mercredi 29 avril 2020

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins, Alejandro Palomas

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins, Alejandro Palomas (Cherche Midi éditeur, janvier 2020)

★★★★★

Alejandro Palomas m’avait fait rire dans son premier roman intitulé « Une mère » ; là, il m’a émue profondément...
L’absence est de nouveau la problématique centrale du récit. Ici c’est la maman de Guille qui manque à l’appel : elle a accepté le travail d’hôtesse de l’air pour une ligne d’aviation basée à Dubaï. Le petit garçon de neuf ans et son papa sont donc obligés de s’adapter à une vie à deux, pas forcément évidente dans une société aux mœurs latines, dans laquelle les hommes doivent être forts et virils. Alors quand le petit garçon demande à faire de la danse plutôt que du rugby, et que, surtout, il s’entiche du personnage de Mary Poppins, tout le monde s’inquiète.

Le récit est polyphonique, le narrateur étant tour à tour le petit Guille, Manuel, son papa, et Maria, la conseillère d’orientation de l’école qui va s’intéresser à ce petit garçon qui tient absolument à jouer le rôle de Mary Poppins dans le spectacle de fin d’année de l’école, avec son unique amie Nazia, une petite Pakistanaise tout juste arrivée dans le quartier.

On ne peut qu’être touché par les mots puérils de Guille, l’innocence de son regard de petit garçon sur le monde compliqué des adultes. Vient le moment où la malle aux secrets va s’ouvrir pour que tout le monde puisse démêler le vrai du faux : « Quand on cherche la vérité depuis longtemps, c'est le jour où on la découvre enfin qu'arrive le plus difficile : savoir quoi en faire. »

Et la dernière page s’est tournée, déjà, le cœur gros, mais sûre que ce petit bonhomme restera dans ma mémoire de lectrice un moment…

lundi 27 avril 2020

La Chaîne, Adrian McKinty

La Chaîne, Adrian McKinty (Mazarine, février 2020)

★★★★★


Un jour, un numéro inconnu vous appelle sur votre portable. Son message : « Deux choses dont vous devez vous souvenir, dit une voix étrange, comme rendue méconnaissable par quelque machine. Primo, vous n'êtes pas la première et vous ne serez certainement pas la dernière. Secundo, rappelez- vous toujours que ce n'est pas l'argent qui compte - c'est La Chaîne. »
Vous raccrochez et vous sombrez dans un cauchemar infernal. En effet, on a kidnappé votre enfant. Et si vous voulez le retrouver en vie, vous allez devoir payer une rançon conséquente, mais pire encore, enlever un autre enfant en espérant que les parents de celui-ci soient aussi obéissants que vous…
Mon dieu, quelle angoisse, que d’oppression en lisant ce thriller diabolique !!!
L’auteur joue habilement avec les nerfs du lecteur. Quand les événements donnent l’impression qu’un dénouement heureux se profile, très vite, un incident survient, remettant en cause les moindres efforts des protagonistes.

La victime principale ici est Rachel, dont la fille, Kylie est enlevée alors qu’elle attend le bus pour le collège. Cette femme est une « survivante » : à peine guérie d’un cancer du sein, tout juste remise de son divorce, et à deux pas de pouvoir exercer le métier dont elle rêve depuis longtemps, professeur de philosophie, qui lui permettra de vivre avec sa fille de manière plus décente. L’enlèvement de Kylie est l’épreuve de trop dans cette existence qui la déjà tant malmenée… Et pourtant, elle va trouver des ressources remarquables en elle-même et retourner ciel et terre pour retrouver la chair de sa chair, sa seule raison de vivre.

Je n’en dirais pas plus tant j’ai envie de vous laisser découvrir par vous-mêmes ce thriller incroyablement angoissant et royalement mené (la résolution du puzzle final : wouah !), mais aussi ce personnage féminin de Rachel, extraordinaire de modestie et de courage : quel cran !

samedi 25 avril 2020

Love me Lou, Eva de Karlan


Love me Lou, Eva de Karlan (éditions Elixyria, juin 2019)

★★★☆☆

« Être sous- fifre n'était pas dans ma destinée. La mienne, elle s'est écrite dans l'hémoglobine du boss quand je l'ai approché pour lui découper le visage avec mon cran d'arrêt et une lame de rasoir. Une simple formalité à laquelle j'ai pris beaucoup de plaisir. » C’est ainsi que se définit Xander, un homme terriblement dangereux, très certainement psychopathe de naissance.
Dan, lui, est tout le contraire. Un être profondément bon et courageux qui a su déployer des tactiques de survie et de protection dès l’âge de douze ans afin de se protéger et surtout, d’élever sa petite sœur, Aby, à la mort de leur mère. Pour vivre tranquille et avoir un minimum de respectabilité, il a appris à se battre et à manier les armes. Il a un objectif : trouver un emploi stable pour pouvoir vivre dans des conditions décentes.
Car ces trois personnages vivent en zone 13, un quartier mal- famés qui regroupent les criminels, les junkies, les trafiquants en tous genres et les prostituées.

Cependant, un jour qu’il rentre de sa formation d’ambulancier, Dan va défendre une jeune femme de la « city » qui se fait sauvagement agresser. Un regard et c’est le coup de foudre. Elle s’appelle Lou et exerce le métier de conférencière dans la partie de la ville où l’on vit davantage en sécurité et de manière plus confortable, plus aisée.
Quelques œillades, un premier rendez-vous, un second… Dan vit sur un petit nuage, tout en doutant : vu d’où il vient, Lou n’est- elle pas trop bien pour lui ?
Mais voilà qu’un coup tordu de Xander remet l’avenir de Dan en question...

La première partie de ce roman met en place les personnalités des trois personnages principaux et les enjeux des liens qui les unissent. C’est un passage que j’ai trouvé un peu lent au niveau du rythme et j’avoue m’y être ennuyée. Par contre, la deuxième partie donne un véritable second souffle à l’intrigue et là, j’ai été captivée par les sombres péripéties des protagonistes de l’histoire. Seule la scène finale, trop onirique à mon goût, m’a décontenancée…


Au final, une lecture que j’ai trouvée bien agréable mais qui manquait d’intensité pour me plaire totalement.



jeudi 23 avril 2020

La fille de personne, Cécile Ladjali


La fille de personne, Cécile Ladjali (Actes sur, mars 2020)

★★☆☆☆

J’aime beaucoup ce que fait Cécile Ladjali, sa détermination à faire vivre la littérature, notamment dans les dialogues sur scènes avec des auteurs contemporains qu’elle met en ligne sur Instagram, son désir de l’enseigner, aussi, auprès de personnes que l’on pense « exclues » de l’univers de la lecture, comme les sourds ou les illettrés. J’avais d’ailleurs adoré son roman éponyme paru en 2016.
Alors quand elle a proposé l’idée de parler des bibliothèques brûlées, des destructions de livres par divers autodafés à travers les siècles et dans le monde entier, tout en mettant en parallèle des auteurs ayant réellement existé, Kafka et Hedayat, qui eux- mêmes prenaient la décision étrange de brûler leurs créations, je me suis jetée sur ce roman.
Malheureusement, j’avoue avoir été déçue. J’ai même quelques doutes quant à la dénomination de « roman » pour ce récit qui me paraît plutôt être un essai enrobé d’un peu de fiction.

L’autodafé est un prétexte ici pour parler des deux grands écrivains que sont Kafka et Hedayat, probablement pour raviver la curiosité des lecteurs d’aujourd’hui. Le personnage féminin qui fait le lien entre ces deux hommes est lui, fictif. Luce Notte, qui est en pleine rédaction de sa thèse consacrée aux « bibliothèques à l’épreuve du feu », va, par le plus grand des hasards, se retrouver jeune fille au pair chez les Kafka durant plusieurs mois. Le jeune Franz n’a encore rien publié, étant étouffé par un père arrogant qui méprise la trop grande sensibilité de son fils. Luce va l’encourager à prendre la plume. Mais Franz demandera quelques années plus tard, à l’un de ses amis de brûler tous ses manuscrits.

Quarante ans plus tard, Luce est devenue bouquiniste, à Paris. Elle va rencontrer Sadegh Hedayat, auteur iranien censuré dans son pays, et l’aider, à son tour, à brûler ses manuscrits : « Dans le cendrier du poêle, tes mots se sont changés en poudre grise et couvrent les charbons ardents. »


A travers ces deux hommes, c’est l’image d’un père qu’elle n’a jamais connu, que Luce recherche ; le regard protecteur d’un homme. Et son mal-être transpire dans toutes les pages du récit.
Ce qui est dommage, c’est qu’on s’y ennuie… De longues descriptions en longues introspections, les mots, certes habiles, ont tendance à endormir le lecteur, et il n’y a pas un seul dialogue pour dynamiser les scènes narrées.

Le postulat de départ était vraiment intéressant et aurait mérité d’être développé d’une manière plus vivante. Je me suis réellement ennuyée tout en restant sur ma faim…



mardi 21 avril 2020

La maison bleu horizon, Jean- Marc Dhainaut

La maison bleu horizon, Jean- Marc Dhainaut (éditions Taurnada, 2017)

★★★★★

« Nom d’une pipe de nom d’une pipe ! », comme le dirait si bien Alan Lambin, je me suis encore retrouvée piégée par les intrigues paranormales de Jean- Marc Dhainaut !!! Impossible d’arrêter de tourner les pages avant d’avoir eu le fin mot de l’histoire !

4 janvier 1985, il gèle à pierre fendre à Villers – Bretonneux, dans la Somme. Notre enquêteur mi- ch’ti mi- breton, Alan Lambin accepte néanmoins de s’y rendre pour deux raisons : participer à une conférence de son ami Paul, para-psychologue spécialiste lui aussi des phénomènes spectraux, et porter secours à Hélène, jeune mère de famille qui pense que sa maison est hantée : « Mais il ne fallait plus se mentir : cela faisait quelques jours qu'ils avaient l'impression de ne pas être que quatre à la maison. »

Arrivé sur place il va découvrir une famille totalement terrorisée par les phénomènes paranormaux se déroulant entre les murs d’une magnifique maison de maître du siècle dernier. Les portes qui claquent, les lumières qui s’éteignent toutes seules, les pleurs et les cris sont des manifestations qui se produisent chaque soir, sans faute, à la nuit tombée.

Alan Lambin va avoir besoin de son matériel spécifique à la captation d’ombres et d’énergies, mais surtout de son sens aiguisé de la déduction pour remonter dans les strates de l’histoire de la maison, mais surtout dans celles de l’Histoire, la grande, et plus spécifiquement celle de la Grande Guerre.

Au final, c’est un roman captivant qui mêle habilement intrigue fantastique et récit historique, tout en étant porté par une écriture cinématographique rythmée qui fait s’accrocher le lecteur à son fauteuil !!! Si vous aimez frissonner, n’hésitez pas !