistes d’un autre âge, sur cette domination masculine qui n’a pas lieu d’être. Et c’est très bien que des auteurs comme Katherine Pancol s’emparent du sujet pour en révéler l’ignominie, trop longtemps ancrée de génération en génération, à la manière d‘une malédiction inéluctable…


Au final, je fais le constat que les insectes femelles s’en sortent bien mieux que nous !
Un roman captivant et nécessaire.

samedi 28 décembre 2019

Une vue exceptionnelle, Jean Mattern


Une vue exceptionnelle, Jean Mattern

★★★★☆


Jean Mattern nous emmène dans une histoire pleine de délicatesse, où le regard prend toute son importance. David qui garde un œil sur sa baie vitrée qui donne sur la Seine et l’autre œil sur la photo de Simon, le garçon de son ex-compagne qu’il a failli adopter. Emile, son compagnon, oncologue de renom, va être troublé lorsqu’il verra un nom écrit sur l’agenda qui recense ses rendez-vous. Et Clarisse, cette jeune femme qui ne cesse de scruter ses kilos en trop dans le miroir…
Des regards, des entrevues, et une histoire formidable qui lie nos trois personnages grâce à de mystérieux hasards qui tirent de douloureuses ficelles issues du passé. 


Vingt-cinq ans que David a quitté Londres pour venir vivre à Paris, en tant que biographe de musiciens, aidé financièrement parlant par les profits de l’entreprise viticole familiale. Il vivait autrefois avec une femme célibataire avec enfant. Le retour, au bout de plus de trois ans d’absence, du géniteur de l’enfant de celle-ci va contrarier ce destin de père de famille qu’il s’était secrètement façonné. Et puis voilà Paris, voilà Emile et une nouvelle option de vie.

C’est alors que le médecin va recevoir Simon, devenu adulte, en consultation. Des certitudes vont s’effondrer : « Alors il est heureux que le secret professionnel m'interdise de donner une nouvelle réalité à un cliché vieux d'un quart de siècle. »


C’est une intervention de la part de Clarisse, cette jeune femme pleine de questionnements existentiels, devenue l’amie de David depuis peu, qui permettra de mettre à plat les regrets, mais aussi les remords de nos deux protagonistes.

J’ai aimé l’écriture de Jean Mattern, cette délicatesse, cette poésie, mais j’ai regretté « l’abréviation » des deniers chapitres. Je les souhaitais plus étoffés ; curieuse que je suis !

jeudi 26 décembre 2019

Chambre 312, Sylvie Bougeot


Chambre 312, Sylvie Bougeot

★★★★☆


Institut psychiatrique Victor Broussail : une petite fille de 9 ans a été assassinée d’une manière atroce. Son corps et son visage ont été mutilés. 
On y envoie le commissaire Dan Kiefer, un policier au franc-parler et aux réactions parfois un peu trop violentes. Sa ressemblance avec Jean Reno dans « Léon » ne lui permet pas de passer inaperçu ! Les hommes le craignent et les femmes tombent sous son charme. Mais dès lors qu’il pose ses larges paluches sur votre bureau, vous n'avez qu’une envie : lui donner satisfaction pour qu’il vous laisse tranquille !


Le voilà donc qui déboule dans l’institut, accompagné de Stéphanie, une psychiatre de la criminelle qu’on lui a imposé en haut-lieu. Les indices sont très pauvres et Dan sent que cette affaire va être délicate. Il interroge le personnel soignant à tour de bras mais rien ne filtre. Au contraire, une chappe de plomb et de silence semble s’être posée aux quatre coins de l’établissement de soin.


C’est alors que les péripéties et les retournements de situation vont s’enchainer à une vitesse folle. Qui est vraiment Stéphanie, cette psychiatre de la criminelle que des personnes de l’institut semblent reconnaître alors qu’elle dit ne jamais y avoir exercé ? Et Kiefer, ce rustre, que cache-t-il sous couvert de ses terribles migraines ? Est-il vraiment celui qu’il dit être ? Que veulent dire ses terribles visions qui le mettent à mal ?
Les assassinats d’enfants dans l’institut, tous soumis au même mode opératoire horrible, vont être réitérés. Mais Dan ne trouve pas l’identité de l’assassin… Son passé, lui, le rattrape d’une manière violente et inattendue.


La perversité humaine va se profiler d’une manière abjecte et déclencher de nombreux questionnements chez notre enquêteur : « Quel plaisir l'homme pouvait-il tirer du fait de tant salir, pervertir, humilier, blesser de jeunes proies sans défense ? Était-il si lâche pour ne pas affronter des adultes tels que lui ? Comment pouvait-on propager la peur, le stress et l'angoisse sans éprouver une once de culpabilité ? » Comment Kiefer, père de famille, peut-il réagir?

  
Au final, Sylvie Bougeot signe un thriller qui emmène son lecteur à 200km/h dans les méandres de la psychologie humaine la plus noire. Les évènements et découvertes s’accélèrent dans les dernières pages et j’avoue que parfois, j’aurais eu besoin d’un peu plus d’explications quant aux révélations finales. Mais dans l’ensemble, on reste vraiment en apnée dans un univers qui s’assombrit, qui étouffe et questionne, au fur et à mesure que l’on tourne les pages. 
Une auteure à suivre. Indubitablement.

lundi 23 décembre 2019

La police des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puértolas


La police des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puértolas

★★★★★

Comme j’ai aimé la fantaisie de ce roman ! En ces journées sombres et pluvieuses du début de l’hiver, c’est un rayon de soleil qui a jailli d’entre les pages du dernier roman de Romain Puértolas, auteur talentueux à l’imagination débordante !
Celui-ci nous emmène en 1961, dans le village de P., situé en France, entre montagnes et mer. Un officier de police de la grande ville de M. y a été mandaté pour résoudre un crime atroce : un certain Joël, apprécié dans tout le village a été égorgé, démembré et les huit parties de son corps ont été découverts dans des sacs en papier des Galeries Lafayette, jetés dans une cuve à confiture de l’usine appartenant au maire.

Pour les 300 habitants de M., c’est une véritable tragédie. 


Une fois sur place, l’inspecteur va découvrir avec consternation que Joël a déjà été autopsié (par le vétérinaire qui fait aussi office de médecin généraliste du village) et enterré. Il donc va devoir partir à la recherche d’indices avec fort peu de ressources. Il part à la rencontre des proches de Joël : Félicien, son tuteur, accusé par sa voisine de maltraitance ; le maire, parfait arriviste ; la jolie fleuriste, Elvire, ainsi que le garde-champêtre, qui va l’accompagner dans cette enquête délicate dans une campagne où le silence est roi.


L’officier de police est un jeune homme de vingt-quatre ans, et l’auteur en joue. Il en fait un personnage sympathique, plein d’une délicatesse qui le rend attachant. On chemine avec lui sur ces chemins ruraux parfois étonnants (le coin où pousse de l’herbe rouge, par exemple) dans la période de l’après-guerre durant laquelle les progrès techniques vont profondément transformer nos habitudes (le développement des supermarchés, notamment). La police scientifique n’en est qu’à ses balbutiements, et il est comique de lire les tactiques de l’inspecteur pour pouvoir enregistrer ses dépositions (même si, un anachronisme s’est glissé dans le récit lorsqu’il est question des boîtes noires des avions, inventées en 1965 et donc, encore inconnues en 1961).

J’ai souri très souvent, et même si j’ai vu venir la résolution de l’intrigue assez tôt, j’ai savouré la fin comme si de rien n’était, charmée par l’écriture de ce passage ! Un coup de maître !

lundi 16 décembre 2019

Inavouables secrets, Rose Lorent


Inavouables secrets, Rose Lorent

★★★★☆


« Inavouables secrets », est une histoire vraiment bouleversante, d’autant plus que certains éléments du récit sont bel et bien tirés de faits réels. On le sent parfaitement dans les mots de l’auteure, qui parfois, lance comme un cri du cœur : « On souffre quand on aime, tu ne penses pas ? Quand les gens te sont indifférents, peu t'importe ce qui leur arrive, tu t'en fiches, tu ne ressens rien ! » Ici, les personnes qui souffrent de s’être trop, ou mal aimées, ce sont deux sœurs, Luna et Abby, que les rancœurs et les non-dits ont séparées depuis vingt ans. L’une et l’autre ont mal, viscéralement, de vivre sans savoir ce que l’autre est devenue. Mais il y a eu trop d’incompréhensions entre Luna, l’aînée, au caractère bien trempé, et Abby, la cadette, plus introspective. Pourtant, elles ont été très proches durant leur prime enfance, leur mère recommandant très souvent à Luna de veiller sur sa petite sœur.

Cette proximité a -t-elle été trop intense ? Luna a très vite eu des réactions incohérentes avec sa cadette, jusqu’à ce clash, à l’âge de vingt ans.


Il faudra un coup du destin pour que les deux sœurs aient la possibilité de se retrouver et de recoller les morceaux. Mais il y aura du chemin à faire car les secrets que portent Luna sont un véritable fardeau à porter et à dévoiler. Y arrivera- t-elle ?


Le lecteur, lui, au fil des pages comprend peu à peu de quel drame il est question. Rose Lorent trouve les mots adéquats pour qu’il soit pris aux tripes et se questionne, en même temps que Luna : « Mais que crois-tu qui nous passe par la tête à cet âge-là ? Non, on ne comprend pas ce qui nous arrive. On sent juste que c'est "mal", que ce n'est pas normal, que ce n'est pas juste. Alors, oui, je sais la honte, l'humiliation... ».

La libération de la parole devient dès lors un véritable enjeu…


J’ai vraiment été emportée par cette lecture qui sait parfaitement exprimer la douleur de ces proches qui se sont brouillés et vivent dans la rancœur et les silences bien trop lourds à porter. Seul bémol : les personnages satellites ne sont qu’esquissés, ils manquent de profondeur et il m’a fallu à de nombreuses reprises revenir en arrière dans le livre pour situer qui ils étaient dans la famille. Avec davantage de descriptions physiques et morales, nul doute que leur profil se serait mieux imprégné dans ma mémoire de lecture.