samedi 10 juillet 2021

Ce que tu as fait de moi, Karine Giebel (Belfond, 11/2019)


 

Ce que tu as fait de moi, Karine Giebel (Belfond, 11/2019)

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Quand on se lance dans la lecture d’un roman de Karine Giebel, on sait à coup sûr que l’on n’en ressortira pas sans un certain sentiment de malaise. L’auteure a pris ici pour thématique la passion obsessionnelle et l’emprise qui peut en découdre. Elle place d’entrée de jeu son intrigue au cœur d’un commissariat des stups, dans un double huis clos étouffant, durant lequel un commandant et un lieutenant vont devoir répondre d’actes ayant entrainé la mort et de graves blessures chez deux de leurs collègues de brigade. Comment en sont- ils donc arrivés là ?

 

« Quand je repense à ces discussions surréalistes, ces conversations qui ressemblaient à du marchandage, je me demande comment nous avons pu être si odieux. Aussi inconscients de la gravité de ce que nous étions en train de dire. En train de commettre. » Quand la jeune recrue, Laëtitia Graminsky intègre la brigade des stups sous le commandement de Richard Ménainville, ce dernier ne s’attendait pas à en tomber follement amoureux. Commandant charismatique et respecté, il mène une vie familiale épanouie entre sa femme et ses deux enfants. Mais ce quadragénaire va se retrouver dépasser par la force de ses sentiments. Son statut de supérieur hiérarchique va même lui servir de prétexte pour abuser de la jeune femme, et lui imposer un marchandage ignoble.

 

« Il y a des moments où on aimerait disparaître, se fondre dans le néant pour ne pas avoir à subir la pire des déchéances. Des moments où on aimerait être mort ou n'avoir jamais existé. » Laëtitia tient bon, malgré la pression subie, malgré la honte ressentie. Elle a tellement voulu accéder au poste de lieutenant de police, elle souhaite tellement que son mari et sa fille soient fiers d’elle…

 

« La passion, la vraie. Extrême. Sans limite. Sans règles.
Cette chose fabuleuse et meurtrière, cet incendie qui ne peut être maîtrisée, ce raz de marée que rien ne peut arrêter.
Cette chose fabuleuse et mortelle. »

Des liens étranges vont se créer au fil des mois entre Richard et Laëtitia. Lui se montre machiavélique, malveillant, et elle va se montrer à la hauteur de cette obsession malsaine. A tel point que les enquêteurs de l’IGPN vont avoir à démêler la culpabilité de l’un et de l’autre… Et que même le lecteur n’aura pas lui non plus l’exacte vérité sur ce qui s’est passé le soir du drame.

 

Au final, une intrigue rondement menée, parfois déstabilisante car il y a quatre narrateurs : Laëtitia, Richard, et les commandants Delaporte et Jaubert qui prennent leur déposition chacun de leur côté. Le rythme est parfois un peu long, mais Karine Giebel sait choisir les mots qui prennent son lecteur aux trippes, qui font qu’il parvient à s’assimiler à l’un ou l’autre des personnages et à se poser des questions existentielles, dont l’essentielle ; « et si c’était moi, qu’aurais- je fait ? »

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