mercredi 7 août 2019

Marée haute, Quentin Desauw


Marée haute, Quentin Desauw

★★★★★

Un premier roman, paru en mars 2019, passé un peu inaperçu et c’est vraiment dommage…Quentin Desauw a un talent d’écriture qui mérité d’être reconnu. Son style mêle habilement réalité et onirisme sans que le lecteur ne s’égare et tout en servant une intrigue captivante. Personnellement, j’ai lu ce livre quasiment d’une traite.

Le thème de ce roman est lui, tout à fait actuel : le sort des migrants qui traversent mers et continents pour espérer trouver en Angleterre, ou en Europe de manière plus générale, une vie meilleure, loin des combats et de la pauvreté de leur pays d’origine. Nous sommes donc à Dunkerque, non loin de la « jungle » de Calais démantelée il y a trois ans. Manu, un jeune homme qui porte en lui un espoir de jeunesse bien actuel ; devenir footballeur professionnel, y vivote. Le jour, il est marin pêcheur, le soir il fait passer des migrants en Angleterre sur un vieil hors-bord, histoire de se payer sa fumette quotidienne. Il n’a pas eu une enfance paisible et ressasse les mauvaises années du passé à tel point qu’il ne parvient pas à se projeter dans l’avenir. Ses relations amoureuses sont, de ce fait, des échecs. Manu est une âme en peine…

La mer, omniprésente, est pour lui une double métaphore ; celle de « la mère », génitrice sans amour, et celle de « maman », la femme de la famille d’accueil qui l’a élevé et qui se meurt du cancer.

La mer lui donne des forces, et aussi vite, les lui reprend.

Elle lui donne de quoi vivre, un salaire, de la nourriture, mais aussi de quoi devenir un criminel, un passeur de réfugiés abandonnés à leur sort.

Un jour, une discussion, une prise de conscience. Manu va devoir fuir. Mais peut-on échapper à son passé ?

Quentin Desauw sait divertir son lecteur avec des expressions imagées : « Près de moi, Laurent, avec sa vieille casquette et son menton à la Dalton, me gueulait des trucs comme s'il s'agissait de l'ouvrir plus grande que l'océan ». Mais il sait également le mener à des réflexions plus profondes : le fait de voir les migrants du point de vue d’un passeur est plutôt inhabituel dans la littérature actuelle et soulève bien des questions morales.
Bref, un roman plein d’atouts qui mérite vraiment d’être lu.

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