mardi 20 avril 2021

A la folie, Joy Sorman (Flammarion, 02/2021)


 

A la folie, Joy Sorman (Flammarion, 02/2021)

💛💛

Joy Sorman signe ici son dixième livre. Pour en construire le contenu, elle s’est rendue chaque mercredi pendant un an dans deux unités psychiatriques française. Son projet était de dresser un état des lieux de la prise en charge dans le domaine psychiatrique dans notre pays. Son récit, sous couvert de fiction, se déroule dans un « pavillon B » créé de toutes pièces, dans lequel l’auteure nous propose de partager quelques heures d’échanges avec des soignants, mais aussi quelques patients…

 

« Des portes, des couloirs ; j'aurais bientôt la conviction de circuler dans un espace strictement délimité et organisé par ces deux éléments, qui signalent toujours l'institution, et activent une certaine anxiété. Pénétrer dans le pavillon 4B ranime confusément des images d'autres portes débouchant sur d'autres couloirs - prisons, internats, administrations en tous genres. » Le lieu est intimidant, presque sacralisé. C’est vrai que la parole du médecin est sacrée. Pourtant, Joy Sorman la rapporte rarement, préférant récolter les témoignages du personnel en contact direct et quotidien avec les malades, ceux- là même que l’on qualifie de « fous ».

 

« L'inventaire forme avec le pyjama un redoutable diptyque, les deux faces de l'intronisation psychiatrique, un rite de renoncement et de soumission. » Là, le lecteur ne peut que sentir un nœud coulant se resserrer autour de son cou si jamais il pensait s’identifier à l’un des patients témoignant ici. Certains témoignages sont édifiants. Et les propositions susceptibles d’apporter une guérison le sont tout autant...

 

« L'esprit entraîne le corps dans sa chute, l'angoisse ralentit la course du sang dans les veines, le désamour de soi atteint les deux ventricules du cœur et tout leur être s'affaiblit. » Au final, on ressort comme « essoré » de cette lecture, comme « rassuré » de ne pas être soi- même interné dans ce pavillon 4B. Mais en même temps, j’ai eu l’impression de lire un témoignage trop désincarné, peut- être même trop « clinique ». L’auteure nous explique l’histoire de la psychiatrie en France, le DSM, Pinel et la loi de 2005. Elle nous confie les témoignages de soignants et de patients rencontrés durant cette année d’étude. Mais jamais elle ne montre d’empathie, ni ne fait part de ses impressions, de ses sentiments. Et personnellement, c’est ce qui m’a manqué pour apprécier ce livre.

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